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« LA CHAMBRE VERTE » (1978)

13 Juin

« LA CHAMBRE VERTE » est certainement le film le plus étrange et inclassable de la vingtaine signée par François Truffaut. Il s’est inspiré de l’œuvre de Henry James pour le portrait d’un homme – qu’il incarne lui-même – obsédé par la mort depuis la guerre 14-18 et le décès de sa femme.

Entouré de photos de défunts, d’objets symboliques, il néglige les vivants, pour se consacrer à une chapelle où brûlent des cierges en hommage à « ses » morts. On n’est pas obligé de comprendre ce personnage, encore moins d’adhérer à ses idées, mais il est indéniablement fascinant dans sa bizarrerie. Truffaut n’a jamais été un vrai comédien, bien qu’il se soit essayé plusieurs fois à l’exercice, mais son jeu d’une extrême raideur, ses mouvements gauches et sa voix monocorde, épousent parfaitement son rôle. Il semble en effet plus mort que vivant. Et Nathalie Baye, qui tombe amoureuse de lui et le suit dans sa folie, apporte heureusement un peu de lumière et… de vie à tout le film. Celui-ci est magnifiquement éclairé par Nestor Almendros, dans des teintes automnales d’une infinie tristesse et le rythme lent, presque pénible du montage, achève d’immerger dans cet univers en équilibre entre deux mondes, sans qu’on sache très bien si on aime cela ou pas. « LA CHAMBRE VERTE » ne ressemble à aucun autre film, mais certaines phrases donnent à réfléchir, tout particulièrement lorsque ‘Davenne’ affirme qu’on finit par connaître plus de gens morts que vivants, par exemple. Malgré des maladresses de jeu dans l’auteur et chez plusieurs seconds rôles, cela demeure une œuvre intime, sincère et foncièrement angoissante, qui hante longtemps la mémoire.

NATHALIE BAYE ET FRANÇOIS TRUFFAUT

 

10 réponses à “« LA CHAMBRE VERTE » (1978)

  1. jicop

    13 juin 2021 at 5 h 46 min

    Un film étonnant , envoutant , qui vous prend par surprise pour ne plus vous lacher pour peu que vous soyez d’humeur . Une des œuvres les plus singulières de Truffaut à qui Delon avait écrit une longue lettre pour lui avouer son admiration pour ce film radical et morbide . La star avait confié qu’il aurait aimé interpréter le role principal . On se plait à rever à ce qu’aurait pu donner  » la chambre verte  » avec le Delon du  » professeur  » ou de  » monsieur Klein » avec son masque froid .
    En l’état un film étouffant ; aux antipodes de toute sensiblerie et d’une grande beauté .
    La chaine Arte le diffuse dans quelques jours ; avis aux amateurs et amatrices .

     
    • walkfredjay

      13 juin 2021 at 8 h 01 min

      Le Delon de « M. KLEIN » aurait effectivement été parfait dans le rôle. Je sais que Trintignant aussi avait brigué le rôle. Même s’il apporte une étrangeté, Truffaut appauvrit tout de même le personnage par son jeu complètement rigide.

       
      • Seb

        13 juin 2021 at 8 h 39 min

        Ainsi qu’une diction affectée, nasillarde, qui se retrouve dans les (nombreuses) voix-off de ses films, contribuant à mon rejet du « style Truffaut ».

         
      • walkfredjay

        13 juin 2021 at 9 h 46 min

        Tout à fait d’accord. C’est curieux ce besoin de certains réalisateurs (Tarantino, Shyamalan) de vouloir absolument « faire l’acteur » alors qu’ils ne sont manifestement pas doués pour cela. Il est vrai que l’omniprésence, physique ou vocale, de Truffaut m’a longtemps empêché d’adhérer à son œuvre. Aujourd’hui, cette allergie m’est un peu passée.

         
  2. Seb

    13 juin 2021 at 7 h 01 min

    Un des films les plus atypiques de Truffaut. Si on peut en apprécier l’ambiance étrange, force est de reconnaître qu’un sentiment d’ennui prédomine. À part La femme d’à côté et Les 400 coups, j’ai décidément du mal à trouver un seul film du cinéaste satisfaisant…

     
    • walkfredjay

      13 juin 2021 at 8 h 00 min

      Je comprends. Personnellement, c’est un cinéaste que j’ai découvert tardivement…

       
    • Darcotik

      14 juin 2021 at 17 h 49 min

      Je trouve « La Peau Douce » assez abouti dans son genre. Pas forcément le premier auquel on pense, mais c’est court, clair, bien fait. « La Mariée Etait en Noir » est également intéressant, en avance sur la mode des revenge movies de la décennie suivante.

       
  3. Miguel

    13 juin 2021 at 10 h 40 min

    Le film de Truffaut sur le culte des morts ou la religion des disparus, on pense à la Shoah. On aime moins ce film si on aime plus Truffaut pour sa perception aiguë du romantisme. Dans ce cadre lugubre, Nathalie Baye est très attachante presque lumineuse, comme toujours Truffaut connaissait les actrices et savait les diriger.

     
  4. Corey

    13 juin 2021 at 23 h 33 min

    Je crois que j’ai jamais vu un Truffaut en entier. Le personnage m’agace tellement que je n’ai pas envie de me plonger dans son oeuvre. De peur d’aimer, probablement…
    Oui, c’est complètement idiot.

     

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