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Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

« MADEMOISELLE » (2016)

La première qualité de « MADEMOISELLE », c’est le dépaysement le plus total. À tous niveaux. Visuel déjà, au cœur de cette Corée japonisante, dans la narration ensuite découpée en trois chapitres distincts et dans les personnages enfin, dont on n’a jamais fini de découvrir la véritable personnalité.MLLE

Chan-wook Park a toujours œuvré dans un cinéma étrange et dérangeant et cet opus ne fait pas exception à la règle. Dans « MADEMOISELLE », on croise une jeune fille cloîtrée, un contrefacteur, une fausse servante, un bibliophile pervers, une énorme pieuvre rouge, une pendue. Le scénario à tiroirs n’en finit jamais d’étendre son pouvoir hypnotique, tout en se contredisant au fur et à mesure. La seconde partie du film reprend les événements de la première, mais filmés d’un autre point-de-vue. C’est à la fois fascinant et très confus, les plans machiavéliques se développent jusqu’à l’absurde. Mais on peut se raccrocher à une seule chose familière et concrète : l’amour. La relation extraordinaire qui lie deux femmes et qui donne lieu à de belles scènes saphiques certes, mais aussi à un face-à-face psychologique d’une belle densité.

Min-hee Kim est vraiment exceptionnelle dans le rôle de « Mademoiselle », victime soumise mais ambiguë. Les nuances de jeu entre les deux premières parties sont infinitésimales mais modifient le sens profond de chaque situation. Du grand art ! Face à elle, Tae-ri Kim ne démérite pas dans un rôle de voleuse professionnelle, corrompue depuis la naissance, qui retrouve progressivement une forme de pureté.

Si on ajoute la splendeur de la photo et des cadrages, le choix des extérieurs, le rythme quasi-onirique et une espèce d’humour tordu, « MADEMOISELLE » vaut largement le détour et démontre la versatilité de son auteur. Le seul point commun avec « OLD BOY » ? L’enfermement du personnage central. Et aussi la pieuvre !

 

« THE PUNISHER » (1989)

PUNISH2« PUNISHER » est un personnage de comic-book Marvel, né en 1974 de la plume de Stan Lee. La même année que la sortie en salles de « UN JUSTICIER DANS LA VILLE », donc, ce qui n’est probablement pas une coïncidence, car le héros est un mélange de Paul Kersey en plus jeune et de Batman en moins déguisé.

Cette première adaptation produite en Australie ressemble à s’y méprendre aux nanars de la Cannon de cette période. Dans la thématique comme dans le look. La réalisation de Mark Goldblatt est d’une platitude inouïe, le dialogue d’une indigence phénoménale et les séquences d’action font peine à voir. Si imposant physiquement dans « ROCKY 4 » quatre ans plus tôt, Dolph Lundgren teint en noir, ressemble ici à un vampire enrhumé sous Lexomil. L’œil endormi, le jeu catatonique, il ne parvient pas une seconde à créer une silhouette iconique dont avait tant besoin le film et s’avère d’une transparence invraisemblable. Même chose pour ses partenaires habitués à cachetonner comme Jeroen Krabbé en mafieux et Lou Gossett, Jr. en ex-coéquipier ronchon.

Ça tire dans tous les coins, ça explose au moindre petit choc entre deux véhicules, les couteaux volent et se plantent dans les gorges et les coups de tatane sont légion, vu que les méchants sont des yakuza tellement vicieux qu’ils kidnappent les enfants des mafiosi italiens !

PUNISH

DOLPH LUNDGREN

Il n’y a guère matière à épiloguer sur « PUNISHER ». C’est de la série B bas-de-gamme, pas même drôle au second degré tant c’est ennuyeux et mal fichu. La seconde tentative de porter le personnage à l’écran ne sera pas plus convaincante. Seule la troisième – sans être une merveille – parviendra à peu près à quelque chose de regardable. La meilleure incarnation du héros au T-shirt à tête de mort se fera, semble-t-il, à la TV dans les séries « DAREDEVIL » et « THE PUNISHER » sous les traits de Jon Bernthal.

 

HAPPY BIRTHDAY, RUSSELL !

MULCAHY

RUSSELL MULCAHY, RÉALISATEUR AUSTRALIEN DE CLIPS ET DE FILMS D’ACTION, DONT LA CARRIÈRE N’A PAS SURVÉCU AU PASSAGE DES ANNÉES 90.

