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Archives de Catégorie: LES FILMS DE BURT REYNOLDS

« DÉLIVRANCE » (1972)

delivranceCombien de films peuvent se targuer de n’avoir pas perdu une once de leur impact plus de 40 ans après leur sortie ? Devenu un classique du cinéma U.S., « DÉLIVRANCE » est encore aujourd’hui stupéfiant de vitalité, de richesse thématique, tout empreint d’une violence primitive qui le rapprocherait presque du cinéma d’horreur.

Il y a tant de façons de recevoir et d’analyser ce film. Ancré dans une Amérique archaïque peuplée de ploucs à moitié débiles, il montre quatre « bobos » (même si cela ne s’appelait pas ainsi à l’époque !) d’Atlanta décidant de descendre une rivière en canoë, avant qu’elle ne soit transformée en lac inerte par un barrage.

John Boorman met 40 minutes à installer ses personnages, à faire jouer l’extraordinaire alchimie immédiatement présente entre Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox. Il distille des indices subtils laissant subodorer que quelque chose de terrible couve derrière les fanfaronnades des uns, les chamailleries, les mesquineries. Et brusquement, avec une scène de viol qui a traumatisé des générations de cinéphiles, « DÉLIVRANCE » bascule dans le cauchemar. Comme si la nature tout entière décidait de se venger des affronts infligés par l’homme sur ces présomptueux citadins. La petite randonnée du week-end se métamorphose alors en descente aux enfers. Il faut tuer ou être tué, les os se brisent et déchirent les chairs, les flèches transpercent les corps, les agonies n’en finissent pas.

Avec quelle maestria Boorman dépeint-il l’échange de personnalité des deux protagonistes : le pusillanime et si civilisé Voight devient un meneur d’hommes et un tueur, tandis que Reynolds l’athlète se rêvant « homme des bois », finit en loque mutilée et geignarde.

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BURT REYNOLDS, NED BEATTY, JON VOIGHT ET RONNY COX

Le film passionne, scotche de bout en bout, impossible de décrocher le regard de l’écran une seconde. C’est la rivière elle-même qui devient l’effrayante bête vorace de ce « film de monstre », qui hantera à jamais les nuits des survivants.

C’est indéniablement un des plus grands films des seventies et le chef-d’œuvre de Boorman. Quant au quatuor de comédiens, ils sont tellement parfaits qu’on en oublie à quel point ils sont bons ! Mention aussi à Bill McKinney, monstrueux en pécore sodomite aux dents pourries.

À noter : la photo de Vilmos Zsigmond est superbe, hormis une longue séquence de « nuit américaine » étonnamment ratée, dont l’image solarisée détruit tout effet de réalité et de suspense. Incompréhensible ! À noter également que le scénario (écrit par James Dickey d’après son roman) était initialement prévu pour Marlon Brando (Ed) et Lee Marvin (Lewis). Au début du film, un péquenaud appelle son gros chien affalé par terre. Le nom du chien ? Brando !

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LES 8 RECONNAISSANTS…

8 - copieDécidément nos voisins d’outre-Rhin prennent de plus en plus d’assurance par rapport aux Italiens tenants du titre de rois de l’arnaque vidéo, depuis des décennies. En vérité, il devient difficile de trouver de belles jaquettes trafiquées, des photomontages hasardeux, des escroqueries à deux lires de l’autre côté des Alpes.

C’est pourquoi on ne peut que tirer son chapeau à la sortie de « THE GR8FUL EIGHT » (prononcer « Grateful). Non seulement le titre de cette compilation de huit ‘spaghetti westerns’ ne veut strictement rien dire (« LES 8 RECONNAISSANTS » ?), mais l’éditeur a ouvertement plagié le visuel des « 8 SALOPARDS » de Quentin Tarantino, avec bien sûr le chiffre « 8 » mais aussi avec ce délicat mélange de noir & blanc et de rouge et la présence de montagnes à l’arrière-plan. Pas enneigées d’accord, mais presque !

Les huit « Gr8ful » (encore une approximation linguistique !) ne sont au nombre que de quatre : Tomás Milian, Franco Nero, Klaus Kinski et Burt Reynolds, mais sans doute a-t-on considéré qu’ils en valaient bien le double.

 

BLUE CHRISTMAS GOODIES !

BR NOEL

UNE CURIOSITÉ AVEC DES FAUVES, UN GRAND POLAR, DEUX BURT REYNOLDS MOTORISÉS… TOUT CE QU’IL FAUT POUR NOËL !

