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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« O’BROTHER » (2000)

BROTHERSitué en plein dans la Grande Dépression, dans l’État du Mississippi, « O’BROTHER » est une des grandes réussites de Joel & Ethan Coen, qui adaptent très librement « L’odyssée » d’Homère dans un univers de ploucs analphabètes, de politicards véreux et de racisme décomplexé.

Le scénario suit la cavale de trois forçats évadés (George Clooney, John Turturro et Tim Blake Nelson) traqués par la police et à la recherche d’un trésor enfoui dont on finit par douter de l’existence. Imbéciles sympathiques et enthousiastes, les trois lascars croisent des équivalents sudistes des sirènes, du cyclope, ils assistent à un meeting musical (sic !) du KKK, font un tabac avec une chanson enregistrée à la sauvette et se font finalement récupérer par un sénateur (Charles Durning génial) opportuniste. Tout ça pour que « Ulysse » puisse retrouver sa Pénélope acariâtre (Holly Hunter) et leurs sept filles. Que dire ? C’est délectable du début à la fin, la bande-son composée de country, de bluegrass, de folk, de blues, est un véritable ravissement, le sommet étant atteint avec « I’m a man of constant sorrow », chantée par le trio avec une verve indescriptible. La photo monochrome de Roger Deakins immerge littéralement dans l’époque, le dialogue fleuri et abondant est magnifiquement écrit. Bref ! C’est un vrai accomplissement pour les Coen, pour qui « O’BROTHER » constitue une sorte de synthèse de leur style et de leurs obsessions. Clooney est irrésistible en bellâtre intellectuellement limité, obsédé par sa pommade à cheveux, Turturro extraordinaire en plouc paranoïaque et Nelson formidable en simplet trop crédule. Tous les seconds rôles sont mémorables, spécialement Michael Badalucco en ‘Baby Face Nelson’ bipolaire.

« O’BROTHER » est une fable roborative à l’ironie féroce, qui respire la joie de vivre et l’amour de la musique. Vraiment un des sommets de l’œuvre des frères Coen, qui n’en manque par ailleurs pas.

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TIM BLAKE NELSON, GEORGE CLOONEY ET JOHN TURTURRO

 

« LE TRAÎTRE » (2019)

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PIERFRANCESCO FAVINO

Inspiré de faits réels survenus dans les années 80, le scénario du film de Marco Bellocchio « LE TRAÎTRE » n’est pas sans rappeler celui de « COSA NOSTRA », sorti il y a 45 ans.TRAITRE.jpg

C’est en effet l’histoire d’un « soldat » de la Cosa Nostra qui finit par trahir son clan et par balancer ses secrets devant la justice. À la différence que « LE TRAÎTRE » se passe en Sicile et pas aux U.S.A. « Je ne me considère pas comme un traître », dit Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino) en substance, « Ce sont les autres qui sont les traîtres aux idéaux de la Cosa Nostra ». Cela définit bien ce personnage hors-normes, séducteur égoïste, tueur et trafiquant d’héroïne, mais aussi individu charismatique et courageux, osant affronter la « Piovra » en la regardant dans les yeux. Favino – un des grands acteurs de sa génération, toutes nationalités confondues – donne un relief extraordinaire à Buscetta, particulièrement dans ses face à face avec le juge Falcone (magnifique Fausto Russo Alesi), où se nouent des liens de respect, voire d’amitié. C’est cet aspect « à hauteur d’homme » qui différencie « LE TRAÎTRE » des films de Francesco Rosi, par exemple et lui donne une texture exceptionnelle. Tous les personnages sont parfaitement dessinés. On pense à Fabrizio Ferracane, véritable Iago cynique et abject, Nicola Calí qui incarne un Toto Riina plus vrai que nature. Tous les seconds rôles sont au diapason.

