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Archives de Catégorie: CINÉMA FANTASTIQUE ET SCIENCE-FICTION

« L’ARMÉE DES TÉNÈBRES » (1992)

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BRUCE CAMPBELL

Cinq ans après, « L’ARMÉE DES TÉNÈBRES » reprend le fil de l’histoire à l’endroit précis où « EVIL DEAD 2 » l’avait laissée, c’est-à-dire avec ‘Ash’ (Bruce Campbell) transporté au moyen-âge armé de sa tronçonneuse et de son fusil à répétition.ARMY

Doté cette fois d’un budget confortable, Sam Raimi s’en donne à cœur-joie dans la folie furieuse la plus totale. On nage dans une ambiance hystérique entre les films d’Errol Flynn, les cartoons de Tex Avery et les animations de Ray Harryhausen. L’humour est omniprésent, de plus en plus délirant à mesure que l’action progresse et la bataille contre l’armée de zombies et de squelettes belliqueux (préfigurant « GAME OF THRONES » de nombreuses années !) atteint des sommets d’extravagance, mêlant l’action pure et le fou-rire.

C’est extrêmement bien fait, compte tenu des F/X de l’époque et Campbell a vraiment su trouver le ton juste, pour incarner ce héros à mâchoire carrée, d’une arrogance et d’une suffisance inouïes, qu’il joue à la limite du second degré sans jamais y céder complètement. Il est pour beaucoup dans le plaisir que procure ce 3ème opus. À ses côtés, de bien jolies comédiennes comme Embeth Davidtz et dans de brèves apparitions Bridget Fonda et Angela Featherstone.

Truffé de séquences inoubliables (Ash affrontant des versions lilliputiennes de lui-même, le puits peuplé de monstres cannibales), sans le moindre temps-mort « L’ARMÉE DES TÉNÈBRES » est une orgie d’idées plus démentes les unes que les autres, qui n’a pas pris une ride et dont la seule évocation fait sourire.

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EMBETH DAVIDTZ

À noter que le film clôt la trilogie et que le personnage de ‘Ash’ ne refera son apparition qu’en 2016 dans la série TV « ASH vs EVIL DEAD », produite par Raimi. Et bien sûr, toujours incarné par Bruce Campbell. Who else ?

 

« EVIL DEAD » (1981)

EVIL« EVIL DEAD » est le premier long-métrage (à peu près) professionnel signé par Sam Raimi et le prélude d’une franchise qui perdure encore aujourd’hui, via la télévision.

Le scénario tient sur le dos d’un timbre-poste : cinq amis étudiants passent le week-end dans une cabane dans les bois, quand ils découvrent un grimoire ancien. Sans le vouloir, ils réveillent les démons de la forêt qui se mettent à les posséder un à un et à les détruire.

Le film met une bonne demi-heure à installer ses personnages pourtant bien légers en psychologie et campés par des comédiens manifestement amateurs, avant que le semi-réalisme ne laisse place à une orgie de plans ‘gore’ et de violence débridée tellement démentielle qu’elle en devient drôle et totalement délirante. Malgré leur côté « bricolé », les maquillages horrifiques sont plutôt efficaces (le quasi-viol d’une des héroïnes agressée par des plantes et des racines !) et vomitifs à souhait, la bande-son est saturée de gargouillis, de hurlements et plonge dans une ambiance de fête macabre. C’est malgré tout avec le sourire qu’on voit le tout jeune Bruce Campbell inaugurer son rôle-fétiche de ‘Ash’, qui résiste à tous ses anciens camarades transformés en zombies baveux et ricanants en les massacrant avec tout ce qui lui tombe sous la main. On notera au passage qu’il n’utilise par la tronçonneuse qui deviendra par la suite son arme préférée.

Raimi multiplie les travellings subjectifs, les plans « penchés », les ‘jump-cuts’ pour un résultat unique en son genre, qui fait fi de tout développement scénaristique pour se focaliser sur l’effet de trouille immédiat et le fun à l’état brut. Ça a évidemment beaucoup vieilli, mais cela fait aujourd’hui partie du charme indéniable de ce film « séminal » en totale liberté, produit avec des bouts de ficelles par des geeks amoureux du cinéma d’épouvante.

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BRUCE CAMPBELL ET ELLEN SANDWEISS

 

« LE LOUP-GAROU » (1941)

LOUP« LE LOUP-GAROU » réalisé par George Waggner pour Universal, marque les débuts à l’écran du personnage de ‘Larry Talbot’ héritier d’une grande famille anglaise mordu par un loup et qui se métamorphose en monstre velu les soirs de pleine lune. Bien que la lune soit étonnamment absente de ce film, un élément pourtant essentiel du mythe qui apparaîtra plus tard.

