RSS

Archives de Catégorie: COMÉDIES

« DEMOLITION MAN » (1993)

DEMOLITION.jpgSylvester Stallone traînant à cette époque derrière lui son image de Rambo et Cobra, il n’est pas compliqué d’imaginer ce que cela donnerait de le cryogéniser puis de le réveiller dans un monde à la « 1984 » de George Orwell, à la poursuite d’un criminel qu’il affronta déjà en son temps.

Bonne idée donc, pour ce « DEMOLITION MAN » de Marco Brambilla, mêlant thriller pétaradant et science-fiction « à message ». Esthétiquement, on oscille entre une série télé des sixties et « TOTAL RECALL » (notons au passage un hilarant clin d’œil à Schwarzenegger) et le scénario aurait sans doute mérité d’être un peu plus sophistiqué. Mais le film est (presque) sauvé par son humour iconoclaste, par un Stallone en mode autodérision et des scènes d’action excessives et décomplexées. En ex-flic parachuté dans le futur, Stallone laisse rapidement tomber les problèmes générés par sa situation (mort de sa femme, fille qu’il n’a jamais vue, vite évacuées et oubliées) pour se concentrer sur l’action pure et les « one liners » à la chaîne. Il forme de plus un excellent tandem avec Sandra Bullock jouant une fliquette nostalgique du monde d’avant, de sa violence, et pratiquant le sexe virtuel au grand dam de son coéquipier. Autour d’eux, de bons acteurs comme Denis Leary en rebelle, Bob Gunton ou Nigel Hawthorne en Big Brother. Et de beaucoup moins bons hélas, comme Wesley Snipes totalement insupportable en bad guy clownesque en salopette, qui ferait passer le Joker de Nicholson pour un modèle de retenue et de sobriété bressoniennes. Il gâche une bonne partie du plaisir (coupable) que parvient épisodiquement à créer « DEMOLITION MAN ». N’y avait-il personne pour le freiner un peu ? Ou le réalisateur a-t-il réellement apprécié sa « performance » ?

À voir éventuellement donc, pour ses traits d’humour, quelques idées de décors, ses échanges drolatiques, mais sans trop en attendre. Le film fait partie de ces années, déjà lointaines, où deux ou trois M. Muscles tournaient à peu près n’importe quoi et explosaient systématiquement le box-office.

DEMOLITION2

SYLVESTER STALLONE, WESLEY SNIPES ET SANDRA BULLOCK

Publicités
 

« CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » (1939)

Difficile de trouver plus désuet, poussiéreux que « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » de Jean Boyer. Et pourtant, par la grâce de son casting et d’un dialogue cocasse en vieil argot, on parvient à y trouver un certain plaisir et même à se surprendre à sourire à des traits d’humour antédiluviens.CIRCONSTANCES

Michel Simon – qui, comme souvent, tient un rôle bien plus âgé qu’il n’était réellement – est un procureur psychorigide à la retraite, qui se retrouve avec sa femme acariâtre (Suzanne Dantès) dans une auberge qui est un repaire de voyous. À force de malentendus et de « p’tits coups de beaujolais », il va se retrouver à la tête du gang et s’efforcer de les réformer. C’est naïf, gentiment moralisateur, parfois coquin, mais le pittoresque des acteurs emporte le morceau. Simon surtout, est formidable en vieux magistrat pointilleux qui se décoince peu à peu. Il faut l’avoir entendu chanter « Comme de bien entendu » de sa voix chevrotante ! Autour de lui, Arletty bizarrement figée par moments, tient son emploi emblématique de prostituée gouailleuse mais bonne fille. Elle s’appelle « Marie Qu’a-d’ça » parce qu’elle n’est pas bête ! Et puis, il y a aussi l’incroyable trogne de Dorville en patron de bistrot râleur, Andrex en gouape à casquette au charme canaille. Et sous le pseudo de « Michel François », on reconnaît François Simon, fils de Michel. Il incarne « la poupée » membre homosexuel du gang, qui d’ailleurs sera lui aussi « réformé », puisqu’il finira le film marié et père de famille ! Ce qui en dit long sur les mentalités de l’époque sur le sujet.

Théâtral, parfois bâclé, pas toujours très subtil, « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » n’en demeure pas moins une pièce de musée sympathique et amusante, à voir principalement pour le numéro de Michel Simon, toujours aussi savoureux.

