RSS

Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

MILOS FORMAN : R.I.P.

FORMAN

MILOS FORMAN (1932-2018), RÉALISATEUR TCHÈQUE À LA CARRIÈRE INTERNATIONALE, PARSEMÉE DE FILMS AMBITIEUX, DONT PLUSIEURS CLASSIQUES.

Publicités
 
11 Commentaires

Publié par le 14 avril 2018 dans CARNET NOIR, CINÉMA INTERNATIONAL

 

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » (1999)

RIPLEY

MATT DAMON

« LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est, après « PLEIN SOLEIL » quatre décennies plus tôt, la seconde adaptation d’un suspense psychologique de la grande Patricia Highsmith.RIPLEY2.jpg

Écrit et réalisé par Anthony Minghella, situé dans l’Italie des années 50, le film suit pas à pas ‘Tom Ripley’, un jeune homme timide et opportuniste (Matt Damon) chargé par un millardaire new-yorkais de ramener son fils (Jude Law) de la côte italienne où il dilapide sa jeunesse. Mais ‘Ripley n’est pas un garçon facile à cerner. D’abord, il tombe amoureux de celui qu’il doit convaincre de le suivre, puis il s’identifie à lui, ensuite c’est l’engrenage criminel. Et l’habileté machiavélique du récit est de nous avoir fait pénétrer dès le prologue dans le cerveau d’un assassin schizophrène et sociopathe, au point qu’on ne se rend compte que très tard de sa dangerosité. Il faut dire que c’est certainement le meilleur travail de Damon et qu’il parvient à endosser les innombrables nuances de ce personnage démultiplié avec une finesse inouïe. Les extérieurs de Rome, Venise, San Remo ou Naples sont magnifiquement exploités par la photo chaleureuse de John Seale et tous les comédiens ont quelque chose à défendre : de Cate Blanchett en mondaine trop crédule, Philip Seymour Hoffman odieux comme lui seul savait l’être en oisif tête-à-claques, James Rebhorn parfait en père facile à berner. Seule Gwyneth Paltrow, irritante comme dans la plupart de ses rôles, ne donne aucune épaisseur à cette ‘Marge’ snob et geignarde.

La vraie grosse différence entre le film de René Clément, ambigu et tout en non-dits et celui-ci, est que Minghella met franchement en avant l’homosexualité de ‘Ripley’, son attirance fusionnelle et létale pour ‘Dickie’ et le dépeint pratiquement comme une victime de sa propre folie. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer les deux films, de constater les pistes choisies par l’un, ignorées par l’autre. « LE TALENTUEUX MR. RIPLEY » est un véritable trip chatoyant et sensuel dans les méandres bourbeux du cerveau d’un psychopathe au visage angélique.

RIPLEY3

CATE BLANCHETT, JUDE LAW ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

 

« LA BATAILLE D’ALGER » (1966)

ALGERCe qui frappe immédiatement en découvrant aujourd’hui un film comme « LA BATAILLE D’ALGER » datant tout de même de plus de 50 ans, c’est l’extraordinaire modernité de sa réalisation qui rend invisibles tous les artifices techniques déployés pour obtenir ce rendu quasi-documentaire. Gillo Pontecorvo nous plonge dès les premiers plans noir & blanc et granuleux, dans cette année 1957, où le FLN multiplie les attentats à Alger, jusqu’à l’arrivée des paras français chargés de les éliminer.

C’est le début d’une lutte pour l’indépendance qui s’acheva cinq ans plus tard et le scénario, magnifiquement agencé en vignettes éclatées, s’efforce de ne jamais prendre parti, de montrer au lieu d’asséner, de ne jamais caricaturer aucun camp, ni d’ailleurs de les glorifier. Que de sentiments contradictoires suscitent ces scènes où des femmes algériennes vont déposer des bombes dans des lieux publics !

Coproduction italo-algérienne tournée sur les lieux de l’action, « LA BATAILLE D’ALGER » est une leçon d’Histoire extrêmement instructive sans jamais être didactique ni partisane. Bien sûr, le sublime dernier plan clôturant le film ne laisse guère de doute sur les sympathies des auteurs ! Mais le personnage du colonel des paras, joué par le glaçant Jean Martin, n’est pas dépeint comme une brute sadique. Impitoyable certes, mais également intelligent et capable d’empathie. À ses côtés, on se souviendra du visage creusé et inquiétant de Brahim Hadjadj. Tous les comédiens – amateurs pour la plupart – sont parfaitement crédibles et bien dirigés.

En dehors de toute considération politique, Pontecorvo a signé une œuvre puissante, cinématographiquement époustouflante, surtout compte tenu des moyens techniques de l’époque, dans laquelle on s’immerge avec un malaise croissant.

ALGER2

JEAN MARTIN ET… LE DERNIER PLAN DU FILM

À noter que la BO est cosignée par Ennio Morricone et… Pontecorvo, lui-même ! La seconde équipe est dirigée par le réalisateur Giuliano Montaldo. Dans le genre, un authentique chef-d’œuvre.

