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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« DÉSIRS HUMAINS » (1954)

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GLORIA GRAHAME ET GLENN FORD

Déjà adapté par Jean Renoir en 1938, le roman « LA BÊTE HUMAINE » d’Émile Zola connaît une nouvelle version, américaine cette fois, sous la direction de Fritz Lang.DESIRE

« DÉSIRS HUMAINS » est un ‘film noir’ dans la grande tradition, avec une « bad girl » poussant son amant naïf à tuer son mari, mais le scénario est très édulcoré : la folie du personnage central, le cheminot joué par Glenn Ford est complètement oblitérée, le dénouement terrible a été considérablement allégé et au bout du compte, seule la garce Gloria Grahame paiera pour ses péchés. De ce côté-là, le film est décevant, voire agaçant, par sa volonté d’américaniser ce sujet à l’implacable noirceur. Ford n’a vraiment rien à voir avec le personnage du roman : c’est un vétéran de la Corée, affable et crédule, manipulé par une femme qui l’obsède, mais qui saura s’arrêter juste à temps. À se demander quel est maintenant l’intérêt de cette histoire. C’est néanmoins très bien confectionné, la direction d’acteurs est sans reproche : Ford, dans son emploi habituel de brave type, Broderick Crawford, le visage suant, bouffi d’alcool, en mari jaloux et violent. Dans cette version, la « bête humaine », c’est lui ! Il fait vraiment peur par moments. Mais le film est un véritable festival Gloria Grahame, alors dans la plus belle partie de sa carrière. Elle est magnifique de duplicité, au point qu’on ne sait jamais exactement où commencent et finissent ses mensonges. Du début à la fin, elle oscille entre la femme battue fragile, à la merci des hommes et la tireuse de ficelles sans aucun scrupule. Du grand art et un des meilleurs rôles de cette comédienne sous-estimée, qui a pourtant fortement marqué le genre.

Un bon film donc, indéniablement, à ne pas comparer toutefois au Renoir, car il n’en sort pas à son avantage. L’espèce de « happy end » est excessivement plat et forcé et dénature le film tout entier.

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BRODERICK CRAWFORD, GLORIA GRAHAME ET GLENN FORD

 

« SKYFALL » (2012)

SKYFALL« SKYFALL » est le 3ème 007 de l’ère Daniel Craig et, c’est très subjectif, un des meilleurs de toute la franchise, tout en étant le plus atypique.

À la base, c’est la banale histoire d’un ex-espion (Javier Bardem) vendu à l’ennemi par « M » (Judi Dench) et obsédé par l’idée de se venger. Le scénario très alambiqué et bourré de péripéties, implique James Bond qui commence à souffrir d’obsolescence, à l’image de Sean Connery dans « JAMAIS PLUS JAMAIS ». Les auteurs s’offrent le luxe de révéler son passé d’orphelin écossais (clin d’œil au même Connery ?) tout en développant une relation mère/fils avec sa patronne. C’est un réalisateur ambitieux, Sam Mendes, qui est aux manettes, un chef-opérateur haut-de-gamme comme Roger Deakins qui éclaire. Autant dire que « SKYFALL » offre du grand spectacle, des poursuites époustouflantes, des bagarres ultra-brutales et quelques images à filer le frisson, comme ce plan où Bardem révèle son visage complètement défiguré et des séquences d’anthologie comme la bataille dans la maison de famille des Bond. Craig est maintenant parfaitement identifié au personnage. À 44 ans, il incarne un 007 usé et faillible très intéressant. Et c’est un bonheur de voir Judi Dench, magnifique, dans un rôle central à l’action. Dans un cast brillant, dominé par un Bardem flamboyant, en roue-libre, on reconnaît Naomie Harris en Moneypenny, Albert Finney en garde-chasse, Ralph Fiennes en bureaucrate pas si antipathique qu’il n’en a l’air et Rory Kinnear qui reprend son rôle de bras-droit pour la troisième fois.

Pas une seconde d’ennui ou de redondance dans « SKYFALL », et ce sur plus de deux heures. Même les poursuites sont palpitantes ! On a même droit – et c’est vraiment la grande révolution – à une scène ouvertement gay entre Craig et Bardem, où Bond laisse entendre que peut-être… peut-être… Mais n’en disons pas davantage ! « SKYFALL » est vraiment un grand Bond et un remarquable film d’action.

