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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« UTU » (1984)

« UTU » (vengeance en maori) se situe en 1870 en Nouvelle-Zélande et conte la révolte d’un soldat « native » contre le colon blanc, après le massacre de sa tribu.UTU

Dès les premières séquences, on est renvoyé à l’imagerie et aux thématiques du western et tout particulièrement d’œuvres comme « BRONCO APACHE ». Comme dans le film de Robert Aldrich, celui de Geoff Murphy choisit de ne pas mythifier son « héros » campé par Anzac Wallace. Si son combat est parfaitement justifiable, ses actions sont barbares et choquantes et lui-même n’a rien de très sympathique. C’est une brute assoiffée de sang, exaltée, de plus en plus enivrée par son propre pouvoir. Heureusement, les blancs ne sont guère plus reluisants et entre ces deux blocs, c’est le personnage le plus nuancé, le plus ambigu, le scout Wi Kuki Kaa qui s’affirme comme le véritable protagoniste de l’histoire, jusqu’à la chute finale, complètement inattendue. Hormis une utilisation « hollywoodienne » de la musique, « UTU » opte pour un traitement réaliste, qui immerge dans l’époque décrite, un peu à la manière de Werner Herzog pour « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU ». Ici pas de grand spectacle ou de batailles épiques : la violence est montrée pour ce qu’elle est. Sèche, cruelle et laide. Dans un casting semi-amateur se détache Bruno Lawrence dans un rôle de fermier devenu fou après le meurtre de sa femme et traquant inlassablement les rebelles avec un fusil bricolé à quadruple canon. Un peu long par moments, légèrement déstructuré et insérant maladroitement de brefs flash-backs, « UTU » est un beau film qui, outre la guerre entre les hommes, dépeint à merveille les beautés de la nature.

À noter que le film, invisible depuis trois décennies a récemment été restauré dans sa véritable longueur et réédité en France dans un luxueux coffret.

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« CHASSE À MORT » (1981)

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ANDREW STEVENS ET LEE MARVIN

Lee Marvin et Charles Bronson, deux acteurs mythiques de films d’action qui débutèrent dans le même film en 1951, qui se croisèrent plusieurs fois sur les plateaux de cinéma et de TV, furent réunis une ultime fois pour « CHASSE À MORT », alors que leurs carrières respectives suivaient une courbe descendante comparable.HUNT

Réalisé par l’anglais Peter Hunt (« AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ » et « PAROLE D’HOMME » déjà avec Marvin), le film est basé sur des événements réels survenus dans le Yukon en 1932 et sur un scénario qui annonce très nettement celui de « RAMBO » sorti un an après. Ex-héros de la WW1 revenu sur la terre glacée de son père, Bronson est agressé par une bande de bouseux à moitié dégénérés et abat l’un deux. Il est alors traqué par Marvin, sergent de la Police Montée, lui-même talonné par une bande de chasseurs de primes incompétents. Un sujet-bateau, mais un film qui a pris de la patine avec les années et qui dégage une certaine authenticité dans ses décors, sa rudesse et son absence de sentimentalisme. Pas vraiment de face-à-face entre les deux stars vieillissantes, hélas. Ils ne se donnent la réplique que dans une brève séquence, mais on sent leur complicité à distance, à travers des lentilles de jumelles au cours de la chasse à l’homme. Le cheveu blanchi, la ride profonde, les deux ‘tough guys’ sont toujours égaux à eux-mêmes, mais on perçoit une sorte de vulnérabilité dans leur jeu, dans leur allure, un lâcher-prise, une fatigue. Bronson, même s’il parle encore moins que d’habitude, a de jolis moments où transparaissent sa solitude, son inadaptation à un 20ème siècle en pleine mutation. Tout cela par quelques mimiques imperceptibles, un jeu totalement physique. Sa relation avec le chien, au début, donne lieu à des instants très émouvants.

