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Archives de Catégorie: LES FILMS D’AL PACINO

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AUJOURD’HUI, IL A 80 ANS !

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« EN TOUTE HUMILITÉ » (2014)

HUMBLING.jpgInspiré d’un roman de Philip Roth, « EN TOUTE HUMILITÉ » de Barry Levinson est une plongée en apnée dans l’âme à la dérive d’un vieil acteur en bout de course, probablement atteint par la maladie d’Alzheimer et confondant le réel, la fiction, en y mêlant ses remords, ses fantasmes.

C’est très bavard, un peu difficile à suivre à cause d’une écriture brillante mais théâtrale qui laisse peu de place au cinéma à proprement parler. En vérité, c’est surtout un one-man-show d’Al Pacino. Un Pacino de 74 ans, hirsute, barbichu, plus hagard qu’il n’a jamais été à l’écran, même si cette hébétude fait partie intégrante de son rôle. C’est assez douloureux à contempler car, évidemment, le personnage et l’acteur se confondent et se répondent constamment. Cela laisse le spectateur dans la position inconfortable du voyeur témoin de la décomposition physique et mentale d’une vedette qu’il connaît et suit depuis toujours. Pacino a de grands moments, d’autres où il semble aussi égaré que l’individu qu’il incarne. Mais il assure le spectacle et aide à avaler une construction erratique, des longueurs pénibles et une lassitude qui finit par s’installer à force de va-et-vient entre rêve et réalité, jusqu’à cette conclusion à la fois touchante et agaçante. Autour de la star, un bon cast : Greta Gerwig en jeune femme fantasque qui lui redonne goût à la vie (si tant est qu’elle ait jamais existé !), Dianne Wiest en ex vindicative, Charles Grodin en agent pragmatique et surtout Nina Arianda, extraordinaire en hystérique qui veut absolument payer Pacino pour supprimer son mari ! Leurs face à face valent à eux seuls qu’on voie le film.

Un peu prétentieux, inégal et souvent exaspérant, « EN TOUTE HUMILITÉ » n’est qu’une étape sans importance dans la carrière en chute libre d’Al Pacino. À réserver au fan pur et dur.

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NINA ARIANDA, AL PACINO ET DIANNE WIEST

 

« MÉLODIE POUR UN MEURTRE » (1989)

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AL PACINO

Écrit par Richard Price, réalisé par l’honorable Harold Becker, « MÉLODIE POUR UN MEURTRE » anticipe de trois ans « BASIC INSTINCT » et, sur un sujet très similaire, tricote un suspense new-yorkais sexy et glauque, avec en toile de fond la solitude des grandes métropoles déshumanisées et la paranoïa qui enrobe toutes les relations humaines.SEA.jpeg

Le sujet est classique : un serial killer, un rituel criminel, deux flics qui deviennent coéquipiers le temps de l’enquête, un des deux qui tombe amoureux fou d’une suspecte, dont on ne saura qu’à la toute fin si elle est vraiment coupable ou non. Ingrédients connus, sans surprise, presque confortables. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le traitement des protagonistes, écrits en trois dimensions, bien ancrés dans la réalité de leur temps et échappant au cliché. C’est la grande qualité du film et la raison pour laquelle on peut le revoir aujourd’hui sans crainte d’être déçu. C’était le grand retour d’Al Pacino sur les écrans après quatre années d’absence. Il est très bien en inspecteur alcoolique et décavé, intuitif mais trop impliqué émotionnellement, étonnamment vulnérable. Une belle composition où il accepte de n’être pas physiquement à son avantage. Son couple avec Ellen Barkin, ambiguë et animale à souhait, fonctionne parfaitement, malgré des séquences érotiques qui ont beaucoup vieilli. Il se passe réellement quelque chose de spécial dans leurs face à face tout au long du film. Autour d’eux : John Goodman formidable en collègue rigolard, Richard Jenkins, Michael Rooker, William Hickey et même un Samuel L. Jackson tout efflanqué dans une silhouette au début.

« MÉLODIE POUR UN MEURTRE » n’est pas un grand polar, certains aspects font un peu grincer des dents, comme la photo tristounette, les coiffures ridicules de Barkin et un rythme un peu relâché généré par des scènes d’improvisation trop étirées. Mais l’un dans l’autre, c’est encore tout à fait regardable et même plaisant la plupart du temps.

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ELLEN BARKIN, JOHN GOODMAN ET AL PACINO

 

« L’IMPASSE » (1993)

CARLITO.jpg10 ans après « SCARFACE », Brian De Palma retrouve Al Pacino à nouveau gangster hispanique, cette fois portoricain, dans le New York des années 70. Inspiré de deux romans d’Edwin Torres, « L’IMPASSE » n’a pas du tout la même tonalité que l’histoire de Tony Montana, et brosse le portrait d’un homme vieillissant, en quête de rédemption.

