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Archives de Catégorie: LES FILMS D’ANN SHERIDAN

« LES ANGES AUX FIGURES SALES » (1938)

JAMES CAGNEY

JAMES CAGNEY

« LES ANGES AUX FIGURES SALES » est le classique des classiques du « film social » de la Warner, un film de gangsters à résonnance morale, s’efforçant de mettre en scène un caïd charismatique pour mieux le déboulonner à la fin.ANGELS2

Malgré son grand âge, le film tient remarquablement bien la route, grâce à un scénario en béton-armé au déroulement implacable et surtout par la présence extraordinaire de James Cagney. Avec sa voix de canard, ses rictus de chien enragé, sa silhouette ramassée, c’est une véritable boule d’énergie qui bouffe l’écran avec un métier inouï et oblitère tous ses partenaires. Notons l’incroyable imitation que fait de lui Frankie Burke au début du film, quand il incarne Cagney adolescent : à s’y méprendre !

HUMPHREY BOGART

HUMPHREY BOGART

Prenant, émouvant parfois (comment ne pas penser à l’évidente influence qu’il a eu sur « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » ?), parfaitement rythmé, le film trouve sa raison d’être lors de sa scène finale, quand le prêtre Pat O’Brien ami d’enfance du gangster, demande à celui-ci de faire semblant de mourir en lâche, pour ne plus être une idole aux yeux des gamins du quartier. D’ailleurs qui saura jamais si ‘Rocky’ a simulé ses hurlements d’angoisse ou s’il a réellement craqué au dernier moment ? Une scène magnifique à tous points-de-vue.
Autour d’un Cagney omniprésent, un beau cast réunit entre autres la pétulante Ann Sheridan dans un rôle un peu sacrifié et Humphrey Bogart jouant un avocat du Milieu ripou jusqu’à l’os. Les « Dead End Kids » incarnant la bande de délinquants idolâtrant Cagney sont un brin cabotins et fatigants.

Il est bon et rassérénant de revoir certains classiques devenus de vénérables antiquités et de comprendre toutes ces années après leur réalisation pourquoi ils sont devenus des classiques.

PAT O’BRIEN, LES « DEAD END KIDS », ANN SHERIDAN ET JAMES CAGNEY

PAT O’BRIEN, LES « DEAD END KIDS », ANN SHERIDAN ET JAMES CAGNEY

 

« CE BON VIEUX SAM » (1948)

GARY COOPER ET ANN SHERIDAN

GARY COOPER ET ANN SHERIDAN

« CE BON VIEUX SAM » est une inoffensive comédie à la Capra, mais signée Leo McCarey, prenant pour héros un bon samaritain compulsif, une « bonne poire », un benêt prêt à donner sa chemise à n’importe qui (ce qu’il fait d’ailleurs, littéralement, dans une scène !) et tellement généreux et couillon qu’il rend sa femme malheureuse sans même s’en apercevoir.SAM2

Autant le dire tout de suite, les auteurs ont eu bien de la chance d’avoir Gary Cooper dans le rôle-titre, car autrement le personnage n’aurait été qu’un simplet tête-à-claques irresponsable et exaspérant. Le message du film est d’ailleurs très ambivalent à son égard : un SDF agacé par son attitude va jusqu’à lui dire qu’il agit par égoïsme, pour satisfaire son ego, plutôt que par pure grandeur d’âme. Mais la gentillesse innée et le charme naturel de ‘Coop’ rendent ce discours irrecevable.

Cela se suit gentiment, sans passion excessive, pour quelques séquences cocasses (comme celle de la passagère casse-pied dans le bus) et pour l’abattage d’Ann Sheridan en « housewife » idéale : à la fois maternelle, compréhensive, stoïque et déjantée et sexy en diable. Elle forme un couple très séduisant avec Cooper et leurs scènes « conjugales » – même écourtées par la marmaille – dégagent une authentique alchimie « muy caliente ». Parmi les seconds rôles, on reconnaît une jeune Ruth Roman en vendeuse de grand magasin.

« CE BON VIEUX SAM » n’est pas indispensable, il ne paraît pas avoir exigé énormément d’efforts à ses concepteurs ou à ses interprètes et encore moins au spectateur qui suivra cela d’un œil distrait et parfois amusé. Comment ne pas aimer un film où le banquier qui vous a refusé un prêt vient sonner chez vous le soir-même, parce qu’il a des remords ? On a tous envie de vivre dans cette Amérique-là !

ANN SHERIDAN, RUTH ROMAN ET GARY COOPER

ANN SHERIDAN, RUTH ROMAN ET GARY COOPER

 

« RENDEZ-VOUS À MINUIT » (1940)

HUMPHREY BOGART

HUMPHREY BOGART

On imagine très bien le brainstorming entre producteurs et auteurs qui précéda la mise en chantier de « RENDEZ-VOUS À MINUIT » (titre français sans aucun rapport avec l’histoire) : utiliser Humphrey Bogart, alors à deux doigts du vedettariat, dans son emploi-fétiche de gangster dangereux qui fit son succès dans « LA FORÊT PÉTRIFIÉE », et le placer dans le décor incongru d’une pension de famille tenu par deux vieilles excentriques échappées de « ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES ».RDV3

Le scénario est excessivement léger, quasi-inexistant en fait. À peine planqué chez les mamies, Bogart s’ennuie (et nous avec), il retrouve par hasard Ann Sheridan chanteuse dans une de ses boîtes de nuit et fille d’une des vieilles dames et décide de transformer l’endroit en club à la mode. Le comique est lourd et répétitif, Bogart roule des yeux terrifiés devant des singes empaillés (sic !) et triche aux cartes avec les vieux pensionnaires. Un temps infini est consacré à des numéros de music-hall affligeants et à des chansons in extenso, heureusement portés par le charme roboratif de Miss Sheridan et par sa voix grave. Les seconds rôles en font des mégatonnes et la seule à s’en sortir vraiment est l’inénarrable Zasu Pitts hilarante en vieille fille frustrée et complètement mytho, perdant peu à peu les pédales.

« RENDEZ-VOUS À MINUIT » est une comédie sans aucune substance ni raison d’être, très rarement drôle. Aujourd’hui, le film sert surtout à démontrer à quel point Bogart, qui en était à se caricaturer lui-même de la plus pathétique façon – a eu une chance inouïe de tomber sur le rôle de ‘Sam Spade’ dans « LE FAUCON MALTAIS » l’année suivante. En le voyant ici, on comprend qu’il est revenu de très très loin…

ZASU PITTS, JEFFREY LYNN ET ANN SHERIDAN

ZASU PITTS, JEFFREY LYNN ET ANN SHERIDAN