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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« MÉLODIE POUR UN MEURTRE » (1989)

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AL PACINO

Écrit par Richard Price, réalisé par l’honorable Harold Becker, « MÉLODIE POUR UN MEURTRE » anticipe de trois ans « BASIC INSTINCT » et, sur un sujet très similaire, tricote un suspense new-yorkais sexy et glauque, avec en toile de fond la solitude des grandes métropoles déshumanisées et la paranoïa qui enrobe toutes les relations humaines.SEA.jpeg

Le sujet est classique : un serial killer, un rituel criminel, deux flics qui deviennent coéquipiers le temps de l’enquête, un des deux qui tombe amoureux fou d’une suspecte, dont on ne saura qu’à la toute fin si elle est vraiment coupable ou non. Ingrédients connus, sans surprise, presque confortables. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le traitement des protagonistes, écrits en trois dimensions, bien ancrés dans la réalité de leur temps et échappant au cliché. C’est la grande qualité du film et la raison pour laquelle on peut le revoir aujourd’hui sans crainte d’être déçu. C’était le grand retour d’Al Pacino sur les écrans après quatre années d’absence. Il est très bien en inspecteur alcoolique et décavé, intuitif mais trop impliqué émotionnellement, étonnamment vulnérable. Une belle composition où il accepte de n’être pas physiquement à son avantage. Son couple avec Ellen Barkin, ambiguë et animale à souhait, fonctionne parfaitement, malgré des séquences érotiques qui ont beaucoup vieilli. Il se passe réellement quelque chose de spécial dans leurs face à face tout au long du film. Autour d’eux : John Goodman formidable en collègue rigolard, Richard Jenkins, Michael Rooker, William Hickey et même un Samuel L. Jackson tout efflanqué dans une silhouette au début.

« MÉLODIE POUR UN MEURTRE » n’est pas un grand polar, certains aspects font un peu grincer des dents, comme la photo tristounette, les coiffures ridicules de Barkin et un rythme un peu relâché généré par des scènes d’improvisation trop étirées. Mais l’un dans l’autre, c’est encore tout à fait regardable et même plaisant la plupart du temps.

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ELLEN BARKIN, JOHN GOODMAN ET AL PACINO

 

« RAMBO – LAST BLOOD » (2019)

LASTOn ne juge pas un Rambo comme un film normal. Parce qu’un Rambo, ce n’est pas un film : c’est un Rambo. Ce genre de personnage iconique qu’on a vu naître, s’égarer, retrouver le droit chemin, vieillir… en même temps que nous.

Réalisé par Adrian Grünberg (« KILL THE GRINGO » d’heureuse mémoire), « RAMBO – LAST BLOOD » évoque le scénario de Sylvester Stallone pour « HOMEFRONT ». On retrouve John Rambo 11 ans après le précédent opus, maintenant âgé de 73 ans, vivant dans le ranch de son père avec une gouvernante mexicaine et sa fille qu’il a élevée comme la sienne. Enlevée par des dealers mexicains, elle perdra la vie, lançant l’effroyable vengeance du vieux guerrier. Le scénario est simpliste et la première moitié met du temps à démarrer. Mais ce n’est pas trop grave : on est content qu’on nous laisse tout loisir de prendre des nouvelles de Stallone, comme d’un parent vieillissant. Il tient toujours la forme, affiche un visage étrange, comme artificiel, se meut avec difficulté, mais le charisme n’a pas disparu et quand l’action se déchaîne enfin, il se montre à la hauteur. Le dernier tiers – l’assaut du ranch par une armée de tueurs – est d’une violence insensée, d’une barbarie cathartique à la limite du grand guignol. On décapite, on coupe les jambes à la machette, on arrache les os des thorax et pour clore les réjouissances notre héros très en colère prélèvera à mains nues le cœur de son ennemi encore vivant. Autant d’images inacceptables de complaisance dans n’importe quelle série B, mais bien dans la logique du personnage qui n’est pas seulement un justicier, mais avant tout un « chien de guerre » que rien n’arrête une fois lâché contre ses adversaires.

Il va sans dire que l’intérêt principal vient de Stallone, qui s’en prend autant plein la gueule que Rocky mais manie toujours aussi bien l’arc, les flèches et le couteau de chasse. Les seconds rôles mexicains sont très bien et on retrouve avec plaisir la jolie Paz Vega dans un rôle sous-développé de journaliste aidant Rambo dans sa quête. À noter un générique-fin émouvant, montrant des plans des 4 opus précédents au ralenti. Toute une vie, comme dirait Lelouch ! À voir, par habitude, par affection, par nostalgie. Mais à voir.

