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Archives de Catégorie: AVENTURES ET ACTION

« RAMBO – LAST BLOOD » (2019)

LASTOn ne juge pas un Rambo comme un film normal. Parce qu’un Rambo, ce n’est pas un film : c’est un Rambo. Ce genre de personnage iconique qu’on a vu naître, s’égarer, retrouver le droit chemin, vieillir… en même temps que nous.

Réalisé par Adrian Grünberg (« KILL THE GRINGO » d’heureuse mémoire), « RAMBO – LAST BLOOD » évoque le scénario de Sylvester Stallone pour « HOMEFRONT ». On retrouve John Rambo 11 ans après le précédent opus, maintenant âgé de 73 ans, vivant dans le ranch de son père avec une gouvernante mexicaine et sa fille qu’il a élevée comme la sienne. Enlevée par des dealers mexicains, elle perdra la vie, lançant l’effroyable vengeance du vieux guerrier. Le scénario est simpliste et la première moitié met du temps à démarrer. Mais ce n’est pas trop grave : on est content qu’on nous laisse tout loisir de prendre des nouvelles de Stallone, comme d’un parent vieillissant. Il tient toujours la forme, affiche un visage étrange, comme artificiel, se meut avec difficulté, mais le charisme n’a pas disparu et quand l’action se déchaîne enfin, il se montre à la hauteur. Le dernier tiers – l’assaut du ranch par une armée de tueurs – est d’une violence insensée, d’une barbarie cathartique à la limite du grand guignol. On décapite, on coupe les jambes à la machette, on arrache les os des thorax et pour clore les réjouissances notre héros très en colère prélèvera à mains nues le cœur de son ennemi encore vivant. Autant d’images inacceptables de complaisance dans n’importe quelle série B, mais bien dans la logique du personnage qui n’est pas seulement un justicier, mais avant tout un « chien de guerre » que rien n’arrête une fois lâché contre ses adversaires.

Il va sans dire que l’intérêt principal vient de Stallone, qui s’en prend autant plein la gueule que Rocky mais manie toujours aussi bien l’arc, les flèches et le couteau de chasse. Les seconds rôles mexicains sont très bien et on retrouve avec plaisir la jolie Paz Vega dans un rôle sous-développé de journaliste aidant Rambo dans sa quête. À noter un générique-fin émouvant, montrant des plans des 4 opus précédents au ralenti. Toute une vie, comme dirait Lelouch ! À voir, par habitude, par affection, par nostalgie. Mais à voir.

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SYLVESTER STALLONE

 

« KEEPERS » (2018)

KEEPERS.jpg« KEEPERS », également connu sous le titre « THE VANISHING » est un film inspiré de faits réels et réalisé par Kristoffer Nyholm.

Situé en Écosse en 1900, sur une île isolée, le scénario met en scène trois gardiens de phare : Peter Mullan, vétéran veuf et hanté par ses péchés, Gerard Butler gentil géant et père de famille et le novice Connor Swindells, débutant dans le métier. Ce presque huis clos âpre et rugueux dégénère à la suite d’une tempête et la découverte d’un marin échoué et d’un coffre plein de lingots d’or. Les hommes étant ce qu’ils sont, l’ambiance change du tout au tout et évoque bientôt une sorte de « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » relocalisé sous un vent glacial. Ces individus frustes mais honnêtes vont se transformer en assassins, perdre la raison et foncer droit vers l’autodestruction. C’est un film très sombre, sans un seul moment de répit, un drame théâtral sur la nature humaine, porté par deux immenses comédiens : d’abord Butler, qu’on n’a jamais vu meilleur, franchement impressionnant dans la partie où il cède progressivement à la folie. Mullan, un des meilleurs comédiens anglais, est magistral d’autorité et de fêlures béantes. Leurs face à face sont brutaux, incertains, passionnants. Malgré une certaine monotonie inhérente au sujet même, « KEEPERS » est sauvé de l’ennui par quelques séquences d’une tension inouïe, comme celles impliquant les marins norvégiens venus chercher leur magot. Les éruptions de violence sont choquantes et la bascule de Butler est parfaitement compréhensible.

