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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« L’INSPECTEUR HARRY » (1971)

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LE PREMIER PLAN DU FILM !

Depuis sa sortie, il y a bientôt 50 ans, « L’INSPECTEUR HARRY » de Don Siegel a servi de maître-étalon à tous les polars américains, italiens, voire français dont le héros était un flic aux méthodes de « vigilante ». Aussi, l’original a-t-il forcément perdu de sa fraîcheur, mais pas autant qu’on pouvait le craindre.HARRY.jpg

Le scénario, inspiré du célèbre cas du « Tueur du Zodiaque » est ultra-bétonné, d’une efficacité sans faille, culminant par un final cathartique. Dédié aux héros de la police de San Francisco, le film n’y va pas par quatre chemins et s’efforce de démontrer qu’avec les psychopathes, il n’y a pas 36 solutions : une bonne dose de plomb ! Quant au flic, campé par Clint Eastwood, c’est un peu le spectre des héros du Far-West légendaire : Harry n’a cure de la hiérarchie, des mandats, des lois Miranda ou autres. Lui, ce qu’il veut, c’est utiliser son Magnum .44 pour éliminer la vermine. Le look délibérément vieillot de l’acteur, contrastant avec l’environnement « hippie » de Frisco et même avec les cheveux longs du serial killer, enfonce le clou. Oui, « L’INSPECTEUR HARRY » est un film réac, mais intelligemment conçu et surtout, très bien filmé par Siegel qui évite l’ambiance série télé par l’utilisation du format Scope et d’une photo souvent très sous-exposée et granuleuse. Outre un Eastwood de 41 ans, au sommet de sa forme, le film révèle Andy Robinson, le plus haïssable et crédible tueur en série de l’Histoire du polar U.S. Après l’avoir vu assassiner des enfants, des jeunes filles, des policiers en service, impossible de ne pas espérer impatiemment sa mort. Violente, si possible !

Porté par une formidable BO de Lalo Schifrin (ah ! Ces chœurs féminins fantomatiques !), soutenu par un montage qui n’a pas pris une ride, « L’INSPECTEUR HARRY » peut se revoir aujourd’hui avec le même plaisir qu’à sa sortie et sans forcément chercher la petite bête idéologique. C’est tout simplement la confrontation de jeunes sauvageons chevelus avec… Wyatt Earp qui n’a pas du tout envie de voir son Amérique fantasmée changer de visage !

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CLINT EASTWOOD ET ANDY ROBINSON

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« LA PROMESSE » (2016)

Situé à l’aube de la WW1, « LA PROMESSE » de Terry George retrace le génocide arménien de façon très lisible et frontale, sans exagérer les aspects mélodramatiques, ni se transformer en cours d’Histoire fastidieux. Le scénario, bâti autour d’un triangle amoureux, rappelle celui de « DOCTEUR JIVAGO », transposé dans cette terrible période.PROMISE

Le film doit beaucoup à Oscar Isaac, qu’on suit depuis son petit village jusqu’à Constantinople où il poursuit des études de médecine. Pris dans la tourmente de la guerre, il tombe amoureux de la très mignonne et lumineuse Charlotte Le Bon, fiancée à Christian Bale, reporter américain tête brûlée, seul à couvrir les événements tragiques du massacre du peuple d’Arménie.

Cela dure plus de deux heures, la réalisation est efficace mais effacée, à l’inverse de ce qu’aurait fait un David Lean. On s’identifie instantanément au personnage de ‘Mikael’ grâce au jeu fiévreux mais contenu du décidément toujours parfait Isaac. « LA PROMESSE » parvient à faire comprendre les rouages politiques, les forces en présence, à montrer l’horreur du massacre sans céder à la violence excessive. C’est peut-être parfois un peu trop « sage » et raisonnable. Quelques images-choc auraient sans doute généré de salutaires électrochocs. Mais des séquences comme l’éradication du village ou la fuite sur le navire français sont très fortes et bien conçues. Dans un cast sans défaut, on retiendra Shohreh Aghdashloo, émouvante en mère-courage, Angela Sarafyan en épouse malchanceuse et même Jean Reno barbu dans une fugitive apparition en capitaine magnanime.

Pas un chef-d’œuvre cinématographique, c’est certain, mais un film ample, sérieux, esthétiquement soigné sans ostentation, à voir pour s’instruire et pour la belle performance de son acteur principal.

