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Archives de Catégorie: LES FILMS DE CHRISTOPHER WALKEN

« THE PROPHECY » (1995)

PROPHECY« THE PROPHECY » est l’unique réalisation du scénariste Gregory Widen. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas opté pour la voie la plus facile !

Son film relate une « guerre au paradis » entre les anges déchus, le diable, avec des âmes pour enjeu et pour simplifier encore les choses, un (presque) prêtre devenu flic !

Dès les premières séquences, on sent que ça va être difficile d’adhérer. On n’y comprend pas grand-chose, les points-de-vue sont trop nombreux, et le ton est solennel, mêlant sans complexe une bouillie biblique avec la culture amérindienne. C’est souvent franchement ridicule, parfois intrigant, parfois presque drôle tant c’est décalé, mais c’est tellement décousu, confus et bordélique, qu’on se désintéresse vite de l’histoire pour se focaliser sur un joli casting d’acteurs qu’on aime généralement beaucoup. Ils ne sont hélas, pas au top de leur forme, en particulier Christopher Walken dans le rôle de l’archange Gabriel, sorte de vampire vêtu de noir, à l’odorat de chien de chasse, qui déploie toute sa panoplie de tics et de trucs : clins d’œil complices, cris intempestifs, apartés drolatiques, etc. Autour de lui, Elias Koteas incarne un flic sans aucun relief, Virginia Madsen est comme toujours d’une photogénie à brûler la pellicule et Viggo Mortensen apparaît vers la fin en Lucifer soupe-au-lait.

Un Scope bien utilisé, de beaux extérieurs de l’Arizona, quelques bagarres sanglantes peuvent aider à faire passer la pilule. Mais « THE PROPHECY » demeure un film sans queue (fourchue ou pas) ni tête qui ne trouve jamais la juste tonalité.

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VIGGO MORTENSEN, ELIAS KOTEAS, CHRISTOPHER WALKEN ET VIRGINIA MADSEN

À noter que le film donna naissance à… quatre sequels sorties en 1998, 2000 et 2005 (pour les deux derniers en date). Rien que des DTV. Walken n’apparaît que dans les deux premiers films.

 

« LE LIVRE DE LA JUNGLE » (2016)

45 ans après son célèbre dessin-animé, Disney en produit un remake « live » (enfin – plus ou moins ! Le terme reste à définir) du classique « LE LIVRE DE LA JUNGLE », inspiré de l’œuvre de Rudyard Kipling.

Intégralement tourné en studio devant des fonds verts, le film est indéniablement une prouesse technique. L’interaction entre le petit Neel Sethi jouant Mowgli et les animaux en CGI est quasi-parfaite et certaines séquences, comme l’affrontement final dans la forêt en flammes, sont à couper le souffle.jungle

Reste maintenant à savoir quelle tolérance on peut avoir pour ces images créées par ordinateur. De là dépendra l’immersion ou non, dans ce sympathique film pour enfants. Car outre des scènes d’action pensées pour le 3-D et qui font un peu trop « bande-démo », il faut également tenir compte du décalage entre l’ultra-réalisme des bêtes sauvages (fauves, serpents, loups, etc.) et le fait qu’ils s’expriment dans un anglais châtié ! Si la question ne se posait pas dans le film de 1967, il en est tout autre ici.

Pour un public plus adulte, le vrai plaisir viendra plutôt des voix familières qu’on reconnaît et qui apportent énormément au spectacle : Bill Murray très drôle en ‘Baloo’, l’ours flemmard, Idris Elba dont la voix profonde épouse parfaitement le personnage du tigre balafré et haineux, Scarlett Johansson qui a féminisé le python Kaa dans une seule scène. Mention à Christopher Walken extraordinaire en orang-outang géant. La présentation du personnage, délicieux pastiche de la première apparition de Kurtz dans « APOCALYPSE NOW », est un des meilleurs moments du film !

À noter qu’aujourd’hui, on peut poser un regard légèrement différent sur le tigre Shere Khan, obsédé par sa haine des humains et par l’élimination de Mowgli avant qu’il n’atteigne l’âge adulte. Vu le nombre sans cesse croissant de races en voie d’extinction et la disparition progressive des forêts, a-t-il vraiment tort, le bougre ?

 

« MEURTRE EN SUSPENS » (1995)

NICK2« MEURTRE EN SUSPENS » fait partie de ces thrillers à « high concept » qui ont un mal fou à surpasser leur ‘pitch’ de départ et à tenir la distance sur une durée de long-métrage.

Quelle est la « grande idée » ? Un quidam (un Johnny Depp à lunettes) arrive à L.A. avec sa fille. Celle-ci est aussitôt kidnappée par deux individus (Christopher Walken et Roma Maffia) qui lui donnent une heure et demie pour assassiner une femme sénateur (Marsha Mason) descendue dans un hôtel pour un meeting électoral. Le point de départ est stressant, mais très vite, les invraisemblances s’amoncèlent, les impasses scénaristiques aussi, les personnages adoptent un comportement illogique et le plan « machiavélique » des méchants prend l’eau de toutes parts.