 

« L’AMOUR POURSUITE » (1990)

LARGE.jpegDans les années 80, Alan Rudolph avait signé deux films assez curieux, envoûtants comme des impros de jazz : « CHOOSE ME » et « WANDA’S CAFÉ ». « L’AMOUR POURSUITE » endosse à peu près les mêmes défauts (lenteur, absence de structure dramatique, stylisation excessive) mais sans une once du charme de ses prédécesseurs

C’est un mélange peu harmonieux de film de privé des forties et d’hommage à la mode eighties. Un scénario flasque, qui démarre sur un malentendu (notre héros bien ringard commence sa filature en se trompant d’individu) et s’enlise dans une vague histoire de bigamie totalement inintéressante, et de « privée » collant aux basques de notre enquêteur. Oui, c’est aussi consternant que ça en a l’air ! Tom Berenger n’a jamais été doué pour la comédie et ça se confirme ici. Adoptant une « grosse voix » ridicule, une coiffure gominée, alignant les grimaces et les airs ahuris, il est mauvais comme un cochon, aussi mal casté que mal dirigé. Les actrices sont belles, mais pas très gâtées non plus : Anne Archer frise le carton rouge en femme fatale à l’œil trouble, Annette O’Toole et Kate Capshaw font ce qu’elles peuvent de personnages ineptes à peine silhouettés. Seule s’en sort – mais en étant très indulgent – Elizabeth Perkins en détective au cœur d’artichaut. On aperçoit aussi Ted Levine et même Neil Young (sic !) qui ne relèvent pas le niveau.

On sent par instants ce qu’a voulu accomplir Rudolph, un peu ce qu’avait mieux réussi Peter Bogdnovich dans certains de ses films : un polar ultra-cool, non-violent, plein de charme et de romance. « L’AMOUR POURSUITE » en est bien loin, hélas ! C’est un spectacle inerte, amorphe, ennuyeux à mourir au bout de seulement dix minutes et qui ne fait que s’aggraver ensuite. À éviter donc.

LARGE2 copie

ANNE ARCHER, TOM BERENGER, TED LEVINE ET ELIZABETH PERKINS

 

« ST. VINCENT » (2014)

Écrit et réalisé par Theodore Melfi, « ST. VINCENT » est un « feel good movie » comme on en a beaucoup vu, sauvé de la banalité par un casting de première classe parfaitement dirigé et par le choix d’un petit garçon (Jaeden Martell) talentueux et au jeu subtil.ST.jpg

L’histoire est simple : c’est celle d’une infirmière (Melissa McCarthy) qui s’installe avec son fils près de la maison d’un viet-vet alcoolique (Bill Murray). Celui-ci va peu à peu se prendre d’affection pour l’enfant et lui servir de baby-sitter et de père de substitution. Rien de bien révolutionnaire là-dedans et le scénario n’évite d’ailleurs aucun cliché, ne réserve aucune surprise et se vautre même sur la fin dans le mélo lacrymal le plus complaisant. Mais pourtant… pourtant… « ST. VINCENT » est une heureuse surprise et s’avère un petit film charmant, au dialogue souvent acéré et débordant d’humanité. Dans un rôle de misanthrope ronchon, insalubre mais cachant un cœur d’or, le genre de rôle jadis dévolu à Jack Nicholson, Murray est formidable. Il a même rarement été meilleur à bien y réfléchir. Les scènes où il rend visite à sa femme atteinte d’Alzheimer à la maison de retraite révèlent une facette totalement inconnue de sa personnalité. Ses scènes avec le petit Martell sont succulentes. Surprise aussi de découvrir McCarthy aussi sobre, humaine et touchante, de voir une Naomi Watts méconnaissable en prostituée russe enceinte jusqu’aux yeux. Tout ce beau monde semble se délecter à jouer des personnages aussi chargés émotionnellement et font de ce « petit film » un plaisir authentique, à peine tempéré par sa scène finale au collège, avec cette remise de médailles qui pousse tout de même un peu loin le bouchon de l’optimisme béat (la scène aurait été tellement plus émouvante si Vincent avait été mort à ce moment-là !). À part cette petite réticence, à voir absolument.

 
1 commentaire

Publié par le 3 juillet 2019 dans COMÉDIES, DRAMES PSYCHOLOGIQUES

 

« 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT » (1994)

4 WZDDS2

LES COPAINS D’ABORD…

« 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT » de Mike Newell fait partie de cette espèce rarissime : le film quasi-parfait dans le créneau qu’il s’est choisi. En l’occurrence, la comédie sentimentale, le film choral.4 WEDD.jpg

Le scénario extrêmement bien construit, qui parvient à faire exister des dizaines de personnages simultanément dans une durée raisonnable, suit un groupe d’amis trentenaires, uniquement à travers des cérémonies de mariages, jusqu’au décès de l’un d’eux. Ce petit monde gravite autour de Hugh Grant, charmant séducteur immature, encore un pied dans l’adolescence, incapable du moindre engagement. Sa relation avec la « femme idéale », l’américaine Andie MacDowell passera par quelques hauts et beaucoup de bas, avant d’arriver à sa conclusion. Tout cela est léger, toujours drôle, cruellement observé mais avec un fond de tendresse, il n’y a pas un temps mort, et chaque second rôle a son moment savoureux à défendre. On pense à ce vieillard colérique et à moitié gâteux (Kenneth Griffith), dont chaque apparition, aussi brève soit-elle, est un régal. Grant n’a jamais été meilleur, aussi parfaitement distribué, ses mimiques et tics de langages (« Right ! ») font plaisir à voir. MacDowell est charmante sans être mièvre, Kristin Scott Thomas se sort à merveille d’un rôle ingrat, John Hannah est remarquable de finesse et Rowan Atkinson apparaît en prêtre débutant dans une séquence hilarante.

