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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« DEEPWATER » (2016)

Réalisé par l’acteur-réalisateur Peter Berg (qui apparaît dans une silhouette au début), « DEEPWATER » s’inspire de l’incendie d’une plate-forme pétrolière américaine qui causa de nombreuses victimes.deepwater

Dès le début, on est en terrain familier : la construction du récit renvoie aux films-catastrophe d’Irwin Allen, les raisons du désastre découlent d’économies mal avisées de décideurs rapaces. On retrouve même des idées du plus récent « BACKDRAFT » : le pétrole est identifié comme un « monstre préhistorique », comme le feu était diabolisé dans le film de Ron Howard. Sans parler de la présence iconique de Kurt Russell qui relie encore les deux films !

C’est très bien fichu, bien sûr, les CGI frisent la perfection, mais les personnages sont tellement cliché, le dialogue si plat, qu’on a un mal fou à se passionner pour tout cela. Il faut vraiment attendre la dernière partie, où l’incendie et les explosions évoquent littéralement l’enfer de Dante, pour se sentir impliqué. C’est à partir de là qu’on voit les images les plus impressionnantes, que les enjeux humains commencent à se dessiner. Mais un peu tard tout de même.

Mark Wahlberg est plutôt bien en électricien héroïque, Russell assure en vieux cowboy buriné responsable de la passerelle, John Malkovich en fait des caisses en visqueux de service. Kate Hudson et Gina Rodriguez font ce qu’elles peuvent de rôles sans aucune épaisseur.

Sans son côté « inspiré de faits réels » et son épilogue composé d’un montage de séquences du procès où on découvre les véritables visages des protagonistes, « DEEPWATER » ne serait rien d’autre qu’un film à grand spectacle, une prouesse technique de plus, qui laisse après le mot « FIN » une étrange sensation de vide. Qu’est-ce que « LA PLATE-FORME INFERNALE » raconte de plus que « LA TOUR INFERNALE », quatre décennies après ? Pas grand-chose, hélas. Et on n’a même pas McQueen, Newman, Holden ou Dunaway pour aider à passer le temps.

 

« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » (1955)

sourires2« SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » représente ce qui pourrait se rapprocher le plus d’une comédie au sein de l’œuvre d’Ingmar Bergman. Situé à la fin du 19ème siècle, c’est un marivaudage bourgeois enjoué et sensuel où les drames amoureux sont traités avec une tendre dérision et où les personnages sont plus souvent ridicules qu’émouvants ou tragiques.

Dans ce scénario très théâtral dans sa forme – une succession de tableaux – les couples se font, se défont, les amoureux changent de partenaires, la tragédie se transforme en farce et même la violence, comme cette séance de roulette russe, est désamorcée par des accessoires inoffensifs.

Filmé avec rigueur, dans un magnifique noir & blanc de Gunnar Fisher, le film a bien la forme et l’esthétique d’un Bergman, mais sa légèreté et son autodérision sont très désarmants. Le caméléon Gunnar Björnstrand est comme toujours excellent en avocat vieillissant marié à une gamine (Ulla Jacobsson) qu’il n’ose déflorer. Harriet Andersson déborde littéralement d’énergie et d’érotisme dans un rôle de soubrette délurée. Mais c’est la radieuse Eva Dahlbeck qui crève l’écran en actrice rusée et tireuse de ficelles, sorte de Mme de Merteuil bienveillante. Le spectateur à l’œil exercé, pourra reconnaître dans un plan large, lors de la représentation au théâtre, une toute jeune Bibi Andersson en comédienne.

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EVA DAHLBECK ET HARRIET ANDERSSON

Sans compter parmi les chefs-d’œuvre du maître suédois, « SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ » séduit de plus en plus à mesure qu’il progresse, on s’attache aux protagonistes et on ressent la lourde sensualité qui enrobe tout le film et définit leurs relations aussi bien, si ce n’est mieux, que de froides analyses psychologiques. Un film à part, minutieusement confectionné, aussi attractif que son casting sans la moindre faille.

 

« UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » (2016)

Tourné en Australie, situé après la guerre 14-18, « UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » est un mélodrame ample et ambitieux, qui marche sur les travées de classiques comme « LA FILLE DE RYAN » ou « LA MAÎTRESSE DU LIEUTENANT FRANÇAIS ».light

Le scénario suit le personnage d’un rescapé des tranchées (Michael Fassbender) qui accepte le poste de gardien de phare sur une île isolée pour se reconstruire. Il épouse une jeune femme (Alicia Vikander), mais leur bonheur est gâché par deux fausses-couches dramatiques. Jusqu’au jour où ils trouvent un bébé dans un canot échoué, auprès du cadavre d’un inconnu.

Derek Cianfrance ne recule devant aucune ficelle du mélo, ce qui étonnamment, donne une force peu commune à son film. Il va jusqu’au bout des sentiments, du sacrifice, des confrontations, et accompagne ces tourments intérieurs par des images somptueuses de la nature en furie, de cieux changeants. On est totalement immergé dans l’histoire, balloté par des dilemmes atroces et insolubles car, comme dans toute bonne histoire – et comme l’affirmait Jean Renoir : « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons ».