 

« L’ÉCHELLE DE JACOB » (1990)

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TIM ROBBINS

Qui aurait imaginé qu’Adrian Lyne, l’homme derrière « FLASHDANCE », « 9 SEMAINES ½ » ou « LIAISON FATALE » serait capable de signer « L’ÉCHELLE DE JACOB », un des films les plus effrayants et déstabilisants de l’Histoire du cinéma horrifique ?JACOB

Cela va être compliqué de ne rien spoiler, mais le scénario, extrêmement brillant et maîtrisé, conte le retour du Vietnam d’un jeune G.I. (Tim Robbins dans le rôle de sa vie), qui commence à voir des monstres, à tout mélanger, passé, présent, cauchemars, réalité et à comprendre peu à peu qu’il est en train de mener le combat le plus important de sa vie. Les effets visuels provoquent stress, insécurité, agressent tous les sens, un peu à la manière du Friedkin de « L’EXORCISTE » auquel le film fait parfois penser. On avance sur des sables mouvants, on croit suivre une sorte d’enquête policière sur ce qui s’est passé « là-bas », mais elle se dissout dans une autre dimension. On ne sait jamais réellement à quel niveau de conscience on se trouve de séquence en séquence. Certaines images, comme ce bombardement au Vietnam, cette descente aux enfers à l’hôpital, totalement traumatisante, s’impriment directement dans l’inconscient. Car « L’ÉCHELLE DE JACOB » touche à nos peurs les plus primales, nos angoisses les plus fondamentales et universelles. Au-delà d’une « chute » à la fois terrible et d’une certaine façon heureuse, le scénario entraîne dans des zones d’inconfort extrêmes et ne lâche jamais son emprise pendant près de deux heures. Autour d’un Robbins omniprésent, très émouvant avec son visage d’enfant, de bons comédiens comme Elizabeth Peña très sexy, Danny Aiello en chiropracteur bienveillant, Ving Rhames et Eriq LaSalle en « vets ».

« L’ÉCHELLE DE JACOB » est à voir plus comme une expérience sensorielle que comme un film traditionnel. Mais malgré son grand âge (un remake se prépare, semble-t-il), il faut savoir qu’on n’en sort pas indemne. Grand film.

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TIM ROBBINS ET ELIZABETH PENA

 

« SYNDICATE SANCTUARY » : Jack Elam dans « Les incorruptibles »

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JACK ELAM ET ROBERT STACK

« SYNDICATE SANCTUARY » est un épisode de la 1ère saison de la série « LES INCORRUPTIBLES » réalisé par Paul Harrison.

Le scénario se concentre sur la petite ville de Calum, choisie par la pègre pour devenir la plaque tournante du trafic de drogue. Robert Stack et ses hommes cherchent à localiser le QG du caïd Anthony Caruso, qui vient de faire assassiner un vieux juge, candidat intègre à la mairie. Ils découvriront que la planque en question n’est autre qu’une pièce… au fond du commissariat ! Rien de très palpitant là-dedans, trop de personnages secondaires et pas de « guest star » proéminente, comme c’était si souvent le cas dans cette série et qui en faisait d’ailleurs tout le charme. On reconnaît quelques têtes familières comme Gail Kobe, Lewis Charles en taxi manipulé par les gangsters et Jack Elam et Frank Wolff en hommes-de-main patibulaires à peine silhouettés. Pour la petite histoire, les deux acteurs se retrouveront – sans avoir de scène ensemble, toutefois – neuf ans plus tard, au générique de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ». À leurs côtés, l’imposant Mike Lane (le boxeur de « PLUS DURE SERA LA CHUTE ») joue un géant étrangleur tout de noir vêtu.

Le magnifique noir & blanc, une belle séquence au cœur d’une mine désaffectée, compensent la relative faiblesse de cet épisode, qui faisait la part belle à Nick Georgiade un des adjoints de Ness, généralement confiné à l’arrière-plan et à de modestes figurations.

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GAIL KOBE, MIKE LANE, ANTHONY CARUSO, FRANK WOLFF ET JACK ELAM

 

« WAR MACHINE » (2017)

Qu’il est difficile de comprendre, et donc d’apprécier, un film comme « WAR MACHINE » de David Michôd et tout son cortège de partis-pris bizarres qui ne cessent d’en fausser le discours, de déconcerter au lieu d’impliquer. Au début, on pense au ton satirique de l’excellent « DES HOMMES D’INFLUENCE », mais… non. Ce n’est pas exactement cela. Du moins, pas tout le temps.WAR.jpg

Un général U.S. (Brad Pitt) est envoyé en Afghanistan pour mettre fin à la guerre qui s’enlise. Au cours de ses préparatifs, il se confie à un journaliste de « Rolling Stone » (Scoot McNairy) qui causera sa perte. C’est tout au niveau du scénario, mais l’essentiel n’est pas là. Il est – ou devrait être – dans le message anti-guerre, le portrait-charge de l’U.S. Army symbolisée par ce général-fantoche et sa bande d’imbéciles braillards, l’ingérence américaine, etc. Mais le gros défaut du film c’est hélas, Brad Pitt. Bien trop jeune, ou du moins paraissant trop jeune, pour ce rôle de briscard grisonnant, il adopte dès le premier plan un jeu complètement décalé : un œil à moitié clos, la mâchoire prognathe, la démarche grotesque, il crée une impossible caricature qui finit par nuire au propos du film et empêche tout approfondissement, toute empathie, voire tout sentiment quel qu’il soit envers son personnage. Il y a quelques décennies, le rôle aurait mérité un Lee Marvin ou plus tard un Gene Hackman voire un Eastwood, mais ce qu’a voulu faire Pitt, acteur qui a pourtant souvent fait ses preuves, est incompréhensible. À l’image de ses face-à-face avec Ben Kingsley jouant le président afghan à la limite du gros comique qui tache. On reconnaît çà et là des vedettes de passage comme Tilda Swinton en diplomate allemande, Alan Ruck, Griffin Dunne et même Russell Crowe dans un caméo muet pour clôturer le film.

