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Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

« L’AMI AMÉRICAIN » (1977)

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BRUNO GANZ

« L’AMI AMÉRICAIN » est une coproduction franco-allemande, écrite et réalisée par Wim Wenders, d’après un roman de la grande Patricia Highsmith. Il fait partie de cette mouvance appelée le « néo-noir », navigant dans les eaux troubles d’une intrigue policière tortueuse et d’un traitement résolument « film d’auteur ».AMI

À Hambourg, un encadreur (Bruno Ganz) leucémique est manipulé par un escroc américain (Dennis Hopper) et un gangster français (Gérard Blain) pour commettre deux assassinats qui assureront la sécurité financière de sa femme (Lisa Kreuzer) et de son fils, quand il sera mort. Mais évidemment, rien n’est simple, l’amitié s’en mêle. L’intrigue est fascinante, elle est idéalement mise en valeur par la photo extraordinaire de Robby Müller, à la fois réaliste et ultra-stylisée, utilisant des taches de couleurs vives (rouge, orange, vert) dans des extérieurs lugubres ou la peinture des véhicules. Cela donne à cette histoire une ambiance de rêve éveillé tout à fait hypnotisante. Il faut bien sûr accepter la lenteur, les zones d’ombre jamais élucidées, le manque d’information sur les protagonistes, mais si on se laisse porter, « L’AMI AMÉRICAIN » vaut vraiment le déplacement. Des morceaux de bravoure comme le meurtre dans le RER parisien ou la longue séquence du train, sont absolument magnifiques. Si l’identification avec Ganz se fait immédiatement et que l’intériorité de l’acteur a rarement été aussi bien exploitée, Dennis Hopper incarne un « Tom Ripley » déconcertant, à moitié fou, enfantin parfois, dont le jeu frôle parfois le n’importe quoi dans ses impros. Mais le duo avec Ganz fonctionne très bien. Parmi les seconds rôles, plusieurs réalisateurs dont Nicholas Ray en faussaire ou Samuel Fuller en caïd à gros cigare.

Il faut aborder « L’AMI AMÉRICAIN » comme un voyage complètement original, sans repères, et se laisser porter par la machiavélique imagination de Mme Highsmith et par l’atmosphère à couper au couteau créée par le chef-opérateur. Adhésion non assurée, c’est certain, mais le film mérite qu’on tente l’aventure.

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DENNIS HOPPER, NICHOLAS RAY ET BRUNO GANZ

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BRUNO GANZ : R.I.P.

GANZ

BRUNO GANZ (1941-2019), UN GRAND ACTEUR DU CINÉMA ALLEMAND, 120 FILMS ET UNE CARRIÈRE INTERNATIONALE. INOUBLIABLE CHEZ WENDERS ET EN HITLER.

 
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Publié par le 16 février 2019 dans CARNET NOIR, CINÉMA INTERNATIONAL

 

« CAPTIVES » (2014)

On ne peut pas dire que la signature du canadien Atom Egoyan soit, depuis plusieurs années, la garantie de voir un bon film. Mais « CAPTIVES » qui nous intéresse aujourd’hui et « REMEMBER » (déjà chroniqué ici) sont deux franches réussites qui redonnent espoir dans un avenir meilleur pour le cinéaste.CAPTIVE.jpg

Si on peut être rebuté par les premières minutes (une mise en place chronologiquement éclatée en mosaïque) déroutantes, voire légèrement irritantes, on est vite agrippé par un scénario solide et intelligent tricoté autour d’un réseau pédophile particulièrement pervers. En effet, outre les tortures infligées aux victimes (qu’on nous épargne avec finesse), ce qui intéresse les monstres, c’est la souffrance des parents, qu’ils filment à leur insu une fois leur progéniture kidnappée. C’est, en filigrane, une critique acerbe de notre société de voyeurs et par extension, sur les ravages de la téléréalité.

Au-delà de ce message subliminal, « CAPTIVES » demeure heureusement un suspense absolument remarquable de tension, au déroulement imprévisible, aux personnages fouillés et échappant au cliché. Ainsi, le tandem de flics : Rosario Dawson n’a jamais été meilleure qu’en enquêtrice obstinée et humaine, Scott Speedman est très bien en coéquipier brut-de-décoffrage, moins bête qu’il n’en a l’air. Ryan Reynolds est impeccable en père obsédé, rongé de culpabilité et Kevin Durand est absolument haïssable en manipulateur malsain : grand numéro ! Et bien sûr, il y a la petite, mais très grande, Mireille Enos exceptionnelle en mère déchirée, carbonisée de l’intérieur, mentalement torturée par ceux qui lui ont volé sa fille.

