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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« GHOST » (1990)

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PATRICK SWAYZE

« GHOST » va avoir 30 ans et, qu’on le veuille ou non, et malgré ses aspects indéniablement kitsch, il est devenu une sorte de classique du cinéma commercial U.S. des années 90.GHOST.jpg

Jerry Zucker (un des « ZAZ » de joyeuse mémoire) est parvenu à mixer avec plus ou moins de bonheur le fantastique, le mélodrame, le polar et même la pure comédie, en adoptant le point-de-vue de Patrick Swayze, jeune trader abattu dans la rue par un voyou et qui, devenu fantôme, tente de protéger sa fiancée (Demi Moore) des sombres desseins de son ex-meilleur ami (Tony Goldwyn) responsable de sa mort. Les comédiens – tous un peu trop « jolis » pour être tout à fait crédibles – sont visiblement impliqués, le scénario est solidement charpenté et la BO de Maurice Jarre enrobe plaisamment le tout. Mais le film ne décolle réellement qu’avec l’arrivée de Whoopi Goldberg dans le rôle de sa vie : celui d’une vraie/fausse médium truculente et grande gueule que Swayze va utiliser pour communiquer avec Demi. C’est elle, LA grande idée de « GHOST » et chacune de ses apparitions clownesques et « over the top » est une véritable fête pour les zygomatiques. Les seconds rôles sont toutefois tous très bons, en particulier Goldwyn en infâme traître haïssable au possible et Vincent Schiavelli formidable en spectre hantant le métro, empli de colère et de haine. La séquence où il enseigne à Swayze à faire bouger les objets est d’autant plus troublante, qu’on sait que les deux comédiens sont aujourd’hui décédés. Quand la réalité vient renforcer la fiction !

Oublions les fautes de goût : la séquence de poterie érotique trop pastichée pour ne pas faire sourire, la visualisation du paradis et de l’enfer vraiment naïve et enfantine et les adieux à la fin, qui semblent durer une éternité, pour nous focaliser sur les indéniables qualités de « GHOST ». La moindre n’étant pas Whoopi dont la longue séquence à la banque est un véritable régal à voir et revoir.

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WHOOPI GOLDBERG, DEMI MOORE ET VINCENT SCHIAVELLI

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« VALDEZ » (1971)

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BURT LANCASTER

« VALDEZ » d’Edwin Sherin est un peu le mal-aimé du triptyque de westerns que tourna d’affilée Burt Lancaster au début des seventies. Il n’est pourtant inférieur ni à « L’HOMME DE LA LOI », ni même au très estimé « FUREUR APACHE ». Coécrit par Roland Kibbee (« VERA CRUZ ») et par l’auteur habituel de Sydney Pollack, David Rayfiel, d’après un roman d’Elmore Leonard, c’est un film austère et âpre tourné en Espagne. Il fait souvent penser aux « COLLINES DE LA TERREUR » également de 1971, par son thème, ses extérieurs et accessoirement par la présence de Richard Jordan et Raul Castro également présents dans le film de Michael Winner.VALDEZ

Vieux shérif mexicain fatigué et humble, Lancaster abat un homme par erreur et tente de récolter 100 $ pour aider sa veuve, auprès d’un rancher (Jon Cypher) impliqué dans l’histoire. Celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et humilie cruellement ‘Valdez’. Alors, celui-ci ressort sa tenue de scout toute poussiéreuse des guerres indiennes, reprend ses armes rangées depuis des années et part en guerre contre l’armée du « gringo ». Pour la veuve ? Pour laver son honneur ? Toujours est-il que le presque vieillard courbé du début reprend du poil de la bête et redevient un tueur implacable. Malgré des maquillages assez laids, des paysages monotones et sans majesté, « VALDEZ » passionne par la puissance dégagée par un Lancaster de 58 ans (mais qui en fait facilement dix de plus)  aux allures de vieux lion encore dangereux et par sa quête obsessionnelle qui n’est pas sans rappeler celle de Walker dans « LE POINT DE NON-RETOUR ». Un beau personnage prêt à tout pour retrouver sa dignité et – très probablement – des vestiges de sa jeunesse héroïque. Autour du grand Burt, Cypher est très bien en méchant lâche et odieux, Jordan excellent en sale petite gouape ricanante et lèche-bottes et Susan Clark est – comme toujours – très inégale d’une séquence à l’autre.

