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Archives de Catégorie: CINÉMA FANTASTIQUE ET SCIENCE-FICTION

« WESTWORLD » : saison 1 (2016)

Inspirée du film « MONDWEST » (1973) de Michael Crichton, produite entre autres par J.J. Abrams, la série HBO « WESTWORLD » en recrée l’univers artificiel avec les fastes numériques d’aujourd’hui tout en préservant la thématique originelle : l’effet sur des citoyens lambda d’un parc d’attraction pour adultes, dont les résidants sont des robots quasi-humains auxquels on peut faire subir tous les sévices possibles et imaginables sans la moindre conséquence.WESTWORLD

Mais sur ces bases, les auteurs évoluent vers quelque chose de plus philosophique : le changement des « machines » qui développent une sensibilité évolutive et même ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une âme. On a déjà vu cela dans « BLADE RUNNER » et le second « TERMINATOR », mais « WESTWORLD » va au fond des choses, quitte à devenir excessivement bavard, prétentieux, répétitif jusqu’à l’exaspération voire parfois complètement abscons. C’est admirablement produit et filmé, interprété par un cast magistral, mais au bout de trois ou quatre épisodes, on commence à se dire que cela aurait pu être raconté en un seul long-métrage de 140 minutes et qu’il y a tout de même trop de remplissage.

Evan Rachel Wood tient le rôle central du « cyborg » trop humain, Anthony Hopkins nage comme un poisson dans l’eau en maître du jeu suave et omniscient, Ed Harris remplace Yul Brynner dans l’emploi de « l’homme en noir » même si son rôle est totalement différent, Jeffrey Wright tient parfaitement son personnage à multiples facettes et Thandie Newton a rarement été plus convaincante, assumant qui plus est une nudité quasi-permanente avec une grâce et un naturel épatants.

On reste donc partagé et circonspect devant cette 1ère saison de dix épisodes, qui impose le respect par sa perfection technique et certaines trouvailles scénaristiques, mais laisse une sensation frustrante tant elle s’écoute parler et finit par moments, par noyer le poisson dans l’eau. L’amateur inconditionnel de western et de SF y trouvera certainement son bonheur.

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« BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES » (1997)

« BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES », réalisé par l’inconnu Michael Cohn, est une tentative de livrer une version « adulte » de l’œuvre des frères Grimm, marqué à jamais par l’adaptation faite par Disney.SNOW

L’idée est valable et fut d’ailleurs reprise des années plus tard, mais ce film est ni plus ni moins qu’une catastrophe. Tourné à Prague dans des décors tristes à pleurer, handicapé par des maquillages hideux, des perruques ridicules et un casting décourageant, il respire l’amateurisme et le manque de moyens et évoque bien plus un téléfilm des pays de l’Est qu’un long-métrage de cinéma.

Monica Keena est une héroïne dépourvue de personnalité et de grâce, Sam Neill joue son idiot de père avec un inamovible sourire, Gil Bellows est un des sept nains (enfin – il n’est pas vraiment nain, c’est un peu compliqué à expliquer, d’autant plus qu’il finit par pécho Blanche-Neige !). On serait tenté de zapper au bout de vingt minutes et d’accrocher son DVD à une branche d’arbre pour faire peur aux oiseaux, mais il reste heureusement, Sigourney Weaver. Non pas qu’elle y fasse des exploits de comédienne et parvienne à sauver la chose du naufrage, mais au moins semble-t-elle s’être bien amusée à jouer la belle-mère sorcière d’une réjouissante méchanceté. Impériale et parfois presque émouvante, elle s’accapare les seuls brefs instants à peu près intéressants (la fausse-couche, les face-à-face avec le miroir) et vaut à l’extrême rigueur qu’on jette un rapide coup d’œil au film.

Inutile de dézinguer plus avant ce « BLANCHE-NEIGE : LE PLUS HORRIBLE DES CONTES » qui ne mérite pas un tel sort. C’est un ratage absolu, un ‘misfire’ comme disent nos amis anglo-saxons, qui ferait passer la version de 2012 avec Charlize Theron pour un classique du 7ème Art. À fuir à toutes jambes.

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SIGOURNEY WEAVER

 

« HIDDEN » (1987)

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CLAUDIA CHRISTIAN

« HIDDEN » a trente ans. Et même s’il est clairement marqué par l’esthétique de son époque et par ses influences (« TERMINATOR », « ALIEN » et la vogue des ‘buddy movies’ policiers à la Walter Hill), on est tout surpris de découvrir qu’il n’a pas pris une ride, qu’il fonctionne comme au premier jour et qu’on y prend toujours le même plaisir.HIDDEN2

Cela démarre comme une chasse au serial killer à L.A. : un flic (Michael Nouri) s’associe à un agent du FBI (Kyle McLachlan) pour se rendre compte que le tueur est multiple, qu’il change sans arrêt d’apparence physique et qu’on nage en pleine science-fiction. Le scénario est très malin, puisque bénéficiant d’un budget manifestement pas très opulent, il déguise le fantastique en polar urbain. Les rares F/X sont tout à fait efficaces et l’histoire est tellement bien agencée que le film ne connaît aucun temps mort, pas le moindre instant de réflexion qui aurait laissé le loisir de trouver tout cela complètement absurde.

