RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE BRAD PITT

« SLEEPERS » (1996)

SLEEPERS2Écrit et réalisé par Barry Levinson, d’après le livre autobiographique controversé de Lorenzo Carcaterra, « SLEEPERS » est un mélodrame new-yorkais d’une belle ampleur romanesque, axé sur la vengeance de quatre amis d’enfance qui furent violés et abusés pendant des mois par les gardiens d’une maison de redressement.

Dès le début, on pense à « IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE » ou au « PAPE DE GREENWICH VILLAGE » : vignettes sur le quotidien des petits voyous de ‘Hell’s kitchen’, mafieux pittoresques, un prêtre comme échappé d’un film Warner des années 30, etc. Et puis à l’arrivée en prison, le ton s’assombrit jusqu’à devenir presque insoutenable par moments (les flash-backs sur les viols collectifs, à peine suggérés mais très pénibles) et la seconde partie démonte finement la machination destinée à faire payer la note aux tortionnaires.

C’est long – 140 minutes, tout de même ! – mais jamais lent, jamais pesant. On s’attache aux protagonistes. Il faut dire que Levinson a réuni un cast extraordinaire : Jason Patric, Brad Pitt, Ron Eldard et Billy Crudup jouent les quatre copains devenus adultes. Ils sont parfaitement assortis. Robert De Niro est d’une sobriété habitée dans le rôle de l’ex-délinquant devenu prêtre dont le rôle est crucial, Vittorio Gassman est excellent en ‘padrino’ apparemment rangé des voitures mais toujours très influent, Dustin Hoffman est réjouissant en avocat alcoolique et peu fiable et Kevin Bacon est superbe en maton sadique et pédophile.

SLEEPERS

JASON PATRIC, ROBERT DE NIRO, KEVIN BACON, VITTORIO GASSMAN ET DUSTIN HOFFMAN

Il manque un petit quelque chose à « SLEEPERS » pour être un vraiment grand film (le style, peut-être ?), mais la photo de l’immense Michael Ballhaus, la BO de John Williams et son ancrage insistant dans la thématique du « COMTE DE MONTE CRISTO » en font néanmoins un vrai spectacle complexe et gratifiant où l’indignation le dispute à l’émotion. À peine pourra-t-on rechigner devant quelques invraisemblances trop énormes, comme l’incroyable revirement du gardien Terry Kinney pendant le procès, qui n’a aucune raison valable de craquer de la sorte. C’est LA grosse faiblesse du scénario.

Un film un peu méconnu qui mérite d’être réévalué à la hausse. Maintenant, quant à savoir s’il est vraiment inspiré d’évènements réels ou pas, ça n’a au fond aucune espèce d’importance…

Publicités
 

« KALIFORNIA » (1993)

KLF

DAVID DUCHOVNY ET BRAD PITT

Sorti deux ans après « LE SILENCE DES AGNEAUX », « KALIFORNIA » de Dominic Sena, peut être abordé comme une réaction à la fascination légèrement malsaine générée par ce film pour les serial killers.KLF2

En effet, celui présenté ici n’a rien du criminel cultivé et suave campé par Anthony Hopkins. Brad Pitt – totalement méconnaissable – joue un « white trash », un semi-débile sale et repoussant, bourré de tics, tuant comme il respire, égorgeant pour quelques dollars, en grognant comme un porc. Avec sa petite amie encore plus décérébrée que lui (Juliette Lewis), il part en covoiturage vers la Californie avec un couple de « bobos » : David Duchovny et Michelle Forbes. Ceux-ci travaillent sur un livre autour des tueurs en série et s’arrêtent sur tous les lieux de crime sur leur trajet pour prendre des photos et enregistrer leurs impressions à vif. La réalité les rattrapera quand ils réaliseront que leur passager est un dangereux sociopathe qui sème la mort pendant leur périple.

