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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« FANTÔMES À ROME » (1961)

FANTASMI.jpgComment résister à un film italien des années 60 avec à son générique des noms comme Ettore Scola (scénario), Giuseppe Rotunno (photo) ou Nino Rota (musique) ? Sans compter le casting et même le sujet alliant comédie et fantastique.

« FANTÔMES À ROME » réalisé par Antonio Pietrangeli raconte le combat d’un petit groupe de revenants pour empêcher le palais de leur descendant récemment décédé, d’être démoli pour construire un centre commercial. C’est très charmant, parfois poétique, parfois cocasse, mais force est de reconnaître que le scénario est anémique, qu’il ne s’y passe pas grand-chose et que le développement du pitch de départ est minimal. Les acteurs en totale liberté, font l’essentiel du travail : Marcello Mastroianni en grande forme dans un rôle de séducteur poudré papillonnant et aussi de jeune oisif tête-à-claques héritant de la demeure, Sandra Milo hilarante en oie blanche pas très futée et se suicidant tous les soirs, Vittorio Gassman – qui apparaît tard dans l’action – en fantôme susceptible d’un peintre moyennement renommé et la sublime Belinda Lee en arriviste sans cœur. Hélas, tous ces talents réunis ne suffisent pas à éviter que l’ennui ne s’installe et ne fasse que s’épaissir à mesure que l’histoire progresse. Pas de surprise, aucune volte-face ou révélation, tout se déroule paresseusement, aimablement, sans la moindre aspérité. On parvient à rester jusqu’au bout pour l’ambiance romaine des sixties, pour des détails pittoresques, des petits rôles attachants (la clocharde se prenant pour la reine, le plombier mal embouché), mais « FANTÔMES À ROME » n’est pas de ces films qui impriment la mémoire et aurait probablement mérité un réalisateur plus caustique, car il possédait un vrai potentiel.

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VITTORIO GASSMAN, MARCELLO MASTROIANNI ET BELINDA LEE

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« IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

Michel Constantin était un ancien volleyeur devenu comédien grâce au « TROU » de Jacques Becker. Il atteignit même un certain vedettariat dans les années 70, en tournant plusieurs fois sous la direction de Georges Lautner et José Giovanni. Acteur monolithique, à la diction hasardeuse, à la raideur d’automate, il est pourtant irremplaçable dans « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » de Lautner, film qui le résume et le transcende.FLIC.jpg

Sur un scénario classique mais efficace d’infiltration, le film décolle grâce à l’excellent dialogue de Francis Veber qui se concentre sur le portrait d’un commissaire parisien des Stups enquêtant à Nice et affublé d’une famille-couverture. Un flic de terrain, vieux garçon, maniaque, radin, râleur, à vrai dire peu sympathique, mais qu’on apprend à connaître à mesure qu’il s’attendrit devant son « fils » de neuf ans et sa jolie maman veuve de policier (Mireille Darc). Les séquences sont tellement bien conçues et les personnages si précisément dessinés, que c’est un bonheur de voir Constantin face à Michel Lonsdale – improbable face-à-face proche du choc de cultures ! – en collègue patient et placide, de le voir harcelé par deux flics pénibles, exaspéré par un voisin collant (Robert Castel) et surtout échangeant d’hilarantes répliques avec le petit Hervé Hillien extraordinairement à son aise.

Alors oui, la musique est envahissante, les coups de zoom fatiguent l’œil et les décors sont hideux, mais l’humour teinté de tendresse emporte tout sur son passage et « IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC… » fait partie des vraies réussites de son réalisateur, bien qu’il soit étonnamment sous-estimé par rapport aux « TONTONS FLINGUEURS » et autres « BARBOUZES ». Dans un casting globalement savoureux, on reconnaît Venantino Venantini en ‘hitman’ américain et même… Alain Delon dans un fugitif caméo de trois secondes, mal rasé et clope au bec.

L’amateur de polar appréciera cette vision de la guerre des polices, ces règlements de comptes au sein de la french connection. Mais l’essentiel n’est pas là : des plans comme celui où le garçonnet glisse sa main dans celle de son « père », valent qu’on revoie ce film unique et attachant, un des meilleurs de Lautner.