Dans un personnage décalé et bizarroïde, McLachlan semble faire ses gammes pour son rôle de ‘Cooper’ dans « TWIN PEAKS ». Il excelle dans l’impassibilité bienveillante, la fausse naïveté et apporte au film un second degré bienvenu qui compense le manque total d’intérêt de son partenaire Nouri, qui semble tourner un autre film. Dans une jolie pléiade de seconds rôles, on reconnaît Clu Culager, Ed O’Ross, James Luisi et la très atomique Claudia Christian en strip-teaseuse « possédée » qui crève l’écran. Le fan à l’œil affuté saura repérer le jeune Danny Trejo en prisonnier dans un unique plan, avant qu’il ne se fasse exploser par l’alien.

« HIDDEN » est un petit chef-d’œuvre dans son genre, une série B jouissive et intelligente à l’humour discret et qui jette un regard caustique sur l’American Way of Life : le hors-la-loi extra-terrestre aime les voitures de sports, le hard rock, les filles aux gros seins et les flingues. Jack Sholder nous laisse entendre qu’il n’aura aucun mal à s’intégrer à la société humaine !

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MICHAEL NOURI, KYLE McLACHLAN ET DANNY TREJO

 

« WONDER WOMAN » (2017)

Héroïne emblématique de la firme DC, Wonder Woman était déjà apparue en 2016 dans « BATMAN v SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE », avant de devenir, l’année suivante, le sujet même de « WONDER WOMAN ».WW

Réalisé par Patty Jenkins (« MONSTER »), le film retrace la jeunesse de ‘Diana’ sur une île issue de la mythologie grecque et peuplée d’amazones, son implication dans la WW1 et sa love story avec un bel espion (Chris Pine) qui l’entraînera jusque dans les tranchées. Scénaristiquement parlant, c’est n’importe quoi. Du pur délire. Mais il faut reconnaître que c’est très bien confectionné, que les CGI sont magnifiques et que Gal Gadot, absolument radieuse, fait une superhéroïne tout à fait convaincante et séduisante. De fait, sa quête d’Arès, le dieu de la guerre, sa naïveté face au monde « moderne », la découverte progressive de ses propres pouvoirs, finissent par donner un certain sens au spectacle et même à le rendre attachant. Cela n’empêche pas que, comme souvent dans ce genre de film, c’est beaucoup trop long, que le final pyrotechnique s’éternise au-delà du supportable et que le ridicule n’est pas tout à fait évité : on pense à David Thewlis avec sa petite moustache en dieu de l’Apocalypse ou au fez de Saïd Taghmaoui… Mais bon ! C’est un honnête produit pour ados, bourré d’action, d’humour bon-enfant.

Si le couple-vedette assure sans démériter, ils est bien entouré par Robin Wright et Connie Nielsen – qu’on est surpris de retrouver là-dedans – en guerrières carapaçonnées, Danny Huston en officier allemand méphistophélique, Ewen Bremner en sidekick comique et surtout Lucy Davis très drôle en secrétaire énergique.

« WONDER WOMAN » s’inscrit dans la saga DC et on reverra Diana Prince dans de nombreuses suites, au premier ou au second plan, n’en doutons pas une seconde. Tant qu’elle sera incarnée par Gal Gadot, nul ne s’en plaindra.

 

« THE ENCOUNTER » : Neville Brand dans « The Twilight Zone »

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NEVILLE BRAND

« THE ENCOUNTER » est un épisode de la 5ème saison de « THE TWILIGHT ZONE » réalisé par Robert Butler et qui propose un scénario annonçant, à toute petite échelle, celui de « DUEL DANS LE PACIFIQUE » de John Boorman.

George Takei (le ‘Sulu’ de « STAR TREK »), un jeune jardinier d’origines japonaises, vient proposer ses services à Neville Brand, un alcoolique en train de ranger son grenier. Celui-ci lui offre une bière, mais après la découverte d’un vieux sabre de samouraï ramené de la WW2, le dialogue va prendre une tournure dramatique entre les deux hommes. Et le sabre lui-même semble possédé par l’esprit de son propriétaire, abattu lâchement par Brand et réclamant vengeance.

