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Archives de Catégorie: CINÉMA ANGLAIS

« MA COUSINE RACHEL » (2017)

« MA COUSINE RACHEL » est, après la version de 1952 signée Henry Koster (chroniquée sur « BDW2 »), une nouvelle adaptation du roman de Daphné Du Maurier. Était-elle nécessaire ? À la rigueur pour une évocation plus explicite de la sexualité des protagonistes, pour une belle image en Scope et surtout pour la présence de Rachel Weisz au prénom prédestiné, dans ce rôle ambigu et vénéneux où elle succède avec bonheur à Olivia De Havilland.RACHEL

En revanche, le très falot Sam Claflin fait bien pâle figure comparé au souvenir qu’on gardait du jeune et enfiévré Richard Burton, dans ce personnage d’amoureux fou naïf et crédule, roulé dans la farine par une « veuve noire » implacable. Si tant est qu’elle soit réellement une criminelle. Là réside le vrai sujet de « MA COUSINE RACHEL ».

La version de Roger Michell ne laisse pas vraiment planer le doute. Il semble bien que Rachel ne soit qu’une prédatrice en quête de proies à dépouiller. Et le jeu de la comédienne s’accorde à cette vision du rôle. Toute de noir vêtue, l’œil de velours, la voix ensorcelante, Rachel Weisz ne laisse que peu de place à l’incertitude. Cela appauvrit pas mal le scénario, qui se réduit à la possession mentale d’un jeune puceau par une femme mûre et sûre de ses charmes. La voix « off » cherchant à créer une ambiguïté n’y parvient pas tout à fait.

Sans aucune surprise donc, le film se laisse regarder pour l’élégance de sa mise-en-scène, pour de bons seconds rôles comme la très charmante Holliday Grainger, Iain Glen, Pierfrancesco Favino (« SUBURRA »), et pour la scène d’amour la moins romantique possible dans un champ de fleurs bleues, qui s’achève dans un mouchoir souillé. Une façon de résumer le personnage de Rachel sans s’appesantir. Un petit geste, tout est dit !

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HAPPY BIRTHDAY, DAVID !

HEMMINGS

DAVID HEMMINGS (1941-2003), D’ANTONIONI À RIDLEY SCOTT, UNE ÉCLECTIQUE CARRIÈRE ET UN CHANGEMENT PHYSIQUE RADICAL.

 
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Publié par le 18 novembre 2017 dans ANNIVERSAIRES, CINÉMA ANGLAIS

 

« LE PROCÈS DU SIÈCLE » (2016)

Écrit par David Hare (« THE HOURS ») d’après des faits réels, réalisé par Mick Jackson (« BODYGUARD »), « LE PROCÈS DU SIÈCLE » confronte une spécialiste américaine de la Shoah (Rachel Weisz) à un pseudo-historien anglais (Timothy Spall) qui a bâti sa carrière sur des thèses négationnistes et qui attaque la jeune femme pour diffamation. Et selon la justice britannique, c’est à elle de prouver la réalité de l’horreur nazie remise en question.DENIAL

Malgré un tournage en format Scope, cela a très peu à voir avec du cinéma. Cela aurait dû être un téléfilm, qui aurait probablement gagné à être plus développé pour atteindre son plein impact. Toutefois, par la rigueur de son scénario et grâce à des séquences vraiment fortes comme la visite des avocats à Auschwitz, le film parvient à passionner et à faire vibrer d’indignation. Il faut dire que le trio d’acteurs réuni pour l’occasion est exceptionnel : Rachel Weisz d’abord qui – malgré une coiffure peu seyante – donne vie à ce personnage tout en colère et en frustration (en effet, ses avocats lui interdisent de s’exprimer pendant le procès !). Tom Wilkinson, définitivement un des très grands de sa génération, est magnifique en vieil as du barreau méticuleux et amateur de vin rouge. La vraie surprise vient de Timothy Spall, méconnaissable avec ses trente kilos de moins, dans le rôle haïssable et complexe de l’imposteur haut-en-couleur. Si on ajoute l’excellent Andrew Scott en avocat pragmatique et « en contrôle », on a là la crème des acteurs anglais du moment.

« LE PROCÈS DU SIÈCLE » a au moins le mérite de mettre en lumière des événements réels peu connus mais aux enjeux colossaux, parfaitement exprimés dans le dialogue. Un film utile et instructif donc, à voir pour ce qu’il dit plutôt que pour ce qu’il montre, qui demeure d’une grande platitude.

 

« LA SEPTIÈME AUBE » (1964)

AUBE

CAPUCINE

Si on met un moment à comprendre le contexte historique – à savoir la guérilla birmane pour l’indépendance au début des années 50, et les tenants et aboutissants politiques, « LA SEPTIÈME AUBE » prend tout son intérêt quand il se resserre sur une triangle amoureux original : trois compagnons de la WW2, un yankee qui ne cherche qu’à s’enrichir grâce au caoutchouc (William Holden), sa maîtresse eurasienne (Capucine) et un révolutionnaire charismatique (Tetsurô Tanba). Triangle à quatre côtés en fait, puisqu’une jeune Anglaise (Susannah York) vient bientôt s’immiscer !AUBE2

La seconde partie du film, très physique, assez âpre, est très bien menée par le fiable Lewis Gilbert qui signe de belles scènes de marche forcée dans la jungle, aidé par la photo de Freddie Young. Et dès que le suspense s’installe, impossible de lâcher l’écran des yeux, jusqu’à la fin totalement surprenante qui tourne le dos à la ‘happy end’ avec un sacré culot. Dans la foulée de son rôle dans « LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ », Holden est très bien en cynique égoïste mais amoureux à la Bogart. Il paraît beaucoup plus âgé que ses 46 ans et sa « trogne » d’amateur de scotch s’intègre idéalement au paysage birman. À ses côtés, Capucine prête ses beaux traits anguleux à un personnage emblématique. Elle a rarement été mieux utilisée. Miss York, un peu gauche, est bien castée en naïve romantique qui apprend la vie à la dure. Quant à Tanba, il hérite du rôle de fourbe de service ce qui pourrait paraître un tantinet raciste, si les Anglais n’étaient pas eux-mêmes dépeints sous un jour aussi peu flatteur.

