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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« US » (2019)

Écrit et réalisé par Jordan Peele, « US » est un film fantastique à « high concept », le genre d’idée qu’on trouvait dans la série de Rod Serling : « THE TWILIGHT ZONE », il y a bien longtemps.US .jpg

L’idée ? Par l’expérience traumatisante d’une fillette, on découvre que des « doubles » de nous-mêmes investissent peu à peu la terre et prennent notre place. Cela se situe entre « L’INVASION DES PROFANATEURS » et le principe du « home invasion ». Pourquoi pas ? D’autant plus que c’est très bien réalisé, « à la coréenne », hyper conceptuel, avec de très belles idées de cadrages, que l’humour n’est pas totalement absent et que les comédiens sont excellents. En fait « US » est réjouissant et maîtrisé jusqu’à son dernier quart, où l’auteur subitement, se croit obligé de donner des « explications », de justifier sa narration et se noie – et nous avec – dans de longues scènes dialoguées complètement absconses qui gâchent vraiment le plaisir. À condition d’oublier ce dérapage bien dommageable à l’ensemble (on aurait préféré, et de loin, ne rien savoir jusqu’au bout, rester dans le pur cauchemar paranoïaque), le film vaut le coup d’œil, d’autant que tous les comédiens sont dans le ton et donnent le meilleur d’eux-mêmes : Lupita Nyong’o est d’une épatante intensité dans le rôle de la fillette devenue mère de famille et confrontée à son doppelgänger zombiesque. Quelques jolis face à face avec elle-même et une belle prouesse d’actrice. Dans un rôle plus secondaire, Elizabeth Moss est proprement terrifiante dans une longue séquence où son « double » se maquille devant un miroir, avec un rire silencieux et l’œil fou. À filer le frisson !

À voir donc, ce « US », parce que, malgré ses défauts, il tente d’innover dans un genre bien usé et… y parvient malgré tout.

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ELIZABETH MOSS

 

« THE TALE » (2018)

Écrit et réalisé par la documentariste Jennifer Fox, d’après ses propres souvenirs, « THE TALE » est un téléfilm HBO, relatant la prise de conscience, à l’âge de 48 ans de l’héroïne (Laura Dern), qu’elle fut victime d’abus sexuels à 13 ans. Un sordide évènement qu’elle avait enjolivé puis enfoui dans sa mémoire, jusqu’à ce que sa mère (Ellen Burstyn) ne découvre un texte qu’elle avait rédigé à l’époque.TALE

La jeune Jenny (Isabelle Nélisse, parfaite) est fascinée par sa prof d’équitation anglaise (Elizabeth Debicki) et par son coach de course à pied (Jason Ritter) qui la valorisent et la font se sentir adulte. Elle ne se rend pas compte qu’elle est en fait tombée dans les filet d’un couple de pédophiles cyniques et dévoyés, qui vont gâcher son adolescence et, par extension, toute sa vie d’adulte. Le parti-pris narratif, entre souvenirs réels, fantasmes ou flash-backs menteurs, entraîne dans l’inconscient de Jenny et oblige à embrasser progressivement la réalité, bien éloignée de tout romantisme. On se demande un peu où tout cela va nous mener pendant une bonne moitié du film, mais peu à peu on s’identifie à Jenny et on se met à comprendre son comportement à l’âge adulte. Laura Dern porte le film sur les épaules avec une belle intensité, luttant contre sa propre tendance au déni et à appeler les choses par leur nom. Ses icônes de jeunesse, naïvement magnifiées, sont devenues des vieillards qui semblent rattrapés par leurs péchés, auxquels les vétérans Frances Conroy et le regretté John Heard prêtent leurs visages ravagés. La comparaison avec l’image qu’ils renvoyaient dans leur jeunesse, fait irrésistiblement penser au « PORTRAIT DE DORIAN GREY ». Le traitement « film d’auteur » du scénario, la crudité des séquences de sexe (filmés « avec doublures » comme le précise le générique), le refus de Laura Dern de céder au pathos facile font de « THE TALE » une œuvre singulière, pas forcément facile à appréhender ni à aimer. Mais c’est une subtile approche des dégâts provoqués par des prédateurs sur des enfants immatures, d’un total réalisme et qui met très mal à l’aise. C’était le but, sans aucun doute.

