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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« THE HOUSEMAID » (2010)

Remake de « LA SERVANTE », classique coréen de 1960, « THE HOUSEMAID » de Sang-soo Im en reprend le scénario, accentuant la dimension sociale du sujet et optant pour une esthétique soignée.HOUSEMAID.jpg

L’histoire, c’est celle de Do-yeon Jeon, une jeune femme pauvre engagée comme nourrice au sein d’une riche famille dont l’épouse est enceinte. Elle devient bientôt la maîtresse du « patron », le narcissique Jung-jae Lee, et finit par tomber enceinte. À partir de ce moment, elle devient une menace pour l’ordre établi et la proie de l’épouse flouée (Woo Seo) et de sa mère impitoyable (Ji-Young Park) qui vont tout faire pour la chasser et la détruire.

La force des films coréens, qu’ils soient policiers, historiques ou psychologiques, c’est qu’ils n’obéissent à aucun code occidental, qu’ils échappent à tous les clichés imposés par Hollywood depuis des décennies, et qu’ils demeurent donc imprévisibles, surprenants, voire choquants, même pour le cinéphile le plus aguerri. C’est encore le cas de « THE HOUSEMAID », œuvre glacée à la lenteur trompeuse, qui décrit des personnages absolument monstrueux, comme cette famille de nantis prêts à dévorer quiconque menacerait leur confort et leur situation dans l’échelle sociale. On suit donc ce drame feutré et sensuel comme on regarderait un suspense. La photo est magnifique, les cadrages sont tous recherchés mais sans ostentation et les comédiens tous remarquables. Mention spéciale tout de même à Ji-Young Park en marâtre digne des sorcières de Walt Disney, à Yuh Jung Yun exceptionnelle dans le rôle difficile de la vieille gouvernante ambiguë mais rattrapée par le remords et Jung-jae Lee fascinant en maître de maison aussi séduisant qu’il est lâche et ignoble.

Du beau cinéma intimiste qui en dit long sans rien asséner et envoûte durablement.

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« LA MALÉDICTION WINCHESTER » (2018)

Librement inspiré de faits réels, « LA MALÉDICTION WINCHESTER » est une production australienne réalisée par les frères Spierig, un film de maison hantée dans la grande tradition de l’horreur, situé en 1906.WINCH

Pourquoi est-on déçu par un film ? Pourquoi a-t-on parfois des attentes irrationnelles ? En l’occurrence, parce que le sujet est intrigant : l’héritière de la firme Winchester (Helen Mirren), rongée par le remords d’avoir fait fortune sur les milliers de morts causées par ses carabines, fait bâtir une maison hantée par des âmes errantes réclamant justice. Un psy lui rend visite pour évaluer si elle est encore capable de gérer ses affaires. On imagine un face-à-face du style Katharine Hepburn-Montgomery Clift dans « SOUDAIN, L’ÉTÉ DERNIER », une ambiance mortifère comme celle de « LA MAISON DU DIABLE ». Mais on redescend bien vite sur terre ! On est tout de suite frappé par l’absence d’atmosphère. C’est probablement dû à la surabondance de CGI dans les décors et surtout à la photo, trop éclairée et uniformément verdâtre, qui tue dans l’œuf tout mystère. Le scénario n’offre quant à lui aucun suspense. Mais pire que tout, on n’a jamais peur, hormis peut-être un ou deux « scare jumps » plutôt faciles.

C’est heureusement bien interprété par Mirren bien sûr, qui a du mérite avec ce rôle superficiel. Mais elle évite le ridicule, ce qui est déjà un exploit. Par le fiable Jason Clarke en psy hanté par la mort de sa femme et confronté à ses propres démons. Et par l’intense Sarah Snook. Ils donnent un peu chair à ce film artificiel et très mécanique qui promet bien plus qu’il n’a à offrir au final. C’est dommage, car le message anti-armes à feu est sympathique, le dilemme de ‘Sarah Winchester’ intéressant, mais on reste sur sa faim en déplorant que les antiques ficelles du film de fantômes puissent encore servir aujourd’hui.

 

« LES AMANTS DU CAPRICORNE » (1949)

UNDER.jpgInspiré d’une pièce de théâtre, « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un film très atypique dans le parcours d’Alfred Hitchcock : un mélodrame situé en Australie sans réel suspense, avec un minimum d’éléments policiers et encore moins d’humour noir.

