RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS D’ANTHONY HOPKINS

« THE LINDBERGH KIDNAPPING CASE » (1976)

LINDBERGH

ANTHONY HOPKINS

« THE LINDBERG KIDNAPPING CASE » est un chef-d’œuvre du téléfilm « historique » et retrace méticuleusement – et comme son titre l’indique sobrement – l’enlèvement puis l’assassinat du bébé de Charles Lindbergh, l’idole de l’Amérique de la Dépression, puis le procès de son meurtrier présumé.

Cinéaste moyen mais remarquable téléaste, Buzz Kulik maîtrise parfaitement ce récit de 2 H 30 et parvient à ne jamais céder au pathos ou au sensationnel. « Just the facts ». Et ceux-ci sont nombreux, contradictoires, touffus, pas toujours concluants. La vraie réussite du scénario est de refuser systématiquement tout manichéisme : le couple Lindbergh n’est pas spécialement idéalisé et à peine sympathique, l’homme demeure froid et peu communicatif. Le kidnappeur allemand quant à lui est étrange, mais suffisamment ambigu pour qu’on puisse avoir des doutes sur sa culpabilité.

LINDBERGH3

CLIFF DeYOUNG ET SIAN BARBARA ALLEN

Le plus réussi est encore la façon dont Kulik dépeint l’arrière-plan social et politique de l’événement sur deux années. Les tractations entre le procureur et ses adversaires, les scènes de foule toujours dépeintes de façon hideuse : les bons citoyens bave aux lèvres, la haine en bandoulière. Non, vraiment, tout n’est pas noir et blanc dans ce téléfilm.

L’intérêt ne retombe pas une seconde ce qui, sur une telle durée, tient de l’exploit et le casting est une franche réussite. On retrouve des vétérans hollywoodiens comme Walter Pidgeon, Joseph Cotten excellent en ‘go-between’ aux motivations bizarres, Keenan Wynn en politicard glacial ou Martin Balsam en avocat mondain. Si Cliff DeYoung est parfait en Lindbergh, c’est Anthony Hopkins qui rafle la mise dans le rôle de l’accusé. Avec son œil délavé, son accent allemand irréprochable, sa gestuelle décalée, il sait se rendre à la fois haïssable et presque touchant par instants. Et bien sûr, rétrospectivement, il est fascinant de deviner l’embryon du futur Hannibal Lecter, se dessinant sous la personnalité de Bruno Hauptmann. Ses scènes en prison font irrésistiblement penser au célèbre cannibale.

« THE LINDBERGH KIDNAPPING CASE » est un téléfilm exemplaire qui retrace un des grands traumatismes américains et jette une lumière très critique sur l’attitude de la presse : c’est à cause du harcèlement sordide des reporters que le héros national a dû s’exiler en Angleterre. Sujet d’actualité, s’il en fut ! À voir absolument.

MARTIN BALSAM

MARTIN BALSAM

Publicités
 

« 84 CHARING CROSS ROAD » (1987)

CHARING

ANNE BANCROFT

Inspiré d’un livre autobiographique et d’une pièce de théâtre, « 84 CHARING CROSS ROAD » est produit par Mel Brooks. Ce n’est pas pour autant qu’il faut s’attendre à une grosse comédie ! Brooks était le mari d’Anne Bancroft qui tient le rôle principal, ceci expliquant cela.

CHARING3Le scénario utilise tous les moyens et artifices possibles pour retranscrire en termes cinématographiques le principe de la narration à la première personne en littérature : voix « off », comédiens s’adressant directement à la caméra, ellipses, etc. Et il y parvient assez bien. Cette histoire d’amitié entre une Américaine férue de belles-lettres anglaises et un libraire londonien, court sur plusieurs décennies et malgré l’importance qu’ils finiront par avoir l’un pour l’autre, les deux personnages ne se rencontreront jamais.

