RSS

Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« BROTHERS » (2009)

En 2004 sortait « BRØDRE » un remarquable film danois. Aussi, quand cinq ans à peine plus tard s’annonce le remake américain « BROTHERS », ne le voit-on pas forcément d’un bon œil. Le nom de Jim Sheridan à la réalisation et la richesse du casting rassurent quelque peu et éveillent même une certaine curiosité. Et tant mieux ! Car le remake vaut largement l’original et si son existence ne s’imposait pas, il mérite largement le coup d’œil.BROS.jpg

Tobey Maguire, un marines, part en Afghanistan laissant sa femme (Natalie Portman) et ses deux petites filles. Porté disparu, il laisse la place à son frère le « bad boy » Jake Gyllenhaal, mal-aimé de la famille, qui va progressivement prendre avantageusement sa place. Seulement Maguire n’est pas mort et c’est un homme transformé en spectre par la détention, qui revient parmi les siens. Sujet fort, très bien développé, sans trop d’artifices mélodramatiques et évitant tous les lieux-communs. Ainsi, la fille aînée, l’extraordinaire Bailee Madison à la maturité de jeu stupéfiante, est-elle traitée avec la profondeur d’un personnage adulte, sans aucun cliché ou condescendance. Si Gyllenhaal est excellent, Portman touchante, si Sam Shepard et la toujours parfaite Mare Winningham sont de crédibles parents, la vraie surprise du film vient de l’habituellement falot Tobey Maguire, qui fait une composition époustouflante. Le changement entre l’officier serein du début et le survivant décharné et paranoïaque de la fin est à peine croyable. La scène du dîner d’anniversaire où il affronte sa fille, est d’une tension insoutenable.

À voir donc, ce remake, en surmontant l’antipathie suscitée par ce genre de produit. Il n’ôte rien à la force du film original, mais apporte quelques nuances intéressantes et parvient à impliquer émotionnellement et à atteindre l’universalité.

Publicités
 
8 Commentaires

Publié par le 10 décembre 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, FILMS DE GUERRE

 

« SOURCE CODE » (2011)

Le pitch de départ de « SOURCE CODE » est à la fois sa grande force et sa principale faiblesse. Force, parce que l’idée est ingénieuse, forte et originale. Faiblesse parce qu’il faut bien l’expliquer à un moment donné et que c’est là que ça devient TRÈS confus. C’est le pauvre Jeffrey Wright qui s’y colle dans un long monologue abscons et on souffre pour lui !CODE

Réalisé par Duncan Jones, « SOURCE CODE » est une sorte d’avatar de « UN JOUR SANS FIN » à la sauce sci-fi et suspense. Le héros, un soldat campé par Jake Gyllenhaal se retrouve sans arrêt dans le même train de banlieue, pendant huit minutes d’affilée chaque fois et dans la peau de quelqu’un d’autre, pour empêcher un attentat à la bombe. À chaque « voyage », il progresse dans son enquête pour retrouver le coupable, il tombe amoureux de sa voisine Michelle Monaghan. Quand il revient dans une sorte de caisson plus ou moins étanche, il comprend peu à peu qu’il ne fait plus tout à fait partie du monde des vivants. Mais ne spoilons pas au-delà de cette phrase !

Malgré ses complications scénaristiques et une fin extrêmement embrouillée, « SOURCE CODE » fonctionne par son mouvement permanent, de bonnes scènes de paranoïa et surtout par l’énergie forcenée déployée par Gyllenhaal qui parvient à rendre tout cela à peu près crédible. Autour de lui, de bons comédiens comme Vera Farmiga en officier compassée et Wright, déjà cité, en scientifique ambitieux et odieux.

Un bon film que « SOURCE CODE », pas toujours très lisible, mais qui emporte l’adhésion par sa puissance narrative et un montage hyper-efficace.

 

« NE T’ENDORS PAS » (2016)

WAKE.jpgEn matière de fantastique, entre l’horreur et le paranormal, Mike Flanagan commence à avoir un joli palmarès et un ton très personnel, dont les références sont décelables mais jamais gênantes.

« NE T’ENDORS PAS », par la présence d’un petit garçon aux pouvoirs étranges, renvoie à Stephen King, mais le film possède sa petite musique, faite de poésie teintée d’angoisse et privilégiant la double-lecture de ses séquences de trouille, bien moins gratuites que ce qu’on a l’habitude de voir. C’est évidemment plus gratifiant, plus intelligent aussi. Et les personnages, comme souvent chez cet auteur, ont une véritable épaisseur humaine, un passé, qui les ancrent dans le réel et permettent l’identification, donc une peur plus concrète et profonde. « NE T’ENDORS PAS » est court, percutant, visuellement soigné mais sans ostentation et surtout, très bien joué par Kate Bosworth en jeune mère endeuillée flirtant dangereusement avec les pires transgressions, Thomas Jane très attachant dans le rôle de son mari, Annabeth Gish en assistante sociale pas très perceptive et le petit Jacob Tremblay d’une irréprochable justesse.

