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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« THE LIGHTHOUSE » (2019)

LIGHTHOUSESi « THE WITCH », le premier long-métrage de Robert Eggers était bizarre, que dire alors de son second : « THE LIGHTHOUSE » ? Tourné en noir & blanc, en format carré (1.19 :1. jamais utilisé de nos jours), c’est un trip unique en son genre, évoquant les premières œuvres de David Lynch.

Le sujet fait penser au récent « KEEPERS », mais le scénario n’a rien à voir. Deux hommes, un vieux loup de mer à moitié cinglé (Willem Dafoe) et son assistant hanté par le passé (Robert Pattinson), se retrouvent seuls au milieu de l’océan, à garder un phare. La tyrannie du vieux, l’équilibre mental précaire du jeune, les tempêtes, les mouettes agressives, les fantasmes de sirènes et l’abus d’alcool frelaté, vont rapidement faire de ce huis clos un véritable cauchemar. « THE LIGHTHOUSE » est tout sauf un film tous-publics. Le rythme est excessivement lent, les actions sont répétitives, l’ambiance plombée à couper au couteau. Les visages sont laids, tourmentés, et la frontière entre rêve et réalité de plus en plus indiscernable. À condition d’entrer dans l’univers d’Eggers, cela peut s’avérer être un voyage fascinant. Mais ce n’est pas une œuvre facile d’accès. Dafoe, vieilli par une énorme barbe et des gros-plans peu flatteurs, est extraordinaire dans ce rôle de vieux fou mythomane et tyrannique. Pattinson, pratiquement méconnaissable, est également excellent dans un personnage complexe, secret et malsain à souhait. Leurs affrontements sont d’une rare violence. S’il faut voir « THE LIGHTHOUSE », ce sera essentiellement pour ses qualités visuelles. La photo (Jarin Blaschke), les décors, la bande-son, sont vraiment de tout premier ordre et immergent dans ce délire de gnôle teinté de lutte de pouvoir, d’homosexualité et de vieilles légendes. À tenter, sans le moindre doute.

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WILLEM DAFOE ET ROBERT PATTINSON

 

« THE COMPANY MEN » (2010)

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BEN AFFLECK ET TOMMY LEE JONES

Écrit et réalisé par John Wells, « THE COMPANY MEN » est un drame sur l’immédiat-après crise de 2008, focalisé sur le quotidien de quelques cadres licenciés d’une grosse boîte et confrontés au chômage, à la ruine et au désespoir.MEN

Le ton général est sombre mais non dénué d’énergie, l’humeur est lucide mais parfois naïve dans sa volonté forcenée de montrer le bon côté des choses. Ainsi, Ben Affleck jeune loup arrogant et surpayé va-t-il apprendre à la dure les réalités de la vie et se forger un caractère. Tommy Lee Jones, vieux patron « à l’ancienne » (c’est-à-dire possédant une éthique professionnelle et de l’empathie pour ses employés) va s’apercevoir que ses valeurs sont totalement obsolètes, Chris Cooper lâché dans la nature à 60 ans va sombrer dans la dépression et l’alcool, etc. Le panorama est réaliste sans le moindre doute et les comédiens sont d’une parfaite rigueur, littéralement fondus dans leurs rôles jusqu’à faire oublier leur image. D’ailleurs, la direction d’acteurs est un des points forts du film, qui aide à supporter le ton légèrement moralisateur du scénario et son optimisme à tout prix qui finit par le décrédibiliser un peu. Kevin Costner, vieilli et épaissi, a rarement été plus juste que dans ce rôle secondaire d’entrepreneur en bâtiment bourru mais généreux, Rosemarie DeWitt est formidable en épouse lucide et courageuse, Maria Bello est très bien en « débaucheuse » sans état d’âme, ou si peu. Quant à Affleck, véritable protagoniste, il est irréprochable dans la révolte comme dans l’apprentissage de l’humilité.

Fable cruelle sur l’Amérique tombée de son piédestal, sur l’argent-roi et la perte de l’humanité, « THE COMPANY MEN » est une franche réussite, qui parvient à susciter toutes sortes d’émotions et sait appeler les choses par leur nom.

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ROSEMARIE DeWITT, TOMMY LEE JONES ET MARIA BELLO

 

« CHASING MAVERICKS » (2012)

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GERARD BUTLER

Écrit par l’acteur Kario Salem d’après une histoire vraie, coréalisé par Curtis Hanson et Taylor Hackford (ensemble ? L’un après l’autre ?), « CHASING MAVERICKS » est à première vue un « film de surf », mais au fur et à mesure qu’il développe ses thèmes, gagne en émotion et en profondeur.CHASING