Très bien construit, violent mais sans complaisance, c’est certainement un de deux ou trois meilleurs films de De Palma, qui exécute plusieurs morceaux de bravoure avec une virtuosité époustouflante : on pense à la séquence du billard au début, à quelques face à face entre comédiens et à la longue traque finale jusqu’à la gare, s’achevant sur le quai. Le scénario n’étant qu’un long flash-back, le suspense en est amoindri, mais le personnage de Carlito Brigante en ressort plus émouvant. C’est un des grands rôles de Pacino, qui fait passer toutes les nuances de cet homme mûri, assagi, mais encore taraudé par ses mauvais penchants. Son association avec Sean Penn (méconnaissable) fait des étincelles. Celui-ci joue un avocat cocaïné, corrompu jusqu’à la moelle, contaminé par le crime, une véritable vermine qui entraîne tout le monde dans sa chute. Autour d’eux, de formidables acteurs : Penelope Ann Miller dans le rôle de sa vie, danseuse ratée réduite à faire du striptease, Luis Gúzman parfait en malfrat planche-pourrie, John Leguizamo en jeune loup donnant une idée de ce qu’a pu être Carlito dans sa jeunesse et surtout Viggo Mortensen, magnifique dans une seule scène en ex-complice cloué sur un fauteuil roulant.

Le film n’est pas exempt de petites longueurs (144 minutes, quand même !), d’incohérences (le laïus de Pacino au tribunal montre une facette exubérante et cabotine de sa personnalité qu’on ne reverra jamais par la suite), mais « L’IMPASSE » demeure un sacré bon film de gangsters, pétri d’humanité et de noirceur.

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AL PACINO, PENELOPE ANN MILLER, SEAN PENN ET VIGGO MORTENSEN

 

« SERPICO » (1973)

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AL PACINO

Inspiré d’un livre de Peter Maas, lui-même basé sur une histoire vraie, « SERPICO » de Sidney Lumet, tourné entre les deux premiers « PARRAIN » de Coppola, marque l’entrée dans la cour des grands d’un Al Pacino de 33 ans.SERPÎCO.jpg

Pour sa première apparition dans le film, il ressemble à la fois au Christ sur la croix et au cadavre de Che Guevara. C’est sans doute comme ça que se voit Frank Serpico, jeune flic du Bronx qui dès ses débuts dans la police s’aliène tous ses collègues et supérieurs en n’acceptant aucun pot-de-vin. Peu à peu, Serpico devient obsessionnel, focalisé sur la mission qu’il s’est donnée de « nettoyer » tous les commissariats de New York. Ses ennemis ne sont pas les dealers ou les criminels, mais les ripoux. Il est de plus en plus isolé, haï de tous et ne parvient même pas à gérer sa vie sentimentale qui part en morceaux. Pacino présent dans la plupart des scènes, crée un personnage crédible et intense, une sorte de flic-hippie constamment sous pression, pas toujours très sympathique même si son combat – qui tourne au parcours du combattant – est admirable et quelque peu masochiste. C’est lui qui fait qu’on ne s’ennuie guère pendant ces 130 minutes bien tassées et aussi la réalisation « à l’arrache » de Lumet, qui tourne en extérieurs, vole des plans, et traite son sujet frontalement sans le moindre sentimentalisme ou la moindre volonté esthétique. Serpico est un flic-martyr seul et angoissé, dont les dernières illusions tombent une à une jusqu’au dénouement très amer.

Autour de Pacino, d’excellents acteurs comme Tony Roberts, son unique allié, des visages familiers comme M. Emmet Walsh, Jaime Sanchez, Judd Hirsch, Richard Foronjy ou F. Murray Abraham dans de tout petits rôles parfois muets.

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AL PACINO, TIM PELT ET F. MURRAY ABRAHAM

« SERPICO » est un film solide, sérieux, authentique à souhait, d’autant plus que Pacino ne s’appuyait encore sur aucun tic de jeu et qu’il est parfaitement identifié au rôle. Manque peut-être un peu de chaleur humaine et un soupçon d’humour. Mais c’est une broutille.

 

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » (2019)

ONCE.jpg« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD », c’est vraiment – et enfin ! – le film pour lequel Quentin Tarantino était né. Une œuvre sincère, chargée de nostalgie pour les années 60, les vieilles séries télé, les affiches de films « vintage », les grosses voitures, les hippies et les cinémas, aujourd’hui disparus, de Hollywood boulevard.

