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Archives de Catégorie: CINÉMA FANTASTIQUE ET SCIENCE-FICTION

« FANTÔMES À ROME » (1961)

FANTASMI.jpgComment résister à un film italien des années 60 avec à son générique des noms comme Ettore Scola (scénario), Giuseppe Rotunno (photo) ou Nino Rota (musique) ? Sans compter le casting et même le sujet alliant comédie et fantastique.

« FANTÔMES À ROME » réalisé par Antonio Pietrangeli raconte le combat d’un petit groupe de revenants pour empêcher le palais de leur descendant récemment décédé, d’être démoli pour construire un centre commercial. C’est très charmant, parfois poétique, parfois cocasse, mais force est de reconnaître que le scénario est anémique, qu’il ne s’y passe pas grand-chose et que le développement du pitch de départ est minimal. Les acteurs en totale liberté, font l’essentiel du travail : Marcello Mastroianni en grande forme dans un rôle de séducteur poudré papillonnant et aussi de jeune oisif tête-à-claques héritant de la demeure, Sandra Milo hilarante en oie blanche pas très futée et se suicidant tous les soirs, Vittorio Gassman – qui apparaît tard dans l’action – en fantôme susceptible d’un peintre moyennement renommé et la sublime Belinda Lee en arriviste sans cœur. Hélas, tous ces talents réunis ne suffisent pas à éviter que l’ennui ne s’installe et ne fasse que s’épaissir à mesure que l’histoire progresse. Pas de surprise, aucune volte-face ou révélation, tout se déroule paresseusement, aimablement, sans la moindre aspérité. On parvient à rester jusqu’au bout pour l’ambiance romaine des sixties, pour des détails pittoresques, des petits rôles attachants (la clocharde se prenant pour la reine, le plombier mal embouché), mais « FANTÔMES À ROME » n’est pas de ces films qui impriment la mémoire et aurait probablement mérité un réalisateur plus caustique, car il possédait un vrai potentiel.

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VITTORIO GASSMAN, MARCELLO MASTROIANNI ET BELINDA LEE

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« WATCHMEN : LES GARDIENS » (2009)

Adapté avec une fidélité exemplaire d’un « roman graphique » anglais paru en 1987, « WATCHMEN : LES GARDIENS » de Zack Snyder va bien au-delà des habituels films de super-héros et se joue de cette nouvelle mythologie en posant sur elle un regard novateur et passéiste à la fois (l’ambiance « film noir » qui court pendant les trois heures de projection) et en créant des personnages réellement complexes et faillibles.WATCHMEN.jpg

Situé dans une réalité alternative où Nixon sort vainqueur de la guerre du Vietnam et garde le pouvoir pendant des décennies, où les justiciers masqués sont interdits de séjour et où menace la guerre nucléaire avec la Russie, « WATCHMEN » se déroule sur plusieurs époques et développe soigneusement ses nombreux protagonistes. Outre une réalisation rigoureuse qui intègre à la perfection les CGI, une photo magnifique de bout en bout (Larry Fong), le film s’impose comme un des meilleurs du genre grâce à son scénario maniant les clichés avec maestria : le super-méchant de service, le salaud prêt à détruire la planète a un plan bien précis en tête et la révélation finale « cueille » complètement et laisse pensif, remettant en question jusqu’à la notion de « bon » et de « méchant ». « WATCHMEN » est truffé de séquences anthologiques, que ce soit dans l’action pure, l’atmosphère ou même… la poésie. Quand c’est violent, c’est TRÈS violent, voire gore, quand il s’agit de suivre l’évolution d’un homme devenu accidentellement un dieu (Billy Crudup), les auteurs entrouvrent des portes inattendues dans la métaphysique.

Doté un cast brillant : Malin Akerman superbe, Jeffrey Dean Morgan en salopard cynique, Jackie Earle Haley stupéfiant en justicier sociopathe au masque mouvant, Carla Gugino hélas trop souvent vieillie au latex ou l’excellent Patrick Wilson, « WATCHMEN » atteint une sorte de perfection dans le sous-genre du cinéma de SF qu’est devenu le film de super-héros.

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JEFFREY DEAN MORGAN, BILLY CRUDUP ET MALIN AKERMAN

À noter qu’il existe trois montages du film : un de 162 minutes exploité en salles, un director’s cut de 186 minutes sorti en vidéo (et chroniqué ici) et un de 215 minutes sous-titré : « Ultimate cut » et reniée par Snyder.