 
 

« LE TRAQUÉ » (1950)

TRAQUÉÉcrit par l’auteur, l’année suivante, de « CASQUE D’OR », réalisé par Frank Tuttle responsable de « TUEUR À GAGES », classique du ‘film noir’ U.S., « LE TRAQUÉ » est une curieuse coproduction tournée à Paris avec une distribution internationale, où tout le monde parle anglais, même les Français entre eux et où le personnage central est un gangster américain comme échappé d’un autre film.

Dane Clark, sorte de (très) pâle avatar de Bogart, l’imper inclus, s’évade avant son procès et, blessé, demande l’aide de son ex-maîtresse Simone Signoret, pour gagner la frontière belge. L’inspecteur Fernand Gravey (« Gravet » au générique) est à leurs trousses.

Déconnecté de la réalité, peuplé de personnages qui sont autant de clichés sur pattes, le film a du mal à faire oublier l’absence totale de charisme de Clark, qui a beau singer laborieusement les maniérismes de ‘Bogie’, ne dégage pas grand-chose, pas même du danger. Un peu incongrue dans ce contexte, Signoret à l’aube du vedettariat, fait ce qu’elle peut d’un rôle sans intérêt de « poule à gangsters » fascinée par les mauvais garçons, même si ceux-ci l’entraînent à sa perte. Le manque d’alchimie aveuglant entre elle et son partenaire américain n’aide évidemment pas à rehausser le film.

Cela peut se laisser regarder par pure curiosité, car c’est une rareté récemment exhumée, et aussi dans la perspective du parcours international de Simone Signoret, mais malgré une photo parfois évocatrice, il existe peu de raisons de recommander « LE TRAQUÉ ».

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SIMONE SIGNORET ET DANE CLARK

À noter qu’il existe une version alternative du film tournée en français (donc basée sur un autre négatif) et bizarrement signée… Borys Lewin, monteur réputé, dont ce sera l’unique réalisation. Un crédit résultant probablement d’accords de coproduction.

 

« eXistenZ » (1999)

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JENNIFER JASON-LEIGH

« eXistenZ » ne sera sans doute jamais considéré comme le chef-d’œuvre de David Cronenberg, et il est rarement cité dans les articles le concernant, pourtant cela demeure un de ses films les plus distrayants et ludiques (normal, il s’agit de jeux) et une des rares occasions où l’auteur fait preuve d’un réel humour sur lui-même et sur ses fantasmes récurrents.XZ2

Situé dans l’univers des jeux de réalité virtuelle, « eXistenZ » est complètement fou et vertigineux, plongeant de plus en plus profond dans un monde impalpable, qui se dérobe sans cesse, mais finit par devenir plus concret que la « vraie vie ». Mais au fond, y a-t-il une « vraie vie », finalement ? Le coup de génie du scénario est de perdre le spectateur, au point qu’on ne sait jamais vraiment quand a démarré le jeu et surtout s’il est achevé quand arrive le mot « FIN ». On suit donc Jennifer Jason-Leigh et Jude Law dans leur périple mental, où comme toujours chez Cronenberg, la chair se mêle aux machines, où la matière organique est en constante mutation. C’est probablement le film le plus rythmé de son auteur, le plus accessible aussi, malgré sa complexité thématique. Et il a extrêmement bien vieilli grâce à son aspect prémonitoire et à sa lucidité sur l’avenir de l’Humanité.

Le couple vedette, toujours en mouvement, excelle à se perdre dans ce tourbillon de violence, de sensations, endossant sans arrêt de nouvelles identités, modifiant leurs relations, etc. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Willem Dafoe en pompiste traître, Ian Holm en inventeur peu fiable ou Sarah Polley qui apparaît vers la fin.

« eXistenZ » est à voir absolument, en ne cherchant pas forcément la petite bête (même amphibie), mais en se laissant porter, gruger, malmener, en tombant dans tous les pièges tendus par l’auteur et en y prenant un plaisir fou. À noter le stupéfiant morceau de bravoure dans le restaurant chinois où Jude Law fabrique un pistolet à base d’ossements de créatures répugnantes encore couverts de viande gluante et en y encastrant son bridge en guise de munition : inoubliable !

