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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« LA PROIE NUE » (1965)

PREY.jpg« LA PROIE NUE » de Cornel Wilde, commence lors d’un safari au Bostwana, au 19ème  siècle. Et par le massacre gratuit d’un troupeau d’éléphants par le guide (Wilde) et ses odieux clients. Inutile de dire que lorsqu’ils sont capturés par une tribu cannibale, on est plutôt content de les voir payer pour ce carnage !

Passé cette introduction brutale, on suit la longue traque de Wilde, unique rescapé, poursuivi dans la brousse par plusieurs guerriers. Nu, sans eau ni nourriture, l’homme blanc va fuir, se rebiffer, tuer ses poursuivants sans pitié et régresser quasiment au stade animal. « LA PROIE NUE », c’est le « survival » ultime, un film pratiquement dépourvu de dialogue, à la bande-son composée de tam-tams africains qui finissent par avoir un effet hypnotisant. Tuer ou être tué, sans échappatoire, sans digression. Le film, c’est cela et rien d’autre. La mise-en-scène de Wilde est délibérément « primitive », comme captée sur le vif, impression renforcée par l’insertion ininterrompue de plans d’insert : des animaux sauvages s’entredévorant, des paysages désertiques. Bien sûr, certains aspects ont beaucoup vieilli, comme le traitement de la violence : tous les coups sont portés hors-champ et le sang se résume à des éclaboussures de peinture rouge-vif bien peu réalistes. Mais on passe sur ces détails mineurs, pour reconnaître que le film a gardé l’essentiel de sa puissance et que le dernier regard entre le chasseur (Ken Gampu) et sa proie dissipe tout soupçon de racisme ou d’esprit colonialiste. L’homme blanc, tout intégré qu’il pensait être, sera finalement éjecté de la jungle par ses « anticorps » et rejoindra les siens. Un film très étrange, parfois dérangeant, tournant le dos à toute narration traditionnelle. Avec son corps noueux, sa peau cuivrée par les coups de soleil et son regard traqué, Cornel Wilde trouve son meilleur rôle, en tout cas le plus iconique.

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CORNEL WILDE, KEN GAMPU ET GERT VAN DER BERG

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« CASABLANCA » (1942)

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INGRID BERGMAN

Sur le papier, « CASABLANCA » de Michael Curtiz, avait tous les attributs d’un banal mélo de propagande antinazis de la Warner, un de ces films de circonstances rapidement oubliés au fil de l’Histoire.CASA.jpg

Mais, considéré aujourd’hui comme un des plus beaux accomplissements du vieil Hollywood, « CASABLANCA » a bénéficié d’une incroyable alchimie de tous les talents réunis et s’impose clairement comme un chef-d’œuvre d’émotion. Le scénario théâtral mais mixant admirablement l’anecdote amoureuse et une plus noble vision du sacrifice nécessaire en temps de guerre, un dialogue subtil, allusif, spirituel, une photo sublime d’Arthur Edeson, des décors « exotiques » splendides et pour finir l’immortelle chanson : « As time goes by », symbole du temps qui passe et des amours perdues. Sans oublier l’atout principal : le couple Ingrid Bergman-Humphrey Bogart qui crève l’écran. Rarement un ‘tough guy’ comme Bogart a osé se montrer aussi vulnérable et démuni (il sanglote littéralement parce qu’il revoit la femme qui l’avait largué sans préavis !). Le personnage de Rick, cynique et cassant, est en réalité un sentimental idéaliste et un grand amoureux romantique. Quant à Bergman, magnifiée par des gros-plans qui sont de véritables œuvres d’art, elle irradie et parvient à rendre crédible cette love story sinueuse et ce dilemme insoluble, par sa seule présence. À leurs côtés, Claude Rains est formidable en préfet français ambigu et profiteur, Paul Henreid remplit bien son office de héros noble et incorruptible et des personnalités comme Sidney Greenstreet, Peter Lorre (une courte mais très mémorable apparition)  ou S.Z. Sakall occupent agréablement l’arrière-plan.

« CASABLANCA » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement et indéfiniment, pour leur esthétique, leur atmosphère et parce que les relations entre les protagonistes sont si complexes et ambiguës qu’on peut toujours y déceler des subtilités et des paradoxes, même après de multiples visionnages. Une pierre blanche du cinéma américain.

