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Archives de Catégorie: AVENTURES ET ACTION

« UN TRAÎTRE IDÉAL » (2016)

Adapté d’un roman de John Le Carré, réalisé par la téléaste Susanna White, « UN TRAÎTRE IDÉAL » a toutes les apparences d’un film d’espionnage anglais comme on en a déjà tant vu. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car il s’avère être un excellent film aux enjeux psychologiques puissants et aux personnages très bien campés.KIND

Stellan Skarsgård – parfaitement utilisé – est un comptable de la mafia russe qui, se sachant condamné par son nouveau boss, décide de vendre ses secrets, impliquant de hauts dignitaires britanniques, au MI6 en échange d’une protection pour sa famille. Il compromet un innocent quidam (Ewan McGregor) et sa femme (Naomie Harris) croisés par hasard, qui vont s’attacher à son sort. C’est une course-poursuite à travers le Maroc, la France, la Suisse et l’Angleterre, toute empreinte de paranoïa et de violence. Mais le plus intéressant et original, est l’amitié soudaine mais bien réelle entre le « traître » sympathique et truculent et le jeune professeur généreux et chevaleresque. Le tandem d’acteurs fonctionne à plein régime, soutenu par d’excellents seconds rôles comme Damian Harris, en maître-espion ambigu. Étonnamment soigné au niveau visuel et esthétique, « UN TRAÎTRE IDÉAL » doit beaucoup à son directeur photo, Anthony Dod Mantle (« FESTEN », « DREDD ») dont le sens du cadrage et les lumières contrastées jouant avec les reflets, apportent une grande classe au film tout entier. Malgré quelques petites impasses scénaristiques et des ellipses très abruptes (on aurait quand même bien voulu savoir ce qui a pu se passer dans l’hélicoptère, à la fin !), « UN TRAÎTRE IDÉAL » est un bon suspense humain et dépourvu de sensiblerie.

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« THE BIG HIT » (1998)

Réalisé par le hongkongais Kirk Wong, « THE BIG HIT » part du concept opportuniste de mixer l’univers des hitmen à la John Woo (d’ailleurs producteur du film !) et la grosse comédie pour teenagers, pour un polar déjanté, bruyant et mettant en vedettes des boys band musculeux et brillantinés.BIGHIT.jpg

On sent planer tout du long l’influence de Tarantino, mais tout cela est tellement fabriqué, trafiqué et sans spontanéité, qu’on s’ennuie rapidement. Et ce, malgré un assez bon casting et des séquences d’action spectaculaires pour l’époque. Le film se laisse suivre grâce à la prestation sincère et attachante de Mark Wahlberg, qui campe un tueur à gages timide et complexé dont tout le monde – et tout spécialement les femmes – profite sans vergogne. Avec sa petite taille, ses cheveux teints en roux, l’acteur crée un personnage humain et crédible, ce qui n’est pas un mince exploit dans le contexte général. Autour de lui, Lou Diamond Phillips en fait des mégatonnes en collègue cynique, stupide et traître, mais il est amusant. Elliott Gould fait n’importe quoi en futur beau-père allergique à l’alcool. Seule la jeune China Chow parvient à tirer quelque chose de son rôle d’otage pleine d’entrain.

Il n’est pas évident d’épiloguer sur un film qui ne raconte à peu près rien et tente trop ostensiblement d’exploiter les filons à la mode de l’époque. Ce n’est pas parce que les tueurs sont des moulins à parole que c’est du Tarantino, pas parce qu’on tire à tout-va au ralenti avec plusieurs flingues en même temps qu’on fera oublier John Woo. « THE BIG HIT » est une sorte de pastiche pas très drôle ni très fin, qui se laisse regarder avec indifférence mais qui n’a rien à proposer d’original ou d’inédit.

 

« PREDATORS » (2010)

PREDATORS2.png« PREDATORS », variation façon comic books du classique de John McTiernan, et signé Nimród Antal, est typiquement le genre de film devant lequel on n’a pas envie de faire la fine gueule. Le scénario est un grand n’importe quoi infantile, bordélique et faisant fi de toute vraisemblance, mais au bout de quelques minutes, se retrouvant en terrain familier et devant la belle photo de Gyula Pados, on renonce à pinailler et on profite du Grand-8.

