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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT REYNOLDS

« LES BOOTLEGGERS » (1973)

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BURT REYNOLDS

« LES BOOTLEGGERS » est un des films que Burt Reynolds tourna dans la foulée de son succès dans « DÉLIVRANCE » et on y trouve réunis tous les éléments de son vedettariat : le vieux Sud pouilleux et ses trafiquants de whisky, les poursuites en voiture, les shérifs véreux, les jolies blondes à forte poitrine, les « sidekicks » pittoresques, etc.WHITE.jpg

Le film de Joseph Sargent démarre très bien, par l’assassinat de deux jeunes par un shérif fascisant (Ned Beatty), puis par la sortie de prison du frère d’une des victimes (Burt Reynolds) bien décidé à le venger en jouant les indics pour le FBI. Hélas, si le postulat tient la route, le scénario lui-même se délite rapidement. Adoptant le rythme indolent de l’Arkansas profond, le film laisse vivre ses personnages, s’attarde sur des « car chases » interminables et pour la plupart inutiles, offre en pâture quelques bagarres. Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de ton bien homogène. Alors que ‘Gator’ est quand même là pour se venger, il passe son temps à draguer les filles, à lâcher ses fameux rires de dindon, comme s’il avait oublié son drame familial tout de même très récent. Ça n’aide pas à se sentir très concerné et l’intérêt se relâche progressivement jusqu’à l’indifférence totale. On retrouve avec plaisir un Reynolds en pleine forme physique, « frimeur » comme jamais et sans moustache, bien entouré de seconds rôles comme Beatty son partenaire dans le film de John Boorman, excellent en salopard à lunettes, Bo Hopkins, R.G. Armstrong, Diane Ladd, Dabbs Greer ou la charmante Jennifer Billingsley.

On peut revoir « LES BOOTLEGGERS » par affection pour Burt Reynolds qui façonne un emploi qu’il perfectionnera pendant plusieurs années, mais c’est tout.

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NED BEATTY, BURT REYNOLDS ET R.G. ARMSTRONG

À noter que l’acteur réalisera lui-même la sequel « GATOR ». Dans « LES BOOTLEGGERS », c’est la propre fille – alors enfant – de Diane Ladd, Laura Dern, qui incarne sa fillette dans une fugitive figuration.

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« MALONE – UN TUEUR EN ENFER » (1987)

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BURT REYNOLDS ET TRACEY WALTER

« MALONE – UN TUEUR EN ENFER » signé Harley Cokliss, est un des meilleurs films de la période noire de Burt Reynolds, celle où – fraichement quinquagénaire – il tentait de reconquérir, sans grand succès, sa place de n°1 au box-office U.S., après son injuste disgrâce.MALONE.png

Dans un rôle d’ex-flingueur/barbouze retraité, très eastwoodo-bronsonien, il se montre impliqué et ultra-sérieux, bien loin de ses clowneries du début des eighties. La trame du scénario est celle de « L’HOMME DES VALLÉES PERDUES » et « PALE RIDER » : un étranger débarque par hasard dans une petite vallée qu’un milliardaire d’extrême-droite (Cliff Robertson) tente d’acheter pour y fomenter en toute tranquillité un complot d’envergure. Par affection pour un garagiste (Scott Wilson) et sa fille (Cynthia Gibb) harcelés par la bande de malfrats, ‘Malone’ va ressortir les flingues, comme dans un bon vieux western.

Classique, sans surprise, le film n’en est pas moins soigneusement fabriqué, les séquences d’action ont bien vieilli et l’alchimie entre Reynolds et ses partenaires féminines, la touchante ado Cynthia Gibb et sa loyale collègue Lauren Hutton, apporte un substrat humain à l’aventure. Les méchants étaient bien castés : Kenneth McMillan en shérif ripou, Tracey Walter en crétin belliqueux, tout cela fonctionne sans accroc, d’autant que les paysages canadiens sont superbes et la photo est souvent inspirée. Bien sûr, on pourra tiquer sur la faculté de récupération de notre héros, frais et dispos une semaine après avoir pris une balle qui l’a quasiment coupé en deux, mais c’est un détail ! À voir donc, sans s’attendre à un grand film ni à beaucoup de vraisemblance, mais pour le plaisir de voir Burt ombrageux et énigmatique, laissant filtrer des éclairs d’humanité dans son rôle de tueur. Et aussi pour quelques répliques simples et qui font mouche : « Dans cinq ans, je serai plus vieille », lui dit la gamine triste de le voir partir. « Moi aussi », répond-il avec regret en l’embrassant.

