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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« MOJAVE » (2015)

Que William Monahan ait à son palmarès les excellents scénarios de « KINGDOM OF HEAVEN » et « LES INFILTRÉS » ne doit pas leurrer le gogo trop confiant : « MOJAVE » qu’il a réalisé lui-même est une véritable catastrophe !MOJAVE

Ça se passe à Hollywood, où un réalisateur tourmenté (Garrett Hedlund) rencontre dans le désert un vagabond serial killer (Oscar Isaac habillé comme Django dans un western italien) qui va le harceler jusqu’au face-à-face final. On sent bien que cela se voudrait autobiographique, métaphysique (si, si…) et existentiel, on perçoit de lointains échos de « HITCHER », mais c’est d’une telle inertie, d’une prétention si extravagante, qu’on s’assoupit dès les premières minutes. Le dialogue ampoulé, beaucoup trop littéraire est assommant et la première rencontre entre les deux protagonistes autour d’un feu de camp westernien paraît durer des heures.

Au bout d’un court moment, on aurait juste envie de se voir une petite série B ‘gore’ et perverse avec des personnages taillés dans la masse, des affrontements bien sanglants et un final apocalyptique. À la place, on n’a qu’un petit film maladroit et ennuyeux à mourir. Si le tête-à-claques Hedlund ne fait strictement rien de son rôle de bellâtre suicidaire, si Louise Bourgoin n’a clairement rien à faire là en actrice (française, pourquoi ?) jouant Shakespeare devant un rideau turquoise (sic !), si Mark Wahlberg apparaît fugitivement en producer partouzeur et Walton Goggins joue… on ne sait pas trop quoi, la vraie déception vient d’Oscar Isaac, acteur jusqu’ici irréprochable, qui ne donne aucune dimension machiavélique à son rôle de tueur cradingue et verbeux. Il n’est pas aidé par le dialogue certes, mais quand même !

Échec sur toute la ligne donc, que ce « MOJAVE » qui possèdait a priori tous les atouts d’un « cult-movie » mais n’est finalement qu’un pseudo thriller catatonique dépourvu de la plus petite étincelle de vie.

 

« FIGHT CLUB » (1998)

FIGHT2Adapté d’un roman-culte de Chuck Palahnuick sorti en 1996, « FIGHT CLUB » bien qu’il soit sorti trois ans avant le 11 septembre, semble pourtant déjà appartenir à un imaginaire américain post-traumatique.

Le style de David Fincher agresse tous les sens dès les premières scènes, impose une image désaturée, verdâtre, des décors délabrés suintant la fin du monde. Il soûle par un mixage survolté, des voix « off » incessantes, un montage syncopé et une violence souvent difficile à supporter sur la longueur.

C’est une fable nihiliste sur une société de surconsommation fonçant droit dans le mur, sur une génération suicidaire et prête à suivre n’importe quel gourou, quitte à finir en charpie. Mais, au travers du personnage d’Edward Norton, pur produit de ce monde au bord du gouffre, c’est avant tout une étude de la schizophrénie et de la folie la plus débridée comme unique refuge. C’est souvent très brillant, extrêmement dérangeant (le trafic de graisses humaines destinées à fabriquer du savon de luxe, à soulever le cœur, mais d’une symbolique implacable), mais aussi un peu long et répétitif et cédant même au prêchi-prêcha, dès que la véritable identité du maléfique Brad Pitt est révélée, bien avant la fin et donc, un peu trop tôt.

Malgré cela, « FIGHT CLUB » se suit comme un cauchemar étrangement familier et immerge dans son univers en décomposition dans lequel on ose à peine reconnaître le nôtre. Pitt est charismatique à souhait en voyou jusqu’auboutiste, Norton tient le film sur ses épaules dans un rôle plus complexe mais moins gratifiant et Helena Bonham Carter fait une jolie composition de paumée pot-de-colle.

FIGHT

BRAD PITT, HELENA BONHAM CARTER ET EDWARD NORTON

Sans avoir la maîtrise absolue d’un « SE7EN », « FIGHT CLUB » est un bel exercice de style de la part de Fincher, qui frappe surtout aujourd’hui par sa vision prémonitoire.

 

« RAY DONOVAN » : saison 1 (2013)

RAY2On pourrait croire que « RAY DONOVAN » n’est qu’une série de plus à « high concept », c’est-à-dire les aventures hebdomadaires d’un ‘fixer’ hollywoodien dont le job est de nettoyer les bévues plus ou moins graves des célébrités alcooliques ou chnouffées. Mais au bout de quelques épisodes on constate avec bonheur que le scénario va beaucoup plus loin et que la richesse psychologique des protagonistes éclipse le cahier des charges.