D’une sobriété quasi-minérale, Fassbender est remarquable, composant un homme détruit, rongé par le complexe du survivant. Alicia Vikander est frémissante, instable, aussi exaspérante qu’émouvante. Et Rachel Weisz est magnifique dans un rôle complexe qu’une comédienne moins experte aurait pu rendre haïssable. On retrouve avec plaisir des vétérans du cinéma australien d’antan comme Jack Thompson ou Bryan Brown.

« UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS » est une franche réussite, une œuvre maîtrisée, intense et sérieuse, tellement habilement fabriquée, qu’on en oublie volontiers certaines grosses ficelles narratives. Un vrai plaisir, un film que n’aurait pas renié David Lean…

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RACHEL WEISZ

 

« LE LOUP DES MERS » (1993)

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CHARLES BRONSON ET CHRISTOPHER REEVE

Déjà adapté pour le cinéma par Michael Curtiz (« LE VAISSEAU FANTÔME » en 1941, avec Edward G. Robinson), le roman de Jack London, « LE LOUP DES MERS » donne ici lieu à un téléfilm bien écrit et intelligemment casté, tourné avec les moyens du bord (c’est le cas de le dire) par le vétéran Michael Anderson (« ORCA », « L’ÂGE DE CRISTAL »), mais étonnamment authentique. Les nombreuses séquences sur le pont du bateau par exemple, sont toutes filmées avec un fort tangage incessant qui semble des plus réels.WOLF2

Après un naufrage, le mondain et oisif Christopher Reeve et la jolie voleuse Catherine Mary Stewart sont recueillis à bord du ‘Ghost’, navire du capitaine Wolf Larsen (Charles Bronson), despote violent haï de son équipage. C’est l’étude du caractère éminemment complexe et contradictoire de cet individu qui est au cœur du film : brute sadique et insensible, c’est aussi un homme cultivé, lecteur insatiable de poésie, de philosophie et de sciences. Il n’a qu’une obsession, retrouver et tuer son frère, surnommé… ‘Death’, mais il devient progressivement aveugle, ce qui le rend vulnérable aux mutineries qui se fomentent dans l’ombre. Les confrontations entre Reeve, qu’on voit changer peu à peu, et Bronson qui joue au chat et à la souris avec lui, sont bien dialoguées et passionnantes. L’un prenant un plaisir pervers à voir l’autre s’endurcir, céder à la violence pour survivre. Les deux acteurs sont excellents chacun dans leur registre et c’est un bonheur de voir un Bronson de 72 ans, enfin sortir de son non-jeu routinier, pour prendre un vrai personnage à bras-le-corps et lui donner une véritable épaisseur. Même s’il paraît un peu âgé par moments, son passé cinématographique joue pour lui, et il a plusieurs moments vraiment étonnants d’intensité. « Je préfère régner en enfer que servir au paradis », répète-t-il plusieurs fois au cours du film. Autour des deux protagonistes, liés par cette étrange relation frisant le SM, de bons seconds rôles comme Clive Revill en immonde cuistot affublé de toutes les tares, Len Cariou en médecin humain ou Marc Singer en marin insoumis.

« LE LOUP DES MERS » demeure malgré tout un téléfilm, tourné en plans serrés, sans réelle ampleur, en dépit de nombreux plans de coupe sur le bateau en pleine mer, apparemment « piqués » à un autre film. C’est sa limite. Mais le comeback inespéré de Bronson en tant que comédien plutôt qu’en icône vengeresse, vaut largement le coup d’œil, d’autant plus qu’il retournera ensuite à sa routine policière jusqu’à son dernier film, six ans plus tard.

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CHRISTOPHER REEVE, LEN CARIOU ET CHARLES BRONSON

 

« LA VEUVE COUDERC » (1971)

veuvePierre Granier-Deferre signa ses trois œuvres les plus marquantes en 1970 et ’71 : « LA HORSE », « LE CHAT » et « LA VEUVE COUDERC », d’après un roman de Georges Simenon.

Situé pendant les années 30, en pleine campagne, dans le huis clos à ciel ouvert d’une écluse, le film plonge un jeune forçat évadé (Alain Delon) au sein d’une guéguerre sordide entre une veuve (Simone Signoret) et sa belle-famille convoitant sa ferme. Une étrange histoire se noue entre le « desperado » taiseux au passé mystérieux et la femme endurcie, au seuil de la vieillesse. La force principale du film est de ne rien expliquer. Il montre, se contente du strict minimum dans les échanges dialogués et décrit les personnages par leur comportement, leurs regards, leur animalité. A priori improbable, le duo Delon-Signoret fonctionne à merveille : lui effacé, tout en retenue, elle massive, autoritaire, avec des instants d’extrême vulnérabilité (la longue scène muette où elle l’attend en chemise de nuit dans sa chambre, alors qu’il couche avec une jeune femme, en dit plus long que des pages de texte). Il se passe quelque chose de très fort entre les deux acteurs, reliés par leurs regards également félins, par leur aplomb et leur présence physique. Ils sont très bien entourés par Ottavia Piccolo en simplette « Marie-couche-toi-là » et par Jean Tissier fabuleux en pépé à moitié sourd et pas si gâteux qu’il n’en a l’air.

