RSS

Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« LE CARNAVAL DES ÂMES » (1962)

SOULS2« LE CARNAVAL DES ÂMES », série B fauchée réalisée par Herk Harvey, est devenu un film-culte avec les années, probablement grâce à sa foncière étrangeté et à l’influence qu’il a pu avoir sur un film comme « LA NUIT DES MOTS-VIVANTS » et toute sa nombreuse descendance.

Pourtant, ce n’est pas un film d’horreur banal et on peut même y déceler l’influence de… « L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD » sorti l’année précédente. Bien sûr, depuis on a vu « SIESTA », « LE SIXIÈME SENS », « STAY » ou « LES AUTRES » et il n’est guère difficile à l’amateur de ‘ghost stories’ de deviner rapidement de quoi il retourne. Et la chute finale tombe complètement à plat, tant elle est téléphonée. Mais le film, par sa facture primitive, sa lenteur hypnotique, ses longues séquences hors-sujet (particulièrement celles avec le pénible Sidney Berger en voisin de palier pot-de-colle), ne cesse de dérouter, d’intriguer et il pose des questions sans prendre la peine de donner de réponses. Pourquoi, par exemple, l’héroïne devient-elle de temps en temps complètement invisible aux autres comme un fantôme et à d’autres semble-t-elle tout à fait normale ? On ne le saura jamais et là, le scénario ignore délibérément sa propre logique.

Constamment à l’image, Candace Hilligoss a un visage hanté et un regard angoissé qui donnent de la densité à son personnage d’organiste terre-à-terre et distante, progressivement entrainée dans les ténèbres. Sa présence est pour beaucoup dans l’intérêt qu’on porte au film, malgré ses défauts.

SOULS

CANDACE HILLIGOSS ET HERK HARVEY

Une BO crispante à l’orgue, des gros-plans bien cadrés, un joli travail sur la bande-son et un final bien délirant dans une salle des fêtes désaffectée créent une atmosphère unique, bizarre et on a beau s’ennuyer fréquemment, « LE CARNAVAL DES ÂMES » laisse en mémoire quelques plans indélébiles.

Publicités
 

« L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES » (1977)

AIMAIT

CHARLES DENNER

Charles Denner fut un des comédiens les plus singuliers du cinéma français, une personnalité à part au style de jeu excessif et spontané n’appartenant qu’à lui. Il sut inspirer Lelouch, Chabrol, Gavras et aussi François Truffaut qui lui offre le rôle de sa vie avec « L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES ».AIMAIT3

Sous forme de chronique narrée en voix « off », le film raconte la vie d’un quidam obsédé par la gent féminine. Toutes les femmes quelles qu’elles soient. C’est une sorte de ‘serial lover’ que la composition de Denner rend presque inquiétant. Intense, fiévreux, monomaniaque, il suit à la manière d’un tueur en série, des inconnues dans la rue, les séduit et ne cherche que rarement à les revoir. Il n’a pourtant rien d’un Don Juan, ne serait-ce que physiquement avec son allure d’épervier famélique, mais il accumule les conquêtes de façon compulsive. Avec ce portrait en forme de mosaïque, Truffaut parle manifestement des choses qui le fascinent : les femmes donc, mais aussi les livres puisque Denner finit par écrire sa biographie qui paraîtra sous le titre… du film. Une jolie mise en abyme, portée par un dialogue spirituel et élégant et même un certain humour sous-jacent. On peut – comme c’est parfois le cas – être irrité par la manière de jouer de certains acteurs, typique des films du réalisateur. Mais aux côtés d’un Denner vraiment extraordinaire et imprévisible, on remarque Nelly Borgeaud époustouflante en « foldingue » dangereuse, Geneviève Fontanel en femme mûre n’aimant que les hommes jeunes et Leslie Caron magnifique dans une unique séquence révélatrice.

« L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES » est, avec « LES 400 COUPS » et « LA NUIT AMÉRICAINE » un des films de Truffaut que peuvent aimer ceux qui n’apprécient généralement pas ses œuvres.

AIMAIT2

LESLIE CARON, CHARLES DENNER ET NELLY BORGEAUD

 

« DREAM HOUSE » (2011)

DREAM2Présenté comme une ‘ghost story’, « DREAM HOUSE » étonne d’emblée par la signature de l’irlandais Jim Sheridan connu pour un cinéma plus engagé.

