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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BRAD PITT

« AD ASTRA » (2019)

« AD ASTRA » de James Gray est une sorte de relecture cosmique et métaphysique des thèmes de « APOCALYPSE NOW », à savoir la quête d’un homme envoyé dans l’espace pour assassiner un héros de la NASA qui semble avoir perdu la raison et menace l’univers tout entier. À la différence que l’exécuteur est ici le propre fils de la cible désignée.ASTRA

C’est un film assez fascinant par la maîtrise sans faille des décors, de l’atmosphère, de la beauté des plans dans l’espace et surtout, par la performance de Brad Pitt, tout à fait étonnante. Le visage marqué, le regard vacant, il incarne cet astronaute apparemment insensible et indifférent à tout et à tous, qui se confronte au grand traumatisme de sa vie : l’abandon de son père et de possibles retrouvailles à l’issue forcément dramatique. Pitt a toujours été un bon acteur, capable de faire oublier son physique de mannequin, mais son jeu devient de plus en plus intériorisé et mature et il habite son personnage à 100%, donnant son âme au film tout entier. Gray nous entraîne dans une impossible poursuite à plusieurs niveaux : Pitt à la recherche de son père qui l’a sacrifié comme Dieu avait « abandonné » Jésus et Tommy Lee Jones obsédé par sa propre quête d’un être supérieur (en l’occurrence une intelligence extra-terrestre), au point de n’aimer personne. La phrase prononcée par le fils : « Il n’y a que nous », est aussi simple que terrible et mettra fin aux questionnements du père et à sa raison d’exister.

« AD ASTRA » est une œuvre intelligente et profonde, hélas, trop souvent fastidieuse et plombée de longueurs assumées mais difficiles à englober pendant deux heures. L’auteur tente bien d’animer tout cela par des séquences d’action (la bataille avec les pirates sur la lune, l’attaque des babouins, une bagarre à mains nues), mais cela sent trop l’artifice. Dans l’espace, on le sait, on se meut lentement, on ne parle à personne, et on a le temps de méditer. Il faut donc être prêt à ce rythme funéraire, pour profiter des trésors de ce beau film introspectif. Surtout qu’en bonus on a droit à des apparitions de Donald Sutherland et Liv Tyler, ce qui n’est pas négligeable.

 

« LÉGENDES D’AUTOMNE » (1994)

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HENRY THOMAS ET BRAD PITT

Inspiré d’un roman de Jim Harrison, « LÉGENDES D’AUTOMNE » d’Edward Zwick demeure, des années après, une œuvre unique et captivante, par sa capacité à engendrer un récit épique et intimiste, à brosser le portrait d’un personnage « bigger than life », tout en frôlant constamment le kitsch et l’emphase.FALL

C’est l’histoire d’un roi Lear (Anthony Hopkins) rancher au début du 20ème siècle, qui a trois fils qu’il élève seul. L’arrivée d’une jeune femme (Julia Ormond) va perturber l’harmonie familiale et la guerre 14-18 va en exploser le noyau. Mais l’intérêt principal de ce scénario ambitieux, dont l’atmosphère fait parfois penser à « OUT OF AFRICA », réside dans l’étude de ‘Tristan’ (Brad Pitt), le fils préféré, individu sauvage et charismatique, hanté par la violence et la mort, qui semble tout détruire autour de lui, même et particulièrement ceux qu’il aime. Filmé comme un demi-dieu sylvestre, ombrageux et animal, Pitt se montre à la hauteur de ce rôle démesuré, constamment au bord de l’abysse. Autour de lui, un cast remarquable : Ormond d’abord rayonnante et fraîche, puis peu à peu rongée de l’intérieur par la déception et la dépression morbide, Aidan Quinn excellent en aîné trop sage et trop ancré dans le réel, Karina Lombard qu’on voit trop peu. Seul Hopkins détone légèrement, manquant de présence physique et franchement peu convaincant une fois qu’il est victime d’un AVC. On imagine ce qu’un Connery, un Hackman ou un Duvall auraient pu faire de ce rôle !