Linéaire, très ramassé et compact, « LA VEUVE COUDERC » n’a pratiquement pas vieilli, hormis peut-être une photo un peu plate et des nuits trop éclairées. Il capte comme rarement l’âpreté de la vie campagnarde, la dureté des paysans, les rancœurs, le rejet de l’autre et même – en filigrane – la seconde guerre mondiale qui se profile à l’horizon. Un beau film simple et rugueux qui garde tous ses secrets après le mot « FIN ».

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SIMONE SIGNORET ET ALAIN DELON

 

« HELTER SKELTER » (1976)

helterÉcrit et tourné « à chaud », quelques années à peine après les événements qu’il décrit, le téléfilm « HELTER SKELTER » relate le procès de Charles Manson et de sa « famille », à la suite des meurtres rituels de l’actrice Sharon Tate et de six autres personnes à L.A..

Le scénario, basé sur le livre du procureur (George DiCenzo) qui fit condamner les fanatiques, prend trois copieuses heures pour disséquer l’engrenage fatal, utilisant les minutes du procès en guise de dialogue. C’est donc extrêmement réaliste, au détriment de l’efficacité narrative. Car si le thème est passionnant, le film lui, lasse assez vite l’intérêt par son aspect visuel délibérément ingrat et par le manque de relief des comédiens, tout à peu près inconnus et dépourvus de personnalité.

On alterne les interrogatoires, l’enquête des flics de terrain et des journalistes, les dépositions devant le juge, etc. Heureusement, de temps en temps, Steve Railsback parvient à apporter un peu d’énergie au processus : il compose un Manson d’un réalisme inouï, à la fois clownesque et méphistophélique et certains de ses gros-plans sont vraiment effrayants. Parmi les autres comédiens, on reconnaît Marilyn Burns (« MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ») en membre de la secte qui finira par trahir les siens, et des visages familiers comme David Clennon ou Roy Jenson et Paul Mantee, que Gries venait d’employer au cinéma dans « L’ÉVADÉ ».

Long, embrouillé, parfois confus, « HELTER SKELTER » vaut d’être vu pour son contenu documentaire et l’authenticité de son visuel. C’est un idéal complément à la récente série TV « AQUARIUS » couvrant les mêmes faits.

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STEVE RAILSBACK ET MARILYN BURNS

À noter qu’une voix « off » lors de l’épilogue, s’inquiète d’une possible « descendance » à la barbarie sanguinaire de Manson. Quarante ans plus tard, force est d’admettre qu’on avait effectivement raison de se poser la question…

 

« VIVRE POUR VIVRE » (1967)

vivreTourné dans la foulée du succès de « UN HOMME ET UNE FEMME », « VIVRE POUR VIVRE » est passionnant à revoir aujourd’hui, comme instantané de son époque, mais surtout en tant qu’autopsie expiatoire et légèrement masochiste de l’adultère avec son cortège de mensonges, de trahisons, de mesquineries.

Maîtrisant parfaitement ce style visuel « à l’épate » qui l’a rendu célèbre, Claude Lelouch enrobe ce qui aurait pu n’être qu’une œuvre intimiste, de paillettes et de digressions. Sur les deux heures de projection, on se dit que toute la partie reportages au Congo ou au Vietnam aurait gagné à être raccourcie, que les tics de mise-en-scène sont parfois redondants (les gros-plans de personnes dialoguant sans qu’on entende le son), mais il passe quelque chose d’unique dans ce film, une forme de vérité dans l’émotion, une mise à nu des acteurs qui nous place en position de voyeur.

Yves Montand est idéalement casté dans ce rôle de grand reporter, dragueur impénitent au machisme condescendant, aussi charismatique qu’il est lâche et détestable quand il s’empêtre dans ses lamentables excuses. A-t-on souvent vu un portrait d’homme aussi impitoyable ? À ses côtés, Annie Girardot a rarement été meilleure qu’en épouse trompée, délaissée, qui se fane lentement dans son ombre. Émouvante et subtilement crispante, l’actrice a un monologue en gros-plan totalement inoubliable. La toute jeune Candice Bergen se sort au mieux du rôle casse-gueule de la maîtresse voleuse de mari.

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ANNIE GIRARDOT, YVES MONTAND ET CANDICE BERGEN

À condition de tolérer la caméra constamment en mouvement de Lelouch, de trouver un charme rétro à la BO de Francis Lai et de vouloir faire un bond dans le passé, de revisiter une France disparue qu’on peine à reconnaître aujourd’hui, « VIVRE POUR VIVRE » fait passer un moment plaisant, parfois incisif et – sans se prendre pour Ingmar Bergman – Lelouch propose une vision du couple des plus pertinentes.