Bellocchio ne donne aucune coloration romanesque ou spectaculaire à son film. Il se contente de suivre pas à pas le destin d’un homme, avec ses contradictions, ses fautes et sa dignité. Et quand arrive la fin, et qu’on commence à s’apitoyer sur le sort de ce vieillard paranoïaque, il nous assène un flash-back sec et implacable, qui nous rappelle qui était exactement Buscetta. Un grand film !

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FAUSTO RUSSO ALESI ET FABRIZIO FERRACANE

 

« INGLOURIOUS BASTERDS » (2009)

BASTERDS.jpgLe secret pour apprécier un film de Quentin Tarantino serait-il de le revoir dix ans après sa sortie, une fois oubliées la promo intensive, les critiques épileptiques et les interviews boursouflées ? Toujours est-il que « INGLOURIOUS BASTERDS », film honni par votre humble serviteur en 2009, lui a semblé plutôt sympathique aujourd’hui.

Bien sûr, le scénario semble écrit par un adolescent revanchard, qui – prenant exemple sur Rambo qui gagna la guerre du Vietnam à lui tout seul dans le n°2 de ses aventures – a décidé d’envoyer un commando de Juifs en colère en France, pour éradiquer Hitler et toute son équipe. L’évènement se passe dans un cinéma lors d’une avant-première, l’arme sera de la pellicule inflammable et tout le monde finira en enfer. Le rythme est excessivement lent, la première moitié est une succession de mini pièces de théâtre où s’affrontent des personnages hauts-en-couleur et finissant systématiquement en carnage. Mais si on se laisse prendre, peu à peu, c’est par l’énergie décomplexée de l’auteur qui réécrit l’Histoire comme il l’entend, raconte n’importe quoi, enfile les anachronismes comme des perles et s’amuse comme un petit fou. Tellement d’ailleurs, qu’il finit par emporter le morceau. Si son casting est inégal, pas toujours à la hauteur, le film est porté par deux cabots de génie : Christoph Waltz en limier nazi sadique et sautillant, terrifiant lutin imprévisible, et Brad Pitt fabuleusement drôle en officier yankee au bon sens imparable. Les face à face entre les deux comédiens sont de purs délices. Michael Fassbender est aussi très bien en espion british, Eli Roth, Til Schweiger, Richard Sammel et Diane Kruger ont de bonnes scènes. Le vétéran Rod Taylor apparaît fugitivement en figuration dans le rôle de Churchill.

À condition de le voir pour ce qu’il est, c’est-à-dire une grosse boutade immature et auto-satisfaite (le film s’achève par la réplique : « Je crois que je viens de signer mon chef-d’œuvre », juste avant que le nom de Tarantino n’apparaisse à l’écran !), « INGLOURIOUS BASTERDS » fait passer un bon moment.

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BRAD PITT, RICHARD SAMMEL, CHRISTOPH WALTZ, DIANE KRUGER, MICHAEL FASSBENDER ET TIL SCHWEIGER

 

« MINDHUNTER » : saison 2 (2019)

Coréalisée par David Fincher, Andrew Dominik et Carl Franklin, la 2ème saison de « MINDHUNTER » poursuit son étude de la nouvelle cellule du FBI censée « profiler » les serial killers et les débusquer en se basant uniquement sur leurs points communs et leur modus operandi. Nous sommes toujours à la fin des seventies, avec le même trio d’enquêteurs disparate. Dans cette saison, c’est le vétéran Holt McCallany qui est placé en avant.MIND2

