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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BRAD PITT

« INGLOURIOUS BASTERDS » (2009)

BASTERDS.jpgLe secret pour apprécier un film de Quentin Tarantino serait-il de le revoir dix ans après sa sortie, une fois oubliées la promo intensive, les critiques épileptiques et les interviews boursouflées ? Toujours est-il que « INGLOURIOUS BASTERDS », film honni par votre humble serviteur en 2009, lui a semblé plutôt sympathique aujourd’hui.

Bien sûr, le scénario semble écrit par un adolescent revanchard, qui – prenant exemple sur Rambo qui gagna la guerre du Vietnam à lui tout seul dans le n°2 de ses aventures – a décidé d’envoyer un commando de Juifs en colère en France, pour éradiquer Hitler et toute son équipe. L’évènement se passe dans un cinéma lors d’une avant-première, l’arme sera de la pellicule inflammable et tout le monde finira en enfer. Le rythme est excessivement lent, la première moitié est une succession de mini pièces de théâtre où s’affrontent des personnages hauts-en-couleur et finissant systématiquement en carnage. Mais si on se laisse prendre, peu à peu, c’est par l’énergie décomplexée de l’auteur qui réécrit l’Histoire comme il l’entend, raconte n’importe quoi, enfile les anachronismes comme des perles et s’amuse comme un petit fou. Tellement d’ailleurs, qu’il finit par emporter le morceau. Si son casting est inégal, pas toujours à la hauteur, le film est porté par deux cabots de génie : Christoph Waltz en limier nazi sadique et sautillant, terrifiant lutin imprévisible, et Brad Pitt fabuleusement drôle en officier yankee au bon sens imparable. Les face à face entre les deux comédiens sont de purs délices. Michael Fassbender est aussi très bien en espion british, Eli Roth, Til Schweiger, Richard Sammel et Diane Kruger ont de bonnes scènes. Le vétéran Rod Taylor apparaît fugitivement en figuration dans le rôle de Churchill.

À condition de le voir pour ce qu’il est, c’est-à-dire une grosse boutade immature et auto-satisfaite (le film s’achève par la réplique : « Je crois que je viens de signer mon chef-d’œuvre », juste avant que le nom de Tarantino n’apparaisse à l’écran !), « INGLOURIOUS BASTERDS » fait passer un bon moment.

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BRAD PITT, RICHARD SAMMEL, CHRISTOPH WALTZ, DIANE KRUGER, MICHAEL FASSBENDER ET TIL SCHWEIGER

 

« TRUE ROMANCE » (1993)

TRUE ROMANCE.jpgÉcrit par un jeune Quentin Tarantino, réalisé par Tony Scott, et malgré ses défauts (nombreux) et ses qualités (réelles), « TRUE ROMANCE » symbolise aujourd’hui tout un cinéma des années 90, empreint de mythologie Rock’n roll, de contre-culture. Ça ne raconte au fond, qu’un deal de cocaïne qui tourne mal à Hollywood. Les personnages, sortes de Bonnie & Clyde modernisés sont des idiots aussi naïfs que dangereux, gavés de comic books et de films de kung-fu.

Ce n’est pas le scénario qui sauve en partie le film. Car on y trouve déjà tous les tics de Tarantino. La plupart des « morceaux de bravoure » sont bâtis exactement sur le même schéma : à savoir un individu intimidant ou torturant un autre pour le faire parler. Et ce n’est pas la dernière fois que l’auteur se contentera de cela pour faire avancer ses histoires. Heureusement, Scott embrasse sans complexe les aspects artificiels et flashy du matériau. La photo de Jeff Kimball est quasi-publicitaire, la BO d’Hans Zimmer truffée d’idées originales et le casting est magnifique. Outre le gentil mais fadasse Christian Slater et la charmante Patricia Arquette plutôt attachante, on retrouve le gratin des nineties : Dennis Hopper en père héroïque. Son face-à-face avec Christopher Walken mérite à lui seul qu’on voie le film. Quels acteurs ! Brad Pitt apparaît en junkie totalement abruti, Chris Penn et Tom Sizemore sont survoltés en flics des Stups, James Gandolfini est extraordinairement menaçant en hitman, Gary Oldman savoureux en mac dégénéré, Val Kilmer est quasiment invisible en Elvis imaginaire et il y en a beaucoup d’autres. Un vrai défilé !

Deux heures c’est un peu long pour ne pas raconter grand-chose de passionnant, mais Tony Scott connaît son job et sait compenser les complaisances du scénario et le manque d’épaisseur des protagonistes par son sens du visuel. « TRUE ROMANCE » se laisse donc revoir sans déplaisir, même si les années commencent à peser lourdement sur son vieux charme rétro.