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MIREILLE DARC, MICHEL CONSTANTIN, JEAN-JACQUES MOREAU ET ALAIN DELON

 

« THE LOSERS » (2010)

Adapté d’une BD, « THE LOSERS » réalisé par le français Sylvain White est un bien curieux objet. Une sorte d’amalgame survitaminé des « 7 MERCENAIRES », de la série « AGENCE TOUS RISQUES », avec un zeste de « EXPENDABLES » et un lointain parfum des « OIES SAUVAGES ».LOSERS.jpg

A priori, de quoi attiser la curiosité ! Et de fait, à condition de s’accoutumer au « style » visuel imposé par le réalisateur, on peut s’amuser sans arrière-pensée à la vision de ce film d’action efficace, drôle et même sexy, où une équipe de soldats de choc de la CIA trahie par un ponte de l’Agency, cherche à se venger. Hélas, pour s’abandonner aux plaisirs simples de l’actioner décérébré, il faut subir les effets clipesques démodés (arrrgghhhh ! Ces ralentis ridicules !), la BO systématiquement sur-mixée et l’abus fatigant de CGI pas toujours très convaincants. Mais l’un dans l’autre, « THE LOSERS » parvient à trouver sa voie et à remplir sa mission. Outre un bon rythme général et un esprit frondeur sympathique, le film doit son charme à un casting original et homogène : Jeffrey Dean Morgan est parfait en colonel viril, Zoë Saldana très séduisante en ‘tough girl’, Idris Elba a une belle présence en membre de l’équipe rebelle à l’autorité, Chris Evans et Columbus Short jouent les comiques de service. À noter le surprenant numéro de Jason Patric, digne des adversaires de 007.

« THE LOSERS » tire le maximum d’un scénario assez maigrelet et de personnages sans aucune dimension humaine (non, aimer les enfants ne suffit pas !), grâce à une belle énergie et à une vraie bonne humeur. Dommage que la surenchère visuelle permanente finisse par générer une certaine lassitude.

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

 

« COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » (1977)

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BURT REYNOLDS

« COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » est le premier film en tant que réalisateur du cascadeur Hal Needham, grand ami de Burt Reynolds, qui y tient le rôle principal. Inutile d’y chercher autre chose que ce qu’il a à vendre : c’est un gros cartoon redneck qui sent l’impro à plein nez, d’une crétinerie assumée à 100% dans la bonne humeur.COURS2.png

Le scénario ? Un aller-retour d’Atlanta au Texas avec pour enjeu une cargaison de bière de contrebande et comme suspense, les flics de plusieurs états aux trousses du légendaire routier « Bandit » (Reynolds) au volant de son bolide, accompagnant le poids-lourd conduit par son acolyte (Jerry Reed). Ajoutons-y une presque mariée fugueuse (Sally Field, qui n’a jamais été aussi craquante), un shérif obèse et apoplectique (Jackie Gleason) et son fils abruti (Mike Henry, à mourir de rire) et le tableau est à peu près complet.

C’est une succession de poursuites en voitures, de véhicules de police démolis, une BO country entraînante pour lier l’ensemble. Burt Reynolds n’a jamais été aussi décontracté et visiblement heureux d’être là. Quand on lui demande ce qu’il fait le mieux, il répond : « Show off » (« frimer ») ! Ses saynètes avec Miss Field sont drôles et charmantes. Quant au couple Gleason-Henry, c’est une totale réussite comique ! À noter que le vétéran fordien Hank Worden apparaît en camionneur dans un plan de deux secondes.

Que dire de plus ? Si on est bien luné, on s’amusera beaucoup à cette course-poursuite bon-enfant dans l’Amérique profonde, si on est plus critique, on trouvera que le scénario est tout de même très très léger et que la dernière partie n’en finit pas. Mais inutile de chercher la petite bête : « COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » est le film qui catapulta Reynolds en tête du box-office U.S. et il a pris une patine certaine, aidant à passer sur son insondable bêtise pour trouver tout cela bien sympathique, au fond.

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SALLY FIELD, MIKE HENRY ET JACKIE GLEASON

 

 

« DOG YEARS » (2017)

DOG.jpgIl y a neuf ans, Burt Reynolds avait joué dans « A BUNCH OF AMATEURS », une comédie où une ex-star américaine venait se perdre dans un pauvre théâtre de la province anglaise. Aujourd’hui, âgé de 82 ans, l’acteur trouve un sujet similaire, qui pourrait passer pour un film-testament : « DOG YEARS » (ou « THE LAST MOVIE STAR ») d’Adam Rifkin.