Suspense psychanalytique sur l’enfance ravagée, le non-dit et l’autodestruction, « NE T’ENDORS PAS » est une petite production qui ne paie pas de mine, mais passionne le temps qu’elle dure et donne à réfléchir après le mot « FIN ». Ce n’est pas très courant et d’autant plus méritoire. Flanagan confirmera son talent avec le téléfilm « JESSIE »(d’après Stephen King, c’était inévitable !) et surtout la splendide minisérie « THE HAUNTING OF HILL HOUSE » qui l’installera comme un des nouveaux piliers du genre.

WAKE3

KATE BOSWORTH, JACOB TREMBLAY ET THOMAS JANE

 

« LA PROMESSE » (2016)

Situé à l’aube de la WW1, « LA PROMESSE » de Terry George retrace le génocide arménien de façon très lisible et frontale, sans exagérer les aspects mélodramatiques, ni se transformer en cours d’Histoire fastidieux. Le scénario, bâti autour d’un triangle amoureux, rappelle celui de « DOCTEUR JIVAGO », transposé dans cette terrible période.PROMISE

Le film doit beaucoup à Oscar Isaac, qu’on suit depuis son petit village jusqu’à Constantinople où il poursuit des études de médecine. Pris dans la tourmente de la guerre, il tombe amoureux de la très mignonne et lumineuse Charlotte Le Bon, fiancée à Christian Bale, reporter américain tête brûlée, seul à couvrir les événements tragiques du massacre du peuple d’Arménie.

Cela dure plus de deux heures, la réalisation est efficace mais effacée, à l’inverse de ce qu’aurait fait un David Lean. On s’identifie instantanément au personnage de ‘Mikael’ grâce au jeu fiévreux mais contenu du décidément toujours parfait Isaac. « LA PROMESSE » parvient à faire comprendre les rouages politiques, les forces en présence, à montrer l’horreur du massacre sans céder à la violence excessive. C’est peut-être parfois un peu trop « sage » et raisonnable. Quelques images-choc auraient sans doute généré de salutaires électrochocs. Mais des séquences comme l’éradication du village ou la fuite sur le navire français sont très fortes et bien conçues. Dans un cast sans défaut, on retiendra Shohreh Aghdashloo, émouvante en mère-courage, Angela Sarafyan en épouse malchanceuse et même Jean Reno barbu dans une fugitive apparition en capitaine magnanime.

Pas un chef-d’œuvre cinématographique, c’est certain, mais un film ample, sérieux, esthétiquement soigné sans ostentation, à voir pour s’instruire et pour la belle performance de son acteur principal.

 

« HÉRÉDITÉ » (2018)

Auréolé d’un formidable bouche-à-oreille, d’une réputation de « film d’horreur définitif du 21ème siècle », comparé à « L’EXORCISTE », « HÉRÉDITÉ » du jeune Avi Aster avait tout intérêt à se montrer à la hauteur. Ce qu’il fait plus ou moins d’ailleurs… jusqu’à un certain point.HÉRÉDITÉ

L’histoire de cette famille dysfonctionnelle de l’Utah, confite dans le mystère, les névroses, les non-dits, accroche d’emblée par son atmosphère étrange, quasi-lynchienne. On comprend vite qu’il ne s’agit nullement d’horreur à proprement parler, mais d’une plongée dans les secrets d’une miniaturiste (Toni Collette) dotée d’un mari patient (Gabriel Byrne) et de deux enfants, qui vient de perdre sa mère et va connaître un autre deuil qui va tout faire basculer dans la folie. Jusque-là, tout va bien. Et même très bien. L’actrice est d’une exceptionnelle intensité, atteignant des cimes d’hystérie dans les scènes de dispute où son visage se déforme littéralement, sans aucun effet spécial. Impressionnant ! Les seconds rôles sont impeccables, particulièrement Milly Shapiro au faciès plus qu’étrange. Et des séquences comme l’accident de voiture sont carrément choquantes.

Le problème, c’est que le dernier quart du scénario dérape complètement et s’achève, sans prévenir, en bouillie satanique aussi ridicule qu’indigeste. La subtilité vénéneuse du début (est-ce réel ? Est-elle folle ?) se mue en Grand-Guignol sanglant. L’auteur gâche toutes les promesses faites au départ et laisse une impression négative, voire contrariante. La diffuse sensation de s’être fait arnaquer, en somme. Alors peut-on le conseiller ? Pour la performance extrême de Toni Collette oui, sans hésitation. En sachant que la dernière partie risque, pour bon nombre de spectateurs, d’être une amère déconvenue.

