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Archives Mensuelles: octobre 2019

« L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » (1982)

RIVER.jpgInspiré d’un célèbre poème de Banjo Paterson, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est un western situé dans l’Australie des années 1880 et narrant le parcours initiatique d’un orphelin (Tom Burlinson) venu des montagnes et son entrée dans l’âge adulte.

Si la première moitié est assez pénible, bourrée de faux-raccords, d’arrêts-sur-image malheureux et de cadrages en Scope malhabiles, la seconde mérite largement qu’on endure le reste. George Miller (pas celui de « MAD MAX », l’autre) est manifestement beaucoup plus à l’aise dans les scènes d’extérieurs et on peut voir des séquences de poursuites de chevaux sauvages absolument splendides. C’est également dans cette partie que les enjeux se précisent, que les personnages prennent leur ampleur et qu’enfin on se passionne pour leur sort. Il était temps ! Burlinson – qui évoque un jeune Tom Berenger – et Sigrid Thornton, à l’étrange beauté sauvage, forment un couple crédible et séduisant, sans la moindre mièvrerie. Ils sont beaucoup dans la réussite du film et dans l’émotion qu’il procure. Kirk Douglas lui, joue deux frères et on a droit au pire et au meilleur du vétéran hollywoodien : en prospecteur unijambiste, couvert de postiches et affublé d’un faux-nez, il cabotine sans retenue. En riche salopard égoïste et dur comme le silex, il trouve son dernier grand rôle au cinéma, tel qu’en lui-même toujours on l’a aimé. Jack Thompson est très bien en « horseman » de légende.

Porté par une BO « héroïque » très efficace, joliment photographié, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est donc un film estimable à voir en se souvenant qu’il s’améliore en progressant. Ne surtout pas se décourager pendant les premières 40 minutes, donc !

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SIGRID THORNTON, TOM BURLINSON ET KIRK DOUGLAS

 

« LA MÉTHODE KOMINSKY » : saison 2 (2019)

Les 8×26 minutes qui constituent la 2ème saison de « LA MÉTHODE KOMINSKY » de Chuck Lorre, parviennent à encore améliorer le score de la première, déjà géniale. Pour avoir produit cette sitcom de luxe, il sera beaucoup pardonné à Netflix !KM

Si les épisodes précédents parlaient du vieillissement du mâle américain, du deuil et des tristes bilans du 3ème âge, celle-ci va encore plus loin dans les thèmes qui effraient : les défaillances physiques, le cancer, la solitude, mal dissimulés derrière plusieurs couches de cynisme et de sarcasmes. C’est cruel, abrasif, mais étonnamment généreux et constamment hilarant, même dans les pires situations. C’est vraiment de la grande écriture, une manière brillante et frontale d’aborder les grandes angoisses de l’être humain. Sans oublier un discours lucide et passionnant sur le métier de comédien et ses aléas et une critique virulente contre l’église de scientologie. N’en jetez plus !

Bien sûr, le casting est pour beaucoup dans la jouissance procurée par cette série : Michael Douglas, encore très séduisant à 75 ans, dans un personnage qu’on devine très proche de lui, Alan Arkin magnifique dans le désarroi orgueilleux, Paul Reiser – vieilli par un maquillage épatant – quasiment méconnaissable en vieux futur gendre de Douglas, plus quelques « guests » comme Jane Seymour peut-être plus belle et mordante que dans ses jeunes années, Allison Janney dans son propre rôle et surtout (vraiment pas facile à reconnaître !) Kathleen Turner, la partenaire de Douglas dans « À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT » ou « LA GUERRE DES ROSE », jouant son ex-femme le temps d’une séquence au téléphone d’une implacable dureté.

C’est d’une telle qualité, d’une telle finesse, qu’on enrage d’en voir le bout après si peu d’épisodes, mais « LA MÉTHODE KOMINSKY » n’a sans doute pas dit son dernier mot, et c’est avec impatience qu’on attend la suite de ce petit bijou.

