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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« LA MOMIE » (1999)

MOMIE2Quelle joyeuse idée que de télescoper les univers des vieux films d’horreur Universal avec les codes plus récents des aventures d’Indiana Jones ! Auteur et réalisateur, Stephen Sommers entraîne, dès les premières images, dans un monde rétro et bariolé de BD, impose d’emblée un rythme infernal et trouve instantanément le ton adéquat.

Au cœur de l’Égypte rêvée et romanesque des années 30, « LA MOMIE » nage allègrement dans un second degré permanent, ce qui n’empêche pas les séquences d’action et de terreur d’être tout à fait efficaces et les F/X de servir l’histoire au lieu de la désintégrer comme ce sera trop souvent le cas dans le cinéma U.S. des années suivantes. On frissonne et on sourit donc sans arrière-pensée, car tout cela est conçu avec goût et enthousiasme. À peine pourra-t-on regretter que Kevin O’Connor cède au gros comique dans son rôle de traître hongrois geignard et immonde qui prend une place démesurée dans le scénario.

Brendan Fraser est un parfait héros de serial, audacieux mais pas bien malin. Rachel Weisz n’a jamais été aussi séduisante qu’en bibliothécaire entêtée et gaffeuse. Arnold Vosloo est un ‘Imhotep’ imposant et John Hannah est un brin irritant à la longue en faire-valoir comique et frère/boulet de l’héroïne.

Pas une seconde d’ennui dans ces deux heures copieuses et bourrées jusqu’à la gueule de poursuites, de batailles sanglantes et de tempêtes de sable. On régresse clairement en enfance, mais ça n’a rien de désagréable, d’autant que tout le monde semble avoir pris un vrai plaisir à ressusciter ce cinéma de pure distraction.

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BRENDAN FRASER, RACHEL WEISZ ET ARNOLD VOSLOO

À noter que cette « MOMIE » connaîtra deux sequels : la première deux ans plus tard, avec la même équipe et la seconde sept ans après, dirigée par Rob Cohen où Maria Bello remplacera Rachel Weisz.

 

« SELF CONTROL » (2003)

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JACK NICHOLSON

« SELF CONTROL » commence de façon très laborieuse, prend un temps infini à mettre en place son postulat, à présenter les personnages, à démarrer la machine burlesque. On pourrait se décourager, mais on aurait bien tort ! Non pas que le film de Peter Segal devienne progressivement un chef-d’œuvre, mais on se surprend à sourire, puis à rire, puis à exploser de rire, comme dans la séquence du monastère bouddhiste avec John C. Reilly totalement surréaliste ou celle dans la voiture où les deux protagonistes chantent « I’m so pretty ».ANGER2

L’idée est simple : un garçon timide et complexé (Adam Sandler) se voit obligé à la suite d’un quiproquo, de suivre une thérapie pour gérer ses colères, avec un psy excentrique (Jack Nicholson) qui va lui coller aux basques, jusqu’à le rendre fou. L’invraisemblance totale du sujet est (un peu) rattrapée par un sympathique ‘twist’ final qui remet les pendules à l’heure.

Sandler est plutôt plus supportable que d’habitude dans son rôle de victime-née, mais il est bien sûr oblitéré par Nicholson, à qui on a visiblement demandé de « nicholsoniser » à donf, dans ce rôle de manipulateur allumé et tête-à-claques. Même s’il dérape souvent dans le n’importe quoi, il a de grands moments comiques et s’éclate de façon communicative. L’autre bonheur du film, ce sont les vedettes venues jouer les « guest stars » dans des petites apparitions hilarantes : Luis Guzmán en « folle perdue », John Turturro en fou furieux paranoïaque, Woody Harrelson en travesti à l’accent allemand, Harry Dean Stanton en aveugle combatif, January Jones en porn star lesbienne, etc. C’est un défilé parfaitement orchestré. Sans oublier la toujours charmante Marisa Tomei un peu sous-employée. À noter également le bref mais savoureux caméo de John McEnroe…

Il faut donc voir « SELF CONTROL » sans rien à attendre de génial, mais en se tenant prêt pour quelques éclats de rire irrépressibles et salutaires.

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MARISA TOMEI, JACK NICHOLSON, ADAM SANDLER ET WOODY HARRELSON

 

« AGENTS PRESQUE SECRETS » (2016)

Si l’adjectif « chouette » n’était pas si désuet, c’est ainsi qu’on aimerait définir « AGENTS PRESQUE SECRETS » (encore un titre français bien nul !) : un chouette film.CENTRAL

Dans la grande tradition du ‘buddy movie’ à la Walter Hill des années 80, c’est un cocktail étonnamment harmonieux de film d’action survitaminé, de comédie débridée mâtinée d’une certaine profondeur psychologique qu’on ne s’attend pas à trouver dans un film pareil doté d’un casting pareil.