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JUDE LAW ET WILLEM DAFOE

 

« AMERICAN MARY » (2012)

MARYSpécialisées dans la série B d’horreur trash et ‘gore’ à tout petit budget, les sœurs Soska signent avec « AMERICAN MARY » un très bizarre mélange de la série « NIP/TUCK » et des fantasmes recyclés d’un Cronenberg. L’ambiance « canadienne » (alors que l’histoire est censée se dérouler aux U.S.A.) renvoie elle aussi à l’auteur de « VIDÉODROME ».

Katharine Isabelle joue une brillante étudiante en médecine violée par un de ses professeurs et se transformant en « chirurgienne vigilante » pour se venger d’horrible façon. Le scénario est hélas, complètement exsangue, ne dépasse jamais le stade du pitch et la mise-en-scène est étrangement primitive, figée, à la limite de l’indigence. Sans parler de la direction d’acteurs éprouvante de plusieurs seconds rôles aux personnages indéfendables. À peine retiendra-t-on Tristan Risk, transformée en affreuse caricature de Betty Boop par le bistouri.

Reste que l’idée demeure intrigante, que les séances de torture et/ou d’opérations clandestines sont particulièrement vomitives et que le personnage incarné par Katharine Isabelle prend vie grâce à la malice et à la présence exceptionnelle de cette comédienne devenue une icône de l’horreur, mais très sous-exploitée. Ici, elle porte le film sur les épaules et c’est uniquement à cause de sa présence qu’on parvient à tenir jusqu’au bout. On est partagé du début à la fin par un ennui assez phénoménal, une envie qu’il se passe quelque chose, et une certaine fascination pour le goût de ces étranges jeunes femmes (elles jouent également des jumelles désireuses de se faire opérer par notre héroïne pour échanger leurs bras gauches !) obnubilées par les situations extrêmes et malsaines, qui malgré leur évident manque de métier, finissent tout de même par imposer un style. Vraiment pas à mettre entre toutes les mains, donc, mais pour l’amateur de curiosités jusqu’auboutistes, « AMERICAN MARY » vaut un rapide coup d’œil sans en attendre monts et merveilles.

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DAVID LOVGREN ET KATHARINE ISABELLE

 
 

« MONIKA » (1953)

MONIKA« MONIKA », sous ses dehors de fable bucolique et sensuelle sur le premier amour de deux adolescents et leur découverte de la liberté, est – à n’en pas douter une seconde – bel et bien une œuvre d’Ingmar Bergman.

Un jeune manutentionnaire rêveur (Lars Ekborg) tombe amoureux d’une toute jeune fille fantasque (Harriet Andersson). Malheureux chez eux, ils s’enfuient en bateau sur une presqu’île et passent un été magique, seuls au soleil, à faire l’amour, à se découvrir l’un l’autre, à échafauder des projets. Mais ce séjour au jardin d’Éden s’obscurcit à mesure que l’automne approche : la violence d’abord, avec l’intrusion de l’ex de ‘Monika’, qui s’achève en bagarre sanglante, puis la « vraie vie » qui fait irruption quand elle apprend qu’elle est enceinte. Ils décident alors de retourner en ville et de se marier. À partir de là, la belle et pure histoire d’amour part en lambeaux, rattrapée par la médiocrité du quotidien, l’amour qui s’effiloche, la paresse et les trahisons de Monika.

La dégringolade est minutieusement décrite par un Bergman à l’œil affuté, cruel et peut-être légèrement misogyne. La charmante et potelée Monika, qu’on ne voit plus avec les yeux de l’amour, apparaît soudain moins sexy, moins intelligente, plus vulgaire et ingrate. Et quand le pauvre mari cocu se retrouvera seul avec son bébé dans les bras, il repensera à ce si bel été au paradis avec nostalgie. Mais le reflet que lui renvoie le miroir dans la rue, n’est plus celui d’un gamin amoureux, mais d’un homme presque déjà vieux.

« MONIKA » est un beau film dont les thèmes font progressivement surface, dont les personnages se révèlent peu à peu tels qu’ils sont. Harriet Andersson est extraordinaire de joie-de-vivre, mais aussi de stupidité crasse. Elle maintient constamment l’équilibre pour ne pas rendre Monika haïssable. Lars Ekborg (qui évoque parfois Leonardo DiCaprio) est d’une sobriété et d’une profondeur jamais prises en défaut. Encore un film sur le couple, en fin de compte, sur les illusions perdues, sur la fin de la jeunesse, d’un pessimisme qui laisse des traces.

MONIKA2

LARS EKBORG ET HARRIET ANDERSSON