C’est un film-mosaïque délicat et plutôt culotté. Il ne s’y passe pas grand-chose, les sentiments sont masqués par un humour caustique, on y parle poésie et philosophie et le tout passe par le va-et-vient permanent de missives entre la Grande-Bretagne et les U.S.A.

À ce petit jeu, il faut obligatoirement de grosses pointures à l’image et heureusement, « 84 CHARING CROSS ROAD » n’en manque pas : malgré des perruques successives plus ou moins convaincantes censées la rajeunir, Bancroft s’en donne à cœur-joie et n’hésite pas à franchir de temps en temps la ligne rouge du cabotinage en roue-libre, son péché mignon. Anthony Hopkins, tout en retenue et en pudeur, est remarquable dans le rôle de ce « petit homme » effacé et poli à l’âme romantique. Et Judi Dench n’est pas en reste en épouse silencieuse et subtile.

CHARING2

JUDI DENCH, ANTHONY HOPKINS ET ANNE BANCROFT

Léger, mélancolique, poignant parfois, ce film suranné et fragile comme les vieilles reliures qui connectent ses protagonistes au-dessus de l’Atlantique, vaut d’être vu pour son trio de comédiens et la finesse de son écriture.

 

« RED 2 » (2013)

RED2 1

HELEN MIRREN ET BRUCE WILLIS

Si on a aimé « RED », il n’y a aucune raison de ne pas apprécier « RED 2 » tourné trois ans plus tard. Pour la bonne raison que ce n’est pas exactement une sequel, mais plutôt un remake, un décalcomanie, une photocopie. Une resucée, quoi…

Alors bien sûr, l’élément d’heureuse surprise du précédent s’est totalement évaporé. Il reste le plaisir de revoir des personnages amusants, de contempler des séquences d’action de plus en plus élaborées et – suprême bonheur – de voir Helen Mirren tirer avec un flingue dans chaque main et jouer les « queens » en camisole dans une séquence réjouissante.

RED2 3Pour le reste, il faut avaler un scénario à la fois simpliste et difficilement compréhensible, aux coups de théâtre absurdes, aux revirements improbables, quelques « ventres mous » redoutables dans le rythme général et des comédiens plus ou moins inspirés. Ainsi, Bruce Willis se contente-t-il du minimum syndical et traverse le film avec un petit air absent et affable. Mary-Louise Parker a un peu modifié sa physionomie mais s’avère souvent drôle, Anthony Hopkins s’amuse comme un petit fou dans un rôle à facettes qui laisse libre cours à son cabotinage millimétré. Une fois encore, c’est John Malkovich qui se taille la part du lion dans son emploi de ‘sidekick’ givré aux mimiques hilarantes.

La signature de Dean Parisot, responsable du cultissime « GALAXY QUEST » laissait tout de même espérer davantage que cette suite distrayante mais franchement peu nécessaire.

RED2 2

ANTHONY HOPKINS

À noter pour la petite histoire, que dans ce film apparaissent les deux premiers ‘Hannibal Lecter’ : Hopkins et aussi Brian Cox qui avait créé le rôle dans « MANHUNTER » de Michael Mann.

 

HAPPY BIRTHDAY, ANTHONY !

HOPKINS

LE GALLOIS ANTHONY HOPKINS, IL A TOUT JOUÉ, IL A INCARNÉ DES PERSONNAGES HISTORIQUES À LA PELLE, MAIS ON SE SOUVIENDRA DE LUI DANS SON RÔLE DE SERIAL KILLER ANTHROPOPHAGE…

 

« DRAGON ROUGE » (2002)

DRAGON2

ANTHONY HOPKINS, HANNIBAL POUR LA DERNIÈRE FOIS

Étrange genèse que celle de « DRAGON ROUGE », à la fois remake du superbe « MANHUNTER » (1986) de Michael Mann et ‘prequel’ du « SILENCE DES AGNEAUX » tourné onze ans plus tôt.