 

« DJANGO UNCHAINED » (2012)

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JAMIE FOXX

Hormis la chanson du générique et la présence dans un caméo de Franco Nero, « DJANGO UNCHAINED » écrit et réalisé par Quentin Tarantino, n’a aucune relation avec le spaghetti western « DJANGO » de Sergio Corbucci et n’en est en aucune façon le remake.DJANGO.jpg

Ceci établi, si on est prêt à voir un western de près de 3 heures qui s’avère n’être au final qu’un pamphlet naïf et jouissif contre l’esclavage, le film peut procurer un réel plaisir et offre quelques morceaux de bravoure assez épatants. Comme il avait réécrit l’issue de la WW2 et inventé un commando de Juifs vengeurs dans « INGLOURIOUS BASTERDS », Tarantino conçoit ici un esclave insoumis qui prend les armes contre l’homme blanc et venge son peuple tout entier dans un apocalyptique showdown final. Pourquoi le film dure-t-il aussi longtemps ? Tout simplement parce que l’auteur aime s’écouter écrire et qu’il s’attarde (parfois complaisamment) dans des échanges dialogués interminables et – heureusement – souvent excellents. Et aussi parce qu’il laisse le champ libre à Christoph Waltz, fabuleux en chasseur de primes teuton élégant au langage fleuri. Bien qu’il tienne le rôle-titre, Jamie Foxx est un peu éclipsé par son partenaire, jusqu’à la fin où il prend enfin un vrai relief. Le casting est éblouissant jusqu’au plus petit rôle : Leonardo DiCaprio qui n’a jamais été meilleur qu’en ignoble esclavagiste poupin. Il parvient à générer une tension quasi-insoutenable dans les longues séquences à « Candyland ». Samuel L. Jackson, grimé en faux « Oncle Tom » est lui aussi superbe d’ambivalence. On reconnaît, parfois difficilement, des gueules comme Bruce Dern, Don Stroud, John Jarratt, Don Johnson, Michael Parks, Jonah Hill (hilarant en KKK râleur) ou le toujours savoureux Walton Goggins. Sans oublier « QT » lui-même dans un personnage d’Australien.

« DJANGO UNCHAINED » est un film immature, parfois imbu de lui-même, un peu longuet par moments, boosté par une BO iconoclaste, mais qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour le numéro ébouriffant de Waltz, au sommet de son charisme déliquescent.

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CHRISTOPH WALTZ, JAMIE FOXX, LEONARDO DI CAPRIO, JOHN JARRATT ET MICHAEL PARKS

À noter : Tom Wopat qui apparaît en marshal tout vêtu de noir, est un parfait sosie, à s’y méprendre, de Fred Ward.

 

« L’ANTÉCHRIST » (1974)

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CARLA GRAVINA

Sorti à peine un an après « L’EXORCISTE », « L’ANTÉCHRIST » d’Alberto de Martino en est un ersatz italien au scénario confus et incohérent, mixant les données du film de William Friedkin avec du mélodrame familial teinté d’inceste et des remugles de « ROSEMARY’S BABY ».ANTECRISTO.jpg

Ce genre de tambouille opportuniste n’a jamais dérangé nos amis transalpins et c’est d’ailleurs ce qui les rend sympathiques. En revanche, les fruits de ces tripatouillages sont rarement à la hauteur des ambitions (commerciales) des auteurs. Ici, c’est donc l’habituellement belle Carla Gravina qui se retrouve possédée par… on ne sait trop qui ou quoi. Elle est la réincarnation d’une sorcière brûlée vive, paralysée depuis l’enfance et est amoureuse de son propre père. Ça fait beaucoup pour une seule femme ! Pas étonnant qu’elle se mette à brailler avec une voix masculine et à vomir de la bile à tout-va. À presque deux heures, « L’ANTÉCHRIST » a largement le temps de décourager les meilleures volontés et les plus indulgents amateurs de « bis » italien. Il est vrai que Gravina donne beaucoup d’elle-même, mais les trucages sont hideux, voire grotesques, le dialogue est primaire et les malheureux vétérans hollywoodiens que sont Mel Ferrer et Arthur Kennedy doivent se souvenir avec nostalgie de leur précédente rencontre dans « L’ANGE DES MAUDITS » de Fritz Lang. On retrouve Alida Valli dans un rôle rappelant celui qu’elle tenait dans « LES YEUX SANS VISAGE », le toujours fiable Umberto Orsini en psy. La BO d’Ennio Morricone passe inaperçue et la photo de Joe D’Amato est extrêmement inégale d’un plan à l’autre. En bref et pour résumer, un sous-exorciste putassier et d’une laideur sidérante, à voir – si on est très curieux ou très pervers – pour le numéro déjanté de Carla Gravina dans tous ses états.

