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Archives de Catégorie: FILMS HISTORIQUES, HISTOIRES VRAIES ET BIOPICS

« LA MALÉDICTION WINCHESTER » (2018)

Librement inspiré de faits réels, « LA MALÉDICTION WINCHESTER » est une production australienne réalisée par les frères Spierig, un film de maison hantée dans la grande tradition de l’horreur, situé en 1906.WINCH

Pourquoi est-on déçu par un film ? Pourquoi a-t-on parfois des attentes irrationnelles ? En l’occurrence, parce que le sujet est intrigant : l’héritière de la firme Winchester (Helen Mirren), rongée par le remords d’avoir fait fortune sur les milliers de morts causées par ses carabines, fait bâtir une maison hantée par des âmes errantes réclamant justice. Un psy lui rend visite pour évaluer si elle est encore capable de gérer ses affaires. On imagine un face-à-face du style Katharine Hepburn-Montgomery Clift dans « SOUDAIN, L’ÉTÉ DERNIER », une ambiance mortifère comme celle de « LA MAISON DU DIABLE ». Mais on redescend bien vite sur terre ! On est tout de suite frappé par l’absence d’atmosphère. C’est probablement dû à la surabondance de CGI dans les décors et surtout à la photo, trop éclairée et uniformément verdâtre, qui tue dans l’œuf tout mystère. Le scénario n’offre quant à lui aucun suspense. Mais pire que tout, on n’a jamais peur, hormis peut-être un ou deux « scare jumps » plutôt faciles.

C’est heureusement bien interprété par Mirren bien sûr, qui a du mérite avec ce rôle superficiel. Mais elle évite le ridicule, ce qui est déjà un exploit. Par le fiable Jason Clarke en psy hanté par la mort de sa femme et confronté à ses propres démons. Et par l’intense Sarah Snook. Ils donnent un peu chair à ce film artificiel et très mécanique qui promet bien plus qu’il n’a à offrir au final. C’est dommage, car le message anti-armes à feu est sympathique, le dilemme de ‘Sarah Winchester’ intéressant, mais on reste sur sa faim en déplorant que les antiques ficelles du film de fantômes puissent encore servir aujourd’hui.

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« OMBRES ET BROUILLARD » (1991)

OMBRES.jpgAprès avoir rendu de vibrants hommages à Fellini et Bergman, Woody Allen s’attaque avec « OMBRES ET BROUILLARD » au cinéma expressionniste allemand. L’Amérique intemporelle ciselée par le noir & blanc de Carlo Di Palma ressemble diablement à l’Europe du début du 20ème siècle de Fritz Lang, Murnau, avec une petite pincée de Tod Browning. Le scénario – réduit à sa plus simple expression – relate une traque à l’étrangleur une nuit de brouillard, par une bande de « vigilantes » prête à lyncher n’importe qui. Les mânes de Jack l’Éventreur et de M. le maudit planent au-dessus de chaque séquence, mais la tonalité est drolatique, puisque le quidam soupçonné à tort n’est autre que Woody lui-même, s’auto-parodiant avec beaucoup d’entrain dans le rôle de ‘Kleinman’ (petit homme) un médiocre fonctionnaire trouillard balloté par les événements et tombant de charybde en scylla. Le film est beau à contempler, mais le scénario ne va nulle part, ne connaît pratiquement aucune progression dramatique et finit par s’immobiliser bien avant la fin. Heureusement, le casting incroyablement riche permet de s’accrocher jusqu’au bout : Kathy Bates, Jodie Foster et Lily Tomlin sont excellentes en prostituées joyeuses, John Malkovich et Mia Farrow forment un couple d’artistes de cirque en crise, Donald Pleasence apparaît en légiste inquiétant. On aperçoit également Madonna, de tout jeunes John C. Reilly et William H. Macy, John Cusack, Wallace Shawn, Kate Nelligan (qui n’apparaît qu’en plan large derrière une fenêtre), Robert Joy ou l’indispensable Julie Kavner. Un vrai défilé qui aide grandement à passer le temps.

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WOODY ALLEN, DONALD PLEASENCE, LILY TOMLIN, JODIE FOSTER, JOHN CUSACK ET MIA FARROW

« OMBRES ET BROUILLARD » est un pur exercice de style sans colonne vertébrale, qui renvoie à une imagerie d’un autre âge que Woody Allen restitue avec respect et nostalgie. Dommage que, sorti de quelques allusions à l’antisémitisme et aux pogroms, le scénario ait si peu de substance.

 

« LES AMANTS DU CAPRICORNE » (1949)

UNDER.jpgInspiré d’une pièce de théâtre, « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un film très atypique dans le parcours d’Alfred Hitchcock : un mélodrame situé en Australie sans réel suspense, avec un minimum d’éléments policiers et encore moins d’humour noir.