 
 

« L’ÉCHELLE DE JACOB » (1990)

JACOB2

TIM ROBBINS

Qui aurait imaginé qu’Adrian Lyne, l’homme derrière « FLASHDANCE », « 9 SEMAINES ½ » ou « LIAISON FATALE » serait capable de signer « L’ÉCHELLE DE JACOB », un des films les plus effrayants et déstabilisants de l’Histoire du cinéma horrifique ?JACOB

Cela va être compliqué de ne rien spoiler, mais le scénario, extrêmement brillant et maîtrisé, conte le retour du Vietnam d’un jeune G.I. (Tim Robbins dans le rôle de sa vie), qui commence à voir des monstres, à tout mélanger, passé, présent, cauchemars, réalité et à comprendre peu à peu qu’il est en train de mener le combat le plus important de sa vie. Les effets visuels provoquent stress, insécurité, agressent tous les sens, un peu à la manière du Friedkin de « L’EXORCISTE » auquel le film fait parfois penser. On avance sur des sables mouvants, on croit suivre une sorte d’enquête policière sur ce qui s’est passé « là-bas », mais elle se dissout dans une autre dimension. On ne sait jamais réellement à quel niveau de conscience on se trouve de séquence en séquence. Certaines images, comme ce bombardement au Vietnam, cette descente aux enfers à l’hôpital, totalement traumatisante, s’impriment directement dans l’inconscient. Car « L’ÉCHELLE DE JACOB » touche à nos peurs les plus primales, nos angoisses les plus fondamentales et universelles. Au-delà d’une « chute » à la fois terrible et d’une certaine façon heureuse, le scénario entraîne dans des zones d’inconfort extrêmes et ne lâche jamais son emprise pendant près de deux heures. Autour d’un Robbins omniprésent, très émouvant avec son visage d’enfant, de bons comédiens comme Elizabeth Peña très sexy, Danny Aiello en chiropracteur bienveillant, Ving Rhames et Eriq LaSalle en « vets ».

« L’ÉCHELLE DE JACOB » est à voir plus comme une expérience sensorielle que comme un film traditionnel. Mais malgré son grand âge (un remake se prépare, semble-t-il), il faut savoir qu’on n’en sort pas indemne. Grand film.

JACOB3

TIM ROBBINS ET ELIZABETH PENA

 

« BARTLEBY » (1976)

BARTLEBYAdapté d’une nouvelle de Herman Melville, « BARTLEBY » est un téléfilm français coécrit et réalisé par Maurice Ronet, dont on devine qu’il aurait été parfait dans le rôle-titre qu’il a donné à un comédien plus jeune.

C’est l’histoire, confinant à l’absurde, d’un notaire (Michel Lonsdale) routinier et célibataire, qui engage un copiste (Maxence Mailfort). Celui-ci, taciturne, imperméable aux rapports humains comme à l’autorité, ne s’exprime qu’en répétant qu’il « ne préfère pas » faire certaines choses. Au lieu de le licencier, car son « absence » perturbe gravement l’équilibre de l’office, le notaire s’efforce de le comprendre, de l’aider et le laisse détruire sa réputation professionnelle puis peu à peu, sa vie privée. Pourquoi ? Ce n’est jamais explicite. Bartleby fait-il écho au vide profond qu’est sa vie quotidienne ? Il y a de ça. Toujours est-il que, malgré une facture qui a terriblement vieilli, « BARTLEBY » demeure un film fascinant, déprimant au possible. Ronet s’avère un excellent directeur d’acteurs. Lonsdale n’a jamais été meilleur que dans ce personnage médiocre, coincé, mais qui lâche progressivement prise, allant jusqu’au bout de lui-même et aux confins de la folie. Face à lui, Mailfort blême et impavide est un Bartleby ectoplasmique idéal. Parmi les seconds rôles, on retrouve Maurice Biraud en clerc alcoolique et Dominique Zardi dans un de ses rares rôles principaux, en collègue mesquin.

« Il faut vivre », dit le notaire à son copiste à la fin, « Il n’y a pas d’autre moyen ! ». C’est tout le propos de ce film austère et suffocant, qui au fond, ressemble tellement à l’acteur Maurice Ronet, ou tout du moins à l’image que renvoie de lui un film comme « LE FEU FOLLET ». Dire qu’il fut un temps où la télévision française était capable de produire et de diffuser des œuvres d’une telle exigence !

BARTLEBY2

MICHEL LONSDALE ET MAXENCE MAILFORT