Autour du tandem de « chevaux de retour », on reconnaît Carl Weathers, Ed Lauter dans un rôle ignoble, le jeune Andrew Stevens qui apprend la vie à la dure et dans un personnage visiblement rajouté a posteriori, Angie Dickinson qui a une liaison avec Marvin, tombant comme un cheveu sur la soupe. Mais on est tout de même content de la revoir aux côtés de son partenaire de « À BOUT PORTANT » et « LE POINT DE NON-RETOUR » !

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CHARLES BRONSON, ANGIE DICKINSON ET LEE MARVIN

« CHASSE À MORT » se laisse regarder sans jamais enthousiasmer vraiment, mais il a vieilli comme un bon vin et offre à ces deux acteurs irremplaçables l’occasion d’une dernière grande aventure. Rien que pour ça…

À noter : le film avait d’abord été annoncé sous le titre « ARCTIC RAMPAGE », avec Robert Aldrich comme réalisateur et Telly Savalas dans le rôle finalement tenu par Henry Beckman. Une partie de l’équipe des «  12 SALOPARDS » donc, qui ne s’est en fait jamais retrouvée. Seuls Marvin et Bronson seront attachés jusqu’au bout au projet.

 

« LE VIEUX FUSIL » (1975)

VIEUXIl n’est pas toujours évident de définir ce qui rend un film « parfait », indémodable et incritiquable, d’autant plus qu’on ne tombe pas dessus aussi fréquemment qu’on le souhaiterait. L’alchimie se produit parfois de façon inattendue. Ainsi, « LE VIEUX FUSIL », aujourd’hui considéré de façon unanime comme un indiscutable classique du cinéma français, aurait pu n’être qu’un film de guerre mâtiné de « vigilante movie » et ne pas perdurer.

Mais Robert Enrico a eu l’idée géniale de proposer le rôle de l’épouse assassinée d’un chirurgien provincial à Romy Schneider.  L’ossature de l’histoire est la vengeance implacable et quasi-westernienne de Philippe Noiret suite au massacre de sa famille par les nazis. Mais le cœur du film est l’improbable love story entre ce bourgeois replet et cette femme libérée et « trop belle pour lui ». Le mélange entre le présent situé à Montauban pendant la débâcle allemande et les flash-backs non-chronologiques, se fait avec une harmonie sans faille. Et l’émotion est décuplée quand on assiste au coup de foudre de Noiret avant la guerre, alors qu’on sait déjà comment finit cette union, dans les larmes et le souffle brûlant du lance-flammes.

Tout fonctionne dans « LE VIEUX FUSIL ». Du scénario, simple et sans fausse pudeur devant les sentiments les plus basiques, jusqu’à la musique de François de Roubaix qui est pour beaucoup dans l’incroyable portée émotionnelle qui se dégage de ces images. Alors qu’elle n’apparaît que dans des scènes assez brèves et finalement plutôt rares, Romy Schneider trouve un de ses rôles les plus emblématiques. Elle est resplendissante, à fleur de peau et bien sûr, terriblement tragique. Noiret offre également une de ses meilleures prestations, porté par la profondeur du drame. On lui pardonne quelques tics de jeu récurrents, tant il surprend au cours de l’action. Autour du duo, on est heureux de retrouver l’irremplaçable Jean Bouise dans son emploi de « meilleur ami » et on reconnaît Antoine Saint-John (« IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION ») en soldat allemand. « LE VIEUX FUSIL » n’a pas pris une ride et provoque la même émotion qu’à sa sortie il y a quatre décennies.

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ROMY SCHNEIDER ET PHILIPPE NOIRET

 

« ONLY THE BRAVE » (2017)

Réalisé par Joseph Kosinski, « ONLY THE BRAVE » est basé sur des faits réels survenus en Arizona en 2007 et décrivant le quotidien d’une équipe de pompiers luttant contre les incendies de forêt et le drame qui les décima subitement, ne laissant qu’un unique survivant.ONLY