Le film démarre comme un énième avatar de « AMITYVILLE » (la petite famille idéale s’installant dans leur nouvelle maison où a eu lieu un massacre) pour virer brusquement de bord à la 40ème minute, pour un ‘twist’ complètement inattendu à la M. Night Shyamalan. C’est LA grande idée car elle déstabilise l’amateur de fantastique, remet tout en question et lance sur une tout autre piste pour la seconde partie, ranimant l’intérêt jusqu’au bout. Bien filmé et photographié (par l’immense Caleb Deschanel, rien que ça !), sans aucun effet qui fasse série B, « DREAM HOUSE » ne cesse de monter en puissance, jusqu’à la résolution cathartique un peu moins surprenante que le reste, mais efficace.

Sheridan a réuni un beau casting : Daniel Craig dans un rôle complexe à multiples visages. La scène où il visionne la vidéo dans le bureau du psychiatre est certainement ce qu’il a fait de mieux à l’écran. Il est bien entouré par Rachel Weisz en épouse aimante, inquiète, incertaine (et pour cause !), Naomi Watts en voisine-d’en-face par laquelle le malheur arrive et des seconds rôles qu’on est toujours heureux de retrouver au détour d’une scène comme Jane Alexander, Marton Csokas ou Elias Koteas.

Il ne faut s’attendre à rien de révolutionnaire, mais « DREAM HOUSE » est très gratifiant le temps qu’il dure et entraîne dans son univers cauchemardesque où on perd progressivement tous ses repères. Tout ça grâce à un scénario qui se joue des codes du genre en assénant son coup de théâtre à mi-parcours au risque d’abattre trop tôt ses cartes. Ce n’est heureusement pas le cas.

DREAM

DANIEL CRAIG, NAOMI WATTS ET RACHEL WEISZ

 

« UN HOMME ET UNE FEMME » (1966)

HF« UN HOMME ET UNE FEMME » est le film qui lança la carrière de Claude Lelouch et il contient déjà en germe tout son travail à venir. C’est aussi un film tellement plagié, parodié, moqué, qu’il devient difficile de le voir avec un œil neuf.

Il contient tout ce qu’on aime et ce qu’on déteste dans les films du réalisateur : un sens aigu du détail, des fulgurances d’émotion comme saisies au vol, une façon unique de magnifier des choses excessivement ordinaires de l’existence. Ici, une rencontre amoureuse entre deux jeunes veufs aux destins semblables dans un Deauville pluvieux et hors-saison. Mais on peut être aussi irrité, voire exaspéré, par des moments incongrus comme le « scopitone » de Pierre Barouh chantant une samba ou des scènes interminables et documentaires sur un circuit de course automobile. Le meilleur et le pire se côtoient en permanence, d’une scène à l’autre.

Le film doit beaucoup, presque tout, au charme irradiant de ses deux vedettes : Anouk Aimée à la sobre beauté, silencieuse et hantée et Jean-Louis Trintignant personnage plus simple, plus direct, éminemment sympathique dans sa banalité. Ils fonctionnent parfaitement bien ensemble et les moments où ils se rapprochent peu à peu sont d’une vérité saisissante.

« UN HOMME ET UNE FEMME » divise de A jusqu’à Z. La plus pure des émotions (la scène d’amour gâchée par les souvenirs de la jeune femme) alterne avec les tics de réalisation complaisants et tape-à-l’œil.

HF2

ANOUK AIMÉE ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

C’est un film qui ne mettra jamais personne d’accord, c’est certain. Mais la BO de Francis Lai – tellement galvaudée pourtant – fait encore son petit effet et les retrouvailles sur la plage de Deauville où joue un vieux chien, sont de bien jolis moments. Quoi qu’il en soit, une vraie date dans l’Histoire du cinéma français, une sorte de chaînon manquant entre la Nouvelle Vague et la Qualité France.

 

« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

GF3

ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

GF3 3

ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.

 

« LA FEMME INFIDÈLE » (1969)

FEMMEEntre 1969 et 1970, Claude Chabrol a tourné d’affilée trois de ses meilleurs films : « LA FEMME INFIDÈLE », « QUE LA BÊTE MEURE » et « LE BOUCHER ».

