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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BRAD PITT

« FIGHT CLUB » (1998)

FIGHT2Adapté d’un roman-culte de Chuck Palahnuick sorti en 1996, « FIGHT CLUB » bien qu’il soit sorti trois ans avant le 11 septembre, semble pourtant déjà appartenir à un imaginaire américain post-traumatique.

Le style de David Fincher agresse tous les sens dès les premières scènes, impose une image désaturée, verdâtre, des décors délabrés suintant la fin du monde. Il soûle par un mixage survolté, des voix « off » incessantes, un montage syncopé et une violence souvent difficile à supporter sur la longueur.

C’est une fable nihiliste sur une société de surconsommation fonçant droit dans le mur, sur une génération suicidaire et prête à suivre n’importe quel gourou, quitte à finir en charpie. Mais, au travers du personnage d’Edward Norton, pur produit de ce monde au bord du gouffre, c’est avant tout une étude de la schizophrénie et de la folie la plus débridée comme unique refuge. C’est souvent très brillant, extrêmement dérangeant (le trafic de graisses humaines destinées à fabriquer du savon de luxe, à soulever le cœur, mais d’une symbolique implacable), mais aussi un peu long et répétitif et cédant même au prêchi-prêcha, dès que la véritable identité du maléfique Brad Pitt est révélée, bien avant la fin et donc, un peu trop tôt.

Malgré cela, « FIGHT CLUB » se suit comme un cauchemar étrangement familier et immerge dans son univers en décomposition dans lequel on ose à peine reconnaître le nôtre. Pitt est charismatique à souhait en voyou jusqu’auboutiste, Norton tient le film sur ses épaules dans un rôle plus complexe mais moins gratifiant et Helena Bonham Carter fait une jolie composition de paumée pot-de-colle.

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BRAD PITT, HELENA BONHAM CARTER ET EDWARD NORTON

Sans avoir la maîtrise absolue d’un « SE7EN », « FIGHT CLUB » est un bel exercice de style de la part de Fincher, qui frappe surtout aujourd’hui par sa vision prémonitoire.

 

« TROIE » (2004)

troie2Qu’on ait lu l’œuvre d’Homère ou pas, qu’on apprécie les péplums hollywoodiens ou non, qu’on rechigne à se plonger dans un film de plus de trois heures, on ne pourra pas nier – en toute objectivité – que le « TROIE » de Wolfgang Petersen est une sacrée tranche de cinoche !

D’une ambition démente, d’une ampleur peu commune, intégrant les CGI sans le moindre débordement, traitant tous les (très nombreux) personnages avec attention sans jamais perdre de vue le mouvement général, « TROIE » cloue sur son fauteuil et entraîne dans une grande aventure épique, adulte, politique, jamais naïve ou complaisante, traitant des héros de légende comme des êtres humains faillibles et paradoxaux. Bref : une totale réussite et un monument du genre.

Le cast est quasi-parfait : Eric Bana et Orlando Bloom sont peut-être un peu falots, mais au fond cela correspond bien à leurs rôles, surtout en opposition à Brad Pitt qui compose un extraordinaire ‘Achille’. Présenté comme une sorte de rock star bodybuildée, une brute narcissique et barbare, il parvient à donner une réelle épaisseur à ce héros légendaire, aussi attachant qu’il est odieux. Superbe dans les scènes d’action (son combat à mort avec Bana), Pitt est également impressionnant dans son face-à-face poignant avec le vieux roi Peter O’Toole venu le supplier de restituer le cadavre de son fils. Les comédiennes sont aussi belles qu’impeccables (Diane Kruger en Hélène, Saffron Burrows, Rose Byrne et même Julie Christie dans une brève apparition) et pour les seconds rôles, on a droit au top du top : Brian Cox, affreux Agamemnon, Brendan Gleeson, Sean Bean en Ulysse peu sympathique, James Cosmo, etc.

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BRAD PITT, ERIC BANA ET ORLANDO BLOOM

« TROIE », peut-être sous-évalué à sa sortie, est un grand film qui revitalise un genre tombé en désuétude. Les scènes de bataille, la destruction de Troie, sont des morceaux de bravoure étonnants et la BO de James Horner accompagne l’épopée avec style. À redécouvrir…

À noter : le film sortit d’abord à 163 minutes, mais fut suivi d’un ‘director’s cut’ de 196 minutes. C’est ce dernier qui est chroniqué ici.

 

« BABEL » (2006)

BABELDans « BABEL », film au scénario d’une maestria consommée, d’une folle ambition humaniste, la tragédie est symbolisée par un fusil à haute portée. Un « cadeau » passant de main en main et semant le malheur à travers le Maroc, le Mexique ou le Japon dans un inextricable écheveau d’événements.

Alejandro González Iñárritu manie ses trois récits parallèles avec la même intensité, la même empathie, et décortique une succession de mauvaises décisions, de coïncidences entremêlées, de pulsions inconsidérées qui tournent mal. Et les premières victimes sont toujours des enfants : jeunes bergers marocains s’amusant à tirer dans la rocaille avec le fusil neuf de leur père, adolescente japonaise sourde, gravement perturbée par le suicide de sa mère ou gamins entraînés dans une nuit de cauchemar par leur nounou gentille mais irresponsable. Pas de méchant dans « BABEL », juste des êtres humains faillibles et ballotés par le Destin.

