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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« THE BIG HIT » (1998)

Réalisé par le hongkongais Kirk Wong, « THE BIG HIT » part du concept opportuniste de mixer l’univers des hitmen à la John Woo (d’ailleurs producteur du film !) et la grosse comédie pour teenagers, pour un polar déjanté, bruyant et mettant en vedettes des boys band musculeux et brillantinés.BIGHIT.jpg

On sent planer tout du long l’influence de Tarantino, mais tout cela est tellement fabriqué, trafiqué et sans spontanéité, qu’on s’ennuie rapidement. Et ce, malgré un assez bon casting et des séquences d’action spectaculaires pour l’époque. Le film se laisse suivre grâce à la prestation sincère et attachante de Mark Wahlberg, qui campe un tueur à gages timide et complexé dont tout le monde – et tout spécialement les femmes – profite sans vergogne. Avec sa petite taille, ses cheveux teints en roux, l’acteur crée un personnage humain et crédible, ce qui n’est pas un mince exploit dans le contexte général. Autour de lui, Lou Diamond Phillips en fait des mégatonnes en collègue cynique, stupide et traître, mais il est amusant. Elliott Gould fait n’importe quoi en futur beau-père allergique à l’alcool. Seule la jeune China Chow parvient à tirer quelque chose de son rôle d’otage pleine d’entrain.

Il n’est pas évident d’épiloguer sur un film qui ne raconte à peu près rien et tente trop ostensiblement d’exploiter les filons à la mode de l’époque. Ce n’est pas parce que les tueurs sont des moulins à parole que c’est du Tarantino, pas parce qu’on tire à tout-va au ralenti avec plusieurs flingues en même temps qu’on fera oublier John Woo. « THE BIG HIT » est une sorte de pastiche pas très drôle ni très fin, qui se laisse regarder avec indifférence mais qui n’a rien à proposer d’original ou d’inédit.

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« LES CHASSEURS DE SCALPS » (1968)

SCALPIl y a quelque chose dans « LES CHASSEURS DE SCALPS » de Sydney Pollack, qui annonce nettement le plus populaire « SOLEIL ROUGE » de Terence Young, sorti trois ans plus tard. Un humour débonnaire, un message finement antiraciste et des personnages hauts-en-couleur.

Le trappeur Burt Lancaster « hérite » d’un esclave noir (Ossie Davis) et voit une année de travail envolée, quand des guerriers comanches, puis des comancheros dérobent ses peaux. Avec son nouvel acolyte, il se lance à leur poursuite. L’anecdote est mince, mais propice au développement de caractères. Et tant que Lancaster et Davis sont ensemble à l’image, c’est un délice : le premier superbe en rustre sympathique et entêté au verbe fleuri, le second exceptionnel en roublard opportuniste et beau-parleur, bien plus intelligent que son « propriétaire ». Le dialogue est brillant, d’une drôlerie irrésistible et l’alchimie entre les acteurs est formidable. Hélas, ils sont trop vite séparés par les aléas du scénario et c’est le couple Shelley Winters-Telly Savalas qui occupe alors le devant de la scène. Ils sont infiniment moins drôles, cabotinent en roue-libre de façon répétitive et vite exaspérante. À cause de ce déséquilibre, le film connaît un terrible « ventre mou » en son milieu, qui ne se dissipe que lorsque Burt et Ossie se retrouvent enfin. C’est regrettable, mais certaines répliques aident à avaler la pilule : « Si on te mettait dans une porcherie, tu deviendrais vice-président des gorets » ou :  « Parce que t’es battu pour la première fois de ta vie, tu te pavanes comme une squaw enceinte ». Éclats de rire assurés, d’autant que Lancaster est dans une forme éblouissante. Parmi les rôles secondaires, on reconnaît des visages familiers comme Dabney Coleman ou Paul Picerni. Malgré ce scénario bancal, une photo tristounette et une BO d’Elmer Bernstein qu’il a dû écrire pendant son sommeil, « LES CHASSEURS DE SCALPS » demeure un western sympathique, bourré de bonnes idées, dont on est prêt à pardonner les manques et les vices-de-forme.

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OSSIE DAVIS, TELLY SAVALAS ET BURT LANCASTER

 

« LES ASSOCIÉS » (2003)

ASSOCIÉS.jpgInspiré d’un roman, « LES ASSOCIÉS » de Ridley Scott est certainement un film qu’on peut plus aisément apprécier si on n’y cherche pas la griffe habituelle du cinéaste ou son sens de l’esthétique qui est, qu’on le veuille ou non, sa principale marque de fabrique.

