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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« O’BROTHER » (2000)

BROTHERSitué en plein dans la Grande Dépression, dans l’État du Mississippi, « O’BROTHER » est une des grandes réussites de Joel & Ethan Coen, qui adaptent très librement « L’odyssée » d’Homère dans un univers de ploucs analphabètes, de politicards véreux et de racisme décomplexé.

Le scénario suit la cavale de trois forçats évadés (George Clooney, John Turturro et Tim Blake Nelson) traqués par la police et à la recherche d’un trésor enfoui dont on finit par douter de l’existence. Imbéciles sympathiques et enthousiastes, les trois lascars croisent des équivalents sudistes des sirènes, du cyclope, ils assistent à un meeting musical (sic !) du KKK, font un tabac avec une chanson enregistrée à la sauvette et se font finalement récupérer par un sénateur (Charles Durning génial) opportuniste. Tout ça pour que « Ulysse » puisse retrouver sa Pénélope acariâtre (Holly Hunter) et leurs sept filles. Que dire ? C’est délectable du début à la fin, la bande-son composée de country, de bluegrass, de folk, de blues, est un véritable ravissement, le sommet étant atteint avec « I’m a man of constant sorrow », chantée par le trio avec une verve indescriptible. La photo monochrome de Roger Deakins immerge littéralement dans l’époque, le dialogue fleuri et abondant est magnifiquement écrit. Bref ! C’est un vrai accomplissement pour les Coen, pour qui « O’BROTHER » constitue une sorte de synthèse de leur style et de leurs obsessions. Clooney est irrésistible en bellâtre intellectuellement limité, obsédé par sa pommade à cheveux, Turturro extraordinaire en plouc paranoïaque et Nelson formidable en simplet trop crédule. Tous les seconds rôles sont mémorables, spécialement Michael Badalucco en ‘Baby Face Nelson’ bipolaire.

« O’BROTHER » est une fable roborative à l’ironie féroce, qui respire la joie de vivre et l’amour de la musique. Vraiment un des sommets de l’œuvre des frères Coen, qui n’en manque par ailleurs pas.

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TIM BLAKE NELSON, GEORGE CLOONEY ET JOHN TURTURRO

 

« PLANÈTE TERREUR » (2007)

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ROSE McGOWAN

Étonnant que dans le double-programme « GRINDHOUSE », on ait essentiellement retenu « DEATH PROOF », le film de Tarantino, alors que « PLANÈTE TERREUR », la partie signée Robert Rodriguez lui est infiniment supérieure et remplit beaucoup mieux le cahier des charges, à savoir recréer l’ambiance, la facture et l’esprit des séries Z des seventies.PLANET.jpg

Se basant sur un vrai scénario, ridicule mais bien construit et en mouvement permanent, l’auteur se déchaîne dans le visuel : copie (très) abimée, sautes dans l’image, scratches dans le son, il manque même une bobine essentielle en plein cœur de l’action ! C’est un vrai bonheur de cinéphile, un regard moqueur mais attendri sur un cinéma débraillé, infantile et jouissif, truffé de plans gore totalement vomitifs (pustules qui éclatent en gros-plan, membres arrachés, collection de testicules), d’idées génialement absurdes et de séquences d’action visuellement splendides. Rodriguez a réuni un cast exceptionnel autour de son couple-vedette : Freddy Rodriguez excellent en mini-Rambo mexicain et Rose McGowan iconique héroïne unijambiste qui porte une mitrailleuse greffée sur son moignon. On reconnaît les vétérans Michael Biehn et Jeff Fahey en frangins se chamaillant pour une recette de sauce BBQ, Marley Shelton parfaite en médecin létale, Josh Brolin en « doc » psychopathe, Michael Parks (toujours dans son rôle du shérif McGraw vu chez Tarantino et dans « UNE NUIT EN ENFER » du même Rodriguez) et même Bruce Willis en militaire peu expansif. Sans oublier hélas, « QT » lui-même, éprouvant comme d’habitude en soldat libidineux, qui cabotine en roue-libre.

