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Archives de Catégorie: COMÉDIES

« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

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« SOLITARY MAN » (2009)

Coréalisé par l’auteur Barry Koppelman et David Levien, « SOLITARY MAN » est le portrait doux-amer d’un self-made-man à l’Américaine et la description de sa lente descente aux enfers après qu’il ait appris qu’il avait des problèmes de santé.

C’est un rôle taillé aux mesures d’un Michael Douglas de 65 ans, en pleine possession de ses moyens, qui campe ce sale type cynique et irresponsable avec un charme canaille qui peine à dissimuler ses failles béantes et sa peur de mourir.2409f_Solitary_Man_keyart_REV.indd

Malgré un ton de comédie noire et de bonnes répliques du tac-au-tac, le film dégage une atmosphère morbide et déprimante. D’abord maître du jeu, Douglas est peu à peu rattrapé par son passé, par ses erreurs et par sa profonde indifférence aux autres. De scène en scène, il est de plus en plus seul, ruiné, rejeté de partout. Sans céder au pathos ou à l’émotion facile, Douglas parvient à n’être jamais repoussant dans ce personnage qui aurait facilement pu être odieux. Mais il a de beaux moments d’introspection (dont certains semblent renvoyer à la vie personnelle de l’interprète) et retrouve son vieil ami Danny DeVito qui a un joli rôle de copain de fac qui n’a jamais bougé de son « diner » et qui sera le seul à lui tendre une main charitable.

C’est un film intimiste, très américain, sur la friabilité de la réussite quand on n’appartient pas au « sérail », sur le vieillissement et la solitude. Dans une belle scène avec Susan Sarandon, jouant son ex-femme, Douglas parle du moment où il est « devenu invisible », où le jeune loup charismatique volant de succès en succès a subitement vieilli et où il a commencé à ne plus intéresser personne. Un film intelligent, lucide, pas très folichon, à voir pour la prestation de Michael Douglas, qui n’est finalement jamais meilleur que lorsqu’il incarne des « M. Tout le monde » face aux affres de l’existence comme dans « THE GAME » ou « WONDER BOYS ».

 

« FARGO : saison 3 (2017)

Après deux premières saisons qui ont pris tout le monde par surprise, la 3ème année de « FARGO » marque un peu le pas. Bien sûr, l’esprit des frères Coen est toujours présent, le Minnesota n’a rien perdu de son mystère opaque, et on entend encore çà et là quelques « Oh, ja ! », mais on ne retrouve jamais vraiment le plaisir des deux premières saisons.FARGO3

Il faut dire que les personnages n’ont rien d’attachant et que cela commence à sentir le rabâchage. Ainsi Ewan McGregor, jouant deux frères ennemis, est-il une sorte de pot-pourri des protagonistes du film original et de la série elle-même. Comme il est aussi ignoble et idiot dans ses deux rôles, on peine à compatir. La fliquette, calquée sur Frances McDormand, ne trouve pas en Carrie Coon une incarnation bien marquante. L’actrice est sympathique, mais n’apporte rien à l’emploi si bien défendu les années précédentes par ses consœurs. Olivia Sandoval, jouant sa coéquipière un brin simplette, est plus originale et intrigante. Du cast, ressortent essentiellement David Thewlis, terrifiant en escroc-prédateur aux dents pourries, glauque au possible, dont la seule présence met mal à l’aise. Il faut l’avoir vu copieusement vomir après s’être bâfré à chaque repas ! Une grande composition ! Et aussi Mary Elizabeth Winstead, très bien en dure-à-cuire sexy qui met hélas, trop longtemps à s’installer comme la véritable héroïne des dix épisodes. Notons également la présence d’une Mary McDonnell bien changée, en business woman implacable.

Cela se laisse voir, c’est indéniable malgré une photo verdâtre assez ingrate, la BO est toujours envoûtante, certaines répliques sont mémorables (« Si j’avais besoin de l’avis d’un trou du cul, je demanderais au mien »), mais on sent que la magie des débuts commence à s’évaporer et que les rouages sont trop visibles et surtout prévisibles. Dommage que cette saison ne se soit pas alignée sur les scènes où apparaît Ray Wise, sorte de deus ex machina qu’on croirait échappé de… « TWIN PEAKS » !

