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Archives de Catégorie: AVENTURES ET ACTION

« DÉTOUR » (2016)

« DÉTOUR », écrit et réalisé par l’intéressant Christopher Smith (« TRIANGLE », « BLACK DEATH ») ne présente aucun rapport avec le classique du ‘film noir’ de 1945, même si on en voit un extrait-clin d’œil à la TV dans le présent film.DETOUR

« DÉTOUR » fait plutôt penser aux premières œuvres des frères Coen et recherche l’originalité non pas dans l’histoire elle-même, mais plutôt dans la manière de la raconter. La descente aux enfers de ce jeune garçon riche (Tye Sheridan) qui hait son beau-père et se laisse embarquer par un voyou (Emory Cohen) et sa copine (Bel Powley) dans un périple meurtrier, est narrée de façon extrêmement déroutante, mêlant passé et présent et donnant à penser qu’on suit deux versions différentes du même postulat en montage parallèle. On est donc accroché par cette incertitude permanente, par l’ambiance de ‘road movie’ et par la remarquable utilisation que fait Smith des objectifs à courte focale et du format Scope.

C’est donc très original et plaisant à suivre, mais le gros « hic » provient du casting de jeunes acteurs, gauches et sans aucune épaisseur, qui occupent l’espace pendant 90 minutes. Si Sheridan parvient à émerger plus ou moins, il n’en demeure pas moins très inexpressif. Cohen, déjà crispant dans « BROOKLYN », joue sur une seule tonalité, n’apportant aucune ambiguïté, aucun réel danger. Même chose pour Bel Powley en prostituée peroxydée et balafrée. Ils ne parviennent pas à donner vie à leurs personnages et à insuffler un peu d’humanité au processus.

Il n’en reste pas moins que Christopher Smith maîtrise l’image et le son à la perfection, qu’il a son univers maintenant bien établi et s’amuse avec brio des ruptures temporelles, des ‘twists’ et des effets-choc finement distillés. Espérons qu’il sera plus pointilleux sur le choix de ses comédiens la prochaine fois !

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« ROBIN DES BOIS » (2010)

ROBIN2Les films de Ridley Scott gagnent souvent à être revus et la plupart du temps en ‘director’s cut’. C’est le cas de « ROBIN DES BOIS » qui s’avère plutôt agréable dans sa version de 156 minutes, même si son principal handicap semble être le scénario de Brian Helgeland.

C’est en fait une sorte de ‘prequel’ à la légende du héros immortalisé par Errol Flynn. Le cheminement d’un simple soldat des croisades usurpant l’identité d’un noble tué dans une embuscade, pour rentrer en Angleterre. Cela évoque un peu l’histoire de Martin Guerre et la première moitié est assez captivante. Mais à force de rajouter des sous-intrigues, des personnages secondaires et des flash-backs excessivement confus, on finit par perdre le fil et par se désintéresser de l’affaire. Tout ce qui concerne le passé de Robin alourdit l’ensemble et aurait pu être coupé sans grand dommage.

Heureusement, Sir Scott manie ses caméras en maestro et son film est magnifique à regarder, ses batailles sont épiques et sa distribution est absolument somptueuse : Russell Crowe est un vrai/faux Robin convaincant, même s’il semble parfois légèrement léthargique. Cate Blanchett est une Marianne endurante et combative, Max Von Sydow est égal à lui-même en vieux chevalier aveugle, Oscar Isaac (en roi Jean) et Mark Strong sont de détestables félons dignes des classiques de cape et d’épée d’antan. On ne s’attardera pas trop sur Léa Seydoux et son éternelle expression maussade.

Ambitieuse, très longue, un tantinet boursouflée, cette énième mouture de « ROBIN DES BOIS » n’est pas un ratage, elle contient même d’intéressantes réflexion sur le mythe de ce leader révolutionnaire qui ne dit pas son nom. Mais le mieux étant souvent l’ennemi du bien, on aurait aimé plus de simplicité et de retenue.

ROBIN

CATE BLANCHETT, RUSSELL CROWE, MAX VON SYDOW ET OSCAR ISAAC.

 

« SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR » (1942)

VOIX copie« SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR » est un des 14 films dans lesquels Basil Rathbone incarna, mieux que quiconque il est bon de le rappeler, le détective de Baker Street. Resitué pendant la WW2, ce scénario tient davantage des aventures de Tintin et Milou que de celles du héros de Conan Doyle. Il est alourdi qui plus est, par une propagande antinazie certes louable, mais trop présente.

