RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS D’AL PACINO

« MANIPULATIONS » (2016)

Les navets, les vrais, les purs et durs, possèdent un superpouvoir : on ne sait pas par quel bout les prendre. On a juste envie de ne pas en parler et de les oublier à tout jamais. Réalisé par le scénariste de TV Shintaro Shimosawa, « MANIPULATIONS » dévoile son abyssale nullité dès ses premières séquences pour ne faire qu’empirer ensuite.manipulations

Vague histoire de filouterie entre avocats et industriels, de faux enlèvement, de ‘whodunit’, d’adultère larvé, le scénario est une enfilade de clichés, de lieux-communs, la mise-en-scène est à peine digne d’un ‘soap opera’ diffusé l’après-midi. Quant à l’acteur principal, Josh Duhamel, il est tellement transparent qu’il pourrait jouer l’homme invisible sans avoir recours aux trucages.

Mais le pire est encore la vraie raison qui pourrait pousser le cinéphile à se pencher sur cette chose : le premier – et très probablement dernier – face-à-face entre deux monstres sacrés du cinéma : Al Pacino, 76 ans et Anthony Hopkins 79 ans. Comment imaginer que leur confrontation autour d’une table de réunion puisse générer aussi peu d’étincelles, au point de provoquer l’assoupissement ? Avachi, hagard, frisotté, l’ex-Scarface se traîne de bureau en bureau, l’air égaré, tandis que l’ex-Hannibal Lecter semble traverser le film en état d’hypnose profonde. Quel incroyable gâchis ! Autour de ces légendes bien fatiguées, on a droit à deux jolies blondes aussi insipides l’une que l’autre : Alice Eve en épouse effacée et Malin Akerman en névrosée dangereuse. On aperçoit également Julia Stiles dans un rôle sacrifié d’agent de sécurité.

Rares sont les films dont on ne peut sauver aucun élément, pas la moindre image, pas même la photo ou la musique. « MANIPULATIONS » rejoint les catastrophes de compétition favorites de « BDW2 » comme « LE PONT DU ROI SAINT-LOUIS » ou « LA LOI ET L’ORDRE » (des films avec De Niro et à nouveau Pacino, tiens…) dans le musée des horreurs cinématographiques à éviter à tout prix.

 

« DONNIE BRASCO » (1997)

donnie« DONNIE BRASCO » sortit en salles dans une durée de 127 minutes. Dix ans après, un ‘extanded cut’ fut édité en vidéo avec 20 minutes supplémentaires. C’est cette version qui est chroniquée ici.

Inspiré de faits réels, le scénario suit l’infiltration d’un jeune agent du FBI (Johnny Depp) dans une famille mafieuse via son amitié avec un vieux « soldat » (Al Pacino) qui va se porter garant pour lui. Au-delà de l’anecdote, déjà passionnante en elle-même, le film traite de thèmes d’une richesse inépuisable comme la trahison, la perte d’identité, la fragile frontière entre le Bien et le Mal. Avec sa durée de saga, « DONNIE BRASCO » a le temps de traiter en profondeur l’odyssée mentale d’un honnête policier et bon père de famille, qui à force de jouer les gangsters, va perdre ses repères et va s’enfoncer dans sa mission jusqu’à la schizophrénie suicidaire.

C’est un des rôles les plus riches de Depp, qui jouait encore normalement à cette époque. Face à lui, Pacino trouve lui aussi un de ses très grands rôles. Son ‘Lefty’ n’est pas un parrain, pas un caïd, pas même une figure de la pègre. C’est un « loser », un gagne-petit, un poissard laissé-pour-compte que personne ne respecte. La composition de l’acteur, surtout si on la compare à ses autres personnages de mafieux comme Don Corleone, Tony Montana ou Carlito, est extraordinaire. Il fait complètement oublier son aura de « gangster n°1 d’Hollywood » pour endosser la défroque de ce minable pathétique mais attachant. Il a un face-à-face avec Depp vers la fin dans une voiture à l’arrêt, qui file le frisson. Quel gigantesque comédien !

Autour des deux stars : Michael Madsen, impressionnant en chef de bande vicieux et sans pitié, Bruno Kirby parfait en tocard jovial et Anne Heche qui parvient à exister en quelques scènes en épouse délaissée et malheureuse. On aperçoit un jeune Paul Giamatti très drôle en technicien du FBI qui veut comprendre le sens de l’expression : « Forget about it » employée à tout bout de champ par les mafiosi.

donnie2

JOHNNY DEPP, AL PACINO ET MICHAEL MADSEN

« DONNIE BRASCO » gagne vraiment à être vu dans sa version longue, beaucoup plus équilibrée et riche en détails. C’est un film ample, ambitieux, intelligent, qui ne mythifie jamais ses protagonistes mais parvient à les rendre humains et émouvants. L’éclectique Mike Newell signe sans aucun doute son meilleur film. La dernière scène de Pacino, quand il se défait de ses effets personnels, est un chef-d’œuvre en soi. Le film de gangster n’est jamais plus grand que lorsqu’il se teinte de tragédie antique.