Si on a du mal à s’habituer au début au comique Kevin Hart, comédien excessif et strident à la Will Smith ou Chris Rock, il finit par emporter l’adhésion dès qu’il se confronte à Dwayne Johnson. Celui-ci est positivement extraordinaire dans un personnage inattendu d’ancien obèse souffre-douleur (le prologue du film au lycée est à la fois drôle et traumatisant), devenu un super espion de la CIA, toujours hanté par ses complexes de jeunesse. À la fois naïf et inquiétant, débonnaire et dangereux, Johnson fait preuve d’un humour, d’une autodérision et d’une présence physique tout à fait remarquables. Rawson Marshall Thurber a réuni autour du tandem une distribution de qualité qui ajoute de la crédibilité à tout le film : l’excellente Amy Ryan parfaite en agent implacable, Aaron Paul en traître vicieux ou Thomas Ketschmann. C’est du produit de pure distraction, évidemment, sans autre ambition que de distraire. En cela, il remplit entièrement son contrat, car on se cesse de sourire pendant presque deux heures, sans jamais lâcher la rampe, tant le scénario est malin et dynamique.

« AGENTS PRESQUE SECRETS » ouvre la voie à des sequels, ce qui – pour une fois – ne serait pas pour déplaire. Coup de chapeau à « The Rock » une nouvelle fois, qui arrive sans effort apparent à créer le personnage de cinéma qu’un Schwarzie n’a pas toujours réussi à incarner : le tas de muscles doté d’un sens de l’humour et d’un authentique talent d’acteur.

 

« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » (1955)

sourires2« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » représente ce qui pourrait se rapprocher le plus d’une comédie au sein de l’œuvre d’Ingmar Bergman. Situé à la fin du 19ème siècle, c’est un marivaudage bourgeois enjoué et sensuel où les drames amoureux sont traités avec une tendre dérision et où les personnages sont plus souvent ridicules qu’émouvants ou tragiques.

Dans ce scénario très théâtral dans sa forme – une succession de tableaux – les couples se font, se défont, les amoureux changent de partenaires, la tragédie se transforme en farce et même la violence, comme cette séance de roulette russe, est désamorcée par des accessoires inoffensifs.

Filmé avec rigueur, dans un magnifique noir & blanc de Gunnar Fisher, le film a bien la forme et l’esthétique d’un Bergman, mais sa légèreté et son autodérision sont très désarmants. Le caméléon Gunnar Björnstrand est comme toujours excellent en avocat vieillissant marié à une gamine (Ulla Jacobsson) qu’il n’ose déflorer. Harriet Andersson déborde littéralement d’énergie et d’érotisme dans un rôle de soubrette délurée. Mais c’est la radieuse Eva Dahlbeck qui crève l’écran en actrice rusée et tireuse de ficelles, sorte de Mme de Merteuil bienveillante. Le spectateur à l’œil exercé, pourra reconnaître dans un plan large, lors de la représentation au théâtre, une toute jeune Bibi Andersson en comédienne.

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EVA DAHLBECK ET HARRIET ANDERSSON

Sans compter parmi les chefs-d’œuvre du maître suédois, « SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » séduit de plus en plus à mesure qu’il progresse, on s’attache aux protagonistes et on ressent la lourde sensualité qui enrobe tout le film et définit leurs relations aussi bien, si ce n’est mieux, que de froides analyses psychologiques. Un film à part, minutieusement confectionné, aussi attractif que son casting sans la moindre faille.

 

« LE BON ET LES MÉCHANTS » (1976)

bon« LE BON ET LES MÉCHANTS » se situe pendant l’occupation allemande, mais il adopte un point-de-vue rarement utilisé à l’écran : celui des gangsters, des braqueurs de banques qui ont poursuivi leurs méfaits pendant cette période plus que trouble, allant jusqu’à s’allier avec la Gestapo pour dépouiller les familles juives.

Cet angle historique, c’est tout l’intérêt de ce film un peu trop touffu, qui mixe sans complexe la comédie, le suspense, les poursuites en voiture, les histoires d’amour (Claude Lelouch oblige…), mais jette un éclairage inédit sur les agissements de la bande de Bonny & Lafont et le rôle excessivement ambigu de fonctionnaires de police comme celui joué par Bruno Cremer, dont on ne sait plus très bien à la fin, s’il fait partie des « bons » ou des « méchants ». Les aventures du trio campé par Jacques Dutronc, Marlène Jobert et Jacques Villeret, sont sympathiques mais sentent trop souvent l’improvisation. Le non-jeu du premier, pour habile qu’il soit, s’avère parfois insuffisant pour créer un vrai personnage. Au bout du compte, on s’intéresse plutôt au couple formé par un Cremer rusé, constamment en sueur, et Brigitte Fossey qui en vient progressivement à le mépriser. Dans un joli cast de seconds rôles, on retiendra l’apparition de Serge Reggiani en chef de la résistance.