L’attention est pourtant soutenue bon an, mal an, grâce à une narration en « temps réel », même si on déplore les chichis incessants de mise-en-scène de John Badham et sa caméra « bougée » des plus irritantes. Le tout jeune Depp remplit bien son contrat sans faire d’étincelles, Walken en fait des tonnes dans un rôle très mal écrit de tueur plus ou moins compétent selon les scènes. On apprécie un bon cast de seconds rôles : Peter Strauss en traître, Charles S. Dutton en cireur de chaussures qui fait office de « comic relief » et le toujours odieux G.D. Spradlin en commanditaire taciturne.

« MEURTRE EN SUSPENS » a pas mal vieilli dans sa forme, il tire ce qu’il peut d’un scénario qui supporte mal l’examen minutieux, et galvaude une idée somme toute originale qui aurait pu aboutir à un polar beaucoup plus sombre et jusqu’auboutiste.

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JOHNNY DEPP, CHRISTOPHER WALKEN ET MARSHA MASON

 

« COMME UN CHIEN ENRAGÉ » (1986)

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CHRISTOPHER WALKEN ET SEAN PENN

Le titre original est « À BOUT PORTANT », devenu « COMME UN CHIEN ENRAGÉ » en v.f., ce qui ne signifie… pas grand-chose quand on y pense bien. Mais ce n’est pas très grave… On s’y fait !CLOSE2

Étrange sensation de revoir aujourd’hui ce film qui fit grosse impression à sa sortie, avec son look bien enraciné dans les années 80, alors qu’il tentait à l’époque de retrouver l’atmosphère des années 50 et des films de James Dean et consorts. Pourtant, malgré sa (magnifique) photo « clipée », la BO chantée par Madonna au générique-fin, et le jeu très marqué Actors Studio d’un Sean Penn de 26 ans, le film n’a pas beaucoup vieilli. Car au-delà des effets de mise-en-scène incessants, de l’esthétisme appuyé de l’image tournée en longue focale, il n’est au fond qu’une tragédie universelle : le drame d’un garçon et de son père. Que le scénario soit signé du fils d’Elia Kazan, qui devait avoir pas mal de choses à dire sur le sujet, ajoute à l’intensité du film.

Dans une Amérique rurale sordide, « COMME UN CHIEN ENRAGÉ » aurait pu n’être qu’une banale histoire de règlement de comptes entre malfrats chapardeurs de tracteurs. Mais le traitement ‘bigger than life’ des personnages en fait une œuvre lancinante et obsédante. Dans un de ses deux ou trois plus beaux rôles, Christopher Walken joue une figure méphistophélique, un véritable Saturne dévorant ses enfants, un voyou paranoïaque et dépourvu d’âme. La face sombre de ses rôles « angéliques » dans « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER » ou « DEAD ZONE ». Son face-à-face avec un Sean Penn au curieux look bodybuildé est des plus impressionnants. Et l’ultime gros-plan de ce dernier, lors de l’épilogue, file le frisson. Ils sont très bien entourés par une pléiade de grands seconds rôles comme David Strathairn, Crispin Glover – plus glauque qu’il n’a jamais été, c’est dire ! – et un tout jeune Kiefer Sutherland. Millie Perkins est superbe en mère taiseuse. Et comment oublier l’innocence et la fraîcheur d’une Mary Stuart Masterson en état de grâce ?

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CHRISTOPHER WALKEN, MARY STUART MASTERSON ET SEAN PENN

À noter que le regretté Chris Penn joue le frère de Sean, ce qu’il était réellement. Eileen Ryan qui incarne leur grand-mère est en fait… leur mère !

« COMME UN CHIEN ENRAGÉ » est un film qu’on peut revoir fréquemment, comme on écoute un morceau de jazz où comme on relit un livre qu’on connaît déjà par-cœur. C’est le chef-d’œuvre de l’intéressant James Foley qui n’a pourtant jamais retrouvé par la suite cette maîtrise, cette puissance cinématographique qui parvenait à rendre le dialogue presque superflu.

 

« NOS FUNÉRAILLES » (1996)

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CHRISTOPHER WALKEN ET CHRIS PENN

« NOS FUNÉRAILLES » est, un cran au-dessous de « KING OF NEW YORK » un des meilleurs films de l’inégal Abel Ferrara. Il est passé très près du chef-d’œuvre, mais n’y parvient pas tout à fait à cause d’un évident manque de moyens et une longue séquence de meeting communiste qui vient casser l’ambiance générale et l’homogénéité du film.FUNERAL

Le film se passe dans les années 30 sans qu’on ressente vraiment l’atmosphère de l’époque. Cela manque de plans d’ensemble, mais le but n’était pas de faire une reconstitution. L’image est sombre, sous-exposée, les décors sont à peine identifiables et les cadrages claustrophobiques. Œuvre nocturne, quasi-onirique, « NOS FUNÉRAILLES » décrit une fratrie de gangsters italiens psychopathes, luttant contre leurs rivaux et surtout contre leurs propres démons autrement plus redoutables. Autour du cadavre du plus jeune (Vincent Gallo) va se dérouler un ballet de mort qui s’achèvera en tragédie grecque dans le sang.

