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Archives de Catégorie: LES FILMS D’AL PACINO

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » (1982)

AUTHOR2Bien qu’il soit situé dans l’univers particulier de Broadway, de sa faune théâtrale et écrit par un dramaturge réputé (Israel Horovitz), « AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » marche clairement sur les travées de « KRAMER CONTRE KRAMER » avec une trame très similaire, mais un traitement plus drôle et optimiste. Al Pacino – entre les deux rôles extrêmes qu’il tint dans « CRUISING » et « SCARFACE » – incarne un auteur de théâtre largué par sa femme qui lui a laissé ses cinq enfants à charge, alors qu’il est lui-même en pleine répétitions de sa prochaine pièce. Le ton est à la comédie, mais l’auteur dans une humeur manifestement autobiographique ne cède jamais à la facilité et aux clichés d’usage. C’est extrêmement bien dialogué avec un vrai sens du sarcasme new-yorkais et de la réplique qui fuse du tac-au-tac. On rit souvent, on s’émeut parfois et on applaudit à la grande qualité du casting : tous les enfants sont excellents, à commencer par Eric Gurry, jouant le (seul) fils de Pacino, sorte de mini-moi à l’humour pince-sans-rire et au regard blasé. Pacino lui, trouve peut-être son rôle le plus immédiatement sympathique et chaleureux. Débordé, les nerfs à fleur de peau, perpétuellement stressé, il donne vie à ce personnage attachant et malmené. Autour de lui, une bien belle distribution : Tuesday Weld qui endosse crânement son rôle de mère abandonnatoire et irresponsable sans lui chercher d’excuse, Dyan Cannon en star mondaine et pimpante, Alan King génial en producteur prêt à tous les coups tordus. On aperçoit Richard Belzer, le ‘Munch’ de la série « NEW YORK – UNITÉ SPÉCIALE », en régisseur gay.

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

TUESAY WELD, AL PACINO ET ALAN KING

« AVEC LES COMPLIMENTS DE L’AUTEUR » n’a évidemment pas une grande valeur cinématographique et la réalisation est au mieux illustrative. Mais il s’en dégage une humanité sincère, une vraie joie-de-vivre et on ne peut qu’être reconnaissant à l’auteur d’en avoir banni toute guimauve hollywoodienne.

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« DANNY COLLINS » (2015)

DANNY2« DANNY COLLINS » est l’exemple-type du film hollywoodien ultra-calibré, bâti sur une seule idée (la vie d’un vieux chanteur de variétés est chamboulée par une lettre que lui avait écrite John Lennon 40 ans plus tôt, et qu’il n’avait jamais reçue) et entièrement sauvé par son casting.

Car dès le début, le scénario utilise tous les clichés possibles et imaginables, tire sur les vieilles ficelles du mélo (la maladie, la petite fille, la rédemption, etc.) et s’avère mécanique, sans la moindre spontanéité ou surprise. Et pourtant… Sans qu’on sache très bien pourquoi ni comment, on finit par se laisser embarquer. Peut-être grâce au bonheur de revoir enfin Al Pacino en pleine forme. En star pour octogénaires, aussi ringard que cocaïné, il parvient à en faire des tonnes sans cabotiner, à séduire sans complaisance, à retrouver son « groove » qui lui a tant fait défaut ces dernières années. Sa relation avec Annette Bening, excellente en manager d’hôtel au franc-parler ou avec son stoïque manager Christopher Plummer – tout à fait remarquable, une fois encore – est joliment gérée dans son évolution et les comédiens vétérans se renvoient la balle avec un évident plaisir. On notera également la bonne idée d’avoir choisi Bobby Cannavale pour jouer le fils de Pacino, qu’il n’a jamais connu. Sa trogne de porte-flingue et sa carrure empêchent tout épanchement sentimental dans ses face-à-face rugueux avec son envahissant papa. La pauvre Jennifer Garner se contente d’un rôle passif, le seul qui ne parvienne pas à échapper au lieu-commun. Dommage…

BOBBY CANNAVALE, JENNIFER GARNER, AL PACINO ET ANNETTE BENING

BOBBY CANNAVALE, JENNIFER GARNER, AL PACINO ET ANNETTE BENING

« DANNY COLLINS » laisse donc un sentiment mitigé d’agacement devant l’empilement de scènes à faire, devant sa construction qu’on dirait sortie d’un logiciel qui mériterait une mise-à-jour, et de plaisir de retrouver de grands acteurs en pleine possession de leurs moyens qui trouvent tout l’espace pour déployer leurs ailes. Il est bon de se rappeler parfois que, lorsqu’il est bon, Pacino est inégalable.

 

HAPPY BIRTHDAY, AL !

AL PACINO, UNE FIN DE CARRIÈRE EN SOURDINE, POUR CELUI QUI FUT UN DES PLUS GRANDS DE SA GÉNÉRATION. JUSQU’AU PROCHAIN COMEBACK ?