Pendant 163 minutes, le film suit un duo d’exception : Leonardo DiCaprio, acteur de série B has-been et bouffi d’alcool et son cascadeur attitré (et homme à tout faire) Brad Pitt, charismatique et vieillissant. Avec eux, on découvre les arcanes des tournages fauchés, on visite L.A. minutieusement reconstituée et, sans s’en rendre compte, on réécrit l’Histoire de l’Amérique, comme l’auteur l’avait déjà fait dans « INGLOURIOUS BASTERDS » avec la WW2. Les U.S.A. ont perdu leur innocence avec la guerre du Vietnam et l’assassinat de Sharon Tate ? « QT » se propose de rectifier le tir. Et au lieu d’être ridicule, c’est étrangement poignant. Le dernier plan montrant l’actrice (Margot Robbie), enceinte, heureuse et promise à un bel avenir, laisse sur un réel sentiment de bonheur mêlé de tristesse. Magistral ! Comme toujours dans ses films, QT a réuni un casting extraordinaire : Al Pacino en agent au franc-parler, Dakota Fanning (méconnaissable) en bras-droit rousse de Manson, Bruce Dern en vieil aveugle, Timothy Olyphant en vedette de TV, Damian Lewis qui apparaît brièvement dans une imitation plutôt réussie de Steve McQueen, Kurt Russell en vieux cascadeur dominé par sa femme acariâtre Zoë Bell, etc. On aperçoit également Michael Madsen ou Clu Gulager en ‘guest stars’ de la série de Caprio reconstituée à l’identique à partir des « AU NOM DE LA LOI » ou « GUNSMOKE » d’antan.

Le film est truffé de morceaux d’anthologie : Pitt filant une raclée à l’arrogant Bruce Lee (Mike Moh) ou faisant face à la « famille » Manson dans le ranch abandonné dont l’ambiance rappelle les films de zombies, la longue séquence du tournage d’un épisode du « RANCH L » où Caprio n’a jamais été meilleur face à une fillette précoce, le « home invasion » final absolument stupéfiant à tous points-de-vue. Il y en a beaucoup d’autres !

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BRAD PITT ET MIKE MOH

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » est un véritable bijou, certainement un chef-d’œuvre dans son créneau, et le meilleur scénario de Tarantino. La preuve ? Il n’a même pas ressenti la nécessité d’éclater la chronologie en flash-backs. Un seul mot : bravo !

 

« PATERNO » (2018)

PATERNO.jpgBarry Levinson retrouve Al Pacino après « YOU DON’T KNOW JACK » et « EN TOUTE HUMILITÉ » pour « PATERNO » un téléfilm HBO basé sur des événements réels survenus en Pennsylvanie au début des années 2000.

Joe Paterno, dit « JoPa », est le coach légendaire d’une université qui continue d’exercer à 84 ans. Il est indirectement impliqué dans un scandale pédophile et, s’il semble complètement innocent au début de l’enquête, il va s’avérer qu’il a – à sa manière – lui aussi plus ou moins couvert l’affaire très en amont. L’épilogue est d’ailleurs le meilleur moment du film et jette une tout autre lumière sur la vraie personnalité de Paterno. Un peu tard, hélas ! C’est proprement fait, rigoureusement écrit, mais force est d’admettre qu’on se fiche royalement du football américain, de ses us et coutumes. L’hystérie générale et l’absurde mythologie autour de ce sport peuvent nous passer complètement au-dessus de la tête à nous autres, pauvres non-américains. Bien sûr, il y a Pacino et, malgré une fin de carrière calamiteuse, on est toujours curieux de voir ce qu’il fait. Affublé d’un faux-nez bien inutile, de lunettes en cul de bouteille, l’air égaré de rigueur, il joue ce vieux « mandarin » médiatisé sans grande conviction. Il ne change pratiquement pas d’expression de tout le film et se laisse porter. Ça n’aide évidemment pas à se passionner pour l’histoire ! Autour de lui, un casting routinier avec entre autres Kathy Baker, jouant sa femme constamment horrifiée. Seule s’en sort la jeune Riley Keough, très bien en journaliste opiniâtre. L’indifférence – et la méconnaissance – qu’on peut ressentir en Europe pour le football et le contexte universitaire U.S. explique sans nul doute le peu d’intérêt que suscite « PATERNO ». À peine moins âgé que son rôle, Pacino continue de s’enliser doucement dans une lignée de personnages qu’il a si souvent interprétés. On pense bien sûr à « L’ENFER DU DIMANCHE » pour le milieu exploré, mais à beaucoup d’autres également.

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KATHY BAKER ET AL PACINO

 

« THE IRISHMAN » (2019)

IRISHMANÉcrit par Steve Zaillian, réalisé par un Martin Scorsese de 77 ans, « THE IRISHMAN » est une œuvre ambitieuse de plus de trois heures, replongeant le réalisateur dans l’univers qu’il maîtrise le mieux, celui des gangsters, et lui faisant retrouver son alter-ego Robert De Niro pour la première fois depuis « CASINO ».