Le premier est une sorte de pur concentré de Chabrol : un drame feutré, ironique et inquiétant, suivant Michel Bouquet, petit bourgeois auto-satisfait au sourire débonnaire qui, découvrant que sa femme le trompe, va se métamorphoser en meurtrier méthodique. Parce qu’il est fou d’amour pour elle ? Ou pour préserver sa jolie bulle confortable, sa vie de famille versaillaise qui le rend si fier ? Bouquet est vraiment l’interprète rêvé pour ce personnage opaque et contradictoire, glacial et émotif, dont on cherche constamment et sans vraiment s’en rendre compte, à percer le mystère. Le film se déroule à son rythme lancinant, alignant les banalités, les non-dits, la routine vide de sens, pour mieux nous engluer dans sa toile. La sensation d’enfermement et d’inéluctable est joliment renforcée par la BO de Pierre Jansen, obsédante et omniprésente.

Stéphane Audran est évidemment parfaite en épouse adultère à la languide sensualité, cherchant ailleurs le plaisir que lui refuse un mari à la libido endormie. Apparaissant dans seulement deux scènes, Maurice Ronet vole la vedette à tout le monde en amant désinvolte et pas bien malin. Son face-à-face avec Bouquet venu lui rendre visite « en voisin » est aussi savoureux qu’inquiétant : le climax du film. Une séquence qui se suffit presque à elle-même.

FEMME2

STÉPHANE AUDRAN, MICHEL BOUQUET ET MAURICE RONET

On pourra bien sûr reprocher à Chabrol sa photo tristounette, ses intérieurs hideux et des clins d’œil un brin complaisants (Bouquet passant en voiture devant un cinéma passant « LES BICHES », son film précédent), mais « LA FEMME INFIDÈLE » n’en demeure pas moins un petit chef-d’œuvre dans le créneau très spécifique du réalisateur.

 

« LE PROCÈS PARADINE » (1947)

PARADINE

GREGORY PECK ET ALIDA VALLI

Produit et écrit par David O. Selznick, réalisé par Alfred Hitchcock, « LE PROCÈS PARADINE » est un ‘courtroom drama’ des plus classiques, mais dont le véritable thème est le coup de foudre destructeur ressenti par un avocat anglais (Gregory Peck) pour sa cliente (Alida Valli) accusée d’avoir empoisonné son mari aveugle.PARADINE 2

Si l’aspect policier à proprement parler n’est guère palpitant, la relation entre ces deux personnages l’est beaucoup plus. Lui, as du barreau roué, qui se transforme en amoureux transi, naïf et crédule, elle marmoréenne, impénétrable et intoxicante. Les seconds rôles sont également bien dessinés : Ann Todd en épouse lucide et patiente, Charles Laughton plus visqueux et poupin que jamais en juge sans cœur, Louis Jourdan très bien en majordome du défunt et la toujours parfaite Ethel Barrymore en épouse malmenée et touchante de l’infâme Laughton.

Bien sûr, Peck – au jeu inhabituellement nuancé – est, à trente ans, bien trop jeune pour ce rôle, d’autant qu’Ann Todd a sept ans de plus que lui ! La teinture grisonnante censée le vieillir n’est pas très convaincante. Mais ses face-à-face avec Valli (c’est ainsi qu’elle est créditée au générique, sans prénom !) sont d’une belle densité, sans qu’on n’en saisisse jamais totalement les tenants et aboutissants.

Par son sens du cadrage et du montage, Hitchcock sait rendre les longues séquences de prétoire passionnantes et vivantes et le film se laisse regarder avec plaisir, même si le ‘whodunit’ n’a rien d’original et de surprenant. C’est ce qu’on imaginait dès le début du film ! À condition de passer outre une BO de Franz Waxman beaucoup trop invasive, des scènes dialoguées qui se traînent un peu, « LE PROCÈS PARADINE » est un honnête Hitchcock, certes pas un de ses classiques, mais une œuvre soignée et nimbée de mystère, essentiellement grâce au choix d’Alida Valli à la froideur hypnotique.

PARADINE3

LOUIS JOURDAN ET GREGORY PECK