D’emblée, on peine à accepter le sage et falot Joseph Cotten dans un rôle à la « Heathcliff » dans « LES HAUTS DE HURLEVENT », un ex-palefrenier fruste et viril qui a épousé une femme de la Haute. Maladroitement utilisé, l’acteur semble mal à l’aise, jamais à sa place et rend son amour pour Ingrid Bergman perturbant et peu crédible. Elle en rajoute dans le pathos et les larmes, mais assure magistralement un véritable tour-de-force : un monologue en plan-séquence où elle raconte les circonstances de son mariage en Irlande et fait presque oublier qu’on aurait préféré un flash-back. À leurs côtés, le précieux Michael Wilding est très irritant. Mais le trio se fait voler la vedette par Margaret Leighton, extraordinaire dans un emploi cher à Hitchcock (« REBECCA »), celui de la gouvernante manipulatrice et impitoyable. Son amour aveugle pour Cotten, sa froide cruauté envers Bergman, maintiennent l’intérêt de bout en bout et font d’elle le vrai centre de gravité du film.

Le scénario est un peu bancal, puisqu’on a toujours l’impression que le plus intéressant s’est déroulé avant le début de l’histoire. L’image de Jack Cardiff est belle, même si le Technicolor a pas mal vieilli avec le temps. « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un Hitchcock mineur qui souffre trop de ses erreurs de casting et dont la longueur ne se justifie vraiment pas. À voir pour quelques images fortes (la tête réduite sous les draps) et surtout pour Margaret Leighton, vraie star du film.

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INGRID BERGMAN, JOSEPH COTTEN ET MARGARET LEIGHTON

 

« SEPTEMBER » (1987)

SEPT.jpg« SEPTEMBER » fut produit dans la meilleure période de la riche carrière de Woody Allen, un peu perdu au milieu de plusieurs chefs-d’œuvre et il s’inscrit dans sa veine « sérieuse » d’où est bannie de façon très radicale, toute trace de fantaisie.

Dès le premier plan de l’intérieur d’une maison vide dans le Vermont, on sent qu’on va assister à une sorte de pièce de théâtre filmée, un huis clos où vont se débattre des personnages tourmentés. De fait, le scénario ressemble aux retombées du fameux « scandale Lana Turner » revu et corrigé par Tchekhov. Ça démarre bien, l’atmosphère créée par la photo très douce de Carlo Di Palma et la musique rétro est prenante, sensuelle. Mais rapidement, le film s’enlise dans le bavardage, répétitif qui plus est. Les protagonistes pleurnichent énormément, se prennent des vestes, boivent un peu trop. Le jeu larmoyant et la voix plaintive de Mia Farrow n’arrangent pas les choses et la rendent même très irritante. Autour d’elle heureusement, de bons comédiens comme Dianne Wiest en « bonne copine » doucereusement perfide, Sam Waterston en velléitaire mollasson courtisé par la gent féminine, Jack Warden en physicien angoissé par la fin de l’univers. Et surtout deux grands acteurs qui apportent de l’énergie au film : Eliane Stritch magnifique en vieille star fantasque et égoïste et Denholm Elliott émouvant en timide amoureux éconduit.

« SEPTEMBER » possède tous les atouts des meilleurs films de Allen, mais la sauce ne prend pas. C’est parfois presque ridicule, souvent fastidieux. Seul point fort : la grosse révélation sur le passé de la mère et de sa fille, qui se fait brutalement, au détour d’une réplique et qui change de A à Z le regard qu’on portait jusqu’alors aux personnages. Mais en dehors de cela, il y a beaucoup d’autres Woody Allen qui valent davantage d’être revus avant celui-ci.

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ELAINE STRITCH, SAM WATERSTON ET DIANNE WIEST

À noter que le film fut tourné une première fois avec un casting entièrement différent (Maureen O’Sullivan et Sam Shepard qui remplaça Christopher Walken, avant d’être lui même remplacé !)  avant d’être détruit par l’auteur et entièrement refait.

 

« NEW WORLD » (2013)

NEWL’auteur-réalisateur coréen Hoon-jung Park signe avec « NEW WORLD » une véritable somme du film de gangsters moderne, n’hésitant jamais à puiser son inspiration dans les classiques de Coppola, Scorsese, Ferrara ou dans les polars de Hongkong.

Mais ces influences/références n’ôtent jamais au film sa profonde originalité, son impressionnante maîtrise narrative et son ambition. Sur plus de deux heures, « NEW WORLD » prend une véritable dimension romanesque et traite tout à la fois d’amitié entre voyous, de manipulation policière, de trahison et du Mal qui gagne peu à peu du terrain et transforme un jeune flic honnête en un caïd implacable. Sobrement réalisé, le film se distingue surtout par sa violence foncière pourtant jamais complaisante, par la magistrale façon dont sont écrits tous les protagonistes, jusqu’au plus modeste (les trois tueurs crasseux venus de la campagne) et par sa totale et absolue noirceur. « NEW WORLD » doit beaucoup à ses comédiens tous exceptionnels : Jung-jae Lee dans le rôle complexe de l’homme déchiré entre ses deux identités. Vers la fin, il affiche le masque impénétrable et le regard mort de Pacino dans « LE PARRAIN ». Grand acteur ! Min-sik Choi est comme toujours formidable en vieux flic tireur de ficelles, au cœur sec. Jung-min Hwang est remarquable dans un personnage à la Joe Pesci dans « LES AFFRANCHIS », ultra-violent et imprévisible.