Œuvre forte, sans concession ni au spectaculaire, ni à l’ombre d’un début d’optimisme, « KEEPERS » laisse scotché sur son siège, les yeux rivés à ces hommes perdus, qui se débattent dans un cauchemar suffocant dont l’enjeu n’est même pas l’or, mais la dignité.

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PETER MULLAN ET GERARD BUTLER

 

« LA PLAGE » (2000)

PLAGEInspiré du roman d’Alex Garland, « LA PLAGE » de Danny Boyle fit beaucoup parler de lui à sa sortie. Qu’en reste-t-il 20 ans plus tard ? Un plutôt bon film, au message qui prend encore plus de sens aujourd’hui, et qui hélas, se délite dans sa seconde moitié et souffre de ruptures de ton trop abruptes.

Sous ses allures de fable baba-cool, d’utopie post-hippie, le film ne raconte au fond qu’une seule chose : il est impossible de créer et de vivre dans un paradis sur terre, pour la bonne raison que la seule présence humaine finira, à plus ou moins brève échéance, par transformer ce paradis en enfer. Alors qu’une communauté de « voyageurs » s’est installée sur une île complètement isolée en Thaïlande, en bonne intelligence avec des narcotrafiquants locaux qui ont établi certaines règles, l’arrivée d’un trio de jeunes touristes, un Américain (Leonardo DiCaprio) et un couple de Français (Virginie Ledoyen et Guillaume Canet) va entrouvrir la boîte de Pandore et changer cet endroit idéal en un cauchemar de haine, de violence et de rancœurs. Un sujet amer mais lucide, qui renvoie tout le monde dos-à-dos, y compris la fondatrice Tilda Swinton, capable des pires infamies pour préserver l’équilibre de « la plage ». C’est indéniablement intéressant, cela donne même à réfléchir, mais Danny Boyle étant ce qu’il est, il ne peut s’empêcher de surcharger sa réalisation d’effets voyants et inutiles, se perd dans une séquence ridicule de jeux vidéo et laisse parfois DiCaprio – pourtant excellent globalement – faire n’importe quoi. Dans un casting homogène, se détache Robert Carlyle dans un rôle petit mais essentiel qui hante tout le film, même s’il meurt au début.

« LA PLAGE » aurait pu être un grand film philosophique, ça ne l’est pas tout à fait. Il traîne en longueur, ellipse des moments qu’on aurait aimé voir et ne parvient pas à donner chair à la plupart des personnages. Mais le voyage vaut tout de même la peine. L’homme est-il vraiment le cancer, le parasite qui n’apporte que haine et destruction, décrit par Carlyle dans son délire ? À deux décennies de distance, on peut raisonnablement répondre par l’affirmative.

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LEONARDO DI CAPRIO ET TILDA SWINTON

 

« MULBERRY ST » (2006)

STREET.jpeg« MULBERRY ST » est le premier long-métrage de l’intéressant Jim Mickle (« STAKE LAND »), déjà écrit et interprété par Nick Damici.

C’est fondamentalement un « film de zombies », mettant en scène un quartier misérable de Manhattan, en voie de réhabilitation, soudainement envahi par les rats qui attaquent n’importe qui et transforment leurs victimes en énormes rongeurs humanoïdes affamés et passablement répugnants. Le scénario laisse clairement entendre que c’est l’arrivée des « bobos » et l’expropriation des pauvres hères qui déclenchent cette catastrophe qui se répand dans toute la ville. Le scénario n’est guère passionnant, ni original, ce qui l’est, en revanche, c’est le traitement visuel adopté par Mickle : une image crapoteuse, à peine éclairée, verdâtre, une caméra à l’épaule qui rend certaines séquences quasiment illisibles, et l’utilisation maximale d’un budget qu’on devine dérisoire. À 81 minutes, « MULBERRY ST » ne se permet aucune digression psychologique, pas la moindre explication « scientifique » à la manière des films-catastrophe des seventies. C’est un survival urbain primitif et sauvage, viscéral, qui ne prend même pas le temps de s’attarder sur la mort de personnages principaux et se finit en queue de poisson après une conclusion haletante et jusqu’au-boutiste. Tous les acteurs, totalement inconnus, sont parfaitement choisis. Damici assure en ex-boxeur chaleureux et amical, Kim Blair est très crédible dans le rôle de sa fille qui revient d’Irak, le visage scarifié, pour retomber en enfer. Et Bo Corre est très bien en barmaid combative.

