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Archives de Catégorie: AVENTURES ET ACTION

« BLADE RUNNER 2049 » (2017)

Pour tout dire, nul n’avait besoin d’une suite à « BLADE RUNNER », le chef-d’œuvre « séminal » de Ridley Scott qui se suffit amplement à lui-même. Aussi, l’annonce de « BLADE RUNNER 2049 » n’a-t-elle pas forcément suscité un enthousiasme généralisé. Mais la présence de Denis Villeneuve derrière la caméra, le retour de Harrison Ford, qui semble valider l’entreprise, devant ont pu laisser espérer une bonne surprise.BR2

Eh bien, c’est raté ! Sur le thème des réplicants capables de procréer et donc de devenir « plus humains qu’humains », le scénario se traîne pendant presque trois heures pour un contenu qui aurait facilement tenu dans la moitié du métrage. Les personnages se meuvent lentement, mettent des heures à sortir leurs répliques, les séquences dialoguées s’éternisent et on ne retrouve jamais ne serait-ce qu’une once de l’atmosphère envoûtante du premier film. Mais le pire est encore d’avoir à contempler le faciès impavide, les yeux vacants de l’emplâtre Ryan Gosling pendant cette éternité. Il ne change jamais d’expression, semble ne pas réellement imprimer la pellicule, déambule comme un fantôme dans ces décors froids et désincarnés et paraît même moins tangible que sa petite amie virtuelle (la très belle Ana de Armas). L’arrivée tardive d’Harrison Ford n’arrange rien, l’un comme l’autre passant leur temps à prendre des coups dans la figure. Sylvia Hoeks est très bien en androïde ultra-violente, Robin Wright et Jared Leto ne crèvent pas l’écran à leur habitude, et on reconnaît fugitivement un autre revenant du n°1 : Edward James Olmos et ses origami dans sa maison de retraite. En fait, le seul moment un tant soit peu émouvant est l’apparition magique d’une Sean Young comme figée dans ses vingt ans, par la grâce des CGI.

Un visionnage pénible donc, sans raison d’être puisque Sir Ridley avait déjà tout dit en 1982. On peut s’épargner ces heures d’ennui.

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« UTU » (1984)

« UTU » (vengeance en maori) se situe en 1870 en Nouvelle-Zélande et conte la révolte d’un soldat « native » contre le colon blanc, après le massacre de sa tribu.UTU

Dès les premières séquences, on est renvoyé à l’imagerie et aux thématiques du western et tout particulièrement d’œuvres comme « BRONCO APACHE ». Comme dans le film de Robert Aldrich, celui de Geoff Murphy choisit de ne pas mythifier son « héros » campé par Anzac Wallace. Si son combat est parfaitement justifiable, ses actions sont barbares et choquantes et lui-même n’a rien de très sympathique. C’est une brute assoiffée de sang, exaltée, de plus en plus enivrée par son propre pouvoir. Heureusement, les blancs ne sont guère plus reluisants et entre ces deux blocs, c’est le personnage le plus nuancé, le plus ambigu, le scout Wi Kuki Kaa qui s’affirme comme le véritable protagoniste de l’histoire, jusqu’à la chute finale, complètement inattendue. Hormis une utilisation « hollywoodienne » de la musique, « UTU » opte pour un traitement réaliste, qui immerge dans l’époque décrite, un peu à la manière de Werner Herzog pour « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU ». Ici pas de grand spectacle ou de batailles épiques : la violence est montrée pour ce qu’elle est. Sèche, cruelle et laide. Dans un casting semi-amateur se détache Bruno Lawrence dans un rôle de fermier devenu fou après le meurtre de sa femme et traquant inlassablement les rebelles avec un fusil bricolé à quadruple canon. Un peu long par moments, légèrement déstructuré et insérant maladroitement de brefs flash-backs, « UTU » est un beau film qui, outre la guerre entre les hommes, dépeint à merveille les beautés de la nature.

À noter que le film, invisible depuis trois décennies a récemment été restauré dans sa véritable longueur et réédité en France dans un luxueux coffret.