« MINDHUNTER » garde le cap d’une réalisation sobre, sans le moindre effet mélodramatique, sans jamais céder au spectaculaire, même dans l’approche de la violence (qui est tout de même à la base même du scénario), enrobe son récit d’une lumière verdâtre, souvent sous-exposée, là encore sans chichi esthétique. Dans ces neuf épisodes oscillant entre 40 et 70 minutes, seuls comptent les personnages, leur évolution, leurs erreurs et leurs conflits internes, toujours très motivés et passionnants à voir évoluer. Seul petit reproche, l’analyste Anna Torv peine à trouver sa place dans cette affaire de tueur d’enfants noirs à Atlanta et ses mésaventures sentimentales avec une barmaid ne servent strictement à rien et plombent même sévèrement le rythme de certains épisodes. Intéressante progression en revanche de Jonathan Groff, dont l’arrogance naturelle va être mise à mal à force d’échecs et de piétinements. Mais outre les face à face avec les assassins (dont un très crédible Charles Manson), tous remarquablement interprétés et la démythification de quelques-uns d’entre eux comme le « Son of Sam », le cœur de cette saison se situe au domicile de McCallany, dont le jeune fils adoptif se révèle peu à peu posséder pas mal de points communs avec les monstres qu’il poursuit à longueur d’année. Fascinante thématique, déjà développée dans l’excellente série anglaise « HAPPY VALLEY ».

Une saison 2 qui ne démérite pas donc, qui évite tous les clichés des séries TV policières, pour élever le genre tout en le dépoussiérant.

 

« MISSISSIPPI BURNING » (1988)

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GENE HACKMAN ET WILLEM DAFOE

« MISSISSIPPI BURNING » est sans hésitation le meilleur film d’Alan Parker, il est aussi un des pamphlets antiracistes les moins pesants et didactiques de mémoire de cinéphile. Sans oublier – grâce à la photo splendide de Peter Biziou – qu’il ne délaisse jamais la forme pour se contenter de son discours politique. MB2.jpg

Film politique donc, mais aussi et surtout thriller ultra-efficace, portrait d’hommes dignes et humains confrontés à la bestialité et à la bêtise, « MISSISSIPPI BURNING » se situe en 1964 dans le sud des U.S.A. et suit l’enquête compliquée d’agents du FBI à la recherche d’activistes des droits civils assassinés par le KKK. Confrontés aux mœurs locales, aux lynchages, au shérif corrompu, à la haine ordinaire, le jeune et discipliné Willem Dafoe et Gene Hackman, son bras-droit sanguin et prêt à plier tous les règlements, vont parvenir à s’entendre et à venir à bout de leur job qui laissera, de toute façon, un arrière-goût amer. Magnifiquement conduit, filmé, monté, laissant filtrer des éclairs d’humanisme et même de tendresse (la relation entre Hackman et Frances McDormand, épouse d’un des lyncheurs, plus sensible que la moyenne), le film immerge dans une Amérique d’il y a plus d’un demi-siècle, mais dont Parker laisse à entendre qu’elle n’a peut-être pas autant changé que cela. Les scènes de violence sont stylisées mais choquantes de réalisme, les gros-plans sur des visages boursouflés, couperosés, perlés de sueur, offrent un portrait repoussant du « redneck » sudiste. Hackman trouve un de ses plus beaux rôles dans une carrière qui n’en a pas été avare, Dafoe se tire superbement d’un personnage plus ingrat. McDormand est d’une finesse inouïe. Quant aux salauds, ils ont les traits de Michael Rooker, Brad Dourif, R. Lee Ermey, Pruitt Taylor Vince ou Gailard Sartain, c’est dire s’ils sont crédibles et haïssables à souhait !

C’est du grand cinéma engagé qui a quelque chose à dire et le dit sans rien asséner, mais avec une force de conviction de bulldozer. Un pur chef-d’œuvre qui se laisse revoir sans la moindre lassitude.

