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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« LES GALETTES DE PONT-AVEN » (1975)

AVENÉtonnant film que « LES GALETTES DE PONT-AVEN », entre comédie et film d’auteur ! Il démarre comme un road movie égrillard sur la vie lugubre d’un VRP en parapluies circulant dans la province française. À la suite d’une panne en Bretagne, on le voit ensuite s’émanciper, briser ses chaînes pour une belle Canadienne et sombrer finalement dans l’alcool et la déchéance quand elle le quitte.

Joël Séria offre à Jean-Pierre Marielle le rôle de sa vie, un personnage qui le résume et le dépasse, sans jamais céder à la caricature. Son ‘Henri Serin’ frustré et mal dans sa peau se prendra un moment pour Gauguin, mais il finira par admettre qu’il n’en a pas le génie et trouvera le bonheur comme serveur de crêperie auprès d’une gentille jeune fille affectueuse (Jeanne Goupil). Le scénario, qui semble improvisé au fil de la plume, lui fait croiser des individus pittoresques et bizarres comme le toujours extraordinaire Claude Piéplu en bigot vivant avec son inquiétante sœur vieille fille, Bernard Fresson en peintre voyeur et particulièrement malsain (l’acteur est remarquable, comme d’habitude) ou – dans une séquence d’anthologie, Dominique Lavanant en prostituée en tenue bigoudène typique, s’exprimant en patois. Quelques minutes qui valent à elles seules qu’on voie le film.

Le ton est alerte, le dialogue grivois, les femmes sont systématiquement dénudées, mais le film n’est jamais vulgaire. Il y plane une espèce de poésie libertaire, une envie d’aventure touchante et une certaine générosité derrière le sarcasme. Marielle est pour beaucoup dans le plaisir qu’on prend au visionnage, affinant son numéro habituel de matamore grandiloquent lors de vrais moments de désespoir. Son parcours incertain finit par le rendre extrêmement attachant et il aide à faire passer la singulière petite musique de l’auteur.

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JEAN-PIERRE MARIELLE, BERNARD FRESSON ET DOMINIQUE LAVANANT

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« BAYWATCH : ALERTE À MALIBU » (2017)

« BAYWATCH : ALERTE À MALIBU » réalisé par Seth Gordon, est une sorte de pastiche de la série à succès diffusée entre 1989 et 2001, et narrant les très improbables aventures d’une équipe de sauveteurs et de maîtres-nageurs sur une plage californienne. Pour ceux qui ne l’auraient jamais vue, rappelons que c’était le show favori de Joey et Chandler dans « FRIENDS » !BAYWATCH

Tout aussi crétin que son modèle télévisé, le film adopte d’emblée un ton décalé et un second degré qui constituent l’unique raison de le regarder. L’humour est irrévérencieux, très « caca-prout » et primaire, mais en constante dérision et surtout en autodérision. Les personnages n’arrêtent pas de critiquer les fondamentaux du concept où ils évoluent : l’absurdité de ces mâles musculeux en lycra et de ces filles aux silhouettes de top-models pour soutien-gorge, transformés en justiciers des plages et en sous-flics résolvant des crimes. Le scénario est tellement inepte que les deux heures semblent en durer beaucoup plus. Mais force est de reconnaître qu’on sourit parfois, qu’on éclate même de rire à plusieurs reprises et que l’environnement visuel n’a rien de désagréable. Bien sûr, on pourra grincer des dents devant la place que prend le « geek de service » (qui se présente d’ailleurs ainsi), campé par le pénible Jon Bass, bien sûr il y a d’énormes baisses de régime où le scénario fait du sur-place, mais l’ambiance est festive, la mer est belle et les clins d’œil abondent. Ainsi, les apparitions-éclair de David Hasselhoff et Pamela Anderson, stars de la vieille série, sont-elles aussi amusantes que légèrement pathétiques.

Dwayne Johnson, de plus en plus à l’aise et souriant, est un ‘Mitch’ idéal face à Zac Efron, avec son air benêt et ses pectoraux tétanisés. Alexandra Daddario (qui jouait la fille du Rock dans « SAN ANDREAS ») est pétillante, Kelly Rohrbach reprend le rôle de Miss Anderson, ralentis inclus.

À condition d’être de bon poil et enclin à l’indulgence, on pourra se laisser aller et sourire à l’humour pachydermique de cette comédie délibérément débile qui n’a pour principale qualité que de respirer la joie de vivre, le je-m’en-foutisme et les vacances.

