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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« ORGUEIL ET PASSION » (1957)

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SOPHIA LOREN

« ORGUEIL ET PASSION » est une grosse production tournée en extérieurs et située en Espagne pendant les guerres napoléoniennes. L’enjeu est un canon surdimensionné dont s’empare la résistance pour attaquer la ville d’Avila tenue par les Français (de sacrés saligauds, soit dit entre parenthèses !). Ils sont aidés par un officier anglais qui compte bien récupérer le canon.PRIDE2.png

Le film dure plus de deux heures et Stanley Kramer, réalisateur souvent lourd et rarement enthousiasmant, n’est pas homme à savoir comment faire paraître le temps plus court. Les décors, l’importante figuration et le symbole de cette masse d’acier de plusieurs tonnes poussée et tirée sur des centaines de kilomètres, maintiennent un moment l’intérêt. Mais les personnages sont trop caricaturaux, les vedettes mal à l’aise et après 90 minutes, le rythme s’essouffle et l’attaque finale n’en finit pas de finir, jusqu’à sa conclusion tristounette et démobilisante.

Cary Grant, élancé et rigide, offre le service minimum avec sa classe habituelle. Mais sa passion enflammée pour Sophia Loren n’est pas crédible une seconde et leurs scènes d’amour ne dégagent qu’un ennui poli. À 23 ans, celle-ci n’est peut-être pas encore l’excellente comédienne qu’elle est devenue par la suite, mais sa plastique (on pourrait dire qu’elle est le second canon du film !) compense largement son jeu limité et aide à accepter qu’une Italienne incarne une passionaria ibère. Mais le pire est encore Frank Sinatra en leader de la résistance. Affublé d’une hideuse perruque noire, d’un accent ridicule, il achève de décrédibiliser le scénario et le triangle amoureux.

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CARY GRANT ET JOSÉ NIETO

Quelques bons moments, comme un duel au couteau à l’ombre de moulins à vent dignes de Cervantès ou la traversée d’une rivière en radeau, peuvent faire illusion, mais « ORGUEIL ET PASSION » est globalement un pensum qui a énormément vieilli.

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« DOUTE » (2008)

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

Adapté de sa propre pièce de théâtre et réalisé par John Patrick Shanley, « DOUTE » est un concentré de dilemmes moraux, de complexité humaine, qui – à partir de la thématique des prêtres pédophiles – organise une série de confrontations impitoyables et renverse les clichés en faisant du suspect un individu sympathique et de son accusatrice un « dragon » intolérant.DOUBT.jpg

Si au début on est d’emblée accroché par la question : « l’a-t-il fait ? », peu à peu l’intérêt se focalise sur l’humanité des protagonistes et le film devient universel. Et c’est lorsqu’on commence à trouver ses repères et à se sentir en terrain familier que survient LA grande scène entre Meryl Streep et Viola Davis, la mère de l’enfant « abusé », qui fait voler en éclats les certitudes et balaie tout manichéisme. Du grand art !

Situé en 1964 dans une école religieuse de Brooklyn, « DOUTE » offre à quatre très grands comédiens un terrain de jeu idéal : Mme Streep donc, formidable en nonne endurcie et sûre de son bon droit, quitte à biaiser ses croyances pour parvenir à ses fins. Philip Seymour Hoffman (qu’on n’a pas fini de regretter) magnifique en prêtre ambigu, sensible et lucide qu’il est bien difficile de juger, même si l’incertitude plane jusqu’au bout. Amy Adams qui parvient à exister face aux deux « monstres », dans un rôle de sœur juvénile et innocente. Et puis l’exceptionnelle Viola Davis, qui – le temps de deux séquences – parvient à s’imposer comme rôle-pivot et même à avaler Streep toute crue lors de leurs face-à-face. Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! C’est un véritable bonheur de contempler ces très grands interprètes à l’œuvre et c’est tout à l’honneur de Shanley de les avoir laissé évoluer en s’effaçant. À noter aussi, la photo à la fois contrastée de délicate de Roger Deakins, le chef-opérateur des frères Coen. Un beau film qui laisse des traces et qui donne à réfléchir bien au-delà de son anecdote.