Curieux mélange de drame intimiste sur la vie de ces « hotshots », leur cercle familial, leurs problèmes matrimoniaux, leurs ambitions professionnelles et de séquences d’action, le film a beau être très bien fait, peine à passionner. À quoi cela tient-il ? Peut-être à une sorte de détachement dans la réalisation qui oscille entre plusieurs styles, à un manque de construction solide du scénario qui tient trop de la chronique, et aussi à des enjeux dont l’importance peut passer au-dessus de la tête des non-initiés. Heureusement, car cela dure tout de même plus de deux heures, le casting est impeccable. On retrouve avec bonheur Josh Brolin en capitaine viril et obnubilé par son job, Jennifer Connelly dans le rôle de sa femme, la revenante Andie McDowell dans une fugitive silhouette. Jeff Bridges, glabre, a pris un sévère coup de vieux, mais semble toujours aussi enjoué et entonne même une chanson « country » avec ardeur. C’est le jeune Miles Teller (« WHIPLASH ») qui s’en sort encore le mieux dans un personnage assez fouillé d’ex-loser qui s’épanouit enfin dans un environnement qui lui correspond.

Le côté « inspiré de faits réels » impose évidemment le respect et la scène finale de l’incendie ravageur est impressionnante, mais « ONLY THE BRAVE » ne décolle jamais et n’implique pas vraiment. On assiste à ces actes d’héroïsme avec une indifférence polie en se prenant même à penser qu’un documentaire sur le sujet serait sans doute plus intéressant.

 

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » (1980)

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DAVID CARRADINE

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » est le premier western de Walter Hill, coécrit, produit et interprété par James et Stacy Keach qui ont réuni autour d’eux d’autres fratries d’acteurs comme les Carradine, les Quaid et les Guest, pour retracer la geste du hors-la-loi Jesse James.LONG.jpg

L’histoire (vraie) a souvent été traitée, mais trop fréquemment hollywoodisée. Seul Philip Kaufman avec sa « LÉGENDE DE JESSE JAMES » une décennie auparavant, avait opté pour une approche réaliste et démythificatrice. Le film de Hill ne va pas aussi loin, tout en demeurant d’une belle authenticité. On a rarement pu voir un Ouest aussi rural et forestier. De scènes de mariages en vignettes quotidiennes, on s’immerge totalement dans l’époque sans qu’un folklore westernien ne vienne fausser la vision. Même la superbe BO de Ry Cooder apporte énormément à ce point-de-vue d’austérité, seulement rompu par les séquences de violence très influencées par Sam Peckinpah, surtout l’attaque de la banque de Northfield, par ailleurs magistralement filmée évoquant « LA HORDE SAUVAGE ».

Dans le rôle de ‘Jesse’, James Keach n’a rien de Tyrone Power ou Robert Wagner qui furent des Jesse très idéalisés. C’est un homme froid et introverti, plutôt antipathique. David Carradine n’a jamais été meilleur qu’en ‘Cole Younger’ au calme trompeur, Keith Carradine, Dennis Quaid et la remarquable Pamela Reed complètent une distribution uniformément irréprochable. On y aperçoit même l’iconique Harry Carey, Jr. !

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SAVANNAH SMITH, JAMES KEACH, STACY KEACH ET DAVID CARRADINE

« LE GANG DES FRÈRES JAMES » apparaît davantage comme un flash-back dans l’Histoire de l’Amérique que comme un véritable « western ». C’est un film honnête dans sa démarche, qui refuse la légende frelatée pour donner une juste vision de la vie des pionniers et des us et coutumes des « outlaws ». Walter Hill a signé une œuvre unique en son genre qui gagne à être revue plusieurs fois. Une de ses plus belles réussites.