La réalisation, un peu terne, est entièrement au service du scénario et c’est très bien ainsi. « CAPTIVES » tient en haleine jusqu’à son dénouement brutal et qui laisse, délibérément, sur sa faim, ce qui après-coup ressemble davantage à une vaine coquetterie qu’à une véritable nécessité narrative. Passons…

 

« ZULU » (2013)

Malgré une v.o. anglaise, un tournage en Afrique du Sud et un casting anglo-saxon, « ZULU » est un film français, inspiré d’un roman français et réalisé par le français Jérôme Salle. Ce genre de coproduction incite généralement à la méfiance, d’autant plus que la filmo du réalisateur laisse circonspect (« LARGO WINCH ») et que les têtes d’affiche Forest Whitaker et Orlando Bloom ont depuis longtemps fait la preuve de leur manque de rigueur dans leurs choix de carrière.ZULU.jpg

Eh bien, on a tort de se méfier ! « ZULU » est un remarquable polar, d’une parfaite efficacité narrative, au montage ultra-nerveux, et hanté par le spectre de l’apartheid et par la bête immonde nommée racisme. Cela démarre par l’enquête de deux flics bien abimés par la vie, Bloom alcoolique et obsédé sexuel et Whitaker traumatisé par une enfance atroce qui l’a laissé mutilé dans chair. Cela ressemble à un simple meurtre, mais plus l’histoire se développe, plus elle se complexifie et réveille le passé des protagonistes et du pays tout entier. Rien de vraiment original là-dedans bien sûr, mais une impeccable gestion des flash-backs, des fulgurances de violence inouïes, comme cette descente de police sur une plage déserte qui vire au carnage ou le baroud d’honneur final qui rappelle « ROLLING THUNDER » de John Flynn. Whitaker, amaigri, l’air hébété, n’a pas été meilleur depuis des lustres. Bloom, mûri et le visage marqué, a pris de la bouteille et compose un personnage en trois dimensions. Tous les seconds rôles sont excellents et crédibles à 100%.

Une vraie belle surprise donc, que ce « ZULU » prenant et ultra-violent, qui sous ses allures de simple polar exotique, démontre sans s’appesantir que les démons du passé ne meurent jamais complètement et n’attendent qu’une occasion pour ressurgir.

 

« MY OLD LADY » (2014)

Le dramaturge U.S. Israel Horovitz a adapté sa propre pièce en scénario et a réalisé lui-même le film « MY OLD LADY ». Peut-être aurait-il dû déléguer un peu ! Car après un démarrage déjà pas palpitant, le film s’embourbe progressivement dans un mélodrame parisien au casting improbable, jusqu’à assoupissement complet du spectateur le plus endurant.OLD

C’est basé sur l’idée d’un Américain (Kevin Kline) héritant de son père d’un hôtel particulier dans le Marais et découvrant qu’il s’agit d’un viager et que l’endroit est occupé par une vieille dame française (Maggie Smith !). La dame a une fille (Kristin Scott Thomas) et… on devine la suite. Horovitz passe un temps fou à essayer d’expliquer le concept du viager à un public anglo-saxon, il ne parvient jamais à arracher son film à la sensation d’un théâtre platement filmé et ses plans « touristiques » de Paris tapent rapidement sur les nerfs tant ils sont mal intégrés et hors-propos. Tout ce qui s’est passé plusieurs décennies auparavant est confus, inintéressant, on ne parle que de personnages disparus, qu’on ne verra jamais. Impossible de susciter le moindre intérêt, le plus petit soupçon d’empathie. Que dire du généralement solide Kline ? Infiniment trop âgé pour son rôle, il passe son temps à geindre, à picoler (très embarrassantes scènes d’ivresse), à ressasser. À oublier au plus vite pour le fan de l’acteur ! Quant à la grande Maggie, l’erreur de casting est telle, qu’elle ne peut rien faire pour sauver son rôle et faire preuve de son abattage habituel. C’était un personnage taillé pour une Jeanne Moreau. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

À éviter soigneusement donc, ce « MY OLD LADY » attractif « sur le papier », mais insupportable sur pellicule. Et quitte à voir absolument un film sur le viager, on préfèrera – et de très loin – revoir la comédie de Pierre Tchernia scénarisée par Goscinny.