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MERYL STREEP ET VIOLA DAVIS

 

« LEONOR » (1975)

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LIV ULLMANN

Coproduction européenne réalisée par Juan Buñuel, fils de Luis, et interprétée par des comédiens français, italiens, espagnols et norvégiens, « LEONOR » est une très singulière fable médiévale sur le deuil, l’amour fou et la transgression.LEONOR2

Réalisé sobrement, sans le moindre effet, photographié sans recherche d’esthétisme par Luciano Tovoli, le film déroule son histoire sur dix ans, décrivant froidement le destin d’un châtelain (Michel Piccoli) qui ne se remet pas de la mort de sa femme (Liv Ullmann), même quand sa seconde épouse (Ornella Muti) lui donne deux fils. Obsédé par la défunte, il signe une sorte de pacte avec le diable pour qu’elle ressuscite. Quand ‘Leonor’ revient à lui, Piccoli n’hésite pas à occire Muti pour vivre pleinement son amour retrouvé. Seulement, bien sûr, celle qui est sortie du tombeau n’est plus tout à fait la même, et c’est une succube tueuse d’enfants qui commence à semer la mort dans une région déjà atteinte par la peste.

Très lent, jamais explicite, « LEONOR » envoûte indiscutablement grâce à l’âpreté des extérieurs, la BO mélancolique d’Ennio Morricone et à son duo principal : Piccoli en seigneur tourmenté, habité qui s’est fait un look à la Sean Connery et qui se montre étonnamment convaincant et Ullmann douce et inquiétante dans un rôle de prédatrice au visage angélique. Ornella Muti n’a pas grand-chose à faire, mais elle est vraiment très belle.

Œuvre complètement à part, qui évoque lointainement les films médiévaux d’Ingmar Bergman (sensation renforcée par la présence de l’égérie du maître suédois), « LEONOR » se regarde comme on vit un mauvais rêve poisseux et sans échappatoire.

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MICHEL PICCOLI ET ORNELLA MUTI

 

« A FIST OF FIVE » : Lee Marvin dans « Les incorruptibles »

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LEE MARVIN

Épisode de la 4ème saison de « LES INCORRUPTIBLES », « A FIST OF FIVE » possède un générique largement digne d’un long-métrage de cinéma et un nombre très inhabituel de personnages principaux dans le court laps de temps d’une cinquantaine de minutes. Il fallait la stature d’Ida Lupino pour réaliser l’exploit de concentrer autant d’événements et de destins croisés et, de fait, elle signe un des plus mémorables épisodes de la série.

Lee Marvin, flic brutal et aigri, est licencié pour violence excessive. Il réunit ses frères, parmi lesquels James Caan et Roy Thinnes, pour kidnapper un caïd du trafic d’héroïne (Frank DeKova) et demander une rançon à ses associés. Mais contre toute attente, ceux-ci refusent de payer ! Le scénario est solide, les protagonistes sont très bien dessinés, évitant même le manichéisme : DeKova sous ses dehors d’affreux gangster, est fou amoureux de sa femme infirme (Phyllis Coates) et rêve de prendre sa retraite en Italie. Sympathique peut-être pas, mais plus humain en tout cas que Marvin, qui n’hésite pas à mouiller ses propres frères, quitte à les sacrifier pour 150 000 $. L’acteur, qui apparaissait pour la troisième fois dans « LES INCORRUPTIBLES » est égal à lui-même : se mouvant comme un fauve aux abois, arrogant et imprévisible. Du grand Marvin ! Parmi les seconds rôles, on retrouve également la jeune Marianna Hill en fiancée du cadet pressée « de se marier ». Presque un film donc, ce « FIST OF FIVE » mené de main de maître par Mme Lupino et qui s’achève dans les égouts, par la fuite désespérée des survivants de la fratrie.

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ROY THINNES, MARIANNA HILL, JAMES CAAN ET LEE MARVIN

À noter que c’est dans ce téléfilm que Robert Stack – toujours aussi rieur – balance une de ses répliques les plus définitives : à un voyou qui lui propose une tranche de melon, il répond « Je ne mange pas avec les porcs ».

 

« LE GAUCHO » (1952)

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RORY CALHOUN

« LE GAUCHO » de Jacques Tourneur est un sympathique western argentin, créant le mythe d’une sorte de Robin-des-bois de la pampa, un des derniers hommes libres chassés par le progrès en marche et l’arrivée des « étrangers ».GAUCHO2.jpg

Le contexte historique est un peu flou, les péripéties sont convenues et évoquent celles de « VIVA ZAPATA ! » ou « BRONCO APACHE ». Mais le scénario est efficace et le personnage central joué par le sous-estimé Rory Calhoun est attachant parce qu’évolutif. Macho orgueilleux prompt à dégainer son coutelas pour étriper ses rivaux, Calhoun tombe amoureux d’une « fille de la ville » (ça se comprend, puisqu’il s’agit de Gene Tierney) et devient un chef de la rébellion sous le nom de ‘Valverde’. Mais il a à ses trousses le rugueux militaire Richard Boone, qu’il a rendu infirme lors d’un affrontement, bien déterminé à se venger. L’intérêt du « GAUCHO » est que, même les méchants ou assimilés, à savoir Boone et Hugh Marlowe, l’ex-ami d’enfance de notre héros, corrompu par le pouvoir et l’argent, ne sont pas des caricatures sur pattes, mais ont plusieurs facettes à leur personnalité. Bien sûr, tout cela est fort naïf et parfois légèrement niais, mais les paysages argentins sont très bien exploités, certaines vues des montagnes sont magnifiques et l’ensemble se laisse regarder avec plaisir à condition de garder son âme d’enfant. Outre Calhoun qui a fière allure et Boone excellent qui tire le maximum de son rôle ingrat, on remarque de bons seconds couteaux comme Everett Sloane en gaucho guitariste. Gene Tierney, pas toujours mise en valeur par la photo, n’a qu’un rôle d’amoureuse sans relief. Certes pas le chef-d’œuvre du siècle et loin d’être un des plus belles réussites du versatile Tourneur, mais un film plaisant, dépaysant et bien troussé.

