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Archives de Catégorie: CINÉMA ITALIEN

« GOMORRA » : saison 4 (2019)

Amputée d’un de ses deux protagonistes, la série « GOMORRA » se devait de retrouver un équilibre. Le personnage de ‘Ciro’ était si charismatique et porteur, qu’on a pu en douter. Rassurons-nous, la 4ème saison de ce chef-d’œuvre télévisuel est largement au niveau des précédentes, tout en ayant opéré des changements radicaux.GOMORRA4.jpeg

D’abord concernant ‘Gennà’ (Salvatore Esposito) qui, rongé par le remords, se prend à rêver, comme Michael Corleone dans « LE PARRAIN III », d’un avenir « legitimate » pour son fils. Et surtout ‘Patri’ (Cristiana Dell’Anna) qui a atteint les sommets du pouvoir mafieux à Naples et domine clairement ces 12 épisodes d’une tension inouïe. Car une fois encore, on s’attache à ces sinistres individus, à ces tueurs de sang-froid presque « à l’insu de notre plein gré ». Et Patri, qui prend en quelque sorte la place laissée vacante par Ciro, acquiert peu à peu une dimension héroïque : la femme seule contre tous qui doit prouver à tout instant qu’elle est au moins aussi létale que les hommes. L’actrice est extraordinaire d’intensité et certains gros-plans la font entrer d’emblée dans la cour des très grandes. Outre l’évolution des personnages, « GOMORRA » a opéré une métamorphose visuelle. Loin de l’image esthétisante et contrastée des saisons précédentes, qui auréolait de légende l’affrontement de ces Romulus et Remus napolitains, la saison 4 affiche une photo plus naturaliste, beaucoup moins stylisée. Cela aussi fait mieux passer la transition. Esposito est d’une sobriété sans égale et manifeste par de simples regards les subtils changements d’humeur de Gennà. Son face à face final avec Patri est époustouflant. Seul le rôle de sa femme (Ivana Lotito) semble souffrir d’une écriture flottante, évoluant sans réelle logique d’un épisode à l’autre. Même petite déception pour « Sang Bleu » (Arturo Muselli) qui perd dans cette saison la prometteuse aura qu’il affichait dans la précédente, pour n’être qu’un pâle voyou peu doué pour l’exercice du pouvoir. Mais cela semble délibéré, puisqu’un de ses propres hommes le lui fait remarquer dans le dialogue !

Quoi qu’il en soit, une des plus grandes séries actuelles qui aurait pu s’achever par son glaçant dernier plan, mais qui semble devoir se poursuivre. Et tant mieux !

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HAPPY BIRTHDAY, TONI !

SERVILLO

TONI SERVILLO, GRAND ACTEUR CAMÉLÉON À L’IMMENSE REGISTRE. UNE FRUCTUEUSE COLLABORATION AVEC LE RÉALISATEUR PAOLO SORRENTINO..

 

« LE TERRORISTE » (1963)

TERRORISTE.jpgInspiré de faits réels, « LE TERRORISTE » de Gianfranco De Bosio se situe à Venise en 1943, pendant l’occupation allemande. Il suit l’action de « l’ingénieur » (Gian Maria Volonte’) un résistant fanatique, un électron libre incontrôlable qui multiplie les attentats contre les nazis, mettant la vie de ses proches en danger. Et aussi celle des dirigeants de partis beaucoup plus prudents dans leur approche de la résistance.

C’est tourné dans un noir & blanc austère, qui ôte toute beauté et tout pittoresque à la Cité des Doges. Le scénario, intéressant d’un point-de-vue historique et idéologique, s’avère le gros point faible du film. Si tout ce qui concerne le « terroriste » lui-même se suit sans difficulté, en revanche, les réunions politiques clandestines entre vieux politiciens sont incroyablement longues, statiques et bavardes jusqu’à la nausée. C’est anti-cinématographique au possible et ce parti-pris de sècheresse dessert grandement le propos qui en devient inaudible. On est tellement assommé par ces tunnels de dialogues désincarnés, que les séquences d’action – pourtant honnêtement filmées – perdent de leur intérêt, noyées qu’elles sont dans le verbiage qui les entoure et les étouffe. C’est vraiment dommage, car Volonte’ est remarquable de sobriété et de fébrilité contenue dans son rôle de poseur de bombes ne manifestant aucun sentiment. Il a heureusement une jolie scène avec sa femme Anouk Aimée, où filtre un peu de son humanité perdue. Philippe Leroy et Carlo Bagno sont également très bien en résistants courageux. On regrette vraiment de ne pas apprécier davantage « LE TERRORISTE » qui sacrifie trop au discours politique pour passionner réellement. C’est du cinéma cérébral, difficile, voire ingrat par moments, qui aurait peut-être gagné à être tourné par un Francesco Rosi qui savait ménager deux niveaux de lecture.

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GIAN MARIA VOLONTE’ ET ANOUK AIMÉE

 

GEORGE HILTON : R.I.P.

GEORGE HILTON, ACTEUR URUGUAYEN QUI FUT UNE VEDETTE DU WESTERN ITALIEN DANS LES ANNÉES 60 ET 70.

