RSS

Archives de Catégorie: COMÉDIES

« ADORABLES ENNEMIES » (2017)

LASTNe surtout pas se fier au titre français : « ADORABLES ENNEMIES », qui fait penser à ces comédies aseptisées comme en ont tant tourné Julia Roberts ou Susan Sarandon dans les années 90. « THE LAST WORD » de Mark Pellington n’est pas un film de studio, c’est une production indépendante, à l’écriture adulte.

Le postulat est simple : une vieille femme riche (Shirley MacLaine) engage une jeune journaliste (Amanda Seyfried) pour écrire sa rubrique nécrologique. La première est pénible, invasive, la seconde peu sûre d’elle-même. Cela démarre mal. Ajoutons à l’équation Annjewel Lee Dixon, une gamine noire délurée et un joli trio féminin est formé. Mais le film ne prend pas la direction de la comédie « cute » ou lacrymale qu’on pouvait redouter. C’est une réflexion sur la condition féminine aux U.S.A., sur la vie qui passe trop vite, sur les occasions manquées et aussi sur le fait qu’il n’est jamais trop tard. Le scénario, d’une rare justesse, montre l’amitié naissante, voire l’amour, qui se développe entre ces trois générations de femmes. À 83 ans, MacLaine trouve un des meilleurs rôles de sa carrière, déployant une énergie spectaculaire sans jamais cabotiner. Seyfried lui tient admirablement tête et la petite Dixon est époustouflante. À elles trois, elles occupent l’espace, mais laissent quelques personnages périphériques s’exprimer : Philip Baker Hall en ex-mari généreux, Anne Heche en fille rancunière (magnifique scène de restaurant où MacLaine s’offre un fou-rire mémorable).

« THE LAST WORD » ne révolutionne rien, c’est sûr, mais quel bonheur de voir un film américain mature, s’adressant à un public sensible et intelligent, sans prémâcher les émotions ou schématiser les protagonistes. Et même si cela s’achève en « feel good movie », ce n’est pas grave : on a eu notre soûl de plaisir.

LAST2

SHIRLEY MacLAINE, AMANDA SEYFRIED ET ANNJEWEL LEE DIXON

 

« 2 DAYS IN PARIS » (2007) « 2 DAYS IN NEW YORK » (2012)

DAYS.jpgCoécrit et réalisé par Julie Delpy, « 2 DAYS IN PARIS » est une comédie en partie autobiographique sur la visite à Paris d’une jeune française (Delpy) et de son fiancé américain (Adam Goldberg) vivant à New York. C’est le choc de cultures avec la famille bohème déjantée de la jeune femme et l’Américain pragmatique à l’humour corrosif.

Ce qui capte immédiatement l’attention, c’est la justesse du regard de l’auteure, qui parvient à adopter le point-de-vue du visiteur sur une France décrite sans concession (ni charité !), sans pour autant prendre systématiquement son parti. C’est rapide, « sur le vif », les improvisations sont – et c’est très rare – réussies, et on rit très souvent. Bien sûr, la famille qui est d’ailleurs celle de Delpy « dans la vraie vie » est caricaturale et « too much », bien sûr certaines digressions semblent trop plaquées et hors-sujet (la rencontre dans le fast-food avec « l’ange vegan »), mais dans l’ensemble le charme agit et les confrontations du couple sont drôles et réalistes à la fois. Le film doit beaucoup au timing comique de Goldberg, comme échappé d’un film de Woody Allen des années 70, et à son alchimie avec sa partenaire. Julie Delpy est extraordinairement sympathique et insupportable en fille libre, quelque peu hystérique, collectionneuse d’amants tous plus ringards les uns que les autres. Les hauts et les bas de la relation sont le cœur du film et le rendent vraiment attachant. Une réussite très personnelle, ne se prenant jamais au sérieux, tout en jetant un regard acéré sur les relations homme-femme.

