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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« HARRY DANS TOUS SES ÉTATS » (1997)

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HAZELLE GOODMAN ET WOODY ALLEN

Étonnant film que « HARRY DANS TOUS SES ÉTATS », sorte de mosaïque naviguant entre rêves, fantasmes, autocritique acide et vie privée à peine déguisée. Dès le générique-début, repassant plusieurs fois les mêmes images, jusqu’à exaspération, on sent que Woody Allen veut sortir de sa routine, tenter de nouveaux moyens de narration. Il l’avait déjà fait de manière radicale dans « MARIS ET FEMMES » (1992), mais ici les « jump cuts » sont franchement superflus et contreproductifs, même si on en comprend la raison : déconstruire le montage, comme on déconstruit Harry…ETATS.jpeg

Il s’offre le gratin des actrices hollywoodiennes de l’époque pour parler de lui bien sûr, de la difficulté d’écrire, des racines de son inspiration, et pour étaler avec un masochisme achevé ses petits (et gros) travers, sa relation aux femmes. Les scènes où il se fait injurier par Judy Davis puis par Kirstie Alley sont d’une violence verbale inouïe et sentent le vécu à plein nez. On est donc partagé – et encore plus que de coutume – entre le rire, car certaines situations et répliques sont extraordinairement drôles et la désagréable sensation d’assister en voyeur à une longue séance de psychanalyse. Allen ressasse les mêmes situations : sa relation avec son élève Elisabeth Shue est calquée sur celle qu’il entretenait avec Mariel Hemingway dans « MANHATTAN ». D’ailleurs, celle-ci apparaît dans un petit rôle ! Il n’hésite jamais à se vautrer dans un mauvais goût assumé (la séquence en enfer avec Billy Crystal), mais connaît de grands moments de grâce comme le voyage en voiture pour être honoré dans son ancienne fac ou, chef-d’œuvre absolu : la scène où Robin Williams va tellement mal qu’il devient… flou. Littéralement ! Le film vaut d’ailleurs d’être vu uniquement pour ce moment surréaliste et poétique. On revoit avec joie des visages familiers : Julie Kavner en épouse de Williams, Tony Sirico hilarant en flic, Bob Balaban en copain cardiaque, le jeune Paul Giamatti, on aperçoit de futures vedettes comme Jennifer Garner (deux secondes), Tobey Maguire, la craquante Julia Louis-Dreyfus. Mais celle qui rafle la vedette à tout le monde, c’est Hazelle Goodman magnifique en prostituée délurée et pleine de bon-sens.

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JUDY DAVIS, AMY IRVING, ROBIN WILLIAMS ET JULIE KAVNER

Un peu trop bordélique, bizarrement explicatif sur la fin et même un brin trop sentimental, « HARRY DANS TOUS SES ÉTATS » n’en demeure pas moins un film-bilan tout à fait plaisant, d’un narcissisme insensé. Mais après tout, n’est-ce pas pour cela qu’on l’aime, Woody ?

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« GUERRE ET AMOUR » (1975)

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DIANE KEATON ET WOODY ALLEN

« GUERRE ET AMOUR » est le dernier film de la première période de la carrière de Woody Allen, c’est-à-dire les films purement « comiques ». C’est aussi un des plus délectables, toutes époques confondues, et contenant en germe tout l’avenir du cinéaste.GUERRE