AL PACINO, UNE FIN DE CARRIÈRE EN SOURDINE, POUR CELUI QUI FUT UN DES PLUS GRANDS DE SA GÉNÉRATION. JUSQU’AU PROCHAIN COMEBACK ?

 
 

« S1MØNE » (2002)

AL PACINO ET RACHEL ROBERTS

AL PACINO ET RACHEL ROBERTS

Comme tous les films à « high concept », c’est-à-dire généralement basés sur une seule et unique idée, aussi forte soit-elle, « S1MØNE » démarre très bien et tombe assez vite en panne de carburant. Et on déplore que les auteurs aient cru bon d’étirer leur (excellent) point de départ sur deux heures. Car ça peut être très long deux heures, quand on n’a pas grand-chose de plus à raconter que son « pitch » de départ.SIMONE2

À le revoir avec une bonne décennie de distance, on peut dire que le film était vraiment prémonitoire. D’ailleurs, il semble beaucoup moins extravagant et improbable qu’au moment de sa sortie. Si on se passionne pour ce réalisateur raté qui crée de toutes pièces une star féminine à l’aide d’un logiciel et en fait une icône, on regrette le ton utilisé par Andrew Niccol, qui oscille entre une aigreur revancharde à la « S.O.B. » de Blake Edwards et une fable irréelle dérapant trop souvent dans le gros comique (la séquence où un mannequin à l’image de Simone conduit une voiture sur l’autoroute est vraiment grotesque).

Les personnages n’ont aucune espèce d’épaisseur, ne dégagent guère d’émotion et la plupart des acteurs surjouent, hormis Winona Ryder absolument parfaite en petite star odieuse et casse-pied. Al Pacino est visiblement en roue-libre et s’en donne d’ailleurs à cœur-joie dans ce rôle d’égotique schizophrène et mégalo. Toutes les scènes où il prête sa voix à sa « créature » sont formidables, le reste est moins convaincant. Catherine Keener est gaspillée dans un personnage sans relief et même passablement idiot mais heureusement, Rachel Roberts fait forte impression dans le non-rôle de la fameuse Simone virtuelle, composée de pixels.

AL PACINO, CATHERINE KEENER, RACHEL ROBERTS ET DANIEL VON BARGEN

AL PACINO, CATHERINE KEENER, RACHEL ROBERTS ET DANIEL VON BARGEN

« S1MØNE » a un peu vieilli, et vu la vitesse à laquelle évoluent les technologies, c’est bien normal. Mais il demeure intéressant et inventif, malgré un petit côté donneur de leçons légèrement irritant.

 

« LA LOI ET L’ORDRE » (2008)

LOILe premier vrai face-à-face entre Al Pacino et Robert De Niro les deux stars emblématiques de leur génération eut lieu dans le mythique « HEAT » de Michael Mann, dont l’influence n’a pas encore fini de se faire ressentir aujourd’hui. Était-il vraiment nécessaire de réitérer l’exploit en les réunissant à nouveau dans un même univers de polar urbain ?

Avec « LA LOI ET L’ORDRE », la réponse est clairement « non ». D’un postulat de départ potentiellement accrocheur : un flic « vigilante » et même serial killer est traqué par ses pairs, les auteurs signent un scénario routinier, truffé d’impasses et de petites tricheries narratives. On sent de plus, qu’on a tenté de dynamiser le film en post-production par des artifices insupportables : ralentis, fondus-enchaînés en pagaïe, arrêts sur images, montage syncopé, etc. Mais rien à faire, on n’y comprend de toute façon pas grand-chose et la faiblesse du dialogue achève de lasser le spectateur le plus indulgent. 13 ans après leur magistrale première rencontre, que reste-t-il des deux monstres sacrés, dont les carrières ont suivi des pentes parallèles et descendantes ? À vrai dire, on a bien du mal à reconnaître les héros ‘bigger-than-life’ du chef-d’œuvre de Mann. Beaucoup trop âgés pour leurs rôles de superflics, mal fagotés, brillants d’auto-bronzant, ils se débattent sans conviction dans cet entrelacs de clichés, de lieux-communs et de séquences d’action poussives. À qui grimacera le plus et étalera sa vieille panoplie de tics et de trucs. Quel gâchis ! Rien à sauver non plus du côté des seconds rôles, tout aussi mal conçus, pourtant campés par les généralement excellents Brian Dennehy, John Leguizamo ou Donnie Whalberg. Même la belle Carla Gugino est embarrassante en fliquette adepte du « rough sex ». La grande Melissa Leo apparaît à peine deux minutes en mère éplorée.

Inutile de s’étendre plus longuement sur « LA LOI ET L’ORDRE » qui fait penser à une sorte de très longue bande-annonce sans queue ni tête. Quant au « twist » final, révélant la véritable identité du coupable, on se trouve alors dans un tel état comateux qu’on n’y prête même plus attention. Ah ! C’était donc lui et pas l’autre ? Parfait… Très bien…

AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET MELISSA LEO

AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET MELISSA LEO

 

« INSOMNIA » (2002)

AL PACINO

AL PACINO

« INSOMNIA » a beau être le remake d’un film norvégien de 1997, il n’en demeure pas moins le film le plus simple, le moins boursouflé et le plus immédiatement convaincant de Christopher Nolan.