C’est en fait une saga familiale. L’histoire très chargée et shakespearienne (comment ne pas penser à « King Lear » ?) d’un vieux voyou irlandais (Jon Voight) sorti de prison après vingt ans et retrouvant à L.A. ses trois fils (Liev Schreiber héros en titre, Eddie Marsan et Dash Mihok) tous aussi paumés les uns que les autres. La colonne vertébrale de la première saison s’articule autour du passé qui se révèle peu à peu, la haine de Ray envers ce père âgé, mais toujours aussi imprévisible et dangereux. Constamment inattendue, dépourvue de sentimentalisme, cruelle et drôle, la série est passionnante de bout en bout, pratiquement sans défaillance qualitative. Les comédiens récurrents sont tous meilleurs les uns que les autres et on retrouve çà et là des grandes figures des années 70 et 80 comme Elliott Gould, Rosanna Arquette, Paul Michael Glaser, Denise Crosby ou James Woods fabuleux en vieux flingueur haineux. Sans oublier Steven Bauer superbe en ex- agent du Mossad devenu homme-à-tout-faire de Ray. Liev Schreiber quant à lui, n’a jamais été aussi convaincant que dans ce personnage pétri de contradictions.

Réalisés par des gens de talent comme John Dahl, Daniel Attias ou Michael Apted, ces 12 épisodes sont une remarquable introduction à un univers très singulier, un regard sur un monde « underground », corrompu, où le « héros » n’hésite pas à tuer de sang-froid, à faire chanter des agents du FBI, à torturer un prêtre, tout en demeurant attachant et profondément humain.

RAY

JON VOIGHT ET EDDIE MARSAN

Dans un casting uniformément idéal, on retiendra le toujours extraordinaire Marsan, en frère aîné, ex-boxeur atteint de Parkinson, au sens moral encombrant. Et Voight, dans un rôle maléfique digne de Christopher Walken, dans une forme physique qui dément ses 75 ans.

 

« MR. WOLFF » (2016)

Avec son titre original déroutant (« LE COMPTABLE » !), « MR. WOLFF » se présente au premier abord comme un thriller d’espionnage. Mais rapidement, on se rend compte que le film de Gavin O’Connor a d’autres ambitions.WOLFF

Si le scénario très embrouillé, alourdi de flash-backs, n’est pas toujours d’une folle clarté, si les enjeux mettent un temps fou à émerger d’une narration elliptique, le film révèle enfin sa raison d’être quand on comprend qu’il s’agit de créer le premier super-héros autiste de l’Histoire du 7ème Art ! Mélange de Rain Man et de Juge Dredd, Ben Affleck fait oublier son piteux Batman en composant un personnage crédible, attachant et impalpable de génie mathématique doublé d’un flingueur redoutable et même… d’un amateur d’art contemporain ! On enchaîne donc les séquences d’action, de combats à mains nues, de fusillades au gros calibre, le suspense se nourrit de lui-même en renouant les fils du passé de chacun au fur et à mesure. Ça sent par moments le script un peu trop retravaillé et certains coups de théâtre (l’identité réelle de Jon Bernthal ou de la « voix » féminine qui assiste Affleck) sont téléphonés des heures à l’avance, tuant un peu le plaisir. Mais dans l’ensemble, cela fonctionne, on ne s’ennuie jamais et Affleck tient son personnage du début à la fin sans dérapage.

Autour de lui, la mignonne Anna Kendrick, les vétérans J.K. Simmons, Jeffrey Tambor et John Lithgow un peu sous-employés.

« MR. WOLFF » est donc un thriller très bien fichu, avec un « tout petit supplément d’âme » apporté par son héros, présenté non pas comme une victime mais comme un justicier atypique. Il se passe – et il se dit – tellement de choses en deux heures, que le film supportera la re-vision sans aucun problème !

 

« NOCTURNAL ANIMALS » (2016)

Les films parlant de création, d’écriture, sont rarement accessibles à un public large et demeurent confinés dans un créneau « arty ». On pense bien sûr à « PROVIDENCE » de Resnais, « BARTON FINK » des Coen, voire pour les plus « commerciaux » : « SHINING » ou « MISERY ».NOCTURNAL

« NOCTURNAL ANIMALS » réussit l’exploit de ratisser large, tout en préservant son intégrité artistique et son ambition. Le scénario de Tom Ford suit deux lignes parallèles qui se rejoignent à la conclusion : la fin du mariage d’une galeriste à la mode (Amy Adams), qui reçoit le manuscrit de son ex-mari (Jake Gyllenhaal) qu’elle n’a pas revu depuis vingt ans. En lisant ce qui semble être un polar rural d’une violence extrême, bien loin de l’image romantique qu’elle gardait de lui, elle imagine le héros avec les traits de Gyllenhaal. Et comprend peu à peu que le roman est une transposition cathartique du mal qu’elle lui a fait jadis et qui a transformé « à la dure » sa personnalité. C’est donc l’art et en l’occurrence la littérature, comme arme de revanche, voire de vengeance. C’est toute l’originalité de ce sujet prenant, intelligent, d’une rare subtilité, qui parvient aussi bien à passionner pour son suspense « policier » très dérangeant que pour l’existence glacée et solitaire de son héroïne.

Les comédiens sont tous exceptionnels. Amy Adams, ambitieuse et égoïste (son ultime gros-plan au restaurant lui vaudrait presque l’Oscar), Gyllenhaal d’une extrême intensité, qu’il joue le jeune homme idéaliste et hypersensible dans les flash-back, ou le quidam assoiffé de vengeance du roman. Et le plaisir de retrouver Michael Shannon en shérif rongé par le cancer, Aaron Taylor-Johnson (« KICK-ASS ») méconnaissable en voyou psychopathe, sans oublier Laura Linney magnifique dans une seule séquence, en mère froidement lucide.