Avec ses faux-airs de spaghetti western, « VALDEZ » a magnifiquement bien vieilli et compte parmi les derniers grands rôles de Lancaster. Peut-être pas tout à fait un chef-d’œuvre du genre, mais on n’en est pas très loin. Et le dernier plan est absolument magistral…

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RICHARD JORDAN, SUSAN CLARK, BARTON HEYMAN ET BURT LANCASTER

 

« GEORGY GIRL » (1966)

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LYNN REDGRAVE ET JAMES MASON

« GEORGY GIRL » de Silvio Narizzano est un des grands classiques du ‘swinging London’ des années 60, inspiré d’un roman de Margaret Forster. C’est un peu une aïeule de Bridget Jones, dans un contexte tout à fait différent.GIRL.jpg

Le film tourne tout entier autour de la personnalité et de la performance de Lynn Redgrave, grande fille bien en chair, complexée et délurée en même temps, qui vit avec une belle coloc (Charlotte Rampling) qui quant à elle, multiplie les amants et finit par tomber enceinte. Mais son mari (Alan Bates), employé de banque irresponsable, lassé de la froideur de son épouse, finit par tomber amoureux de… Georgy ! C’est une comédie de mœurs vive et enlevée, drôle et cruelle parfois, qui fait s’attacher à des gens pas très intelligents mais qui tentent de garder une certaine joie de vivre malgré tout. Redgrave est vraiment sympathique et énergique dans le rôle-titre, apportant une vraie profondeur à cette « bonne fille » pas gâtée par la vie, mais toujours prête à aller de l’avant. Bates tient un vrai contremploi de jeune crétin jovial à l’humour lourdingue (on aurait plutôt imaginé quelqu’un comme Albert Finney)  et Rampling assume crânement un rôle totalement antipathique de jolie garce égoïste et sans cœur. Et puis il y a James Mason, parfait en employeur un brin ridicule du père majordome de Georgy, et amoureux de celle-ci depuis des années.

Tout ce petit monde s’agite, s’engueule, se marie, dans un rythme effréné et sur une chanson mémorable des Seekers. Il n’y a rien d’exceptionnel ou d’inoubliable dans « GEORGY GIRL », mais on retrouve le mood si particulier des années 60 capturé par ces images noir & blanc, dans ce Londres disparu.

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CHARLOTTE RAMPLING, ALAN BATES ET LYNN REDGRAVE

 

« TON FILS » (2018)

Coécrit et réalisé par Miguel Ángel Vivas, « TON FILS » pose un regard neuf et critique sur les films de « vigilantes » et les histoires de vengeance, par le biais d’un scénario bien ancré dans le quotidien et prenant pour héros un quidam sans histoire auquel on s’identifie tout naturellement, jusque dans ses plus terribles erreurs.TONFILS.jpeg

Jose Coronado est un chirurgien de Barcelone, père de famille, dont le fils est tabassé par des voyous et reste dans un coma profond. D’abord hébété, il va peu à peu mener sa propre enquête et identifier les coupables, puis décider de rendre justice lui-même. Le problème est qu’il n’est pas Charles Bronson, qu’on n’est pas dans un film d’action américain, et que dans la « vraie vie » rien n’est simple. Rien, ni personne. Le film est extrêmement habile, n’hésitant pas à démarrer très lentement, à présenter des personnages d’une totale banalité, jusqu’au moment où ils basculent dans le cauchemar. Car au fond, que cherche à dire « TON FILS » ? Qu’on ne s’improvise pas enquêteur et encore moins justicier ? Qu’il faut aller au-delà des apparences, de l’évidence, pour atteindre la vérité ? Ce père meurtri, désespéré, est incarné avec un grand réalisme par Coronado. Il n’a rien d’héroïque, pas même de courageux, à peine est-il sympathique. Mais impossible de ne pas ressentir d’empathie pour son combat solitaire et désespéré. On reconnaît des allusions au premier « DEATH WISH » (les chaussures de sport offertes par son fils arrivent par la poste après l’agression, comme les photos de vacances de Paul Kersey), mais le propos est radicalement opposé. Et la violence dépeinte dans le film est sordide, écœurante et ne procure aucun plaisir cathartique. « TON FILS » n’est pas un film plaisant ou flattant les bras instincts, il est même souvent pénible. Mais il fait un intéressant contrepoids à toutes les séries B glorifiant la vengeance et les armes à feu. À voir…

 

« DRIVE » (2011)

DRIVE.jpg« DRIVE » est le premier film 100% américain de Nicolas Winding Refn et il s’inscrit dans les travées de classiques du néo-film noir des décennies précédentes comme « THE DRIVER » de Walter Hill ou « LE SOLITAIRE » de Michael Mann. Des films d’atmosphère au visuel ultra-stylisé, à la violence sèche et implacable, au héros quasiment ectoplasmique, comme mort intérieurement, évoluant dans un monde froid et dangereux.

Le personnage central, un cascadeur/mécanicien maestro des voitures de sport et trempant dans des affaires louches, semble avoir les mots « Steve McQueen » tatoués sur tout le corps. Ryan Gosling, un peu jeune et lisse, n’a évidemment pas un dixième du charisme de son aîné, mais c’est tout de même un de ses meilleurs rôles et il se montre crédible et même attachant, alors qu’il n’affiche que deux expressions pendant toute la projection. « DRIVE » malgré une certaine lenteur, inhérente au style de Refn, est une œuvre très aboutie et parfois hypnotisante, qui prend soin de dépeindre des protagonistes humains ou inhumains, mais jamais banals ou stéréotypés. Carey Mulligan est très mignonne en victime-née du milieu où elle évolue, Oscar Isaac – malgré un rôle relativement bref – est remarquable en ex-taulard poursuivi par la poisse. Ron Perlman et Albert Brooks sont étonnants en horribles gangsters qui tuent comme ils respirent. Et Bryan Cranston donne une réelle densité à son rôle de garagiste magouilleur et paternel. Rien que de très bons comédiens auxquels Refn a donné du grain à moudre et qui ancrent ce film aux allures de cauchemar éveillé, dans une réalité inhabituelle.

