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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« QUAND LA VILLE DORT » (1950)

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STERLING HAYDEN

Inspiré d’un roman de W.R. Burnett, réalisé par John Huston, « QUAND LA VILLE DORT » est un des deux ou trois chefs-d’œuvre du réalisateur, mais aussi du ‘film noir’ et plus généralement une des plus inaltérables réussites du cinéma U.S. toutes époques confondues.ASPHALT.jpg

L’anecdote est plus que simple : la réunion d’une demi douzaine de malfrats pour cambrioler une bijouterie. Mais Huston expédie rapidement l’acte lui-même pour se focaliser sur ses conséquences et sur la poisse qui poursuit ses protagonistes. Filmé au rasoir dans un noir & blanc acéré, enveloppé dans la BO stressante de Miklós Rózsa, le film est d’une modernité inouïe. À peine peut-on deviner son âge dans les séquences impliquant les policiers, inutilement explicatives. Ce qui fait tout le prix de « QUAND LA VILLE DORT » c’est l’absence de toute espèce de jugement moral dans le regard que porte Huston sur ces voyous, ces laissés-pour-compte, ces déracinés traînant leurs vices, leurs obsessions et leur enfance comme un boulet qui les mène droit au tombeau. Même les plus méprisables possèdent une étincelle d’humanité. Et le casting est une pure merveille : Sam Jaffe extraordinaire en « cerveau » au physique de petit comptable, Sterling Hayden dans son plus beau rôle, celui d’un gros bras monosyllabique, une brute épaisse étrangement touchante, Jean Hagen géniale en paumée s’accrochant à lui, Marc Lawrence d’une fabuleuse authenticité en bookmaker couard, et Louis Calhern, James Whitmore, un juvénile Brad Dexter en privé sans scrupule. On remarquera bien sûr le petit rôle de Marilyn Monroe, d’une touchante gaucherie. Il faut un œil averti pour reconnaître Strother Martin dans sa première apparition à l’écran, en suspect aligné au commissariat.

« QUAND LA VILLE DORT » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement sans la moindre lassitude. La tapisserie urbaine tissée par Huston ne cesse de surprendre, de dérouter, d’émouvoir, même si le brillant dialogue ne cède jamais au sentimentalisme ou au romantisme noir. La fin dans le pré du Kentucky est tout simplement terrassante.

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MARILYN MONROE, LOUIS CALHERN, SAM JAFFE, JEAN HAGEN ET STERLING HAYDEN

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« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS

 

« LEONOR » (1975)

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LIV ULLMANN

Coproduction européenne réalisée par Juan Buñuel, fils de Luis, et interprétée par des comédiens français, italiens, espagnols et norvégiens, « LEONOR » est une très singulière fable médiévale sur le deuil, l’amour fou et la transgression.LEONOR2

Réalisé sobrement, sans le moindre effet, photographié sans recherche d’esthétisme par Luciano Tovoli, le film déroule son histoire sur dix ans, décrivant froidement le destin d’un châtelain (Michel Piccoli) qui ne se remet pas de la mort de sa femme (Liv Ullmann), même quand sa seconde épouse (Ornella Muti) lui donne deux fils. Obsédé par la défunte, il signe une sorte de pacte avec le diable pour qu’elle ressuscite. Quand ‘Leonor’ revient à lui, Piccoli n’hésite pas à occire Muti pour vivre pleinement son amour retrouvé. Seulement, bien sûr, celle qui est sortie du tombeau n’est plus tout à fait la même, et c’est une succube tueuse d’enfants qui commence à semer la mort dans une région déjà atteinte par la peste.

Très lent, jamais explicite, « LEONOR » envoûte indiscutablement grâce à l’âpreté des extérieurs, la BO mélancolique d’Ennio Morricone et à son duo principal : Piccoli en seigneur tourmenté, habité qui s’est fait un look à la Sean Connery et qui se montre étonnamment convaincant et Ullmann douce et inquiétante dans un rôle de prédatrice au visage angélique. Ornella Muti n’a pas grand-chose à faire, mais elle est vraiment très belle.