Holmes et Watson (l’irremplaçable Nigel Bruce) sont enrôlés par les services secrets pour découvrir l’homme qui envahit les ondes via une émission quotidienne annonçant crimes et attentats pour démoraliser le peuple anglais. Ils seront épaulés par les voyous des bas-fonds et en particulier par une jeune femme « de mauvaise vie » (Evelyn Ankers) désireuse de venger son homme assassiné. C’est honnêtement réalisé par John Rawlins, rapide (à peine une petite heure) et naïf, mais si le film mérite un surplus d’attention, ce sera pour le travail extraordinaire de son chef-opérateur Elwood ‘Woody’ Bredell (1902-1969), dont le nom est relativement peu connu, mais qui signa tout de même l’image de classiques comme « LES TUEURS », « HELLZAPOPPIN » ou « LES AVENTURES DE DON JUAN ». Ce qu’il fait sur ce présent film tient vraiment du grand art : ombres sculptées, extrêmes gros-plans en clair-obscur, pénombres grouillant de détails, etc. L’image compense aisément la faiblesse du scénario et rend ce Holmes fascinant.

Bizarrement coiffé en « accroche-cœurs », Rathbone est un Sherlock brusque, constamment pressé et dépourvu d’humour, auprès de Bruce amusant en Watson toujours en retard de deux trains. Dans un casting sans aspérité, Miss Ankers est énergique et très moderne dans son jeu et Thomas Gomez compose un traître particulièrement infâme à la Peter Lorre. Un film à voir donc essentiellement pour la magnifique photographie de M. Bredell.

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BASIL RATHBONE ET EVELYN ANKERS

 

« LA SCOUMOUNE » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

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ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on retrouve également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !

 

« UN NOMMÉ LA ROCCA » (1961)

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JEAN-PAUL BELMONDO

« UN NOMMÉ LA ROCCA » est le premier film de Jean, fils du grand Jacques Becker, et demeure probablement son meilleur. Adapté par José Giovanni d’une de ses propres Séries Noires, c’est un polar singulier, trahissant ses origines littéraires par une construction en chapitres indépendants les uns des autres (le retour de La Rocca en France, la prison, le déminage, la fin tragique) et s’achevant dans l’amertume.ROCCA2

C’est l’histoire d’une amitié aveugle entre Jean-Paul Belmondo, jeune voyou charismatique, as de la gâchette et Pierre Vaneck tête brûlée au comportement suicidaire. La première moitié du film est bourrée de clichés du genre « gangsters et p’tites pépées », avec ses caïds en costard rayé, ses racketteurs, ses règlements de comptes, mais la seconde décolle dans une impressionnante séquence où des forçats s’engagent pour déterrer des mines de la WW2 en échange de leur liberté.

La réalisation est sobre, sans la moindre faille, ultra-efficace, utilisant à merveille les extérieurs et cadrant les visages en très gros-plans. Le film doit beaucoup à Belmondo, qu’on n’a jamais vu aussi mince, presque maigre, les traits creusés, l’air triste et presque absent. Il crée un beau personnage de tueur loyal et sans état d’âme. Son duo avec Vaneck fonctionne à plein. À leurs côtés, la jolie Christine Kaufmann (copro allemande oblige) ne donne pas grand relief à son rôle. On reconnaît des « tronches » d’époque comme Michel Constantin en déserteur… américain (avec accent hallucinant en bonus !), Claude Piéplu, Mario David, Jacques Rispal, etc.

Très belle surprise donc que ce « UN NOMMÉ LA ROCCA » injustement sous-estimé voire oublié, alors qu’il est vraiment un fleuron du polar français des années 60.

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MICHEL CONSTANTIN, PIERRE VANECK ET JEAN-PAUL BELMONDO

À noter : José Giovanni tournera lui-même un remake en 1972, intitulé « LA SCOUMOUNE » où Belmondo retrouvait son rôle rebaptisé ‘Borgo’. Le scénario était très proche, mais le traitement totalement différent. Demain sur « BDW2 » !

 

« HONDO AND THE EAGLE CLAW » et « HONDO AND THE WAR CRY » : premiers épisodes de « Hondo »

HONDO

RALPH TAEGER

Malgré sa courte durée (17 épisodes de 50 minutes), la série « HONDO » avait laissé le souvenir d’une franche réussite, un des meilleurs westerns télé des sixties. Et à revoir la série aujourd’hui, on s’aperçoit que cette réputation n’était nullement usurpée ou enjolivée par la nostalgie. Inspirée d’un roman de Louis L’Amour et du film « HONDO, L’HOMME DU DÉSERT » de John Farrow avec John Wayne dans le rôle-titre, la série met en scène un ‘scout’ de l’U.S. Army, qui combattit avec le Sud, vécut parmi les Apaches et tente de ramener la paix en territoire indien, à la demande du général Sheridan.

