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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« LES AMANTS » (1958)

AMANTS2« LES AMANTS » est le second long-métrage de fiction de Louis Malle après « ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD » et, comme la plupart des films du réalisateur, attise la curiosité.

Écrite par Louise de Vilmorin, cette œuvre curieuse, qui fit scandale à son époque, probablement à cause d’une fin « amorale », paraît aujourd’hui non seulement très désuète mais surtout poussiéreuse et parfois même un peu ridicule. Jeanne Moreau, avatar maussade de Mme Bovary, s’ennuie à Dijon. Il faut dire qu’elle est mariée au célèbre boute-en-train Alain Cuny, qui n’a peut-être jamais été aussi lugubre. Alors elle se rend à Paris sans arrêt, cancane avec sa copine Judith Magre et couche – sans enthousiasme excessif – avec un joueur de polo inepte (José Luis de Villalonga, qui n’a rien d’emballant, il faut bien le dire) et finit par rencontrer un jeune archéologue en deux-chevaux (Jean-Marc Bory très effacé) dont elle tombe raide-dingue amoureuse.

Que dire ? C’est élégamment réalisé, finement photographié par Henri Decaë, la musique de Brahms donne à l’ensemble un côté solennel. Mais que tout cela est terriblement assommant, à l’image de tous les personnages du premier au dernier, un défilé de snobs imbuvables, d’idiotes mondaines ou de « rebelles » à deux balles. Le film prend une certaine hauteur avec le long passage « onirique » de la nuit d’amour sous la pleine lune, sorte de rêve éveillé, de retour au paradis originel plutôt réussi et même troublant. Mais dès que le jour se lève, on retombe dans les chassés croisés amoureux et sur la tête de croque-mort de Cuny, etc.

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JEANNE MOREAU, JUDITH MAGRE ET ALAIN CUNY

À chacun de succomber ou pas au charme fragile de ce film à l’audace évaporée, qu’on peut voir en double-programme avec « BONJOUR TRISTESSE » pour se faire une juste idée du spleen amoureux des femmes françaises de la fin des années 50.

 
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Publié par le 25 juillet 2017 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, FILMS FRANÇAIS

 

« RETOUR À FOWLER CITY » (2015)

FORSAKEN2Le thème du pistolero qui a juré de ne plus jamais toucher un revolver, jusqu’à ce que les circonstances l’y obligent, est vieux comme le monde et a nourri un nombre incalculable de westerns. Aussi ne doit-on pas être rebuté par ce ‘pitch’, par un début excessivement conventionnel et une réalisation un peu pépère.

« RETOUR À FOWLER CITY » s’améliore en progressant, Jon Cassar donne suffisamment d’espace à ses acteurs pour créer de véritables personnages à la psychologie complexe sans jamais céder à l’archétype et quand arrive l’inévitable, le gunfight ne déçoit pas, bien au contraire. Le bonus réside bien sûr dans la première vraie confrontation à l’écran de Donald Sutherland – à la « gueule » magnifique de patriarche biblique – et de son fils Kiefer. Le premier en pasteur raide comme la justice et le second en tueur bourrelé de remords qui ne trouve plus sa place nulle part. Leurs face-à-face sont réellement émouvants, culminant dans un passage à tabac particulièrement brutal et cathartique et dans la crise de larmes du fils dans l’église (« Pardonne-moi d’être devenu ce que je suis »). Autour d’eux, la distribution est étincelante : Brian Cox en salaud de service qui ajoute quelques nuances au cliché, Demi Moore, qui fait enfin son âge, très bien en femme de l’Ouest digne et courageuse, Michael Wincott excellent en tueur-à-gages réglo. Sans oublier Aaron Poole, fabuleux en sale petite gouape sadique dont on attend impatiemment la mise à mort tant il sait se rendre haïssable.

« RETOUR À FOWLER CITY » sans être un grand film, ne cherche pas à révolutionner le genre, ni à porter un regard dessus. Il retourne aux vieilles recettes, soigne le fond et la forme et offre un spectacle modeste et intelligent.

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KIEFER SUTHERLAND, MICHAEL WINCOTT ET DONALD SUTHERLAND

 

« AU-DELÀ DES LOIS » (1996)

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SALLY FIELD

« AU-DELÀ DES LOIS » est une énième variation sur le thème de l’autodéfense et de la justice individuelle. La surprise vient de la signature du vénérable John Schlesinger, qui s’empare d’un scénario bien ficelé, mais manipulant éhontément les sentiments du public en poussant les situations jusqu’à la caricature et obligeant pratiquement à haïr l’assassin et à souhaiter sa mort. Lente, de préférence.EYE2

Après le viol et la mort de sa fille, Sally Field voit le meurtrier (Kiefer Sutherland) s’en sortir sans un jour de prison. Le flic chargé de l’enquête (Joe Mantegna) est bien brave mais impuissant, son mari (Ed Harris sous-utilisé) trop passif et elle décide de prendre les choses en main. C’est-à-dire un .38 chargé !