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SYLVESTER STALLONE

 

« AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE » (1979)

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JAMES BROLIN

Inspiré d’évènements réels, le livre de Jay Anson dont est tiré « AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE » est sorti en 1977, c’est-à-dire la même année que « L’ENFANT LUMIÈRE », le roman de Stephen King dont fut tiré « SHINING ». Mêmes thèmes, déroulements similaires, images récurrentes (le père de famille possédé par une demeure hantée et finissant par attaquer sa famille à la hache). Le film de Stuart Rosenberg est sorti un an avant celui de Stanley Kubrick.AMITYVILLE.jpg

Évidemment, les deux œuvres ne boxent pas dans la même catégorie. Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est une honnête série B, qui a plutôt bien vieilli, et bénéficie de deux atouts de poids : la BO glaçante de Lalo Schifrin, un modèle du genre, et l’interprétation de James Brolin, qui traduit finement et de façon plus que convaincante, la dégradation physique et mentale d’un sympathique père de famille en serial killer livide et hirsute. Acteur généralement sous-employé, il trouve là son meilleur rôle et fait pardonner une direction d’acteurs par ailleurs très flottante. Si Don Stroud est très bien en viet-vet entré dans les ordres, Margot Kidder grimace tellement que son visage évoque parfois les masques du théâtre Kabuki. Quant à Rod Steiger, il est complètement hors-contrôle en prêtre hurlant sa détresse à chacune de ses apparitions. Il parvient même à en faire des tonnes lorsqu’il devient aveugle et catatonique ! Rosenberg emprunte copieusement à « L’EXORCISTE » (1973) pour certains détails, il traîne parfois en longueur et ne soigne pas énormément sa photo qui manque clairement d’atmosphère et fait souvent téléfilm, mais « AMITYVILLE » n’en demeure pas moins un film intéressant à plusieurs niveaux, à voir de toute façon pour un Brolin qui aurait mérité une plus belle carrière.

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MARGOT KIDDER, DON STROUD ET ROD STEIGER

 

« LE POLICEMAN » (1981)

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PAUL NEWMAN

« LE POLICEMAN » s’inscrit dans une série de films sur la vie quotidienne des flics de quartier, comme « LES POULETS » ou « LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT ». Le réalisateur Daniel Petrie vient de la TV et ça se voit, mais le film, bien qu’un peu trop long, tient plutôt bien le passage des ans.BRONX

Le scénario qui tricote habilement plusieurs sous-intrigues, les fait se rejoindre à la fin, met en avant un vieux flic en uniforme (Paul Newman), humain et tolérant, face à une ville, New-York et tout particulièrement le Bronx, en pleine décomposition. Son enquête sur le meurtre de deux patrouilleurs se résoudra d’elle-même sans qu’il n’en sache rien et il vengera sa petite amie morte d’overdose sans même en être conscient. Rien d’héroïque donc, mais un mood dépressif et naturaliste qui fait toute l’identité du film. À 56 ans, Newman trouve un de ses meilleurs rôles de la maturité. Il abandonne la plupart de ses tics de jeu pour incarner ce vétéran usé avec une réelle chaleur. Il forme un joli tandem avec son co-équipier, le jeune Ken Wahl qui rappelle un peu celui du film français « ADIEU POULET » (1975). Autour d’eux, un beau cast : Ed Asner en commissaire bourru, Danny Aiello en flic facho et surtout Pam Grier formidable en prostituée complètement détruite par la drogue et qui vire serial killeuse. L’univers décrit et sordide et désespérant, les décors sont plombants et la photo est franchement laide par moment, ce qui sied d’ailleurs tout à fait à l’humeur générale. « LE POLICEMAN » (titre anglo-français sans aucune signification) est un film honorable sinon enthousiasmant, qui aurait sans doute nécessité un solide réalisateur comme Richard Fleischer ou Robert Aldrich pour s’élever au-dessus du lot.

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PAM GRIER, PAUL NEWMAN ET KEN WAHL

 

« LE BATEAU D’ÉMILE » (1962)

EMILE.jpgÀ l’exception de deux ou trois films avec Gabin et de « UN TAXI POUR TOBROUK », on ne peut pas dire que la filmo de Denys de la Patellière brille de mille feux. Inspiré de Georges Simenon, dialogué par Michel Audiard, « LE BATEAU D’ÉMILE » est un de ses plus mauvais films et, un des rares, où Lino Ventura soit totalement à côté de la plaque.