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GENE HACKMAN, WILLEM DAFOE, LOU WALKER ET FRANCES McDORMAND

 

« IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » (1998)

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LA PHOTO DE JANUSZ KAMINSKI DANS TOUTE SA SPLENDEUR

Prenant la suite de Raoul Walsh ou Sam Fuller, Steven Spielberg revisite le débarquement en Normandie de 1944 et, plus largement la WW2 dans son entier, avec ce qui semble être devenu le « film de guerre ultime » : « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » qui, pendant près de 3 heures, immerge dans l’horreur des combats.RYAN.jpg

L’ouverture du film, l’arrivée des G.I. sur les plages, est un hallucinant morceau de bravoure, dépeignant comme jamais auparavant l’extrême violence des affrontements. C’est une vision de l’enfer, avec ses membres arrachés, ses tripes à l’air, ses hurlements de douleur. Un morceau de cinéma terrassant qui vaut n’importe quel discours anti-guerre. Jusqu’à la bataille finale, tout aussi monstrueuse, le film décrit le trajet de quelques soldats chargés par le haut commandement de ramener un certain Ryan (Matt Damon) à sa mère qui vient de perdre ses trois autres fils. Menés par l’officier Tom Hanks, un M. Tout le monde au bord du SPT, ces hommes épuisés, à cran, vont traverser des zones de combat, se faire décimer, pour une mission qu’ils jugent absurde.

Narré en un long flash-back très malin (on ne sait pas jusqu’au dénouement qui est le vieillard qui se recueille sur les tombes au début), « IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN » est transcendé par une photo désaturée et ultra-réaliste de Janusz Kaminski, une parfaite harmonie dans le casting et les plus stupéfiantes scènes de bataille jamais filmées. On pourra trouver quelques longueurs de temps en temps, mais rien qui fasse décrocher ou qui abime le mouvement général. Outre Hanks parfait dans son meilleur rôle, on reconnaît de nombreuses futures vedettes comme Damon excellent dans le rôle-titre, Vin Diesel bien plus à sa place en second rôle qu’en tête d’affiche, Bryan Cranston en colonel manchot, Paul Giamatti, Tom Sizemore et surtout Barry Pepper remarquable en sniper. Nathan Fillion a une excellente scène dans le rôle du « faux » James Ryan, terrible et drôle à la fois.

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TOM HANKS, MATT DAMON ET BARRY PEPPER

C’est un très grand film dont on peine à émerger après le mot « FIN », un des sommets de la carrière de son réalisateur et une image à la fois héroïque et lucide de l’abomination de la guerre.

 

« L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » (1982)

RIVER.jpgInspiré d’un célèbre poème de Banjo Paterson, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est un western situé dans l’Australie des années 1880 et narrant le parcours initiatique d’un orphelin (Tom Burlinson) venu des montagnes et son entrée dans l’âge adulte.

Si la première moitié est assez pénible, bourrée de faux-raccords, d’arrêts-sur-image malheureux et de cadrages en Scope malhabiles, la seconde mérite largement qu’on endure le reste. George Miller (pas celui de « MAD MAX », l’autre) est manifestement beaucoup plus à l’aise dans les scènes d’extérieurs et on peut voir des séquences de poursuites de chevaux sauvages absolument splendides. C’est également dans cette partie que les enjeux se précisent, que les personnages prennent leur ampleur et qu’enfin on se passionne pour leur sort. Il était temps ! Burlinson – qui évoque un jeune Tom Berenger – et Sigrid Thornton, à l’étrange beauté sauvage, forment un couple crédible et séduisant, sans la moindre mièvrerie. Ils sont beaucoup dans la réussite du film et dans l’émotion qu’il procure. Kirk Douglas lui, joue deux frères et on a droit au pire et au meilleur du vétéran hollywoodien : en prospecteur unijambiste, couvert de postiches et affublé d’un faux-nez, il cabotine sans retenue. En riche salopard égoïste et dur comme le silex, il trouve son dernier grand rôle au cinéma, tel qu’en lui-même toujours on l’a aimé. Jack Thompson est très bien en « horseman » de légende.

Porté par une BO « héroïque » très efficace, joliment photographié, « L’HOMME DE LA RIVIÈRE D’ARGENT » est donc un film estimable à voir en se souvenant qu’il s’améliore en progressant. Ne surtout pas se décourager pendant les premières 40 minutes, donc !

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SIGRID THORNTON, TOM BURLINSON ET KIRK DOUGLAS