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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BERNARD BLIER

« LE SEPTIÈME JURÉ » (1962)

7 JURÉBernard Blier a tourné plus de 180 films et il est une figure majeure de l’Histoire du cinéma français. Mais sur la masse, il n’a pas tant tenu de premiers rôles qu’on pourrait le penser. Aussi l’intérêt principal de « LE SEPTIÈME JURÉ », projet initié par l’acteur lui-même, réside-t-il dans son omniprésence dans un personnage tragique, travaillé en profondeur. Drame provincial sur les vicissitudes et hypocrisies de la bourgeoisie, le film détone dans la filmographie de Georges Lautner. On sent ici des influences inattendues : Orson Welles (l’usage systématique de la contreplongée et des éclairages expressionnistes) et Ingmar Bergman (la façon de photographier les extérieurs, les extrêmes gros-plans sur des visages) ! Si le film paraît empesé par moments, si la voix « off » beaucoup trop présente empêche parfois d’entrer complètement dans l’ambiance, c’est tout de même une intéressante tentative. N’ayant pas l’ironie abrasive ou le cynisme d’un Chabrol, « LE SEPTIÈME JURÉ » semble parfois naïf et imbu de sa propre importance, mais le résultat est néanmoins efficace et très audacieux dans le cinéma hexagonal de l’époque.

ANNE DOAT

ANNE DOAT

Grand plaisir de voir Blier sobre et introverti, laissant filtrer çà et là des éclairs de folie trop longtemps contenus (le fou-rire à table avec sa famille). Le personnage de ce pharmacien bourrelé de remords et de regrets à qui le châtiment et la rédemption sont constamment refusés pour ne pas ébranler les conventions, fait partie de ses plus belles interprétations « sérieuses ». À ses côtés, un bon cast d’où se détachent Maurice Biraud en vétérinaire amer et désenchanté et la charmante Anne Doat en amoureuse indulgente.

« LE SEPTIÈME JURÉ » est un film étrange, à la narration chaotique, à l’esthétique un peu trop ostentatoire, mais qui fait preuve d’audace et surtout d’une véritable recherche dans la forme.

BERNARD BLIER

BERNARD BLIER

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HAPPY BIRTHDAY, BERNARD !

BERNARD BLIER (1916-1989), UN DES ACTEURS LES PLUS MARQUANTS DU CINÉMA FRANÇAIS. PLUS DE 180 FILMS À SON PALMARÈS !

BERNARD BLIER (1916-1989), UN DES ACTEURS LES PLUS MARQUANTS DU CINÉMA FRANÇAIS. PLUS DE 180 FILMS À SON PALMARÈS !

 

« LE MESSAGER » (1937)

JEAN GABIN

JEAN GABIN

« LE MESSAGER » est un pur mélodrame, se déroulant dans le Paris mondain des années 30 et dans une sinistre exploitation minière en Ouganda.

Là-bas, Jean Gabin business man ruiné, s’est exilé pour subvenir aux besoins de Gaby Morley qu’il vient d’épouser. Il devient rapidement alcoolique, en proie aux fièvres et se confie à Jean-Pierre Aumont son jeune adjoint. De retour à Paris, celui-ci a tellement entendu parler de l’épouse de son ami, qu’il en fait un transfert et a une liaison avec elle…MESSAGER

C’est extrêmement vieillot et poussiéreux. Les scènes « coloniales » sont difficilement acceptables aujourd’hui (la façon désinvolte dont sont filmés les « nègres », sans oublier les seins joyeusement dénudés des belles indigènes), mais malgré tout, le film ne manque pas d’un certain charme. D’abord Gabin y est magistral dans un personnage à facettes : jeune marié jovial et exalté, puis colon amer et suant le whisky délirant dans sa case et enfin mari trompé, froid et inflexible. Il passe d’un état à l’autre avec maestria, maintenant la cohérence du rôle et faisant preuve d’une complexité inespérée dans ce genre de film. Face à lui, Gaby Morlay est hélas complètement à côté de la plaque, vraiment pas taillée pour cet emploi de femme idéalisée et fatale. À 44 ans, elle était – et faisait ! – beaucoup plus âgée que Gabin, et cela déséquilibre leur relation. En jeune premier fébrile et geignard, Aumont rappelle ce qu’il fut dans « HÔTEL DU NORD ». Ce qui n’est pas un compliment. L’œil exercé du cinéphile reconnaîtra un tout jeune Bernard Blier, qui apparaît exactement trois secondes dans le rôle d’un chauffeur nommé… ‘Bernard’.

« LE MESSAGER » est un film un peu oublié dans cette période très faste de la carrière de Gabin, mais il vaut le détour pour son ambiance africaine bien glauque et pour son implacable mécanique psychologique.