DRAGONPourquoi refaire aussi rapidement un si bon film ? Pour l’intégrer à la ‘franchise’ produite par Dino De Laurentiis et pour qu’Anthony Hopkins se réapproprie ce personnage originellement créé par Brian Cox, quitte à gonfler artificiellement son importance dans le scénario. Pour faire gober toute cette mercantile redondance, il aurait fallu un réalisateur de la trempe de Ridley Scott, qui aurait compensé par la forme le manque de fond. Hélas ! On n’a droit ici qu’à l’inadéquat Brett Ratner, qui filme de façon scolaire et appliquée une histoire qu’on connaît déjà par-cœur et a même réutilisé le chef-opérateur Dante Spinotti, responsable de l’image fabuleuse du film original, pour un travail beaucoup plus routinier et impersonnel.

Côté interprétation, c’est extrêmement inégal : on va du transparent (le tristounet Edward Norton en petit génie du FBI, Harvey Keitel qui s’ennuie ostensiblement), au bizarre (Hopkins en pilotage automatique, qui paraît vraiment trop âgé et trop maquillé pour se jouer lui-même des années plus… jeune), en passant par le très bon (Ralph Fiennes malsain à souhait en émule tatoué de Norman Bates, Philip Seymour Hoffman ignoble à souhait en journaleux trop sûr de lui et Emily Watson en jeune aveugle). À noter que la voix de la grand-mère du serial killer est celle de la grande Ellen Burstyn.

DRAGON3

RALPH FIENNES, EMILY WATSON ET PHILIP SEYMOUR HOFFMAN

On profitera certainement davantage de « DRAGON ROUGE » si on n’a jamais vu « MANHUNTER », mais c’est définitivement le maillon faible de cette franchise de longs-métrages qui a beaucoup trop tiré sur la corde d’un postulat tout de même assez ténu, qui ne permettait sans doute pas une telle débauche de resucées. Seule bonne chose à retenir, le tout dernier gros-plan d’Hopkins, qui boucle finement la boucle et renvoie au film de Jonathan Demme… C’est peu.

 

« HANNIBAL » (2001)

HANNIBALF

ANTHONY HOPKINS, DIX ANS APRÈS…

Dix ans après « LE SILENCE DES AGNEAUX », le romancier Thomas Harris signe sa suite : « HANNIBAL », reprenant les personnages de ‘Clarice Starling’ et ‘Hannibal Lecter’. Était-ce indispensable ? Pas vraiment, au vu du postulat, tiré par les cheveux et sans réelle raison d’être. À part financière, cela va sans dire !

HANNIBALF2Mais quand c’est Ridley Scott qui prend les rênes, cela change un peu la donne. Grand esthète devant l’Éternel, le réalisateur transcende par son visuel somptueux et sa mise-en-scène ultra-dynamique un scénario hétéroclite qui semble contenir plusieurs histoires en une seule. Les séquences à Florence sont somptueuses, décadentes à souhait, tout ce qui concerne Gary Oldman (méconnaissable) confine à la série B avec ses cochons sardes mangeurs d’hommes et le final dans la maison de Ray Liotta cède à l’opéra ‘gore’ quasi-comique.

C’est complètement disparate, le ton dérape souvent dans la démence et l’auto-parodie, mais curieusement Anthony Hopkins maîtrise mieux son jeu et ses effets que dans le premier film et domine royalement le film. Comédienne naturellement plus froide et cérébrale que Jodie Foster, Julianne Moore ne suscite pas la même empathie dans le rôle de Clarice et ne s’impose jamais comme protagoniste principale. Scott la filme magnifiquement, mais la laisse au second plan. Dommage, car son dernier face-à-face dans la cuisine avec Hopkins, est superbe. Malgré tout, l’alchimie entre le serial killer et l’agent du FBI qui existait dans « LE SILENCE DES AGNEAUX », et justifiait son existence, a quasiment disparu, ce qui constitue le gros point faible de cette sequel.