Porté par les paysages sublimes du Canada, la photo veloutée de John Toll et la BO « mythique » de James Horner, « LÉGENDES D’AUTOMNE » demeure un film fascinant, instable et traversé de grands moments de pur cinéma. On y effleure l’Histoire de l’Amérique, le génocide indien, les ravages de la guerre, et surtout et par-dessus tout, on y raconte une histoire d’amour destructrice dont la noirceur et le pessimisme ne cessent de surprendre. Un petit bijou, ce film.

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JULIA ORMOND, BRAD PITT, AIDAN QUINN ET ANTHONY HOPKINS

 

« ALLIÉS » (2016)

ALLIÉS.jpg« ALLIÉS » de Robert Zemeckis, c’est l’exemple-type de la mayonnaise qui ne prend pas, malgré de bons ingrédients et un chef qui connaît son job.

La première partie, située à Casablanca en 1942, fait se rencontrer Brad Pitt, espion canadien et Marion Cotillard résistante française, pour un projet d’assassinat. Ils tombent amoureux et s’enfuient ensemble. Cette partie est plombée par l’aveuglante absence d’alchimie entre les deux comédiens et par de ridicules problèmes linguistiques : à un moment donné, Pitt qui parle la langue de Molière comme une vache espagnole, est censé jouer un Parisien ne parlant pas anglais ! C’est absurde, comme la plupart des situations, d’ailleurs. L’arrivée à Londres corse un peu les choses, puisque maintenant mariés et parents d’une petite fille, nos héros sont confrontés à un grave dilemme : Cotillard est soupçonnée d’être une traîtresse et Pitt est chargé de la démasquer et de l’abattre lui-même le cas échéant ! L’intérêt s’éveille un peu, c’est bien naturel, mais le déroulement reste puéril, lourdingue, le dialogue désolant et les illogismes abondent. La conclusion dans un aérodrome, renvoie maladroitement au « CASABLANCA » de Michael Curtiz.

« ALLIÉS » est parfois joli à regarder, les CGI sont convaincants, les décors soignés, mais trop de scories grippent la machine. Cotillard a toujours ce même jeu mécanique, dépourvu d’émotion, Pitt à 53 ans est beaucoup trop âgé pour ce personnage censé en avoir à peine 35 et présente un visage artificiellement lissé, inexpressif. Et ne parlons même pas des seconds rôles, particulièrement Thierry Frémont dans une apparition en résistant manchot et vomissant tripes et boyaux, qui écope de la pire scène du film ! Pas grand-chose de bon à recommander donc, dans ce « ALLIÉS » factice et maladroit, au bout du compte aussi absurde et peu crédible que la fin de « INGLOURIOUS BASTERDS » de Tarantino. C’est dire…

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MARION COTILLARD ET BRAD PITT

 

« SEPT ANS AU TIBET » (1997)

Inspiré des mémoires de Heinrich Harrer contant sa relation, pendant la WW2, avec le tout jeune Dalaï Lama, « SEPT ANS AU TIBET » de Jean-Jacques Annaud est une copieuse fresque hollywoodienne, réminiscente du « DERNIER EMPEREUR » de Bertolucci.TIBET.jpg

Évidemment, il faut prendre un peu sur soi pour accepter que le « héros » de l’aventure, auquel on est donc censé s’identifier, soit un bel Aryen nazi, un blondinet égotique arrogant et tête-à-claques. Le fait que l’excellent Brad Pitt l’incarne, aide à se faire à cette idée. Et pendant la première partie, son personnage ressemble à un avatar teuton de Steve McQueen dans « LA GRANDE ÉVASION ». Sa relation tendue avec son compagnon de route David Thewlis, donne du cœur à un scénario trop lisse et ripoliné. Mais dès la rencontre avec le « Kundun », le film bascule dans l’hagiographie béate et dégoulinante. Le fait que les Allemands s’expriment entre eux en anglais avec un léger accent, que des Asiatiques d’Hollywood comme BD Wong ou Mako tiennent des rôles centraux, fait perdre de la crédibilité au film. Les paysages sont majestueux, le format Scope est très bien utilisé et Pitt porte le film sur les épaules avec finesse. Sa métamorphose du nazillon puant au quasi-dévot n’aurait sans doute pas été aussi convaincante entre les mains d’un autre comédien. Mais cela ne suffit hélas, pas à se passionner pour cette pourtant belle aventure. C’est beaucoup trop long, introspectif, voire naïf par moments. À voir toutefois, pour la reconstitution historique parfaite, pour les intérieurs des temples à Lhassa, la beauté des costumes, etc. Mais « SEPT ANS AU TIBET » est une œuvre trop sage, académique, sans réel point-de-vue, comme un carnet de voyages plaisant et glacé. Quant à l’épilogue larmoyant en Autriche, on s’en serait volontiers passé.