Le film n’est pas du tout à la hauteur des grands classiques des années 30. La réalisation est statique, les décors de studio donnent l’impression que toute l’action se déroule sur quelques mètres carrés et surtout, la direction d’acteurs et au-delà de cela, le casting lui-même, laissent grandement à désirer. Lon Chaney, Jr. est un choix très bizarre : il ressemble bien plus à un gangster américain amateur de whisky qu’à un lord anglais. Comédien limité, sans une once de charisme, il est très lourd dans les scènes de séduction et sans la moindre nuance dans les moments dramatiques. Quant à son maquillage de « loup », il évoque plutôt un sanglier ! Et pour tout dire, il semble pratiquement aussi âgé que Claude Rains qui incarne son père. Bref, pas vraiment convaincant. Autour de lui, des seconds rôles familiers comme Ralph Bellamy en policier et Bela Lugosi dans un petit rôle de Gitan également frappé par la malédiction.

Si le scénario de Curt Siodmak a donné naissance à des dizaines de variations au fil des ans, du pastiche à la John Landis aux séries télé comme « PENNY DREADFUL » en passant par le remake avec Benicio Del Toro ou les films espagnols avec Paul Naschy, il semble aujourd’hui bien simpliste. Et si les décors ont un petit côté kitsch bien sympathique, ils ajoutent à l’aspect artificiel de l’entreprise et la petite heure que dure le film paraît bien longue. Un intérêt « historique » tout au plus…

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CLAUDE RAINS, LON CHANEY, JR. ET BELA LUGOSI

 

« WOLFMAN » (2010)

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EMILY BLUNT ET BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » est le remake du classique de 1941 : « LE LOUP-GAROU » dont il reprend les grandes lignes du scénario signé Curt Siodmak. Le film est sorti en salles dans une durée de 103 minutes et a connu un director’s cut de 119 minutes. C’est celui-ci qui est chroniqué ici.WOLFMAN2

Signée du pourtant peu emballant Joe Johnston, cette version s’avère tout à fait enthousiasmante. L’imagerie d’abord, qui retrouve la splendeur des chefs-d’œuvre Universal grâce à l’utilisation invisible des CGI et aussi à une bonne dose de poésie qui renvoie à « LA BELLE ET LA BÊTE » original. La réalisation, la photo de Shelly Johnson, la BO magnifique de Danny Elfman, les cadrages qui retrouvent la puissance des dessins de Bernie Wrightson, tout s’accorde pour créer une ambiance envoûtante, semi-rêvée, une esthétique de l’horreur très singulière. Benicio Del Toro est parfait dans le rôle de ‘Talbot’, acteur shakespearien dont le sang tzigane porte une malédiction ancestrale. Anthony Hopkins, très sobre et concentré, insuffle une belle ambiguïté à ce personnage de patriarche d’abord rassurant et progressivement de plus en plus terrifiant. L’ultime face-à-face entre père et fils est impressionnant. À leurs côtés, Emily Blunt parvient à n’être pas que décorative comme c’est trop souvent le cas dans ce genre de film et Hugo Weaving joue un flic (celui qui enquêtait sur Jack l’Éventreur !) malchanceux. Notons les brèves mais émouvantes apparitions de Geraldine Chaplin en Gitane. À noter – mais uniquement dans la version longue – le court caméo de Max Von Sydow en vieux gentleman dans un train, qui offre sa canne à pommeau d’argent à Talbot : l’incarnation du Destin ?

En dépit de digressions (l’internement à l’asile) un peu longues, mais malgré tout intéressantes, « WOLFMAN » séduit par son mélange de classicisme et d’un vrai désir de raviver les vieux mythes. Les décors (qu’ils soient virtuels ou « en dur ») sont splendides et les scènes de violence d’une brutalité frisant le ‘gore’ pur et simple. Une belle surprise donc, probablement sous-estimée à sa sortie mais qui vaut largement d’être réévaluée à la hausse.

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ANTHONY HOPKINS ET MAX VON SYDOW

 

« GÉNÉRATION PROTEUS » (1977)

DEMONInspiré d’un roman mêlant horreur et science-fiction de Dean R. Koontz, « GÉNÉRATION PROTEUS » s’inspire des thématiques développées dans « 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE » (auquel il est fait des clins d’œil directs) et « ROSEMARY’S BABY » : un ordinateur « intelligent » se rebelle contre ses créateurs et désire procréer en mettant enceinte la femme d’un des savants.

Un sujet fascinant, riche en possibilités qu’elles soient dramatiques ou philosophiques, que Donald Cammel a choisi d’illustrer de façon glacée et cérébrale, délaissant la psychologie des personnages réduite au strict nécessaire et même les péripéties scénaristiques (à un ou deux événements près). Ce choix nuit au film, qui en devient statique et répétitif et ne bénéficie pas encore d’une technologie dans les effets-spéciaux, qui aurait pu compenser l’absence de suspense et d’empathie.

Difficile de détourner le regard de l’écran pourtant, tant les enjeux sont prometteurs et l’apparition finale de la « créature » parvient à filer le frisson.