D’emblée, on peine à accepter le sage et falot Joseph Cotten dans un rôle à la « Heathcliff » dans « LES HAUTS DE HURLEVENT », un ex-palefrenier fruste et viril qui a épousé une femme de la Haute. Maladroitement utilisé, l’acteur semble mal à l’aise, jamais à sa place et rend son amour pour Ingrid Bergman perturbant et peu crédible. Elle en rajoute dans le pathos et les larmes, mais assure magistralement un véritable tour-de-force : un monologue en plan-séquence où elle raconte les circonstances de son mariage en Irlande et fait presque oublier qu’on aurait préféré un flash-back. À leurs côtés, le précieux Michael Wilding est très irritant. Mais le trio se fait voler la vedette par Margaret Leighton, extraordinaire dans un emploi cher à Hitchcock (« REBECCA »), celui de la gouvernante manipulatrice et impitoyable. Son amour aveugle pour Cotten, sa froide cruauté envers Bergman, maintiennent l’intérêt de bout en bout et font d’elle le vrai centre de gravité du film.

Le scénario est un peu bancal, puisqu’on a toujours l’impression que le plus intéressant s’est déroulé avant le début de l’histoire. L’image de Jack Cardiff est belle, même si le Technicolor a pas mal vieilli avec le temps. « LES AMANTS DU CAPRICORNE » est un Hitchcock mineur qui souffre trop de ses erreurs de casting et dont la longueur ne se justifie vraiment pas. À voir pour quelques images fortes (la tête réduite sous les draps) et surtout pour Margaret Leighton, vraie star du film.

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INGRID BERGMAN, JOSEPH COTTEN ET MARGARET LEIGHTON

 

« SEPTEMBER » (1987)

SEPT.jpg« SEPTEMBER » fut produit dans la meilleure période de la riche carrière de Woody Allen, un peu perdu au milieu de plusieurs chefs-d’œuvre et il s’inscrit dans sa veine « sérieuse » d’où est bannie de façon très radicale, toute trace de fantaisie.

Dès le premier plan de l’intérieur d’une maison vide dans le Vermont, on sent qu’on va assister à une sorte de pièce de théâtre filmée, un huis clos où vont se débattre des personnages tourmentés. De fait, le scénario ressemble aux retombées du fameux « scandale Lana Turner » revu et corrigé par Tchekhov. Ça démarre bien, l’atmosphère créée par la photo très douce de Carlo Di Palma et la musique rétro est prenante, sensuelle. Mais rapidement, le film s’enlise dans le bavardage, répétitif qui plus est. Les protagonistes pleurnichent énormément, se prennent des vestes, boivent un peu trop. Le jeu larmoyant et la voix plaintive de Mia Farrow n’arrangent pas les choses et la rendent même très irritante. Autour d’elle heureusement, de bons comédiens comme Dianne Wiest en « bonne copine » doucereusement perfide, Sam Waterston en velléitaire mollasson courtisé par la gent féminine, Jack Warden en physicien angoissé par la fin de l’univers. Et surtout deux grands acteurs qui apportent de l’énergie au film : Eliane Stritch magnifique en vieille star fantasque et égoïste et Denholm Elliott émouvant en timide amoureux éconduit.

« SEPTEMBER » possède tous les atouts des meilleurs films de Allen, mais la sauce ne prend pas. C’est parfois presque ridicule, souvent fastidieux. Seul point fort : la grosse révélation sur le passé de la mère et de sa fille, qui se fait brutalement, au détour d’une réplique et qui change de A à Z le regard qu’on portait jusqu’alors aux personnages. Mais en dehors de cela, il y a beaucoup d’autres Woody Allen qui valent davantage d’être revus avant celui-ci.

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ELAINE STRITCH, SAM WATERSTON ET DIANNE WIEST

À noter que le film fut tourné une première fois avec un casting entièrement différent (Maureen O’Sullivan et Sam Shepard qui remplaça Christopher Walken, avant d’être lui même remplacé !)  avant d’être détruit par l’auteur et entièrement refait.

 

« HIROSHIMA MON AMOUR » (1959)

« HIROSHIMA MON AMOUR » est le premier long-métrage de fiction d’Alain Resnais, marqué dans sa première partie par sa formation de réalisateur de documentaires. Les images insoutenables de l’après-bombe à Hiroshima ne sont pas sans évoquer celles de « NUIT ET BROUILLARD ».HIROSHIMA.jpg

Se basant sur un scénario – et surtout des dialogues – de Marguerite Duras, Resnais confronte dans la ville japonaise, une actrice française en tournage (Emmanuelle Riva) et un architecte nippon (Eiji Okada) le temps d’une brève rencontre, où le passé de la jeune femme pendant l’occupation allemande, va remonter, avec ses traumatismes de honte et de disgrâce. Il est très difficile de parler objectivement d’un tel film, devenu depuis un classique quasi-intouchable du cinéma hexagonal. Pourtant, si on peut se laisser envoûter sporadiquement par la voix « off » monocorde, le jeu catatonique des acteurs, les plans de la ville désertée, il n’est pas interdit de s’y ennuyer copieusement et parfois même, d’avoir envie de sourire. Le dialogue de Duras (« Tu me tues… Tu me fais du bien ». « Tu n’as rien vu à Hiroshima »), l’accent souvent impénétrable d’Okada, la diction hachée de Riva, peuvent sombrer dans le ridicule et la préciosité à n’importe quel moment. Et pour peu qu’on ne soit pas réceptif…