 

« LA CITÉ DES DANGERS » (1975)

PAUL WINFIELD ET BURT REYNOLDS

PAUL WINFIELD ET BURT REYNOLDS

« LA CITÉ DES DANGERS » est le second et dernier film que Robert Aldrich tourna avec Burt Reynolds – alors au sommet de sa carrière – pour la société de production (Roburt) qu’ils avaient créée.HUSTLE2

À partir d’une enquête très banale sur la mort par overdose d’une jeune femme impliquée dans le monde de la prostitution et de la pornographie, le scénario délaisse rapidement le ‘whodunit’ télévisuel (on conclue très rapidement à un suicide) pour se focaliser sur le portrait du flic chargé de l’affaire. Reynolds incarne ce héros complètement déphasé : un passéiste, un idéaliste dont le cœur penche très nettement à gauche et qui mène sa carrière en sourdine, sans faire de vague. Même chose pour sa vie sentimentale, puisqu’il vit avec une call-girl… française (Catherine Deneuve) sans s’engager vraiment. Pas à pas, dégoût après dégoût, il va se lasser de la question que tout le monde lui pose : « Le père de cette fille morte, c’est quelqu’un ? ». Car il a compris depuis longtemps que les puissants s’en sortent toujours alors que les « gens de peu » sont systématiquement spoliés et écrasés. Un personnage original et touchant, qui offre un de ses plus beaux rôles à Reynolds. Six ans après, il réalisera d’ailleurs lui-même « L’ANTIGANG » où il jouera à nouveau un flic sensible amoureux d’une prostituée.

Deneuve – égale à elle-même dans un contexte qui la rend presque « exotique » – n’est pas le seul import français, puisqu’on entend Aznavour (en anglais !) et qu’on voit un extrait de « UN HOMME ET UNE FEMME ».

Comme souvent, Aldrich a réuni un casting exceptionnel : Ben Johnson superbe en vétéran de Corée, père inconsolable de la victime, transformé en ‘vigilante’, Eileen Brennan magnifique dans le rôle de sa femme meurtrie, Paul Winfield excellent en coéquipier intelligent de Burt, Ernest Borgnine en commissaire rigolard et Eddie Albert en avocat partouzeur décomplexé.

BURT REYNOLDS, CATHERINE DENEUVE ET BEN JOHNSON

BURT REYNOLDS, CATHERINE DENEUVE ET BEN JOHNSON

C’est un beau film, surprenant, ambigu dans son propos et jamais manichéen. Un des meilleurs Aldrich des seventies, porté par une belle photo contrastée de Joe Biroc. À peine pourra-t-on déplorer une BO un brin ringarde par instants de Frank De Vol qui surligne pesamment les moments d’émotion comme dans un vieux mélo (un clin d’œil aux goûts cinéphiliques du héros ?) et de brefs flash-backs redondants. Mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir procuré par cette « CITÉ DES DANGERS ».

 

« L’HOMME À FEMMES » (1983)

BURT REYNOLDS

BURT REYNOLDS

Les années ont été bénéfiques à « L’HOMME À FEMMES ». Tourné six ans après « L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES » de François Truffaut, dont il est le remake, il a longtemps pâti de la comparaison. Trois décennies plus tard il y a prescription, on est moins tenté de s’indigner du crime de lèse-majesté. Le film U.S. est davantage une variation sur le même thème qu’une pâle copie. Le kitsch des décors, des coiffures s’est transformé en patine. Et la « griffe » Blake Edwards fait le reste.HOMME

Bâti autour de la psychanalyse d’un Don Juan obsessionnel, le film fait feu de tout bois en matière de comédie. On passe de flash-backs poétiques sur l’enfance d’un « serial lover » à des séquences franchement burlesques (l’épisode désopilant de la colle forte, devenu anthologique). L’étude de caractère ne cède jamais à la facilité. La prestation de Burt Reynolds est d’ailleurs fort surprenante. Il joue son rôle avec retenue et humilité comme il le faisait parfois dans ce genre de contremploi (« MERCI D’AVOIR ÉTÉ MA FEMME » ou « PATERNITY ») et parvient à rendre ce sculpteur incertain assez émouvant, alors même qu’il évolue dans un univers clinquant et superficiel et que ses pseudo-problèmes existentiels devraient nous indifférer. Le charme bon-enfant de l’acteur et son don inné de sympathie font oublier son apparence physique un peu trop « lissée ».

Autour de lui, un très beau cast féminin : Julie Andrews en psy cédant peu à peu au charme de son patient, Kim Basinger très bien en nympho texane, Marilu Henner et une toute jeune Sela Ward. « L’HOMME À FEMMES » n’existe que par le charme de ses interprètes, la subtilité de l’interprétation de Burt Reynolds qui est vraiment l’opposé de l’image du macho rigolard qui constituait alors son fonds de commerce, et par une narration en voix « off » de Julie Andrews courant sur l’ensemble du film et donnant à cette histoire somme toute très ténue, un côté fable attendrie sur l’Éternel Masculin. À redécouvrir sans œillères, donc…

JULIE ANDREWS, BURT REYNOLDS ET BEN POWERS

JULIE ANDREWS, BURT REYNOLDS ET BEN POWERS

 

« THE PLAYER » (1992)

TIM ROBBINS

TIM ROBBINS

Robert Altman a débuté à Hollywood, il a tourné des séries TV de « BONANZA » à « COMBAT ! », il a trouvé une forme de succès dans les seventies avec des œuvres iconoclastes, puis est parti pour l’Europe, avant de revenir sur ses terres natales. C’est dire s’il connaît ‘Tinseltown’ comme sa poche, s’il en a compris le fonctionnement, les mœurs, la corruption.PLAYER