 

« LEONOR » (1975)

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LIV ULLMANN

Coproduction européenne réalisée par Juan Buñuel, fils de Luis, et interprétée par des comédiens français, italiens, espagnols et norvégiens, « LEONOR » est une très singulière fable médiévale sur le deuil, l’amour fou et la transgression.LEONOR2

Réalisé sobrement, sans le moindre effet, photographié sans recherche d’esthétisme par Luciano Tovoli, le film déroule son histoire sur dix ans, décrivant froidement le destin d’un châtelain (Michel Piccoli) qui ne se remet pas de la mort de sa femme (Liv Ullmann), même quand sa seconde épouse (Ornella Muti) lui donne deux fils. Obsédé par la défunte, il signe une sorte de pacte avec le diable pour qu’elle ressuscite. Quand ‘Leonor’ revient à lui, Piccoli n’hésite pas à occire Muti pour vivre pleinement son amour retrouvé. Seulement, bien sûr, celle qui est sortie du tombeau n’est plus tout à fait la même, et c’est une succube tueuse d’enfants qui commence à semer la mort dans une région déjà atteinte par la peste.

Très lent, jamais explicite, « LEONOR » envoûte indiscutablement grâce à l’âpreté des extérieurs, la BO mélancolique d’Ennio Morricone et à son duo principal : Piccoli en seigneur tourmenté, habité qui s’est fait un look à la Sean Connery et qui se montre étonnamment convaincant et Ullmann douce et inquiétante dans un rôle de prédatrice au visage angélique. Ornella Muti n’a pas grand-chose à faire, mais elle est vraiment très belle.

Œuvre complètement à part, qui évoque lointainement les films médiévaux d’Ingmar Bergman (sensation renforcée par la présence de l’égérie du maître suédois), « LEONOR » se regarde comme on vit un mauvais rêve poisseux et sans échappatoire.

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MICHEL PICCOLI ET ORNELLA MUTI

 

« RAMPAGE – HORS DE CONTRÔLE » (2018)

Quand on voit l’affiche de « RAMPAGE – HORS DE CONTRÔLE » de Brad Peyton, on se dit que Dwayne Johnson a réussi l’improbable pari d’être devenu en quelques années une sorte de Tintin du 21ème siècle avec le physique de M. Propre et le second degré bon-enfant d’un Burt Reynolds bodybuildé et sans perruque.RAMPAGE.jpg

Le sujet de « RAMPAGE » ? Alors, comment dire… Pour aller vite, c’est l’attaque de Chicago par un gorille albinos, un loup et un croco rendus gigantesques à cause des expérimentations de méchants milliardaires. Ils ont à leurs trousses un spécialiste des primates (Johnson) qui tente de sauver son pote gorille qui n’est plus lui-même et le ‘Negan’ de « WALKING DEAD » (Jeffrey Dean Morgan) dans un numéro de flic pince-sans-rire à la Tommy Lee Jones. Aller plus loin serait à la fois fastidieux et vain : on ne va quand même pas voir « RAMPAGE » pour son scénario ! De la première à la dernière image, c’est n’importe quoi, du pur délire post-adolescent comme la plupart des films récents du « Rock », une sorte de grand-8 de CGI plutôt réussis, de « one liners » parfois drôles, truffé de clins d’œil à « ALIEN » (l’excellent prologue dans l’espace), « KING KONG », « PREDATOR », « GODZILLA », etc.

C’est indéniablement sympathique, parce que ça ne se prend jamais au sérieux, l’intérêt est maintenu par la vigueur du montage et le spectaculaire sans limite de certaines séquences d’action. Dwayne s’amuse dans un personnage qu’il a déjà beaucoup joué, au point qu’on se demande pourquoi les scénaristes prennent encore la peine de changer son patronyme de film en film, Morgan cabotine avec classe, Malin Akerman est une méchante tout à fait odieuse et amusante, Naomie Harris fait un joli couple avec son armoire à glace de partenaire. Allergiques au second degré régressif et décomplexé des productions « Made-in-Rock », passez votre chemin, ce n’est certes pas le film qui vous fera changer d’opinion sur lui. Pour les autres, c’est une centaine de minutes épuisante, du fast-food de luxe qui ne prétend pas être autre chose que ce qu’il est.

 

 

 

« L’AVERTISSEMENT » (2018)

« L’AVERTISSEMENT » est une production Netflix espagnole, réalisée par Daniel Calparsoro, bâtie sur un scénario pour le moins confus, mais suffisamment intrigant pour qu’on suive le film jusqu’à sa conclusion.AVISO

L’intrigue, située sur deux époques, part du principe qu’après plusieurs attaques violentes le même jour de l’année (plus d’autres coïncidences trop longues à expliquer) sur le même lieu, celui-ci est victime d’une malédiction. Raúl Arévalo, un mathématicien schizophrène dont le meilleur ami a été blessé sur ces mêmes lieux, commence à échafauder une théorie. Que dire ? Ce n’est pas mal fait, le montage parallèle tient (à peu près) la distance, mais finit par larguer le spectateur au bord de la route. Car aucun des protagonistes n’est attachant ou même intéressant. Tous ne sont que des pions sans épaisseur au service d’une histoire alambiquée, parfois impénétrable qui s’emballe comme une machine folle et finit par tourner en rond.