À voir donc, ce « DRIVE » qui ressuscite les »tough guys » taciturnes et ultra-professionnels des seventies, sans jamais reculer devant des éruptions de violence stupéfiantes. Un beau film noir.

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RYAN GOSLING, OSCAR ISAAC ET CAREY MULLIGAN

 

« FEAR X » (2003)

FEARX.jpgCoécrit par Hubert Selby, Jr. (« LAST EXIT TO BROOKLYN ») et réalisé par Nicolas Winding Refn, dont c’est le premier film tourné aux U.S.A., « FEAR X » est un très bizarre polar intimiste, focalisé sur un vigile de centre commercial (John Turturro) du Wisconsin, obsédé par l’assassinat inexpliqué de sa femme.

L’homme mène une sorte d’enquête obsessionnelle qui finit par porter ses fruits et lui fait remonter la piste jusqu’au meurtrier, un policier d’un autre état (James Remar). Inutile de dire que le film est beaucoup moins linéaire et limpide que ce bref et trompeur « pitch » et qu’il lorgne plutôt vers des ambiances à la David Lynch auquel on pense souvent. Refn adopte un rythme excessivement lent, semble vouloir pénétrer de plus en plus profondément dans l’âme tourmentée de ce malheureux veuf obstiné. C’est donc un film intéressant mais exigeant, qui demande qu’on s’accroche un peu, tant la BO de Brian Eno est stressante et contagieuse l’angoisse émanant de tous les personnages. Turturro est d’une sobriété sans faille dans ce rôle taciturne et introverti. Un antihéros dépressif qui semble aller dans un état d’hébétude permanent au-devant de sa propre mort. Autour de lui, on reconnaît Remar, tout aussi rongé de l’intérieur en flic-justicier, la toujours belle et – hélas – toujours sous-employée Deborah Kara Unger jouant son épouse, un Gene Davis (le serial killer nudiste du « JUSTICIER DE MINUIT ») avec quelques kilos en plus en policier. L’œil exercé reconnaîtra également Liv Corfixen qui rendosse l’uniforme de serveuse qu’elle portait déjà dans « BLEEDER », le film précédent du réalisateur.

Point inintéressant donc, ce « FEAR X », mais ne surtout pas en attendre un polar au suspense frénétique : ce ne serait pas lui rendre service. L’épilogue, entre réalité et cauchemar est toutefois assez prenant.

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JOHN TURTURRO, DEOBRAH KARA UNGER ET JAMES REMAR

 

« BLEEDER » (1999)

BLEEDERS.jpg« BLEEDER » est le second long-métrage du danois Nicolas Winding Refn et probablement un de ses plus accomplis. On pense d’abord au cinéma social anglais, mais les partis-pris de mise-en-scène radicaux de l’auteur créent d’emblée un style très personnel et puissant.

L’emploi systématique des focales courtes, les couleurs primaires, les extérieurs dépourvus de toute figuration – ou presque – font de Copenhague une sorte de ville-fantôme de cauchemar, théâtre du drame qui se noue au sein d’une bande de paumés asociaux incapables de faire face à la réalité et à l’âge adulte. La tension s’installe en quelques plans et ne fait que croître, sans qu’on n’en comprenne totalement les raisons. Mais le malaise est là, la violence n’attend qu’une étincelle pour éclater. Refn bénéficie d’une troupe de comédiens exceptionnelle : Kim Bodnia (qui sera le flic de la série TV « BRON/BROEN ») en loser apathique prêt à exploser à tout moment, Levino Jensen inquiétant à souhait en raciste dangereux. Et surtout Mads Mikkelsen, tout jeune, mais déjà égal à lui-même dans un personnage d’adolescent attardé refusant le monde réel en s’immergeant dans le cinéma, jusqu’à n’avoir plus aucune vie sociale. Sa relation avec une jeune serveuse magnifiquement incarnée par Liv Corfixen est touchante et apporte un maigre souffle d’espoir sur tout le film.

« BLEEDER » est une œuvre maîtrisée, techniquement parfaite, plantée dans des décors minuscules, suffocants et traversée d’éclairs de violence fulgurants qui laissent sans voix. Quelques échanges dialogués sont vraiment formidables (« Pourquoi tu ne parles que de cinéma ? ») et l’humanité fruste et primitive des protagonistes finit par les rendre attachants. Malgré eux. Malgré tout. À découvrir.

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MADS MIKKELSEN, RIKKE LOUISE ANDERSSON, KIM BODNIA ET LIV CORFIXEN