Tourné en décor unique, uniquement composé de dialogue, l’épisode, très prenant, vaut un coup d’œil attentif pour la prestation exceptionnelle de Neville Brand. On le sait, celui-ci fut un des héros les plus décorés de la WW2, on sait aussi que sa carrière d’acteur fut handicapée par ses problèmes d’alcool. Aussi, quand on écoute ses monologues sur les combats, quand on contemple les gros-plans de son visage marqué, hanté, on parvient de plus en plus difficilement à différencier le personnage de son interprète. Brand a rarement été meilleur que dans ce film de 26 minutes, incarnant ce « beauf » dépressif englué dans le passé, avec une intensité phénoménale. Face à lui, Takei tient la distance, ce qui n’est déjà pas si mal. Son personnage est lui aussi, à un autre degré, marqué à vie par la guerre et par un passé familial peu glorieux.

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GEORGE TAKEI ET NEVILLE BRAND

À voir donc, comme une mini pièce de théâtre très bien écrite et portée par l’acteur idéal. Toutes proportions gardées, Brand accomplit en quelque sorte le même travail cathartique que Mickey Rourke avec « THE WRESTLER », bien des années plus tard.

 

« SEVEN SISTERS » (2017)

Réalisée par un spécialiste norvégien de l’horreur, cette coproduction européenne tournée à Bucarest n’a, a priori, rien de très attractif. On met d’ailleurs un certain temps à entrer dans cet univers de science-fiction où la surpopulation oblige l’ambitieuse Glenn Close à interdire aux familles d’avoir plus d’un enfant et à « congeler » les éventuels suivants.SISTERS

Mais les choses s’améliorent progressivement et la performance de Noomi Rapace, qui joue les « SEVEN SISTERS » du titre à elle toute seule, tient du véritable tour-de-force. Bien soutenue par ses F/X totalement indécelables, elle parvient à différencier les sept sœurs jumelles, non seulement par l’aspect physique (coiffures, postures, démarche, etc.) mais surtout par la personnalité et la façon de s’exprimer. Ce sont bel et bien sept personnages distincts qu’on voit évoluer à l’écran ! Le film vaudrait déjà d’être vu pour cet exploit dramatique, mais il fonctionne en plus sur un scénario intelligent, qui mêle un mouvement incessant et jamais gratuit à une vision abrasive d’un monde en fin de course, régi par des lois monstrueuses. Les coups de théâtre successifs de la dernière partie sont très bien gérés et là encore, toujours nécessaires. Il est évident qu’autour de Noomi Rapace et de ses avatars, il ne reste pas beaucoup de place à d’autres comédiens pour exister. Une Glenn Close septuagénaire joue la « méchante » de service avec délectation, mais on l’a trop souvent vue dans cet emploi pour qu’elle parvienne à donner du relief au personnage. Willem Dafoe est excellent en grand-père protecteur. La scène du « petit doigt » est glaçante.

Sans être un chef-d’œuvre de la SF, « SEVEN SISTERS » n’en demeure pas moins un film malin et maîtrisé, aux séquences d’action sans défaut. À voir de toute façon pour Noomi Rapace, minuscule par la taille, mais grande par le talent, qui multiplie par trois le travail accompli jadis par Jeremy Irons dans « FAUX SEMBLANTS » ou plus récemment Tom Hardy dans « LEGEND ».

 

« NOTHING IN THE DARK » : Robert Redford dans « The Twilight Zone »

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ROBERT REDFORD ET GLADYS COOPER

« NOTHING IN THE DARK » est un épisode de la 3ème saison de « THE TWILIGHT ZONE » réalisé par Lamont Johnson.

C’est une très jolie fable à huis clos sur la peur de mourir et la vieillesse, écrite avec finesse et empathie. Gladys Cooper, une vieille femme, vit recluse depuis des années dans un immeuble vétuste en passe d’être détruit. Persuadée que « Mr. Mort » se dissimule derrière chaque passant qu’elle croise, pour l’emporter dans l’au-delà, elle est terrorisée quand un jeune policier (Robert Redford) est blessé devant sa porte et la supplie de l’aider. Mais elle se laisse finalement convaincre et soigne le gentil garçon. Quand un chef de chantier (R.G. Armstrong) vient lui apprendre que le building va être démoli dans une heure, la pauvre dame comprend subitement que Redford n’est autre que ce Mr. Mort tant redouté. Toujours charmant, il l’aidera à passer de l’autre côté tout en douceur, en lui tenant la main.

Excellemment interprété par Gladys Cooper au regard noyé d’angoisse et par le jeune Redford d’une tranquille ambiguïté en ange de la mort au physique de jeune premier, le téléfilm, magnifiquement photographié en pénombre, atteint une sorte de perfection dans les codes de la série de Rod Serling : économie de moyens, décor unique, dialogue ciselé, bons comédiens avec de vrais rôles à défendre.

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R.G. ARMSTRONG, GLADYS COOPER ET ROBERT REDFORD