 

« CHASSE À MORT » (1981)

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ANDREW STEVENS ET LEE MARVIN

Lee Marvin et Charles Bronson, deux acteurs mythiques de films d’action qui débutèrent dans le même film en 1951, qui se croisèrent plusieurs fois sur les plateaux de cinéma et de TV, furent réunis une ultime fois pour « CHASSE À MORT », alors que leurs carrières respectives suivaient une courbe descendante comparable.HUNT

Réalisé par l’anglais Peter Hunt (« AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ » et « PAROLE D’HOMME » déjà avec Marvin), le film est basé sur des événements réels survenus dans le Yukon en 1932 et sur un scénario qui annonce très nettement celui de « RAMBO » sorti un an après. Ex-héros de la WW1 revenu sur la terre glacée de son père, Bronson est agressé par une bande de bouseux à moitié dégénérés et abat l’un deux. Il est alors traqué par Marvin, sergent de la Police Montée, lui-même talonné par une bande de chasseurs de primes incompétents. Un sujet-bateau, mais un film qui a pris de la patine avec les années et qui dégage une certaine authenticité dans ses décors, sa rudesse et son absence de sentimentalisme. Pas vraiment de face-à-face entre les deux stars vieillissantes, hélas. Ils ne se donnent la réplique que dans une brève séquence, mais on sent leur complicité à distance, à travers des lentilles de jumelles au cours de la chasse à l’homme. Le cheveu blanchi, la ride profonde, les deux ‘tough guys’ sont toujours égaux à eux-mêmes, mais on perçoit une sorte de vulnérabilité dans leur jeu, dans leur allure, un lâcher-prise, une fatigue. Bronson, même s’il parle encore moins que d’habitude, a de jolis moments où transparaissent sa solitude, son inadaptation à un 20ème siècle en pleine mutation. Tout cela par quelques mimiques imperceptibles, un jeu totalement physique. Sa relation avec le chien, au début, donne lieu à des instants très émouvants.

Autour du tandem de « chevaux de retour », on reconnaît Carl Weathers, Ed Lauter dans un rôle ignoble, le jeune Andrew Stevens qui apprend la vie à la dure et dans un personnage visiblement rajouté a posteriori, Angie Dickinson qui a une liaison avec Marvin, tombant comme un cheveu sur la soupe. Mais on est tout de même content de la revoir aux côtés de son partenaire de « À BOUT PORTANT » et « LE POINT DE NON-RETOUR » !

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CHARLES BRONSON, ANGIE DICKINSON ET LEE MARVIN

« CHASSE À MORT » se laisse regarder sans jamais enthousiasmer vraiment, mais il a vieilli comme un bon vin et offre à ces deux acteurs irremplaçables l’occasion d’une dernière grande aventure. Rien que pour ça…

À noter : le film avait d’abord été annoncé sous le titre « ARCTIC RAMPAGE », avec Robert Aldrich comme réalisateur et Telly Savalas dans le rôle finalement tenu par Henry Beckman. Une partie de l’équipe des «  12 SALOPARDS » donc, qui ne s’est en fait jamais retrouvée. Seuls Marvin et Bronson seront attachés jusqu’au bout au projet.

 

« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

 

« ONLY THE BRAVE » (2017)

Réalisé par Joseph Kosinski, « ONLY THE BRAVE » est basé sur des faits réels survenus en Arizona en 2007 et décrivant le quotidien d’une équipe de pompiers luttant contre les incendies de forêt et le drame qui les décima subitement, ne laissant qu’un unique survivant.ONLY

Curieux mélange de drame intimiste sur la vie de ces « hotshots », leur cercle familial, leurs problèmes matrimoniaux, leurs ambitions professionnelles et de séquences d’action, le film a beau être très bien fait, peine à passionner. À quoi cela tient-il ? Peut-être à une sorte de détachement dans la réalisation qui oscille entre plusieurs styles, à un manque de construction solide du scénario qui tient trop de la chronique, et aussi à des enjeux dont l’importance peut passer au-dessus de la tête des non-initiés. Heureusement, car cela dure tout de même plus de deux heures, le casting est impeccable. On retrouve avec bonheur Josh Brolin en capitaine viril et obnubilé par son job, Jennifer Connelly dans le rôle de sa femme, la revenante Andie McDowell dans une fugitive silhouette. Jeff Bridges, glabre, a pris un sévère coup de vieux, mais semble toujours aussi enjoué et entonne même une chanson « country » avec ardeur. C’est le jeune Miles Teller (« WHIPLASH ») qui s’en sort encore le mieux dans un personnage assez fouillé d’ex-loser qui s’épanouit enfin dans un environnement qui lui correspond.

Le côté « inspiré de faits réels » impose évidemment le respect et la scène finale de l’incendie ravageur est impressionnante, mais « ONLY THE BRAVE » ne décolle jamais et n’implique pas vraiment. On assiste à ces actes d’héroïsme avec une indifférence polie en se prenant même à penser qu’un documentaire sur le sujet serait sans doute plus intéressant.