À l’article de la mort, Michel Simon revient à La Rochelle après 40 ans, accueilli par son richissime frère Pierre Brasseur. Il veut léguer sa fortune à son fils illégitime (Ventura) qu’il n’a jamais vu. Pêcheur porté sur la bouteille et vivant avec une prostituée (Annie Girardot), le coléreux Lino va devoir affronter les magouilles de la grande bourgeoisie. Il ne se passe rigoureusement RIEN dans ce film. Ce n’est pas du mélo, mais pas non plus de la franche comédie. La direction d’acteurs est catastrophique : outre Ventura, qui s’égare dans d’interminables scènes d’ivresse (pas son fort), Simon cabotine tellement qu’il en devient embarrassant à contempler, Brasseur s’en sort à peu près. Il retrouve d’ailleurs Edith Scob, qui jouait déjà sa fille dans le classique « LES YEUX SANS VISAGE » deux ans plus tôt. La seule qui semble s’amuser est Annie Girardot, qui n’a jamais semblé plus fraîche et enjouée et apporte un semblant de vie à ce monument d’ennui. Le dialogue d’Audiard est d’une platitude inhabituelle, à peine si on sourit à une ou deux saillies de Brasseur, le scénario est flasque, dépourvu de ressort ou d’enjeu et « LE BATEAU D’ÉMILE » paraît s’achever au beau milieu du récit, sans que rien ne soit résolu, comme s’il manquait une bobine : la plus importante ! Méga déception donc, que ce film réunissant pourtant de grands noms du cinéma hexagonal, à oublier au plus vite.

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LINO VENTURA, ANNIE GIRARDOT, EDITH SCOB ET MICHEL SIMON

 

« MORNING GLORY » (2010)

« MORNING GLORY », réalisé par Roger Michell qui signa le sympathique « COUP DE FOUDRE À NOTTING HILL », est une comédie se voulant acide sur l’univers de la TV et, tout spécialement, des émissions du matin, sorte de cimetière pour has-beens en fin de parcours.GLORY.jpg

Rachel McAdams, jeune productrice naïve mais ambitieuse, se voit donner pour mission de redresser l’audience d’une de ces émissions antédiluviennes, avant que celle-ci ne soit annulée. Pour ce faire, elle engage Harrison Ford, vieille gloire jetée aux oubliettes, qui se montre particulièrement difficile. C’est tout ? C’est tout ! Le sujet avait du potentiel, mais Michell choisit de jouer la carte de la « rom-com » (comédie romantique), suit sagement un scénario tellement bourré de clichés, qu’on le dirait écrit par un logiciel, et dirige paresseusement son casting. La très jolie McAdams n’offre que deux expressions : le grand sourire enfantin ou l’embarras catastrophé. C’est toujours mieux que le vieux Ford, qui traîne une tête d’enterrement et grimace à tout-va dans un rôle de ronchon égotique qu’on dirait écrit pour Jack Nicholson. Seuls s’en sortent à peu près Diane Keaton très drôle en présentatrice énergique à la langue acérée et Jeff Goldblum en directeur de chaîne blasé et déplaisant. Ce n’est pas grand-chose, « MORNING GLORY ». Une enfilade de lieux-communs sans la moindre surprise, une comédie qui ne fait pas rire, une love story (entre l’héroïne et son collègue le toujours fiable Patrick Wilson) dépourvue d’étincelles, et par ci, par là, quelques répliques amusantes et un ou deux face à face saignants entre Diane Keaton et Harrison Ford, qui laissent deviner ce qu’aurait pu être ce film en de meilleures mains.

À noter : l’expression « Morning glory » sert à définir de façon « poétique » l’érection matinale chez le mâle anglo-saxon.

 

« KEEPERS » (2018)

KEEPERS.jpg« KEEPERS », également connu sous le titre « THE VANISHING » est un film inspiré de faits réels et réalisé par Kristoffer Nyholm.

Situé en Écosse en 1900, sur une île isolée, le scénario met en scène trois gardiens de phare : Peter Mullan, vétéran veuf et hanté par ses péchés, Gerard Butler gentil géant et père de famille et le novice Connor Swindells, débutant dans le métier. Ce presque huis clos âpre et rugueux dégénère à la suite d’une tempête et la découverte d’un marin échoué et d’un coffre plein de lingots d’or. Les hommes étant ce qu’ils sont, l’ambiance change du tout au tout et évoque bientôt une sorte de « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » relocalisé sous un vent glacial. Ces individus frustes mais honnêtes vont se transformer en assassins, perdre la raison et foncer droit vers l’autodestruction. C’est un film très sombre, sans un seul moment de répit, un drame théâtral sur la nature humaine, porté par deux immenses comédiens : d’abord Butler, qu’on n’a jamais vu meilleur, franchement impressionnant dans la partie où il cède progressivement à la folie. Mullan, un des meilleurs comédiens anglais, est magistral d’autorité et de fêlures béantes. Leurs face à face sont brutaux, incertains, passionnants. Malgré une certaine monotonie inhérente au sujet même, « KEEPERS » est sauvé de l’ennui par quelques séquences d’une tension inouïe, comme celles impliquant les marins norvégiens venus chercher leur magot. Les éruptions de violence sont choquantes et la bascule de Butler est parfaitement compréhensible.

Œuvre forte, sans concession ni au spectaculaire, ni à l’ombre d’un début d’optimisme, « KEEPERS » laisse scotché sur son siège, les yeux rivés à ces hommes perdus, qui se débattent dans un cauchemar suffocant dont l’enjeu n’est même pas l’or, mais la dignité.

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PETER MULLAN ET GERARD BUTLER