Œuvre complètement à part, qui évoque lointainement les films médiévaux d’Ingmar Bergman (sensation renforcée par la présence de l’égérie du maître suédois), « LEONOR » se regarde comme on vit un mauvais rêve poisseux et sans échappatoire.

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MICHEL PICCOLI ET ORNELLA MUTI

 

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » (2016)

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » d’Adam Smith est un très curieux film sur l’univers des « gens du voyage », très dépaysant au début (on se croirait presque dans un film post-apocalyptique !) et qui se focalise sur la confrontation entre un chef de clan (Brendan Gleeson) et son fils (Michael Fassbender) qui aimerait changer de mode de vie, mais qui en est empêché par son père à la personnalité écrasante.TRESPASS

L’essentiel du scénario se passe dans un campement de caravanes à ciel ouvert, le rythme monotone est brisé par de rares séquences d’action, cambriolages, poursuites de voitures et autres, mais ce qui intéresse manifestement le réalisateur est cette relation père-fils toxique et sans issue, qui si elle n’est pas rompue d’une façon ou d’une autre, se propagera et atteindra le petit-fils.

On a beaucoup de mal à se passionner pour ces personnages décalés, étranges, marginaux, vivant selon leurs propres codes, d’autant que les comédiens n’ont pas, a priori, le physique de l’emploi. Mais la distribution est vraiment brillante et permet de suivre le film jusqu’au bout : Fassbender, sobre, intériorisé, passif dans un rôle complexe d’héritier illettré et pétri de contradictions, Gleeson puissant, manipulateur, haïssable et fascinant, Lyndsey Marshal en épouse patiente, Rory Kinnear en flic exaspéré et surtout Sean Harris, époustouflant en débile mental crasseux aux pulsions pyromanes.

« À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS » se laisse voir, mais demande un peu de patience. Quelques séquences surnagent (Fassbender essayant d’acheter honnêtement un chiot) et certains face-à-face valent le coup d’œil… et l’effort.

 

« LONDON BOULEVARD » (2010)

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COLIN FARRELL

Premier film réalisé par le scénariste William Monahan (« KINGDOM OF HEAVEN », d’heureuse mémoire), « LONDON BOULEVARD » est un polar existentiel esthétiquement très séduisant, mais – curieusement – un peu moins convaincant sur le plan du scénario.LONDON2 copie.jpg

Le film suit quelques jours de la vie d’un petit malfrat londonien (Colin Farrell) à sa sortie de prison, qui voit sa volonté de réinsertion contrariée par ses anciens copains et par le caïd Ray Winstone bien décidé à en faire son employé. Jusqu’ici, tout va bien, et même très bien. C’est l’intrigue parallèle qui pose problème : Farrell devient le garde-du-corps d’une star (Keira Knightley) recluse, harcelée par les paparazzi. Leur relation n’est pas crédible une seconde, elle ne va nulle part et finit même par parasiter la ligne narrative principale au lieu de l’enrichir. Et puis, quel curieux casting que Miss Knightley, amaigrie de façon alarmante, bourrée de tics et de maniérismes, pour incarner cette sous-Garbo franchement très irritante. Heureusement, le reste de la distribution est brillant : Winstone époustouflant en gangster gay au sadisme sans garde-fou : effrayant, Eddie Marsan en ripou ridicule, Anna Friel en sœur ingérable, Ben Chaplin en copain d’enfance planche-pourrie ou David Thewlis délectable en pique-assiette constamment schnouffé.

C’est filmé avec soin et flair, la photo de Chris Menges (quand même !) est splendide et Farrell a rarement été meilleur que dans ce personnage complexe de petit voyou en lutte permanente contre ses penchants violents et jusqu’au-boutistes. Malgré son « subplot » sentimental dommageable, « LONDON BOULEVARD » est une œuvre intéressante et originale, dans la droite lignée des films de gangsters anglais des seventies. Et puis la fin du parcours pour notre héros est d’une cruauté et d’une logique imparables, et laisse le souffle coupé. À redécouvrir.

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KEIRA KNIGHTLEY, COLIN FARRELL ET RAY WINSTONE

 

« LA NUIT DU LENDEMAIN » (1969)

NIGHT.jpgDernier film de la longue traversée du désert de Marlon Brando avant son comeback inespéré trois ans plus tard, « LA NUIT DU LENDEMAIN » de l’anglais Hubert Cornfield, est un des pires fleurons de sa filmographie, qui compte un nombre conséquent de navets, oubliés pour la plupart.