Passionné de surf, le jeune Johnny Weston se choisit un mentor, son voisin Gerard Butler un obsédé du sport qui affronte les plus grosses vagues du monde. La relation père/fils se solidifie au fil des années jusqu’à la passation de pouvoir symbolique lors d’un exploit sans précédent qui rendra le jeune homme célèbre. C’est simple, jamais simpliste, les personnages ont tous des failles pour la plupart liées à leur passé familial, et ils évoluent sous nos yeux, se rendant de plus en plus attachants. Le fait que les acteurs exécutent eux-mêmes les séquences de surf, du moins pour la plupart, ajoute énormément à la viscéralité de ces moments qui sont admirablement filmés. Ces images d’une rare puissance font toucher du doigt, même fugitivement, la passion générée par ce sport extrême. Frais et crédible, le jeune Weston est très bien entouré. D’abord par Butler, charismatique à souhait en « maître Yoda » buriné et sévère, qui peine à assumer la vie réelle mais n’existe pleinement que sur une planche. Par Elisabeth Shue, excellente en mère alcoolique. Bien sûr, le film n’esquive pas les clichés (le « bad boy » qui maltraite notre héros depuis l’enfance, dont la nécessité ne saute pas aux yeux), mais il ne cède jamais au mélodrame facile et reste ancré dans la réalité et focalisé sur les relations humaines. En cela « CHASING MAVERICKS » est un bien meilleur film qu’il ne paraît au premier abord et mérite largement d’être redécouvert.

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ELISABETH SHUE, JOHNNY WESTON ET GERARD BUTLER

 

« HOLLYWOOD » (2020)

HLD2Créée par Ian Brennan et Ryan Murphy, la mini-série Netflix « HOLLYWOOD », de 7×52 minutes, part du même concept narratif que « ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD » de Quentin Tarantino, sorti l’année précédente, à savoir une réécriture enjolivée de l’Histoire qui vire franchement à l’utopie.

Les premiers épisodes étonnamment francs, racontent les débuts à L.A. après la WW2, de quelques jeunes gens, auteurs, acteurs, réalisateurs, hommes et femmes, prêts à tout pour y arriver, y compris se prostituer et se laisser humilier ou servir d’objets sexuels. Les auteurs mêlent personnages fictifs et réels. C’est ainsi qu’on croise Rock Hudson (pas très flatté par le scénario), Hedda Hooper, Noël Coward, et beaucoup d’autres. On les voit lutter contre les préjugés, gravir péniblement les échelons, subir échec sur échec, puis peu à peu s’en sortir. Jusqu’au moment où « HOLLYWOOD » bascule dans le rêve (après que les bobines du film aient brûlé dans la chaudière du studio) et que tout s’illumine : les plus infâmes individus sont littéralement « visités » et deviennent plus courageux et humains, les vieilles haines raciales s’estompent devant le talent et progressivement, Hollywood – et donc le monde – se voit prêt à accepter, à l’aube des années 50, des afro-américains comme stars de l’écran, à admettre les homosexuels et à donner l’Oscar à une Asiatique. Cela pourrait être mièvre, et ça l’est parfois, mais curieusement, ce parti-pris donne à réfléchir. Et tout naturellement, on en vient à se demander : pourquoi pas ? À part cette haine ancestrale, ce besoin d’écraser toute tentative de différence, qu’est-ce qui aurait empêché que cela se passe réellement ainsi ? Dans un cast de jeunes comédiens inégaux mais sympathiques, on reconnaît avec bonheur Patti LuPone remarquable en patronne de studio prenant les rênes du pouvoir, Dylan McDermott extraordinaire en acteur raté devenu proxénète haut-en-couleur, Rob Reiner en mogul au goût déplorable, Mira Sorvino en actrice mûrissante, Holland Taylor en casting director à l’œil aiguisé, etc.

Une bonne mini-série donc, comme toujours un peu trop délayée, mais qui vaut largement le coup d’œil pour rêver durant quelques heures d’un monde meilleur.

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PATTI LuPONE

 

« JUGEMENT À NÜREMBERG » (1961)

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SPENCER TRACY

« JUGEMENT À NÜREMBERG » fut d’abord un téléfilm de la collection « PLAYHOUSE 90 » en 1959, réalisé par George Roy Hill, d’après un scénario d’Abby Mann et basé sur le procès de quatre juges allemands en 1948. Claude Rains jouait le magistrat américain et Maximilian Schell incarnait, déjà, l’avocat allemand.JUDGMENT

Deux ans plus tard, Mann adapte son scénario pour le cinéma, Stanley Kramer produit et réalise et peuple son film de trois heures d’un casting stupéfiant. Le film se focalise sur le personnage d’un vieux juge provincial (Spencer Tracy), débarquant en Allemagne pour diriger le procès de ces « collègues », qui se sont pliés à la dictature nazie. L’un d’eux (Burt Lancaster) est un homme éminent, droit et digne, qui finit par susciter l’admiration du juge (et du public), jusqu’à ce que toute la vérité éclate, pour qu’enfin, on comprenne que la Shoah a été l’œuvre non pas de quelques fanatiques, mais d’un peuple entier, voire de plusieurs nations. Le discours est puissant, très inconfortable et le film bascule complètement quand sont projetées des images (authentiques) de camps de la mort, qui oblitèrent toute discussion, tout échappatoire. Le film n’a rien de manichéen, on suit les doutes de Tracy, le cheminement de cet honnête homme sans préjugé vers la colère, puis la haine. L’acteur, très marqué à seulement 61 ans, domine de plusieurs têtes tout le casting et fait une composition admirable d’humanité. À ses côtés, Lancaster, vieilli par le maquillage, est extraordinaire de complexité et de présence, Richard Widmark formidable en procureur acharné et intraitable, Schell fait des étincelles en avocat des accusés, prêt à tout – même au pire – pour obtenir l’acquittement et rendre sa dignité au peuple allemand. Marlène Dietrich crée un personnage intéressant de grande bourgeoise déchue et deux apparitions bouleversantes de Montgomery Clift et Judy Garland, aussi « abîmés » l’un que l’autre, viennent achever la distribution.