 

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » (1980)

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DAVID CARRADINE

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » est le premier western de Walter Hill, coécrit, produit et interprété par James et Stacy Keach qui ont réuni autour d’eux d’autres fratries d’acteurs comme les Carradine, les Quaid et les Guest, pour retracer la geste du hors-la-loi Jesse James.LONG.jpg

L’histoire (vraie) a souvent été traitée, mais trop fréquemment hollywoodisée. Seul Philip Kaufman avec sa « LÉGENDE DE JESSE JAMES » une décennie auparavant, avait opté pour une approche réaliste et démythificatrice. Le film de Hill ne va pas aussi loin, tout en demeurant d’une belle authenticité. On a rarement pu voir un Ouest aussi rural et forestier. De scènes de mariages en vignettes quotidiennes, on s’immerge totalement dans l’époque sans qu’un folklore westernien ne vienne fausser la vision. Même la superbe BO de Ry Cooder apporte énormément à ce point-de-vue d’austérité, seulement rompu par les séquences de violence très influencées par Sam Peckinpah, surtout l’attaque de la banque de Northfield, par ailleurs magistralement filmée évoquant « LA HORDE SAUVAGE ».

Dans le rôle de ‘Jesse’, James Keach n’a rien de Tyrone Power ou Robert Wagner qui furent des Jesse très idéalisés. C’est un homme froid et introverti, plutôt antipathique. David Carradine n’a jamais été meilleur qu’en ‘Cole Younger’ au calme trompeur, Keith Carradine, Dennis Quaid et la remarquable Pamela Reed complètent une distribution uniformément irréprochable. On y aperçoit même l’iconique Harry Carey, Jr. !

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SAVANNAH SMITH, JAMES KEACH, STACY KEACH ET DAVID CARRADINE

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » apparaît davantage comme un flash-back dans l’Histoire de l’Amérique que comme un véritable « western ». C’est un film honnête dans sa démarche, qui refuse la légende frelatée pour donner une juste vision de la vie des pionniers et des us et coutumes des « outlaws ». Walter Hill a signé une œuvre unique en son genre qui gagne à être revue plusieurs fois. Une de ses plus belles réussites.

 

« REVENGER » (2016)

Walter Hill a signé une vingtaine de longs-métrages, dont seuls ceux de ses débuts sont vraiment mémorables. Aujourd’hui septuagénaire, il écrit et tourne « REVENGER », une aberration filmique vaguement réminiscente de son propre « JOHNNY BELLE GUEULE ». Si dans ce film une sorte de sosie d’Éléphant man se retrouvait subitement avec le visage (alors lisse) de Mickey Rourke, ici une petite gouape barbue et malingre se réveille dans le corps de… Michelle Rodriguez !REVENGER.jpg

Sans vouloir chercher à tout prix la vraisemblance dans ce genre de polar, force est de reconnaître qu’on ne croit pas une seconde au postulat de départ et que la construction du scénario (un parallèle entre la vengeance du transsexuel malgré lui et l’incarcération en HP de sa tourmenteuse) tue dans l’œuf tout espoir de suspense véritable. On suit passivement ces fusillades répétitives, ces interrogatoires mollassons et on se demande très vite où a bien pu passer le réalisateur du « BAGARREUR » et « SANS RETOUR ». On aime bien Rodriguez, mais elle n’a jamais été une grande comédienne et elle montre ici ses limites. Elle ne fait pas grand-chose de ce rôle il est vrai impossible, à part grimacer de rage à la moindre contrariété, démolir le mobilier et vider ses chargeurs à deux mains comme dans les films de Hongkong. Impossible de s’intéresser à elle. Et ses scènes « masculines », CGI à l’appui, laissent perplexe. Quant à Sigourney Weaver, elle ne sort pas de sa camisole (et pour cause : sinon il n’y aurait pas de révélation finale) et joue une chirurgienne dévoyée et prétentieuse, face à Tony Shalhoub. Les deux comédiens ont connu des jours meilleurs ! Même chose pour l’excellent et gaspillé Anthony LaPaglia, une fois de plus réduit à jouer les mafiosi.

Triste fin de carrière pour Walter Hill, dont les derniers films semblent tous hors du temps, hors du monde réel, comme des BD désuètes et bâclées, se contentant de mettre en forme un maigre pitch qui ne tient absolument pas la distance. Espérons un prochain opus plus solide, il nous doit une revanche !