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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« GUERRE ET AMOUR » (1975)

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DIANE KEATON ET WOODY ALLEN

« GUERRE ET AMOUR » est le dernier film de la première période de la carrière de Woody Allen, c’est-à-dire les films purement « comiques ». C’est aussi un des plus délectables, toutes époques confondues, et contenant en germe tout l’avenir du cinéaste.GUERRE

C’est, à la base, un pastiche de la littérature russe du 19ème siècle, surtout de Tolstoï et Dostoïevski, truffé d’anachronismes, d’hommages visuels à Ingmar Bergman, et suivant deux personnages extrêmement bien dessinés : Woody d’abord, fils de paysans couard et obsédé sexuel et Diane Keaton femme libérée avant l’heure, sorte de Mme Bovary exaltée. Ensemble, ils traversent les guerres napoléoniennes, tentent même d’assassiner l’empereur dans une espèce d’euphorie contagieuse provoquée par une avalanche ininterrompue de bons mots, de situations absurdes et d’allusions salaces. Tourné en France et en Hongrie, avec des moyens conséquents, avec une équipe principalement française (Ghislain Cloquet à la photo), « GUERRE ET AMOUR » ne cesse de faire sourire et réserve plusieurs éclats de rire mémorables. Comment résister au vieux père de Woody trimbalant sur lui son minuscule lopin de terre ? Au premier mari de Diane obsédé par les harengs ? À la balle tirée en l’air qui retombe sur notre « héros » ? À tant d’autres gags verbaux ou visuels qui font mouche pratiquement à chaque fois… Diane Keaton n’a jamais été aussi charmante, aussi précise dans le timing de comédie, aussi excentrique. Elle fait jeu égal avec Woody, pareil à lui-même. Les apparitions de la Grande Faucheuse vêtue de blanc renvoient à Bergman, le petit rôle de Jessica Harper à la fin est un magnifique clin d’œil à « PERSONA » et la danse finale de Woody avec la Mort dans un décor bucolique, clôture ce petit chef-d’œuvre d’humour référentiel et trivial, sur une note idéale.

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WOODY ALLEN, DIANE KEATON ET HOWARD VERNON

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« DON’T DRINK THE WATER » (1994)

DRINKI.jpeg« DON’T DRINK THE WATER » fut un énorme succès à Broadway en 1966 et fut adapté en long-métrage trois ans plus tard avec, semble-t-il, moins de bonheur. Entre deux films de sa grande période, Woody Allen en tourna un remake pour la TV et reprit le rôle principal, créé au théâtre par Lou Jacobi et à l’écran par Jackie Gleason.

Pendant la guerre froide, une famille de beaufs new-yorkais en visite à Moscou se retrouve enfermée dans l’ambassade américaine, après avoir été pris pour des espions par le KGB. Dans ce huis clos, tout le monde est incompétent, fou à lier, pleutre et hystérique. Allen s’essaie au boulevard frénétique et le comique est basé sur une avalanche de « one liners », des bousculades, des malentendus. C’est parfois fatigant, souvent drôle, mais c’est intéressant de voir Woody Allen revisiter à 60 ans un texte écrit quand il en avait la moitié. Esthétiquement – et même s’il retrouve son équipe technique habituelle – c’est visiblement moins soigné que d’habitude, en format carré d’avant le 16/9, et cela ressemble beaucoup à du théâtre filmé, tout en plans larges avec énormément de monde dans le champ de la caméra qui s’agite en tous sens. Allen et Julie Kavner forment un couple idéalement assorti, un peu comme De Funès et Claude Gensac, ensemble ils font des étincelles (« Pourquoi ramasses-tu toujours des machins bizarres ? », lui demande-t-elle. « C’est comme ça qu’on s’est rencontrés ! », répond-il). Michael J. Fox est attachant en fils d’ambassadeur gaffeur et manifestement pas à sa place, Dom DeLuise lâché en roue-libre, comme toujours, arrache quelques sourires en prêtre/magicien/espion pot-de-colle, mais vampirise hélas, pas mal de scènes.

