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« L’ENFER EST POUR LES HÉROS » (1962)

30 Mai
HELL

STEVE McQUEEN

« L’ENFER EST POUR LES HÉROS » de Don Siegel s’inscrit nettement dans les travées du « ATTACK ! » de Robert Aldrich (1956) et ressemble fort à un long épisode de l’excellente série TV « COMBAT ! », qui démarra la même année.HELL2.jpeg

Situé en 1944 en France, le scénario suit une poignée de soldats américains chargés de détruire une position allemande, dans un effort désespéré et dérisoire, vu leur nombre. Au-delà d’une histoire vue et revue, d’un traitement en huis clos à ciel ouvert, le film vaut surtout pour sa galerie de personnages et son noir & blanc tranchant qui transforme les visages en masques boueux d’outre-tombe. Steve McQueen n’a pas à proprement parler le premier rôle, il tient sa place dans un casting « choral », mais il joue certainement le personnage le plus fascinant et énigmatique. Indiscipliné et désagréable, il incarne un psychopathe mutique ultra-professionnel, en tension permanente et imperméable à toute humanité. Siegel semble nous dire qu’un « héros » n’est rien d’autre que cela et que c’est avec des « Reese » qu’on gagne les guerres. C’est un des plus beaux rôles de McQueen, un de ceux où ne filtrent aucun maniérisme, pas l’ombre d’un tic de jeu. Une machine à tuer dont l’héroïsme final tient de la démence suicidaire. Autour de lui de bons acteurs comme Harry Guardino, L.Q. Jones (à peine visible, au début) ou James Coburn, excellent en caporal myope pétri de doutes et aussi hélas, de moins bons comme le fade Fess Parker et les insupportables Bobby Darin et Bob Newhart dans des emplois comiques s’intégrant affreusement mal à l’ensemble. Ils gâchent bon nombre de scènes et ternissent un film qu’on aurait bien aimé qualifier de chef-d’œuvre. Mais on les voit beaucoup trop pour cela et c’est une vrai faute de goût !

Malgré ce défaut, malgré des moyens manifestement insuffisants, « L’ENFER EST POUR LES HÉROS » s’efforce au réalisme : les soldats meurent en hurlant de douleur et en perdant leurs tripes. C’est un film honnête et souvent puissant, à voir de toute façon pour la performance de McQueen qui joue Reese comme un mort-vivant au regard halluciné. Il ne tombe le masque qu’une seule fois, lorsqu’il revient secoué d’une sortie nocturne, et affiche une expression d’enfant perdu et vulnérable.

HELL3

JAMES COBURN, HARRY GUARDINO ET STEVE McQUEEN

 

8 réponses à “« L’ENFER EST POUR LES HÉROS » (1962)

  1. JICOP

    30 mai 2019 at 6 h 50 min

    Dans la longue litanie des films de guerre WW2 , il y a deux écoles : la première à grand spectacle style  » Tora Tora Tora  » ou  » la bataille des Ardennes  » avec plans d’état major et figuration pléthorique . La deuxième avec moins de moyens et à hauteur d’homme comme ce Siegel ou  » le temps de la colère  » de Fleischer , entre autres.
    Ce  » hell is for heroes  » est excellent , sec et violent . Sa qualité première est de nous montrer un Steve Mc Queen brillant en soldat inflexible , une véritable bete de guerre qui rappellera surement le sgt Barnes de  » Platoon  » . L’américain nous montre un visage halluciné , loin de tout heroisme béat et surtout loin de son image de king of cool . Il est clairement lojn d’etre cool dans ce film . 🙂
    Le reste du cast ne m’a pas géné comme toi , tant la prestation de McQueen éclipse littéralement les autres . Point assez étonnant vu qu’il n’est pas le héros dans le sens commun du terme .La photo en tete d’article est , à ce titre , assez parlante .
    Siegel contrebalance le manque de moyens par une liberté de ton assez inédite pour l’époque ; le point positif des séries B.
    Une pépite relativement méconnue .

     
    • walkfredjay

      30 mai 2019 at 7 h 04 min

      Je ne me souvenais pas de l’excessive présence de Newhart (son impro « comique » au téléphone) et surtout de l’agaçant Darin. Je pense que ce dernier apparaît plus souvent que McQueen. Sans doute faisait-il rire Don Siegel ? Quoi qu’il en soit, à cette re-vision, je l’ai trouvé envahissant et pas à la hauteur du reste. Ça n’empêche pas le film d’avoir gardé la plupart de ses qualités.

       
  2. Miguel

    30 mai 2019 at 7 h 04 min

    Le film ne m’avait pas trop accroché mais la raison est que je n’aime pas les scènes de combats de nuits surtout filmé en N&B. Steve McQueen est excellent mais pas aussi GI Joe que Jack Palance dans « Attack ».

     
  3. Daniel

    30 mai 2019 at 20 h 34 min

    Drôle d’ idée qu’ a eu McQueen de tourner ce film ! Peut etre a t’ il voulu prendre un nouveau virage dans une carrière pourtant débutante . Ce role et celui de  » L’homme qui aimait la guerre  » ou il est bien gratiné mentalement aussi sont vraiment surprenants. Ne s’ entendant ni avec Darin ( bien plus connu que McQueen a l’ époque ) ni avec Parker, le tournage a provoqué bien des sueurs froides à Siegel qui racontait que le McQueen du film était celui du tournage..Sinon, je suis d’accord pour dire que c’ est un grand film qui a d’ailleurs inspiré Spielberg pour le « Soldat Ryan « . Je trouve McQueen plus intéressant que Palance justement à cause de son coté enfantin derrière ce regard de fou halluciné. C ‘ est sans doute grace a ce genre de roles que l’ on se rend compte que McQueen était un p…..n d’acteur malgré les échecs commerciaux de ce genre de fims ( j’ y ‘ rajouterai  » Le sillage de la violence  » et à un degré moindre » Une certaine rencontre  » ). Excusez moi pour les accents , j’ ai des soucis de clavier .

     
    • walkfredjay

      30 mai 2019 at 21 h 00 min

      En fait, McQueen se cherchait encore à l’époque. Il a fixé son image et son jeu avec « LA GRANDE ÉVASION ». Il faudrait que je revoie « BABY THE RAIN MUST FALL », car je l’avais trouvé un peu ridicule en rocker à la James Dean, alors qu’il avait déjà 35 ans.

       
  4. Darcotik

    30 mai 2019 at 20 h 49 min

    J’avais quasiment oublié ce film, à la dynamique un peu trop déséquilibrée… alors que je repense encore fréquemment au formidable « Attack ! » et à l’aride « J’Ai Vécu l’Enfer de Corée », deux exemples plus aboutis dans le genre du film de guerre minimaliste.

     
  5. stevebullitt

    31 mai 2019 at 10 h 26 min

    « L’enfer est pour les héros » est un film qui m’a marqué durablement durant mon enfance par son titre magnifique et énigmatique, et sa scène finale avec Steve Mcqueen. Je l’ai revu il y a quelques années et la magie agit toujours.

     
    • walkfredjay

      31 mai 2019 at 10 h 50 min

      Il y a un détail très frappant à la fin (spoiler !) : quand McQueen est blessé au ventre, il émet une sorte de sifflement, comme un ballon crevé, d’un réalisme très choquant.

       

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