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JAMES GANDOLFINI, PATRICIA ARQUETTE, DENNIS HOPPER ET BRAD PITT

 

« WAR MACHINE » (2017)

Qu’il est difficile de comprendre, et donc d’apprécier, un film comme « WAR MACHINE » de David Michôd et tout son cortège de partis-pris bizarres qui ne cessent d’en fausser le discours, de déconcerter au lieu d’impliquer. Au début, on pense au ton satirique de l’excellent « DES HOMMES D’INFLUENCE », mais… non. Ce n’est pas exactement cela. Du moins, pas tout le temps.WAR.jpg

Un général U.S. (Brad Pitt) est envoyé en Afghanistan pour mettre fin à la guerre qui s’enlise. Au cours de ses préparatifs, il se confie à un journaliste de « Rolling Stone » (Scoot McNairy) qui causera sa perte. C’est tout au niveau du scénario, mais l’essentiel n’est pas là. Il est – ou devrait être – dans le message anti-guerre, le portrait-charge de l’U.S. Army symbolisée par ce général-fantoche et sa bande d’imbéciles braillards, l’ingérence américaine, etc. Mais le gros défaut du film c’est hélas, Brad Pitt. Bien trop jeune, ou du moins paraissant trop jeune, pour ce rôle de briscard grisonnant, il adopte dès le premier plan un jeu complètement décalé : un œil à moitié clos, la mâchoire prognathe, la démarche grotesque, il crée une impossible caricature qui finit par nuire au propos du film et empêche tout approfondissement, toute empathie, voire tout sentiment quel qu’il soit envers son personnage. Il y a quelques décennies, le rôle aurait mérité un Lee Marvin ou plus tard un Gene Hackman voire un Eastwood, mais ce qu’a voulu faire Pitt, acteur qui a pourtant souvent fait ses preuves, est incompréhensible. À l’image de ses face-à-face avec Ben Kingsley jouant le président afghan à la limite du gros comique qui tache. On reconnaît çà et là des vedettes de passage comme Tilda Swinton en diplomate allemande, Alan Ruck, Griffin Dunne et même Russell Crowe dans un caméo muet pour clôturer le film.

« WAR MACHINE » aurait dû trouver sa tonalité entre « CATCH-22 » et « M*A*S*H* », il l’a totalement loupée, comme il a loupé le seul centre d’intérêt du scénario, à savoir la confrontation entre le militaire et le journaliste, à peine effleurée ici. C’est long, didactique, ennuyeux au possible et il n’est jamais agréable de voir un acteur qu’on apprécie se vautrer à ce point.

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

 

« SLEEPERS » (1996)

SLEEPERS2Écrit et réalisé par Barry Levinson, d’après le livre autobiographique controversé de Lorenzo Carcaterra, « SLEEPERS » est un mélodrame new-yorkais d’une belle ampleur romanesque, axé sur la vengeance de quatre amis d’enfance qui furent violés et abusés pendant des mois par les gardiens d’une maison de redressement.

Dès le début, on pense à « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » ou au « PAPE DE GREENWICH VILLAGE » : vignettes sur le quotidien des petits voyous de ‘Hell’s kitchen’, mafieux pittoresques, un prêtre comme échappé d’un film Warner des années 30, etc. Et puis à l’arrivée en prison, le ton s’assombrit jusqu’à devenir presque insoutenable par moments (les flash-backs sur les viols collectifs, à peine suggérés mais très pénibles) et la seconde partie démonte finement la machination destinée à faire payer la note aux tortionnaires.

C’est long – 140 minutes, tout de même ! – mais jamais lent, jamais pesant. On s’attache aux protagonistes. Il faut dire que Levinson a réuni un cast extraordinaire : Jason Patric, Brad Pitt, Ron Eldard et Billy Crudup jouent les quatre copains devenus adultes. Ils sont parfaitement assortis. Robert De Niro est d’une sobriété habitée dans le rôle de l’ex-délinquant devenu prêtre dont le rôle est crucial, Vittorio Gassman est excellent en ‘padrino’ apparemment rangé des voitures mais toujours très influent, Dustin Hoffman est réjouissant en avocat alcoolique et peu fiable et Kevin Bacon est superbe en maton sadique et pédophile.

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JASON PATRIC, ROBERT DE NIRO, KEVIN BACON, VITTORIO GASSMAN ET DUSTIN HOFFMAN

Il manque un petit quelque chose à « SLEEPERS » pour être un vraiment grand film (le style, peut-être ?), mais la photo de l’immense Michael Ballhaus, la BO de John Williams et son ancrage insistant dans la thématique du « COMTE DE MONTE CRISTO » en font néanmoins un vrai spectacle complexe et gratifiant où l’indignation le dispute à l’émotion. À peine pourra-t-on rechigner devant quelques invraisemblances trop énormes, comme l’incroyable revirement du gardien Terry Kinney pendant le procès, qui n’a aucune raison valable de craquer de la sorte. C’est LA grosse faiblesse du scénario.