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GENE TIERNEY, RICHARD BOONE ET RORY CALHOUN

 

« KAPÒ » (1960)

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SUSAN STRASBERG

« KAPÒ » est le second long-métrage de fiction de Gillo Pontecorvo qu’il a coécrit avec Franco Solinas, à peine quinze ans après les événements décrits. Autrement dit, un courageux et nécessaire retour sur la shoah et les camps de concentration.KAPO2.jpg

Après un bref prologue parisien, l’intégralité du film se déroule dans des camps et suit le destin d’une adolescente de 14 ans (Susan Strasberg) déportée avec sa famille. On suit sa douloureuse métamorphose de la pure et innocente victime en surveillante impitoyable, sa déshumanisation progressive pour espérer survivre à l’épouvantable épreuve qu’elle subit parce qu’elle est juive. Le film repose presque entièrement sur les épaules de la jeune comédienne – 22 ans au moment du tournage – qui parvient à garder un jeu tout en intériorité et ne cède jamais à la tentation du « grand numéro ». Rien que pour son regard brûlant, hanté, le film mérite d’exister. Mais pas seulement : Pontecorvo signe une œuvre austère et sans échappatoire, d’une grisaille permanente, ne laissant jamais percer une lueur d’espoir, même quand ‘Nicole’ rencontre l’amour dans les bras d’un prisonnier russe (Laurent Terzieff) et recommence à ressentir ce qui ressemble à des sentiments. C’est d’une rigueur et d’une dureté éprouvantes et « KAPÒ » demande qu’on soit réceptif et avec un moral solide. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Emmanuelle Riva émouvante en prisonnière s’accrochant à sa dignité, Gianni Garko en soldat SS manchot.

Un film puissant et dépourvu de la moindre facilité mélodramatique, qui dépeint l’horreur sans pathos et sans débordements. Tout à fait dans la lignée des films suivants de l’auteur : « LA BATAILLE D’ALGER » et « QUEIMADA ».

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EMMANUELLE RIVA, SUSAN STRASBERG ET LAURENT TERZIEFF

 

« L’ÉTAU » (1969)

TOPAZ.jpgDans tous les films d’Alfred Hitchcock, ou presque, même les plus faibles, il y a quelque chose à retenir : une image, une ambiance, une trouvaille visuelle. Vous qui vous apprêtez à visionner « L’ÉTAU », abandonnez tout espoir. C’est probablement l’œuvre la moins captivante du maestro, un pensum d’espionnage ancré au cœur de la crise cubaine de 1962, entre New York, Cuba et Paris.

Le scénario, adapté d’un roman de Leon Uris, est poussif, mécanique, dépourvu d’enjeux humains. La photo est d’une laideur assez prodigieuse, digne d’un épisode de la série « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et le casting est une catastrophe. Si ‘Hitch’ avait utilisé Sean Connery comme un sous-Cary Grant dans « MARNIE », il fait de même avec le falot Frederick Stafford, dont il fait… un sous-Sean Connery. Et qui joue, en plus, un espion français ! Tout est à l’avenant, Dany Robin est exaspérante en épouse pleurnicharde, John Forsythe passe impassible comme un mannequin de cire, la ravissante Claude Jade n’a rien à faire. Seul John Vernon est à peu près crédible en Cubain menaçant à grosse barbe. Michel Piccoli et Philippe Noiret apparaissent vers le dénouement en traîtres visqueux. Les voir échanger des répliques en anglais a quelque chose de surréaliste.

Rien à sauver dans « L’ÉTAU » donc, généralement catalogué comme pire ratage de la carrière d’Hitchcock. Impossible de prendre sa défense ou de tenter de le réhabiliter. C’est une épreuve de le regarder jusqu’au bout et il a infiniment plus vieilli que les films du réalisateur des années 40 ou 50.

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KARIN DOR, FREDERICK STAFFORD ET JOHN VERNON