Il ne faut pas trop parler du contenu de « NOCTURNAL ANIMALS » pour ne pas en dévoiler les secrets. Mais c’est un film à voir absolument.

 

« MONIKA » (1953)

MONIKA« MONIKA », sous ses dehors de fable bucolique et sensuelle sur le premier amour de deux adolescents et leur découverte de la liberté, est – à n’en pas douter une seconde – bel et bien une œuvre d’Ingmar Bergman.

Un jeune manutentionnaire rêveur (Lars Ekborg) tombe amoureux d’une toute jeune fille fantasque (Harriet Andersson). Malheureux chez eux, ils s’enfuient en bateau sur une presqu’île et passent un été magique, seuls au soleil, à faire l’amour, à se découvrir l’un l’autre, à échafauder des projets. Mais ce séjour au jardin d’Éden s’obscurcit à mesure que l’automne approche : la violence d’abord, avec l’intrusion de l’ex de ‘Monika’, qui s’achève en bagarre sanglante, puis la « vraie vie » qui fait irruption quand elle apprend qu’elle est enceinte. Ils décident alors de retourner en ville et de se marier. À partir de là, la belle et pure histoire d’amour part en lambeaux, rattrapée par la médiocrité du quotidien, l’amour qui s’effiloche, la paresse et les trahisons de Monika.

La dégringolade est minutieusement décrite par un Bergman à l’œil affuté, cruel et peut-être légèrement misogyne. La charmante et potelée Monika, qu’on ne voit plus avec les yeux de l’amour, apparaît soudain moins sexy, moins intelligente, plus vulgaire et ingrate. Et quand le pauvre mari cocu se retrouvera seul avec son bébé dans les bras, il repensera à ce si bel été au paradis avec nostalgie. Mais le reflet que lui renvoie le miroir dans la rue, n’est plus celui d’un gamin amoureux, mais d’un homme presque déjà vieux.

« MONIKA » est un beau film dont les thèmes font progressivement surface, dont les personnages se révèlent peu à peu tels qu’ils sont. Harriet Andersson est extraordinaire de joie-de-vivre, mais aussi de stupidité crasse. Elle maintient constamment l’équilibre pour ne pas rendre Monika haïssable. Lars Ekborg (qui évoque parfois Leonardo DiCaprio) est d’une sobriété et d’une profondeur jamais prises en défaut. Encore un film sur le couple, en fin de compte, sur les illusions perdues, sur la fin de la jeunesse, d’un pessimisme qui laisse des traces.

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LARS EKBORG ET HARRIET ANDERSSON

 

« LE VILLAGE » (2004)

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JOAQUIN PHOENIX ET BRYCE DALLAS HOWARD

Après le succès du « SIXIÈME SENS », l’intrigant « INCASSABLE », le cinéma de M. Night Shyamalan est devenu de moins en moins convaincant, jusqu’à ce que le nom du réalisateur sur un projet serve quasiment de repoussoir.VILLAGE2

Aussi la re-vision de « LE VILLAGE » est-elle une heureuse et surprenante surprise.

Dans une ambiance très « sorcières de Salem », l’auteur-réalisateur développe un scénario empreint de mystère, de maléfices et de superstitions. Qui se veut aussi une fable sur le totalitarisme qui enferme (pour son bien) le peuple dans la peur. Bien sûr, l’histoire ne supporte pas l’analyse approfondie une seule seconde et s’avère totalement invraisemblable, voire aberrante, mais le charme opère tout de même. La « chute », marque de fabrique de Shyamalan, n’est pas trop compliquée à voir venir, mais cela reste malgré tout envoûtant, insolite et même par moments fascinant. Le casting est de tout premier choix. Autour des excellents jeunes premiers Bryce Dallas Howard parfaite en aveugle héroïque et Joaquin Phoenix en garçon intense et taiseux, que de grosses pointures comme Sigourney Weaver, Cherry Jones, Brendan Gleeson, Adrien Brody crédible en idiot du village imprévisible et surtout William Hurt meilleur qu’il n’avait été depuis bien longtemps.

Le film est truffé de belles idées visuelles (la silhouette du « monstre de la forêt »), d’ambiances brumeuses, mais aussi de séquences maladroitement filmées (la confrontation entre l’héroïne et le dit-monstre). La fin gâche un peu le plaisir par sa naïveté enfantine et ses bons sentiments bêlants, mais l’un dans l’autre « LE VILLAGE » est un des meilleurs films de Shyamalan qui a su créer un univers singulier et cohérent et le peupler de personnages tous intéressants.

Un film un peu décrié à sa sortie (mais à l’époque, tout le monde voulait qu’il surpasse « LE SIXIÈME SENS » et il ne pouvait donc que décevoir) à redécouvrir à tête reposée, donc.

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SIGOURNEY WEAVER ET BRYCE DALLAS HOWARD