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CLAUDE RAINS ET HUMPHREY BOGART

 

« THE SECRET MAN – MARK FELT » (2017)

« THE SECRET MAN – MARK FELT » de l’ex-journaliste Peter Landesman inspiré des mémoires de Felt en personne, revient sur les évènements du Watergate en 1972, mais cette fois du point-de-vue de l’informateur des reporters du Washington, le célèbre et longtemps anonyme « Gorge Profonde ».FELT.jpg

Pratiquement invisible dans « LES HOMMES DU PRÉSIDENT » (on ignorait alors son identité), le lanceur d’alerte n’était autre que le sous-directeur du FBI. Une idée potentiellement passionnante sur le papier, mais qui à l’arrivée donne un film statique, bavard à l’extrême et nécessitant une vraie connaissance du dossier pour y comprendre quelque chose et ne pas s’égarer dans une forêt de noms et une foule de personnages inconnus du commun des mortels non-américains. L’image verdâtre, la réalisation hésitant entre la caméra « bougée » et les longs plans figés, n’aident pas à se passionner pour la leçon d’Histoire et le rôle principal étant un homme austère, verrouillant ses émotions, difficile de ressentir une quelconque sympathie pour lui. C’est tout à l’honneur de Liam Neeson de l’avoir incarné avec une telle retenue. Très amaigri, portant une perruque de cheveux gris, le teint blême, il ressemble à un mort-vivant, et traverse le film, raide comme la justice et d’une parfaite sobriété. Il est bien entouré d’acteurs comme Diane Lane jouant sa femme à bout de patience, Marton Csokas en remplaçant de J. Edgar Hoover, Michael C. Hall, un Tom Sizemore particulièrement remarquable en rival visqueux au possible et même Eddie Marsan qui n’apparaît hélas, que le temps d’une brève séquence.

« MARK FELT » est un drôle de film, qu’il n’est pas évident de recommander tant il est esthétiquement ingrat et scénaristiquement hermétique. On peut s’y ennuyer ferme et penser que le cinéma c’est un peu plus que des personnes en costume en train de discuter dans des bureaux.

 

« VALHALLA RISING » (2009)

RISINGOn a connu Nicolas Winding Refn influencé par Scorsese, Cronenberg ou Lynch. Dans « VALHALLA RISING » (sous-titré « LE GUERRIER SILENCIEUX » en France), c’est Werner Herzog et tout particulièrement son chef-d’œuvre « AGUIRRE LA COLÈRE DE DIEU » qui hantent le film de la première à la dernière image.

L’histoire ? Un guerrier viking muet et borgne (Mads Mikkelsen) réduit en esclavage, parvient à échapper à ses geôliers et rejoint un groupe de croisés en route pour la Nouvelle Jérusalem. Ils atterrissent sur un territoire sauvage qui ne s’appelle pas encore l’Amérique, dans lequel ils s’embourbent jusqu’au dernier. C’est une œuvre visuellement magnifique, un « bad trip » sur des terres désertiques balayées par des vents glacés, un voyage immobile sur un océan noyé dans la brume et finalement une arrivée sur un rivage où nos dérisoires conquistadores vont se statufier et mourir à petit feu. Bien qu’on pense sans arrêt à Herzog, sensation renforcée par quelques clins d’œil délibérés de Refn, « VALHALLA RISING » trouve sa spécificité et parvient, par son extrême lenteur, ses cadrages étranges et sa BO (Peter Kyed et Peter Peter), à immerger jusqu’à l’hypnose. La longue séquence filmée au ralenti, montrant les intrus dans la boue, attendant littéralement une mort libératrice, est hallucinante. Le film doit beaucoup à Mikkelsen, crasseux, défiguré, impassible, qui crée un personnage totalement opaque de tueur barbare enfermé en lui-même. Sa relation télépathique avec l’enfant qu’il protège (Maarten Stevenson) est une des grandes trouvailles du scénario. Au milieu de longues séquences comme figées dans le temps et l’espace, à la limite de l’arrêt sur image, des plans « gore » assez atroces viennent de temps en temps donner un électrochoc. Mais « VALHALLA RISING » est un lent cauchemar qui hante longtemps après visionnage. Vraiment un digne héritier de Aguirre et de son voyage sans retour en Amazonie.

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MADS MIKKELSEN

 

« BOSTON STREETS » (2008)

BOSTON.jpg« BOSTON STREETS » (titre français de « CE QUI NE NOUS TUE PAS… » !)  est écrit, réalisé – et même interprété – par l’ex-voyou et ex-taulard devenu acteur : Brian Goodman, qui raconte sa propre vie de junkie, de racketteur et de braqueur, dans un scénario édifiant mais empreint d’authenticité.

C’est le toujours parfait Mark Ruffalo qui incarne l’auteur, flanqué d’Ethan Hawke, son ami d’enfance plus violent et jusqu’au-boutiste. De scène en scène, on les voit s’enfoncer dans une criminalité de plus en plus radicale, passer des années en prison, pourrir la vie de leurs proches et gaspiller leur propre existence. On pense bien sûr aux films de jeunesse de Martin Scorsese ou au méconnu « MONUMENT AVE. » de Ted Demme, mais celui-ci possède sa petite musique et l’humanité que dégage Ruffalo donne tout son intérêt à la fois au film et au personnage. C’est honnêtement filmé, sans style particulier, le montage cède à quelques facilités superflues (l’ouverture du film amenant à un long flash-back pas très rigoureux scénaristiquement parlant), mais le parcours du protagoniste, sa descente aux enfers et sa lente remontée, ne laissent pas indifférents. Autour du tandem principal, parfaitement crédible, Amanda Peet est très bien en épouse stoïque et angoissée, Goodman lui-même impeccable en parrain local, Donnie Wahlberg hélas sous-employé en flic implacable, un personnage qui aurait mérité d’être développé.

