RSS

Archives de Catégorie: COMÉDIES

« GOUPI MAINS ROUGES » (1943)

goupi« GOUPI MAINS ROUGES » est le second des quinze longs-métrages tournés par Jacques Becker, un des plus grands réalisateurs du cinéma français. C’est un film impossible à classifier, difficile à décrire, qui oscille entre plusieurs genres et tonalités.

Sous couvert de fable paysanne truculente, le film décrit un clan familial refermé sur lui-même, dans lequel débarque le fils du patriarche élevé à Paris. Cette arrivée va déclencher une série d’événements (la fausse mort du pépé centenaire, la vraie mort de la mère fouettarde, le vol d’un joli magot) et peu à peu la chronique drolatique à l’humour facétieux, se transforme en ‘whodunit’ où n’importe qui peut être coupable et où tout le monde soupçonne tout le monde.

Après une introduction aux relents fantastiques, qui s’avère rapidement être un « piège-à-cons » aussi bien pour le personnage du nouveau-venu (Georges Rollin) que pour le spectateur, « GOUPI MAINS ROUGES » se concentre sur l’enquête interne que mènent les Goupi pour démasquer l’assassin dans leurs propres rangs et surtout pour trouver le trésor caché depuis plusieurs générations à l’intérieur de la maison même et dont seul l’aïeul connaît l’emplacement. C’est enlevé, pittoresque, mais cela jette aussi une lumière inédite sur la vie et la mentalité paysannes de l’époque.

Au sein d’une distribution parfaite, on retiendra Fernand Ledoux, étonnamment charismatique dans le rôle-titre du plus intelligent des Goupi, Robert Le Vigan complètement déjanté (comme d’habitude) dans un numéro de cabotinage de haut-vol ou Line Noro (« PÉPÉ LE MOKO ») en femme à tout faire de la ferme.

Une œuvre très singulière, unique en son genre, qui a gardé l’essentiel de son originalité et de son suspense.

goupi2

FERNAND LEDOUX, LINE NORO ET ROBERT LE VIGAN

 

« JOY » (2015)

Trois ans après « HAPPINESS THERAPY », David O. Russell retrouve Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro pour « JOY », un film manifestement très personnel, basé sur des faits réels.joy

C’est une fable au ton décalé et doucement excentrique sur une petite fille dans les années 80, rêveuse et créative, qui en grandissant va être tirée vers le bas par une famille dysfonctionnelle, une belle brochette de « losers » jaloux et avaricieux, qui va transformer ses rêves en cauchemar. Que raconte « JOY » en fait ? Que le talent et l’ambition ne suffisent pas dans ce bas-monde ? Que pour réussir dans la vie, il faut aussi (surtout ?) acquérir des réflexes de « killer » ? Sans rien asséner, sans lourdeur, le film donne matière à réflexion, fonctionne sur la frustration de voir son attachante héroïne échouer sans arrêt, se fracasser systématiquement sur une réalité âpre et cruelle et sur l’indécrottable médiocrité de son entourage.

C’est globalement assez déprimant, même si Joy finit tout de même par comprendre la leçon. Mais le film est porté par la jolie prestation de Jennifer Lawrence, au jeu intériorisé et à fleur de peau. De Niro est formidable dans le rôle de son père, minable individu grenouilleur et pleutre. Autour d’eux : Isabella Rossellini, qu’on est tout surpris de retrouver largement sexagénaire, parfaite en riche veuve dépourvue de charité, Virginia Madsen tout aussi méconnaissable en mère asociale, passant ses journées devant un « soap » diffusé en boucle à la télé, Diane Ladd en grand-mère à la foi inébranlable et Bradley Cooper en producteur de télé-achat se prenant pour Darryl Zanuck.

« JOY » est une œuvre bizarre, quasiment impossible à placer dans une case, ce qui dans le cinéma U.S. actuel est plutôt une bonne chose. On peut mettre un certain temps à pénétrer cet univers particulier, mais le jeu en vaut la chandelle.