Ce n’est pas tout à fait un « film de Woody Allen », mais une sorte de parenthèse sympathique, un clin d’œil à son passé de dramaturge débutant et, peut-être, une manière de faire oublier la première adaptation réputée désastreuse qui lui était restée sur l’estomac.

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JULIE KAVNER, WOODY ALLEN, MAYIM BIALIK ET MICHAEL J. FOX

 

« ZELIG » (1983)

« ZELIG » est le second film de l’ère « Mia Farrow » de la filmographie de Woody Allen et on sent le bonheur émanant de cette relation, une sincère joie-de-vivre, qui donnent du cœur à ce curieux projet : un faux documentaire situé dans les années 20 et 30, sur un homme-caméléon (fictif) devenu un phénomène de société et un cas psychiatrique extraordinaire.ZELIG

Leonard Zelig (Allen) n’a pas de personnalité propre et « devient » littéralement tous ceux qui l’approchent pour mieux s’intégrer, pour être aimé. Il se modifie physiquement, mentalement. Son cas passionne une jeune psychiatre (Farrow) qui s’efforce de le guérir et tombe amoureuse de lui pendant les séances. C’est très mignon et naïf, heureusement épicé par l’humour sarcastique et iconoclaste de l’auteur (le juif Zelig finit tout de même dans les rangs des nazis à Berlin et cotoie Hitler !)  et surtout par la prouesse technique accomplie par Gordon Willis et son hallucinant travail sur la pellicule et la photo. Tous les plans sont censés être des films d’amateur, des images d’actualité, des « home movies », raccordés à de véritables images d’époque. Il faut se rappeler qu’en 1983, les CGI et autres palettes graphiques n’existaient pas et qu’on ne peut qu’admirer le fabuleux travail de fourmi du chef-opérateur et du monteur qui font 90% de l’intérêt du film. Car le scénario, en dépit de son originalité, tient difficilement la distance malgré sa maigre durée et que, une fois le concept assimilé, il fait du sur-place et s’avère un peu ennuyeux. Mais Mia Farrow est vraiment charmante et Woody lui-même s’amuse visiblement à se métamorphoser à chaque séquence. « ZELIG » est plus un amusant intermède qu’un grand film, mais il se laisse voir avec curiosité. Mais franchement, une durée de court-métrage aurait amplement suffi !

Au fait… peut-on voir dans le sujet de « ZELIG » une réflexion sur la carrière de Woody Allen qui a imité les Marx Brothers, puis Tchekov, Ingmar Bergman ou Federico Fellini, avant de trouver son style propre ?

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WOODY ALLEN ET MIA FARROW

 

« BORSALINO » (1970)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

Revoir « BORSALINO » aujourd’hui, un demi-siècle après sa sortie, permet de comprendre l’importance du contexte et de la mythologie dans l’appréciation d’un film. Car objectivement, si le projet était ambitieux et excitant, si tout a été mis en œuvre pour en faire un classique (on compte tout de même Jean-Claude Carrière et Claude Sautet parmi les auteurs !), ce n’est pas la grande réussite dont on aurait pu rêver. Tous les participants ont déjà fait mieux par le passé, le scénario manque d’étoffe historique et psychologique, la mise-en-scène de Jacques Deray demeure confinée, sans parvenir à faire exister le Marseille des années 30. Et la confrontation des deux stars, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, apparaît comme superficielle et le talent des acteurs pas suffisamment mis à l’épreuve.BORSALINO.jpg

Et pourtant… Malgré ces récriminations, ces réticences légitimes, « BORSALINO » est incontestablement un film-date, l’équivalent français de « BUTCH CASSIDY & LE KID », l’unique occasion de revoir deux figures du cinéma hexagonal en pleine possession de leurs moyens, au sommet de leur considérable charisme. Sans oublier la BO de Claude Bolling, quelques bonnes répliques et d’excellents seconds rôles comme Michel Bouquet, Julien Guiomar et la très sensuelle Catherine Rouvel, qui fait office d’Etta Place pour nos Butch et Sundance phocéens.