Cette fois, Reynolds atterrit à Nashville dans un festival fauché organisé dans un bar par des geeks et centré sur sa carrière. Et on lui a collé une « assistante » insupportable (Ariel Winter) qu’il va entraîner dans un road movie expiatoire jusque dans sa ville natale. La différence entre les deux films est que malgré ses efforts, « DOG YEARS » n’est pas drôle du tout ! Et ce n’est pas une critique. C’est ainsi. Voir Burt Reynolds aussi diminué, ridé, perclus de rhumatismes, l’écouter se déprécier sans arrêt alors que le personnage est si proche de lui, est douloureux. C’est un de ces rôles cathartiques que trouvent parfois de vieilles stars en fin de parcours et qu’ils ont le courage d’assumer. Les deux séquences où il discute avec deux avatars de lui-même dans « COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » et « DÉLIVRANCE » sont bouleversantes et cocasses à la fois. Et ses retrouvailles avec sa première femme dans la maison de retraite tireraient les larmes à n’importe qui.

Reynolds a curieusement vieilli. On le reconnaît parfaitement tel qu’il fut dans les seventies, comme s’il avait été enfermé dans un corps de vieillard. Mais l’essentiel est toujours là et c’est un plaisir de le retrouver. Son duo avec sa jeune partenaire est délectable sans jamais être caricatural et sauve le film de la déprime la plus totale. Car commencer une histoire par un vieil homme hâve et hagard qui emmène son chien pour le faire piquer chez le vétérinaire, n’augure rien de très joyeux !

L’acteur a tourné plusieurs films après celui-ci, mais « THE LAST MOVIE STAR », titre finalement plus approprié, sera au bout du compte son chant du cygne et un adieu digne de lui et de son parcours.

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BURT REYNOLDS, ARIEL WINTER ET… BURT REYNOLDS

 

« THE COMEDIAN » (2016)

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ROBERT DE NIRO

Imaginons Rupert Pupkin (le héros de « LA VALSE DES PANTINS ») qui aurait connu son heure de gloire et se retrouverait à 73 ans, courant le cachet dans des cabarets miteux. C’est bien sûr la présence de Robert De Niro dans un rôle de « stand-up comedian » qui fait penser à ce pont entre le film de Scorsese et « THE COMEDIAN », réalisé par Taylor Hackford.COMEDIAN2

Sous forme de chronique douce-amère et souvent abrasive de la vie de cette « grande gueule » au bord de la vieillesse, perdu dans un monde qu’il ne comprend plus, le film est une heureuse surprise, malgré un scénario déstructuré qui se contente pour l’essentiel d’aligner les morceaux de bravoure : le mariage lesbien de la nièce, l’impro scatologique à l’hospice en Floride, la remise de prix à la moribonde Cloris Leachman (extraordinaire !), le face-à-face dans un restaurant new-yorkais entre les vieux compères De Niro et Harvey Keitel, etc. C’est un festival de bons mots, de situations embarrassantes, d’éclats de rire et de temps en temps d’émotion et de réflexion sur le temps qui passe. Que du bonheur, autrement dit, d’autant qu’on retrouve le De Niro qu’on aime et qui se fait si rare : intense, impliqué, audacieux et dépourvu de toute vanité de star. On applaudit des deux mains ! Il est très bien entouré par Leslie Mann en jeune femme névrosée, Danny De Vito en frère patient, Patty LuPone géniale en belle-sœur survoltée, Edie Falco en impresario stoïque. En bonus : l’apparition de Billy Crystal dans son propre rôle et de Charles Grodin – à peine reconnaissable – l’ancien partenaire de ‘Bob’ dans « MIDNIGHT RUN ».

« THE COMEDIAN » n’a rien d’un grand film, mais pour peu qu’on aime les vieilles stars en pleine possession de leurs moyens, l’univers pathétique et cocasse des comiques aux carrières fluctuantes et pour quelques vacheries anthologiques balancées au micro par un De Niro en roue-libre, il faut absolument voir ce film roboratif.

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PATTY LuPONE, DANNY DE VITO, ROBERT DE NIRO ET CHARLES GRODIN