Le temps passe à une vitesse folle en regardant ce petit bijou irrévérencieux et spectaculaire, on sourit souvent malgré son extrême violence, et on ne voit pas grand-chose à y redire. Tel quel, et dans son étroit créneau, « PLANÈTE TERREUR » est un film de zombies parfait, dont même l’épilogue donne envie d’applaudir.

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MARLEY SHELTON, FREDDY RODRIGUEZ, ROSE McGOWAN ET JOSH BROLIN

 

« LE GRAND FRISSON » (1977)

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CLORIS LEACHMAN

Tout comme « FRANKENSTEIN JUNIOR » fut une parodie des classiques de l’horreur de la Universal des années 30, « LE GRAND FRISSON » de Mel Brooks est un pastiche de l’œuvre d’Alfred Hitchcock dans son ensemble et déborde littéralement de citations, d’hommages, d’idées visuelles issus des films du maître du suspense.HIGH2.jpg

La structure provient essentiellement de « LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES » et de « SUEURS FROIDES », mais les clins d’œil à « PSYCHOSE » (et sa douche, évidemment) ou « LA MORT AUX TROUSSES » ne sont pas en reste. Pour le cinéphile, c’est une fête, car on retrouve là-dedans le « bon mauvais esprit » des satires de « Mad Magazine ». Et comme le scénario, tout délirant soit-il, se tient étonnamment bien, « LE GRAND FRISSON » fait passer un excellent moment. Bien sûr, on pourra faire la fine bouche devant une photo d’une grande laideur, devant le narcissisme éhonté de Brooks qui s’est offert un rôle à la… Cary Grant et même un numéro chanté de crooner totalement hors-sujet. Mais l’homme est drôle et sympathique et cela ne gâche pas le plaisir. Autour de lui, tout le monde est au diapason, surtout les deux revenantes de « FRANKENSTEIN JUNIOR » : Cloris Leachman absolument fabuleuse en infirmière aux dents serrées et au fin duvet noir au-dessous du nez, digne héritière de « Frau Blücher ». Et l’irremplaçable Madeline Kahn jouant la blonde hitchcockienne revue et corrigée avec une verve inouïe.

Malgré son look très vieillot (presque plus que les œuvres dont il se moque !)  « LE GRAND FRISSON » est un bonheur du début à la fin et des scènes comme celle des pigeons ou du fou se prenant pour un cocker, s’impriment à jamais dans la mémoire.

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MEL BROOKS ET MADELINE KAHN

À noter que le titre français aurait été la traduction littérale de « THE BIG CHILL » de Lawrence Kasdan, qui est connu en France comme « LES COPAINS D’ABORD ». Mystère des transcriptions !

 

« NOS VIES APRÈS EUX » (2019)

OTHERHOOD.jpgCoécrit et réalisé par Cindy Chupack venue de la TV, « NOS VIES APRÈS EUX » a tout du produit manufacturé pour public « senior » féminin. Tout à redouter de la chose donc, ce qui rend d’autant plus surprenant le plaisir qu’on prend à son visionnage, dû en très grande partie à son trio de vedettes/productrices.

Angela Bassett, Felicity Huffman et Patricia Arquette, amies de toujours, ont toutes trois un fils adulte qui les oublie le jour de la fête des mères. Elles décident d’aller les voir sans prévenir à New York pour constater de visu où en est leur vie. Et régler quelques comptes, cela va sans dire. Premier atout du film, un ton sympathique, parfois acide, avec un minimum de mièvrerie et de clichés. Les affrontements entre mères et fils sont abrupts et parfois cruels. On n’est pas dans du Bergman c’est sûr, mais pas non plus dans une sitcom aseptisée. Il est clair que sans le charisme des actrices, on zapperait au bout d’un quart d’heure, toutefois. Huffman est formidable d’abattage en égocentrique portée sur le Bourbon, Bassett éternellement jeune (et musclée !) s’en donne à cœur-joie dans la métamorphose physique et Arquette qui a pris quelques kilos et a complètement changé d’emploi, est la plus réaliste, la plus touchante. Le trio fonctionne à plein régime, dans la complicité ou les engueulades. À noter la présence de Jake Hoffman qui aurait bien du mal à cacher le fait qu’il est le fils de Dustin, vu qu’il est quasiment son clone, physiquement et vocalement. Étonnant !