Extrêmement soigné au niveau visuel (les couleurs, l’utilisation du format Scope), filmé dans des décors naturels étonnants et souvent inédits au cinéma, « KALIFORNIA » est un ‘road movie’ pervers et cruel, qui a un message à faire passer : l’intérêt qu’on peut porter à des assassins, cette fascination pour les armes et la violence, révèle forcément quelque chose sur sa propre personnalité. Et parfois arrive le jour où il faut confronter ses démons.

Aussi lancinant qu’hypnotique, le film – nous l’avons dit – doit énormément à l’interprétation hallucinante de Pitt qui se perd totalement dans ce personnage abject, jusqu’au malaise. Lewis, stupide, exaspérante, bouleversante quand elle parle de sa sordide enfance, trouve un de ses meilleurs rôles. Ils éclipsent un peu Duchovny irréprochable mais un brin falot et la superbe mais très froide Forbes, aux rôles évidemment moins payants.

« KALIFORNIA » est un film à redécouvrir, qui renvoie une image de l’Amérique dépoussiérée de toute mythologie, de tout romantisme.

KLF3

JULIETTE LEWIS, MICHELLE FORBES ET BRAD PITT

 

« FIGHT CLUB » (1998)

FIGHT2Adapté d’un roman-culte de Chuck Palahnuick sorti en 1996, « FIGHT CLUB » bien qu’il soit sorti trois ans avant le 11 septembre, semble pourtant déjà appartenir à un imaginaire américain post-traumatique.

Le style de David Fincher agresse tous les sens dès les premières scènes, impose une image désaturée, verdâtre, des décors délabrés suintant la fin du monde. Il soûle par un mixage survolté, des voix « off » incessantes, un montage syncopé et une violence souvent difficile à supporter sur la longueur.

C’est une fable nihiliste sur une société de surconsommation fonçant droit dans le mur, sur une génération suicidaire et prête à suivre n’importe quel gourou, quitte à finir en charpie. Mais, au travers du personnage d’Edward Norton, pur produit de ce monde au bord du gouffre, c’est avant tout une étude de la schizophrénie et de la folie la plus débridée comme unique refuge. C’est souvent très brillant, extrêmement dérangeant (le trafic de graisses humaines destinées à fabriquer du savon de luxe, à soulever le cœur, mais d’une symbolique implacable), mais aussi un peu long et répétitif et cédant même au prêchi-prêcha, dès que la véritable identité du maléfique Brad Pitt est révélée, bien avant la fin et donc, un peu trop tôt.

Malgré cela, « FIGHT CLUB » se suit comme un cauchemar étrangement familier et immerge dans son univers en décomposition dans lequel on ose à peine reconnaître le nôtre. Pitt est charismatique à souhait en voyou jusqu’auboutiste, Norton tient le film sur ses épaules dans un rôle plus complexe mais moins gratifiant et Helena Bonham Carter fait une jolie composition de paumée pot-de-colle.

FIGHT

BRAD PITT, HELENA BONHAM CARTER ET EDWARD NORTON

Sans avoir la maîtrise absolue d’un « SE7EN », « FIGHT CLUB » est un bel exercice de style de la part de Fincher, qui frappe surtout aujourd’hui par sa vision prémonitoire.

 

« TROIE » (2004)

troie2Qu’on ait lu l’œuvre d’Homère ou pas, qu’on apprécie les péplums hollywoodiens ou non, qu’on rechigne à se plonger dans un film de plus de trois heures, on ne pourra pas nier – en toute objectivité – que le « TROIE » de Wolfgang Petersen est une sacrée tranche de cinoche !

D’une ambition démente, d’une ampleur peu commune, intégrant les CGI sans le moindre débordement, traitant tous les (très nombreux) personnages avec attention sans jamais perdre de vue le mouvement général, « TROIE » cloue sur son fauteuil et entraîne dans une grande aventure épique, adulte, politique, jamais naïve ou complaisante, traitant des héros de légende comme des êtres humains faillibles et paradoxaux. Bref : une totale réussite et un monument du genre.