C’est, à la base, un pastiche de la littérature russe du 19ème siècle, surtout de Tolstoï et Dostoïevski, truffé d’anachronismes, d’hommages visuels à Ingmar Bergman, et suivant deux personnages extrêmement bien dessinés : Woody d’abord, fils de paysans couard et obsédé sexuel et Diane Keaton femme libérée avant l’heure, sorte de Mme Bovary exaltée. Ensemble, ils traversent les guerres napoléoniennes, tentent même d’assassiner l’empereur dans une espèce d’euphorie contagieuse provoquée par une avalanche ininterrompue de bons mots, de situations absurdes et d’allusions salaces. Tourné en France et en Hongrie, avec des moyens conséquents, avec une équipe principalement française (Ghislain Cloquet à la photo), « GUERRE ET AMOUR » ne cesse de faire sourire et réserve plusieurs éclats de rire mémorables. Comment résister au vieux père de Woody trimbalant sur lui son minuscule lopin de terre ? Au premier mari de Diane obsédé par les harengs ? À la balle tirée en l’air qui retombe sur notre « héros » ? À tant d’autres gags verbaux ou visuels qui font mouche pratiquement à chaque fois… Diane Keaton n’a jamais été aussi charmante, aussi précise dans le timing de comédie, aussi excentrique. Elle fait jeu égal avec Woody, pareil à lui-même. Les apparitions de la Grande Faucheuse vêtue de blanc renvoient à Bergman, le petit rôle de Jessica Harper à la fin est un magnifique clin d’œil à « PERSONA » et la danse finale de Woody avec la Mort dans un décor bucolique, clôture ce petit chef-d’œuvre d’humour référentiel et trivial, sur une note idéale.

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WOODY ALLEN, DIANE KEATON ET HOWARD VERNON

 

« DON’T DRINK THE WATER » (1994)

DRINKI.jpeg« DON’T DRINK THE WATER » fut un énorme succès à Broadway en 1966 et fut adapté en long-métrage trois ans plus tard avec, semble-t-il, moins de bonheur. Entre deux films de sa grande période, Woody Allen en tourna un remake pour la TV et reprit le rôle principal, créé au théâtre par Lou Jacobi et à l’écran par Jackie Gleason.

Pendant la guerre froide, une famille de beaufs new-yorkais en visite à Moscou se retrouve enfermée dans l’ambassade américaine, après avoir été pris pour des espions par le KGB. Dans ce huis clos, tout le monde est incompétent, fou à lier, pleutre et hystérique. Allen s’essaie au boulevard frénétique et le comique est basé sur une avalanche de « one liners », des bousculades, des malentendus. C’est parfois fatigant, souvent drôle, mais c’est intéressant de voir Woody Allen revisiter à 60 ans un texte écrit quand il en avait la moitié. Esthétiquement – et même s’il retrouve son équipe technique habituelle – c’est visiblement moins soigné que d’habitude, en format carré d’avant le 16/9, et cela ressemble beaucoup à du théâtre filmé, tout en plans larges avec énormément de monde dans le champ de la caméra qui s’agite en tous sens. Allen et Julie Kavner forment un couple idéalement assorti, un peu comme De Funès et Claude Gensac, ensemble ils font des étincelles (« Pourquoi ramasses-tu toujours des machins bizarres ? », lui demande-t-elle. « C’est comme ça qu’on s’est rencontrés ! », répond-il). Michael J. Fox est attachant en fils d’ambassadeur gaffeur et manifestement pas à sa place, Dom DeLuise lâché en roue-libre, comme toujours, arrache quelques sourires en prêtre/magicien/espion pot-de-colle, mais vampirise hélas, pas mal de scènes.

Ce n’est pas tout à fait un « film de Woody Allen », mais une sorte de parenthèse sympathique, un clin d’œil à son passé de dramaturge débutant et, peut-être, une manière de faire oublier la première adaptation réputée désastreuse qui lui était restée sur l’estomac.

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JULIE KAVNER, WOODY ALLEN, MAYIM BIALIK ET MICHAEL J. FOX

 

« LA VIE ET TOUT LE RESTE » (2003)

ELSE.jpg« LA VIE ET TOUT LE RESTE » ne restera pas dans les mémoires comme un grand Woody Allen, puisqu’il ne fait que ressasser de vieilles thématiques récurrentes dans son œuvre depuis « ANNIE HALL ». Mais il est intéressant par la tentative de « passation de pouvoirs » qu’il propose : relégué à un rôle relativement secondaire, Allen sert ici de mentor à une version plus jeune de lui-même, incarnée par Jason Biggs.

