RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS D’AL PACINO

« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

GF3

ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

GF3 3

ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.

Publicités
 

« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

GODF

JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

GODF3

LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

 

« LE PARRAIN » (1972)

PARRAIN

AL PACINO ET MARLON BRANDO

« LE PARRAIN ». Stupéfiante destinée d’un film adapté du best-seller de Mario Puzo (pas d’une folle qualité littéraire, il faut bien le dire), rejeté par la critique à sa sortie, réalisé par un quasi-débutant, interprété par un mélange de novices et de has-beens et qui est fréquemment considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’Histoire de 7ème Art ou tout du moins dans le peloton de tête.PARRAIN3

Des ouvrages entiers sont consacrés au film, ses adeptes connaissent par cœur toutes les répliques, les patronymes du moindre figurant. Pourquoi ce phénomène unique ? D’abord et avant tout parce que Francis Ford Coppola a su transcender le matériau de base en une tragédie shakespearienne embrassant dans un même mouvement l’Histoire de l’Amérique du 20ème siècle en pleine mutation. Ensuite parce que cette saga de gangsters parle en réalité de la famille, de la corruption du pouvoir, de la transmission du Mal. Et enfin parce que portés par la grâce, le chef-opérateur (Gordon Willis), le musicien (Nino Rota) et un casting d’une justesse rarement atteinte, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a du roi Lear dans le personnage de ‘Don Corleone’, caïd sicilien sexagénaire implanté à New York dans l’immédiat après-guerre. Un chef de clan, un « caïd » mafieux impitoyable entouré de ses trois fils. Un roi à sa manière et ses héritiers, dont le successeur sera le moins susceptible a priori de saisir le sceptre. Le mot « mafia » n’est pas prononcé une seule fois, ce qui aide à envelopper le film d’une aura universelle. Le scénario avance par ellipses parfaitement maîtrisées en longs tableaux fourmillant de détails : le mariage de la fille Corleone, la guerre des gangs déclenchées par un rival, l’exil du plus jeune fils en Sicile, le déclin du vieux chef et finalement la vengeance sanglante du nouveau « parrain » qui délaisse les méthodes des anciens pour passer à un crime organisé sans règles ni garde-fou. Il y a quelque chose de très mystérieux dans l’addiction provoquée par ce film chez ses admirateurs. C’est une œuvre exceptionnellement dense, non dépourvue d’ironie sous-jacente, de répliques-culte (« Leave the gun, take the canolli », « I’ll make him an offer he can’t refuse ») et même d’émotion.

PARRAIN2

FRANCO CITTI ET AL PACINO

À 46 ans, lourdement grimé, Marlon Brando trouve le rôle de sa vie avec ‘Don Vito’, chef magnanime et charismatique, si chaleureux et humain qu’on en oublie ce qu’il est réellement. Autour de lui, un assemblage extraordinaire : Al Pacino qu’on voit évoluer du jeune héros de la WW2 au « padrone » froid et désincarné, Robert Duvall en « consiglieri » diplomate et effacé, James Caan en fils aîné sanguin aveuglé par son tempérament, John Cazale en frère faible et pathétique, Al Lettieri en narcotrafiquant inquiétant, vivante image du futur de la pègre et Diane Keaton, Richard Conte, Richard Castellano, Sterling Hayden, il faudrait citer tout le monde.

« LE PARRAIN » dure trois heures et pour qui le revoit régulièrement, c’est un véritable piège, puisqu’il est impossible de le prendre en route sans aller jusqu’au bout. On y trouve toujours quelque chose, un détail, une attitude, un dialogue qui vient enrichir l’idée qu’on se faisait du film.

Une œuvre majeure du cinéma U.S., qui donnera naissance à deux suites dont la première tournée deux ans plus tard, tout aussi magistrale sans atteindre toutefois la séduction inaltérable et intemporelle de ce premier opus.

PARRAIN4

DIANE KEATON, ROBERT DUVALL ET AL PACINO

 

« MANIPULATIONS » (2016)

Les navets, les vrais, les purs et durs, possèdent un superpouvoir : on ne sait pas par quel bout les prendre. On a juste envie de ne pas en parler et de les oublier à tout jamais. Réalisé par le scénariste de TV Shintaro Shimosawa, « MANIPULATIONS » dévoile son abyssale nullité dès ses premières séquences pour ne faire qu’empirer ensuite.manipulations

Vague histoire de filouterie entre avocats et industriels, de faux enlèvement, de ‘whodunit’, d’adultère larvé, le scénario est une enfilade de clichés, de lieux-communs, la mise-en-scène est à peine digne d’un ‘soap opera’ diffusé l’après-midi. Quant à l’acteur principal, Josh Duhamel, il est tellement transparent qu’il pourrait jouer l’homme invisible sans avoir recours aux trucages.