Alors oui, bien sûr, l’image est trop éclairée, manque d’atmosphère, la bande-son est très inégale, la mort d’un des deux protagonistes à la fin est totalement grotesque. Mais que dire ? Cela fonctionne tout de même. Et chaque séquence où Belmondo et Delon apparaissent côte à côte provoque la même nostalgie, le même frisson. Difficile donc, de se faire une opinion bien tranchée sur « BORSALINO ». Quant au « duel » de stars, qui en sort vainqueur ? Belmondo se promène, désinvolte et rigolard, sans chercher à aller au-delà des apparences. Delon, plus impliqué, plus intense compose un vrai personnage de voyou ambitieux et implacable prêt à tout pour gravir l’échelle sociale. Une petite scène pourtant, nous laisse entrevoir le film qu’aurait pu être « BORSALINO » avec un tout petit supplément de profondeur : celle où, derrière une fenêtre, Delon l’air amusé et ému à la fois, regarde sa mère rire avec Belmondo qui la fait danser dans ses bras. Peut-être le plus beau moment du film. Indispensable… Malgré tout !

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ROCH SIFFREDI ET FRANÇOIS CAPELLA

 

« LES ÉMIGRANTS » (1971)

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LIV ULLMANN

« LES ÉMIGRANTS » de Jan Troell, il faut en être prévenu, est une véritable épreuve d’endurance. Non parce qu’il est mauvais – loin de là – mais parce que la vision de la misère, des souffrances humaines, de la maladie, des humiliations, n’a rien de réjouissant et que l’auteur ne nous épargne rien.ÉMIGRANTS.jpg

Situé vers 1850 dans la campagne suédoise, le film suit le destin d’un couple de paysans, Max Von Sydow et Liv Ullmann, « empruntés » à Ingmar Bergman, qui décident d’émigrer aux Amériques. Par la minutie de sa mise-en-scène, la longueur de chaque séquence, Troell donne presque la sensation de suivre l’action en « temps réel » et, sur plus de trois heures, cela peut devenir pénible, voire douloureux. Les échecs successifs du couple, les grossesses à répétition, la mort d’une fillette, la sècheresse… Tout les pousse à quitter leur terre natale pour cette Amérique qu’ils idéalisent et sur laquelle ils portent tous leurs espoirs. On souffre avec eux, le summum étant atteint lors de la traversée en mer, où on finit par se sentir physiquement malade ! Le film est d’une sobriété visuelle confinant à l’austérité, Troell interdit tout romanesque, toute simplification « hollywoodienne ». On finit par s’attacher à ces personnages frustes et taiseux : Von Sydow remarquable en brave homme entêté, Ullmann émouvante en mère nourricière endurante, Eddie Axberg très bien en rêveur ou Monica Zetterlund en femme de mauvaise réputation.

Tant d’années après, « LES ÉMIGRANTS » émeut toujours et peut-être davantage, au regard de l’actualité du 21ème  siècle. C’est une œuvre sincère et puissante, de celles qui dépeignent les « gens de peu » avec une empathie jamais manichéenne et leur rendent leur humanité.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

À noter : le film connut une suite l’année suivante, « LE NOUVEAU MONDE » encore plus longue !