DAYS2

ADAM GOLDBERG ET JULIE DELPY

Cinq ans après, Julie Delpy tourne « 2 DAYS IN NEW YORK » aux U.S.A. et renoue avec son personnage vivant à présent avec le présentateur radio Chris Rock. C’est la famille française qui débarque à Manhattan pour semer la zizanie et déstabiliser le couple. Autant le dire tout de suite, le miracle du premier opus ne se reproduit pas. Et cette sequel tombe dans la plupart des pièges évités la première fois.DAYS3.jpg

Ainsi, on ne croit pas beaucoup au couple central, par la faute d’un Chris Rock, acteur très limité, incapable de la moindre finesse et par la place beaucoup trop proéminente laissée à Albert Delpy jouant le papa truculent et obscène de l’héroïne. L’acteur envahit littéralement le film, comme le personnage parasite la vie de sa fille. C’est rapidement agaçant, d’autant plus qu’il n’y a pas un protagoniste pour relever l’autre, que la sœur nympho (Alexia Landeau) s’avère plus exaspérante que drôle et que le scénario se perd en à-côtés difficiles à comprendre. On pense par exemple à l’expo photos de Delpy qui vend son âme (littéralement) à Vincent Gallo dans son propre rôle, et tente ensuite de la récupérer ! On aperçoit de bons acteurs comme Kate Burton et Dylan Baker en voisins bourgeois et stupides. Mais rien n’y fait : la mayonnaise franco-américaine ne prend pas cette fois-ci et on en est bien triste. Quelques flashes poétiques disséminés rendent cependant indulgent (la « présence » de la maman décédée, ce qui est également le cas dans la réalité) entre autres. À voir éventuellement à la suite du premier, mais on peut tout à fait préférer en rester au bon souvenir laissé par le film de 2007 et ne pas tout embrouiller avec ce n°2 pas indispensable.

 

« GROSSE FATIGUE » (1994)

Écrit et réalisé par Michel Blanc, d’après une idée de Bertrand Blier, « GROSSE FATIGUE » est une comédie délirante sur la perte d’identité, le dédoublement et sur la schizophrénie du métier d’acteur. C’est plaisamment écrit, du moins dans la première partie, et les multiples apparitions de vedettes dans leur propre rôle égayent le spectacle.GF.jpg

L’influence « bliérienne » se fait fortement ressentir dans le dialogue et surtout dans plusieurs situations (le « miracle » dans le petit village qui semble tout droit sorti de « NOTRE HISTOIRE ») et hélas, dans un scénario s’annonçant brillant mais qui s’effiloche peu à peu, pour s’achever en eau de boudin. Mais malgré tout, le postulat de départ est riche : Michel Blanc voit sa vie pourrie par un sosie/doppelgänger qui agresse ses amis, va jusqu’à violer Josiane Balasko, pique dans les sacs et fait des animations ringardes dans les supermarchés. Si l’acteur joue ses deux personnages sur une même tonalité maussade et dépressive qui peut lasser à la longue, il est heureusement soutenu par Carole Bouquet, absolument délectable dans un avatar d’elle-même d’une irrésistible drôlerie : snob, serviable, pince-sans-rire, pénible, donneuse de leçons, c’est elle qui s’accapare la vedette du film, le déséquilibrant un peu au passage, mais pour notre plus grand bonheur. On sourit souvent, on est parfois déçu par des péripéties qui se répètent et ne vont nulle part, certaines rencontres tiennent du « name dropping » pas forcément nécessaire, mais « GROSSE FATIGUE » n’en demeure pas moins un film français culotté et hors des sentiers battus, qui aurait sans doute gagné à être moins anecdotique dans son déroulement (l’apparition finale de Philippe Noiret ouvre des perspectives qu’on aurait aimé voir plus développées), et à être plus structuré. À voir en tout cas, car le fan de l’univers de Bertrand Blier s’y sentira comme chez lui. Les quelques allusions à Gérard Depardieu sont très amusantes, au point qu’on a l’impression qu’il apparaît dans le film, ce qui n’est pas le cas.

 
 

« PARASITE » (2019)

« PARASITE » est le 7ème long-métrage du coréen Joon Bong Ho au parcours sans faute, et aujourd’hui son chef-d’œuvre. D’une totale originalité, le scénario présente les quatre membres d’une famille de chômeurs, père, mère, fils et fille, qui s’immiscent un par un dans l’intimité – et la demeure – d’une famille bourgeoise qu’ils noyautent à force d’intrigues et de mensonges.PARASITE.jpg