Sorti de cela, le film laisse l’étrange sensation d’un « best of ». On a déjà vu bien des avatars de cette « femme-kamikaze » campée par la très sexy Christina Ricci. Un objet de désir irrésistible mais gravement névrosé, une femme adorable mais menteuse, infidèle, qui se refuse à l’homme qu’elle aime jusqu’à le rendre complètement fou. Biggs et Allen jouent des auteurs de sketches pour « stand-up comedians », mais l’aîné est un reclus paranoïaque jouant les Jiminy Cricket pour son cadet. Celui-ci a un agent (Danny DeVito) ringard et pathétique, qui est un proche cousin de Broadway Danny Rose et une belle-mère (Stockard Channing) qui veut devenir une nouvelle Elaine Stritch, qui fut – rappelons-le – la vedette du « SEPTEMBER » de l’auteur. Bref, on nage en plein trip autoréférentiel, on sourit parfois (Woody n’a jamais perdu son sens de la répartie) et l’usure d’inspiration commence à se faire sérieusement ressentir. Biggs est sympathique mais ne parvient jamais à insuffler la moindre émotion à son personnage, Woody Allen joue une variante plus asociale et agressive de son alter-ego cinématographique habituel et DeVito a un grand morceau de bravoure au restaurant, quand il pique une crise en apprenant que son unique client le largue sans préavis.

« LA VIE ET TOUT LE RESTE » n’est pas désagréable, mais il demeure désespérément creux et dépourvu de résonnance.

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CHRISTINA RICCI, JASON BIGGS ET WOODY ALLEN

 

« HOLLYWOOD ENDING » (2002)

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WOODY ALLEN ET TÉA LEONI

Quatre ans après « CELEBRITY », Woody Allen s’attaque une nouvelle fois au monde factice du showbiz, de ses parasites, de ses fausses valeurs, et plus particulièrement à la Mecque du cinéma avec « HOLLYWOOD ENDING ».ENDING2.jpg

L’idée principale du scénario est formidable et emporte immédiatement l’adhésion : réalisateur has-been et sur liste noire, Woody est engagé sur une grosse production grâce à son ex-femme (Téa Leoni) fiancée au producteur. Mais juste avant le tournage, Woody devient subitement aveugle ! La situation est bien évidemment propice aux malentendus, aux quiproquos et le monde du cinéma en prend pour son grade. Producers incultes (Treat Williams), chefs-opérateurs – chinois – caractériels, agents prêts à tout, actrices bêtes à manger du foin, journaliste fouille-merde, personne n’est épargné et on rit souvent. Le seul problème est que, contrairement aux autres films du réalisateur, « HOLLYWOOD ENDING » à presque deux heures, est infiniment trop long. Une fois que le sujet est mis sur ses rails, cela n’avance plus, on ne fait qu’attendre passivement que la supercherie éclate au grand jour. Dommage, car c’est truffé de répliques hilarantes, de piques cruelles envers Hollywood, mais aussi envers le public européen : le film complètement raté signé par Woody pendant sa cécité, cartonne en France (sous-entendu le seul pays où on est susceptible de porter aux nues une pareille horreur !) et il part s’installer là-bas coiffé d’un béret basque ! C’est drôle et méchant.

Le film fait encore partie de cette période de l’auteur qu’on aime, même s’il s’agit d’une réussite mineure et qui aurait vraiment mérité d’être resserrée. Il n’y a pas réellement d’alchimie entre lui et Téa Leoni, mais Mark Rydell est excellent en imprésario fidèle et Debra Messing pétillante en très mauvaise actrice. À voir donc, sans trop en attendre.