 

« ADORABLES ENNEMIES » (2017)

LASTNe surtout pas se fier au titre français : « ADORABLES ENNEMIES », qui fait penser à ces comédies aseptisées comme en ont tant tourné Julia Roberts ou Susan Sarandon dans les années 90. « THE LAST WORD » de Mark Pellington n’est pas un film de studio, c’est une production indépendante, à l’écriture adulte.

Le postulat est simple : une vieille femme riche (Shirley MacLaine) engage une jeune journaliste (Amanda Seyfried) pour écrire sa rubrique nécrologique. La première est pénible, invasive, la seconde peu sûre d’elle-même. Cela démarre mal. Ajoutons à l’équation Annjewel Lee Dixon, une gamine noire délurée et un joli trio féminin est formé. Mais le film ne prend pas la direction de la comédie « cute » ou lacrymale qu’on pouvait redouter. C’est une réflexion sur la condition féminine aux U.S.A., sur la vie qui passe trop vite, sur les occasions manquées et aussi sur le fait qu’il n’est jamais trop tard. Le scénario, d’une rare justesse, montre l’amitié naissante, voire l’amour, qui se développe entre ces trois générations de femmes. À 83 ans, MacLaine trouve un des meilleurs rôles de sa carrière, déployant une énergie spectaculaire sans jamais cabotiner. Seyfried lui tient admirablement tête et la petite Dixon est époustouflante. À elles trois, elles occupent l’espace, mais laissent quelques personnages périphériques s’exprimer : Philip Baker Hall en ex-mari généreux, Anne Heche en fille rancunière (magnifique scène de restaurant où MacLaine s’offre un fou-rire mémorable).

« THE LAST WORD » ne révolutionne rien, c’est sûr, mais quel bonheur de voir un film américain mature, s’adressant à un public sensible et intelligent, sans prémâcher les émotions ou schématiser les protagonistes. Et même si cela s’achève en « feel good movie », ce n’est pas grave : on a eu notre soûl de plaisir.

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SHIRLEY MacLAINE, AMANDA SEYFRIED ET ANNJEWEL LEE DIXON

 

« BIG LITTLE LIES » : saison 1 (2017) & saison 2 (2019)

LIES2Créée par David E. Kelley (« ALLY McBEAL »), d’après un roman de Liane Moriarty, « BIG LITTLE LIES » démarre par un meurtre commis lors d’une soirée costumée : on ne sait pas qui est mort, qui l’a tué et encore moins pourquoi. Pendant 7×52 minutes, cette saison 1 va lever le voile, tout doucement.
Ne surtout pas se fier aux deux premiers épisodes, qui font penser à « DESPERATE HOUSEWIVES » et pire, à la série « REVENGE ». Ça vaut bien mieux que cela. Située à Monterey – la ville de Zorro ! – cette histoire de plusieurs couples quadragénaires aisés, apparemment heureux, entraîne inexorablement dans ce que la vie de famille peut avoir de plus sordide et de plus dangereux. L’arrivée d’une étrangère (Shailene Woodley) et de son jeune fils, va servir d’accélérateur et provoquer l’implosion de ce microcosme trop joli pour être vrai. La série doit beaucoup à ses interprètes : Reese Witherspoon, mère autoritaire et casse-pieds, étonnamment attachante, Laura Dern extraordinaire en business woman odieuse et surtout Nicole Kidman, dans le rôle le plus intéressant : celui d’une femme battue, recluse par son mari complètement cinglé (Alexander Skarsgård terrifiant !) qui la suffoque littéralement. Si on ajoute de remarquables seconds rôles comme Zoë Kravitz ou Robin Weigert en psy impliquée, c’est vraiment du haut-de-gamme.
Tournée dans de beaux décors côtiers, dans de magnifiques demeures, « BIG LITTLE LIES » montre l’envers d’un décor idyllique et s’efforce de démontrer que définitivement, l’argent ne fait pas le bonheur. Malgré la qualité des différentes sous-intrigues et l’aspect « policier » bien traité (même s’il n’est pas difficile de deviner le fin mot de l’histoire), la série est surtout marquante pour la partie de Kidman qui démonte la mécanique de la violence conjugale avec un réalisme extrêmement dérangeant.