On reste cloué devant ce film ample et souvent saisissant. Certaines séquences, comme l’exécution de deux flics infiltrés, sont d’une tension inouïe, d’autres manient l’ellipse avec maestria et le montage parallèle à la fin, entre l’accession au pouvoir du nouveau parrain et le massacre de ses ennemis est un clin d’œil à la saga de Coppola, déjà souvent plagiée, mais jamais aussi bien. Un chef-d’œuvre du nouveau polar coréen.

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MIN-SIK CHOI, JUNG-MIN HWANG ET JUNG-JAE LEE

 

« IN DARKNESS » (2018)

« IN DARKNESS » est un thriller anglais, réalisé par Anthony Byrne et coécrit par sa vedette Natalie Dormer, dans la lignée des suspenses dont l’héroïne est non-voyante comme « SEULE DANS LA NUIT » ou plus récemment « BLINK ».DARKNESS

Du moins, est-ce ainsi que le film démarre et entraîne tranquillement sur des sentiers narratifs connus et bien balisés. Mais peu à peu, l’intrigue se complexifie, les personnages s’avèrent moins simples qu’ils ne semblaient au départ et les flash-backs sur la jeunesse de notre pianiste aveugle viennent modifier la donne. Ça, c’est plutôt une heureuse surprise, d’autant plus que c’est bien filmé et cadré, que l’étrange visage de Natalie Dormer est bien mis en valeur par une photo très travaillée et que les seconds rôles ont tous quelque chose d’intrigant à défendre. Qu’il s’agisse de Joely Richardson, au regard constamment halluciné, en traîtresse de répertoire, Jan Bijvoet très crédible en criminel de guerre exilé ou du buriné et massif James Cosmo (« GAME OF THRONES », où apparaissait également Dormer) en père de substitution.

Le film maintient l’intérêt jusqu’aux deux-tiers, puis le soudain empilement de rebondissements, de révélations dramatiques, de « twists » gratuits, s’accélèrent et lui font perdre toute crédibilité pour n’être plus qu’un jeu artificiel et un peu vain. Comme si les auteurs voulaient absolument tirer la dernière goutte d’un citron déjà bien pressé. Le mieux étant l’ennemi du bien, « IN DARKNESS » se délite sur la fin et finira – malgré d’indéniables qualités – aux oubliettes de la série B.

 

« INNOCENCE » (2013)

Si le début de « INNOCENCE » n’a rien de génial, il capte tout de même l’intérêt par le drame qui se noue d’emblée (une adolescente dont la mère se noie sous ses yeux en faisant du surf) et par le mystère qui s’installe rapidement quand elle est inscrite par son père dans un collège réputé de Manhattan.INNOCENCE

Hélas, cela s’arrête là ! Le scénario – on le reconnaît immédiatement – n’est qu’un démarquage éhonté de celui du « SUSPIRIA » de Dario Argento et la réalisation d’Hilary Brougher confine à l’amateurisme pur et simple. Et ne parlons même pas de la BO insupportable qui surligne chaque effet, la moindre amorce d’émotion et enrobe tout le film d’une bouillie de synthé qui semble exhumée des années 80.

« INNOCENCE » est donc un navet pur et dur, lent, inerte, répétitif, qui tente de faire croire à cette confrérie de sorcières/vampires/succubes (ce n’est pas très clair !) qui se nourrit du sang des jeunes pensionnaires encore vierges et en veut à notre héroïne. Inutile d’épiloguer pendant des pages et des pages, « INNOCENCE » court après le succès de la franchise « TWILIGHT », n’a aucune qualité rédemptrice, hormis la photogénie de ses comédiennes. À commencer par la jeune Sophie Lane Curtis au profil de statue grecque, Kelly Reilly qui n’a jamais été plus sensuelle que dans ce rôle de séductrice lascive et des actrices de séries TV comme Stephanie March (« NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE ») et Sarita Choudhury (« HOMELAND »). On est triste pour ce bon comédien qu’est Linus Roache, perdu dans ce fatras irregardable.

Notons au passage l’extrême laideur de l’affiche, tout à fait au diapason de l’esthétique du film, on ne pourra pas lui enlever ça !

 
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Publié par le 30 juillet 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, FILMS D'HORREUR