 

 

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » (2019)

ONCE.jpg« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD », c’est vraiment – et enfin ! – le film pour lequel Quentin Tarantino était né. Une œuvre sincère, chargée de nostalgie pour les années 60, les vieilles séries télé, les affiches de films « vintage », les grosses voitures, les hippies et les cinémas, aujourd’hui disparus, de Hollywood boulevard.

Pendant 163 minutes, le film suit un duo d’exception : Leonardo DiCaprio, acteur de série B has-been et bouffi d’alcool et son cascadeur attitré (et homme à tout faire) Brad Pitt, charismatique et vieillissant. Avec eux, on découvre les arcanes des tournages fauchés, on visite L.A. minutieusement reconstituée et, sans s’en rendre compte, on réécrit l’Histoire de l’Amérique, comme l’auteur l’avait déjà fait dans « INGLOURIOUS BASTERDS » avec la WW2. Les U.S.A. ont perdu leur innocence avec la guerre du Vietnam et l’assassinat de Sharon Tate ? « QT » se propose de rectifier le tir. Et au lieu d’être ridicule, c’est étrangement poignant. Le dernier plan montrant l’actrice (Margot Robbie), enceinte, heureuse et promise à un bel avenir, laisse sur un réel sentiment de bonheur mêlé de tristesse. Magistral ! Comme toujours dans ses films, QT a réuni un casting extraordinaire : Al Pacino en agent au franc-parler, Dakota Fanning (méconnaissable) en bras-droit rousse de Manson, Bruce Dern en vieil aveugle, Timothy Olyphant en vedette de TV, Damian Lewis qui apparaît brièvement dans une imitation plutôt réussie de Steve McQueen, Kurt Russell en vieux cascadeur dominé par sa femme acariâtre Zoë Bell, etc. On aperçoit également Michael Madsen ou Clu Gulager en ‘guest stars’ de la série de Caprio reconstituée à l’identique à partir des « AU NOM DE LA LOI » ou « GUNSMOKE » d’antan.

Le film est truffé de morceaux d’anthologie : Pitt filant une raclée à l’arrogant Bruce Lee (Mike Moh) ou faisant face à la « famille » Manson dans le ranch abandonné dont l’ambiance rappelle les films de zombies, la longue séquence du tournage d’un épisode du « RANCH L » où Caprio n’a jamais été meilleur face à une fillette précoce, le « home invasion » final absolument stupéfiant à tous points-de-vue. Il y en a beaucoup d’autres !

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BRAD PITT ET MIKE MOH

« ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD » est un véritable bijou, certainement un chef-d’œuvre dans son créneau, et le meilleur scénario de Tarantino. La preuve ? Il n’a même pas ressenti la nécessité d’éclater la chronologie en flash-backs. Un seul mot : bravo !

 

« INGLOURIOUS BASTERDS » (2009)

BASTERDS.jpgLe secret pour apprécier un film de Quentin Tarantino serait-il de le revoir dix ans après sa sortie, une fois oubliées la promo intensive, les critiques épileptiques et les interviews boursouflées ? Toujours est-il que « INGLOURIOUS BASTERDS », film honni par votre humble serviteur en 2009, lui a semblé plutôt sympathique aujourd’hui.