 

« HUIT ET DEMI » (1963)

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MARCELLO MASTROIANNI

« Je n’ai plus rien à dire, mais je tiens tout de même à le dire », déclare le réalisateur Marcello Mastroianni dans un éclair de lucidité, en pleine préparation de son nouveau film qu’il rechigne à démarrer.OTTO2

Véritable intrusion dans le cerveau d’un créateur à l’inspiration tarie, pollué par son passé, « HUIT ET DEMI » est une œuvre vertigineuse, aussi émouvante que grotesque, qui n’épargne rien ni personne, pas même le protagoniste, frère jumeau de Federico Fellini. Alors qu’il n’a « rien à dire », celui-ci au lieu de se taire fait de ses états d’âme le sujet-même de son film. La mise en abyme est extraordinaire, d’une complexité inouïe. En pleine crise existentielle, ‘Guido’ ne distingue plus la réalité de ses fantasmes, ni de ses bribes de souvenirs. Il est traqué par ses fantômes, hanté par ses mensonges, ses impostures. Un personnage magnifique, dans lequel Mastroianni dans un de ses plus beaux rôles, déploie toute sa classe dévoyée et lasse. Autour de lui, des femmes, rien que des femmes : son épouse amère, humiliée (Anouk Aimée), sa maîtresse dodue et vulgaire (Sandra Milo, formidable), une starlette anglaise (Barbara Steele) et une vedette souriante et solaire (Claudia Cardinale) qui n’existe probablement que dans son imagination.

C’est un film fascinant, kaléidoscopique, épuisant, sur l’impuissance et la folie du monde du show business. Certaines scènes s’impriment à jamais dans la mémoire, comme la samba de la grosse Eddra Gale sur la plage, la rêverie puérile du harem ou le cocktail final qui s’achève – et ce n’est que justice – en un grand numéro de cirque. La BO sublime de Nino Rota laissait courir l’analogie depuis les premières images.

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ANOUK AIMÉE ET CLAUDIA CARDINALE

On ne raconte pas « HUIT ET DEMI » et on n’a nul besoin de l’analyser, comme le démontre l’insupportable personnage du critique français qui suit Guido partout et étouffe ce qui lui restait d’inspiration, tel un affreux Jiminy Cricket castrateur. C’est une œuvre parfaite, folle et angoissante comme un rêve dont on n’arrive pas à ressortir. Un des sommets de la carrière de Fellini.

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BARBARA STEELE

 

« T2 TRAINSPOTTING » (2017)

Si pendant la première demi-heure, on comprend mal la nécessité d’une telle sequel tardive, « T2 TRAINSPOTTING » prend progressivement de l’étoffe et Danny Boyle laisse s’infiltrer une authentique émotion, une réflexion sur la vie qui passe, les amitiés dévoyées, les fantômes du passé qu’il faut éliminer et les décisions à prendre avant qu’il ne soit trop tard.T2

On retrouve avec un grand bonheur les protagonistes survivants du film de 1996, même si eux n’ont pas trouvé le leur : Ewan McGregor qui revient au pays après un exil hollandais qui s’est soldé par un divorce, Jonny Lee Miller devenu un maître-chanteur sordide, Ewen Bremner toujours junkie et Robert Carlyle qui a passé deux décennies en prison et vient de s’évader, se muant en une sorte de terminator bedonnant revenu hanter ses anciens amis.

Bien sûr, le film prend tout son sens quand il est visionné dans la continuité du premier. Les comédiens ont vieilli, l’énergie de leur jeunesse s’est tarie, ils sont aujourd’hui tristes et pathétiques. Mais au fur et à mesure, l’espoir renaît : les amitiés refleurissent, le plus ‘loser’ de tous, Bremner avec sa bille de clown s’est mis à écrire ses mémoires (dont on devine qu’elles vont s’intituler « TRAINSPOTTING », évidemment) et les personnages plus jeunes, comme cette prostituée bulgare – excellente Anjela Nedyalkova – semblent plus intelligents que leurs aînés, plus solides.

C’est avec la gorge serrée qu’on parvient au terme de ces deux heures cathartiques, dans la chambre d’ado de McGregor qui remet sur sa platine le vieux 33-tours de ses folles années.

Plutôt qu’une suite, on voit en fait une boucle se boucler. Et ce que le film perd en dinguerie nihiliste, il le gagne en maturité et en générosité. Après tout, les pires losers d’Edinbourg ne s’en sont pas trop mal sortis…

 

« TRAINSPOTTING » (1996)

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IRVINE WELSH, ROBERT CARLYLE, JONNY LEE MILLER ET EWEN BREMNER

Adapté du best-seller d’Irvine Welsh, « TRAINSPOTTING » est un panorama à la fois impressionniste et ultra-réaliste de la sordide existence d’une bande de jeunes junkies écossais à Edinbourg. Tournant le dos au ‘docudrama’, Danny Boyle imprime à son film un rythme frénétique, un humour décalé, quasi-burlesque par moments, porté par une voix « off » désenchantée.TRAIN2

Ce pourrait être fastidieux, voire écœurant, et c’est tout le contraire. On finit par s’identifier à Ewan McGregor, qui cherche mollement à s’en sortir, rechute sans arrêt, le seul du gang d’addicts à avoir une intelligence à peu près normale et le vague espoir d’une vie meilleure. Le film ne se prive d’aucun gag scatologique, il multiplie les morceaux de bravoure visuels (la plongée quasi-poétique dans une cuvette de WC répugnante ou le sevrage « à la dure » de McGregor chez ses parents) et parvient à créer une sorte d’euphorie dans un environnement déprimant. McGregor trouve un des rôles de sa vie, très bien entouré par un cast idéal : Robert Carlyle en psychopathe incontrôlable, Ewen Bremner hilarant en grand couillon constamment « déchiré », Kelly Macdonald en lycéenne délurée ou Peter Mullan en dealer insalubre.