HANNIBALF 3

JULIANNE MOORE ET ANTHONY HOPKINS

« HANNIBAL » est donc à voir et à apprécier pour ce qu’il est : un produit opportuniste qui fait perdurer une histoire qui se suffisait à elle-même et des personnages qui avaient déjà bouclé leur parcours. Si on évite le jeu des comparaisons – et ce n’est pas facile ! – on pourra apprécier pleinement le travail de Scott, dont l’utilisation raffinée des longues focales, le mixage d’une minutie inouïe et le sens inné du décor, prennent le pas sur le scénario et donnent au film sa texture de rêve éveillé, de fable macabre, d’histoire d’amour glauque et tordue, mais étrangement crédible.

À noter que la longue scène de « dégustation » cérébrale chez Ray Liotta va tellement loin dans le grand guignol, qu’elle en atteint une certaine grandeur.

 

« LE SILENCE DES AGNEAUX » (1991)

SILENCE2

JODIE FOSTER DANS LE RÔLE DE ‘CLARICE STARLING’

Adapté du best-seller de Thomas Harris, « LE SILENCE DES AGNEAUX » va sur ses 25 ans. C’est un vénérable aïeul qui a servi de matrice à un nombre phénoménal de films, de séries télé, qui a généré de nouveaux clichés dans le genre policier, à savoir les personnages de serial killers charismatiques et de « profileurs » tourmentés. Des éléments dont usent et abusent les scénaristes depuis, jusqu’à banaliser et épuiser le filon.

SILENCEQue reste-t-il aujourd’hui du modèle suprême ? Ce qui semblait jadis ultra-violent, malsain à l’extrême, glauque à mourir s’est pas mal atténué. On a vu tellement pire, depuis ! Le numéro d’Anthony Hopkins en cannibale pervers (étonnamment peu présent, d’ailleurs) est toujours réjouissant, même si on connaît maintenant les ficelles de son jeu, et qu’il cabotine souvent au-delà du nécessaire. Qu’est-ce qui tient la distance ? D’abord la quasi-absence de technologie (téléphones portables, ordinateurs, GPS, etc.) qui ancre le film dans une réalité concrète et palpable : comme c’est rafraîchissant et dramatiquement plus fort ! Un scénario rigoureux au déroulement implacable et parfaitement lisible. Une BO lancinante qui immerge dans les images sans forcer le trait. Et puis surtout, et avant tout, la fabuleuse interprétation de Jodie Foster dans le rôle de sa vie. Sans céder à aucune facilité de jeu, aucune schématisation, elle apporte au rôle de ‘Clarice’ une palette inouïe de nuances. Courageuse et fragile, timide et opiniâtre, solitaire et chaleureuse, elle compose couche après couche un personnage en trois dimensions absolument unique. Il faut l’avoir vue, déterminée mais glacée par le trac dans son premier face-à-face avec Lecter : quelle finesse dans le détail ! Quant à sa « confession » sur les cris des agneaux égorgés, elle laisse encore pantois d’émotion et de respect.

Scott Glenn, Diane Baker excellente en sénateur angoissée ou Ted Levine hallucinant en dépeceur fou à lier, complètent un casting très homogène.

SILENCE3

ANTHONY HOPKINS, JODIE FOSTER ET TED LEVINE

Sobrement réalisé, bien rythmé tout en prenant son temps quand il le faut, parsemé d’images indélébiles (le puits où le tueur jette ses victimes, l’affrontement final dans la maison, la cage où est détenu Lecter au milieu d’une grande salle), « LE SILENCE DES AGNEAUX », s’il a perdu de son pouvoir horrifique et novateur (n’importe quelle série télé nous offre aujourd’hui notre serial killer hebdomadaire) n’en demeure pas moins un excellent spectacle et une pierre blanche dans le polar contemporain. De la belle ouvrage…