 

« LE NOUVEAU STAGIAIRE » (2015)

internAvant tout scénariste, Nancy Meyers est connue pour ses comédies de mœurs à « high concept » comme « CE QUE VEULENT LES FEMMES », « TOUT PEUT ARRIVER » ou « THE HOLIDAY ». Études de caractères écrites façon ‘sitcom’ sophistiquée, réalisée le plus platement possible et jouées par des stars chevronnées.

« LE NOUVEAU STAGIAIRE » ne déroge pas à ces règles, mais s’avère étonnamment émouvant et gratifiant. Centré sur la personnalité de « vieux sage » de Robert De Niro, un veuf retraité qui prend un emploi de stagiaire à tout faire dans une start-up pour tromper son désœuvrement, le scénario confronte la sagesse et l’expérience de « l’homme-le-vrai » du 20ème siècle à la jeunesse inculte et sans repères de l’Amérique d’aujourd’hui. D’abord un peu largué, De Niro va devenir « l’oncle de tout le monde » et surtout de sa patronne Anne Hathaway, wonder woman débordée qui a sacrifié sa vie de famille au succès de son entreprise.

Tout cela aurait pu être convenu et fastidieux, mais il n’en est rien. D’abord grâce à la formidable alchimie existant d’emblée entre les deux vedettes, qui semblent à leur top-niveau dès qu’ils sont face-à-face. Et ensuite – et surtout – grâce au regard généreux de l’auteur, qui ne juge personne, ne ridiculise aucun personnage et fait passer son message en douceur. Bon, on fermera les yeux sur quelques remarques légèrement « réac » sur les bords…

intern2

ROBERT DE NIRO ET ANNE HATHAWAY

« LE NOUVEAU STAGIAIRE » est un « feel good movie » destiné à revaloriser les seniors, c’est indéniable. Mais par le dynamisme de ses situations (le « hold-up » chez la mère d’Hathaway mené par De Niro et ses trois copains geeks, la nuit d’hôtel à San Francisco), par la finesse de certains dialogues, il parvient à toucher tous les publics. Autour des stars, on retrouve avec plaisir René Russo en masseuse peu farouche. À noter la prestation assez crispante de la petite Jojo Kushner, digne héritière de Shirley Temple.

Quoi qu’on pense du film, il est en tout cas agréable de voir que Robert De Niro à 72 ans, est encore capable de temps en temps de s’investir dans un rôle en se passant de ses gimmicks habituels.

 

« THE SPIRIT » (2008)

spirit2Inspiré du comics de Will Eisner créé dans les années 40, « THE SPIRIT » reprend les grandes lignes de la BD et les fusionne avec la technique familière de Frank Miller depuis les adaptations de ses propres « graphic novels » : « 300 » et « SIN CITY ». C’est-à-dire un tournage entièrement sur fond vert avec des décors recréés par CGI en post-production.

Pourquoi pas ? Le premier « SIN CITY » était visuellement très beau. Mais se retrouvant seul aux commandes de « THE SPIRIT », Miller opte pour un ton bizarre, entre l’hommage au ‘film noir’ et la bouffonnerie en roue-libre. Ce qui nous vaut un numéro de cabotinage de Samuel L. Jackson absolument insupportable, dès sa première apparition à l’image. Et comme le héros, Gabriel Macht, n’a strictement aucune personnalité ou semblant de présence, on est obligé de subir les délires de Jackson déguisé en nazi et autres joyeusetés.

Alors oui, l’image est souvent belle, certains plans sont de vrais tableaux, on trouve çà et là et jolies idées (le chat qui suit Spirit partout, les flash-backs sur l’enfance du héros), mais dans l’ensemble c’est un énorme n’importe quoi informe, jamais drôle et qui – pire que tout – ne parvient même pas à intéresser à son pauvre embryon d’intrigue (le sang d’Hercule qui rend immortel ?).

