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Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

HAPPY BIRTHDAY, AKIRA !

KURISAWA

AKIRA KUROSAWA (1910-1998), UN DES MAÎTRES INCONTESTÉS DE L’HISTOIRE DU 7ème ART, UN NOMBRE IMPOSANT DE CLASSIQUES À SA FILMOGRAPHIE.

 
 

HAPPY BIRTHDAY, DAVID !

CRONENBERG

DAVID CRONENBERG, AUTEUR-RÉALISATEUR CANADIEN À LA PASSIONNANTE CARRIÈRE EN CONSTANTE MUTATION.

 
 

« THE STRANGERS » (2016)

Quand commence « THE STRANGERS », on se retrouve immédiatement en terrain familier : des meurtres bizarres dans une région rurale de Corée, on pense évidemment au remarquable « MEMORIES OF MURDER », d’autant que le héros-flic (Do-won Kwak) semble tout aussi incompétent et maladroit que ceux du film de 2003.strangers

Le signature de Hong-jin Na (« THE CHASER », « THE MURDERER ») est plutôt gage de solidité et d’originalité. Aussi est-ce en toute confiance qu’on pénètre dans cet univers dépaysant et volontiers déconcertant. Sur 156 copieuses minutes, le scénario développe une enquête policière d’abord sur un ton de semi-comédie, puis bifurque vers l’horreur avec des références à « L’EXORCISTE » avec le personnage du chaman ou aux films de zombies et pour finir s’achève – et c’est bien là le gros problème du film – dans la confusion la plus totale. En effet, la dernière demi-heure est quasiment incompréhensible et gâche considérablement la bonne impression laissée jusque-là par le film. Des personnages périphériques (le jeune prêtre) prennent subitement une énorme importance, les morts ressuscitent, le diable en personne fait son apparition, les petites filles deviennent des ‘mass murderers’… Et en guise de résolution, on n’a qu’un gros point d’interrogation à se mettre sous la dent. Bref, grosse déception et légère sensation d’avoir été pigeonné. Heureusement, la prestation habitée de Do-won Kwak, qui évolue du rôle de gros plouc trouillard et gaffeur à celui de héros de tragédie, maintient malgré tout l’intérêt autour de sa seule personne.

À prendre et à laisser donc dans « THE STRANGERS », œuvre élaborée et pleine de choses intéressantes, mais qui perd délibérément son public en route pour céder à un hermétisme des plus irritants. Dommage, vraiment…

 

« LA NUIT DES FORAINS » (1953)

forains« LA NUIT DES FORAINS » est un des films les plus universellement connus d’Ingmar Bergman. C’est une fable tonitruante et pourtant d’une noirceur sans pareille, sur un petit cirque itinérant au bord de la faillite.

Dans ce microcosme pouilleux, pathétique, Bergman démontre simplement comment le spectacle s’inspire de la vie et vice-versa. Il brouille les cartes jusqu’à cette représentation où la vie DEVIENT le spectacle et où il faut donner son sang – littéralement – pour gagner sa misérable pitance.

Le film évoque parfois l’univers d’un Fellini nordique et il faut avoir un bon moral pour le supporter, car il traîne dans son sillage des tonnes de cafard. Sous le maquillage des clowns on ne voit que des visages vieillis, grimaçants de désespoir. À l’image du vieil ours rendu fou par la captivité qu’on aperçoit dans quelques plans poignants, le directeur du cirque Åke Grönberg passe tout le film à courir, à ramper, à supplier pour échapper à cette existence de misère. Mais à la fin, parvenu au bout de lui-même, il reprendra la route, parce qu’il ne connaît que cette vie-là. Un personnage magnifique, grandiose dans ses pitoyables excès. Face à lui, Harriet Andersson joue sa petite amie écuyère opportuniste mais pas très futée. Anders Ek est inoubliable en clown tourmenté, particulièrement dans le flash-back ouvrant le film. Et on reconnaît le fidèle Gunnar Björnstrand dans un petit rôle de directeur de théâtre plein de morgue.

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ANDERS EK, AKE GRÖNBERG ET HARRIET ANDERSSON

La photo est co-signée par Sven Nykvist, dont c’est la première collaboration avec Bergman. On sent sa griffe dans ces plans larges où des silhouettes à contrejour cheminent au loin, se découpant sur le ciel.

« LA NUIT DES FORAINS » est un hommage aux saltimbanques, à leur « grandeur et décadence », un film âpre et sans pathos, qui laisse un arrière-goût amer, d’une infinie tristesse.

 

« LE VISAGE » (1958)

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MAX VON SYDOW

« LE VISAGE », situé en 1846 en Suède, est une fable noire et bouffonne sur une troupe de magiciens ambulants qui sont arrêtés par la police et emmenés chez un consul féru de surnaturel. Là, le ministre de la santé (Gunnar Björnstrand, méconnaissable une fois de plus) persuadé qu’ils ne sont que des charlatans, les met au défi de le convaincre de leurs pouvoirs.visage3

C’est un magnifique scénario sur les faux-semblants, les jeux de miroirs, sur la puissance de l’imaginaire et surtout sur la confrontation entre l’Artiste et l’homme de pouvoir cartésien qui n’a de cesse de vouloir réduire à néant tout ce qui le dépasse. Comme dans tout bon Ingmar Bergman, la mort côtoie le sexe, la folie affleure et tout le monde avance masqué. Qu’il s’agisse de Max Von Sydow, mystérieux magicien au cheveu de jais et à l’œil d’hypnotiseur qui, débarrassé de ses oripeaux, n’est qu’un cabotin prêt à tout pour quelques pièces d’or. Ou Ingrid Thulin, sa femme, qui se déguise en jeune homme ambigu. Bergman flirte avec le conte de fées dans ce début dans la forêt, éclairé de façon magique, cède à la comédie paillarde avec la gironde cuisinière en mal d’amour ou la jeune Bibi Andersson en petite bonne délurée plus dégourdie que son vantard de soupirant. Et il finit par une incursion réussie dans le film d’horreur avec la longue séquence dans le grenier où un cadavre autopsié revient à la vie et harcèle son tortionnaire : l’incrédule face à l’inexplicable !