Un film un peu méconnu qui mérite d’être réévalué à la hausse. Maintenant, quant à savoir s’il est vraiment inspiré d’évènements réels ou pas, ça n’a au fond aucune espèce d’importance…

 

« KALIFORNIA » (1993)

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DAVID DUCHOVNY ET BRAD PITT

Sorti deux ans après « LE SILENCE DES AGNEAUX », « KALIFORNIA » de Dominic Sena, peut être abordé comme une réaction à la fascination légèrement malsaine générée par ce film pour les serial killers.KLF2

En effet, celui présenté ici n’a rien du criminel cultivé et suave campé par Anthony Hopkins. Brad Pitt – totalement méconnaissable – joue un « white trash », un semi-débile sale et repoussant, bourré de tics, tuant comme il respire, égorgeant pour quelques dollars, en grognant comme un porc. Avec sa petite amie encore plus décérébrée que lui (Juliette Lewis), il part en covoiturage vers la Californie avec un couple de « bobos » : David Duchovny et Michelle Forbes. Ceux-ci travaillent sur un livre autour des tueurs en série et s’arrêtent sur tous les lieux de crime sur leur trajet pour prendre des photos et enregistrer leurs impressions à vif. La réalité les rattrapera quand ils réaliseront que leur passager est un dangereux sociopathe qui sème la mort pendant leur périple.

Extrêmement soigné au niveau visuel (les couleurs, l’utilisation du format Scope), filmé dans des décors naturels étonnants et souvent inédits au cinéma, « KALIFORNIA » est un ‘road movie’ pervers et cruel, qui a un message à faire passer : l’intérêt qu’on peut porter à des assassins, cette fascination pour les armes et la violence, révèle forcément quelque chose sur sa propre personnalité. Et parfois arrive le jour où il faut confronter ses démons.

Aussi lancinant qu’hypnotique, le film – nous l’avons dit – doit énormément à l’interprétation hallucinante de Pitt qui se perd totalement dans ce personnage abject, jusqu’au malaise. Lewis, stupide, exaspérante, bouleversante quand elle parle de sa sordide enfance, trouve un de ses meilleurs rôles. Ils éclipsent un peu Duchovny irréprochable mais un brin falot et la superbe mais très froide Forbes, aux rôles évidemment moins payants.

« KALIFORNIA » est un film à redécouvrir, qui renvoie une image de l’Amérique dépoussiérée de toute mythologie, de tout romantisme.

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JULIETTE LEWIS, MICHELLE FORBES ET BRAD PITT

 

« FIGHT CLUB » (1998)

FIGHT2Adapté d’un roman-culte de Chuck Palahnuick sorti en 1996, « FIGHT CLUB » bien qu’il soit sorti trois ans avant le 11 septembre, semble pourtant déjà appartenir à un imaginaire américain post-traumatique.

Le style de David Fincher agresse tous les sens dès les premières scènes, impose une image désaturée, verdâtre, des décors délabrés suintant la fin du monde. Il soûle par un mixage survolté, des voix « off » incessantes, un montage syncopé et une violence souvent difficile à supporter sur la longueur.

C’est une fable nihiliste sur une société de surconsommation fonçant droit dans le mur, sur une génération suicidaire et prête à suivre n’importe quel gourou, quitte à finir en charpie. Mais, au travers du personnage d’Edward Norton, pur produit de ce monde au bord du gouffre, c’est avant tout une étude de la schizophrénie et de la folie la plus débridée comme unique refuge. C’est souvent très brillant, extrêmement dérangeant (le trafic de graisses humaines destinées à fabriquer du savon de luxe, à soulever le cœur, mais d’une symbolique implacable), mais aussi un peu long et répétitif et cédant même au prêchi-prêcha, dès que la véritable identité du maléfique Brad Pitt est révélée, bien avant la fin et donc, un peu trop tôt.

Malgré cela, « FIGHT CLUB » se suit comme un cauchemar étrangement familier et immerge dans son univers en décomposition dans lequel on ose à peine reconnaître le nôtre. Pitt est charismatique à souhait en voyou jusqu’auboutiste, Norton tient le film sur ses épaules dans un rôle plus complexe mais moins gratifiant et Helena Bonham Carter fait une jolie composition de paumée pot-de-colle.

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BRAD PITT, HELENA BONHAM CARTER ET EDWARD NORTON

Sans avoir la maîtrise absolue d’un « SE7EN », « FIGHT CLUB » est un bel exercice de style de la part de Fincher, qui frappe surtout aujourd’hui par sa vision prémonitoire.