Honnêtement réalisé, malgré de bizarres coups de zoom, pas toujours efficace dans la gestion des différences de langage, « JUGEMENT À NÜREMBERG » n’en demeure pas moins une œuvre forte, indignée, qui laisse sur un malaise tangible.

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BURT LANCASTER, MONTGOMERY CLIFT, RICHARD WIDMARK ET MAXIMILIAN SCHELL

 

« LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN » (2019)

« LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN » de Won-Tae Lee est un polar coréen de bonne tenue, basé sur un pitch attractif : l’association d’un jeune flic indiscipliné et d’un gangster notoire pour arrêter les crimes d’un serial killer.GANGSTER

Rien d’original là-dedans, c’est certain, mais les extérieurs de Seoul sont dépaysants au possible, la photo est solide, sans effets de style trop voyants et le trio de comédiens est impeccable. À commencer par Dong-seok Ma et son physique de catcheur dans le rôle du caïd agressé par le tueur et ne rêvant que de vengeance. D’une violence extrême, mais capable d’humanité et même d’humour, le personnage – et donc son interprète – domine le film et assure dans les scènes d’action. Mu-Yeol Kim lui tient tête en inspecteur tout-fou et Kim Sungkyu est authentiquement inquiétant dans le rôle de ce meurtrier en série qui tue au hasard n’importe qui, n’importe quand, juste pour le plaisir du moment. Les trois protagonistes étant parfaitement typés, le film se suit sans le moindre accroc, pratiquement sans temps mort, malgré un scénario tout de même un peu simpliste par moments et des seconds rôles pas toujours passionnants. Le réalisateur, dont c’est le second film, maîtrise bien les accélérations fulgurantes, amène les coups de théâtre, les volte-face et maintient un rythme frénétique du début à la fin, en ménageant une place pour des moments étranges et saisissants comme la séquence du parapluie et de la lycéenne. « LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN » ne s’inscrit pas pour autant parmi les chefs-d’œuvre récemment offerts par le cinéma coréen, mais il n’en demeure pas moins un vrai Grand-8 décomplexé, qui remplit à 100% son office.

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DONG-SEOK MA

 

« LE DOCTEUR JIVAGO » (1965)

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JULIE CHRISTIE

Adapté du roman-fleuve de Boris Pasternak, « LE DOCTEUR JIVAGO » de David Lean est une co-production internationale au budget pharaonique, qui reconstitue la Russie des années de la révolution en… Espagne avec une étonnante crédibilité.JIVAGO

Mélange ambitieux de film historique et de drame intimiste, le film relate ces années sanglantes à travers le regard « impartial » d’un poète et médecin (Omar Sharif) à l’âme pure, qui aime deux femmes à la fois et n’échappera à aucune des vicissitudes de la guerre. Un destin romanesque et romantique qui sied parfaitement au lyrisme méticuleux de Lean, soutenu par des décors splendides (la datcha prise dans les glaces, les intérieurs et les rues de Moscou) et surtout par la BO inspirée de Maurice Jarre, qui emporte tout sur son passage et fait oublier les petits côtés kitsch et vieillots du film. C’est un beau morceau de cinéma, truffé de séquences inoubliables et le casting est impeccable même s’il est composé d’Anglais, d’un Égyptien, d’un Américain, d’Espagnols, mais… d’aucun acteur russe ! Sharif, comédien limité et moyennement crédible physiquement, tient à peu près la route, sans faire d’étincelles, grâce à la seule intensité de son regard. Il est très bien entouré par Julie Christie magique et complexe dans le rôle de sa muse, Geraldine Chaplin en épouse stoïque, Tom Courtenay formidable en idéaliste métamorphosé en assassin sans pitié, Klaus Kinski égal à lui-même en prisonnier tourmenté enchaîné dans la longue scène du wagon. Mais c’est Rod Steiger qui rafle la mise dans un personnage répugnant d’opportuniste vicelard et malsain, à l’humanité dévoyée, le parfait négatif de Jivago, convoitant la même femme. Un de ses grands rôles. Sans oublier Alec Guinness en demi-frère impassible mais généreux qui sert de narrateur et de pont entre les époques.

Sur plus de 3 heures, « LE DOCTEUR JIVAGO » tient admirablement bien la distance et constitue encore aujourd’hui un vrai grand spectacle. Mais il faut se préparer à garder la « chanson de Lara » quelques jours dans la tête après le mot « FIN » !

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ROD STEIGER, OMAR SHARIF, KLAUS KINSKI ET GERALDINE CHAPLIN