Mais le pire est encore la vraie raison qui pourrait pousser le cinéphile à se pencher sur cette chose : le premier – et très probablement dernier – face-à-face entre deux monstres sacrés du cinéma : Al Pacino, 76 ans et Anthony Hopkins 79 ans. Comment imaginer que leur confrontation autour d’une table de réunion puisse générer aussi peu d’étincelles, au point de provoquer l’assoupissement ? Avachi, hagard, frisotté, l’ex-Scarface se traîne de bureau en bureau, l’air égaré, tandis que l’ex-Hannibal Lecter semble traverser le film en état d’hypnose profonde. Quel incroyable gâchis ! Autour de ces légendes bien fatiguées, on a droit à deux jolies blondes aussi insipides l’une que l’autre : Alice Eve en épouse effacée et Malin Akerman en névrosée dangereuse. On aperçoit également Julia Stiles dans un rôle sacrifié d’agent de sécurité.

Rares sont les films dont on ne peut sauver aucun élément, pas la moindre image, pas même la photo ou la musique. « MANIPULATIONS » rejoint les catastrophes de compétition favorites de « BDW2 » comme « LE PONT DU ROI SAINT-LOUIS » ou « LA LOI ET L’ORDRE » (des films avec De Niro et à nouveau Pacino, tiens…) dans le musée des horreurs cinématographiques à éviter à tout prix.

 

« DONNIE BRASCO » (1997)

donnie« DONNIE BRASCO » sortit en salles dans une durée de 127 minutes. Dix ans après, un ‘extanded cut’ fut édité en vidéo avec 20 minutes supplémentaires. C’est cette version qui est chroniquée ici.

Inspiré de faits réels, le scénario suit l’infiltration d’un jeune agent du FBI (Johnny Depp) dans une famille mafieuse via son amitié avec un vieux « soldat » (Al Pacino) qui va se porter garant pour lui. Au-delà de l’anecdote, déjà passionnante en elle-même, le film traite de thèmes d’une richesse inépuisable comme la trahison, la perte d’identité, la fragile frontière entre le Bien et le Mal. Avec sa durée de saga, « DONNIE BRASCO » a le temps de traiter en profondeur l’odyssée mentale d’un honnête policier et bon père de famille, qui à force de jouer les gangsters, va perdre ses repères et va s’enfoncer dans sa mission jusqu’à la schizophrénie suicidaire.

C’est un des rôles les plus riches de Depp, qui jouait encore normalement à cette époque. Face à lui, Pacino trouve lui aussi un de ses très grands rôles. Son ‘Lefty’ n’est pas un parrain, pas un caïd, pas même une figure de la pègre. C’est un « loser », un gagne-petit, un poissard laissé-pour-compte que personne ne respecte. La composition de l’acteur, surtout si on la compare à ses autres personnages de mafieux comme Don Corleone, Tony Montana ou Carlito, est extraordinaire. Il fait complètement oublier son aura de « gangster n°1 d’Hollywood » pour endosser la défroque de ce minable pathétique mais attachant. Il a un face-à-face avec Depp vers la fin dans une voiture à l’arrêt, qui file le frisson. Quel gigantesque comédien !

Autour des deux stars : Michael Madsen, impressionnant en chef de bande vicieux et sans pitié, Bruno Kirby parfait en tocard jovial et Anne Heche qui parvient à exister en quelques scènes en épouse délaissée et malheureuse. On aperçoit un jeune Paul Giamatti très drôle en technicien du FBI qui veut comprendre le sens de l’expression : « Forget about it » employée à tout bout de champ par les mafiosi.

donnie2

JOHNNY DEPP, AL PACINO ET MICHAEL MADSEN

« DONNIE BRASCO » gagne vraiment à être vu dans sa version longue, beaucoup plus équilibrée et riche en détails. C’est un film ample, ambitieux, intelligent, qui ne mythifie jamais ses protagonistes mais parvient à les rendre humains et émouvants. L’éclectique Mike Newell signe sans aucun doute son meilleur film. La dernière scène de Pacino, quand il se défait de ses effets personnels, est un chef-d’œuvre en soi. Le film de gangster n’est jamais plus grand que lorsqu’il se teinte de tragédie antique.