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KENNETH McMILLAN, CYNTHIA GIBB, BURT REYNOLDS ET SCOTT WILSON

 

« TU FAIS PAS LE POIDS, SHÉRIF ! » (1980)

POIDS2.pngIl peut se passer beaucoup de choses pendant trois ans. Ainsi, par exemple, Burt Reynolds entre 1977 et 1980 a-t-il tourné des films relativement ambitieux comme « LA FUREUR DU DANGER » ou « MERCI D’AVOIR ÉTÉ MA FEMME » et Sally Field a-t-elle trouvé un des rôles de sa vie dans « NORMA RAE ». Aussi, quand ils retrouvent leurs personnages dans « TU FAIS PAS LE POIDS, SHÉRIF ! », sequel de « COURS APRÈS MOI, SHÉRIF ! », dès les toute premières séquences, le cœur n’y est manifestement plus.

Tous les comédiens cabotinent atrocement, improvisent sans rime ni raison, Reynolds – l’air ailleurs, la mine sombre – lâche quelques-uns de ses fameux rires de dindon sans y croire une seconde, il surjoue l’ivresse de façon embarrassante. Sally Field semble régler ses comptes personnels avec lui dans leurs scènes en commun, jusqu’à nous faire sentir un tantinet voyeurs. Mais elle semble vraiment regretter d’être venue ! Même Jackie Gleason, qui a pris un coup de vieux, et Mike Henry n’arrachent pas un sourire et ne disons rien du pénible et lourdingue Dom DeLuise, grotesque en vétérinaire italien. On avait bien besoin de lui, tiens !

Le scénario, ou ce qui en tient lieu, est à peu près le même que précédemment : une éléphante enceinte a remplacé les caisses de bière à l’arrière du semi-remorque de Jerry Reed, c’est tout. Et là non plus, ce n’est pas drôle, c’est poussif et sans entrain.

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SALLY FIELD ET BURT REYNOLDS

Inutile de tirer davantage sur l’ambulance. Autant le n°1 était une crétinerie sympathique et spontanée qu’il est très difficile de rejeter complètement, autant le n°2 est une entreprise bassement mercantile, que personne n’avait visiblement envie de faire (hormis les producteurs, cela va sans dire) et qui se traîne, à l’image d’un Burt Reynolds de mauvais poil qui accumule les clins d’œil dépréciateurs à sa vie privée et à sa carrière (comme le fera Stallone quelques années plus tard dans « ROCKY III ») et ne fait que rendre encore plus insupportable cette resucée qui ferait passer le film de 1977 pour du Eisenstein. À fuir !

 

« GATOR » (1976)

GATOR2.png« GATOR » est le premier des huit films et téléfilms réalisés – et interprétés – par Burt Reynolds. Sans être réellement une sequel des « BOOTLEGGERS » (1973), il en récupère le héros ‘Gator McKlusky’ pour une aventure sans aucune relation avec la précédente.

À sa sortie de prison, Burt est enrôlé de force par le FBI pour coincer Jerry Reed son ami d’enfance, devenu un dangereux caïd sans pitié. « GATOR » dure presque deux heures pour un scénario qui n’avait de matière que pour un banal 90 minutes. Comme souvent dans ses films, l’acteur se complait dans une love story qui ralentit le rythme, passe d’un registre de pure comédie à des séquences dramatiques, sans oublier les poursuites en hors-bord, en voiture, les bagarres à poings nus, etc. Le film doit essentiellement son intérêt à la présence de Reynolds comme acteur. Ultra-cool, l’œil de velours, la démarche chaloupée, il use et abuse de son célèbre rire haut-perché, s’octroie des moments en roue-libre, comme cette scène où il a ingurgité un sédatif dans son whisky et part en impro. Le bonhomme est attachant, on est heureux de le voir s’amuser avec ses potes. Jerry Reed est excellent dans le rôle du méchant aux sautes d’humeur létales, Lauren Hutton a un bien beau sourire en journaliste qui fond littéralement d’amour pour Gator, Jack Weston cabotine sans retenue en gros flic suant. Difficile de détester un tel produit. Malgré d’interminables séquences complètement ratées (l’intrusion aux archives de la mairie avec la vieille fille et ses chats !) et un dernier quart d’heure assommant. « GATOR » vaut tout de même un rapide détour, pour entendre le rire idiot mais communicatif de Burt et pour de magnifiques extérieurs de Savannah.

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JERRY REED, WILLIAM ENGESSER, BURT REYNOLDS ET LAUREN HUTTON

 

 

« COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » (1977)

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BURT REYNOLDS

« COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » est le premier film en tant que réalisateur du cascadeur Hal Needham, grand ami de Burt Reynolds, qui y tient le rôle principal. Inutile d’y chercher autre chose que ce qu’il a à vendre : c’est un gros cartoon redneck qui sent l’impro à plein nez, d’une crétinerie assumée à 100% dans la bonne humeur.COURS2.png

Le scénario ? Un aller-retour d’Atlanta au Texas avec pour enjeu une cargaison de bière de contrebande et comme suspense, les flics de plusieurs états aux trousses du légendaire routier « Bandit » (Reynolds) au volant de son bolide, accompagnant le poids-lourd conduit par son acolyte (Jerry Reed). Ajoutons-y une presque mariée fugueuse (Sally Field, qui n’a jamais été aussi craquante), un shérif obèse et apoplectique (Jackie Gleason) et son fils abruti (Mike Henry, à mourir de rire) et le tableau est à peu près complet.