Le propos pourrait sembler manichéen au premier abord, mais une fois bien implantés dans ce monde auquel ils prennent goût, les « parasites » découvrent que l’endroit est déjà occupé par un autre locataire invisible caché dans le sous-sol. Bien sûr, le film est une parabole simple et accessible sur les injustices sociales, sur la guerre larvée que se livrent deux univers parallèles, mais c’est aussi et surtout une galerie de personnages hallucinante, qui n’est pas sans rappeler « AFFREUX, SALES ET MÉCHANTS » pourtant bien éloigné géographiquement de Séoul. On admire les cadrages en Scope, d’une précision inouïe, la photo délicate, la bande-son d’une grande richesse et également l’humour noir, toujours présent, même en filigrane, qui enrobe cette fable cruelle et sordide qui s’achèvera en apothéose de violence. Oui, les riches ne supportent pas l’odeur des pauvres gens, et c’est peut-être cela finalement qui déclenchera l’apocalypse. Dans un casting magnifique, on reconnaît Kang-ho Song, acteur-fétiche du réalisateur, extraordinaire dans le rôle du père, qui vit en marge du système depuis toujours (il vénère la wi-fi !), parfois gaffeur, mais doté d’une certaine philosophie. Yeo-jeong Jo est également formidable en maîtresse de maison naïve et crédule et… particulièrement agaçante.

« PARASITE » ne ressemble à aucun autre film et fait passer son « message » en finesse, sans jamais oublier de faire du beau cinéma. Un grand film qui nécessite plusieurs visions pour pleinement jouir de ses richesses.

 

« CLARA ET LES CHICS TYPES » (1981)

CLARA2

CHRISTIAN CLAVIER, THIERRY LHERMITTE, CHRISTOPHE BOURSEILLER, DANIEL AUTEUIL, MARIANNE SERGENT ET JOSIANE BALASKO

Ne pas se fier aux apparences : sous ses dehors inoffensifs de comédie Gaumont, le premier film du publicitaire Jacques Monnet, « CLARA ET LES CHICS TYPES » est essentiellement, et avant tout, un scénario de Jean-Loup Dabadie qui, après s’être attaqué aux quadragénaires et aux quinquas chez Sautet, se penche à présent sur les trentenaires.CLARA.jpg

À travers le périple d’une bande de potes réunie par un orchestre amateur, il brosse le portrait tendre mais sans pitié d’une génération d’ados attardés, pas tout à fait sortis de l’enfance, et pour la plupart sans rêves, ni perspectives. C’est souvent très drôle, grâce à un dialogue savoureux, mais le sous-texte est triste, voire cafardeux. Nos héros sont extrêmement sympathiques, mais ce sont des losers, des ringards, des gosses de riches à la dérive. Parfaitement choisis, les comédiens sont excellents : Thierry Lhermitte en grand dadais mal marié aux élans maladroits, Josiane Balasko en copine malchanceuse étouffée par son environnement familial, Christian Clavier dans son emploi habituel de petit chef énervé, Daniel Auteuil très drôle en flic couard. Et aussi des petits rôles comme Roland Giraud hilarant en gros « beauf ». La distribution déjà riche et surtout très bien utilisée, est rehaussée par Isabelle Adjani, qui semble retrouver son personnage de « LA GIFLE » (également signé Dabadie) sept ans après. Elle est aussi exaspérante qu’attachante en jeune femme fantasque, égoïste et ingérable, qui met la pagaïe dans la petite troupe.

Beaucoup moins « grosse comédie de potes » qu’on pourrait l’imaginer, « CLARA ET LES CHICS TYPES » est un film qui capture parfaitement le rude passage à l’âge adulte, la fin des illusions. Et le tout dernier plan (la bande s’arrêtant devant le miroir déformant d’une fête foraine) est saisissant. En oubliant une photo tristounette et une réalisation sans relief, un très joli film nostalgique.