Malgré l’éclatement narratif, qu’il soit géographique ou temporel, le film maintient une exceptionnelle cohérence, une tension de chaque plan et coule naturellement de source. L’auteur isole trois histoires apparemment banales, qui ne finissent d’ailleurs pas toujours mal, pour symboliser l’arbitraire et la fragilité de l’existence sur Terre. Sans prêchi-prêcha, il pointe tout de même le doigt sur ces fusils, ces revolvers, ces armes qui circulent librement et finissent systématiquement par délivrer leur message de mort.

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CATE BLANCHETT, ADRIANA BARRAZA ET BRAD PITT

Au sein d’un casting magnifique dominé par Adriana Barraza, on apprécie l’humilité de Brad Pitt ou Cate Blanchett qui se fondent dans leur rôle en abandonnant leur bagage de star.

Un beau film grave et lyrique superbement confectionné.

 

« 12 YEARS A SLAVE » (2013)

12L’esclavage made-in-America a déjà été traité entre autres, de façon sensationnaliste dans « MANDINGO », didactique dans la série TV « RACINES » et solennelle dans « AMISTAD ». L’approche de « 12 YEARS A SLAVE » est sensiblement différente.

S’inspirant de l’histoire vraie d’un violoniste noir intégré à la société blanche des années pré-guerre de sécession, puis kidnappé et vendu comme esclave dans le Sud, le scénario refuse le mélodrame et la violence graphique pour une vision elliptique, symbolique et parfois quasi-impressionniste. Cela donne un film digne et concret, parfois trop froid, mais qui a l’intelligence de faire du protagoniste Chiwetel Ejiofor un individu à part entière, avec ses qualités et ses défauts, et non pas un porte-étendard idéalisé. Son long chemin de croix est sobrement décrit, l’horreur des plantations est suggérée mais constamment présente. Le Mal Absolu est incarné par Michael Fassbender, extraordinaire en planteur de coton dégénéré et cruel irradiant le sadisme et l’impunité. S’efforçant de ne pas céder au manichéisme, les auteurs présentent des « masters » à peu près décents comme Benedict Cumberbatch ou Brad Pitt qui apparaît dans deux séquences en charpentier canadien anti-esclavage. Les autres, Paul Dano, Paul Giamatti, etc. sont des raclures pures et simples. Dans un cast homogène et inspiré, on retiendra Lupita Nyong’o bouleversante en souffre-douleur et martyre.

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MICHAEL FASSBENDER, CHIWETEL EJIOFOR, LUPITA NYONG’O ET BRAD PITT

Si on ne ressort pas tout à fait enthousiasmé par le film, c’est sans doute à cause de sa facture conventionnelle et excessivement sage, de son austérité ronronnante. « 12 YEARS A SLAVE » n’en demeure pas moins un film accompli et maîtrisé dont certaines scènes possèdent un vrai pouvoir d’indignation et de dégoût. Mission accomplie, donc.

 

« ENNEMIS RAPPROCHÉS » (1997)

DEVILSRien que le générique de « ENNEMIS RAPPROCHÉS » incite au bonheur cinéphilique : Alan J. Pakula, un des grands cinéastes engagés des seventies à la mise-en-scène, Gordon Willis un des plus grands chefs-opérateurs du cinéma U.S. à la photo et le grand James Horner à la BO !

Prenant comme toile de fond et quasiment comme prétexte la guerre en Irlande et les agissements de l’IRA entre la Grande-Bretagne et les U.S.A., le scénario ultra-vissé est une mécanique parfaite qui parvient à faire coexister le thriller pur et dur et la psychologie des protagonistes sans aucune baisse de régime ou redondance. Le film est bien ancré dans son époque : à son arrivée à New York, le flingueur irlandais (Brad Pitt) aperçoit les Twin Towers et murmure : « It’s fantastic ! ». L’anodine remarque prend évidemment des années plus tard un poids imprévu…

Face à Harrison Ford, sobre et impliqué dans un rôle de flic honnête et magnanime, Pitt – dont l’accent irlandais est extraordinairement juste – tient le film sur les épaules. Il est superbe dans ce personnage d’ange déchu, d’Adonis au sang froid et au regard éteint qui retrouve quelques bribes d’humanité au contact de la famille américaine qui l’héberge. La relation père-fils qui s’installe entre Ford et lui est d’autant plus touchante, que le film s’ouvre sur l’assassinat du véritable père de Pitt en Irlande, quand il avait huit ans.

Les presque deux heures que durent la projection passent en un clin d’œil grâce à l’impeccable technique de Pakula, à des poussées d’adrénaline imprévisibles (l’intrusion des hommes cagoulés au domicile de Ford) et quand arrive enfin l’ultime face-à-face, on retrouve les repères familiers du western.