 

« HEAT » (1995)

ROBERT DE NIRO

ROBERT DE NIRO

« HEAT » a déjà vingt ans. Un âge plus que respectable pour un polar. Et il ne les fait pas ! Copié, plagié, décalqué, sur-analysé, le film est ce que « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » fut au western : la somme d’un genre.HEAT

Sur plus de 2 h 30, Michael Mann tisse un scénario d’un incroyable foisonnement, faisant évoluer une grosse vingtaine de personnages dans un entrelacs de séquences courtes dont la mosaïque finit par former un tout d’une extraordinaire précision d’écriture. À travers l’anecdote somme toute banale (la traque d’une bande de braqueurs ultra-professionnels par un superflic de L.A.), « HEAT » s’élève au-dessus de son matériau pour parler de la solitude urbaine, d’un monde moderne sans compassion, qui broie les faibles et ne laisse survivre que ceux qui n’hésitent pas à abandonner ceux qu’ils aiment et qui ont toujours le doigt sur la détente de leur arme. La photo bleutée, métallique, de Dante Spinotti accentue la froideur du récit.

C’était le premier face-à-face Al Pacino/Robert De Niro. Le seul dont il faut se souvenir : le premier en flic cabotin et m’as-tu-vu mais à l’intuition infaillible, le second en gangster taiseux et paranoïaque dont le seul talon d’Achille sont ses propres démons. Ils n’ont qu’un grand moment ensemble, plus un ‘showdown’ à la fin, mais la scène – malgré un dialogue légèrement trop littéraire – est entrée dans les annales. Encore jeunes, le visage marqué par la vie, ils ressemblent tous les deux à d’anciens gosses des rues dans des costumes chics, qui auraient pu être des frères dans une autre vie. Belle idée, casting idéal. Comédiens au sommet de leur art.

Autour d’eux, Mann a réuni le gratin des années 90 : Jon Voight ambigu à souhait en ‘go-between’ mystérieux, Tom Sizemore en voyou accro au danger, Val Kilmer encore (à peu près) potable, des « gueules » comme Danny Trejo ou Wes Studi, etc. Toutes les femmes du film sont belles, stoïques, patientes, incapables de comprendre leurs hommes, guerriers suicidaires au sang froid, mais les aimant malgré tout. Amy Brenneman est particulièrement touchante et la toute jeune Natalie Portman bouleversante en ado paumée.

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

« HEAT » est un chef-d’œuvre inaltérable, truffé de morceaux de bravoure inouïs : la fusillade en pleine rue de L.A. est époustouflante de sèche violence. Mais ce n’est curieusement pas ce qu’on retient le plus après-coup. On repense plutôt à ces immenses fenêtres donnant sur une mer d’huile, dans des appartements vides, sans vie ni chaleur. À ces hommes désincarnés, au regard de bête traquée, masquant leur vide intérieur sous leurs gestes mesurés et précis. Parfois, on verrait presque planer le fantôme de Jean-Pierre Melville…

 

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » (1982)

AUTHOR2Bien qu’il soit situé dans l’univers particulier de Broadway, de sa faune théâtrale et écrit par un dramaturge réputé (Israel Horovitz), « AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » marche clairement sur les travées de « KRAMER CONTRE KRAMER » avec une trame très similaire, mais un traitement plus drôle et optimiste. Al Pacino – entre les deux rôles extrêmes qu’il tint dans « CRUISING » et « SCARFACE » – incarne un auteur de théâtre largué par sa femme qui lui a laissé ses cinq enfants à charge, alors qu’il est lui-même en pleine répétitions de sa prochaine pièce. Le ton est à la comédie, mais l’auteur dans une humeur manifestement autobiographique ne cède jamais à la facilité et aux clichés d’usage. C’est extrêmement bien dialogué avec un vrai sens du sarcasme new-yorkais et de la réplique qui fuse du tac-au-tac. On rit souvent, on s’émeut parfois et on applaudit à la grande qualité du casting : tous les enfants sont excellents, à commencer par Eric Gurry, jouant le (seul) fils de Pacino, sorte de mini-moi à l’humour pince-sans-rire et au regard blasé. Pacino lui, trouve peut-être son rôle le plus immédiatement sympathique et chaleureux. Débordé, les nerfs à fleur de peau, perpétuellement stressé, il donne vie à ce personnage attachant et malmené. Autour de lui, une bien belle distribution : Tuesday Weld qui endosse crânement son rôle de mère abandonnatoire et irresponsable sans lui chercher d’excuse, Dyan Cannon en star mondaine et pimpante, Alan King génial en producteur prêt à tous les coups tordus. On aperçoit Richard Belzer, le ‘Munch’ de la série « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE », en régisseur gay.

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » n’a évidemment pas une grande valeur cinématographique et la réalisation est au mieux illustrative. Mais il s’en dégage une humanité sincère, une vraie joie-de-vivre et on ne peut qu’être reconnaissant à l’auteur d’en avoir banni toute guimauve hollywoodienne.

