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Archives de Catégorie: CINÉMA INTERNATIONAL

MACHIKO KYÔ : R.I.P.

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MACHIKO KYÔ (1924-2019), ACTRICE JAPONAISE APPARUE DANS UNE QUARANTAINE DE FILMS, DONT LE MÉMORABLE « RASHÔMON » D’AKIRA KUROSAWA.

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« TON FILS » (2018)

Coécrit et réalisé par Miguel Ángel Vivas, « TON FILS » pose un regard neuf et critique sur les films de « vigilantes » et les histoires de vengeance, par le biais d’un scénario bien ancré dans le quotidien et prenant pour héros un quidam sans histoire auquel on s’identifie tout naturellement, jusque dans ses plus terribles erreurs.TONFILS.jpeg

Jose Coronado est un chirurgien de Barcelone, père de famille, dont le fils est tabassé par des voyous et reste dans un coma profond. D’abord hébété, il va peu à peu mener sa propre enquête et identifier les coupables, puis décider de rendre justice lui-même. Le problème est qu’il n’est pas Charles Bronson, qu’on n’est pas dans un film d’action américain, et que dans la « vraie vie » rien n’est simple. Rien, ni personne. Le film est extrêmement habile, n’hésitant pas à démarrer très lentement, à présenter des personnages d’une totale banalité, jusqu’au moment où ils basculent dans le cauchemar. Car au fond, que cherche à dire « TON FILS » ? Qu’on ne s’improvise pas enquêteur et encore moins justicier ? Qu’il faut aller au-delà des apparences, de l’évidence, pour atteindre la vérité ? Ce père meurtri, désespéré, est incarné avec un grand réalisme par Coronado. Il n’a rien d’héroïque, pas même de courageux, à peine est-il sympathique. Mais impossible de ne pas ressentir d’empathie pour son combat solitaire et désespéré. On reconnaît des allusions au premier « DEATH WISH » (les chaussures de sport offertes par son fils arrivent par la poste après l’agression, comme les photos de vacances de Paul Kersey), mais le propos est radicalement opposé. Et la violence dépeinte dans le film est sordide, écœurante et ne procure aucun plaisir cathartique. « TON FILS » n’est pas un film plaisant ou flattant les bras instincts, il est même souvent pénible. Mais il fait un intéressant contrepoids à toutes les séries B glorifiant la vengeance et les armes à feu. À voir…

 

JOSÉ TERRÓN : R.I.P.

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JOSÉ TERRÓN (1939-2019), SECOND RÔLE ESPAGNOL À LA MAIGRE FILMO, REPÉRÉ DANS DEUX LEONE OÙ IL EST FLINGUÉ PUIS PENDU (SHORTY, C’EST LUI !)

 
 

« FEAR X » (2003)

FEARX.jpgCoécrit par Hubert Selby, Jr. (« LAST EXIT TO BROOKLYN ») et réalisé par Nicolas Winding Refn, dont c’est le premier film tourné aux U.S.A., « FEAR X » est un très bizarre polar intimiste, focalisé sur un vigile de centre commercial (John Turturro) du Wisconsin, obsédé par l’assassinat inexpliqué de sa femme.

L’homme mène une sorte d’enquête obsessionnelle qui finit par porter ses fruits et lui fait remonter la piste jusqu’au meurtrier, un policier d’un autre état (James Remar). Inutile de dire que le film est beaucoup moins linéaire et limpide que ce bref et trompeur « pitch » et qu’il lorgne plutôt vers des ambiances à la David Lynch auquel on pense souvent. Refn adopte un rythme excessivement lent, semble vouloir pénétrer de plus en plus profondément dans l’âme tourmentée de ce malheureux veuf obstiné. C’est donc un film intéressant mais exigeant, qui demande qu’on s’accroche un peu, tant la BO de Brian Eno est stressante et contagieuse l’angoisse émanant de tous les personnages. Turturro est d’une sobriété sans faille dans ce rôle taciturne et introverti. Un antihéros dépressif qui semble aller dans un état d’hébétude permanent au-devant de sa propre mort. Autour de lui, on reconnaît Remar, tout aussi rongé de l’intérieur en flic-justicier, la toujours belle et – hélas – toujours sous-employée Deborah Kara Unger jouant son épouse, un Gene Davis (le serial killer nudiste du « JUSTICIER DE MINUIT ») avec quelques kilos en plus en policier. L’œil exercé reconnaîtra également Liv Corfixen qui rendosse l’uniforme de serveuse qu’elle portait déjà dans « BLEEDER », le film précédent du réalisateur.

Point inintéressant donc, ce « FEAR X », mais ne surtout pas en attendre un polar au suspense frénétique : ce ne serait pas lui rendre service. L’épilogue, entre réalité et cauchemar est toutefois assez prenant.

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JOHN TURTURRO, DEOBRAH KARA UNGER ET JAMES REMAR

 

« BLEEDER » (1999)

BLEEDERS.jpg« BLEEDER » est le second long-métrage du danois Nicolas Winding Refn et probablement un de ses plus accomplis. On pense d’abord au cinéma social anglais, mais les partis-pris de mise-en-scène radicaux de l’auteur créent d’emblée un style très personnel et puissant.

