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Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

« MARTYRS » (2008)

Écrit et réalisé par le français Pascal Laugier, coproduit par le Canada, « MARTYRS » est-il un bon film ? Difficile de répondre à chaud. C’est en tout cas – et même pour l’amateur aguerri de cinéma d’horreur – un des plus insoutenables qu’il soit donné de voir et sans aucun doute un des plus perturbants, dépassant le précédent détenteur du titre : l’également français « IRRÉVERSIBLE ».MARTYRS.jpg

Le scénario démarre par la vengeance d’une jeune femme torturée pendant des années dans un sous-sol (Mylène Jampanoï), puis après un éprouvant massacre, l’horreur qui tombe sur les épaules de son amie et complice (Morjana Alaoui), qui va aller jusqu’aux tréfonds de la souffrance et de l’épouvante. Que dire sans spoiler ? C’est vraiment et extraordinairement choquant du début à la fin, la moindre séquence semble aller encore plus loin que la précédente et cette descente aux enfers, sans la moindre lueur d’espoir, s’achève dans la démence la plus totale, nous laissant sur un énorme point d’interrogation. Celui-là même qui hante l’humanité depuis la nuit des temps.

Si on parvient à s’extirper de l’atmosphère poisseuse, à s’ébrouer pour reprendre pied dans la réalité, on peut déjà affirmer que « MARTYRS » est très bien réalisé, du rythme interne à la qualité des maquillages « gore ». Que l’auteur ne recule devant rien, qu’il va crânement au bout de son propos, quitte à s’aliéner une grande partie du public. Car, répétons-le, le spectacle est terrible, traumatisant pour les âmes sensibles, et touche aux terreurs les plus profondes. Pascal Laugier a certainement passé un cap dans la dramatisation de la souffrance au cinéma en la dépouillant de tout esprit ludique ou cathartique. Impossible à recommander sans un avertissement : on n’en ressort pas tout à fait indemne. À vos risques et périls !

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EDUARDO FAJARDO : R.I.P.

FAJARDO

EDUARDO FAJARDO (1924-2019), ACTEUR ESPAGNOL AUX 200 FILMS ET TÉLÉFILMS, MÉMORABLE EN MÉCHANT ODIEUX DANS « DJANGO ».

 
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Publié par le 4 juillet 2019 dans CARNET NOIR, CINÉMA INTERNATIONAL

 

« SARABAND » (2003)

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ERLAND JOSEPHSON ET LIV ULLMANN

Trente ans après la fin de « SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE », Marianne (Liv Ullmann) décide de rendre visite à Johan (Erland Josephson) qu’elle avait perdu de vue. Curieusement, s’il est à présent octogénaire, elle n’a que 63 ans, alors qu’ils n’avaient que quelques années d’écart dans le premier film.SARABAND.jpg

Aucune importance ! Chez Ingmar Bergman, dont « SARABAND » est le dernier film, tourné pour la télévision, seule comptent les sentiments et leurs ravages sur l’âme humaine. D’ailleurs, Marianne et Johan ne sont pas réellement au centre du scénario. C’est Börje Ahlstedt, le fils de Johan, déjà presque un vieillard lui-même, et sa fille violoncelliste Julia Dufvenius, qui focalisent l’intérêt. Lui, récemment veuf, geignard, à la fois émouvant et vaguement répugnant, elle qui sert de substitut – jusqu’à l’ambiguïté – à sa défunte mère. Car en réalité, c’est cette dernière, cette « Anna » qu’on ne voit qu’en photo, qui est le véritable personnage central de « SARABAND ».

Comme d’habitude, Bergman installe son décor théâtral, y jette son quatuor d’acteurs comme des fauves dans une arène et les laisse s’entredéchirer. Certaines séquences, comme le face à face entre Ullmann et le fils de son ex-mari, rongé par la haine, dans une église, sont d’une violence terrible. Tout comme la dernière scène entre la jeune fille et son père, absolument déchirante. Si Ullmann est restée elle-même, moins névrosée peut-être, plus douce, Josephson est devenu un vieil homme amer et incapable d’empathie. Leur dernière scène, où ils s’endorment nus, côte à côte, est à fendre le cœur.

À 85 ans, Ingmar Bergman achève sa longue carrière par une œuvre-bilan, qui est un adieu à ses thèmes de prédilection et à ses fidèles acteurs, toujours aussi magnifiques. Bouleversant.

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JULIA DUFVENIUS, BÖRJE AHLSTEDT ET LIV ULLMANN

 

« SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » (1974)

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ERLAND JOSEPHSON ET LIV ULLMANN

« SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE » est un des grands accomplissements de la carrière d’Ingmar Bergman, un film-somme couvrant le seconde décennie d’un mariage et sa fin inéluctable. Un mariage apparemment « parfait » entre Erland Josephson et Liv Ullmann, deux êtres qui ne savent pas s’aimer, se détruisent à petit feu et, une fois séparés, ne peuvent vivre l’un sans l’autre.SCENES.jpg

Avec ses 169 minutes, c’est une épopée intimiste, rythmée en tableaux, d’une acuité parfois douloureuse. Bergman sait retourner le couteau dans les plaies, va au fond des choses sans aucune complaisance, mais en éclairant des zones d’ombre généralement bien enfouies. Le face à face sporadique entre ces deux personnages tourmentés, abimés par leur passé familial, par leur profonde méconnaissance d’eux-mêmes, donne lieu à des scènes quasiment théâtrales qui vont crescendo, passant de la tendresse à la haine pure et parfois jusqu’à la violence physique. Nulle respiration dans tout cela, puisque même les rôles secondaires sont tout aussi dépressifs et névrosés : la cliente que reçoit l’avocate Ullmann pour organiser son divorce a un monologue terrible sur l’absence d’amour. Quant au dîner avec des amis (Bibi Andersson et Jan Malmsjö), il offre le spectacle écœurant d’un couple en plein naufrage sordide. C’est âpre, violent, sans fard, et il faut s’accrocher pour ne pas être atteint tant les thèmes explorés sont universels. À noter la brève apparition d’une actrice-fétiche de l’auteur, la toujours belle Gunnel Lindblom en collègue de Josephson.