« LA SEPTIÈME AUBE » est un film méconnu et réussi dans son créneau, qui surmonte les aspects mélodramatiques du scénario par un dialogue rude et efficace et une belle ampleur dans la mise-en-scène. Les séquences de batailles et de fusillades sont d’un réalisme à toute épreuve.

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WILLIAM HOLDEN, TETSURÔ TANBA ET SUSANNAH YORK

 

« T2 TRAINSPOTTING » (2017)

Si pendant la première demi-heure, on comprend mal la nécessité d’une telle sequel tardive, « T2 TRAINSPOTTING » prend progressivement de l’étoffe et Danny Boyle laisse s’infiltrer une authentique émotion, une réflexion sur la vie qui passe, les amitiés dévoyées, les fantômes du passé qu’il faut éliminer et les décisions à prendre avant qu’il ne soit trop tard.T2

On retrouve avec un grand bonheur les protagonistes survivants du film de 1996, même si eux n’ont pas trouvé le leur : Ewan McGregor qui revient au pays après un exil hollandais qui s’est soldé par un divorce, Jonny Lee Miller devenu un maître-chanteur sordide, Ewen Bremner toujours junkie et Robert Carlyle qui a passé deux décennies en prison et vient de s’évader, se muant en une sorte de terminator bedonnant revenu hanter ses anciens amis.

Bien sûr, le film prend tout son sens quand il est visionné dans la continuité du premier. Les comédiens ont vieilli, l’énergie de leur jeunesse s’est tarie, ils sont aujourd’hui tristes et pathétiques. Mais au fur et à mesure, l’espoir renaît : les amitiés refleurissent, le plus ‘loser’ de tous, Bremner avec sa bille de clown s’est mis à écrire ses mémoires (dont on devine qu’elles vont s’intituler « TRAINSPOTTING », évidemment) et les personnages plus jeunes, comme cette prostituée bulgare – excellente Anjela Nedyalkova – semblent plus intelligents que leurs aînés, plus solides.

C’est avec la gorge serrée qu’on parvient au terme de ces deux heures cathartiques, dans la chambre d’ado de McGregor qui remet sur sa platine le vieux 33-tours de ses folles années.

Plutôt qu’une suite, on voit en fait une boucle se boucler. Et ce que le film perd en dinguerie nihiliste, il le gagne en maturité et en générosité. Après tout, les pires losers d’Edinbourg ne s’en sont pas trop mal sortis…

 

WALTER LASSALLY : R.I.P.

LASSALLY

WALTER LASSALLY (1926-2017), GRAND DIRECTEUR PHOTO DES SIXTIES, IL ÉCRIVIT SES MÉMOIRES : « ITINERANT CAMERAMAN ».

 
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Publié par le 25 octobre 2017 dans CARNET NOIR, CINÉMA ANGLAIS

 

« TRAINSPOTTING » (1996)

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IRVINE WELSH, ROBERT CARLYLE, JONNY LEE MILLER ET EWEN BREMNER

Adapté du best-seller d’Irvine Welsh, « TRAINSPOTTING » est un panorama à la fois impressionniste et ultra-réaliste de la sordide existence d’une bande de jeunes junkies écossais à Edinbourg. Tournant le dos au ‘docudrama’, Danny Boyle imprime à son film un rythme frénétique, un humour décalé, quasi-burlesque par moments, porté par une voix « off » désenchantée.TRAIN2

Ce pourrait être fastidieux, voire écœurant, et c’est tout le contraire. On finit par s’identifier à Ewan McGregor, qui cherche mollement à s’en sortir, rechute sans arrêt, le seul du gang d’addicts à avoir une intelligence à peu près normale et le vague espoir d’une vie meilleure. Le film ne se prive d’aucun gag scatologique, il multiplie les morceaux de bravoure visuels (la plongée quasi-poétique dans une cuvette de WC répugnante ou le sevrage « à la dure » de McGregor chez ses parents) et parvient à créer une sorte d’euphorie dans un environnement déprimant. McGregor trouve un des rôles de sa vie, très bien entouré par un cast idéal : Robert Carlyle en psychopathe incontrôlable, Ewen Bremner hilarant en grand couillon constamment « déchiré », Kelly Macdonald en lycéenne délurée ou Peter Mullan en dealer insalubre.

La grande force de « TRAINSPOTTING » est de ne pas juger ses personnages, mais de faire pénétrer dans leur univers avec un mélange de légèreté et d’extrême dureté (le destin du bébé). Au terme de cette mosaïque absurde, on ressort dérouté, divisé, mais probablement plus renseigné sur ce qui pousse ces jeunes gens à se détruire dans des taudis misérables.

À noter que l’auteur du roman apparaît dans un rôle secondaire de trafiquant particulièrement minable pourvoyeur de suppositoires et qu’un des copains (Jonny Lee Miller) passe une bonne partie de ses scènes à vanter les mérites du héros national écossais : Sean Connery !

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EWAN McGREGOR, PETER MULLAN ET ROBERT CARLYLE