« NOS VIES APRÈS EUX » n’évite pas quelques facilités (les longues scènes de boîte de nuit, la happy end traditionnelle), mais à condition d’avoir un petit faible pour ces belles et bonnes comédiennes, cela peut constituer un agréable, même si très oubliable, passe-temps.

Celebrity Sightings in New York City - June 19, 2018

PATRICIA ARQUETTE, ANGELA BASSETT ET FELICITY HUFFMAN

 
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Publié par le 1 novembre 2019 dans COMÉDIES, DRAMES PSYCHOLOGIQUES

 

« LA MÉTHODE KOMINSKY » : saison 2 (2019)

Les 8×26 minutes qui constituent la 2ème saison de « LA MÉTHODE KOMINSKY » de Chuck Lorre, parviennent à encore améliorer le score de la première, déjà géniale. Pour avoir produit cette sitcom de luxe, il sera beaucoup pardonné à Netflix !KM

Si les épisodes précédents parlaient du vieillissement du mâle américain, du deuil et des tristes bilans du 3ème âge, celle-ci va encore plus loin dans les thèmes qui effraient : les défaillances physiques, le cancer, la solitude, mal dissimulés derrière plusieurs couches de cynisme et de sarcasmes. C’est cruel, abrasif, mais étonnamment généreux et constamment hilarant, même dans les pires situations. C’est vraiment de la grande écriture, une manière brillante et frontale d’aborder les grandes angoisses de l’être humain. Sans oublier un discours lucide et passionnant sur le métier de comédien et ses aléas et une critique virulente contre l’église de scientologie. N’en jetez plus !

Bien sûr, le casting est pour beaucoup dans la jouissance procurée par cette série : Michael Douglas, encore très séduisant à 75 ans, dans un personnage qu’on devine très proche de lui, Alan Arkin magnifique dans le désarroi orgueilleux, Paul Reiser – vieilli par un maquillage épatant – quasiment méconnaissable en vieux futur gendre de Douglas, plus quelques « guests » comme Jane Seymour peut-être plus belle et mordante que dans ses jeunes années, Allison Janney dans son propre rôle et surtout (vraiment pas facile à reconnaître !) Kathleen Turner, la partenaire de Douglas dans « À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT » ou « LA GUERRE DES ROSE », jouant son ex-femme le temps d’une séquence au téléphone d’une implacable dureté.

C’est d’une telle qualité, d’une telle finesse, qu’on enrage d’en voir le bout après si peu d’épisodes, mais « LA MÉTHODE KOMINSKY » n’a sans doute pas dit son dernier mot, et c’est avec impatience qu’on attend la suite de ce petit bijou.

 

« THE NICE GUYS » (2016)

Scénariste à succès des années 80-90, spécialiste des « buddy movies » depuis « L’ARME FATALE » et dialoguiste friand de « one liners », Shane Black a moins convaincu en tant que réalisateur.GUYS.jpg