Mais tout cela, au fond, ce n’est que du spectacle, une représentation/arnaque à tiroirs très élaborée, qui parvient à immerger dans ce scénario-gigogne aussi distrayant que fascinant. La fameuse « lanterne magique » qui marqua tant Bergman dans son enfance ? Dans un cast absolument parfait, on reconnaît (à peine) Erland Josephson en consul pusillanime. Grand plaisir de retrouver cette « troupe » quasiment théâtrale dans des rôles aussi différents de film en film. Von Sydow et Ingrid Thulin sont particulièrement remarquables à ce jeu d’ombres.

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GUNNAR BJÖRNSTRAND, INGRID THULIN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter que le titre anglo-saxon du film : « THE MAGICIAN » semble plus approprié que le suédois (qui est également le titre français) et qui paraît peu compréhensible.

 

« BONJOUR TRISTESSE » (1958)

bonjour2Sans doute faut-il connaître et apprécier la littérature de Françoise Sagan, pour trouver de l’intérêt à « BONJOUR TRISTESSE ». Si ce marivaudage méditerranéen s’achevant de façon tragique n’est déjà pas palpitant en soi, la mise-en-scène rigide et statique d’Otto Preminger n’arrange rien, pas plus que sa direction d’acteurs flottante : quand a-t-on vu David Niven, le plus british des acteurs anglais, plus mal distribué qu’en playboy… parisien avec sa petite moustache en baguette ? Ou Deborah Kerr aussi peu attractive ?

Ce qui intrigue tout de même, c’est la construction passé-présent, courant tout au long du film et plutôt inédite pour l’époque. Si inédite d’ailleurs, que les flash-backs sont en couleur, probablement pour éviter toute confusion. La Côte d’Azur est joliment photographiée, l’ambiance des années 50 bien captée, mais franchement, les drames agitant ces nantis oisifs et têtes-à-claques, de boîtes de nuit en villas de luxe tapent rapidement sur les nerfs.

Reste qu’il est toujours émouvant de revoir Jean Seberg dans n’importe quoi. Tourné entre son premier film, déjà réalisé par Preminger : « SAINTE JEANNE » et « À BOUT DE SOUFFLE » son rôle le plus emblématique, « BONJOUR TRISTESSE » la montre ravissante, névrosée, charmante malgré un jeu assez mécanique et superficiel. Mais son charisme crève l’écran et fait regretter sa carrière si décevante. Parmi les seconds rôles : Mylène Demongeot amusante en idiote enjouée et Walter Chiari en millionnaire sud-américain.

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DEBORAH KERR ET JEAN SEBERG

« BONJOUR TRISTESSE » est certainement le film d’une époque, d’un « mood », mais cette production internationale où tout le monde parle anglais avec plus ou moins d’accent, empêche toute émotion vraie. C’est une approche hollywoodienne d’un sujet bien français et l’apparition de Juliette Greco jouant son propre rôle dans une cave de Saint-Germain et chantant… en anglais, achève de décrédibiliser le tout.

 

« VERS LA JOIE » (1950)

joie2Bien des années avant « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE », Ingmar Bergman signait déjà avec « VERS LA JOIE » un film qui aurait parfaitement pu porter ce titre. L’histoire d’un couple (certes plus jeune que celui que formeront Liv Ullmann et Erland Josephson) que le scénario suit pas à pas depuis la rencontre jusqu’au mariage, en passant par le premier baiser.

Le film commence de façon assez légère (pour un Bergman, en tout cas !) en décrivant ce jeune violoniste (Stig Olin) égoïste et infantile, bien moins doué qu’il ne l’imagine et cette jeune femme (Maj-Britt Nilsson) patiente et douce, prête à tout sacrifier pour lui. Mais peu à peu, la réalité s’immisce dans ce portrait trop joli pour être vrai : les infidélités, les mesquineries, la routine quotidienne, les ambitions déçues, les occasions manquées. Le conte de fée s’évapore en même temps que l’amour qu’ils se portent l’un à l’autre. C’est d’une vérité par moments saisissante, d’un manque de complaisance parfois cruel. Mais Bergman laisse filtrer une émotion constante qui culmine vers la fin, alors que l’orchestre joue « Vers la joie » de Beethoven, sous les yeux de l’enfant qui vient de perdre sa mère.

Narré en un long flash-back qui donne un considérable poids émotionnel aux scènes les plus anodines, « VERS LA JOIE » est ponctué de répétitions in extenso accompagnant l’évolution des personnages. La mise-en-scène est moins solennelle que de coutume repose moins sur les extrêmes gros-plans de visages, ici distillés avec parcimonie dans le montage.

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MAJ-BRITT NILSSON, VICTOR SJÖSTRÖM ET STIG OLIN

Les comédiens sont remarquables, à commencer par Maj-Britt Nilsson vibrante de sensibilité et Victor Sjöström (« LES FRAISES SAUVAGES »), excellent en vieux maestro ronchon et humain.

« VERS LA JOIE » est une œuvre relativement simple, accessible, où chacun peut retrouver des situations ou des sentiments vécus. Un beau film.