Le film est porté par Julie Christie, souvent seule à l’image, malmenée, palpée, violentée par l’ordinateur de l’enfer qui, pour couronner le tout, a la voix reconnaissable entre mille de Robert Vaughn. Très bon choix, d’ailleurs, puisque l’acteur a toujours eu ce timbre froid et cassant, quel que soit son rôle. Les autres comédiens, Fritz Weaver ou Gerrit Graham, n’ont que des personnages purement fonctionnels, sans relief.

Si on ajoute que la BO est signée Jerry Fielding, on conclura en disant que « GÉNÉRATION PROTEUS » (parfaite traduction de « LA SEMENCE DU DÉMON » !) est une œuvre qui a énormément vieilli, mais dont le scénario parvient encore à captiver. Et puis le plaisir de voir Miss Christie sous toutes les coutures pendant plus 90 minutes ne se refuse pas…

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JULIE CHRISTIE

 

« DOCTOR STRANGE » (2016)

À l’origine, les super-héros apparaissaient dans des magazines bon-marché d’une vingtaine de pages, destinés aux ados américains. Les scénarios étaient simples, les conflits se résolvaient dans d’épiques bastons en plein ciel, à coups de rayons d’énergie ou plus prosaïquement de tatane dans la gueule. Et les boutonneux en redemandaient.STRANGE

Le problème, un demi-siècle plus tard, c’est qu’au fond, rien n’a changé. Même dans « DOCTOR STRANGE » inspiré de la BD de Stan Lee et Steve Ditko, et qui se voudrait « mystique », c’est rigoureusement la même chose. Un postulat de départ absurde (un neurochirurgien accidenté se rend à Katmandou où il devient le roi des sorciers chargé de protéger le monde des forces du Mal), des échanges de dialogues assommants, un humour balourd, pour aboutir… à des bastons dantesques. Car au fond, les films de super-héros ne sont faits que de cela. C’est leur ADN. Même ici, quand deux corps astraux désincarnés s’affrontent, c’est à coups de poing dans la gueule !

Bien sûr, c’est admirablement confectionné, les CGI sont impeccables, les idées sont puisées dans pas mal de films dont « INCEPTION », et le cast est sérieux : Benedict Cumberbatch qui s’est fait une spécialité des rôles de surdoués arrogants joue le Dr. Strange, Mads Mikkelsen les deux yeux au beurre noir est un super-villain vindicatif, Rachel McAdam est jolie même si elle n’a strictement rien à faire et Tilda Swinton a le faux crâne chauve le moins convaincant depuis David Carradine dans les flash-backs de « KUNG FU ».

Ni meilleur ni pire que les autres opus de la tentaculaire franchise Marvel, « DOCTOR STRANGE » peut éventuellement se laisser regarder, mais l’orgie permanente de combats et de F/X délirants finit par ne plus imprimer la mémoire. Comme une très longue pub…

 

« eXistenZ » (1999)

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JENNIFER JASON-LEIGH

« eXistenZ » ne sera sans doute jamais considéré comme le chef-d’œuvre de David Cronenberg, et il est rarement cité dans les articles le concernant, pourtant cela demeure un de ses films les plus distrayants et ludiques (normal, il s’agit de jeux) et une des rares occasions où l’auteur fait preuve d’un réel humour sur lui-même et sur ses fantasmes récurrents.XZ2

Situé dans l’univers des jeux de réalité virtuelle, « eXistenZ » est complètement fou et vertigineux, plongeant de plus en plus profond dans un monde impalpable, qui se dérobe sans cesse, mais finit par devenir plus concret que la « vraie vie ». Mais au fond, y a-t-il une « vraie vie », finalement ? Le coup de génie du scénario est de perdre le spectateur, au point qu’on ne sait jamais vraiment quand a démarré le jeu et surtout s’il est achevé quand arrive le mot « FIN ». On suit donc Jennifer Jason-Leigh et Jude Law dans leur périple mental, où comme toujours chez Cronenberg, la chair se mêle aux machines, où la matière organique est en constante mutation. C’est probablement le film le plus rythmé de son auteur, le plus accessible aussi, malgré sa complexité thématique. Et il a extrêmement bien vieilli grâce à son aspect prémonitoire et à sa lucidité sur l’avenir de l’Humanité.

Le couple vedette, toujours en mouvement, excelle à se perdre dans ce tourbillon de violence, de sensations, endossant sans arrêt de nouvelles identités, modifiant leurs relations, etc. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Willem Dafoe en pompiste traître, Ian Holm en inventeur peu fiable ou Sarah Polley qui apparaît vers la fin.

« eXistenZ » est à voir absolument, en ne cherchant pas forcément la petite bête (même amphibie), mais en se laissant porter, gruger, malmener, en tombant dans tous les pièges tendus par l’auteur et en y prenant un plaisir fou. À noter le stupéfiant morceau de bravoure dans le restaurant chinois où Jude Law fabrique un pistolet à base d’ossements de créatures répugnantes encore couverts de viande gluante et en y encastrant son bridge en guise de munition : inoubliable !

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JUDE LAW ET WILLEM DAFOE