« THE NICE GUYS » est son 3ème  film et il puise sans vergogne dans son œuvre passée en recyclant des idées du « DERNIER SAMARITAIN ». Inutile de décortiquer le scénario, on n’y comprend pratiquement rien. Une vague histoire de meurtres en série dans le monde du porno dans le L.A. des seventies, impliquant les hautes sphères du pouvoir. Banal et déjà vu et revu. En revanche, on se surprend à rire fréquemment aux blagues du tandem Russell Crowe et Ryan Gosling, amis/ennemis étonnamment convaincants. Le premier en homme-de-main obèse mais létal, le second – et c’est là la grosse surprise du film – souvent drôle en privé totalement incompétent, gaffeur, véritable boulet. N’allons pas jusqu’à dire que c’est une révélation majeure, mais Gosling sort enfin de sa zone de confort (c’est-à-dire jouer les clones impassibles de Steve McQueen) pour composer un personnage comique et ridicule. Le duo fonctionne parfaitement, nourri par des répliques hilarantes et des situations grotesques à souhait. Black a toujours su amalgamer l’ultra-violence et l’humour potache, et c’est le cas une fois encore avec « THE NICE GUYS ». Plaisir un brin coupable donc, que ce thriller semi-parodique, porté par une BO pastichant joliment les musiques de film des années 70. Dans un casting homogène, se détachent la petite Angourie Rice en fille délurée de Gosling (qui rappelle fortement la relation père-fille du « DERNIER SAMARITAIN » déjà cité) et Kim Basinger, qui retrouve Crowe deux décennies après « L.A. CONFIDENTIAL » dans un rôle de méchante émaciée qui ne lui convient pas très bien.

À goûter donc, ce polar rétro copieux et bordélique, à condition de ne pas trop chercher à comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire.

 

« LA GIFLE » (1974)

GIFLE.jpgOn ne peut pas dire qu’un film Gaumont sur la jeunesse française des seventies, réalisé par Claude Pinoteau excite automatiquement la curiosité du cinéphile. Mais « LA GIFLE », malgré de nombreux défauts, sort tout de même du lot : dialogues de Jean-Loup Dabadie alors en pleine période Claude Sautet, débuts d’Isabelle Adjani encore bien loin de l’image qu’elle développera par la suite, beau casting de vétérans : Lino Ventura, Annie Girardot, Nicole Courcel.

Cette chronique familiale dépeint la relation conflictuelle entre un prof intraitable (Lino, évidemment) et son ado de fille pas facile non plus. Portes qui claquent, baffes, drames quotidiens, fugues, etc. Rien d’attirant a priori, d’autant que visuellement le film n’est pas très recherché. Mais on a rarement vu Ventura aussi naturel qu’ici. Son portrait d’homme apparemment solide comme un roc, mais complètement démuni devant les femmes quelles qu’elles soient, est émouvant et l’acteur baisse sa garde comme rarement il l’a fait. Son couple d’ex avec Girardot est concret, crédible, mature, ce qui n’exclue pas les coups de sang et les malentendus. C’est Ventura qui porte « LA GIFLE » sur les épaules et empêche toute mièvrerie. Courcel apparaît dans le premier tiers, en nouvelle compagne distante à la beauté sereine et culpabilisante. Parmi les petits rôles, de futures têtes d’affiche comme Nathalie Baye et des figurants nommés Richard Berry, André Dussollier. Seul le numéro trop répétitif de Francis Perrin, parfois drôle, détone un peu au milieu d’un ensemble homogène.

Il y a quelque chose de tangible et de touchant dans ce film d’apparence ripolinée et scolaire, qui échappe à l’analyse. Le plaisir de revoir de grands acteurs disant un bon texte, la vision d’une France révolue (45 ans déjà !)  et d’une jeunesse jugée par le regard forcément déformant d’une autre génération. Toujours est-il que « LA GIFLE » se laisse revoir avec plaisir, ne serait-ce que pour le bonheur des scènes réunissant Girardot et Ventura, qui semblaient nés pour se donner la réplique. Le dernier échange de regards à travers la vitre d’une cabine téléphonique, semble sorti tout droit d’un Lelouch. Un bon, précisons.

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ISABELLE ADJANI, ANNIE GIRARDOT ET LINO VENTURA