« WAR MACHINE » aurait dû trouver sa tonalité entre « CATCH-22 » et « M*A*S*H* », il l’a totalement loupée, comme il a loupé le seul centre d’intérêt du scénario, à savoir la confrontation entre le militaire et le journaliste, à peine effleurée ici. C’est long, didactique, ennuyeux au possible et il n’est jamais agréable de voir un acteur qu’on apprécie se vautrer à ce point.

 

« OPÉRATION FINALE » (2018)

On se souvient du téléfilm « THE MAN WHO CAPTURED EICHMANN » (1996) où Robert Duvall incarnait magnifiquement le tristement célèbre responsable de la « solution finale ». « OPÉRATION FINALE » de Chris Weitz couvre exactement les mêmes événements et, alors que tout le monde connaît le dénouement, le suspense demeure entier et les enjeux sont toujours colossaux.FINALE.png

C’est Ben Kingsley qui endosse le rôle de l’infâme nazi. Il s’y montre excellent, malgré un maquillage affreux qui le fait ressembler à un mannequin du musée Grévin. Quel dommage ! Car même grimé ainsi, il ne ressemble absolument pas à Eichmann. Pourquoi lui avoir infligé cela ? Quoi qu’il en soit, il offre un superbe face-à-face avec Oscar Isaac, remarquable – comme souvent – dans le rôle de l’agent du Mossad qui le capture et le fait parler. Antihéros indiscipliné, hanté par le passé, intuitif, il crée un personnage attachant, imprévisible qui supporte une bonne partie du film sur les épaules. Malgré ses deux heures, « OPÉRATION FINALE » n’ennuie pas une seconde et s’offre même quelques poussées d’adrénaline très réussies, comme la fin à l’aéroport de Buenos Aires. Autour des deux protagonistes, on reconnaît (à peine !) Greta Scacchi en Mme Eichmann, Peter Strauss en Juif aveugle exilé en Argentine et la toujours transparente Mélanie Laurent.

Porté par la BO d’Alexandre Desplat, très bien monté et dialogué, le téléfilm maintient l’intérêt jusqu’au bout et l’épilogue en Israël est très émouvant. À voir donc, éventuellement en double-programme avec la version de ’96.

 

« OUTLAW KING : LE ROI HORS-LA-LOI » (2018)

Écrit et réalisé par David Mackenzie, « OUTLAW KING : LE ROI HORS-LA-LOI » est une production Netflix qu’on peut voir comme la continuation directe du « BRAVEHEART » (1995) de Mel Gibson. D’ailleurs, on entrevoit la tête coupée de William Wallace plantée sur un pic, le temps d’un plan.OUTLAWKING.jpg

La vedette est donnée ici à Robert Bruce (Chris Pine), noble écossais qui se révolta contre l’Angleterre et décida de reconquérir son pays malgré une armée très inférieure en nombre. La tonalité du film est bizarre. Entre ultra-réalisme et schématisation hollywoodienne, « OUTLAW KING » peine à trouver son rythme de croisière, se perd en séquences mièvres, multiplie les batailles sanglantes sans réel effet dramatique et ne parvient jamais à imposer Bruce comme un personnage « bigger than life ». Ce n’est pas la faute de Chris Pine, qui s’intègre étonnamment bien à cet environnement historique et s’est fait une tête tout à fait crédible. Mais son rôle est mal défini, parfois inconsistant et il se fait piquer la vedette par Aaron Taylor-Johnson, complètement halluciné. Il faut l’avoir vu hurler son propre nom pendant les combats : « Douglas ! », comme un possédé, à rendre jaloux le Kinski de « COBRA VERDE » ! Tous les seconds rôles sont impeccables, particulièrement Stephen Dillane en monarque cynique et sans pitié.

Pas totalement réussi, « OUTLAW KING » se laisse regarder passivement, avec intérêt mais sans passion. Jusqu’au dénouement où la grande bataille fait subitement décoller le film et rappelle les plus belles heures de « BRAVEHEART », justement et plus récemment de « GAME OF THRONES ». À voir, ne serait-ce que pour ces séquences admirablement réglées et montées et pour Taylor-Johnson qui non seulement crève l’écran, mais le calcine carrément !