 

« DANNY COLLINS » (2015)

DANNY2« DANNY COLLINS » est l’exemple-type du film hollywoodien ultra-calibré, bâti sur une seule idée (la vie d’un vieux chanteur de variétés est chamboulée par une lettre que lui avait écrite John Lennon 40 ans plus tôt, et qu’il n’avait jamais reçue) et entièrement sauvé par son casting.

Car dès le début, le scénario utilise tous les clichés possibles et imaginables, tire sur les vieilles ficelles du mélo (la maladie, la petite fille, la rédemption, etc.) et s’avère mécanique, sans la moindre spontanéité ou surprise. Et pourtant… Sans qu’on sache très bien pourquoi ni comment, on finit par se laisser embarquer. Peut-être grâce au bonheur de revoir enfin Al Pacino en pleine forme. En star pour octogénaires, aussi ringard que cocaïné, il parvient à en faire des tonnes sans cabotiner, à séduire sans complaisance, à retrouver son « groove » qui lui a tant fait défaut ces dernières années. Sa relation avec Annette Bening, excellente en manager d’hôtel au franc-parler ou avec son stoïque manager Christopher Plummer – tout à fait remarquable, une fois encore – est joliment gérée dans son évolution et les comédiens vétérans se renvoient la balle avec un évident plaisir. On notera également la bonne idée d’avoir choisi Bobby Cannavale pour jouer le fils de Pacino, qu’il n’a jamais connu. Sa trogne de porte-flingue et sa carrure empêchent tout épanchement sentimental dans ses face-à-face rugueux avec son envahissant papa. La pauvre Jennifer Garner se contente d’un rôle passif, le seul qui ne parvienne pas à échapper au lieu-commun. Dommage…

BOBBY CANNAVALE, JENNIFER GARNER, AL PACINO ET ANNETTE BENING

BOBBY CANNAVALE, JENNIFER GARNER, AL PACINO ET ANNETTE BENING

« DANNY COLLINS » laisse donc un sentiment mitigé d’agacement devant l’empilement de scènes à faire, devant sa construction qu’on dirait sortie d’un logiciel qui mériterait une mise-à-jour, et de plaisir de retrouver de grands acteurs en pleine possession de leurs moyens qui trouvent tout l’espace pour déployer leurs ailes. Il est bon de se rappeler parfois que, lorsqu’il est bon, Pacino est inégalable.

 

HAPPY BIRTHDAY, AL !

AL PACINO, UNE FIN DE CARRIÈRE EN SOURDINE, POUR CELUI QUI FUT UN DES PLUS GRANDS DE SA GÉNÉRATION. JUSQU’AU PROCHAIN COMEBACK ?

AL PACINO, UNE FIN DE CARRIÈRE EN SOURDINE, POUR CELUI QUI FUT UN DES PLUS GRANDS DE SA GÉNÉRATION. JUSQU’AU PROCHAIN COMEBACK ?

 
 

« S1MØNE » (2002)

AL PACINO ET RACHEL ROBERTS

AL PACINO ET RACHEL ROBERTS

Comme tous les films à « high concept », c’est-à-dire généralement basés sur une seule et unique idée, aussi forte soit-elle, « S1MØNE » démarre très bien et tombe assez vite en panne de carburant. Et on déplore que les auteurs aient cru bon d’étirer leur (excellent) point de départ sur deux heures. Car ça peut être très long deux heures, quand on n’a pas grand-chose de plus à raconter que son « pitch » de départ.SIMONE2

À le revoir avec une bonne décennie de distance, on peut dire que le film était vraiment prémonitoire. D’ailleurs, il semble beaucoup moins extravagant et improbable qu’au moment de sa sortie. Si on se passionne pour ce réalisateur raté qui crée de toutes pièces une star féminine à l’aide d’un logiciel et en fait une icône, on regrette le ton utilisé par Andrew Niccol, qui oscille entre une aigreur revancharde à la « S.O.B. » de Blake Edwards et une fable irréelle dérapant trop souvent dans le gros comique (la séquence où un mannequin à l’image de Simone conduit une voiture sur l’autoroute est vraiment grotesque).

Les personnages n’ont aucune espèce d’épaisseur, ne dégagent guère d’émotion et la plupart des acteurs surjouent, hormis Winona Ryder absolument parfaite en petite star odieuse et casse-pied. Al Pacino est visiblement en roue-libre et s’en donne d’ailleurs à cœur-joie dans ce rôle d’égotique schizophrène et mégalo. Toutes les scènes où il prête sa voix à sa « créature » sont formidables, le reste est moins convaincant. Catherine Keener est gaspillée dans un personnage sans relief et même passablement idiot mais heureusement, Rachel Roberts fait forte impression dans le non-rôle de la fameuse Simone virtuelle, composée de pixels.

AL PACINO, CATHERINE KEENER, RACHEL ROBERTS ET DANIEL VON BARGEN

AL PACINO, CATHERINE KEENER, RACHEL ROBERTS ET DANIEL VON BARGEN

« S1MØNE » a un peu vieilli, et vu la vitesse à laquelle évoluent les technologies, c’est bien normal. Mais il demeure intéressant et inventif, malgré un petit côté donneur de leçons légèrement irritant.