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LAURA DERN, REESE WITHERSPOON, SHAILENE WOODLEY, ALEXANDER SKARSGARD ET NICOLE KIDMAN

BLL2.jpgTournée deux ans plus tard, la seconde partie de « BIG LITTLE LIES » est plus une continuation qu’une suite. L’aspect « policier » a quasiment disparu (d’ailleurs, le rôle de la femme-flic n’apparaît qu’en filigrane) pour laisser place aux résurgences du passé des héroïnes et aux conséquences de la violence familiale/conjugale dans leur existence. Le danger, c’est de sombrer dans le « soap opera » de luxe, et c’est parfois le cas. Sans l’ossature du suspense, on n’a que les personnages pour soutenir un scénario un peu trop étiré et leurs drames conjugaux, pour réalistes qu’ils soient, n’en sont pas moins souvent banals.
Mais cette saison 2 est à voir absolument, ne serait-ce que pour admirer deux grandes comédiennes en action. D’abord Laura Dern, moins caricaturale que dans la saison 1 qui, confrontée à la faillite à cause de son imbécile de mari, va devenir littéralement enragée : « Je ne veux pas ne pas être riche ! », hurle-t-elle, confrontée à ses pires angoisses. Grand numéro d’actrice qui éclipse plus d’une fois ses partenaires ! Mais le vrai bonus de ces 7×52 minutes, c’est la présence de Meryl Streep. Physiquement changée par sa dentition, ses lunettes, sa diction, elle parvient à surprendre encore, dans un rôle monstrueux de mamie-gâteau, dissimulant un véritable monstre de duplicité, une harpie passive-agressive, prête à tout pour arracher ses enfants à Nicole Kidman. Admirable composition de la star de 70 ans, qui parvient encore à se renouveler et à se fondre dans un rôle. Tout le monde est parfait dans cette saison, et heureusement. Car le scénario piétine souvent, se répète, retarde sans raison valable des informations cruciales afin de « faire durer », et ne possède pas l’efficacité évidente des précédents épisodes. Mais l’ensemble forme un tout passionnant, porté par la chanson-générique de Michael Kiwanuka, parfaitement fondue aux images et à l’atmosphère.

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LAURA DERN ET MERYL STREEP

 

« I AM THE PRETTY THING THAT LIVES IN THE HOUSE » (2016)

Oz Perkins est le fils d’Anthony Perkins auquel il adresse un clin d’œil en montrant un extrait de « LA LOI DU SEIGNEUR » sur un poste de TV. Il n’est d’ailleurs pas le seul Perkins au générique.PRETTY

Ceci établi, on est bien embarrassé de dire quoi que ce soit de constructif sur « I AM THE PRETTY THING THAT LIVES IN THE HOUSE » ! Film de fantômes ultra-conceptuel, comme le sera « A GHOST STORY » sorti l’année suivante, c’est un pensum incompréhensible, interminable, soporifique (qui serait capable de rester éveillé jusqu’au bout ?). Une jeune infirmière (Ruth Wilson) vient s’occuper d’une vieille romancière, jouée par une Paula Prentiss, vedette des sixties totalement méconnaissable, dans sa demeure hantée. Elle sent la présence d’une « entité », découvre des lettres jaunies et se laisse progressivement posséder par la maison. Du moins, est-ce la conclusion à laquelle on peut parvenir, car le scénario est abscons et ne donne aucune clé, ou si peu. Le pire est encore la photo, sous-exposée et verdâtre, qui tue tout espoir d’intérêt ou de mystère. On passe de pièce en pièce, accompagnés d’une musique de « rumble » oppressante, sans rien y voir, bercé par une voix « off » omniprésente qu’on finit par ne plus écouter. Les comédiens n’y peuvent pas grand-chose : Ruth Wilson sembler jouer au ralenti, Bob Balaban apparaît de temps en temps.

Le fils de Norman Bates semble lui-même hanté par ses propres fantômes, mais il n’a pas vraiment su traduire à l’écran ses obsessions et ses tourments. « I AM THE PRETTY THING… » est un film hermétique, rébarbatif, d’un ennui colossal, qui ressasse les vieux thèmes de la bâtisse dévoreuse d’âmes de « LA MAISON DU DIABLE » ou « SHINING » mais n’a certes pas les moyens de ses prétentions. À éviter.

 

« DOCTOR SLEEP » (2019)

SLEEPUne sequel à « SHINING » de Kubrick, cela semble à peu près aussi nécessaire qu’une suite à « BLADE RUNNER ». Mais par bonheur, c’est le talentueux Mike Flanagan qui a écrit et réalisé « DOCTOR SLEEP » d’après un nouveau roman de Stephen King, et sans être une grande révélation, c’est plutôt réussi.