 

« HEAT » (1995)

ROBERT DE NIRO

ROBERT DE NIRO

« HEAT » a déjà vingt ans. Un âge plus que respectable pour un polar. Et il ne les fait pas ! Copié, plagié, décalqué, sur-analysé, le film est ce que « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » fut au western : la somme d’un genre.HEAT

Sur plus de 2 h 30, Michael Mann tisse un scénario d’un incroyable foisonnement, faisant évoluer une grosse vingtaine de personnages dans un entrelacs de séquences courtes dont la mosaïque finit par former un tout d’une extraordinaire précision d’écriture. À travers l’anecdote somme toute banale (la traque d’une bande de braqueurs ultra-professionnels par un superflic de L.A.), « HEAT » s’élève au-dessus de son matériau pour parler de la solitude urbaine, d’un monde moderne sans compassion, qui broie les faibles et ne laisse survivre que ceux qui n’hésitent pas à abandonner ceux qu’ils aiment et qui ont toujours le doigt sur la détente de leur arme. La photo bleutée, métallique, de Dante Spinotti accentue la froideur du récit.

C’était le premier face-à-face Al Pacino/Robert De Niro. Le seul dont il faut se souvenir : le premier en flic cabotin et m’as-tu-vu mais à l’intuition infaillible, le second en gangster taiseux et paranoïaque dont le seul talon d’Achille sont ses propres démons. Ils n’ont qu’un grand moment ensemble, plus un ‘showdown’ à la fin, mais la scène – malgré un dialogue légèrement trop littéraire – est entrée dans les annales. Encore jeunes, le visage marqué par la vie, ils ressemblent tous les deux à d’anciens gosses des rues dans des costumes chics, qui auraient pu être des frères dans une autre vie. Belle idée, casting idéal. Comédiens au sommet de leur art.

Autour d’eux, Mann a réuni le gratin des années 90 : Jon Voight ambigu à souhait en ‘go-between’ mystérieux, Tom Sizemore en voyou accro au danger, Val Kilmer encore (à peu près) potable, des « gueules » comme Danny Trejo ou Wes Studi, etc. Toutes les femmes du film sont belles, stoïques, patientes, incapables de comprendre leurs hommes, guerriers suicidaires au sang froid, mais les aimant malgré tout. Amy Brenneman est particulièrement touchante et la toute jeune Natalie Portman bouleversante en ado paumée.

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

« HEAT » est un chef-d’œuvre inaltérable, truffé de morceaux de bravoure inouïs : la fusillade en pleine rue de L.A. est époustouflante de sèche violence. Mais ce n’est curieusement pas ce qu’on retient le plus après-coup. On repense plutôt à ces immenses fenêtres donnant sur une mer d’huile, dans des appartements vides, sans vie ni chaleur. À ces hommes désincarnés, au regard de bête traquée, masquant leur vide intérieur sous leurs gestes mesurés et précis. Parfois, on verrait presque planer le fantôme de Jean-Pierre Melville…

 

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » (1982)

AUTHOR2Bien qu’il soit situé dans l’univers particulier de Broadway, de sa faune théâtrale et écrit par un dramaturge réputé (Israel Horovitz), « AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » marche clairement sur les travées de « KRAMER CONTRE KRAMER » avec une trame très similaire, mais un traitement plus drôle et optimiste. Al Pacino – entre les deux rôles extrêmes qu’il tint dans « CRUISING » et « SCARFACE » – incarne un auteur de théâtre largué par sa femme qui lui a laissé ses cinq enfants à charge, alors qu’il est lui-même en pleine répétitions de sa prochaine pièce. Le ton est à la comédie, mais l’auteur dans une humeur manifestement autobiographique ne cède jamais à la facilité et aux clichés d’usage. C’est extrêmement bien dialogué avec un vrai sens du sarcasme new-yorkais et de la réplique qui fuse du tac-au-tac. On rit souvent, on s’émeut parfois et on applaudit à la grande qualité du casting : tous les enfants sont excellents, à commencer par Eric Gurry, jouant le (seul) fils de Pacino, sorte de mini-moi à l’humour pince-sans-rire et au regard blasé. Pacino lui, trouve peut-être son rôle le plus immédiatement sympathique et chaleureux. Débordé, les nerfs à fleur de peau, perpétuellement stressé, il donne vie à ce personnage attachant et malmené. Autour de lui, une bien belle distribution : Tuesday Weld qui endosse crânement son rôle de mère abandonnatoire et irresponsable sans lui chercher d’excuse, Dyan Cannon en star mondaine et pimpante, Alan King génial en producteur prêt à tous les coups tordus. On aperçoit Richard Belzer, le ‘Munch’ de la série « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE », en régisseur gay.

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » n’a évidemment pas une grande valeur cinématographique et la réalisation est au mieux illustrative. Mais il s’en dégage une humanité sincère, une vraie joie-de-vivre et on ne peut qu’être reconnaissant à l’auteur d’en avoir banni toute guimauve hollywoodienne.