C’est une succession de poursuites en voitures, de véhicules de police démolis, une BO country entraînante pour lier l’ensemble. Burt Reynolds n’a jamais été aussi décontracté et visiblement heureux d’être là. Quand on lui demande ce qu’il fait le mieux, il répond : « Show off » (« frimer ») ! Ses saynètes avec Miss Field sont drôles et charmantes. Quant au couple Gleason-Henry, c’est une totale réussite comique ! À noter que le vétéran fordien Hank Worden apparaît en camionneur dans un plan de deux secondes.

Que dire de plus ? Si on est bien luné, on s’amusera beaucoup à cette course-poursuite bon-enfant dans l’Amérique profonde, si on est plus critique, on trouvera que le scénario est tout de même très très léger et que la dernière partie n’en finit pas. Mais inutile de chercher la petite bête : « COURS APRÈS MOI, SHÉRIF » est le film qui catapulta Reynolds en tête du box-office U.S. et il a pris une patine certaine, aidant à passer sur son insondable bêtise pour trouver tout cela bien sympathique, au fond.

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SALLY FIELD, MIKE HENRY ET JACKIE GLEASON

 

 

BURT… LES DÉBUTS

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PREMIÈRE APPARITION DE BURT REYNOLDS À L’ÉCRAN : UN ÉPISODE DE « M-SQUAD », FACE À LEE MARVIN. IL JOUAIT UN ÉTUDIANT BIZUTÉ !

 

SO LONG, BURT…

Les Américains ont toujours eu pour Burt Reynolds l’attachement qu’ont les Français pour Jean-Paul Belmondo. Les deux acteurs ont d’ailleurs énormément de points en commun : grands sportifs tous les deux, pratiquant volontiers l’autodérision, effectuant eux-mêmes leurs cascades. Et tous deux n°1 au box-office pendant de longues années.BURT.jpg

Aujourd’hui Burt s’en est allé. À 82 ans, il semblait physiquement au bout du rouleau, amaigri, parcheminé, se déplaçant avec difficulté, il faisait plus vieux que son âge. Mais il tournait encore et sans arrêt. Il avait débuté à la TV en 1958 et au cinéma trois ans plus tard. Il fut – à égalité avec son ami Clint Eastwood – LA star des seventies et réalisa plusieurs films. Malgré son succès exclusivement américain, on peut dire qu’il n’a pas très bien géré sa carrière et a dilapidé sa popularité et son énorme capital sympathie dans des séries B d’action, souvent dirigées par ses copains cascadeurs. Cela ne l’a pas empêché d’aligner à son palmarès des réalisateurs comme Sergio Corbucci, Samuel Fuller, John Boorman (qui lui offrit le rôle de sa vie dans « DÉLIVRANCE »), Robert Aldrich, Peter Bogdanovich, Blake Edwards, Alan J. Pakula et plus récemment Paul Thomas Anderson.

La dégringolade de sa carrière fut spectaculaire. Suite à un accident sur le tournage de « HAUT LES FLINGUES ! » avec Eastwood, sa santé se détériora et Reynolds changea du tout au tout. Son jeu s’est assombri, ses choix de films étaient de plus en plus discutables, il est retourné sur les plateaux télé de ses débuts pour des séries sans éclat. Sa traversée du désert fut longue et aride, mais « BOOGIE NIGHTS » en 1997 le ramena sur le devant de la scène. Il fut même nommé à l’Oscar du second rôle !

Devenu une icône, une légende vivante, Burt Reynolds s’est accroché le plus longtemps possible, a multiplié les liftings, accepté tous les rôles, a joué… Dieu dans un « X-FILES », écrit ses mémoires. Et sur la fin de sa vie, il a recommencé à se moquer de lui-même avec des films comme « A BUNCH OF AMATEURS » ou « DOG YEARS », où il assume son rôle de has-been attachant et pathétique avec un indéniable courage.

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« LES POULETS » : BURT, TEL QU’EN LUI-MÊME…

Fut-il un grand acteur ? Probablement pas, mais une star authentique, c’est indiscutable. Sa carrière longue et erratique est impressionnante et sa chute en pleine gloire lui donne une aura tragique. Il avait le rire le plus déconcertant et contagieux d’Hollywood et sa mort soulève aujourd’hui une déferlante d’émotions diverses et de souvenirs. So long, Burt !