Seule raison de jeter malgré tout un coup d’œil ? Le goût certain du réalisateur pour les « bombes atomiques », puisqu’il réunit rien moins que Eva Mendes d’une sensualité décoiffante, Scarlett Johansson très pince-sans-rire en ‘sidekick’, Sarah Paulson en sage girl friend et dans un petit rôle Paz Vega en danseuse adepte des lames tranchantes. De quoi se consoler un peu du ratage généralisé.

Une belle occasion ratée que ce « SPIRIT », qui aurait pu être un mix de Dick Tracy et Batman et qui n’est, au bout du compte, pratiquement rien. Énervant !

spirit

EVA MENDES, SAMUEL L. JACKSON, SCARLETT JOHANSSON, GABRIEL MACHT ET PAZ VEGA

 

« LE VISAGE » (1958)

visage

MAX VON SYDOW

« LE VISAGE », situé en 1846 en Suède, est une fable noire et bouffonne sur une troupe de magiciens ambulants qui sont arrêtés par la police et emmenés chez un consul féru de surnaturel. Là, le ministre de la santé (Gunnar Björnstrand, méconnaissable une fois de plus) persuadé qu’ils ne sont que des charlatans, les met au défi de le convaincre de leurs pouvoirs.visage3

C’est un magnifique scénario sur les faux-semblants, les jeux de miroirs, sur la puissance de l’imaginaire et surtout sur la confrontation entre l’Artiste et l’homme de pouvoir cartésien qui n’a de cesse de vouloir réduire à néant tout ce qui le dépasse. Comme dans tout bon Ingmar Bergman, la mort côtoie le sexe, la folie affleure et tout le monde avance masqué. Qu’il s’agisse de Max Von Sydow, mystérieux magicien au cheveu de jais et à l’œil d’hypnotiseur qui, débarrassé de ses oripeaux, n’est qu’un cabotin prêt à tout pour quelques pièces d’or. Ou Ingrid Thulin, sa femme, qui se déguise en jeune homme ambigu. Bergman flirte avec le conte de fées dans ce début dans la forêt, éclairé de façon magique, cède à la comédie paillarde avec la gironde cuisinière en mal d’amour ou la jeune Bibi Andersson en petite bonne délurée plus dégourdie que son vantard de soupirant. Et il finit par une incursion réussie dans le film d’horreur avec la longue séquence dans le grenier où un cadavre autopsié revient à la vie et harcèle son tortionnaire : l’incrédule face à l’inexplicable !

Mais tout cela, au fond, ce n’est que du spectacle, une représentation/arnaque à tiroirs très élaborée, qui parvient à immerger dans ce scénario-gigogne aussi distrayant que fascinant. La fameuse « lanterne magique » qui marqua tant Bergman dans son enfance ? Dans un cast absolument parfait, on reconnaît (à peine) Erland Josephson en consul pusillanime. Grand plaisir de retrouver cette « troupe » quasiment théâtrale dans des rôles aussi différents de film en film. Von Sydow et Ingrid Thulin sont particulièrement remarquables à ce jeu d’ombres.

visage2

GUNNAR BJÖRNSTRAND, INGRID THULIN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter que le titre anglo-saxon du film : « THE MAGICIAN » semble plus approprié que le suédois (qui est également le titre français) et qui paraît peu compréhensible.

 

« STAR TREK IV : RETOUR SUR TERRE » (1986)

trek4Le 3ème film de la franchise avait laissé Spock ressuscité mais à moitié amnésique et le vaisseau Enterprise vaporisé dans l’espace. C’est donc à bord d’un hideux ‘spaceship’ klingon couleur caca-d’oie que nos héros reviennent deux ans plus tard dans « STAR TREK IV : RETOUR SUR TERRE », à nouveau réalisé par Leonard Nimoy qui a également coécrit le scénario.

Ce 4ème opus est de loin le plus réussi et sympathique. Le point de départ est un brin alambiqué (des aliens menacent de détruire la terre s’ils ne parviennent pas à communiquer avec des… baleines à bosse. Celles-ci ayant disparu du 23ème siècle, nos amis doivent aller en chercher un couple en 1986 !). Mais une fois lancée, l’aventure s’avère extrêmement réjouissante.