Bien sûr, le scénario semble écrit par un adolescent revanchard, qui – prenant exemple sur Rambo qui gagna la guerre du Vietnam à lui tout seul dans le n°2 de ses aventures – a décidé d’envoyer un commando de Juifs en colère en France, pour éradiquer Hitler et toute son équipe. L’évènement se passe dans un cinéma lors d’une avant-première, l’arme sera de la pellicule inflammable et tout le monde finira en enfer. Le rythme est excessivement lent, la première moitié est une succession de mini pièces de théâtre où s’affrontent des personnages hauts-en-couleur et finissant systématiquement en carnage. Mais si on se laisse prendre, peu à peu, c’est par l’énergie décomplexée de l’auteur qui réécrit l’Histoire comme il l’entend, raconte n’importe quoi, enfile les anachronismes comme des perles et s’amuse comme un petit fou. Tellement d’ailleurs, qu’il finit par emporter le morceau. Si son casting est inégal, pas toujours à la hauteur, le film est porté par deux cabots de génie : Christoph Waltz en limier nazi sadique et sautillant, terrifiant lutin imprévisible, et Brad Pitt fabuleusement drôle en officier yankee au bon sens imparable. Les face à face entre les deux comédiens sont de purs délices. Michael Fassbender est aussi très bien en espion british, Eli Roth, Til Schweiger, Richard Sammel et Diane Kruger ont de bonnes scènes. Le vétéran Rod Taylor apparaît fugitivement en figuration dans le rôle de Churchill.

À condition de le voir pour ce qu’il est, c’est-à-dire une grosse boutade immature et auto-satisfaite (le film s’achève par la réplique : « Je crois que je viens de signer mon chef-d’œuvre », juste avant que le nom de Tarantino n’apparaisse à l’écran !), « INGLOURIOUS BASTERDS » fait passer un bon moment.

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BRAD PITT, RICHARD SAMMEL, CHRISTOPH WALTZ, DIANE KRUGER, MICHAEL FASSBENDER ET TIL SCHWEIGER

 

« TRUE ROMANCE » (1993)

TRUE ROMANCE.jpgÉcrit par un jeune Quentin Tarantino, réalisé par Tony Scott, et malgré ses défauts (nombreux) et ses qualités (réelles), « TRUE ROMANCE » symbolise aujourd’hui tout un cinéma des années 90, empreint de mythologie Rock’n roll, de contre-culture. Ça ne raconte au fond, qu’un deal de cocaïne qui tourne mal à Hollywood. Les personnages, sortes de Bonnie & Clyde modernisés sont des idiots aussi naïfs que dangereux, gavés de comic books et de films de kung-fu.

Ce n’est pas le scénario qui sauve en partie le film. Car on y trouve déjà tous les tics de Tarantino. La plupart des « morceaux de bravoure » sont bâtis exactement sur le même schéma : à savoir un individu intimidant ou torturant un autre pour le faire parler. Et ce n’est pas la dernière fois que l’auteur se contentera de cela pour faire avancer ses histoires. Heureusement, Scott embrasse sans complexe les aspects artificiels et flashy du matériau. La photo de Jeff Kimball est quasi-publicitaire, la BO d’Hans Zimmer truffée d’idées originales et le casting est magnifique. Outre le gentil mais fadasse Christian Slater et la charmante Patricia Arquette plutôt attachante, on retrouve le gratin des nineties : Dennis Hopper en père héroïque. Son face-à-face avec Christopher Walken mérite à lui seul qu’on voie le film. Quels acteurs ! Brad Pitt apparaît en junkie totalement abruti, Chris Penn et Tom Sizemore sont survoltés en flics des Stups, James Gandolfini est extraordinairement menaçant en hitman, Gary Oldman savoureux en mac dégénéré, Val Kilmer est quasiment invisible en Elvis imaginaire et il y en a beaucoup d’autres. Un vrai défilé !

Deux heures c’est un peu long pour ne pas raconter grand-chose de passionnant, mais Tony Scott connaît son job et sait compenser les complaisances du scénario et le manque d’épaisseur des protagonistes par son sens du visuel. « TRUE ROMANCE » se laisse donc revoir sans déplaisir, même si les années commencent à peser lourdement sur son vieux charme rétro.

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JAMES GANDOLFINI, PATRICIA ARQUETTE, DENNIS HOPPER ET BRAD PITT