« 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT » est tellement riche et foisonnant, qu’il nécessite plusieurs visions. On y trouve toujours une réplique, un arrière-plan, ou une silhouette qu’on n’avait jamais remarqués auparavant. C’est un « feel good movie » qui nous épargne les clichés, les facilités inhérentes à ce genre de cinéma, pour offrir un beau moment de détente. Il a déjà 25 ans et, hormis peut-être « LOVE ACTUALLY » (encore avec Hugh Grant), il n’a pas été surpassé.

4 WEDDS3 copie

ANDIE MacDOWELL, HUGH GRANT, JOHN HANNAH ET KRISTIN SCOTT THOMAS

 
6 Commentaires

Publié par le 30 juin 2019 dans CINÉMA ANGLAIS, COMÉDIES

 

« GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD » (2018)

Réalisé en solo par Peter, un des frères Farelly, écrit par le fils d’un des protagonistes, « GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD », situé en 1962, raconte l’improbable amitié entre un chauffeur « rital » inculte et raciste et son client, un célèbre pianiste noir qui a décidé de faire une tournée dans le Sud profond, avec ce que cela comporte de risques.5245ENT_GreenBook-Poster-ComingSoon_Blauw_700x1000.indd

On pense bien sûr immédiatement à un avatar de « MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR » inversé, mais le scénario vaut mieux que cela. Oui, c’est fondamentalement un « feel good movie » et on prend un plaisir simple à voir évoluer la relation entre l’artiste snob, solitaire et déconnecté du réel et le « tough guy » aux manières de voyou à qui on ne la fait pas. Mais c’est extrêmement bien dialogué, parfaitement rythmé, les situations auxquelles sont confrontées les deux hommes sont toujours intéressantes et dramatiquement fortes. Mais outre une mise-en-scène classique et une reconstitution d’époque impeccable, ce qui séduit dans « GREEN BOOK », c’est l’extraordinaire qualité des deux vedettes : Viggo Mortensen, épaissi, qui adopte un accent du Bronx irréprochable, et donne une belle humanité à ce personnage apparemment tout d’un bloc, qu’on voit changer et évoluer à vue d’œil au cours de ce long voyage de deux mois en voiture. Et puis Mahershala Ali, tellement bon, qu’on ne sent même pas la composition. Chacune de leurs engueulades, le moindre moment de complicité sont un véritable régal et la fin, peut-être trop idyllique, est tout de même bien réconfortante. Linda Cardellini est, comme toujours, très charmante dans son rôle plus effacé d’épouse italienne chaleureuse et intuitive.

À voir donc, ce « GREEN BOOK », road movie prônant la tolérance et fustigeant le racisme ordinaire sans jamais se montrer trop démonstratif. Un cinéma un peu conventionnel certes, mais très agréable.

 

« IL MAESTRO DI VIGEVANO » (1963)

MEASTRODécouvrir au même générique Elio Petri, les scénaristes Age & Scarpelli, Alberto Sordi et Nino Rota, sans oublier la bellissime – mais non-italienne – Claire Bloom, ferait frémir de bonheur n’importe quel amateur de cinéma transalpin. « IL MAESTRO DI VIGEVANO », troisième film de Petri, est une fable féroce qui aurait pu s’inventer le titre « tragédie d’un homme ridicule » avec quelques années d’avance.

Sordi est un petit instituteur fauché et avaricieux, un médiocre personnage servile et couard, marié à une femme « trop belle pour lui » et père d’un fils pas vraiment surdoué. Il se cache derrière de grands mots comme probité et surtout dignité pour justifier son étroitesse d’esprit, son manque d’initiative. Aussi, quand sa femme, lasse de vivre comme une pauvresse, décide de prendre les choses en main, d’aller travailler en usine, puis d’ouvrir sa propre fabrique de chaussures, le monde s’écroule-t-il sous les pieds d’Albertone.

Sous ses dehors de comédie satirique, accentué par le jeu constamment outré de Sordi, qui ne semble pas très fermement dirigé, le film est plutôt ambigu quant à son discours sur la place de la femme dans la société, mais pose un œil froid et sans charité sur celle de l’homme. Tout ou presque repose sur la présence de Sordi en roue-libre, roulant des yeux, poussant des petits cris effarouchés. Même si on l’a souvent vu plus drôle, il a tout de même de bons moments et parvient à donner vie à ce triste sire englué dans sa bêtise. Quelques scènes « oniriques » sont catastrophiques (les délires de Sordi pendant sa colique, beaucoup trop longs et d’une lourdeur terrible), mais ce portrait d’un « honnête homme » est cruel et lucide et c’est un des films où Claire Bloom est la plus belle. Alors…