 

« LE SIGNE DE ZORRO » (1940)

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TYRONE POWER ET J. EDWARD BROMBERG

Remake du classique de 1920 avec Douglas Fairbanks portant le même titre, « LE SIGNE DE ZORRO » de Rouben Mamoulian est une version enjouée et mouvementée du mythe du vengeur masqué de Monterey et offre à Tyrone Power un rôle tout à fait dans ses cordes.ZORRO2.jpg

C’est sa prestation nuancée qui soutient un scénario un brin trop schématique, puisqu’il joue finalement plusieurs personnages : le bretteur arrogant à Madrid, le mondain efféminé en Amérique, puis le noble hautain à monocle et pour finir, le vengeur indomptable au masque changeant. Pour qui a grandi avec la série de Walt Disney (c’est-à-dire à peu près tout le monde !), on trouve çà et là des indices qui ont inspiré les auteurs : l’homme à la langue coupée du début deviendra le muet Bernardo, l’affreux sergent Gonzalez sera modifié pour devenir le gros et sympathique Garcia et les infâmes gouverneurs qui se succèderont pour asservir les peones, devront tous quelque chose à l’inimitable Basil Rathbone. On est donc en terrain familier et ce film sympathique se laisse regarder avec des yeux d’enfant. Les combats à l’épée sont très bien réglés et sans doublure, ce qui est appréciable. Les seconds rôles sont finement dessinés : du pleutre « Alcalde » J. Edward Bromberg à la délicieuse Linda Darnell, en passant par la fielleuse Gale Sondergaard, ils ont tous de quoi créer des silhouettes amusantes et assez fouillées.

Sans posséder la fougue inaltérable des plus grands succès d’Errol Flynn de cette époque (quel magnifique Zorro il aurait fait !), « LE MASQUE DE ZORRO » possède suffisamment de morceaux de bravoure pour raviver l’intérêt envers une histoire que tous les spectateurs connaissent par cœur.

Maintenant, pour dire les choses comme elles sont, désolé pour Messieurs Fairbanks, Power, Delon ou Banderas, mais il n’y a qu’un seul Zorro et il s’appelle Guy Williams !

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LINDA DARNELL, TYRONE POWER ET BASIL RATHBONE

 

« WONDER WHEEL » (2017)

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KATE WINSLET

« WONDER WHEEL » de Woody Allen se passe en 1950 à Coney Island et évoque une pièce de Tennessee Williams. Est-ce volontaire de la part du réalisateur ? Mais les quatre vedettes ont toutes de faux-airs de stars de l’époque où se déroule l’action : Joan Crawford (Kate Winslet), Montgomery Clift (Justin Timberlake), Marilyn Monroe (Juno Temple) et Broderick Crawford (Jim Belushi).WHEEL.jpg

Entièrement tourné en studio, le film suit quelques laissés-pour-compte vivant sur le parc d’attraction décati. Juno Temple fuit son mari gangster qui a mis un contrat sur sa tête et se réfugie chez son père Belushi, un loser alcoolique et sa belle-mère (Winslet) ex-actrice névrosée, elle-même amoureuse d’un pseudo-écrivain (Timberlake) plus jeune qu’elle. Le quatuor accomplit des merveilles et fait oublier les tunnels dialogués, les redondances d’un scénario pas suffisamment élagué. Mais si le film vaut d’être vu, ce sera essentiellement pour la photo de Vittorio Storaro qui, à presque 80 ans, signe un des ses plus beaux accomplissements. Une lumière « magique » à chaque plan, qui accomplit le prodige d’évoluer à l’intérieur de chaque scène au gré des changements d’humeur des personnages. C’est splendide, novateur et c’est si surprenant que cela occulte presque l’histoire par moments. Pourtant « WONDER WHEELS » est un des films les plus intéressants d’Allen depuis pas mal de temps. On y retrouve ses obsessions en filigrane, mais sans ressentir cette sensation de radotage qui a gâché tant de ses œuvres récentes. L’auteur tire le maximum de ses comédiens, multiplie les gros-plans, chose rare chez lui, et laisse toute la place à l’image de s’épanouir et d’occuper le devant de la scène.

Certes un peu long, « WONDER WHEEL » vaut donc largement le détour pour goûter le pur génie visuel de M. Storaro au sommet de son art.

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JUNO TEMPLE ET KATE WINSLET