Le cast est quasi-parfait : Eric Bana et Orlando Bloom sont peut-être un peu falots, mais au fond cela correspond bien à leurs rôles, surtout en opposition à Brad Pitt qui compose un extraordinaire ‘Achille’. Présenté comme une sorte de rock star bodybuildée, une brute narcissique et barbare, il parvient à donner une réelle épaisseur à ce héros légendaire, aussi attachant qu’il est odieux. Superbe dans les scènes d’action (son combat à mort avec Bana), Pitt est également impressionnant dans son face-à-face poignant avec le vieux roi Peter O’Toole venu le supplier de restituer le cadavre de son fils. Les comédiennes sont aussi belles qu’impeccables (Diane Kruger en Hélène, Saffron Burrows, Rose Byrne et même Julie Christie dans une brève apparition) et pour les seconds rôles, on a droit au top du top : Brian Cox, affreux Agamemnon, Brendan Gleeson, Sean Bean en Ulysse peu sympathique, James Cosmo, etc.

troie

BRAD PITT, ERIC BANA ET ORLANDO BLOOM

« TROIE », peut-être sous-évalué à sa sortie, est un grand film qui revitalise un genre tombé en désuétude. Les scènes de bataille, la destruction de Troie, sont des morceaux de bravoure étonnants et la BO de James Horner accompagne l’épopée avec style. À redécouvrir…

À noter : le film sortit d’abord à 163 minutes, mais fut suivi d’un ‘director’s cut’ de 196 minutes. C’est ce dernier qui est chroniqué ici.

 

« BABEL » (2006)

BABELDans « BABEL », film au scénario d’une maestria consommée, d’une folle ambition humaniste, la tragédie est symbolisée par un fusil à haute portée. Un « cadeau » passant de main en main et semant le malheur à travers le Maroc, le Mexique ou le Japon dans un inextricable écheveau d’événements.

Alejandro González Iñárritu manie ses trois récits parallèles avec la même intensité, la même empathie, et décortique une succession de mauvaises décisions, de coïncidences entremêlées, de pulsions inconsidérées qui tournent mal. Et les premières victimes sont toujours des enfants : jeunes bergers marocains s’amusant à tirer dans la rocaille avec le fusil neuf de leur père, adolescente japonaise sourde, gravement perturbée par le suicide de sa mère ou gamins entraînés dans une nuit de cauchemar par leur nounou gentille mais irresponsable. Pas de méchant dans « BABEL », juste des êtres humains faillibles et ballotés par le Destin.

Malgré l’éclatement narratif, qu’il soit géographique ou temporel, le film maintient une exceptionnelle cohérence, une tension de chaque plan et coule naturellement de source. L’auteur isole trois histoires apparemment banales, qui ne finissent d’ailleurs pas toujours mal, pour symboliser l’arbitraire et la fragilité de l’existence sur Terre. Sans prêchi-prêcha, il pointe tout de même le doigt sur ces fusils, ces revolvers, ces armes qui circulent librement et finissent systématiquement par délivrer leur message de mort.

BABEL2

CATE BLANCHETT, ADRIANA BARRAZA ET BRAD PITT

Au sein d’un casting magnifique dominé par Adriana Barraza, on apprécie l’humilité de Brad Pitt ou Cate Blanchett qui se fondent dans leur rôle en abandonnant leur bagage de star.

Un beau film grave et lyrique superbement confectionné.

 

« 12 YEARS A SLAVE » (2013)

12L’esclavage made-in-America a déjà été traité entre autres, de façon sensationnaliste dans « MANDINGO », didactique dans la série TV « RACINES » et solennelle dans « AMISTAD ». L’approche de « 12 YEARS A SLAVE » est sensiblement différente.