C’est souvent hilarant : le décalage entre ces hommes évolués et pacifiques et l’Humanité survoltée donne lieu à des situations cocasses. Ainsi, voir Spock vêtu en hippie s’entraîner à parler argot est une joie sans mélange. Tout cela est traité avec un doigté extraordinaire, ne cédant jamais à l’auto-parodie sans pour autant cesser d’être drôle, voire totalement délirant.

Bien sûr, les vêtements, les coiffures des eighties piquent un peu les yeux, mais les F/X sont bien plus convaincants que par le passé et le rythme bien soutenu ne lasse jamais l’intérêt. Le message écologique est également bien distillé car ne donnant pas dans le prêchi-prêcha, mais militant de subtile façon pour le respect de la vie.

trek4-2

WALTER KOENIG, JAMES DOOHAN, LEONARD NIMOY, DeFOREST KELLEY, NICHELLE NICHOLS, GEORGE TAKEI ET WILLIAM SHATNER

William Shatner profite de cette incursion dans le passé pour faire le joli cœur avec la pétulante Catherine Hicks, Nimoy est vraiment irrésistible dans l’autodérision pince-sans-rire et même DeForest Kelley se déride un peu. Définitivement plus axé sur le « fun » et la connivence avec le public, ce « STAR TREK » est un véritable plaisir de deux heures, qu’on savoure sans même se sentir coupable. C’est dire…

À noter : l’épilogue gratifiant qui voit l’Enterprise ressusciter, à l’instar de M. Spock et reprendre la route des étoiles.

 

« CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » (1971)

carnalInspiré des dessins de presse pour adultes signés Jules Feiffer, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL », réalisé par le caustique Mike Nichols, est une sorte d’autopsie sans indulgence du mâle américain des seventies.

Suivant plusieurs étapes de la vie de deux copains de fac, le cynique et amoral Jack Nicholson et le naïf Art Garfunkel (oui, de Simon et…), le scénario est une chronique des fantasmes masculins confrontés à la dure réalité de la femme qui évolue et prend son autonomie. Chacun à sa façon, les protagonistes sont terrifiés par le sexe opposé. Nicholson en multipliant les conquêtes, à la recherche de la « bimbo » idéale, mais qui manifeste des petits soucis érectiles et Garfunkel qui au fond, ne comprend rien à rien et ne fait que s’ennuyer à mourir.

On a un peu de mal au début à croire que les deux copains et Candice Bergen, l’étudiante qu’ils se « partagent » ont à peine vingt ans, ce qui fausse légèrement le propos et la compréhension de leurs actions. Mais la description quasi-clinique et pas spécialement drôle de ces individus immatures et complètement creux, est d’une terrible acuité. Nicholson excelle à jouer les machos misogynes et colériques cherchant à tout prix à masquer sa fondamentale impuissance. En face d’eux, le seul personnage intéressant est Ann-Margret, qui apparaît souvent dénudée dans toute la splendeur de ses formes plantureuses, et qui incarne LA femme dont rêvent tous les ados lecteurs de Playboy ou Penthouse. À part que si on creuse – et c’est ce que fait le film – on devine l’être humain derrière le fantasme stéréotypé et la triste réalité (la dépression, la dépendance) au-delà des mensurations de rêve.

Œuvre intelligente, lucide, mais sombre et désespérée, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » malgré ses promesses affriolantes, laisse un arrière-goût amer. Même le charisme naturel de Nicholson se retourne contre lui, en particulier dans la dernière séquence, avec la prostituée campée par Rita Moreno, où il devient carrément pitoyable.

carnal2

CANDICE BERGEN, JACK NICHOLSON ET ANN-MARGRET

À noter que dès le générique, en voyant les cadrages, l’utilisation de la musique et même la façon de jouer des comédiens, on se dit que le film a dû avoir une forte influence sur Woody Allen à partir de « ANNIE HALL », tourné six ans plus tard.