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Archives de Catégorie: DRAMES PSYCHOLOGIQUES

« NOS ÂMES LA NUIT » (2017)

Jane Fonda et Robert Redford, icônes des années 60 et 70, sex symbols et tous deux politiquement engagés, ont tourné trois films ensemble : ils étaient mariés dans « LA POURSUITE IMPITOYABLE » (1966), « PIEDS NUS DANS LE PARC » (1967) et se retrouvèrent en 1979 pour « LE CAVALIER ÉLECTRIQUE ».SOULS

« NOS ÂMES LA NUIT » est donc leur 4ème collaboration et c’est octogénaires, qu’ils partagent l’affiche d’une comédie dramatique sur deux « seniors » voisins et veufs, qui entament une relation basée d’abord sur le compagnonnage puis sur l’amour. C’est filmé avec une totale absence de parti-pris par Ritesh Batra, qui en fait une sorte d’aimable téléfilm tout au service des deux stars. En fait, le film rappelle confusément « LA MAISON DU LAC » où Jane Fonda tentait de se réconcilier avec son père Henry, au seuil de la mort. Cette fois, c’est elle qui doit affronter ses erreurs passées et de nombreux éléments narratifs renvoient au film de 1981.

On peut être ébranlé par cette rencontre crépusculaire, par des touches psychologiques subtiles, mais ce qui émeut vraiment c’est de voir les deux acteurs qu’on a suivi pendant toute leur carrière, marcher avec difficulté, avec ces visages ridés, changés par diverses techniques de rajeunissement, mais encore maîtres de leur talent et faisant preuve d’un métier qui mérite un total respect. Redford a de très belles scènes avec le petit-fils de sa partenaire et celle-ci confronte son peu sympathique fils Matthias Shoenaerts dans une ou deux séquences sans concession. À noter les brèves apparitions de Bruce Dern, plus tout jeune non plus, dans un rôle de pilier de bar cancanier.

Par sa facture modeste, sa tonalité en demi-teintes, son refus des grandes exhibitions, « NOS ÂMES LA NUIT » ne révolutionne rien, même dans l’appréhension qu’on peut avoir de ses deux stars. Mais c’est un joli hommage à ce tandem qu’on a vu naître chez Arthur Penn, mûrir chez Sydney Pollack et aujourd’hui, continuer d’exercer leur art avec grâce et intelligence.

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« PSYCHOSE IV » (1990)

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ANTHONY PERKINS

Écrit par Joseph Stefano, scénariste du premier « PSYCHOSE » trente ans plus tôt, réalisé par Mick Garris, honnête spécialiste des adaptations de romans de Stephen King, « PSYCHOSE IV » fut tourné quatre ans après le n°3 et cette fois,  pour la télévision.P4 2

C’est, étonnamment, la meilleure sequel du chef-d’œuvre d’Hitchcock, car au lieu de ressasser les mêmes situations, de se vautrer dans l’iconographie établie par le maître et dans les hommages stériles, elle tourne autour d’un thème passionnant : Norman Bates apprenant que sa femme attend un enfant, décide de tuer celle-ci pour ne pas propager le Mal qu’il pense porter dans ses gènes. Le scénario est très bien construit autour d’un appel de Norman à la radio où il raconte à l’animatrice d’un talk-show (CCH Pounder) sa jeunesse et ses premiers meurtres, ainsi que son projet d’assassinat. Le choix de Henry Thomas pour incarner Norman jeune est très judicieux et la grosse surprise vient de l’habituellement tristounette Olivia Hussey, absolument terrifiante dans le rôle de « mother », folle à lier, sensuelle, sadique et incontrôlable. Ce qui fait que – une fois n’est pas coutume – les flash-backs sont aussi intéressants que les séquences au temps présent.

Anthony Perkins endosse pour l’ultime fois son rôle-fétiche et s’y montre formidable, oubliant tout second degré pour apporter une réelle humanité à Norman, voire une profondeur. En réalité, on pourrait tout à fait sauter les 2 et 3 et passer du film de 1960 à celui-ci qui boucle la boucle. La réalisation est purement fonctionnelle, il y a des longueurs et des redites, mais pour ce qu’il est – c’est-à-dire une resucée tournée pour la télé – « PSYCHOSE IV » est tout à fait honorable et digne d’intérêt. Sans compter qu’il annonce la série produite plusieurs décennies plus tard : « BATES MOTEL » couvrant plus ou moins la même période de la vie du serial killer taxidermiste.