C’est une bonne série B de zombies (à face de rats), au sous-texte politique à peine lisible entre les lignes, qui se laisse regarder sans déplaisir et parvient à générer un certain malaise de fin du monde.

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NICK DAMICI, KIM BLAIR ET BO CORRE

 

« LES MASSACREURS DU KANSAS » (1953)

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ERNEST BORGNINE, RANDOLPH SCOTT ET LEE MARVIN

« LES MASSACREURS DU KANSAS » d’André de Toth est un petit western comme Randolph Scott en a tourné des dizaines, qui ne se distingue du commun des séries B de l’époque que par quelques détails inhabituels.KANSAS.jpg

D’abord, il est tourné en 3-D et… ce n’est pas brillant ! Tout le monde passe son temps à balancer des objets sur l’objectif de la caméra ou à lui tirer dessus, ensuite le prologue situé juste après la guerre de sécession présente Scott comme un espion assez répugnant (il se fait quand même cracher deux fois dessus pendant le film), pour évoluer et devenir un « héros » manipulateur et pas très net. Le scénario n’en demeure pas moins routinier et sans surprise, accumulant les poursuites en diligence (ah ! Ces rochers au premier plan qui semblent mus d’une vie propre)  et les fusillades monotones. Même la réalisation de De Toth semble bâclée, il ne cherche même pas à dissimuler les visages des doublures de Scott et Ernest Borgnine pendant une longue bagarre. C’est dire si les modestes 83 minutes semblent durer une éternité.

Heureusement, le casting est étonnamment riche et fait (presque) pardonner l’abominable numéro de cabotinage d’Alfonso Bedoya en bandido hilare. Scott égal à lui-même a une belle veste en cuir, Borgnine a une encore plus belle veste à franges et forme, pour la première fois, un tandem avec Lee Marvin. Celui-ci joue de sa grosse voix et de son corps dégingandé pour camper un homme-de-main arrogant. On retrouve avec plaisir Claire Trevor en joueuse professionnelle amoureuse de « Randy » et l’inquiétant George Macready en chef de bande vicieux et cruel.

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RANDOLPH SCOTT, CLAIRE TREVOR ET LEE MARVIN

Cela peut aider à passer le temps, mais ces talents réunis ne parviennent pas à donner du lustre à ce tout petit western sans sujet véritable, qui se traîne et tente de donner à Scott une ambiguïté qu’il est loin de dégager naturellement. À réserver aux fans de Marvin, qui a deux ou trois bons moments « marviniens ».

 

« UNDER FIRE » (1983)

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GENE HACKMAN ET JOANNA CASSIDY

Il y eut dans les années 80, un cycle de films consacrés à l’expérience de journalistes européens ou américains confrontés à la guerre et perdant leur « innocence » en même temps que leur neutralité. Cela a débuté avec « LE FAUSSAIRE », s’est poursuivi avec « L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS », « UNDER FIRE », « LA DÉCHIRURE » et s’est achevé avec « SALVADOR ».FIRE copie