Sur une durée de 3 heures (dans son director’s cut chroniqué ici) le film prend pour héros le petit Danny devenu grand (Ewan McGregor) et jamais remis des horreurs vécues dans son enfance. Il croise le chemin d’une ado (Kyliegh Curran) aux pouvoirs encore plus puissants que les siens et ensemble, ils affrontent une secte de succubes dévorant l’énergie de leurs victimes. Un groupe itinérant qui n’est pas sans rappeler l’équipe de vampires de « AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE ». Ce n’est que dans son dernier tiers que le film revient à ses racines et que l’hôtel Overlook rouvre ses portes. C’est avec une étrange émotion qu’on revisite les décors de Kubrick, qu’on retrouve des personnages joués par d’autres comédiens (Henry Thomas reprend le rôle de Nicholson) et qu’on revoit des scènes anthologiques re-filmées dans un nouveau contexte. C’est étrangement plaisant, car on sent l’amour de Flanagan pour l’œuvre originelle et que c’est très bien filmé. Bien sûr, la durée excessive donne l’impression de suivre une bonne minisérie TV, mais le scénario tient le coup, les CGI restent discrets et au service de l’histoire, et McGregor est très bien en alcoolique accompagnant les agonisants dans la mort. L’autre plaisir du film provient de Rebecca Ferguson en chef des « dévoreurs d’âmes », aussi imprévisible que létale. À condition de le savoir, on peut même entrevoir Danny Lloyd (l’interprète de « Doc » dans le film original), adulte et barbu en spectateur d’un match de baseball.

Il faut bien connaître « SHINING » – ou éventuellement le revoir juste avant – pour mieux profiter de « DOCTOR SLEEP » et des nombreux clins d’œil qui l’émaillent. C’est un film qu’il faut voir plus comme un hommage respectueux et réussi que comme une œuvre indépendante. Mais à condition de ne pas crier au sacrilège, on y trouve d’excellentes idées et plusieurs grandes scènes. Et la petite Curran est exceptionnelle.

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KYLIEGH CURRAN

 

« HARDCORE » (1979)

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SEASON HUBLEY ET GEORGE C. SCOTT

Écrit et réalisé par Paul Schrader, « HARDCORE » reprend la structure des films de « vigilante » pour suivre le périple d’un provincial ultrareligieux, obligé d’infiltrer l’univers du porno à L.A. et San Francisco, pour retrouver sa fille disparue lors d’un voyage scolaire.HARDCORE

Le thème est fort, le scénario ne cède pas à la surenchère ni à la violence systématique, et l’accent est mis sur l’évolution de George C. Scott, qui se plonge littéralement dans la fange et perd quelques illusions au passage. Bien sûr, c’est parfois un peu schématique : tout ce qui n’est pas le Michigan et les rigueurs de l’église calviniste est montré comme une antichambre de Sodome et Gomorrhe et les lumières rouges de Michael Chapman sont bien celles de l’enfer. Le sexe est partout, sordide, misérable, lamentable et dans sa quête, notre pauvre héros ira jusqu’à visionner un « snuff movie ». Malgré sa volonté de sérieux, Schrader qui a toujours été meilleur scénariste que réalisateur, n’évite pas toujours les facilités. Le déguisement de Scott pour faire le (faux) casting d’un film porno est franchement risible et le personnage du « privé » joué par Peter Boyle, trop présent ou pas assez, semble échappé d’un autre film et parasite quelque peu celui-ci. Mais malgré ces faiblesses et quelques longueurs, « HARDCORE » fonctionne encore, grâce en grande partie à l’intensité douloureuse de Scott, dans un de ses meilleurs rôles. Il semble constamment au bord de l’apoplexie voire de l’AVC et sa relation avec la prostituée (magnifique Season Hubley) donne d’excellentes scènes. C’est donc pour lui, pour une conclusion qui n’est pas sans évoquer « TAXI DRIVER » (dont Schrader écrivit le scénario), qu’il faut voir ce film parfois simpliste, mais porté par une espèce de rage puritaine et vengeresse assez saisissante. Le tout dernier face à face entre le protagoniste et Season Hubley, enfonce le clou : c’est une histoire où tout le monde se vaut et dont personne ne sort grandi.

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GEORGE C. SCOTT ET SEASON HUBLEY