 

« LA COLLINE DES POTENCES » (1959)

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GARY COOPER

« LA COLLINE DES POTENCES » (traduction très approximative du titre original : « L’ARBRE DES PENDUS ») est l’ultime western tourné par un Gary Cooper de 58 ans aux traits marqués. Pilier du genre depuis le temps du Muet, il fait ses adieux dans ce film réalisé par le solide Delmer Daves, qui n’assura paraît-il que la moitié du tournage avant d’être remplacé par Karl Malden, un des acteurs du film.TREE

Situé dans le Montana en 1873, en pleine ruée vers l’or, le scénario trace le portrait en creux d’un médecin/pistolero énigmatique et ombrageux (Cooper) qui s’installe dans une ville-champignon où il retrouve de vieux ennemis (Malden et le rebouteux George C. Scott) et tombe amoureux d’une jeune femme (Maria Schell) qu’il sauve de la cécité. La grande originalité de ce western sans héros est le traitement du personnage central, un homme dur, violent et peu sympathique, refusant de se laisser approcher par qui que ce soit à cause d’un passé traumatisant. Cooper est très inhabituel dans ce qui n’est pas très loin d’un contremploi et il se montre à la fois intimidant et au final très attachant. Mais on ne décèle plus aucune trace de son style habituel, fait de fausse gaucherie et d’autodérision. Autour de lui, un cast magnifique : Malden plus haïssable qu’il n’a jamais été en prospecteur exubérant et obsédé sexuel, Scott en fanatique religieux porté sur le whisky et la toujours lumineuse et émouvante Maria Schell qui a plusieurs face-à-face poignants avec son sauveur récalcitrant.

Daves – comme dans tous ses grands westerns – met la nature sauvage en valeur, n’oublie jamais de situer ses personnages au cœur du paysage grandiose de l’Ouest, mais sa vision de l’Humanité est sombre : le puritanisme, l’hypocrisie et la loi du Lynch ne sont jamais très loin. « LA COLLINE DES POTENCES » est un drame teinté d’amertume, d’une noirceur qui n’est éclairée que par une fin étonnamment optimiste, que le reste du récit ne laissait guère espérer.

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KARL MALDEN, BEN PIAZZA, MARIA SCHELL ET GEORGE C. SCOTT

 

« WILD BILL » (1995)

WILDInspiré d’un livre et d’une pièce de théâtre, « WILD BILL » est la tentative de biopic d’une légende de l’Ouest : « Wild » Bill Hickcok. Dès le début, Walter Hill adopte des partis-pris déconcertants : cadrages bizarroïdes, alternance de couleur et de noir & blanc, photo ultra-stylisée au rendu quasi-onirique, succession de flash-backs reliés par une voix « off ».

Jeff Bridges est parfaitement casté dans le rôle-titre, celui d’un pistolero au bout du rouleau, rongé par l’alcool et la syphilis, semblant flotter constamment dans des vapeurs d’opium. De fait, il apparaît comme le fantôme de lui-même, un ectoplasme revisitant les moments forts de sa vie avant que celle-ci ne s’achève à une table de poker. Le concept en vaut un autre et a au moins le mérite de l’originalité. Mais Hill va trop loin. Le scénario manque de colonne vertébrale, tout le monde bavarde énormément et les choix esthétiques sont très discutables : ainsi, les scènes de jeunesse avec Diane Lane sont absolument hideuses avec leur rendu vidéo et sans aucune raison d’être. L’ennui s’installe peu à peu, malgré la prestation vraiment intéressante de Bridges, à la fois odieux, humain et pitoyable. Il assure dans les scènes de ‘gunfight’ très bien réglées et rend son Hickcok concret et tangible. Autour de lui, d’excellents acteurs sous-employés comme Ellen Barkin en Calamity Jane liquéfiée d’amour pour Bill, John Hurt en sidekick boiteux, Keith Carradine en Buffalo Bill clownesque, Bruce Dern en vengeur en fauteuil roulant, et un très mauvais (David Arquette) qu’on voit hélas, beaucoup trop dans le rôle de l’assassin de ‘Wild Bill’.

C’est un faux western confiné et dépourvu de toute ampleur, un film trop conceptuel pour son propre bien où on ne retrouve que par flashes le savoir-faire habituel de Walter Hill. À voir éventuellement pour Bridges donc, qui aurait mérité un meilleur écrin et pour la précision des décors de Deadwood, cloaque boueux et enfumé. Mais globalement, on en ressort dépité.

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JEFF BRIDGES, DAVID ARQUETTE, ELLEN BARKIN ET KEITH CARRADINE