Tourné sans style particulier, avec froideur et un constant humour pince-sans-rire, le film se construit progressivement sur une énorme arnaque, ou plutôt plusieurs arnaques en poupées-gigognes, et s’achève sur un « twist » stupéfiant et un épilogue bienvenu qui vient réchauffer l’ambiance. Au cœur du film, le portrait de Nicolas Cage, dans un de ses meilleurs rôles : un escroc professionnel bourré de tics, de TOC, maniaque jusqu’à la folie, solitaire. Et surtout sa relation avec une adolescente délurée (Alison Lohman) qui s’avère être sa fille qu’il n’a jamais vue. Les deux acteurs fonctionnent parfaitement ensemble et permettent de s’impliquer un peu dans un film n’incitant pas beaucoup à l’empathie. Tous les seconds rôles sont impeccables, surtout Sheila Kelley, Bruce McGill ou Melora Walters. Seul Sam Rockwell ne donne aucun relief à son personnage pourtant crucial de coéquipier de Cage, un ludion irritant, sans la moindre profondeur et ne jouant que sur un seul registre. Dommage.

« LES ASSOCIÉS » est comme « À ARMES ÉGALES », « UNE GRANDE ANNÉE » ou « LE CARTEL », un film atypique dans l’œuvre de Ridley Scott, mais c’est sans aucun doute le plus réussi du lot. La dernière partie, dont le rythme s’emballe et entraîne dans une spirale vertigineuse de mensonges et de trahisons, vaut à elle seule le coup d’œil. Et puis c’est un des derniers bons films de Cage, qui allait – trois ans plus tard – entamer une descente aux enfers du nanar et du DTV dont il n’allait, à de rares exceptions près, plus ressortir.

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NICOLAS CAGE, ALISON LOHMAN ET SHEILA KELLEY

 

« BUFFET FROID » (1979)

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GÉRARD DEPARDIEU, JEAN CARMET ET BERNARD BLIER

Bertrand Blier n’en était qu’à son cinquième long-métrage, quand il signa avec « BUFFET FROID » son chef-d’œuvre, un film-somme qui résume et transcende son cinéma singulier, à mi-chemin entre le théâtre de Beckett et le style d’un David Lynch avant l’heure. Il s’affirme comme héritier d’une ère révolue, celle du cinéma d’avant-guerre aux acteurs excentriques et aux dialogues goûteux.FROID.jpg

« BUFFET FROID », ce n’est rien d’autre qu’une divagation, un cauchemar de tours et de béton, hantée par la mort qui rôde et où plus rien n’a de sens ni de finalité. C’est vif, cinglant, rapide et spirituel, les situations sont inattendues, un flic (Bernard Blier) se lie d’amitié avec un jeune tueur schizophrène (Gérard Depardieu) et un serial killer hagard (Jean Carmet). Ensemble, ils errent dans une cité déserte, font des rencontres improbables et finiront dans une magnifique forêt et au fond d’une gorge. Oui, c’est un rêve, avançant par à-coups, passant du coq à l’âne, sans qu’on songe à s’en offusquer. Hormis une ou deux longueurs (l’épisode de l’orchestre qui casse le rythme), le film tient la distance jusqu’au bout et boucle même la boucle de sa brillante introduction dans le RER de la Défense. Autour du trio, extraordinairement bien assorti et réjouissant à contempler, on remarque également Geneviève Page en veuve exigeante et Carole Bouquet magnifiquement employée en ange de la mort impavide. Sans oublier Michel Serrault dont le face à face avec Depardieu est un bonheur.

Il est pratiquement impossible de décrire ce qui fonctionne si bien dans « BUFFET FROID » qui réussit ce que Blier a si souvent raté : une œuvre refermée sur elle-même, drôle et angoissante, dans laquelle on perd pied progressivement avec un plaisir inouï. La musicalité des dialogues, de ces voix si familières, la photo glaciale, les décors vides… Toujours est-il que tant d’années après sa sortie, la surprise est intacte.

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MICHEL SERRAULT, GÉRARD DEPARDIEU ET CAROLE BOUQUET

 

« DEMOLITION MAN » (1993)

DEMOLITION.jpgSylvester Stallone traînant à cette époque derrière lui son image de Rambo et Cobra, il n’est pas compliqué d’imaginer ce que cela donnerait de le cryogéniser puis de le réveiller dans un monde à la « 1984 » de George Orwell, à la poursuite d’un criminel qu’il affronta déjà en son temps.

Bonne idée donc, pour ce « DEMOLITION MAN » de Marco Brambilla, mêlant thriller pétaradant et science-fiction « à message ». Esthétiquement, on oscille entre une série télé des sixties et « TOTAL RECALL » (notons au passage un hilarant clin d’œil à Schwarzenegger) et le scénario aurait sans doute mérité d’être un peu plus sophistiqué. Mais le film est (presque) sauvé par son humour iconoclaste, par un Stallone en mode autodérision et des scènes d’action excessives et décomplexées. En ex-flic parachuté dans le futur, Stallone laisse rapidement tomber les problèmes générés par sa situation (mort de sa femme, fille qu’il n’a jamais vue, vite évacuées et oubliées) pour se concentrer sur l’action pure et les « one liners » à la chaîne. Il forme de plus un excellent tandem avec Sandra Bullock jouant une fliquette nostalgique du monde d’avant, de sa violence, et pratiquant le sexe virtuel au grand dam de son coéquipier. Autour d’eux, de bons acteurs comme Denis Leary en rebelle, Bob Gunton ou Nigel Hawthorne en Big Brother. Et de beaucoup moins bons hélas, comme Wesley Snipes totalement insupportable en bad guy clownesque en salopette, qui ferait passer le Joker de Nicholson pour un modèle de retenue et de sobriété bressoniennes. Il gâche une bonne partie du plaisir (coupable) que parvient épisodiquement à créer « DEMOLITION MAN ». N’y avait-il personne pour le freiner un peu ? Ou le réalisateur a-t-il réellement apprécié sa « performance » ?