C’est un film tellement ample, tellement libre dans la forme, qu’on peine à l’englober à première vision. « THE IRISHMAN » est moins immédiatement enthousiasmant que « LES AFFRANCHIS », par exemple. La forme, celle des flash-backs, le mélange de réalité « fictionnée » et ce regard sur l’Histoire de l’Amérique, on les déjà vus et aimés dans les films précédents du réalisateur. Et le parti-pris de rajeunir des comédiens largement septuagénaires grâce aux CGI peut sembler discutable. De Niro par exemple, ne fait pas réellement « plus jeune », il affiche un visage cireux, des cheveux noirs de jais, sans qu’on puisse vraiment évaluer l’âge qu’il est censé avoir. Mais on s’y habitue ! Le scénario suit la vie d’un tueur de la mafia de Detroit, homme-de-main d’un caïd joué par un Joe Pesci étonnamment sobre et retenu, qui gravit les échelons et devient le bras-droit de Jimmy Hoffa (Al Pacino) et son seul ami. Mais, comme le dit le vieil adage : « Un traître, c’est toujours un ami », n’est-ce pas ? Le personnage de Frank Sheeran n’est pas très reluisant et il faut toute la sobriété et l’humanité d’un De Niro au sommet de son art, pour le rendre un tant soit peu attachant. Ses longs face à face avec Pacino (enfin !) sont de purs régals, leur complicité crevant l’écran. Et Pacino est magnifique dans un rôle où s’était déjà illustré Jack Nicholson. On est en terrain familier, c’est certain, et le film n’est pas exempt de longueurs peu nécessaires. Mais la dernière partie, la fin de vie des protagonistes, réduits à l’état de vieillards impotents, a quelque chose de tragique voire d’universel. « THE IRISHMAN » est impossible à juger à première vision, tant il oscille entre long-métrage et mini-série de luxe. Il clôt en beauté la trilogie gangstérienne de Scorsese, après « LES AFFRANCHIS » et « CASINO », permet de revoir, probablement pour la dernière fois, de grands acteurs dans ce qu’ils savent faire de meilleur. À voir sans hésiter une seconde, donc. Et puis… à revoir à tête reposée !

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AL PACINO ET ROBERT DE NIRO

 

« L’ASSOCIÉ DU DIABLE » (1997)

DEVIL.jpgAdapté d’un roman, « L’ASSOCIÉ DU DIABLE » ressemble à un remake de « LA FIRME » (1993) de Sydney Pollack dans lequel on aurait rajouté rien moins que le Diable en personne pour pimenter le récit.

Réalisé par l’estimable Taylor Hackford, ce film à gros budget, à l’image soignée, se veut une fable morale sur les idéaux broyés par le pouvoir de l’argent. Le scénario est plutôt bien construit, les coups de théâtre de la dernière partie sont un peu trop nombreux, mais le vrai défaut qui ressort de ces 144 minutes, tient d’abord dans une mauvaise gestion des éléments fantastiques qui s’immiscent progressivement et qui prêtent souvent à sourire, et surtout dans une direction d’acteurs approximative. Keanu Reeves dont la transparence naturelle sert bien le personnage au début, s’avère à la longue très insuffisant et peu crédible en surdoué du barreau. La toute jeune Charlize Theron, au visage rond et enfantin, est un peu meilleure, mais il est clair qu’elle a fait beaucoup de progrès depuis. La grosse déception vient d’Al Pacino qui semblait pourtant un choix rêvé pour incarner Satan en personne, PDG d’une grosse firme d’avocats à New York. On est d’abord gêné par sa nouvelle dentition, sa teinture noire de jais et par ses rires gras et systématiques. Mais son métier fait qu’il écrase, de toute façon, tout le monde autour de lui. En revanche, on déchante sérieusement lors de la confrontation finale dans son bureau transformé en antichambre des enfers : dans cette scène interminable, sur-dialoguée, pour tout dire grotesque, le Malin se transforme en un mix de Scarface en costard trois-pièces et de Darth Vader. C’est du Pacino au rabais qui sombre dans l’auto-caricature sans vergogne et achève littéralement ce film déjà pas très convaincant. Quant au final, calqué sur « LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST », il tombe comme un cheveu sur la soupe.

Sans être un ratage complet, « L’ASSOCIÉ DU DIABLE » ne tient pas vraiment les promesses de son point de départ et dure vraiment, vraiment trop longtemps.

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CHARLIZE THERON, KEANU REEVES, CONNIE NIELSEN ET AL PACINO

 

« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

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ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

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ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.