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DANIEL CRAIG, BÉRÉNICE MARLOHE, NAOMIE HARRIS, JAVIER BARDEM ET JUDI DENCH

 

« SHARP OBJECTS » (2018)

SHARPAdapté en 8×52 minutes d’un roman de Gillian Flynn, réalisé par le canadien Jean-Marc Vallée, « SHARP OBJECTS » sous son apparence d’enquête policière provinciale à la recherche d’un serial killer, brosse un panorama cauchemardesque de la famille et de l’amour maternel.

Amy Adams, journaliste de St. Louis revient dans sa ville natale du Sud pour écrire un article sur la mort atroce de deux adolescentes. Elle retrouve sa mère riche et puissante (Patricia Clarkson), sa demi-sœur (Eliza Scanlen) au comportement bizarre, le shérif local (Matt Craven) et un flic venu de la grande ville (Chris Messina) qui ne lui déplaît pas. La première originalité c’est d’abord l’héroïne elle-même : alcoolique, scarifiée des pieds à la tête, gravement borderline, elle est hantée par la mort de sa jeune sœur survenue pendant l’enfance, par le remords, l’insécurité. C’est sans doute le meilleur rôle d’Amy Adams (également productrice) qui parvient à façonner un personnage humain en trois dimensions. Si le scénario, bien que toujours intéressant, semble étiré et répétitif comme c’est souvent le cas dans ce genre de production, si le montage est parfois trop encombré de chichis antédiluviens (flash-backs furtifs, flash-forwards démobilisants), le point fort qui maintient l’intérêt pendant huit heures, demeure l’interprétation : Clarkson est absolument magistrale dans ce personnage de « belle du Sud » instable, doucereuse et de plus en plus inquiétante. Quant à Eliza Scanlen, jeune comédienne australienne à suivre, elle crève l’écran dans un rôle d’une complexité inouïe, qui prend toute sa dimension dans le dernier – et meilleur – épisode. Intitulé « LAIT », il est littéralement glaçant, parvient à créer un suspense insoutenable et à préserver le malaise bien après la résolution de l’enquête et l’arrestation des coupables. Jusqu’à cette chute finale, qui n’a rien d’un « twist » gratuit et facile, qui fait tout basculer dans l’horreur véritable.

À voir absolument donc, ce « SHARP OBJECTS », pas irréprochable, mais qui vaut largement le coup d’œil.

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PATRICIA CLARKSON, ELIZA SCANLEN ET AMY ADAMS

 

« TERRE SANS PARDON » (1956)

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CHARLTON HESTON, ANNE BAXTER ET ELAINE STRITCH

« TERRE SANS PARDON » de Rudolph Maté, condense en moins de 100 minutes, un scénario qui aurait parfaitement pu être développé en minisérie, tant il est bourré jusqu’à la gueule d’événements, de revirements, de conflits, de coups de théâtre.TERRE

Après la guerre de sécession, l’officier Charlton Heston retourne sur ses terres en Arizona avec la femme qu’il vient d’épouser (Anne Baxter) et dont il ignore le passé de prostituée. Il retrouve ses fidèles vaqueros, son frère manchot (Tom Tryon) qui le hait et se confronte aux « carpetbaggers » (des profiteurs nordistes dépouillant les ranchers du Sud déjà ruinés). L’histoire et le background historique sont très bien agencés, les décors évocateurs, les passions exacerbées et surtout, l’ensemble du casting est un sans-faute. Heston est idéalement casté en macho psychorigide qui se fendille progressivement, Anne Baxter est excellente dans la duplicité puis le courage, Tryon n’a sans doute jamais été meilleur et on retrouve des « gueules » familières comme Gilbert Roland en employé loyal au verbe fleuri, Robert Blake jouant son fiston, Forrest Tucker en pistolero déplaisant, Elaine Stritch, parfaite en « madame » blasée. « TERRE SANS PARDON », grâce à une écriture soignée, particulièrement le dialogue absolument pas daté et à des situations conflictuelles intelligemment gérées, se laisse regarder aujourd’hui avec intérêt et même émotion parfois. Il s’inscrit dans la carrière de Heston entre « LES DIX COMMANDEMENTS » qui venait d’en faire une star de premier plan et « LA SOIF DU MAL » qui marquait son entrée dans un cinéma plus ambitieux. Le western de Maté n’est certainement pas leur égal, mais dans son modeste créneau, c’est une jolie réussite, adulte et ambitieuse.