Parachutés (littéralement) sur une planète servant de terrain de chasse aux predators, une poignée de personnages violents, des guerriers, des serial killers, des mercenaires, des tueurs des cartels et même un Yakuza, se retrouvent traqués par des aliens encore pires que ceux des films précédents (la preuve : ceux-ci leurs servent aussi de gibiers !). Le scénario est relativement élaboré et ne se contente pas d’un simple jeu de massacre. La présence d’un acteur « sérieux » comme Adrien Brody à la place d’un musclor, dans le rôle du leader impitoyable apporte un petit quelque chose d’indéfinissable qui arrache le film à la série B. Il est très bien entouré par Alice Braga en sniper israélienne, Oleg Taktarov excellent en soldat russe loyal, Mahershala Ali, Walton Goggins et même Danny Trejo qui disparaît trop rapidement. Seul Laurence Fishburne détone un peu dans un rôle pas vraiment nécessaire, qu’il surjoue sans avoir l’air d’y croire. Mais le groupe fonctionne dans l’ensemble et le look des predators est toujours à la hauteur.

« PREDATORS », c’est de la pure « pulp fiction », un cinéma de distraction sans autre ambition que divertir. Les moyens sont là, les CGI savent rester discrets et les scènes de violence sont parfaitement maîtrisées. Pas à placer dans la même catégorie que les deux premiers films de la franchise, certes, mais un excellent moment tout de même.

PREDATORS

ADRIEN BRODY, ALICE BRAGA, DANNY TREJO ET OLEG TAKTAROV

 

« A BITTERSWEET LIFE » (2005)

« A BITTERSWEET LIFE » de Jee-woon Kim est un film de gangsters coréen ultra-stylisé et maîtrisé à 100%, où on retrouve les influences assumées du « SAMOURAÏ » de Melville (le tueur et l’innocente musicienne), du « KILLER » de John Woo (la relation amoureuse esquissée à nouveau et les gunfights dantesques) et même du « SCARFACE » de De Palma pour l’affrontement final qui tourne à la boucherie.LIFE.jpg

Byung-Hun Lee, qui n’est pas sans évoquer le Delon des débuts, est remarquable en homme-de-main d’un caïd de la pègre, cool et invincible, dont l’obéissance aveugle va être perturbée par son refus d’abattre une jeune femme dont il est tombé amoureux. Assailli de partout, il va connaître un véritable chemin de croix, culminant dans une séquence où il est enterré vivant et ressort du tombeau tel un ange exterminateur. Le scénario est d’une rigueur implacable, la réalisation joue avec maestria des ellipses brutales et de fréquentes éruptions de violence extrêmement sanglantes. Mais cela fait partie du cinéma du réalisateur et ne sombre jamais dans la complaisance ou la série B. Tous les personnages sont parfaitement dessinés, à commencer par le boss inhumain (Yeong-cheol Kim) ou le « collègue » sadique (Roe-ha Kim). Quelques séquences d’action vont très loin dans l’expression de la peur et la volonté de survivre à n’importe quel prix : on pense à l’évasion de Byung-Hun Lee après avoir été torturé et presque dépecé dans un hangar. Un morceau de cinéma d’action époustouflant !

Pour le portrait de cet homme apparemment lisse, calme et soumis, qui pour avoir laissé filtrer un soupçon d’humanité, va payer le prix fort, « A BITTERSWEET LIFE » mérite d’être vu. Et vraiment, Jee-woon Kim est un grand cinéaste.

 

« LA BRIGADE DU TEXAS » (1975)

« LA BRIGADE DU TEXAS » est le second film de Kirk Douglas en tant que réalisateur, prouvant (si besoin était) après le désolant « SCALAWAG », qu’il n’était définitivement pas fait pour tenir la caméra.POSSE2.jpg

Car si le scénario est intéressant et même assez mordant, la réalisation approximative, pourrie de zooms et de cadrages hasardeux, éteint très vite tout intérêt pour l’histoire. Le film s’enlise dans un interminable trajet en train, une évasion laborieuse, des fusillades mal réglées et esquive le véritable sujet : la confrontation d’un marshal ambitieux et politicien dans l’âme avec un hors-la-loi (Bruce Dern) intelligent et manipulateur dont il veut se servir pour être élu gouverneur. Dern, ou du moins le personnage qu’il incarne, est d’ailleurs le seul véritable point fort de ce western en chambre : ironique, acrobatique, insolent, il joue un rôle qu’on dirait taillé pour… le Kirk Douglas des grandes années. Tandis que celui-ci se contente d’un personnage ingrat d’opportuniste faux-jeton et sans scrupule dont il ne peut pas tirer grand-chose. Les décors de la ville sont cheap au possible, les seconds rôles mal utilisés, qu’il s’agisse des deux vétérans de « LA HORDE SAUVAGE » Bo Hopkins et Alfonso Arau ou de Luke Askew et James Stacy, dont c’était le comeback à l’écran après un accident qui lui coûta un bras et une jambe.