GEORGE HILTON (1934-2019), ACTEUR URUGUAYEN QUI FUT UNE VEDETTE DU WESTERN ITALIEN DANS LES ANNÉES 60 ET 70.

 
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Publié par le 29 juillet 2019 dans CARNET NOIR, CINÉMA ITALIEN

 

« SUSPIRIA » (2018)

S’attaquer au film-culte des seventies de Dario Argento, il fallait l’oser ! Et la première heure de ce nouveau « SUSPIRIA » semble donner raison à Luca Guadagnino d’avoir tenté le coup. Hélas, son film dure… 152 minutes ! Et le scénario a largement le temps de se diluer, se s’embourber, de radoter et de se transformer en grand n’importe quoi.SUSPIRIA.jpg

Si on n’est guère excité par l’esthétique jaunâtre de ce remake, à l’opposé des couleurs flashy de l’original, l’adaptation de l’histoire semble prometteuse. L’action se déroule à Berlin en 1977 et l’arrière-plan politique se veut très présent. Le seul problème est… qu’il ne sert à rien et ne mène nulle part. L’ambiance décatie de l’académie de danse est bien rendue, la jeune héroïne (Dakota Johnson) intéressante et l’enquête d’un vieux psychiatre s’avère plutôt prenante. Mais c’est infiniment trop long, trop lent, sans réel suspense, jusqu’à la seconde partie où les sorcières sortent enfin de leur antre pour une apothéose de délire incompréhensible et d’un mauvais goût visuel infernal. Et après ce « final », on se rend compte que ce n’est pas fini, justement. Et la fin met une éternité à arriver. En fait, la seule vraie raison de voir « SUSPIRIA » sera l’hallucinant travail de composition de Tilda Swinton qui, non seulement est très bien en prof de danse charismatique, mais tient également deux autres rôles que nous ne révèlerons pas afin de préserver la surprise. C’est très bluffant. Autour d’elle, quelques visages connus du cinéma européen comme Ingrid Caven, Angela Winkler, Sylvie Testud dans une absurde figuration hagarde. Chloë Grace Moretz n’apparaît qu’au début puis, méconnaissable, dans la dernière partie. On reconnaît aussi Jessica Harper, l’héroïne d’Argento, dans un petit rôle émouvant.

À voir ? Pas forcément. Pour comparer éventuellement avec le film de 1977, pour Swinton et pour quelques scènes-choc assez réussies. Mais franchement, quel intérêt ?

 

« AU-DELÀ DES GRILLES » (1949)

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JEAN GABIN ET ISA MIRANDA

Écrit par une imposante équipe d’auteurs italo-française, réalisé par René Clément sur les lieux de l’action, « AU-DELÀ DES GRILLES » est un mélodrame bâti autour de la mythologie d’avant-guerre de Jean Gabin, celle de l’homme en fuite, du déserteur, du condamné d’avance. À 45 ans, l’acteur incarne une sorte de version grisonnante des losers de « QUAI DES BRUMES » ou du « RÉCIF DE CORAIL ».GRILLES.jpg

Mélange de néoréalisme pour les scènes d’extérieurs tournées à Gênes et de studio (magnifique décor de l’immeuble en ruines), le film intense et ramassé, n’a pas de scénario à proprement parler, mais suit les derniers jours de liberté d’un fugitif recherché par la police, qui rencontre une fillette (Vera Talchi) et tombe amoureux de la mère de celle-ci (Isa Miranda), alors que l’étau ne cesse de se resserrer autour de lui. C’est sombre, sans espoir, à l’image du personnage de ‘Pierre’, individu au lourd passé d’assassin, au bout de son rouleau et traînant dans son sillage un pessimisme décourageant. Gabin est vraiment superbe, apportant une belle maturité à un emploi qu’il connaît par cœur. Face à lui, Isa Miranda est parfaite en serveuse courageuse, se donnant corps et âme à cet homme de passage qui sait, lui, que leur histoire est déjà fichue. À noter la brève apparition de Robert Dalban, fidèle partenaire de Gabin, (onze films ensemble, tout de même !)  dans un rôle de marin serviable.

Magnifiquement photographié par Louis Page, « AU-DELÀ DES GRILLES » n’est pas un spectacle réjouissant, mais la maîtrise du cadre de Clément est toujours aussi impressionnante et sa courte durée (à peine 83 minutes) évite qu’on ne s’embourbe dans le cafard qui plombe les personnages. Malgré ses qualités, le film vaut principalement d’être vu pour la composition de Gabin, qui semble clore une période de sa carrière avant d’en entamer une autre. Son aspect physique est d’ailleurs très parlant : la silhouette encore mince du héros de Carné ou Renoir et les cheveux déjà blancs du futur « Dabe ».

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ISA MIRANDA ET JEAN GABIN

 

VALENTINA CORTESE : R.I.P.

VALENTINA CORTESE, ACTRICE ITZLIENNE À LA CARRIÈRE INTERNATIONALE, DE MANKIEWICZ À TRUFFAUT.

VALENTINA CORTESE (1923-2019), ACTRICE ITALIENNE À LA CARRIÈRE INTERNATIONALE, 100 FILMS, DE MANKIEWICZ À TRUFFAUT.

 
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Publié par le 10 juillet 2019 dans CARNET NOIR, CINÉMA ITALIEN