INSOMNIA2Ce remarquable suspense policier situé en Alaska, confronte un flic de L.A. envoyé en renfort sur place, à un tueur particulièrement malin, mais aussi – et surtout – à sa propre corruption et à son passé qui a fini par le rattraper.

C’est un Al Pacino des grands jours qui incarne ‘Will Dormer’ (jeu de mots anglo-français, bien vu pour un insomniaque qui « veut dormir ») vieux pro qui s’est englué lui-même dans une toile d’araignée dont il aura du mal à s’arracher. Hébété par le manque de sommeil, dans cette ville où il fait jour pendant cinq mois d’affilée, hanté par ses fantômes et bientôt incapable de savoir s’il a volontairement tué son coéquipier ou pas, Pacino porte le film sur les épaules avec une intensité qu’il a perdue dans ses rôles suivants. Ici, il est au top de sa forme et un Pacino au top, ce n’est pas rien ! Face à lui, Robin Williams à contremploi est acceptable dans le rôle du tueur malin et pervers, sans crever l’écran. On notera l’excellence du cast féminin : Maura Tierney en hôtelière compatissante, Hilary Swank en fliquette novice mais futée et dans un petit rôle de peste, la toujours électrisante Katherine Isabelle.

Belle idée d’avoir situé un authentique ‘film noir’ en pleine lumière. Un jour perpétuel qui finit par devenir plus angoissant que la nuit. On suit la course folle de ce « ripou », on se laisse malmener par de formidables morceaux de bravoure comme cette scène claustrophobique où Dormer manque se noyer sous des troncs flottants ou cette belle poursuite quasi-métaphysique dans un épais brouillard.

C’est du bon, du très bon polar U.S. mâtiné d’influences venues du Grand Nord, un film mêlant un réalisme terre-à-terre à une ambiance quasi-onirique. Et quand s’achève la fuite en avant de l’insomniaque, quand ses yeux se ferment enfin, on se dit que décidément Al Pacino est et a été un des plus grands acteurs américains toutes époques confondues.

HILARY SWANK; KATHERINE ISABELLE, AL PACINO ET ROBIN WILLIAMS

HILARY SWANK, KATHERINE ISABELLE, AL PACINO ET ROBIN WILLIAMS

 

« LES DERNIERS AFFRANCHIS » (2012)

Avant tout, un avertissement : « STAND UP GUYS » ne démarre pas très bien. On dirait un remake pour 3ème âge de « MIKEY & NICKY » avec Falk et Cassavetes. On est désemparé de voir Al Pacino et Christopher Walken septuagénaires, jouer avec leur ancienne image de gangsters, un peu comme si le King of New York et Scarface n’étaient pas morts à la fin de leurs classiques d’il y a vingt ou trente ans et qu’ils se moquaient d’eux-mêmes. Les blagues graveleuses sur le Viagra, le numéro en roue-libre de Pacino en boîte de nuit donnent envie de zapper définitivement. Mais il faut tenir le coup. Absolument.

Parce que petit à petit, le film gagne en épaisseur, en vitalité, en émotion. L’alchimie prend entre les deux vieilles stars, la nostalgie devient poignante, l’ombre de la mort se met à planer au-dessus des personnages (et donc de leurs interprètes) et quand arrive la conclusion, on aimerait que cela continue encore un peu, parce qu’on a fini par les retrouver tels qu’on les aime, tels qu’ils ont crevé l’écran pendant des décennies. Costard noir et calibres aux poings.STANDUP

« STAND UP GUYS » n’a rien d’un chef-d’œuvre, mais on y glane çà et là des vignettes précieuses, comme l’enterrement d’Alan Arkin en pleine nuit et le bouleversant éloge de Pacino, l’essayage de costumes des deux vieux compères juste avant le baroud d’honneur. Il y a beaucoup de petits instants comme ça, qui valent qu’on consacre 1 H 30 de sa vie à ce petit film pas très inventif, qui a eu l’intelligence de laisser le champ libre à ses comédiens.

Tous deux ridés, la démarche incertaine, l’air légèrement hagard, Walken et Pacino font tout de même plaisir à voir. Ils sont bien entourés par Arkin en ancien chauffeur de la mafia, Mark Margolis (le tueur colombien flingué par Montana dans « SCARFACE ») en caïd revanchard et Julianna Margulies qui retrouve sa tenue d’infirmière de « URGENCES » pour un joli rôle.

Un film inégal donc et pas indispensable, mais bien plus émouvant que tout ce qu’a pu faire Pacino ces dernières années. Il sort directement en vidéo en France sous le titre « LES DERNIERS AFFRANCHIS ».