L’emploi systématique des focales courtes, les couleurs primaires, les extérieurs dépourvus de toute figuration – ou presque – font de Copenhague une sorte de ville-fantôme de cauchemar, théâtre du drame qui se noue au sein d’une bande de paumés asociaux incapables de faire face à la réalité et à l’âge adulte. La tension s’installe en quelques plans et ne fait que croître, sans qu’on n’en comprenne totalement les raisons. Mais le malaise est là, la violence n’attend qu’une étincelle pour éclater. Refn bénéficie d’une troupe de comédiens exceptionnelle : Kim Bodnia (qui sera le flic de la série TV « BRON/BROEN ») en loser apathique prêt à exploser à tout moment, Levino Jensen inquiétant à souhait en raciste dangereux. Et surtout Mads Mikkelsen, tout jeune, mais déjà égal à lui-même dans un personnage d’adolescent attardé refusant le monde réel en s’immergeant dans le cinéma, jusqu’à n’avoir plus aucune vie sociale. Sa relation avec une jeune serveuse magnifiquement incarnée par Liv Corfixen est touchante et apporte un maigre souffle d’espoir sur tout le film.

« BLEEDER » est une œuvre maîtrisée, techniquement parfaite, plantée dans des décors minuscules, suffocants et traversée d’éclairs de violence fulgurants qui laissent sans voix. Quelques échanges dialogués sont vraiment formidables (« Pourquoi tu ne parles que de cinéma ? ») et l’humanité fruste et primitive des protagonistes finit par les rendre attachants. Malgré eux. Malgré tout. À découvrir.

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MADS MIKKELSEN, RIKKE LOUISE ANDERSSON, KIM BODNIA ET LIV CORFIXEN

 

« AT ETERNITY’S GATE » (2018)

Coproduction anglo-franco-suisse, « AT ETERNITY’S GATE » de Julian Schnabel revient sur la période où Vincent Van Gogh vécut à Arles puis à Auvers-sur-Oise. Le cinéma a souvent exploré la vie du peintre hollandais qui arbora les visages de Kirk Douglas, Jacques Dutronc ou Tim Roth.GATE.jpg

À 64 ans, Willem Dafoe est bien trop âgé pour incarner celui qui mourut à 37 ans, mais sa prestation est tellement intense et habitée, qu’il emporte l’adhésion en quelques plans. C’est grâce à lui et à son implication qu’on parvient à supporter les partis-pris radicaux de la réalisation : caméra portée nauséeuse, plans subjectifs, montage chaotique, censés nous faire voir le monde par les yeux (fatigués) de Vincent. L’idée en vaut une autre, mais le systématisme du procédé finit par irriter voire exaspérer et appauvrit un film qui aurait gagné à plus de sobriété et moins d’effets redondants. Reste que les gros-plans du visage exalté de Dafoe sont souvent saisissants et que la fin révèle une autre version de sa mort tout à fait inédite et fascinante. Autour de l’acteur dont la seule présence crée un parallèle avec le Christ, surtout quand il en parle avec le prêtre joué par le toujours remarquable Mads Mikkelsen dans une séquence, un cast en grande partie français, et des personnages dont on peine parfois à saisir la finalité. À quoi sert le monologue de Niels Arestrup, ex-militaire tatoué, par exemple ? Pourquoi Emmanuelle Seigner – difficilement reconnaissable – a-t-elle un rôle aussi peu développé ? Tout comme Mathieu Amalric en Dr. Gachet ? Seul s’en sort l’excellent Rupert Friend en Théo effacé et calme et surtout le décidément parfait Oscar Isaac qui compose un Gauguin loin de toute caricature.

Passionnant sur le fond, décevant sur la forme, « AT ETERNITY’S GATE » se laisse regarder si on est fasciné par l’œuvre et le destin de Van Gogh. Et pour Willem Dafoe dont c’est un des plus beaux accomplissements.

 

« CHLOÉ » (2009)

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AMANDA SEYFRIED

« CHLOÉ » est le remake canadien du film français « NATHALIE… » (2003) et il est réalisé par le très inégal Atom Egoyan qui s’aventure dans le mélodrame érotisant, doté d’un casting trois étoiles qu’on est un peu surpris de trouver dans ce genre de produit.CHLOE

De fait, pendant ses deux premiers tiers, « CHLOÉ » présente des personnages de « bobos » quinquagénaires, une gynécologue (Julianne Moore) et son mari prof de fac (Liam Neeson). Persuadée qu’il la trompe, elle engage une prostituée (Amanda Seyfried) pour séduire l’époux et venir ensuite au rapport avec moult détails à l’appui. C’est d’une perversité gentillette, d’un érotisme soft un brin désuet, et il faut tout le charisme des interprètes pour rester éveillé. Julianne Moore fait son possible d’un rôle ingrat de femme jalouse, peu sûre d’elle et toujours au bord de l’implosion. Neeson n’est pas gâté par son personnage falot de grand mollasson qui a un faible prononcé pour les jolies étudiantes. Heureusement, il y a Amanda Seyfried qui tient le rôle-titre avec une infinité de nuances allant de l’innocence enfantine à la tueuse dont l’arme principale est son corps. Quand survient le « twist » qui relance à la fois le scénario et l’intérêt, tout se focalise sur elle et le film prend enfin son envol. Beaucoup trop tard hélas, pour qu’on garde une opinion positive de l’ensemble. Il y a quelque chose d’impalpable dans « CHLOÉ », d’irréel. Peut-être est-ce dû aux extérieurs de Toronto, à la fois dépaysants et impersonnels, à ces gros-plans de visages pas toujours très flatteurs, ou à cette ambiance de perversion tous-publics qui fait parfois sourire. Malgré tout ce qu’il y aurait à redire sur « CHLOÉ », il faut tout de même le voir pour Amanda Seyfried qui parvient à se montrer voluptueuse et inquiétante dans le même temps et finit son parcours dans un plan magnifique qui donnerait presque envie de réévaluer le film tout entier. Presque !

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LIAM NEESON, AMANDA SEYFRIED ET JULIANNE MOORE