La qualité du casting arrache évidemment le film au bourbier de la série B fasciscante et « AU-DELÀ DES LOIS » se laisse regarder sans déplaisir par la vigueur de la mise-en-scène, les extérieurs magnifiquement filmés d’un L.A. peu montré au cinéma et par l’engrenage policier vraiment bien agencé.

Mais il n’est jamais agréable de se sentir ainsi manœuvré. Et si Sutherland est excellent en ‘white trash’ irrécupérable, le portrait est infiniment trop chargé pour demeurer crédible : il ne cherche même pas à se masquer quand il commet ses forfaits, il urine en pleine rue, imite le bégaiement de sa victime devant la mère de celle-ci et va même – suprême infamie – jusqu’à arroser de bière un pauvre chien errant ! Trop c’est trop, et on finit par ne plus croire au drame de cette gentille maman poussée au crime et à regarder le film pour ce qu’il est : un honnête divertissement écrit à la truelle, sauvé par le professionnalisme de son réalisateur.

Dans la distribution de belles pointures comme Philip Baker Hall, Berverly D’Angelo et même l’action star Cynthia Rothrock en coach de close-combat.

À voir pour son efficacité incontestable donc, pour ses acteurs, car Sally Field est vraiment remarquable, en fermant les yeux sur son manichéisme décomplexé et sa morale tout de même très douteuse.

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JOE MANTEGNA, KIEFER SUTHERLAND ET ED HARRIS

 

« LES PASSAGERS » (1976)

PASSAGERSSerge Leroy est un réalisateur qui signa trois longs-métrages d’affilée entre 1975 et 1978 (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ») tous dignes d’intérêt, avant de signer quelques polars ratés la décennie suivante et de disparaître des radars.

Adapté par Christopher Frank d’un thriller de Dean R. Koontz, « LES PASSAGERS » part d’un postulat très simple mêlant le ‘road movie’ et le suspense à la « DUEL ». Jean-Louis Trintignant roule de Rome à Paris en compagnie du fils de sa femme (Mireille Darc) pour faire plus ample connaissance avec lui. Ils sont suivis et harcelés par un mystérieux inconnu (Bernard Fresson) dans une camionnette noire, qui semble vouloir leur mort. La tension monte progressivement, les relations entre Trintignant sympathique et d’un parfait naturel et le petit Richard Constantini évoluent avec humour et finesse. Tout ce qui les concerne directement est très réussi, voire passionnant. On ne peut donc que regretter que le personnage de Darc soit si platement écrit et déplorer la sous-intrigue impliquant Adolfo Celi jouant un flic italien incompétent, dont la présence excessive est très probablement due à la coproduction. Cela ralentit le film, le faisant trop fréquemment sortir des rails.

Ce qui distingue le film, c’est l’étonnante composition de Fresson, jouant un ex-pilote de ligne devenu fou à la suite d’un accident et qui s’est transformé en psychopathe hanté par ses fantômes. On ne retrouve aucun des maniérismes habituels de l’acteur, il a même modifié de timbre de sa voix. Investi à 100% dans son rôle, il parvient à se montrer effrayant et pathétique et son face-à-face avec Darc est un grand moment de violence psychologique et physique. Malgré sa construction polluée par l’inutile enquête policière, « LES PASSAGERS » vaut largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour son excellent dialogue et pour le plaisir de revoir Fresson et Trintignant au sommet de leur carrière.

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JEAN-LOUIS TRINTIGNANT, RICHARD CONSTANTINI ET BERNARD FRESSON

À noter que le DVD récemment sorti est très loin d’être techniquement à la hauteur du film, qui aurait mérité un peu plus de soin. C’est très déplorable de voir encore en 2017 des DVD qui ressemblent à des VHS.

 

« THE WITCH » (2015)

Premier long-métrage de Robert Eggers, « THE WITCH », basé sur des légendes et superstitions de la Nouvelle Angleterre du 17ème siècle, se passe entièrement dans une ferme perdue non loin d’une forêt.WITCH

Ce que raconte en filigrane ce film étrange, statique, austère et presque rébarbatif, c’est la lente désagrégation d’une famille puritaine, confrontée au péché en la personne de la fille aînée (Anya Taylor-Joy) en train de devenir une séduisante adolescente. Eggers montre peu et laisse beaucoup à deviner. Quand un évènement atroce se passe – comme l’assassinat d’un bébé par exemple – c’est hors du champ de la caméra. Mais on en a vu suffisamment pour que l’imagination fasse le reste. C’est assez virtuose, très maîtrisé, mais il faut s’accrocher un peu, tant l’ambiance est plombée de A jusqu’à Z, sans la moindre respiration ou instant de répit. Les cadrages rigoureux, la photo monochrome et la BO très angoissante participent de cette immersion qui anesthésie le sens critique.