JEAN GABIN, GABY MORLAY, BERNARD BLIER ET PIERRE COËDEL

JEAN GABIN, GABY MORLAY, BERNARD BLIER ET LUCIEN COËDEL

 

« ARCHIMÈDE LE CLOCHARD » (1959)

ARCHIMEDELe générique-début de « ARCHIMÈDE LE CLOCHARD » indique que l’idée originale est attribuée à un certain ‘Jean Moncorgé’, qui n’est autre que le vrai nom de Jean Gabin. Une idée sympathique mais bien maigre en l’occurrence, qui consiste à offrir à l’acteur de 55 ans – mais qui en fait bien quinze de plus – un rôle de SDF truculent et fauteur-de-troubles.

Il n’y a pas de scénario à proprement parler. Le film suit les déambulations de ce bonhomme haut-en-couleurs, au langage châtié et aux colères homériques, terreur des bistrotiers. Gabin s’amuse visiblement beaucoup, il danse comme un jeune homme à plusieurs reprises, chante à tue-tête, balance avec enthousiasme les répliques d’un Audiard en bonne forme et occupe l’espace en ogre généreux.

C’est indéniablement attachant, un brin complaisant aussi, très inégal. Ainsi, le face-à-face entre Gabin et Jacqueline Maillan, snobinette du 16ème arrondissement est-il franchement cocasse, alors que les scènes avec le cabotin Darry Cowl (c’est lui qui se prend la baffe traditionnelle) sont un brin pénibles et répétitives. On reconnaît avec plaisir des familiers de l’entourage de Gabin : Paul Frankeur, Gaby Basset, l’ex-Madame Gabin, Bernard Blier dans un petit rôle de limonadier cocu, Carette en voleur de chiens ou Noël Roquevert qui apparaît à la toute fin.

« ARCHIMÈDE LE CLOCHARD » est donc un one-man-show parfaitement assumé, qui n’existe que pour permettre à Gabin de s’amuser en toute liberté, de s’ébattre sans contrainte dans un film qui n’est qu’un écrin à des saynètes dont il est le centre et l’unique raison d’être. À réserver au fan, donc.

JACQUELINE MAILLAN, JEAN GABIN ET BERNARD BLIER

JACQUELINE MAILLAN, JEAN GABIN ET BERNARD BLIER

 

« LES MISÉRABLES » (1958)

MISÉRABLES« LES MISÉRABLES », énorme production en deux parties d’une durée totale de trois heures, est une adaptation extrêmement fidèle du chef-d’œuvre de Victor Hugo au casting a priori des plus judicieux.

Hélas, à force d’être fidèle, Jean-Paul Le Chanois devient académique et sa mise-en-scène se réduit à une succession de tableaux figés de situations qu’on connaît par-cœur dans un CinémaScope bien trop sage. Costumes et décors sont soignés jusqu’au plus petit détail, c’est une débauche de perruques et de postiches divers, mais rien à faire : on dirait un livre d’images d’Épinal joliment illustré mais désespérément plat et sans une étincelle de vie. L’adjonction de longs flash-backs mal intégrés, vient alourdir encore le rythme.

Alors même qu’ils semblaient être les incarnations parfaites de Valjean et Javert, Jean Gabin et Bernard Blier n’offrent que le service minimum, s’interdisent toute profondeur psychologique, toute ambiguïté, comme si les rôles étaient gravés dans le marbre, intouchables. Ils ont un ou deux face-à-face efficaces, bien sûr, mais noyés dans la masse d’événements. Seul s’en sort le roublard Bourvil à contremploi, créant un Thénardier immonde à souhait, veule et avaricieux, auquel il insuffle çà et là – on ne se refait pas – un humour inattendu et parfois incongru. Serge Reggiani affreusement perruqué, Silvia Montfort ou le lugubre Gianni Esposito s’en sortent encore moins bien dans des personnages à peine esquissés. À noter que c’est le petit Jimmy Urbain vu aux côtés de Gabin dans « CHIENS PERDUS SANS COLLIER » deux ans auparavant, qui incarne Gavroche.

Cette version est loin d’être la pire des « MISÉRABLES » dont on n’a pas fini de voir les avatars, et elle constitue même une excellente initiation à l’œuvre littéraire d’Hugo dont elle est une sorte de ‘digest’ scolaire et respectueux.

BERNARD BLIER, JEAN GABIN, BOURVIL ET GIANNI ESPOSITO

BERNARD BLIER, JEAN GABIN, BOURVIL ET GIANNI ESPOSITO

Le spectateur pointilleux s’amusera d’aberrations au niveau des âges des protagonistes : comment Javert encore enfant, a-t-il pu connaître Valjean déjà grisonnant au bagne de Toulon et le retrouver une vingtaine d’années plus tard, sans que l’ancien forçat n’ait pris une ride ? À la rigueur si Blier avait eu 25 ans. Mais c’est loin d’être le cas ! Le scénario était déjà truffé d’énormes « comme par hasard » (dont la plupart figurent dans le roman, mais pas tous) sans avoir besoin de cela. En peu en-deçà des espérances, dirons-nous, mais parfaitement visible malgré sa longueur.