On enrage de voir tous ces bons éléments pratiquement réduits à néant par un manque d’ampleur dans la réalisation et même dans la photo tristounette de téléfilm. Même la BO de Maurice Jarre ne parvient pas à remonter le niveau. « LA BRIGADE DU TEXAS » est un ratage, probablement dû au fait qu’en tant qu’acteur, Kirk Douglas s’est effacé derrière Bruce Dern, excellent comédien de second plan, qui n’avait alors pas l’étoffe de porter un film sur les épaules. Ils auraient sans doute mieux fait d’inverser leurs rôles ! Occasion manquée, donc.

 

« LA PROIE NUE » (1965)

PREY.jpg« LA PROIE NUE » de Cornel Wilde, commence lors d’un safari au Bostwana, au 19ème  siècle. Et par le massacre gratuit d’un troupeau d’éléphants par le guide (Wilde) et ses odieux clients. Inutile de dire que lorsqu’ils sont capturés par une tribu cannibale, on est plutôt content de les voir payer pour ce carnage !

Passé cette introduction brutale, on suit la longue traque de Wilde, unique rescapé, poursuivi dans la brousse par plusieurs guerriers. Nu, sans eau ni nourriture, l’homme blanc va fuir, se rebiffer, tuer ses poursuivants sans pitié et régresser quasiment au stade animal. « LA PROIE NUE », c’est le « survival » ultime, un film pratiquement dépourvu de dialogue, à la bande-son composée de tam-tams africains qui finissent par avoir un effet hypnotisant. Tuer ou être tué, sans échappatoire, sans digression. Le film, c’est cela et rien d’autre. La mise-en-scène de Wilde est délibérément « primitive », comme captée sur le vif, impression renforcée par l’insertion ininterrompue de plans d’insert : des animaux sauvages s’entredévorant, des paysages désertiques. Bien sûr, certains aspects ont beaucoup vieilli, comme le traitement de la violence : tous les coups sont portés hors-champ et le sang se résume à des éclaboussures de peinture rouge-vif bien peu réalistes. Mais on passe sur ces détails mineurs, pour reconnaître que le film a gardé l’essentiel de sa puissance et que le dernier regard entre le chasseur (Ken Gampu) et sa proie dissipe tout soupçon de racisme ou d’esprit colonialiste. L’homme blanc, tout intégré qu’il pensait être, sera finalement éjecté de la jungle par ses « anticorps » et rejoindra les siens. Un film très étrange, parfois dérangeant, tournant le dos à toute narration traditionnelle. Avec son corps noueux, sa peau cuivrée par les coups de soleil et son regard traqué, Cornel Wilde trouve son meilleur rôle, en tout cas le plus iconique.

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CORNEL WILDE, KEN GAMPU ET GERT VAN DER BERG

 

« CASABLANCA » (1942)

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INGRID BERGMAN

Sur le papier, « CASABLANCA » de Michael Curtiz, avait tous les attributs d’un banal mélo de propagande antinazis de la Warner, un de ces films de circonstances rapidement oubliés au fil de l’Histoire.CASA.jpg

Mais, considéré aujourd’hui comme un des plus beaux accomplissements du vieil Hollywood, « CASABLANCA » a bénéficié d’une incroyable alchimie de tous les talents réunis et s’impose clairement comme un chef-d’œuvre d’émotion. Le scénario théâtral mais mixant admirablement l’anecdote amoureuse et une plus noble vision du sacrifice nécessaire en temps de guerre, un dialogue subtil, allusif, spirituel, une photo sublime d’Arthur Edeson, des décors « exotiques » splendides et pour finir l’immortelle chanson : « As time goes by », symbole du temps qui passe et des amours perdues. Sans oublier l’atout principal : le couple Ingrid Bergman-Humphrey Bogart qui crève l’écran. Rarement un ‘tough guy’ comme Bogart a osé se montrer aussi vulnérable et démuni (il sanglote littéralement parce qu’il revoit la femme qui l’avait largué sans préavis !). Le personnage de Rick, cynique et cassant, est en réalité un sentimental idéaliste et un grand amoureux romantique. Quant à Bergman, magnifiée par des gros-plans qui sont de véritables œuvres d’art, elle irradie et parvient à rendre crédible cette love story sinueuse et ce dilemme insoluble, par sa seule présence. À leurs côtés, Claude Rains est formidable en préfet français ambigu et profiteur, Paul Henreid remplit bien son office de héros noble et incorruptible et des personnalités comme Sidney Greenstreet, Peter Lorre (une courte mais très mémorable apparition)  ou S.Z. Sakall occupent agréablement l’arrière-plan.

« CASABLANCA » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement et indéfiniment, pour leur esthétique, leur atmosphère et parce que les relations entre les protagonistes sont si complexes et ambiguës qu’on peut toujours y déceler des subtilités et des paradoxes, même après de multiples visionnages. Une pierre blanche du cinéma américain.

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CLAUDE RAINS ET HUMPHREY BOGART