« UNDER FIRE » de Roger Spottiswoode, situé au Nicaragua (mais tourné au Mexique), met en place un triangle amoureux : le vieux reporter intègre (Gene Hackman), le photographe tête-brûlée (Nick Nolte) et une femme (Joanna Cassidy) tiraillée entre les deux hommes. Pour une fois, l’histoire d’amour ne parasite pas le scénario, mais l’enrichit par son traitement adulte et réaliste. D’ailleurs, le scénario dans son entier est un modèle d’intelligence, de rigueur et de pertinence. Au contact de la violence, de la misère, de l’injustice, Nolte va peu à peu prendre parti et utiliser son talent pour aider les révolutionnaires. Mais son geste désintéressé se retournera contre lui et surtout contre ceux qu’il voulait soutenir dans leur combat : les bons sentiments n’ont jamais fait bon ménage avec la guerre. Le personnage du mercenaire sans foi ni loi, joué par Ed Harris, est là pour rappeler à quoi ressemblent les professionnels de la guerre : des tueurs sans états d’âme, changeant de camp à la moindre alerte. Le film est passionnant de bout en bout, extrêmement physique et crédible. Les acteurs transpirent, trébuchent, n’ont rien de héros de cinéma. Ils font beaucoup pour la réussite quasi-totale de « UNDER FIRE ». Cassidy trouve son meilleur rôle, elle est d’une beauté fascinante. Hackman apparaît relativement peu dans un personnage largué par le monde moderne. Dans un rôle plus que trouble d’espion français narcissique et précieux, Jean-Louis Trintignant est remarquable de duplicité affable. Sa dernière scène est superbe !

Un grand film donc, que ce « UNDER FIRE », porté par une des plus belles BO de Jerry Goldsmith et une photo de John Alcott qui donne l’impression d’être hyper-réaliste, tout en étant extrêmement soignée. À voir et revoir sans modération, c’est du grand cinéma.

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NICK NOLTE, JEAN-LOUIS TRINTIGNANT ET ED HARRIS

 

« PULP FICTION » (1994)

PULP.jpg« PULP FICTION » est le second long-métrage de Quentin Tarantino qui lui valut la Palme d’Or et qui demeure, encore aujourd’hui, son film le plus emblématique.

Qu’en reste-t-il un quart de siècle plus tard ? Un film décomplexé, distrayant, parfois surprenant, certainement culotté dans sa (dé)construction scénaristique et doté d’une bande-son formidable. Tarantino utilise le format Scope à merveille, ose des cadrages inédits, des situations limite (le viol dans le sous-sol du magasin) et mélange trois histoires d’inégale importance avec une certaine maestria. Mais le bonhomme comme toujours, se laisse rattraper par son ego démesuré en s’offrant un rôle inutilement développé, en faisant durer certaines séquences sans aucune raison (on pense à l’épisode Bruce Willis/Maria de Medeiros, à la limite du supportable) et laisse s’embourber des scènes comme la dernière au diner qui démarraient très bien et finissent dans une diarrhée verbale assommante. Heureusement, la plupart des comédiens tirent le maximum de leurs rôles : Samuel L. Jackson en tueur verbeux citant la bible, John Travolta dans le rôle de sa vie, jouant son coéquipier ultra-cool mais pas bien malin, Uma Thurman en « poule à gangsters » et femme fatale, Christopher Walken exceptionnel dans un flash-back qui semble d’abord tomber comme un cheveu sur la soupe, avant de prendre tout son sens par la suite. Sans oublier Harvey Keitel en « fixer » maître de lui.

Non, comme la plupart des films de QT, « PULP FICTION » n’a rien d’un chef-d’œuvre, mais il a su capter l’air du temps, transgresser pas mal de règles hollywoodiennes et – hélas – influencer plusieurs générations de copistes sans imagination. On peut le revoir sans craindre une trop grosse déception, ne serait-ce que pour le concours de twist où Uma et Travolta se déhanchent dans un décor insensé, un vrai moment d’anthologie.

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JOHN TRAVOLTA, SAMUEL L. JACKSON, UMA THURMAN ET CHRISTOPHER WALKEN