 

HAPPY BIRTHDAY, ROBBY !

MULLER

ROBBY MÜLLER, GRAND DIRECTEUR PHOTO DU CINÉMA ALLEMAND ET INTERNATIONAL, FRÉQUENT COLLABORATEUR DE WIM WENDERS.

 
 

« SPLICE » (2009)

SPLICE« SPLICE », réalisé par l’intrigant Vincenzo Natali, est une coproduction franco-canadienne dont les thèmes et l’approche visuelle ne sont pas sans évoquer certaines œuvres des belles années de David Cronenberg ou Paul Verhoeven.

Sous ses dehors de film de science-fiction (littéralement) et d’horreur, « SPLICE » est une belle parabole sur la peur de la maternité d’une jeune femme craignant de propager la folie familiale et aussi sur les affres de la parentalité, depuis la naissance jusqu’à l’adolescence. Un couple de généticiens, Adrien Brody et Sarah Polley parvient à donner naissance dans son labo à une créature composée de dizaines d’ADN animaux et humains. Nommée ‘Dren’, la « chose » couinante et informe du début se métamorphose peu à peu en une jeune femme très étrange et de plus en plus dangereuse et incontrôlable, en constante évolution.

En préservant le réalisme des rapports du couple, en dépeignant des individus crédibles et faillibles, Natali légitime tout son scénario et fait accepter comme plausible une histoire totalement délirante. Si le film ne semble pas avoir bénéficié d’énormes moyens, les CGI sont extrêmement soignés et aident à donner vie à ‘Dren’ campée par la française Delphine Chanéac, à peine identifiable, dont la gestuelle étudiée et le regard – même très « trafiqué » – est pour beaucoup dans le charme vénéneux et trouble de son personnage. Linéaire, simple dans son déroulement, nullement encombré d’intrigues secondaires (les scènes des employeurs de nos héros sont courtes et jamais obstructives), « SPLICE » va droit au but, n’esquive pas les zones dérangeantes (l’éveil à la sexualité de la créature donne lieu à une des scènes d’amour les plus bizarres vues depuis longtemps). Et pour une fois, le final et l’épilogue ne dérapent pas dans le n’importe quoi habituel des films d’horreur et demeure entièrement focalisé sur le sujet. Une très belle réussite, certainement sous-évaluée et dont les images hantent la mémoire.

SPLICE2

SARAH POLLEY, DELPHINE CHANÉAC ET ADRIEN BRODY

 

« HAUTE COUTURE » (2015)

Adapté d’un roman lui-même influencé par une pièce de Friedrich Dürrenmatt (« LA RANCUNE »), « HAUTE COUTURE » est un petit bijou de film australien au ton très singulier et magnifiquement mis en image par Jocelyn Moorhouse.DRESS

Kate Winslet revient dans sa ville natale, après en avoir été expulsée enfant, accusée d’avoir tué un camarade de classe. Elle ne se souvient de rien. Elle retrouve sa mère (Judy Davis) clochardisée et tente de rassembler le puzzle de son passé et de se venger. Un sujet simple, dont les enjeux mettent du temps à faire surface, mais qui captive d’entrée par son ambiance des années 50, pas si éloignée du western (il est même fait un ou deux clins d’œil visuels et musicaux au spaghetti western) et par le duo formé par deux gigantesques comédiennes. Winslet n’a jamais été plus belle et épanouie que dans ce rôle de revenante qui va exercer sa vengeance sur les habitantes via son « super-pouvoir » : celui de leur confectionner des robes capables de métamorphoser la plus ingrate des souillon en princesse de magazine. Forte et fragile, elle domine le film à égalité avec une Judy Davis vieillie et vraiment pas à son avantage en vieille folle aussi insupportable qu’émouvante. Autour d’elles, de magnifiques seconds rôles : Hugo Weaving en policier gay ménageant la chèvre et le chou, Kerry Fox totalement méconnaissable en institutrice haïssable ou Sarah Snook excellente en laideron jalouse.

Le ton, d’abord semi-comique et visuellement baroque, sombre progressivement dans la noirceur et la déprime et les personnages au départ clownesques prennent une vraie dimension humaine. C’est intrigant jusqu’au dénouement, d’une audace tranquille et assumée. Le film n’est pas sans évoquer le ton de « MURIEL », signé par les mêmes responsables : P.J. Hogan et Jocelyn Moorhouse, il y a déjà 25 ans. À voir, ne serait-ce que pour la robe rouge de Kate !

DRESS2

KATE WINSLET

 

HAPPY BIRTHDAY, BRUNO !

GANZ

BRUNO GANZ, UN DES PLUS GRANDS ACTEURS DU CINÉMA ALLEMAND, 120 FILMS AU COMPTEUR ET UNE CARRIÈRE INTERNATIONALE. INOUBLIABLE EN HITLER.