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

BRAD PITT, NATASCHA McELHONNE ET HARRISON FORD

Autour des deux vedettes, on aperçoit Treat Williams excellent en trafiquant d’armes odieux, Natascha McElhonne en « love interest » de Pitt et Rubén Blades très bien en coéquipier nerveux de la gâchette.

Ne surtout pas s’attendre à un film politique ou à un documentaire sur l’IRA, donc. Mais en tant que polar, « ENNEMIS RAPPROCHÉS » est un authentique petit bijou et le meilleur film de la fin de carrière de Pakula. Ce fut hélas, son dernier.

 

« SPY GAME – JEU D’ESPIONS » (2001)

SPY« SPY GAME – JEU D’ESPIONS » est un des meilleurs films de Tony Scott, qui, débarrassé de ces excès visuels, de ses filtres de couleur et de son montage épileptique dont il abusait volontiers, signe un film d’espionnage quasi-parfait, dont on pourrait tout à fait croire qu’il est l’œuvre de… son frère Ridley.

Le scénario est une belle mécanique d’horlogerie, entrant directement dans le vif du sujet avec une séquence dans une prison chinoise à faire dresser les cheveux sur la tête. La suite est finement narrée en flash-back, retraçant la carrière d’un ex-sniper du Vietnam (Brad Pitt) enrôlé par une barbouze au nez fin (Robert Redford) pour devenir un homme de terrain pour la CIA.

Outre le suspense initial (l’Agency va-t-elle laisser Pitt se faire exécuter par le gouvernement chinois ?), le film s’enrichit progressivement de la relation fascinante entre les deux protagonistes. Le fait qu’ils soient incarnés par deux acteurs se ressemblant physiquement, ayant déjà travaillé ensemble (Redford dirigea Pitt dans « …ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE » dans un rôle que lui-même aurait pu jouer dans sa jeunesse), est un énorme bonus pour le film qui finit par se focaliser émotionnellement sur un rapport père-fils aussi complexe et tordu qu’au bout du compte émouvant.

Tout cela se déroule sur fond de guerres contemporaines, passant de Hongkong à Beyrouth en passant par l’Allemagne de l’Est, avec la même fièvre, la même authenticité, créant un sentiment de profonde insécurité. C’est palpitant, sans un temps mort, parfois excessivement stressant malgré une construction osée en mosaïque.

BRAD PITT ET ROBERT REDFORD

BRAD PITT ET ROBERT REDFORD

Redford est parfait en espion au bord de la retraite, froid et (apparemment) dénué de sentiment. Pitt en est une version rajeunie, encore capable de passion et d’humanité. À noter tout de même qu’il semble un peu jeunot pour avoir fait le Vietnam. Mais admettons ! Parmi les seconds rôles, tous excellents, on aperçoit Charlotte Rampling et David Hemmings dans de courtes apparitions.

Un superbe film d’action, de suspense, une vue sur notre monde en folie qui n’a pas pris une seule ride en quinze ans, ce qui est déjà un bel exploit.

 

« FURY » (2014)

FURY2Des films américains sur la WW2 on en voit depuis… la WW2. Le genre a évolué, est passé de la pure propagande à la réflexion métaphysique, en passant par l’antimilitarisme et l’ultra-réalisme.

« FURY » – à ne pas confondre avec les œuvres de Fritz Lang et Brian DePalma portant le même titre – reprend plus ou moins la trame narrative d’un pilier du film « de Vietnam », « PLATOON » (l’apprentissage en forme de parcours initiatique d’une bleusaille non-violente auprès de chiens de guerre) pour deux heures et quelques de spectacle âpre et très physique. Le scénario est concentré sur un tank et l’équipe qui l’occupe, dans l’Allemagne au bord du gouffre de 1945.

La dramaturgie est réduite au strict nécessaire, l’intérêt vient plutôt de la relation puissante entre ces hommes endurcis par l’horreur et la mort et l’évolution rapide du jeune « puceau » en mitrailleur enragé qu’on finit par surnommer ‘Machine’. Le film est porté par un casting parfaitement homogène. Brad Pitt a toujours été un bon acteur, dans le premier degré ou l’auto-parodie, mais avec l’âge, il prend une densité humaine nouvelle et fait preuve d’une épatante autorité. Face à lui, Logan Lerman est impeccable dans le rôle plus ingrat du jeunot et même le généralement agaçant Shia LaBeouf transfiguré, surprend agréablement en G.I. religieux.

On ne sent pas passer le temps, on gardera en mémoire quelques morceaux de bravoure époustouflants comme les combats dévastateurs en rase campagne, l’assaut final dans la nuit zébrée de balles traçantes ou cette longue séquence hyper-tendue où les soldats s’invitent chez deux jeunes Allemandes dans un village conquis. Une ambiance qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler « WEEK-END À ZUYDCOOTE » d’Henri Verneuil.

BRAD PITT ET LOGAN LERMAN

BRAD PITT ET LOGAN LERMAN

« FURY » est un remarquable film de guerre, qui évite le trop-plein de violence (malgré certaines images terribles) et le prêchi-prêcha, et dont le seul défaut est de ne rien apporter de nouveau, après les grands classiques du genre.