 

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« LE CAVE SE REBIFFE » (1961)

JEAN GABIN

JEAN GABIN

« LE CAVE SE REBIFFE » est une des plus évidentes réussites du tandem Michel Audiard-Jean Gabin et également une des plus durables. Sans doute parce que, outre un dialogue « aux p’tits oignons » particulièrement soigné, le scénario lui aussi est travaillé et contient son lot de surprises et de coups de théâtre.CAVE

Autour de la figure tutélaire de Gabin, « le Dabe », un faux-monnayeur « légendaire » rangé des voitures et reprenant du service, Gilles Grangier a réuni une magnifique bande de ringards, d’ex-proxénètes, de « morues », de filous de bas-étage et les regarde s’activer avec délectation autour d’un honnête graveur capable de les enrichir.

Les répliques sont délectables. Mélange savant d’argot millésimé et d’un français excessivement châtié (qui oublierait les « bévues ancillaires » ?), éventail de vacheries et de misogynie croustillantes, débités avec un aplomb fabuleux par « le vieux » dans une forme olympique et des partenaires de choix : Bernard Blier onctueux et vicelard à souhait en faux-jeton d’anthologie, Ginette Leclerc d’une roborative vulgarité en maquerelle abrasive, Françoise Rosay dont les retrouvailles avec Gabin sont un des clous du film et Franck Villard, le célèbre « maître-étalon » de la connerie, d’une irrésistible suffisance de bellâtre de Prisunic.

Souvent théâtral, faisant la part belle aux acteurs sans sombrer dans la complaisance qui a gâché trop de films de cette même équipe, « LE CAVE SE REBIFFE » est un petit plaisir de gourmet, qu’on peut revoir sans se lasser, pour entendre une fois encore la petite musique acidulée du dialogue audiardien et pour retrouver une fabuleuse brochette d’acteurs habitués à jouer ensemble et ici à leur top-niveau. On aurait tort de se priver…

FRANÇOISE ROSAY, BERNARD BLIER ET MARTINE CAROL

FRANÇOISE ROSAY, BERNARD BLIER ET MARTINE CAROL

 

« MARIE-OCTOBRE » (1959)

DANIEL IVERNEL, SERGE REGGIANI, DANIELLE DARRIEUX ET PAUL MEURISSE

DANIEL IVERNEL, SERGE REGGIANI, DANIELLE DARRIEUX ET PAUL MEURISSE

Julien Duvivier fut un des plus grands réalisateurs français et un des plus novateurs. N’hésitant jamais à se confronter à la noirceur de l’âme humaine, à tester des techniques cinématographiques inédites (ralentis, surimpressions…), il a connu un début de carrière fulgurant. « MARIE-OCTOBRE » fait partie de ses plus belles réussites tardives, même s’il a eu l’intelligence de s’effacer derrière son texte et ses comédiens.MARIE

Œuvre théâtrale, en huis clos, déroulant un véritable psychodrame le temps d’un dîner entre anciens compagnons de Résistance, ce film d’une rare puissance parvient à faire exister une bonne douzaine de personnages en moins de 90 minutes, à faire monter un suspense saisissant sans jamais quitter un salon cossu et à replonger dans l’ambiance de l’occupation sans flash-back. C’est un ‘whodunit’ âpre et sans échappatoire, empreint d’une misanthropie et d’une paranoïa extraordinaires. À la recherche d’un traître, quinze ans après les faits, les anciens membres d’un réseau vont révéler leurs petits travers, leurs mesquineries, leur bêtise parfois, dans une ambiance délétère et malsaine où le mot « amitié » a perdu toute substance.

Un découpage au rasoir, des cadrages recherchés mais sans ostentation, un dialogue exceptionnel d’Henri Jeanson. On est en plein dans ce que le vrai cinéma français savait faire de mieux et de plus indémodable.

LINO VENTURA, PAUL MEURISSE, DANIELLE DARRIEUX, PAUL GUERS, PAUL FRANKEUR ET BERNARD BLIER

LINO VENTURA, PAUL MEURISSE, DANIELLE DARRIEUX, PAUL GUERS, PAUL FRANKEUR ET BERNARD BLIER

Le casting est un véritable défilé : si Danielle Darrieux dans le rôle-titre et Paul Meurisse assurent sobrement des personnages stoïques et observateurs, les autres protagonistes font des étincelles. Paul Frankeur en gros « beauf » insupportable de vulgarité joviale, Serge Reggiani au visage tourmenté et douloureux à contempler, Bernard Blier remarquable d’ambiguïté. Et Lino Ventura dans un rôle « linoventurisé » à fond : un ex-catcheur au nom italien ! Et tous les autres qui ont chacun quelque chose à défendre.

Loin de se réduire à du théâtre filmé, « MARIE-OCTOBRE » est un chef-d’œuvre de maîtrise du récit, une merveille de mise-en-scène invisible mais combien efficace, au service d’un scénario en béton-armé. Que demander de plus ?

À noter : dix ans plus tard, Ventura, Meurisse et Reggiani se retrouveront au générique d’un autre classique sur la Résistance : « L’ARMÉE DES OMBRES ».