« THE WITCH » flirte avec le fantastique, le film d’horreur, sans en respecter les codes. La peur naît de l’inconnu, de la mince frontière séparant le réel du cauchemar et surtout de la folie des hommes obnubilés par la religion et la peur de l’enfer. Dominée par la remarquable Taylor-Joy, la distribution est parfaitement homogène : Ralph Ineson plus vrai que nature dans un rôle ambigu de pater familias hypocrite, Kate Dickie (« GAME OF THRONES ») est superbe en mère fanatique et instable.

Une œuvre personnelle, incontestablement intéressante, mais peut-être pas tout à fait à la hauteur de son exceptionnelle réputation. À tenter, de toute façon, pour son originalité foncière et quelques moments authentiquement stressants. Le bouc noir incarnant le diable est une belle trouvaille…

 

« LA MOUETTE » (1968)

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SIMONE SIGNORET

« LA MOUETTE » est une belle adaptation de la pièce de Tchekhov, qui permet d’en saisir toutes les subtiles nuances. La première surprise est déjà qu’elle soit signée Sidney Lumet, réalisateur extraordinairement éclectique, qui fait preuve d’une finesse et d’une fluidité dans la mise-en-scène plus anglaises qu’américaines.SEAGULL3

Sur trois époques, le film décrit le quotidien d’une famille d’artistes russes du 19ème siècle dans leur maison de campagne. La mère (Simone Signoret) est une actrice égotique, son mari (James Mason) un écrivain connu. Le fils (David Warner) voudrait être auteur de théâtre, mais sa mère demeure indifférente et moqueuse. La jeune Nina, jamais sortie de son terroir (Vanessa Redgrave) s’amourache de Mason et rêve d’une vie d’actrice.

Les rêves, les illusions, les amours sincères, tout sera piétiné, doucement et poliment, mais sans le moindre espoir de retour, pendant ces séjours apparemment chaleureux, mais en réalité d’une terrible cruauté.

Pendant 141 minutes, « LA MOUETTE » ne cesse d’enchaîner les dialogues, de fouiller la psychologie frivole, tourmentée, parfois stupide de ses personnages et la comédie de mœurs fonce lentement vers le drame.

Entièrement tourné en Suède, joliment photographié par Gerry Fisher, le film tient en grande partie sur son casting : Warner au mal-être presque contagieux dans ce rôle de « fils de » voué à l’échec, Redgrave naïve et solaire, broyée par la réalité, Signoret parfaitement à l’aise dans ce rôle de castratrice insensible, Mason égal à lui-même c’est-à-dire odieux et charmant. On retrouve également un Denholm Elliott étrangement emperruqué en docteur. Grâce à ces « pointures », on ne s’ennuie jamais et le texte de Tchekhov prend littéralement vie. À découvrir…

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JAMES MASON, DAVID WARNER ET VANESSA REDGRAVE

 

« MAGGIE A UN PLAN » (2015)

Typique de ces productions « à festivals », « MAGGIE A UN PLAN » renvoie dès ses premières images au cinéma du Woody Allen des seventies, jusqu’à la fugace participation de Wallace Shawn, symbole de la comédie new-yorkaise de cette période.

Greta Gerwig, jeune intello quaker (sic !) veut « faire un bébé toute seule », demande son sperme à un ami marchand de cornichons mais rencontre le même jour Ethan Hawke, homme marié et père de famille dont elle tombe amoureuse. Après trois ans de déceptions, elle veut le restituer à son ex-femme (Julianne Moore).

Le sujet est très anecdotique, les personnages ne sont pas spécialement attachants, d’autant plus que Gerwig ne possède en rien l’excentricité charmante d’une Annie Hall et joue sur une partition complètement réaliste. La réalisation de Rebecca Miller manque de légèreté et tout simplement de point-de-vue et tout cela demeure plutôt pesant, pas souvent drôle et d’une banalité absolue.

On peut trouver un certain plaisir à voir jouer le toujours fiable Hawke dans un rôle de pauvre type manipulé et surtout Julianne Moore dans son emploi maintenant habituel de névrosée cérébrale et « au bord de la crise de nerfs ». Affublée d’un accent danois, d’un prénom impossible (‘Georgette’ !), elle compose un personnage crispant mais intéressant et parvient à éclipser ses partenaires.

« MAGGIE A UN PLAN » est un curieux produit, qui ne semble jamais ancré dans le 21ème siècle et noie son marivaudage urbain sous des tonnes de dialogues plus ou moins passionnants et se repose beaucoup trop sur le charme de ses vedettes. Pas vraiment désagréable, mais cela n’est au fond qu’un cinéma pour « bobos » quadragénaires nombrilistes pour lesquels on ne ressent pas forcément une grande empathie.