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WOODY ALLEN ET MARK RYDELL

 
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Publié par le 7 février 2019 dans COMÉDIES, LES FILMS DE WOODY ALLEN

 

« COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL » (1999)

La comédie romantique british avec Hugh Grant en vedette était pratiquement devenue un genre en soi pendant les années 90. Le personnage immuable de ce joli garçon lunaire, timide et maladroit plaisait aux femmes, faisait sourire les hommes. « COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL » de Roger Michell est un des films les plus représentatifs de cette mouvance « grantienne ».HILL.jpg

Ici, l’ami Hugh est un petit libraire londonien sans le sou qui croise la route d’une grande star hollywoodienne (Julia Roberts) en tournage en Angleterre et… c’est love at first sight. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas un scénario ancré dans une quelconque réalité, mais un conte de fées invraisemblable de la première à la dernière image. Il faut deux heures de valse-hésitation, de voltefaces, de ruptures et de retrouvailles pour que les deux tourtereaux se reconquièrent enfin, se marient et aient beaucoup d’enfants, comme le laisse supposer le dernier plan. Que se passe-t-il d’autre pendant deux heures ? Pas grand-chose, en fait. Mais on s’amuse toujours des tics de jeu de Grant (il abaisse la mâchoire inférieure, jette un coup d’œil de côté et dit : « Right »), de son humour en autodérision. Il aide à supporter le jeu appliqué et mécanique de Roberts, égale à elle-même, clairement « trop belle pour être vraie », et qui n’est crédible que lorsqu’elle devient odieuse. Tous les seconds rôles sont savoureux et très bien écrits, ce qui donne un bel arrière-plan : Rhys Ifans avec son slip-kangourou infâme en coloc embarrassant, Gina McKee en copine en fauteuil roulant, un tout jeune Hugh Bonneville (oui, le patriarche de « DOWNTON ABBEY » a été jeune !), Emily Mortimer dans un tout petit rôle et Alec Baldwin dans un bref caméo de yankee indélicat.

« NOTTING HILL », c’est de la soupe, mais de la soupe goûteuse et très digeste (ce qui n’est pas si courant pour de la cuisine anglaise), qu’on déguste en écoutant de la bonne musique, sans se fatiguer les méninges et qu’on peut revoir régulièrement puisque c’est le genre de produit qu’on oublie très vite.

 
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Publié par le 4 février 2019 dans CINÉMA ANGLAIS, COMÉDIES

 

« ZELIG » (1983)

« ZELIG » est le second film de l’ère « Mia Farrow » de la filmographie de Woody Allen et on sent le bonheur émanant de cette relation, une sincère joie-de-vivre, qui donnent du cœur à ce curieux projet : un faux documentaire situé dans les années 20 et 30, sur un homme-caméléon (fictif) devenu un phénomène de société et un cas psychiatrique extraordinaire.ZELIG

Leonard Zelig (Allen) n’a pas de personnalité propre et « devient » littéralement tous ceux qui l’approchent pour mieux s’intégrer, pour être aimé. Il se modifie physiquement, mentalement. Son cas passionne une jeune psychiatre (Farrow) qui s’efforce de le guérir et tombe amoureuse de lui pendant les séances. C’est très mignon et naïf, heureusement épicé par l’humour sarcastique et iconoclaste de l’auteur (le juif Zelig finit tout de même dans les rangs des nazis à Berlin et cotoie Hitler !)  et surtout par la prouesse technique accomplie par Gordon Willis et son hallucinant travail sur la pellicule et la photo. Tous les plans sont censés être des films d’amateur, des images d’actualité, des « home movies », raccordés à de véritables images d’époque. Il faut se rappeler qu’en 1983, les CGI et autres palettes graphiques n’existaient pas et qu’on ne peut qu’admirer le fabuleux travail de fourmi du chef-opérateur et du monteur qui font 90% de l’intérêt du film. Car le scénario, en dépit de son originalité, tient difficilement la distance malgré sa maigre durée et que, une fois le concept assimilé, il fait du sur-place et s’avère un peu ennuyeux. Mais Mia Farrow est vraiment charmante et Woody lui-même s’amuse visiblement à se métamorphoser à chaque séquence. « ZELIG » est plus un amusant intermède qu’un grand film, mais il se laisse voir avec curiosité. Mais franchement, une durée de court-métrage aurait amplement suffi !

Au fait… peut-on voir dans le sujet de « ZELIG » une réflexion sur la carrière de Woody Allen qui a imité les Marx Brothers, puis Tchekov, Ingmar Bergman ou Federico Fellini, avant de trouver son style propre ?

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WOODY ALLEN ET MIA FARROW