CLARA3

ISABELLE ADJANI, THIERRY LHERMITTE, DANIEL AUTEUIL ET JOSIANE BALASKO

 

« DIVORCE À L’ITALIENNE » (1961)

DIVORCE2

MARCELLO MASTROIANNI ET DANIELA ROCCA

Écrit par pas moins de 7 auteurs, dont le réalisateur Pietro Germi, « DIVORCE À L’ITALIENNE » est une fable bouffonne et caustique sur la vie d’une petite ville de Sicile, et tout particulièrement celle d’un jeune noble oisif et fat (Marcello Mastroianni) rêvant d’éliminer sa femme pour épouser sa belle et virginale cousine.DIVORCE.jpg

Le film évolue au rythme languide de Mastroianni, absolument hilarant avec ses cheveux gominés, son air endormi, qui commente en voix « off » ses fantasmes de meurtre et ses tentatives de jeter sa vilaine et trop sensuelle épouse (Daniela Rocca) dans les bras d’un amant, pour pouvoir les supprimer, selon les us et coutumes locaux. Sur une BO ironique de Carlo Rustischelli, le film ne cesse de faire sourire au navrant spectacle de ces faux-amis cancaniers, de cette famille décadente et braillarde et surtout, au numéro extraordinaire de Daniela Rocca, enlaidie par un duvet au-dessus des lèvres, une perruque lui faisant un tout petit front et des sourcils trop fournis. Sa moue lascive, sa vulgarité affichée et les « Féfé ! » qu’elle susurre à un Mastroianni excédé, sont vraiment ce qu’il y a de plus réjouissant dans « DIVORCE À L’ITALIENNE ». Avec bien sûr, la présence de l’acteur de Fellini (auquel il est adressé un très joli clin d’œil via la projection au village de « LA DOLCE VITA »), qui s’est composé une silhouette et une personnalité à contremploi. Le petit tic nerveux agitant sa bouche à chaque contrariété – et il y en a beaucoup ! – est anthologique. Aux côtés des deux acteurs : Stefania Sandrelli d’une fulgurante beauté ou Lando Buzzanca, en futur beau-frère frustré.

« DIVORCE À L’ITALIENNE » est un petit chef-d’œuvre de méchanceté, un regard abrasif et peu charitable sur les Siciliens et leur mentalité. Quant à l’épilogue, sur le bateau, il laisse peu d’espoir sur une possible « happy end ». Indispensable.

DIVORCE3

STEFANIA SANDRELLI, DANIELA ROCCA ET MARCELLO MASTROIANNI

 

« À BOUT DE SOUFFLE » (1960)

SOUFFLE2

JEAN-PAUL BELMONDO ET JEAN SEBERG

Premier long-métrage écrit et réalisé par Jean-Luc Godard, film-phare de la Nouvelle Vague naissante, « À BOUT DE SOUFFLE » a tout du film que – 60 ans après – on devrait en toute logique, haïr. Mais il n’en est rien. C’est même tout le contraire.SOUFFLE

C’est tourné « à l’arrache » dans un noir & blanc sur-ex ou sous-ex de Raoul Coutard, suivant à la trace Jean-Paul Belmondo, pâle voyou voleur de voitures qui vient d’abattre un motard à Marseille et traîne à Paris pour rester aux côtés de Jean Seberg, vendeuse du Herald Tribune sur les Champs-Élysées. Le scénario semble improvisé la plupart du temps, ellipsant des moments importants, dilatant des scènes apparemment anodines (le long face à face dans la chambre d’hôtel, l’interview de l’écrivain joué par Jean-Pierre Melville à Orly) et plaçant ses deux personnages sous une loupe insistante et magnifiante. Quelque chose de magique se produit, qu’on le veuille ou non, dû en grande partie à l’extraordinaire alchimie entre les deux jeunes acteurs : lui à la fois enfantin et désespéré, royalement désinvolte, imitant les tics de Bogart avec la clope au bec, achetant constamment le journal partout où il va et téléphonant sans arrêt à un certain « Antonio » qui n’est jamais là. Elle, innocente et perverse, ravissante, au charme intoxicant. À l’image, ils font des étincelles et rendent le film absolument fascinant. Mais il y a aussi le Paris des années 60, un monde disparu dans la nuit des temps, avec ses grosses voitures, son argot et une sorte de liberté qui irradie de la moindre image. Véritable OVNI souvent imité, jamais égalé, « À BOUT DE SOUFFLE » est, avec « LE MÉPRIS », le seul film de Godard que même ses détracteurs les plus acharnés peuvent aimer. C’est l’instantané d’une époque, l’autopsie d’une histoire d’amour instinctive, animale, qui s’achève par une trahison brutale et par la réplique : « Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? », entrée dans l’anthologie. À goûter en laissant ses préjugés au vestiaire. Le voyage en vaut la peine.

SOUFFLE3

JEAN SEBERG ET JEAN-PAUL BELMONDO