S’inspirant de l’histoire vraie d’un violoniste noir intégré à la société blanche des années pré-guerre de sécession, puis kidnappé et vendu comme esclave dans le Sud, le scénario refuse le mélodrame et la violence graphique pour une vision elliptique, symbolique et parfois quasi-impressionniste. Cela donne un film digne et concret, parfois trop froid, mais qui a l’intelligence de faire du protagoniste Chiwetel Ejiofor un individu à part entière, avec ses qualités et ses défauts, et non pas un porte-étendard idéalisé. Son long chemin de croix est sobrement décrit, l’horreur des plantations est suggérée mais constamment présente. Le Mal Absolu est incarné par Michael Fassbender, extraordinaire en planteur de coton dégénéré et cruel irradiant le sadisme et l’impunité. S’efforçant de ne pas céder au manichéisme, les auteurs présentent des « masters » à peu près décents comme Benedict Cumberbatch ou Brad Pitt qui apparaît dans deux séquences en charpentier canadien anti-esclavage. Les autres, Paul Dano, Paul Giamatti, etc. sont des raclures pures et simples. Dans un cast homogène et inspiré, on retiendra Lupita Nyong’o bouleversante en souffre-douleur et martyre.

12 2

MICHAEL FASSBENDER, CHIWETEL EJIOFOR, LUPITA NYONG’O ET BRAD PITT

Si on ne ressort pas tout à fait enthousiasmé par le film, c’est sans doute à cause de sa facture conventionnelle et excessivement sage, de son austérité ronronnante. « 12 YEARS A SLAVE » n’en demeure pas moins un film accompli et maîtrisé dont certaines scènes possèdent un vrai pouvoir d’indignation et de dégoût. Mission accomplie, donc.

 

« ENNEMIS RAPPROCHÉS » (1997)

DEVILSRien que le générique de « ENNEMIS RAPPROCHÉS » incite au bonheur cinéphilique : Alan J. Pakula, un des grands cinéastes engagés des seventies à la mise-en-scène, Gordon Willis un des plus grands chefs-opérateurs du cinéma U.S. à la photo et le grand James Horner à la BO !

Prenant comme toile de fond et quasiment comme prétexte la guerre en Irlande et les agissements de l’IRA entre la Grande-Bretagne et les U.S.A., le scénario ultra-vissé est une mécanique parfaite qui parvient à faire coexister le thriller pur et dur et la psychologie des protagonistes sans aucune baisse de régime ou redondance. Le film est bien ancré dans son époque : à son arrivée à New York, le flingueur irlandais (Brad Pitt) aperçoit les Twin Towers et murmure : « It’s fantastic ! ». L’anodine remarque prend évidemment des années plus tard un poids imprévu…

Face à Harrison Ford, sobre et impliqué dans un rôle de flic honnête et magnanime, Pitt – dont l’accent irlandais est extraordinairement juste – tient le film sur les épaules. Il est superbe dans ce personnage d’ange déchu, d’Adonis au sang froid et au regard éteint qui retrouve quelques bribes d’humanité au contact de la famille américaine qui l’héberge. La relation père-fils qui s’installe entre Ford et lui est d’autant plus touchante, que le film s’ouvre sur l’assassinat du véritable père de Pitt en Irlande, quand il avait huit ans.

Les presque deux heures que durent la projection passent en un clin d’œil grâce à l’impeccable technique de Pakula, à des poussées d’adrénaline imprévisibles (l’intrusion des hommes cagoulés au domicile de Ford) et quand arrive enfin l’ultime face-à-face, on retrouve les repères familiers du western.

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

Autour des deux vedettes, on aperçoit Treat Williams excellent en trafiquant d’armes odieux, Natascha McElhonne en « love interest » de Pitt et Rubén Blades très bien en coéquipier nerveux de la gâchette.

Ne surtout pas s’attendre à un film politique ou à un documentaire sur l’IRA, donc. Mais en tant que polar, « ENNEMIS RAPPROCHÉS » est un authentique petit bijou et le meilleur film de la fin de carrière de Pakula. Ce fut hélas, son dernier.