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ROBERT BLAKE, ANNE BAXTER, CHARLTON HESTON ET GILBERT ROLAND

 

« DR. JEKYLL ET MR. HYDE » (1941)

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SPENCER TRACY

« DR. JEKYLL ET MR. HYDE » de Victor Fleming, adapté de l’œuvre de R.L. Stevenson, est une des meilleures versions de ce mythe schizophrène par excellence, grâce à un scénario au cordeau et à la présence de Spencer Tracy qui nuance son rôle à double face.HYDE2

Contrairement à la version de 1931, l’affable – mais quelque peu obsessionnel Jekyll – ne se transforme pas en monstre simiesque lors de ses métamorphoses, il devient simplement très laid, violent et sadique. Ses méfaits sont résumés à un huis clos avec Ingrid Bergman, qu’il séquestre dans un appartement pour en faire une femme battue terrorisée, à la merci de sa démence. Jekyll lui, est beaucoup plus sympathique certes, mais ce n’est pas non plus un ange auréolé. Avec son inimitable naturel, son faciès à la fois quelconque et très expressif, Tracy donne une de ses meilleures interprétations. Ses scènes avec Bergman, formidable en brave fille joviale et enjouée réduite à une pauvre chose couverte d’ecchymoses, sont vraiment saisissantes encore aujourd’hui, en montrant très peu, mais en suggérant beaucoup. Lana Turner, ravissante, joue la jeune fiancée du bon docteur, patiente et amoureuse. Tous les seconds rôles sont bien dessinés et interprétés. Mais c’est vraiment le parcours mental de Jekyll qui passionne ici, parce qu’il demeure constamment mesuré et crédible, que les trucages assez rudimentaires (de simples fondus-enchaînes sur des gros-plans de visage) sont étonnamment efficaces et que la photo magnifique de Joseph Ruttenberg épouse idéalement le thème du film, ajoutant un soupçon d’horreur avec parcimonie.

Un très beau film donc, qui en dit long sur l’éclectisme de Fleming qui avait tourné les années précédentes deux classiques de l’importance de « AUTANT EN EMPORTE LE VENT » et « LE MAGICIEN D’OZ ». Celui-ci ne dépare pas dans la liste !

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INGRID BERGMAN, SPENCER TRACY ET LANA TURNER

 

« THE HI-LO COUNTRY » (1998)

HILOInspiré du roman de Max Evans, « THE HI-LO COUNTRY » fut longtemps un projet cher à Sam Peckinpah. C’est d’ailleurs Walon Green, son scénariste de « LA HORDE SAUVAGE » qui a signé l’adaptation. Il fallut de longues années avant que le film ne fût tourné par l’anglais Stephen Frears.

Deux amis cowboys, l’exubérant et indomptable Woody Harrelson et le discret Billy Crudup reviennent de la WW2 et s’associent contre un puissant rancher (Sam Elliott) qui industrialise le Nouveau-Mexique. Les deux gaillards sont amoureux de la même femme (Patricia Arquette) qui choisit l’aîné. Voilà en gros l’argument. Et il faut bien dire que le film demeure anecdotique, ne transcende jamais son sujet et passe énormément de temps à entrer et sortir de saloons, à cadrer des échanges de regards menaçants ou concupiscents, sans réellement prendre vie. Très bien photographié, porté par la BO de Carter Burwell qui laisse planer sur toutes les séquences une impression de catastrophe imminente, « THE HI-LO COUNTRY » se laisse voir sans difficulté, malgré un rythme monotone et des comédiens plutôt bons, mais jamais vraiment inspirés. Harrelson se dépense beaucoup pour animer tout cela et y parvient parfois grâce à la folie qu’on peut lire dans son regard. Crudup est bien mais assez transparent comme toujours, Arquette n’est pas judicieusement castée en femme fatale rendant fous tous les hommes et Penélope Cruz est bien mignonne en gentille Mexicaine amoureuse. Quant à Elliott, on peine toujours à le reconnaître sans son énorme moustache. Il se contente ici de sourires gourmands et auto-satisfaits sous son Stetson.

« THE HI-LO COUNTRY » n’a rien de déshonorant, mais les thèmes éminemment peckinpiens des temps qui changent, de la fin du vieil Ouest et de l’amitié entre hommes, sont à peine survolés, optant plutôt pour le mélodrame en plein-air légèrement anémié.