« THE PLAYER » fait partie de ses meilleurs films. C’est, sous couvert de polar à suspense (qui envoie des cartes postales menaçantes à un « executive » de studio ?), l’autopsie impitoyable d’un univers frelaté grouillant d’usurpateurs incompétents, de créateurs prêts à vendre leur âme à n’importe quel prix. C’est brillant et drôle, mais d’un cynisme terrifiant, d’une méchanceté terrible. Et le scénario pousse le principe de la « happy ending » jusqu’au bout, jusqu’à l’amoralité la plus totale. On suit tout cela comme une conférence ethnologique particulièrement ludique et Altman parsème son film de caméos de stars amies comme Anjelica Huston, Burt Reynolds, James Coburn, Rod Steiger, Malcolm McDowell, Jack Lemmon et de ses fidèles comme Sally Kellerman, Elliott Gould, Karen Black, etc. dans leurs propres rôles.

Tim Robbins trouve le rôle de sa vie en producteur intrigant et odieux, sa bouille de bébé contrastant avec son « cœur noir ». Dans un cast épatant, on retiendra Fred Ward en flic du studio, Richard E. Grant en scénariste égotique, Cynthia Stevenson dans le seul personnage à peu près sympathique, Vincent D’Onofrio formidable en auteur très en colère. Seule Greta Scacchi déçoit dans un rôle mal défini dont chacune des (hélas, nombreuses) apparitions semble stopper l’action et faire retomber le soufflé.

« THE PLAYER » fourmille littéralement d’actions parallèles, de scènes de foule incroyablement fluides et lisibles malgré leur foisonnement, de clins d’œil subtils à l’Histoire du cinéma et de dérapages incongrus dans la démence (le fou-rire dans le commissariat de Pasadena). On en ressort certes un peu moins fasciné par la mythologie hollywoodienne, mais impressionné par la lucidité masochiste des auteurs.

JAMES COBURN, SUSAN SARANDON ET PETER FALK

JAMES COBURN, SUSAN SARANDON ET PETER FALK

À noter le « film dans le film » à la fin, avec Julia Roberts, Bruce Willis, Peter Falk et Susan Sarandon, qui était censé se tourner « sans star ni happy end » et qui n’est plus à l’arrivée qu’une grosse caricature racoleuse. Un parfait concentré de la pensée altmanienne.

 

« L’ANTIGANG » (1981)

RACHEL WARD ET BURT REYNOLDS

RACHEL WARD ET BURT REYNOLDS

« L’ANTIGANG », on le sait, est né du désir de Burt Reynolds de faire son « Dirty Harry À Atlanta ». Aussi a-t-il mis en place tous les éléments nécessaires : un superflic rebelle, une équipe de choc, un scénario mettant en scène la mafia, un gouverneur corrompu, une belle call-girl.SHARKY2

Mais en cours de route, les choses ont dû plus ou moins volontairement changer, et en fait de polar « hard boiled », le film est une hydre à deux têtes : un thriller parfois hyper-violent où on fait exploser des crânes à bout-portant, où on tranche des doigts et une love story tendre et romantique à la limite de la mièvrerie. Hélas, on sent que c’est cette seconde facette qui a le plus intéressé Reynolds en tant que réalisateur. C’est un peu normal, vu que c’est Rachel Ward la magnifique qui joue la prostituée ! Lui-même se donne un rôle de poulet sentimental, très proche de celui qu’il incarnait dans « LA CITÉ DES DANGERS » d’Aldrich. Mais le film en reste terriblement déséquilibré et comporte deux énormes « ventres mous » (la surveillance de l’appartement de ‘Dominoe’ interminable et la planque où le flic va la cacher), qui plombent gravement le rythme et font perdre complètement le nœud de l’intrigue.

Le cinéphile reconnaîtra au passage les emprunts au classique du ‘film noir’ « LAURA », qui peuvent passer pour un hommage respectueux. On rage parfois de voir tant de bons éléments à peine utilisés comme l’équipe de Sharky, sympathiques Pieds-Nickelés qu’on voit trop peu, comme le rôle de Vittorio Gassman bêtement caricatural. Mais le film possède indéniablement son charme et il est truffé d’idées saugrenues et formidables : le personnage de Bernie Casey, flic adepte du « zen », l’aspect quasi-fantastique du tueur Henry Silva – extraordinaire ! – véritable zombie boosté au PCP et photographié (par le grand William A. Fraker) comme dans un film d’horreur.

BERNIE CASEY, BURT REYNOLDS, HENRY SILVA ET VITTORIO GASSMAN

BERNIE CASEY, BURT REYNOLDS, HENRY SILVA ET VITTORIO GASSMAN

Il y a autant à prendre qu’à laisser dans « L’ANTIGANG », polar qui semble écrit au fil de la plume, qui prend son temps, qui se permet des digressions, des « tartines » dialoguées incongrues, mais qui demeure un film singulier, attachant et chaleureux, à l’image de Burt Reynolds qui a rarement été aussi sobre et vulnérable que dans ce rôle. Et puis… et puis… LA VOIX DE RACHEL WARD !