Étalonné en sépia, porté comme toujours par l’agréable BO de Francis Lai, « LE BON ET LES MÉCHANTS » fait partie des réussites de Lelouch, de ces films qu’apprécient même ceux qui ne supportent pas le style du réalisateur. Il est parsemé de moments de grâce, de séquences étonnamment dures (la torture de la baignoire, précisément détaillée). Et Marlène Jobert, charmante et souriante, n’y a peut-être jamais été aussi naturelle. Un joli film mais aussi – et surtout – une intéressante leçon d’Histoire.

À noter, un texte à la fin, indique une possible sequel, sur le « gang des tractions avant », qui ne verra jamais le jour.

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JACQUES DUTRONC, MARLÈNE JOBERT ET BRUNO CREMER

 

« MICKEY LES YEUX BLEUS » (1999)

mickeyLe concept, il est aussi simple à vendre que difficile à louper : on reprend tel quel l’antihéros anglais maladroit mais séduisant de « 4 MARIAGES, UN ENTERREMENT » et de « COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL » et on le jette tout vif dans l’univers des « SOPRANO », dont la 1ère saison fut diffusée la même année.

« MICKEY LES YEUX BLEUS » fait feu de tous bois, recycle tous les vieux trucs du film de mafia, les gimmicks les plus éculés (la fin est carrément décalquée sur celle de « L’ARNAQUE ») et mise tout sur les réactions d’un Hugh Grant au sommet de sa carrière. Et là, pour le coup, c’est vraiment une fête ! Les scènes où, englué dans un engrenage criminel, il tente de singer l’accent mafieux et de se faire passer pour un ‘tough guy’, sont à pleurer de rire. Ses échanges de répliques avec James Caan sont de purs régals qu’on peut revoir plusieurs fois d’affilée en riant toujours autant. Bien sûr, tout cela n’est pas d’une grande finesse, le scénario tire en longueur et fait fi de toute vraisemblance, mais ça fonctionne. D’autant que le moindre petit rôle de porte-flingue est tenu par une « tronche » vue dans « LES AFFRANCHIS », « LE PARRAIN » ou « LES SOPRANO », et que le plus modeste personnage a son moment hilarant (la cousine dépressive avec son appareil-photo, les deux agents du FBI, irrésistibles).

« MICKEY LES YEUX BLEUS » réalisé par Kelly Makin, (qui n’a rien fait de marquant depuis) touche au cœur de la cible qu’il s’était fixée : signer un pastiche du film de gangster moderne, en montrer les aspects ridicules et bidonnés, grâce à un grain de sable qui décale tout. Autour de Grant, vraiment exceptionnel de drôlerie, Jeanne Tripplehorn est très bien en « mafia princess », Burt Young anxiogène en caïd taciturne, Joe Viterelli égal à lui-même et James Fox fabuleux en galeriste snob et un peu givré. Sa scène avec Grant dans les WC est anthologique !

Moins connu mais certainement plus réussi que « MAFIA BLUES », dans un créneau très similaire. À savourer. Dernière recommandation : un film à voir absolument en v.o. pour goûter les différences d’accents.

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HUGH GRANT, JAMES CAAN, JEANNE TRIPPLEHORN ET JAMES FOX

 

« LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE » (1972)

charme2« LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE » est un des derniers films de Luis Buñuel, produit en France et plongeant dès les premières minutes dans un univers finement décalé, jusque dans le jeu atone des comédiens parfaitement au diapason.

Pour résumer (mais est-ce possible ?) : deux couples bourgeois de province, un ambassadeur d’Amérique du Sud et une belle-sœur alcoolique passent tout le film à s’inviter à déjeuner ou à dîner les uns chez les autres et à chaque fois, un événement incongru vient gâcher leur repas : des manœuvres militaires, l’intrusion d’un évêque jardinier, des policiers venus les arrêter (il faut préciser qu’ils font un peu de trafic d’héroïne). Parfois cela dérape dans le surréalisme le plus complet, jusqu’à ce qu’on réalise que c’était un rêve. Les auteurs ont beau faire le coup plusieurs fois, on se fait berner systématiquement. Ce petit jeu est assez amusant, d’autant plus qu’on ne sait jamais qui sera le prochain à rêver ! Et puis de temps en temps, des seconds rôles racontent leur enfance, leurs cauchemars, sans que cela n’étonne personne.

Il faut s’abandonner à la narration dérivative et élégamment absurde pour apprécier ce film plaisant, pataugeant en pleine folie douce.

Le cast est vraiment délectable : Fernando Rey en diplomate cynique et charmeur, Delphine Seyrig complètement « perchée », Paul Frankeur ou Stéphane Audran qui semble évoluer dans une dimension parallèle, Claude Piéplu toujours savoureux en militaire. On aperçoit même Michel Piccoli vers la fin en ministre de l’Intérieur.

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FERNANDO REY, DELPHINE SEYRIG ET PAUL FRANKEUR

Pour goûter le film, il faut prendre le temps de s’acclimater, d’en accepter les règles, ce qui n’est finalement pas si ardu, puisqu’il est probable que tout ce qu’on vient de voir ne soit qu’un rêve. Ou pas…