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PATRICIA ARQUETTE, BILLY CRUDUP, WOODY HARRELSON ET PENÉLOPE CRUZ

 

« SIESTA » (1987)

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ELLEN BARKIN

Adapté d’un roman de Patrice Chaplin, « SIESTA » est le premier long-métrage de la clipeuse Mary Lambert à qui on devra « SIMETIERRE ». Le thème, celui d’une NDE (Near Death Experience), aurait fait un excellent « court » de 26 minutes, mais le scénario est délayé, étiré jusqu’aux extrêmes limites du possible et le dialogue prétentieux, n’arrange pas les choses.SIESTA2

Il est facile de se gausser d’un tel film, de ses tics « années 80 », de ses vaines coquetteries, de son montage antédiluvien, mais qu’on le veuille ou non, et malgré tout, la magie opère par instants, par flashes. La BO de Miles Davis y est sûrement pour quelque chose, tout comme l’atmosphère presque palpable de ces villages espagnols écrasés de soleil, de ces bâtisses en ruines où erre Ellen Barkin. Seule vraie raison de découvrir « SIESTA », la singulière comédienne à la blondeur sauvage et au corps félin, habite littéralement chaque image. Son rôle n’est pas facile (ATTENTION : SPOILER !), c’est celui d’une âme à la dérive, d’une morte qui ignore qu’elle l’est et qui avance à l’aveugle dans un cauchemar de plus en plus opaque et suffocant. Elle croise une bande de mondains décadents échappés de « LA DOLCE VITA » : l’agaçant Julian Sands, Jodie Foster affublée d’un accent anglais improbable et même Grace Jones qui abrite un rat dans sa robe. Elle retrouve son amant Gabriel Byrne pas très bien casté en bellâtre espagnol et la femme de celui-ci, Isabella Rossellini excessivement jalouse. On aperçoit aussi Martin Sheen en mari largué. Oui, qu’on le veuille ou non, « SIESTA » possède une réelle identité, offre plusieurs fulgurances, mais il est vraiment très daté, parfois un brin ridicule dans ses excès. À voir toutefois, pour Barkin dans sa robe rouge, fantôme parmi les fantômes, sur les notes obsédantes du grand Miles. Quelques bons grains en somme, dans beaucoup trop d’ivraie !

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GABRIEL BYRNE, ISABELLA ROSSELLINI ET ELLEN BARKIN

 

« ACCIDENT » (1967)

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DIRK BOGARDE ET JACQUELINE SASSARD

« ACCIDENT » est un des quatre films que Joseph Losey tourna sur un scénario du grand dramaturge Harold Pinter, qui a adapté un roman de Nicholas Mosley.ACCIDENT

Cela se passe à Oxford et prend pour centre d’intérêt une étudiante autrichienne (la française Jacqueline Sassard) qui réveille la libido de trois hommes apparemment rangés : son professeur Dirk Bogarde dont l’épouse (Vivien Merchant) attend un troisième enfant, l’étudiant Michael York qu’elle tient à distance et le recteur Stanley Baker devenu son amant. Le film démarre sur un accident de voiture qui coûte la vie de York et se poursuit en flash-back sur les circonstances qui ont mené à ce drame. Mais rien n’est aussi simple que ce résumé. Pinter oblige, on erre dans le non-dit, on patauge dans les passions réprimées, les pulsions enfouies, les amours refoulées. Les personnages passent un week-end ensemble à la campagne, où des choses infimes s’expriment par des regards qui se détournent, des sourires esquissés. Ça pourrait être fastidieux, mais la photo de Gerry Fisher est vraiment belle, les gros-plans de Losey sont expressifs et tous les comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes dans des rôles pas toujours clairement définis. Bogarde, roi de l’ambiguïté, à la fois intelligent, pleutre et hypocrite, Baker en macho pas très finaud, Sassard à l’impavide visage de Sphynx, Merchant magnifique comme toujours en épouse au foyer subtile. On voit Delphine Seyrig dans une séquence à Londres, en ex-maîtresse de Bogarde aussi belle que creuse, comme un spectre du passé.

Il serait exagéré d’affirmer que « ACCIDENT » est passionnant. On s’y ennuie poliment, on se laisse porter sans résistance, séduits par la maîtrise du tandem Losey/Pinter et la placide perversion de leur univers feutré.