À noter l’apparition de John Landis dans le petit rôle du directeur de la station de radio.

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OLIVIA HUSSEY ET CCH POUNDER

 

« PSYCHOSE III » (1986)

PSYCHO III.jpgTourné trois ans après « PSYCHOSE II » par Anthony Perkins lui-même, « PSYCHOSE III » ressemble davantage à une resucée de ce n°2, plutôt qu’à une vraie suite du n°1.

La faute à un scénario excessivement faible, aux enjeux nébuleux, à des personnages secondaires dépourvus d’épaisseur et à un rôle de journaliste totalement superflu et encombrant, très mal interprété qui plus est par Roberta Maxwell qui dévitalise le scénario tout entier. Qu’arrive-t-il à Norman Bates, cette fois-ci ? Pas grand-chose de neuf, hélas. Il a momifié sa nouvelle « mother », enfile toujours sa garde-robe pour aller trucider des visiteuses et tombe amoureux d’une ex-nonne qu’il prend pour le fantôme de Janet Leigh, alias ‘Marion Crane’. L’histoire fait du sur-place, les situations se répètent et seul le talent des trois protagonistes principaux parvient à maintenir un vague intérêt jusqu’au bout. Perkins, de plus en plus maigre et ahuri retrouve son rôle-fétiche avec une visible délectation. Il a de bons moments, commence à lorgner vers l’auto-parodie sans y céder tout à fait, mais son interprétation a tout de même des accents de ‘camp’. À ses côtés, la sous-estimée Diana Scarwid est très bien en fugueuse complètement paumée qui tombe amoureuse du fils-à-maman. Jeff Fahey est amusant en rocker itinérant, redneck m’as-tu-vu et pas bien futé. On retrouve deux ou trois seconds rôles du film précédent.

Que dire de plus de ce film inutile, qui ne fait que ressasser ce que disait un n°2 déjà pas indispensable ? Qu’il est honnêtement filmé sans plus, qu’il contient – en étant très indulgent – quelques scènes qui surnagent comme le suicide raté de la jeune femme dans la baignoire ou le cadavre planqué dans le freezer. Pas lourd, autrement dit. Tout ce qu’on peut en conclure, c’est qu’il n’était probablement pas avisé de ressusciter Norman, dont le dernier plan glaçant du film d’Hitchcock avait déjà bien bouclé la boucle.

PSYCHO III 2

ANTHONY PERKINS, DIANA SCARWID ET JEFF FAHEY

 

« PSYCHOSE II » (1983)

PSYCHOSE II 2

ANTHONY PERKINS

Le traumatisant classique d’Hitchcock de 1960 a donné lieu à plusieurs sequels tardives, des téléfilms et plus récemment une série TV. « PSYCHOSE II » de Richard Franklin a marqué le départ à toutes ces déclinaisons plus ou moins nécessaires autour du personnage de Norman Bates, psychopathe matricide et schizophrène.PSYCHO II.jpg

C’est avec un certain bonheur qu’on retrouve le motel pouilleux, la maison lugubre, la longue silhouette tourmentée d’Anthony Perkins, son bégaiement et ses yeux qui roulent. C’est sa présence qui rend cette suite agréable, même si elle n’arrive évidemment pas à la cheville du premier film. Sorti de l’asile où il a passé 22 ans, Norman est harcelé par des coups de fil de sa mère qui lui font peu à peu perdre à nouveau la raison. Le scénario est assez malin dans le genre et très respectueux des données établies par Hitchcock. Et Perkins réintègre ce qui demeure le rôle de sa vie avec une aisance déconcertante. Il oscille constamment entre l’innocence enfantine et la dangerosité qui ne demande qu’à se libérer de son carcan. Il tient véritablement le film sur les épaules, mais il est très bien entouré par Vera Miles – autre revenante de « PSYCHOSE » – dont le personnage a pris de drôles de variantes, par la très charmante Meg Tilly dont la relation ambiguë à Norman sert de structure psychologique à l’histoire et par de vieux grigous comme Robert Loggia en psy ou Dennis Franz dans un de ces rôles de tordus adipeux dont il avait le secret.