Pas d’avis tranché donc, puisqu’on est constamment partagé entre respect et dérision en visionnant « HIROSHIMA MON AMOUR ». Mais reconnaissons au film une forte identité, un vrai culot narratif, surtout en considérant son année de tournage, et quelques beaux gros-plans du visage à la fois serein et tourmenté d’Emmanuelle Riva. À noter, la fugitive apparition d’un tout jeune et tout mince Bernard Fresson, dans le rôle de l’amant allemand de Riva, dans quelques flash-backs.

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EMMANUELLE RIVA ET EIJI OKADA

 

« MANHUNT : UNABOMBER » (2017)

« MANHUNT : UNABOMBER » est une minisérie de 8×52 minutes basée sur des faits réels et relatant l’enquête du FBI pour stopper les méfaits d’un psychopathe agissant à distance, via des colis piégés.UNABOMBER

L’action située sur deux époques en parallèle (1995 et 1997, ce qui prête parfois à confusion) se focalise sur deux personnages : l’agent (Sam Worthington) chargé de dépister le tueur, en instaurant à grand-peine une nouvelle méthode d’investigation basée sur le langage et l’étude d’une thèse publiée par l’inconnu. Et « l’Unabomber » lui-même (Paul Bettany) un ermite terré dans une minuscule cabane en forêt et obsédé par les ravages de la technologie. Le 6ème épisode, « TED » est le plus fascinant, puisqu’il remonte à la jeunesse du criminel et aux événements qui ont révélé puis cristallisé sa misanthropie et sa folie.

Le plus intéressant dans cette minisérie rigoureuse et austère, est la relation entre proie et chasseur. En s’immergeant dans les écritures de ‘Ted’, l’agent va devenir obsessionnel, adhérer à ses théories, perdre ses amis, sa famille et même la confiance de ses chefs. Mais il va réellement pénétrer le cerveau de l’homme. Ce que fera également celui-ci, quand il sera mis en présence de celui qui l’a démasqué. Une manipulation mentale à double sens qui fait tout le prix d’un scénario intelligent, extrêmement bien dialogué et précis comme un mécanisme d’horlogerie.

Worthington est très bien dans ce rôle ingrat et dépourvu de charme, Bettany – totalement méconnaissable – est stupéfiant de crédibilité en surdoué rongé par la haine. Autour d’eux, Chris Noth parfait en directeur du FBI colérique et de bons comédiens comme Lynn Collins ou Brian F. O’Byrne.

À voir donc, ce thriller cérébral, tendu à craquer, sombre et cultivant jusqu’au bout une ambiguïté déstabilisante, puisqu’on en vient presque à prendre parti pour l’assassin…

 

« THE TIGER » (2015)

TIGER2.jpgAllez ! Ne chipotons pas, ne nous attardons pas bêtement sur des CGI pas toujours 100% convaincants, sur une longueur un brin excessive… « THE TIGER » est un film sublime !

Écrit et réalisé par le coréen Hoon-jung Park, c’est une fable épique aux multiples niveaux de lecture, située pendant l’occupation de la Corée par le Japon en 1925, et focalisée sur l’extraordinaire relation fusionnelle entre un chasseur (Min-sik Choi) et un tigre borgne, surnommé « le seigneur de la montagne ». Le fauve tua jadis la femme du chasseur, le laissant seul avec son fils. Comme pour oblitérer l’âme du pays, un officier japonais (très très légèrement caricatural !)  décide de tuer la bête mythique et déploie pour cela des moyens considérables, allant jusqu’à défigurer la région, massacrer tous ses animaux. Mais au fond, malgré les explosions, les fusils, les carnages, le film n’est qu’un long face-à-face entre le chasseur et le fauve, dont un magnifique flash-back révèle tardivement la véritable relation, digne d’un conte de fées. Mais un conte sombre et sanglant sur le destin qu’on se forge soi-même, sur le prix à payer pour le sang versé. La beauté des paysages, l’intensité de Min-sik Choi (« OLD BOY ») absolument remarquable d’humanité bourrue de bout en bout, la froide cruauté de Jung Man-sik en tueur vendu à l’ennemi, sans foi ni loi, les émotions diverses dégagées par les apparitions du tigre, font de « THE TIGER » un authentique chef-d’œuvre, mêlant un récit d’aventures à la Joseph Conrad ou Herman Melville, à un sous-texte politique d’une rare virulence. Quant au tout dernier plan, il tirerait les larmes à un caillou.

Ce n’est pas si souvent qu’un film parvient à captiver autant, même si le cinéma coréen nous a un peu habitués à ce genre de belle surprise, ces dernières années.

TIGER

MIN-SIK CHOI