« BOSTON STREETS » ne s’élève jamais au-dessus de son matériau et demeure anecdotique. Malgré tout, Goodman parvient à intéresser au sort d’individus a priori méprisables et martèle parfois sans finesse, son message rédempteur.

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MARK RUFFALO, ETHAN HAWKE, AMANDA PEET ET BRIAN GOODMAN

 

« THE WHOLE WIDE WORLD » (1996)

WIDE.jpgLe scénario de « THE WHOLE WIDE WORLD » est inspiré des mémoires de Novalyne Price Ellis, amie de Robert E. Howard, l’auteur des romans de « Conan le Barbare ». Situé dans les années 30 au Texas, ce premier film de Dan Ireland parvient à passionner pour ce qui n’est, au fond, qu’un long tête-à-tête entre un homme tourmenté et reclus et une jeune femme impuissante à le sauver de ses démons.

On sent par moments une certaine maladresse à gérer les ellipses-temps, à enchaîner élégamment les séquences, mais cela demeure un très joli film, sensible et même poignant, porté il est vrai, par un duo d’acteurs au sommet de leur art. Vincent D’Onofrio est exceptionnel dans le rôle de « Bob » Howard, sorte de grizzly humain littéralement prisonnier de son imaginaire dévorant. Modifiant son accent, sa démarche, il parvient à donner vie à cet écrivain de « pulp fiction » asocial. Face à lui, Renée Zellweger n’a peut-être jamais été meilleure que dans ce personnage entêté et tolérant, prête à tout accepter pour cet homme invivable. Leurs face à face sont brillants, chargés d’émotion rentrée, de non-dits, ils portent vraiment le film sur les épaules. La relation trouble et malsaine entre Howard et sa mère malade (l’excellente Ann Wedgeworth) est exposée avec délicatesse, même si à l’arrivée, on aurait aimé en savoir davantage, pour expliquer le caractère de l’écrivain. Mais c’est adroitement suggéré et bien dans le ton de la narration. La photo de Claudio Rocha est subtile, esthétique mais sans ostentation.

« THE WHOLE WIDE WORLD » passionnera les amoureux de l’œuvre de R.E. Howard, donnera quelques clés sur les racines de son inspiration. La séquence où, dans un champ, il décrit son héros à Novalyne, et qu’on se met à entendre le tumulte des combats dans sa tête, est absolument saisissante et aurait dû valoir un Oscar à D’Onofrio. À voir.

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VINCENT D’ONOFRIO, RENÉE ZELLWEGER ET ANN WEDGEWORTH

 

« LE TERRORISTE » (1963)

TERRORISTE.jpgInspiré de faits réels, « LE TERRORISTE » de Gianfranco De Bosio se situe à Venise en 1943, pendant l’occupation allemande. Il suit l’action de « l’ingénieur » (Gian Maria Volonte’) un résistant fanatique, un électron libre incontrôlable qui multiplie les attentats contre les nazis, mettant la vie de ses proches en danger. Et aussi celle des dirigeants de partis beaucoup plus prudents dans leur approche de la résistance.

C’est tourné dans un noir & blanc austère, qui ôte toute beauté et tout pittoresque à la Cité des Doges. Le scénario, intéressant d’un point-de-vue historique et idéologique, s’avère le gros point faible du film. Si tout ce qui concerne le « terroriste » lui-même se suit sans difficulté, en revanche, les réunions politiques clandestines entre vieux politiciens sont incroyablement longues, statiques et bavardes jusqu’à la nausée. C’est anti-cinématographique au possible et ce parti-pris de sècheresse dessert grandement le propos qui en devient inaudible. On est tellement assommé par ces tunnels de dialogues désincarnés, que les séquences d’action – pourtant honnêtement filmées – perdent de leur intérêt, noyées qu’elles sont dans le verbiage qui les entoure et les étouffe. C’est vraiment dommage, car Volonte’ est remarquable de sobriété et de fébrilité contenue dans son rôle de poseur de bombes ne manifestant aucun sentiment. Il a heureusement une jolie scène avec sa femme Anouk Aimée, où filtre un peu de son humanité perdue. Philippe Leroy et Carlo Bagno sont également très bien en résistants courageux. On regrette vraiment de ne pas apprécier davantage « LE TERRORISTE » qui sacrifie trop au discours politique pour passionner réellement. C’est du cinéma cérébral, difficile, voire ingrat par moments, qui aurait peut-être gagné à être tourné par un Francesco Rosi qui savait ménager deux niveaux de lecture.

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GIAN MARIA VOLONTE’ ET ANOUK AIMÉE