Pourtant, ce n’est pas déplaisant à suivre, on s’attend toujours à ce qu’un détail, une révélation, un twist, viennent nous éclairer et nous faire accepter a posteriori ces longues minutes qui paraissent n’aller nulle part. Mais non… « L’AVERTISSEMENT » est un de ces films de « petit malin » qui peut amuser un moment, mais finit par lasser, voire agacer. Et comme, pour couronner le tout, la distribution – à l’exception d’Aura Garrido – est assez faiblarde, on s’empresse après le mot « FIN » de ranger tout cela aux oubliettes.

 

« A GHOST STORY » (2017)

De David Lowery, on avait vu le peu convaincant « LES AMANTS DU TEXAS ». Il reprend le même couple d’acteurs, à savoir Casey Affleck et Rooney Mara (pourquoi changer une équipe qui perd ?)  pour « A GHOST STORY », film « d’auteur » par excellence, très bien reçu par la critique.GHOST.jpg

Déjà, le choix du format carré aux angles arrondis inquiète. Besoin de se singulariser ? Et puis rapidement, le malaise se confirme : photo tristounette, rythme mortifère, plans-séquences anormalement longs. On frôle le carton rouge avec celui où Rooney Mara ingurgite une tarte dans son entier puis s’en va vomir. C’est difficilement supportable pendant qu’on le visionne, et encore pire quand on y repense une fois le film achevé. À quoi cela servait-il ? Quel rapport avec le scénario ?

On s’enlise donc gentiment, on pique du nez, on s’irrite de ce fantôme recouvert d’un drap comme un gamin d’Halloween. Et pourtant… tout n’est pas à jeter dans « A GHOST STORY ». Si on passe sur les coquetteries, l’évidente prétention de l’auteur, on peut trouver poignante l’interminable attente de cet ectoplasme sans visage (bravo à l’absence de vanité d’Affleck !), ces enchaînements abrupts décrivant le temps qui passe, inexorable, ce refus obstiné de disparaître. Oui, même si Lowery teste la patience du public, on trouve quelques pépites dans cette masse inerte qu’est son film. La silhouette du spectre errant dans la maison désertée, remontant le temps, puis le paradoxe ultime des dernières séquences en forme de mise en abyme, font que « A GHOST STORY » mérite tout de même d’être vu. Mais en étant prévenu : ne surtout pas s’attendre à un film d’horreur et se préparer à trouver le temps long. Très long !

 

« MEN IN BLACK 3 » (2012)

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JOSH BROLIN

« MEN IN BLACK 3 », sorti dix ans après le précédent opus et réalisé une fois encore par Barry Sonnenfeld, est la preuve qu’on peut éviter les rabâchages et les redondances en se munissant d’un accessoire imparable : un bon scénario. Signé Etan Cohen (à ne pas confondre avec Ethan Coen !), celui-ci remixe les éléments établis dans les films précédents, insuffle un brin d’émotion dans le délire et boucle la boucle de la relation Tommy Lee Jones-Will Smith d’épatante façon.MIB3 copie.jpg

Cette sequel étonnante, puisqu’elle ne cesse de surprendre agréablement, mêle le voyage temporel à l’univers de science-fiction déjanté de la franchise. Et se retrouvant catapulté en 1969, Will Smith – plutôt meilleur que d’habitude – doit sauver la vie de son vieux coéquipier ronchon, alors âgé de 29 ans (Josh Brolin). Une manière amusante pour Jones, qui a pris un gros coup de vieux physiquement, de tenir la vedette d’un film en apparaissant très peu dedans ! Outre ses rebondissements incessants, ses dérapages dans l’absurde (le discours hallucinant d’Emma Thompson au début du film)  et de très bons F/X, « MEN IN BLACK 3 » vaut d’être vu pour le travail de Brolin, qui offre une imitation de Tommy Lee Jones saisissante, jusque dans le moindre maniérisme, sans parler de son accent. La perfection ! On oublie complètement qu’il ne s’agit pas du même interprète au bout de quelques minutes.

Ce 3ème et dernier, jusqu’à présent, épisode de la série de longs-métrages, possède donc le scénario le plus élaboré du triptyque, puisqu’on est captivé du début à la fin, sans jamais cesser de sourire et que, cerise sur le gâteau, les personnages s’offrent même le luxe d’une semblant de profondeur. On ne pouvait pas rêver mieux !

MIB3 3

TOMMY LEE JONES, WILL SMITH ET EMMA THOMPSON