 

« HAUTE COUTURE » (2015)

Adapté d’un roman lui-même influencé par une pièce de Friedrich Dürrenmatt (« LA RANCUNE »), « HAUTE COUTURE » est un petit bijou de film australien au ton très singulier et magnifiquement mis en image par Jocelyn Moorhouse.DRESS

Kate Winslet revient dans sa ville natale, après en avoir été expulsée enfant, accusée d’avoir tué un camarade de classe. Elle ne se souvient de rien. Elle retrouve sa mère (Judy Davis) clochardisée et tente de rassembler le puzzle de son passé et de se venger. Un sujet simple, dont les enjeux mettent du temps à faire surface, mais qui captive d’entrée par son ambiance des années 50, pas si éloignée du western (il est même fait un ou deux clins d’œil visuels et musicaux au spaghetti western) et par le duo formé par deux gigantesques comédiennes. Winslet n’a jamais été plus belle et épanouie que dans ce rôle de revenante qui va exercer sa vengeance sur les habitantes via son « super-pouvoir » : celui de leur confectionner des robes capables de métamorphoser la plus ingrate des souillon en princesse de magazine. Forte et fragile, elle domine le film à égalité avec une Judy Davis vieillie et vraiment pas à son avantage en vieille folle aussi insupportable qu’émouvante. Autour d’elles, de magnifiques seconds rôles : Hugo Weaving en policier gay ménageant la chèvre et le chou, Kerry Fox totalement méconnaissable en institutrice haïssable ou Sarah Snook excellente en laideron jalouse.

Le ton, d’abord semi-comique et visuellement baroque, sombre progressivement dans la noirceur et la déprime et les personnages au départ clownesques prennent une vraie dimension humaine. C’est intrigant jusqu’au dénouement, d’une audace tranquille et assumée. Le film n’est pas sans évoquer le ton de « MURIEL », signé par les mêmes responsables : P.J. Hogan et Jocelyn Moorhouse, il y a déjà 25 ans. À voir, ne serait-ce que pour la robe rouge de Kate !

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KATE WINSLET

 

« LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (2017)

Il n’est pas si courant qu’un film obtienne une totale unanimité dans les louanges de la critique internationale, qu’il ramasse des Oscars, qu’il soit un succès public et qu’il ne déçoive pas à l’arrivée. « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (terrible titre français sans rapport avec le sujet !) réussit l’exploit. Écrit et réalisé par l’anglais Martin McDonagh à qui on doit l’inoubliable « BONS BAISERS DE BRUGES », c’est une fable profondément américaine sur le deuil, l’individualisme et la rédemption.3 BB

Le scénario est bien agencé et confronte Frances McDormand dont la fille a été assassinée, au shérif local Woody Harrelson qu’elle accuse d’incompétence. Mais rien n’est simple dans ce film. Les personnages qui apparaissent d’abord comme des archétypes caricaturaux, un peu dans la manière des frères Coen, s’avèrent peu à peu avoir une profondeur, une humanité qui ne demandent qu’à s’exprimer. Même Sam Rockwell, l’adjoint abruti et raciste saura évoluer et devenir un type bien. Bien sûr, il y a de l’humour, il est très grinçant et cynique, mais le ton est à la noirceur et à la désespérance et si espoir il y a, il naît toujours de façon inattendue et déconcertante.

La grande, l’unique McDormand trouve après « FARGO », « OLIVE KITTERIDGE » ou « PRESQUE CÉLÈBRE » un de ces personnages qui ont fait sa gloire : une femme rugueuse, solitaire, abrasive, taillée dans l’étoffe des pionnières d’antan. Elle est positivement extraordinaire et tient le film sur les épaules, laissant çà et là filtrer ses faiblesses de femme battue. Elle est très bien entourée par Harrelson en shérif intelligent, rongé par la maladie, Peter Dinklage parfait dans un rôle pourtant peu nécessaire à la progression narrative, John Hawkes excellent en ex-mari tabasseur. Mais c’est Rockwell qui ramasse tout dans son rôle de « petit blanc » borné qui s’éveille doucement à la conscience.

Une fois n’est pas coutume, écoutons donc la voix de la majorité et hurlons (de joie) avec les loups : oui, « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » est un film remarquable, étonnant, déroutant et même émouvant. À voir absolument.

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FRANCES McDORMAND

 

« IMPROMPTU » (1991)

IMPROMPTU2Réalisateur peu prolifique, James Lapine signe avec « IMPROMPTU », un petit bijou de raffinement et d’irrévérence, en filmant cette coproduction franco-anglaise mettant en scène des grands noms des arts dans les années 1830.