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KATHIE BROWNE ET RALPH TAEGER

Le premier épisode : « HONDO AND THE EAGLE CLAW » réalisé par Lee H. Katzin, est une excellente entrée en matière. Hondo, campé par un Ralph Taeger confondant de naturel, a pour mission d’amener le chef Michael Pate (qui reprend le rôle qu’il tenait déjà dans le long-métrage), son ancien beau-père, à négocier avec l’armée. On fait connaissance avec le chien ‘Sam’, bâtard assez moche et inquiétant, mais fidèle compagnon du héros, avec son pote ‘Buffalo’ (Noah Beery, Jr.) et Kathie Browne dont Hondo a tué le méchant mari. On croise également de vieilles gloires comme Robert Taylor en propriétaire d’une mine, Michael Rennie en crapule suave, Gary Merrill ou Jim Davis. Une bien belle affiche pour un « pilote » enthousiasmant, qui fait retrouver le goût des grands espaces et du vrai western U.S.

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RALPH TAEGER

Le grand atout de la série est Taeger, au physique de jeune premier viril, mais qui campe un personnage mal embouché, cynique, à peine sympathique, très représentatif des antihéros des années 60. Son look – chapeau de l’armée confédérée, veste de peau – calqué sur celui de Wayne, est très réussi et il exécute lui-même ses cascades, dont une belle bagarre au couteau avec un Apache énervé. Une vraie « gueule », une authentique personnalité. « HONDO » est une série « feuilleutonnante » dont l’histoire se développe sur plusieurs épisodes. Ce premier donne furieusement envie de découvrir la suite. « HONDO AND THE WAR CRY » est en fait la seconde partie de l’épisode-pilote de la série « HONDO », qui poursuit et conclut le scénario présentant les personnages récurrents. L’idylle de notre héros avec la veuve de l’épicier se confirme (il l’appelle par son prénom vers la fin !) et il devient l’idole de son petit garçon qui s’avère encore plus énervant que celui de « L’HOMME DES VALLÉES PERDUES » en appelant Hondo par son surnom indien « Emborrado » (Mauvais Caractère) à chacune de ses répliques.

On notera un intéressant discours de Ralph Taeger sur le droit des Apaches à défendre leur terre volée par les hommes blancs, on le voit prendre la défense d’un ado indien malmené par des brutes épaisses. Quant au chef ‘Vittoro’, il prend dans cette seconde partie une dimension d’homme de paix prêt à tuer ses propres guerriers renégats pour respecter sa parole donnée.

À noter une augmentation du rôle du chien ‘Sam’, de plus en plus crado, mais toujours prêt à voler au secours de son ami (et non maître) Hondo.

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ROBERT TAYLOR ET MICHAEL PATE

 

 

« LE VAISSEAU DE L’ANGOISSE » (2002)

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EMILY BROWNING

Réalisé par le spécialiste des effets-spéciaux Steve Beck, « LE VAISSEAU DE L’ANGOISSE » part d’une bonne histoire de vaisseau fantôme et démarre d’emblée sur les chapeaux de roues avec une scène de bal qui tourne soudainement à l’horreur pure. Le ton est rapidement donné !SHIP2

Très bien photographié, parfaitement crédible au niveau des F/X (c’est le moins), le film maintient une véritable tension pendant ses deux premiers tiers, grâce à un montage serré, des séquences de trouille bien maîtrisées, sans excès ridicules et surtout grâce à un excellent casting réuni pour l’occasion : Julianna Margulies en héroïne dure-à-cuire, Gabriel Byrne en capitaine des sauveteurs et de solides seconds rôles comme Ron Eldard, Karl Urban en soudeur cradingue ou Isaiah Washington. On suit leurs déambulations dans un paquebot à la dérive depuis quarante ans, grouillant de spectres plus ou moins menaçants et de secrets bien enfouis. Hélas, quand le scénario commence à vouloir tout expliquer à grands coups de flash-backs, cela se gâte. Les passages d’une époque à l’autre deviennent confus, l’identité et les motivations du « méchant » frisent le grand n’importe quoi et la fin s’égare complètement dans des coups de théâtre aberrants. Comme un moteur qui s’emballe et finit par exploser.

C’est bien dommage car le film n’est vraiment pas dénué de qualités à la fois visuelles et narratives, de superbes morceaux de bravoure et de décors bluffants. À condition de fermer les yeux sur un scénario bancal et bien trop compliqué pour tenir les 90 minutes règlementaires, « LE VAISSEAU DE L’ANGOISSE » est une plutôt heureuse surprise. Le prologue situé en 1962 est tellement choquant, que le film semble avoir du mal à le surpasser par la suite…

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GABRIEL BYRNE, JULIANNA MARGULIES ET KARL URBAN