La grande force de « TRAINSPOTTING » est de ne pas juger ses personnages, mais de faire pénétrer dans leur univers avec un mélange de légèreté et d’extrême dureté (le destin du bébé). Au terme de cette mosaïque absurde, on ressort dérouté, divisé, mais probablement plus renseigné sur ce qui pousse ces jeunes gens à se détruire dans des taudis misérables.

À noter que l’auteur du roman apparaît dans un rôle secondaire de trafiquant particulièrement minable pourvoyeur de suppositoires et qu’un des copains (Jonny Lee Miller) passe une bonne partie de ses scènes à vanter les mérites du héros national écossais : Sean Connery !

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EWAN McGREGOR, PETER MULLAN ET ROBERT CARLYLE

 

« LE RETOUR DE DON CAMILLO » (1953)

RETOUR CAMILLOProduit un an après le premier film par la même équipe, « LE RETOUR DE DON CAMILLO » en est une parfaite continuation et Julien Duvivier retrouve l’irascible curé Fernandel là où il l’avait laissé : dans le train de l’exil. Son arrivée dans le village de montagne « derrière les nuages » a presque des allures d’allégorie fantastique.

C’est avec un plaisir pépère qu’on assiste aux retrouvailles tonitruantes de Camillo et Peppone (Gino Cervi), à leurs engueulades homériques, à leur vieille amitié étonnamment touchante quand elle transparaît dans des demi-sourires ou des aveux bourrus. Alors qu’une terrible inondation menace le village et les environs, le scénario s’attarde sur la relation entre Fernandel, toujours bien dirigé (même s’il s’octroie quelques dérapages cabotins) et le petit ‘Beppo’ l’aîné rebelle du maire. La longue séquence de leur école buissonnière où ils apprennent à s’apprécier est vraiment émouvante. Dans un cast homogène, on reconnaît Paolo Stoppa en fasciste déguisé en Indien (sic !) et obligé par les deux compères à boire de l’huile de ricin.

Ce retour est donc sympathique et au moins aussi réussi dans son créneau que le n°1. Les paysages sont très bien filmés dans un noir & blanc réaliste et même assez âpre dû à Anchise Brizzi et malgré la volonté de drôlerie à tout prix, il filtre tout de même çà et là des nuances de noirceur et de misanthropie où on retrouve la verve habituelle de Duvivier.

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FERNANDEL, GINO CERVI ET PAOLO STOPPA

À partir du film suivant de la saga – qui en compte cinq – la réalisation passera entre des mains purement italiennes.

 

« VERY BAD COPS » (2010)

OGUY_INTL_1SHT_LK2_4Il y a une très bonne idée dans « VERY BAD COPS » (bravo pour l’opportuniste et désolant titre français !), c’est son début, une course-poursuite dans New York présentant un tandem de superflics : Samuel L. Jackson qui jacksonise à fond et Dwayne Johnson en armoire à glace playboy. Deux stars des médias adulées des foules et qui disparaissent brutalement au bout de quelques minutes dans un stupéfiant clin d’œil à « L’ARME FATALE » ou « DIE HARD ». Ensuite, le vrai film démarre. Ils sont remplacés par deux collègues médiocres : Mark Wahlberg, nabot soupe-au-lait et intellectuellement limité et Will Ferrell, grand dadais marié à la bombe Eva Mendes, qu’il traite de laideron.

Si le scénario est d’une absolue banalité, c’est le ton du film qui surprend et déconcerte. C’est un pastiche de ‘buddy movie’ à l’humour décalé, pince-sans-rire, parfois surréaliste, qui tient dans l’attitude des protagonistes, leur bêtise. De vrais descendants de l’inspecteur Clouseau ou du lieutenant Drebin. Si le jeu systématique de Ferrell fatigue vite, Wahlberg surprend agréablement dans ce rôle d’idiot mal embouché sidéré par le succès de son coéquipier auprès des plus belles femmes.

On sourit de temps en temps à de bonnes répliques, on s’ennuie pas mal aussi. Mais le casting maintient éveillé : Michael Keaton en commissaire travaillant à mi-temps comme chef de rayon dans un Bricorama, Ray Stevenson en porte-flingue australien. On aperçoit même Rosie Perez et Brooke Shield dans des caméos, sans oublier la voix « off » inimitable de Ice-T.

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MARK WAHLBERG, WILL FERRELL, RAY STEVENSON, SAMUEL L. JACKSON ET DWAYNE JOHNSON

Que dire ? C’est la raison d’être du projet qui laisse perplexe. Entre blockbuster et pastiche iconoclaste, il peine à se situer et son écriture au second voire troisième degré peut rebuter. Mais il y règne une bonne énergie et les premières minutes valent largement le déplacement, particulièrement le saut « dans les fourrés » de Jackson et Johnson. Un grand moment de n’importe quoi !