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STANLEY BAKER, VIVIEN MERCHANT ET DIRK BOGARDE

 

« LE TESTAMENT CACHÉ » (2016)

SECRET2Écrit et réalisé par l’irlandais Jim Sheridan, qui connut son heure de gloire dans les années 90, « LE TESTAMENT CACHÉ » est adapté d’un roman de Sebastian Barry et se déroule sur deux époques : la WW2 où se noue le drame de l’héroïne (Rooney Mara), qu’on retrouve après 40 ans passés dans un hôpital psychiatrique, sous les traits de Vanessa Redgrave.

Malgré son ancrage dans un contexte historique très précis et une vision bien peu glorieuse des institutions et mentalités du pays, c’est un pur mélodrame, qui ne recule devant aucune grosse ficelle, aucun coup de théâtre pour narrer le chemin de croix d’une jeune femme indépendante et libre, qui va se heurter aux désirs d’un prêtre (Theo James) qui va ruiner sa vie, à l’amour absolu dans les bras d’un pilote (Jack Reynor) avant d’être anéantie par l’isolement et les électrochocs. Pas de quoi rire donc, dans « LE TESTAMENT CACHÉ » ! Mais l’intensité de l’excellente Mara au beau visage anguleux et au regard limpide, la finesse de composition de Redgrave, donnent une belle texture au film. La réalisation de Sheridan est sobre, effacée, mais garde une ampleur qui l’arrache au look téléfilm et l’épilogue, même si on finit par le voir venir, est extrêmement émouvant. Autour des deux comédiennes, Eric Bana est parfait en psy s’intéressant au cas de la vieille femme, avant de se rendre compte qu’il est lui-même impliqué dans le drame de sa vie, Susan Lynch offre son regard généreux et plein d’empathie à un personnage anonyme d’infirmière. Les petits rôles de tourmenteurs sont tous idéalement campés.

Sans être un grand film, « LE TESTAMENT CACHÉ » est une œuvre sincère et sérieuse, il parle de l’oppression de la femme, de la haine ordinaire, de l’hypocrisie des religions, de la résilience, sous des dehors de mélo décomplexé.

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THEO JAMES ET ROONEY MARA

 

« UNORTHODOX » (2020)

UTX2Inspirée de faits réels, réalisée par Maria Schrader, la minisérie allemande « UNORTHODOX » fait partie de ces (rares) petits miracles qu’offrent les productions Netflix.

Vivant dans une communauté hassidique fermée sur elle-même, où les femmes n’ont que le droit de se taire et de procréer, la jeune Shira Haas est incapable de communiquer avec son mari (Amit Rahav) encore plus inexpérimenté qu’elle. Aussi s’enfuit-elle à Berlin où vit sa mère (Alex Reid) qui ne l’a pas élevée. C’est là-bas qu’elle va s’ouvrir à la vie et enfin connaître la liberté. Sujet simple mais magnifiquement écrit, scénario construit sur deux niveaux : le passé récent à Brooklyn, le mariage, l’étouffement, qui mèneront la jeune femme à tout abandonner et le temps présent en Allemagne, ses nouvelles rencontres, la révélation de ses talents musicaux. Sans oublier une menace au-dessus de sa tête : son mari accompagné d’un cousin violent et dépravé (Jeff Wilbusch), bien décidé à la récupérer. La minisérie est dense, dépaysante, passionnante sur le plan humain. On aborde de façon universelle la place de la femme dans le monde, les ravages de la religion, le pardon. De grands thèmes parfaitement développés n’excluant jamais l’émotion. Il faut dire que « UNORTHODOX » bénéficie de la présence de Shira Haas, à l’étrange physique androgyne, presque enfantin, dont l’intensité ne se dément pas durant les 4 épisodes. Forte et fragile, naïve et déjà mûre pour son âge (l’actrice israélienne a 25 ans, mais joue un personnage de 19), elle tient le film sur les épaules avec une maestria époustouflante. Il y a longtemps qu’on avait vu une telle révélation. Des séquences comme le bain dans le lac où elle ôte sa perruque traditionnelle ou son passage au conservatoire où elle chante a capela, sont bouleversantes.

À voir toutes affaires cessantes donc, ce « UNORTHODOX » simple, limpide, brillant d’intelligence de bout en bout.

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SHIRA HAAS