Tourné au Touquet, le film conte le kidnapping d’une jeune fille riche (Pamela Franklin) par une bande de bras-cassés incompétents et névrosés : un faux chauffeur emperruqué (Brando), une junkie affublée d’à peu près le même postiche blond que lui (Rita Moreno), son mollasson de frère (Jess Hahn) et un psychopathe sadique (Richard Boone) qui n’attend qu’une occasion pour les trahir. L’essentiel du scénario est confiné dans une maison du bord de mer où se planquent les malfaiteurs avec leur otage. Que dire ? C’est d’une lenteur mortifère, si on ne devait garder que les séquences réellement utiles à l’avancée du récit, le film durerait à peine vingt minutes. Les dialogues – visiblement tous improvisés – sont d’une pauvreté et d’une bêtise sans nom. Les colères de Brando tombent comme des cheveux (factices) sur la soupe et Boone qui paraît s’amuser beaucoup, fait rigoureusement n’importe quoi. Il paraîtrait que le tournage fut un cauchemar et que Boone remplaça Cornfield après que celui-ci ait été éjecté par Brando. C’est bien possible, tant le résultat est décousu, sans queue ni tête. Quant au « twist » final qui ose nous refaire le coup du « tout cela n’était qu’un rêve », on a peine à y croire !

Rien à sauver, pas même une idée ou une ambiance. C’est le zéro et l’infini. À noter que l’acteur Al Lettieri qui tient un petit rôle de pilote, est également crédité comme « producteur associé ». Il retrouvera Brando deux ans plus tard dans « LE PARRAIN » où il jouera ‘Sollozzo’ son plus redoutable rival.

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MARLON BRANDO ET RITA MORENO

 

« COMME UN HOMME LIBRE » (1979)

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PETER STRAUSS

« COMME UN HOMME LIBRE » est le premier long-métrage de Michael Mann, tourné pour la TV mais exploité en salles en Europe, ce qui en fait en quelque sorte l’équivalent de ce que représenta « DUEL » pour Spielberg.JERICHO2.jpg

Malgré une photo ingrate de téléfilm, ce film tourné dans l’enceinte du pénitencier de Folsom est une ode magnifique à la liberté et à l’indépendance, à travers le destin d’un prisonnier (Peter Strauss) enfermé à vie, qui ne peut s’évader mentalement qu’en courant jusqu’aux limites de l’endurance. Quand les dirigeants du bagne veulent le faire concourir aux jeux olympiques, ‘Rain Murphy’ va trouver une raison de vivre. Et même quand il sera finalement interdit de participer officiellement aux jeux, il trouvera le moyen de battre le record du monde, tout seul dans sa cour, sous les yeux de ses codétenus. Une fable puissante, poignante, filmée à l’arrache, et portée à bout de bras par Peter Strauss, bon acteur à la carrière plutôt terne, qui trouve ici un rôle où il se montre au niveau des plus grands. Méconnaissable en « white trash » taiseux, presque autiste, au corps musculeux tourmenté par l’effort perpétuel, il crève l’écran. Le rôle de sa vie assurément, qui aurait dû lui valoir un parcours autrement plus spectaculaire. Autour de lui, d’excellents acteurs des seventies comme Brian Dennehy en caïd ignoble, Geoffrey Lewis en psychologue, Roger E. Mosley en taulard ou Ed Lauter en ex-champion fasciné par Murphy.

« COMME UN HOMME LIBRE » respecte les règles du « film de prison » (particulièrement dans la bagarre entre Mosley et Strauss, sortie tout droit de « LUKE LA MAIN FROIDE »), mais recentre l’intérêt sur le parcours bouleversant de cet homme « libre dans sa tête », indomptable. Le plan du chronomètre s’explosant sur le mur du pénitencier est tout simplement extraordinaire de force et de simplicité.

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ED LAUTER, GEOFFREY LEWIS ET PETER STRAUSS

 
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Publié par le 1 octobre 2018 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, TÉLÉFILMS