À voir éventuellement donc, pour ses traits d’humour, quelques idées de décors, ses échanges drolatiques, mais sans trop en attendre. Le film fait partie de ces années, déjà lointaines, où deux ou trois M. Muscles tournaient à peu près n’importe quoi et explosaient systématiquement le box-office.

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SYLVESTER STALLONE, WESLEY SNIPES ET SANDRA BULLOCK

 

« CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » (1939)

Difficile de trouver plus désuet, poussiéreux que « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » de Jean Boyer. Et pourtant, par la grâce de son casting et d’un dialogue cocasse en vieil argot, on parvient à y trouver un certain plaisir et même à se surprendre à sourire à des traits d’humour antédiluviens.CIRCONSTANCES

Michel Simon – qui, comme souvent, tient un rôle bien plus âgé qu’il n’était réellement – est un procureur psychorigide à la retraite, qui se retrouve avec sa femme acariâtre (Suzanne Dantès) dans une auberge qui est un repaire de voyous. À force de malentendus et de « p’tits coups de beaujolais », il va se retrouver à la tête du gang et s’efforcer de les réformer. C’est naïf, gentiment moralisateur, parfois coquin, mais le pittoresque des acteurs emporte le morceau. Simon surtout, est formidable en vieux magistrat pointilleux qui se décoince peu à peu. Il faut l’avoir entendu chanter « Comme de bien entendu » de sa voix chevrotante ! Autour de lui, Arletty bizarrement figée par moments, tient son emploi emblématique de prostituée gouailleuse mais bonne fille. Elle s’appelle « Marie Qu’a-d’ça » parce qu’elle n’est pas bête ! Et puis, il y a aussi l’incroyable trogne de Dorville en patron de bistrot râleur, Andrex en gouape à casquette au charme canaille. Et sous le pseudo de « Michel François », on reconnaît François Simon, fils de Michel. Il incarne « la poupée » membre homosexuel du gang, qui d’ailleurs sera lui aussi « réformé », puisqu’il finira le film marié et père de famille ! Ce qui en dit long sur les mentalités de l’époque sur le sujet.

Théâtral, parfois bâclé, pas toujours très subtil, « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » n’en demeure pas moins une pièce de musée sympathique et amusante, à voir principalement pour le numéro de Michel Simon, toujours aussi savoureux.

 

« L’AMOUR POURSUITE » (1990)

LARGE.jpegDans les années 80, Alan Rudolph avait signé deux films assez curieux, envoûtants comme des impros de jazz : « CHOOSE ME » et « WANDA’S CAFÉ ». « L’AMOUR POURSUITE » endosse à peu près les mêmes défauts (lenteur, absence de structure dramatique, stylisation excessive) mais sans une once du charme de ses prédécesseurs

C’est un mélange peu harmonieux de film de privé des forties et d’hommage à la mode eighties. Un scénario flasque, qui démarre sur un malentendu (notre héros bien ringard commence sa filature en se trompant d’individu) et s’enlise dans une vague histoire de bigamie totalement inintéressante, et de « privée » collant aux basques de notre enquêteur. Oui, c’est aussi consternant que ça en a l’air ! Tom Berenger n’a jamais été doué pour la comédie et ça se confirme ici. Adoptant une « grosse voix » ridicule, une coiffure gominée, alignant les grimaces et les airs ahuris, il est mauvais comme un cochon, aussi mal casté que mal dirigé. Les actrices sont belles, mais pas très gâtées non plus : Anne Archer frise le carton rouge en femme fatale à l’œil trouble, Annette O’Toole et Kate Capshaw font ce qu’elles peuvent de personnages ineptes à peine silhouettés. Seule s’en sort – mais en étant très indulgent – Elizabeth Perkins en détective au cœur d’artichaut. On aperçoit aussi Ted Levine et même Neil Young (sic !) qui ne relèvent pas le niveau.

On sent par instants ce qu’a voulu accomplir Rudolph, un peu ce qu’avait mieux réussi Peter Bogdnovich dans certains de ses films : un polar ultra-cool, non-violent, plein de charme et de romance. « L’AMOUR POURSUITE » en est bien loin, hélas ! C’est un spectacle inerte, amorphe, ennuyeux à mourir au bout de seulement dix minutes et qui ne fait que s’aggraver ensuite. À éviter donc.

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ANNE ARCHER, TOM BERENGER, TED LEVINE ET ELIZABETH PERKINS