La photo de Dean Cundey manque peut-être de mystère, le film fait parfois un peu trop téléfilm, mais on le suit sans ennui, sans peur non plus, il faut bien le reconnaître. Mais c’est à prendre comme un hommage plutôt solide et rigoureux. À noter un plan stupéfiant : le coup de pelle final sur le crâne d’une victime (on ne dira pas qui, évidemment) dont on se demande vraiment comment il a été tourné.

PSYCHOSE II 3

« MOTHER » ET MEG TILLY

 

« JESSIE » (2017)

D’abord, coup de chapeau à l’auteur-réalisateur Mike Flanagan pour avoir réussi à transposer à l’écran « JESSIE », le roman réputé le plus inadaptable de Stephen King. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a mis si longtemps à atterrir sur les écrans. En effet, l’intégralité de l’action se déroule dans une chambre, dans une cabane au fond des bois, où l’héroïne est menottée à un lit, après l’infarctus qui a tué son mari en plein jeu sexuel.JESSIE

Les partis-pris scénaristiques sont osés et même casse-gueule (le « fantôme » du mari et le double d’elle-même qui ne cessent de dialoguer avec la prisonnière), mais malgré deux ou trois baisses de régime sensibles, le film tient étonnamment bien la distance grâce à ses flash-backs bien incorporés, une bonne gestion du temps qui passe et surtout grâce à la performance de la toujours magnifique Carla Gugino, qui trouve là le meilleur rôle de sa carrière bien fournie.

Le film est visuellement rigoureux, ne cède jamais à l’horreur bas-de-gamme, mais parvient à maintenir un suspense viscéral tout en retraçant la trajectoire d’une existence marquée par l’inceste et le non-dit. La situation de Jessie est à la fois totalement terre-à-terre et hautement symbolique et ses chaînes tout aussi réelles que mentales. C’est donc avec une tension jamais relâchée qu’on suit le calvaire immobile de Carla Gugino, crucifiée et condamnée à une mort lente, par la faute d’un père pervers-narcissique (excellent Henry Thomas) et confrontée à la Mort elle-même en la personne d’un géant qui vient la visiter en pleine nuit et dont l’épilogue révèlera la véritable nature dans un ‘twist’ remarquable.

Face à Gugino, intense, impliquée, on notera la belle prestation de Bruce Greenwood jouant son mari subtilement odieux, qu’il soit vivant ou mort.

Belle et inespérée surprise que ce « JESSIE » donc, dans lequel on se laisse happer dans un crescendo de malaise.

 

« OKJA » (2017)

Joon-ho Bong, déjà responsable des remarquables « THE HOST », « MOTHER » ou « MEMORIES OF MURDER », signe avec « OKJA » (produit et diffusé par Netflix) un film totalement original, militant et d’une violence qui laisse parfois anéanti.OKJA.jpg

Cela démarre comme une jolie fable élégiaque dans la campagne coréenne, contant l’amitié entre une fillette et une énorme truie génétiquement modifiée qui lui a été confiée à la naissance. Jusqu’à ce que les horribles capitalistes U.S. viennent réclamer leur dû. À partir de là, le scénario bifurque vers le pamphlet écolo où tout le monde est mis dos-à-dos : les industriels corrompus et les « amis des bêtes ». Mais cela n’est rien comparé à la véritable descente aux enfers qui se produit pendant la longue séquence dans les abattoirs où atterrit la malheureuse ‘Okja’, réminiscent des camps de la mort et miroir à peine exagéré du calvaire que subissent quotidiennement les animaux d’élevage. À ce moment-là, « OKJA » atteint des sommet de suspense viscéral à peine soutenable et touche à une certaine grandeur dans sa description de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir.

Un peu long parfois, un brin naïf et trop démonstratif, le film n’en demeure pas moins un beau morceau de cinéma dérangeant et techniquement impressionnant : la créature, sorte de mélange entre un porc et un hippopotame acquiert progressivement une identité véritable, au point qu’on ne pense jamais à la prouesse des CGI. La petite Seo-Hyun Ahn est parfaite de bout en bout et les vedettes Tilda Swinton (également productrice) et Jake Gyllenhaal endossent crânement des personnages absolument abjects et délibérément caricaturaux. Combien de stars auraient accepté l’atroce scène de torture sur l’animal comme le fait ici Gyllenhaal ?

« OKJA » est une œuvre unique, qui secoue, bouscule, choque et donne à réfléchir. Pas sûr après le visionnage qu’on ait envie d’un steak avant un bon moment !

 

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

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ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET