RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE BRAD PITT

« BABEL » (2006)

BABELDans « BABEL », film au scénario d’une maestria consommée, d’une folle ambition humaniste, la tragédie est symbolisée par un fusil à haute portée. Un « cadeau » passant de main en main et semant le malheur à travers le Maroc, le Mexique ou le Japon dans un inextricable écheveau d’événements.

Alejandro González Iñárritu manie ses trois récits parallèles avec la même intensité, la même empathie, et décortique une succession de mauvaises décisions, de coïncidences entremêlées, de pulsions inconsidérées qui tournent mal. Et les premières victimes sont toujours des enfants : jeunes bergers marocains s’amusant à tirer dans la rocaille avec le fusil neuf de leur père, adolescente japonaise sourde, gravement perturbée par le suicide de sa mère ou gamins entraînés dans une nuit de cauchemar par leur nounou gentille mais irresponsable. Pas de méchant dans « BABEL », juste des êtres humains faillibles et ballotés par le Destin.

Malgré l’éclatement narratif, qu’il soit géographique ou temporel, le film maintient une exceptionnelle cohérence, une tension de chaque plan et coule naturellement de source. L’auteur isole trois histoires apparemment banales, qui ne finissent d’ailleurs pas toujours mal, pour symboliser l’arbitraire et la fragilité de l’existence sur Terre. Sans prêchi-prêcha, il pointe tout de même le doigt sur ces fusils, ces revolvers, ces armes qui circulent librement et finissent systématiquement par délivrer leur message de mort.

BABEL2

CATE BLANCHETT, ADRIANA BARRAZA ET BRAD PITT

Au sein d’un casting magnifique dominé par Adriana Barraza, on apprécie l’humilité de Brad Pitt ou Cate Blanchett qui se fondent dans leur rôle en abandonnant leur bagage de star.

Un beau film grave et lyrique superbement confectionné.

 

« 12 YEARS A SLAVE » (2013)

12L’esclavage made-in-America a déjà été traité entre autres, de façon sensationnaliste dans « MANDINGO », didactique dans la série TV « RACINES » et solennelle dans « AMISTAD ». L’approche de « 12 YEARS A SLAVE » est sensiblement différente.

S’inspirant de l’histoire vraie d’un violoniste noir intégré à la société blanche des années pré-guerre de sécession, puis kidnappé et vendu comme esclave dans le Sud, le scénario refuse le mélodrame et la violence graphique pour une vision elliptique, symbolique et parfois quasi-impressionniste. Cela donne un film digne et concret, parfois trop froid, mais qui a l’intelligence de faire du protagoniste Chiwetel Ejiofor un individu à part entière, avec ses qualités et ses défauts, et non pas un porte-étendard idéalisé. Son long chemin de croix est sobrement décrit, l’horreur des plantations est suggérée mais constamment présente. Le Mal Absolu est incarné par Michael Fassbender, extraordinaire en planteur de coton dégénéré et cruel irradiant le sadisme et l’impunité. S’efforçant de ne pas céder au manichéisme, les auteurs présentent des « masters » à peu près décents comme Benedict Cumberbatch ou Brad Pitt qui apparaît dans deux séquences en charpentier canadien anti-esclavage. Les autres, Paul Dano, Paul Giamatti, etc. sont des raclures pures et simples. Dans un cast homogène et inspiré, on retiendra Lupita Nyong’o bouleversante en souffre-douleur et martyre.

12 2

MICHAEL FASSBENDER, CHIWETEL EJIOFOR, LUPITA NYONG’O ET BRAD PITT

Si on ne ressort pas tout à fait enthousiasmé par le film, c’est sans doute à cause de sa facture conventionnelle et excessivement sage, de son austérité ronronnante. « 12 YEARS A SLAVE » n’en demeure pas moins un film accompli et maîtrisé dont certaines scènes possèdent un vrai pouvoir d’indignation et de dégoût. Mission accomplie, donc.

 

« ENNEMIS RAPPROCHÉS » (1997)

DEVILSRien que le générique de « ENNEMIS RAPPROCHÉS » incite au bonheur cinéphilique : Alan J. Pakula, un des grands cinéastes engagés des seventies à la mise-en-scène, Gordon Willis un des plus grands chefs-opérateurs du cinéma U.S. à la photo et le grand James Horner à la BO !

Prenant comme toile de fond et quasiment comme prétexte la guerre en Irlande et les agissements de l’IRA entre la Grande-Bretagne et les U.S.A., le scénario ultra-vissé est une mécanique parfaite qui parvient à faire coexister le thriller pur et dur et la psychologie des protagonistes sans aucune baisse de régime ou redondance. Le film est bien ancré dans son époque : à son arrivée à New York, le flingueur irlandais (Brad Pitt) aperçoit les Twin Towers et murmure : « It’s fantastic ! ». L’anodine remarque prend évidemment des années plus tard un poids imprévu…

Face à Harrison Ford, sobre et impliqué dans un rôle de flic honnête et magnanime, Pitt – dont l’accent irlandais est extraordinairement juste – tient le film sur les épaules. Il est superbe dans ce personnage d’ange déchu, d’Adonis au sang froid et au regard éteint qui retrouve quelques bribes d’humanité au contact de la famille américaine qui l’héberge. La relation père-fils qui s’installe entre Ford et lui est d’autant plus touchante, que le film s’ouvre sur l’assassinat du véritable père de Pitt en Irlande, quand il avait huit ans.

Les presque deux heures que durent la projection passent en un clin d’œil grâce à l’impeccable technique de Pakula, à des poussées d’adrénaline imprévisibles (l’intrusion des hommes cagoulés au domicile de Ford) et quand arrive enfin l’ultime face-à-face, on retrouve les repères familiers du western.

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

Autour des deux vedettes, on aperçoit Treat Williams excellent en trafiquant d’armes odieux, Natascha McElhonne en « love interest » de Pitt et Rubén Blades très bien en coéquipier nerveux de la gâchette.

Ne surtout pas s’attendre à un film politique ou à un documentaire sur l’IRA, donc. Mais en tant que polar, « ENNEMIS RAPPROCHÉS » est un authentique petit bijou et le meilleur film de la fin de carrière de Pakula. Ce fut hélas, son dernier.

 

« SPY GAME – JEU D’ESPIONS » (2001)

SPY« SPY GAME – JEU D’ESPIONS » est un des meilleurs films de Tony Scott, qui, débarrassé de ces excès visuels, de ses filtres de couleur et de son montage épileptique dont il abusait volontiers, signe un film d’espionnage quasi-parfait, dont on pourrait tout à fait croire qu’il est l’œuvre de… son frère Ridley.

Le scénario est une belle mécanique d’horlogerie, entrant directement dans le vif du sujet avec une séquence dans une prison chinoise à faire dresser les cheveux sur la tête. La suite est finement narrée en flash-back, retraçant la carrière d’un ex-sniper du Vietnam (Brad Pitt) enrôlé par une barbouze au nez fin (Robert Redford) pour devenir un homme de terrain pour la CIA.

Outre le suspense initial (l’Agency va-t-elle laisser Pitt se faire exécuter par le gouvernement chinois ?), le film s’enrichit progressivement de la relation fascinante entre les deux protagonistes. Le fait qu’ils soient incarnés par deux acteurs se ressemblant physiquement, ayant déjà travaillé ensemble (Redford dirigea Pitt dans « …ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE » dans un rôle que lui-même aurait pu jouer dans sa jeunesse), est un énorme bonus pour le film qui finit par se focaliser émotionnellement sur un rapport père-fils aussi complexe et tordu qu’au bout du compte émouvant.

Tout cela se déroule sur fond de guerres contemporaines, passant de Hongkong à Beyrouth en passant par l’Allemagne de l’Est, avec la même fièvre, la même authenticité, créant un sentiment de profonde insécurité. C’est palpitant, sans un temps mort, parfois excessivement stressant malgré une construction osée en mosaïque.

BRAD PITT ET ROBERT REDFORD

BRAD PITT ET ROBERT REDFORD

Redford est parfait en espion au bord de la retraite, froid et (apparemment) dénué de sentiment. Pitt en est une version rajeunie, encore capable de passion et d’humanité. À noter tout de même qu’il semble un peu jeunot pour avoir fait le Vietnam. Mais admettons ! Parmi les seconds rôles, tous excellents, on aperçoit Charlotte Rampling et David Hemmings dans de courtes apparitions.

Un superbe film d’action, de suspense, une vue sur notre monde en folie qui n’a pas pris une seule ride en quinze ans, ce qui est déjà un bel exploit.

 

« FURY » (2014)

FURY2Des films américains sur la WW2 on en voit depuis… la WW2. Le genre a évolué, est passé de la pure propagande à la réflexion métaphysique, en passant par l’antimilitarisme et l’ultra-réalisme.

« FURY » – à ne pas confondre avec les œuvres de Fritz Lang et Brian DePalma portant le même titre – reprend plus ou moins la trame narrative d’un pilier du film « de Vietnam », « PLATOON » (l’apprentissage en forme de parcours initiatique d’une bleusaille non-violente auprès de chiens de guerre) pour deux heures et quelques de spectacle âpre et très physique. Le scénario est concentré sur un tank et l’équipe qui l’occupe, dans l’Allemagne au bord du gouffre de 1945.

La dramaturgie est réduite au strict nécessaire, l’intérêt vient plutôt de la relation puissante entre ces hommes endurcis par l’horreur et la mort et l’évolution rapide du jeune « puceau » en mitrailleur enragé qu’on finit par surnommer ‘Machine’. Le film est porté par un casting parfaitement homogène. Brad Pitt a toujours été un bon acteur, dans le premier degré ou l’auto-parodie, mais avec l’âge, il prend une densité humaine nouvelle et fait preuve d’une épatante autorité. Face à lui, Logan Lerman est impeccable dans le rôle plus ingrat du jeunot et même le généralement agaçant Shia LaBeouf transfiguré, surprend agréablement en G.I. religieux.

On ne sent pas passer le temps, on gardera en mémoire quelques morceaux de bravoure époustouflants comme les combats dévastateurs en rase campagne, l’assaut final dans la nuit zébrée de balles traçantes ou cette longue séquence hyper-tendue où les soldats s’invitent chez deux jeunes Allemandes dans un village conquis. Une ambiance qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler « WEEK-END À ZUYDCOOTE » d’Henri Verneuil.

BRAD PITT ET LOGAN LERMAN

BRAD PITT ET LOGAN LERMAN

« FURY » est un remarquable film de guerre, qui évite le trop-plein de violence (malgré certaines images terribles) et le prêchi-prêcha, et dont le seul défaut est de ne rien apporter de nouveau, après les grands classiques du genre.

 

« SE7EN » (1995)

BRAD PITT

BRAD PITT

Dans l’évolution du polar américain contemporain, il y a indéniablement un avant et un après « SE7EN ». David Fincher a imposé toute une nouvelle charte visuelle faite de pluie et de pénombre, a mixé le thriller au film d’horreur et a revitalisé un genre abâtardi par la TV. Jusqu’à son fabuleux générique qui a été tellement plagié, qu’on a la sensation de le connaître par cœur.

SEVEN2Alors, que reste-t-il de « SE7EN », vingt ans après ? De bien beaux restes assurément. La ville – jamais nommée – ressemble à une antichambre des enfers, l’absence de technologie, les impers, les bâtiments archaïques mal éclairés, les ruelles détrempées, tout renvoie aux classiques des années 40. Mais l’extrême violence de certaines images ‘gore’, la perversité du serial killer qui atteint des dimensions quasi-méphistophéliques, viennent bousculer les clichés d’un genre aux codes jusque-là immuables.

Bien sûr, le scénario semble un peu trop mécanique, trop huilé, mais le film agrippe dès les premières images et son pouvoir hypnotique est demeuré à peu près intact, même si – imitateurs oblige – il semble aujourd’hui moins révolutionnaire. Ce qui le cimente et en fait une sorte de manifeste intouchable, c’est d’abord et avant tout la photo extraordinairement culottée de Darius Khondji, qui plonge la ville dans des ténèbres aussi insondables que l’âme de l’assassin. Le film est poisseux, stressant, suffocant, en grande partie grâce à ce parti-pris esthétique. Ensuite, il y a le tandem de flics génialement casté : Morgan Freeman, magnifique de densité en vétéran désabusé mais généreux incapable de passer la main. Et Brad Pitt formidable en « bleusaille » enthousiaste mais naïf et inculte. Sa dernière scène file carrément le frisson. Tous les seconds rôles, jusqu’au plus petit, sont impeccables et Kevin Spacey qui apparaît vers la fin, trouve son meilleur rôle en ‘John Doe’ échappé des enfers. L’ultime confrontation, dans un décor sublime, est un formidable moment de cinéma.

MORGAN FREEMAN, BRAD PITT ET KEVIN SPACEY

MORGAN FREEMAN, BRAD PITT ET KEVIN SPACEY

On aimerait se projeter dans le passé et oublier tous les plagiats, toutes les séries TV qui ont puisé leur inspiration dans « SE7EN » depuis deux décennies, pour jouir pleinement du film. Mais même s’il a indéniablement perdu de sa puissance iconoclaste, il n’en demeure pas moins un sacré film qu’on n’a pas fini de redécouvrir.

 

« SNATCH – TU BRAQUES OU TU RAQUES » (2000)

SNATCH

JASON STATHAM ET BRAD PITT

« SNATCH » (oublions l’affreux sous-titre français) est une resucée plus soignée et plus alambiquée de « ARNAQUES, CRIMES ET BOTANIQUE » de la même équipe, qui mêle des acteurs américains à un casting tout ce qu’il y a de british, pour un scénario embrouillé, à la construction éclatée, aux personnages innombrables qui ne font que se croiser jusqu’à la résolution finale qui boucle la boucle d’amusante façon.

SNATCH2Il faut s’accrocher dans le premier tiers, particulièrement irritant avec ses effets de mise-en-scène déjà très surannés, ses bons mots à la Tarantino, son agitation systématique. Mais on finit par se laisser prendre comme dans une nasse par l’imbroglio mis en place et par cet univers glauque et sordide de gangsters cinglés, d’hommes-de-main sans pitié et de voleurs patentés.

Mais ce qui accroche, c’est surtout l’exceptionnelle distribution à qui Guy Ritchie a eu le flair de donner de bons rôles à défendre : Brad Pitt se taille la part du lion en boxeur gitan cradingue, parlant un anglais totalement indécryptable, Jason Statham est ultra-cool en manager de boxe de bas-étage au calme olympien, Vinnie Jones est excellent en « nettoyeur » increvable (ou presque) et Benicio Del Toro apparaît étonnamment peu en joueur ironique dont la mort est bâclée en quelques plans visiblement joués par une doublure (petit souci de montage ou de réécriture en catastrophe, peut-être ?). Mais c’est l’inconnu Alan Ford qui pique la vedette à tout ce beau linge, dans un personnage épouvantable de caïd qui jette ses ennemis aux cochons. Il parvient à faire planer une vraie menace sur un film au ton tout de même proche de la comédie noire.

SNATCH3

ALAN FORD, VINNIE JONES, DENNIS FARINA, STEPHEN GRAHAM ET JASON STATHAM

Irritant par sa gratuité, par sa superficialité et son style m’as-tu-vu, « SNATCH » est suffisamment bien écrit et bien mené, pour se faire pardonner ses excès adolescents. Les combats de boxe clandestins sont très bien filmés, la violence est constante mais jamais complaisante et de nombreux détails (le pitbull qui avale une baballe qui ne cesse de couiner dans son estomac), font sourire franchement.