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ARTHUR KENNEDY, MEL FERRER ET CARLA GRAVINA

 

ROBERT EVANS : R.I.P.

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ROBERT EVANS (1930-2019), ACTEUR PUIS PRODUCTEUR. ON LUI DOIT « CHINATOWN », « LE PARRAIN » OU « MARATHON MAN ». UNE FIGURE HOLLYWOODIENNE.

 
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Publié par le 28 octobre 2019 dans CARNET NOIR

 

« FOLLE À TUER » (1975)

FOLLE.jpgÉcrit et réalisé par Yves Boisset, d’après une Série Noire de Jean-Patrick Manchette, « FOLLE À TUER » est un véhicule pour Marlène Jobert, qui retrouve son personnage-fétiche d’innocente immature confrontée à la violence et à la concupiscence des hommes. Deux allusions à « Alice au pays des merveilles » renvoient au « PASSAGER DE LA PLUIE » (qui débutait par une citation de Lewis Carroll) et créent une sorte de pont invisible entre les deux œuvres.

L’histoire est celle, assez banale, d’un kidnapping se voulant machiavélique, dont le « twist » final est prévisible des kilomètres à l’avance. Mais malgré des péripéties dont les rouages grincent souvent et un final très bâclé, le film se laisse suivre sans passion mais avec un intérêt fluctuant. Surtout grâce à son casting, il faut bien le dire : outre Jobert émouvante et fragile, on a droit à de grandes figures du cinéma français comme Michel Lonsdale excellent de paternalisme doucereux, Jean Bouise égal à lui-même en psy compatissant, Victor Lanoux en verve dans un rôle de chauffeur libidineux, le toujours magnifiquement visqueux Michel Peyrelon. Hélas, le gamin Thomas Waintrop est très agaçant et ne laisse filtrer aucune émotion. On reconnaît avec plaisir des transfuges du spaghetti western comme Tómas Milian sobre et lugubre en tueur impassible coiffé en « Beatles », Loredana Nusciak rapidement défénestrée ou Antoine St. John le temps d’une brève séquence en portier flippant. « FOLLE À TUER », par sa forme de course-poursuite sans trêve, tient bien la distance et c’est volontiers qu’on ferme les yeux sur ses manques et ses complaisances.

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MARLÈNE JOBERT, MICHEL LONSDALE, ANTOINE ST. JOHN, LOREDANA NUSCIAK ET TÓMAS MILIAN

 

« ROBOCOP 3 » (1993)

Tourné trois ans après le n°2, à nouveau scénarisé par Frank Miller, « ROBOCOP 3 » de Fred Dekker (dont c’est le dernier film à ce jour) est un pauvre ersatz du film de Paul Verhoeven, une sorte d’avatar aseptisé et infantile de l’univers créé en 1987, qui marque la fin d’une possible franchise.R3.jpg

Si on retrouve Nancy Allen (qui s’auto-caricature sans vergogne), Robert DoQui et Felton Perry des opus précédents, Peter Weller lui, a laissé la place à Robert John Burke dans le rôle-titre. Et on se rend alors compte qu’il n’est finalement pas si évident de jouer un robot humain ! Le successeur bouge mal, ses postures sont souvent ridicules, ses mouvements prêtent à sourire : on préfère nettement l’ancien modèle ! Outre une photo de téléfilm, des costumes et coiffures à pleurer de ringardise et une bataille rangée finale qui semble directement pompée sur celle de « DEATH WISH 3 », « ROBOCOP 3 » se traîne péniblement et hélas, Burke n’est pas le seul à s’être planté. Tous les seconds rôles sont épouvantables, qu’il s’agisse de John Castle en méchant de service, Bruce Locke en cyborg samouraï (sic !), Rip Torn qui n’a jamais été aussi cabotin, Bradley Whitford ou Jill Hennessy, c’est un défilé incessant de visages inexpressifs ou grimaçants, sans la moindre épaisseur. Serait-ce le réalisateur qui aurait eu des petits manques en matière de direction d’acteurs ? Seuls s’en sortent à peu près CCH Pounder et Daniel von Bargen en leaders de la résistance. Et encore ! C’est parce qu’on les aime bien…

Malgré son sous-texte « révolutionnaire » bien naïf et puéril, « ROBOCOP 3 » est une authentique catastrophe qui galvaude éhontément les bases établies par Verhoeven pour accoucher d’une bouillie aussi stupide que laide à contempler.