Un chef-d’œuvre donc, mais un spectacle guère plaisant et d’un pessimisme inouï, qui existe également en minisérie TV de six épisodes totalisant 283 minutes de projection ! Là, vu la densité émotionnelle des images, il doit tout de même falloir être en pleine forme et prendre son élan…

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BIBI ANDERSSON ET LIV ULLMANN

 

HAPPY BIRTHDAY, ERLAND !

JOSEPHSON

ERLAND JOSEPHSON (1923-2012), SUPERBE ACTEUR SUÉDOIS, QUI INCARNA L’ALTER-EGO D’INGMAR BERGMAN DANS DE NOMBREUX FILMS.

 
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Publié par le 15 juin 2019 dans ANNIVERSAIRES, CINÉMA INTERNATIONAL

 

« PUSHER III – L’ANGE DE LA MORT » (2005)

PUSHER3« PUSHER III – L’ANGE DE LA MORT » est le troisième et dernier volet de la trilogie de Nicolas Winding Refn. Le personnage de Milo (Zlatko Buric) est le seul qui soit apparu dans les trois opus : en menace principale dans le n°1, en simple « guest » dans le n°2 et maintenant en seule vedette du n°3.

Quelques années ont passé. Milo a grossi, il a vieilli aussi et se voit poussé vers la sortie par de jeunes caïds turcs ou albanais avides de pouvoir et beaucoup moins affables que lui dans leur façon de faire du business. Malmené, escroqué, ridiculisé par la nouvelle génération, le dealer vieillissant va se rebiffer. Le scénario, relativement calme comparé aux autres, va s’achever dans un bain de sang totalement vomitif, rappelant – si besoin était – que les manières débonnaires du Yougoslave dissimulent toujours une âme plus que noire.

Aussi bien agencé que ses prédécesseurs, un peu plus soigné esthétiquement parlant, « PUSHER III » est une bonne conclusion à ce bad trip au pays des prédateurs urbains. Il manque peut-être d’un protagoniste vraiment attachant pour enthousiasmer. Buric est excellent dans ce rôle qu’il connaît bien. Il est tellement dans son personnage, que dans certains gros-plans muets, on a l’impression de l’entendre réfléchir. Marinela Dekic est également très bien dans le rôle de sa digne fille et on retrouve son ex-homme de main Slavko Labovic, rangé des voitures, mais prêt à donner un coup de main et à exercer ses talents de boucher. Il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter le dernier quart du film, mais l’enjeu en vaut la chandelle, car peu de films ont à ce point « déglamourisé » le monde des trafiquants de dope en les montrant tels qu’ils sont réellement.

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SLAVKO LABOVIC, ZLATKO BURIC ET MARINELA DEKIC

 

« THE MURDERER » (2010)

SEA« THE MURDERER » (également connu sous le titre « THE YELLOW SEA ») de Wong-jin Na est un thriller coréen solidement ancré dans la réalité du pays et dans le drame vécu par certains migrants venus de Chine.

Produit avec des moyens hollywoodiens, d’une durée imposante de plus de 150 minutes, c’est ce qu’on pourrait appeler le « film de poursuite ultime ». Comme dans « UN HOMME EST MORT » de Jacques Deray ou « LE BAL DES VAURIENS » de John Cassavetes, le personnage principal, un pauvre chauffeur de taxi (Jung-woo Ha) est chargé d’assassiner un homme en échange de la suppression de sa dette envers la pègre. Mais le pauvre hère met évidemment le doigt dans un engrenage mortel qui lui mettra tout le monde à dos, de la mafia locale à la police, en passant par ses propres employeurs. Malgré sa durée, le suspense ne faiblit pas un instant et l’action, admirablement filmée et montée, est amplifiée par une violence absolument inouïe, confinant à la barbarie pure et simple. Ici, on ne se tire pas dessus « proprement » comme aux U.S.A. ou à Hongkong, on se massacre à la hachette et au couteau de boucher ! C’est extrêmement sanglant, sans aucun filtre. Les scènes impliquant Yoon-Seok Kim, un caïd impitoyable et quasiment increvable, sont d’une sauvagerie insensée. Mais c’est Jung-woo Ha, auquel on peut éventuellement s’identifier. Bouc-émissaire, victime désignée, éternel loser, il suscite une réelle empathie. Chaque coup qu’il prend, chaque blessure qu’il encaisse, le rendent plus humain, plus sympathique. Et ce, pratiquement sans dialogue ! Du vrai, du pur cinéma d’action, autrement dit.

« THE MURDERER » est une sorte de chef-d’œuvre dans son genre, l’aboutissement d’un cinéma extrême et sans tabou, devant lequel – qu’on supporte ou non l’ultra-violence – on ne peut rester que béat d’admiration.

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YOON-SEOK KIM ET JUNG-WOO HA