 

« LES ÉMIGRANTS » (1971)

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LIV ULLMANN

« LES ÉMIGRANTS » de Jan Troell, il faut en être prévenu, est une véritable épreuve d’endurance. Non parce qu’il est mauvais – loin de là – mais parce que la vision de la misère, des souffrances humaines, de la maladie, des humiliations, n’a rien de réjouissant et que l’auteur ne nous épargne rien.ÉMIGRANTS.jpg

Situé vers 1850 dans la campagne suédoise, le film suit le destin d’un couple de paysans, Max Von Sydow et Liv Ullmann, « empruntés » à Ingmar Bergman, qui décident d’émigrer aux Amériques. Par la minutie de sa mise-en-scène, la longueur de chaque séquence, Troell donne presque la sensation de suivre l’action en « temps réel » et, sur plus de trois heures, cela peut devenir pénible, voire douloureux. Les échecs successifs du couple, les grossesses à répétition, la mort d’une fillette, la sècheresse… Tout les pousse à quitter leur terre natale pour cette Amérique qu’ils idéalisent et sur laquelle ils portent tous leurs espoirs. On souffre avec eux, le summum étant atteint lors de la traversée en mer, où on finit par se sentir physiquement malade ! Le film est d’une sobriété visuelle confinant à l’austérité, Troell interdit tout romanesque, toute simplification « hollywoodienne ». On finit par s’attacher à ces personnages frustes et taiseux : Von Sydow remarquable en brave homme entêté, Ullmann émouvante en mère nourricière endurante, Eddie Axberg très bien en rêveur ou Monica Zetterlund en femme de mauvaise réputation.

Tant d’années après, « LES ÉMIGRANTS » émeut toujours et peut-être davantage, au regard de l’actualité du 21ème  siècle. C’est une œuvre sincère et puissante, de celles qui dépeignent les « gens de peu » avec une empathie jamais manichéenne et leur rendent leur humanité.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

À noter : le film connut une suite l’année suivante, « LE NOUVEAU MONDE » encore plus longue !

 

« CALME BLANC » (1989)

CALM.jpgInspiré d’un roman de Charles Williams qui fut longtemps un projet d’Orson Welles, produit par George Miller et réalisé par Philip Noyce, « CALME BLANC » est un suspense à trois personnages, situé à 90% en pleine mer, après un prologue succinct situant les protagonistes et leurs problèmes.

Un couple (Sam Neill et Nicole Kidman) parti en croisière pour oublier la mort de leur enfant, sauve un naufragé (Billy Zane) qui s’avère rapidement dangereux. Le couple se retrouve bientôt séparé : lui sur un bateau en train de sombrer, elle face à ce psychopathe qui n’en est pas à son premier meurtre. La photo de Dean Semler est magnifique, le format Scope idéalement utilisé, le scénario fonctionne sans accroc, allant crescendo jusqu’à nous faire ardemment désirer la mort de l’odieux saligaud. Le problème, c’est que celui-ci est incarné par Billy Zane. En roue-libre, il offre une espèce d’imitation ratée de Marlon Brando, singe ses mimiques les plus familières, se complaît dans un narcissisme irritant. Pourquoi pas ? Mais Zane n’est naturellement pas du tout menaçant ou inquiétant, juste vaguement tête-à-claques et cabotin. Et ses grimaces deviennent exaspérantes et gâchent le plaisir de ce film compact et autrement sans défaut. Dommage, car Kidman apparaît au sommet de sa beauté et de son intensité dramatique. Elle n’a jamais été – et ne sera plus jamais – aussi attractive. Neill est très bien et occupe parfaitement l’écran quand il se retrouve seul à l’image pendant les trois-quarts du film.

« CALME BLANC » demeure malgré tout un film intéressant et très beau à regarder, jamais prévisible. À revoir donc, à condition de se montrer tolérant envers les excès incompréhensibles et contreproductifs du jeune Zane qui douche l’enthousiasme.

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SAM NEILL, NICOLE KIDMAN ET BILLY ZANE