Au cœur du magnifique scénario de Sarah Kernochan, l’histoire d’amour entre Georges Sand (Judy Davis) et Chopin (Hugh Grant), mais vue sous un angle totalement inédit : elle est une emmerdeuse quelque peu hystérique, lui une mauviette efféminée terrifiée par les femmes ! Autour d’eux, Musset, Liszt, Delacroix, descendent également de leur piédestal et tous les personnages sont dépeints loin de tout respect dû à leur rang.

Constamment drôle, spirituel, iconoclaste, sous des dehors de jolie reconstitution façon BBC, « IMPROMPTU » est un film charmant, d’une intelligence aiguë, qui atteint son summum lors du séjour en province chez la duchesse Emma Thompson (hilarante), oie blanche naïve et amoureuse des arts, accueillant sous son toit ces lumières de son siècle, qui s’avèreront être de sales gosses mal élevés et ingrats. Porté par la musique de Chopin, « IMPROMPTU » ne cesse de ravir, de dérouter, de faire franchement rire (Musset s’exclamant : « Ce cheval est un critique ! » en voyant l’animal déféquer sur un manuscrit de Sand). Tous les acteurs s’en donnent à cœur-joie : Grant, vraiment délectable en « chochotte » effarouchée, Judy Davis comme toujours à fleur de peau, Mandy Patinkin en Musset et surtout Bernadette Peters extraordinaire en maîtresse de Liszt constamment enceinte et ourdissant complot sur complot.

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HUGH GRANT, JUDY DAVIS ET EMMA THOMPSON

Il est certain qu’on ne verra plus jamais ces artistes intouchables du même œil après « IMPROMPTU ». Et c’est tant mieux. En les montrant avec tous leurs travers, leurs mesquineries, leur puérilité, le film les a humanisés, leur a redonné chair et vie et a dépoussiéré les mythes avec un joyeux mélange de considération et d’insolence.

 

« MIQUETTE ET SA MÈRE » (1950)

MIQUETTEAdapté d’une pièce de théâtre et remake d’un film de 1934, « MIQUETTE ET SA MÈRE » est aussi incongru dans la filmographie de Henri-Georges Clouzot que le sera « LA FÊTE À HENRIETTE » deux ans plus tard dans celle de Julien Duvivier.

En effet, le sombre et cynique Clouzot se laisse ici aller à une fantaisie débridée, un pastiche des vieux mélodrames poussiéreux narré en tableaux séparés par des cartons aux textes souvent hilarants. Le sujet ? Une jeune et naïve provinciale (Danièle Delorme) est convoitée par le riche oncle (Saturnin Fabre) de son benêt de fiancé (Bourvil) et part pour Paris afin de devenir actrice sous la houlette d’un vieux cabotin (Louis Jouvet) constamment fauché. Ce n’est qu’une succession de malentendus, de chassé-croisés, de fâcheries et de réconciliations.

C’est extrêmement déroutant au début, puis peu à peu, par la grâce des comédiens, par la modernité de l’humour, on se laisse prendre et on finit par trouver cela charmant, idiot mais tout à fait plaisant. Ainsi, les apartés que fait Fabre au spectateur, gênantes au début, finissent-elles par devenir de purs régals. Clouzot s’efface complètement et laisse évoluer ses acteurs. Jouvet est extraordinaire en histrion vieillissant et emphatique. Il faut avoir vu avec quelle verve – et en roulant les « R » – il s’efforce à se montrer exécrable comédien sur scène ! La mise en abyme est savoureuse. Delorme évolue avec malice au milieu des monstres sacrés, Bourvil joue les gentils crétins comme il en avait alors l’habitude et des visages familiers comme Pauline Carton ou Louis Seigner complètent le tableau.

C’est donc une œuvrette très particulière que « MIQUETTE ET SA MÈRE », où cinéma et théâtre se télescopent joyeusement (la représentation finale avec les moyens du bord est décrite avec un mélange de tendresse et de cruauté), à voir sans idées préconçues.

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BOURVIL, DANIÈLE DELORME ET LOUIS JOUVET

À noter que c’est Michel Simon qui tenait le rôle joué ici par Jouvet en ’34, et que les deux hommes – qui se haïssaient dans la vie – furent partenaires dans « DRÔLE DE DRAME » et « LA FIN DU JOUR ».