Christopher Walken est parfait en chef de famille d’apparence calme, mais capable de la violence la plus primale. Benicio Del Toro est excellent en caïd m’as-tu-vu et Chris Penn fait littéralement froid dans le dos en cadet obèse et fou à lier. La moindre de ses apparitions fait grimper la tension et crée un authentique malaise. Il fait parfois penser à Cagney dans « L’ENFER EST À LUI ». En pire ! Mais les personnages les plus passionnants sont encore les femmes de ces monstres : soumises, lucides, écœurées par la vie qu’elles mènent, mais toujours à leurs côtés. Annabella Sciorra est magnifique de dignité. Son monologue devant un whisky dans la cuisine est sans doute ce qu’elle a fait de mieux à l’écran. Isabella Rossellini est également remarquable en épouse et garde-malade de Penn qui parvient plus ou moins à juguler ses éruptions de démence.

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ANNABELLA SCIORRA ET ISABELLA ROSSELLINI

Abîmé par des digressions inutiles (ce fameux meeting qui paraît sorti d’un autre film ou la mauvaise gestion de seconds rôles qui ne mènent nulle part), par des maladresses de montage (ce gros-plan de Gallo dans son cercueil qu’on voit et revoit nombre incalculable de fois), par des dialogues visiblement improvisés parfois un peu faiblards, « NOS FUNÉRAILLES » n’en demeure pas moins une belle épure de film de gangster d’une noirceur à faire peur.

 

« LES CHIENS DE GUERRE » (1980)

CHRISTOPHER WALKEN

CHRISTOPHER WALKEN

« Don’t worry… He’s expendable », dit l’employeur en désignant le mercenaire qu’il vient d’engager pour détrôner un dictateur africain faisant obstacle au business dans son pays regorgeant de platine.DOGS2 Adapté d’un roman de Frederick Forsyth, « LES CHIENS DE GUERRE » précède de trente ans le premier « EXPENDABLES » de Stallone qu’il a très visiblement inspiré. Mais John Irvin – dont c’est le meilleur film – n’a pas fait dans le second degré et la testostérone. Sa description de la vie des mercenaires est d’une sècheresse terre-à-terre aussi fascinante que réfrigérante. Et les préparatifs du coup d’état sont aussi passionnants que l’attaque elle-même. Entre New York, Paris, Londres ou l’Afrique, le scénario décortique la corruption généralisée avec une lucidité terrible. Et c’est au bout du compte le leader des « soldats de fortune » qui s’avèrera le plus (le seul ?) idéaliste. Comme dans « LES PROFESSIONNELS » de Richard Brooks, auquel le film renvoie souvent. Dans un des meilleurs rôles de sa carrière, Christopher Walken réendosse sa défroque d’archange déchu de « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER », pour créer un personnage magnifique de psychopathe scarifié à l’âme pure. Certains de ses regards hallucinés crèvent littéralement la pellicule et le contraste entre son physique gracile et son ultra-violence en font un antihéros unique. Autour de lui, d’excellents seconds rôles comme Tom Berenger, Jean-François Stévenin et JoBeth Williams jouant son ex-femme prisonnière de sa famille. Sur deux heures (version internationale, à préférer à l’américaine bien plus courte et elliptique), « LES CHIENS DE GUERRE » prend le temps de raconter son histoire sans sacrifier ses protagonistes. Sa construction en trois actes bien distincts fait monter le suspense crescendo jusqu’à cette incroyable confrontation muette entre Walken et la jeune femme qui l’avait guidé lors de son premier et traumatisant voyage. Quelques secondes d’une exceptionnelle intensité. La photo du grand Jack Cardiff est absolument somptueuse, ce qui ne gâche rien. À noter deux très beaux hommages que rend Irvin à ses maîtres (ATTENTION SPOILER) : la mort de Berenger abattu dans le dos par une femme qu’il a épargnée, directement calquée sur la fin de Pike dans « LA HORDE SAUVAGE » et ce plan où Walken vide sa mitraillette sur un lit vide, évident clin d’œil à Lee Marvin dans « LE POINT DE NON-RETOUR ». Il y a vraiment pire comme références !

TOM BERENGER ET CHRISTOPHER WALKEN

TOM BERENGER ET CHRISTOPHER WALKEN

« LES CHIENS DE GUERRE », film-culte, mais sous-évalué, est une réussite quasiment parfaite, alliant le spectaculaire d’un « 12 SALOPARDS » à une approche politique sans concession comme dans « L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS » ou « UNDER FIRE ». Un grand film, en somme…

 

« HOMEBOY » (1988)

MICKEY ROURKE

MICKEY ROURKE

Il serait vain de tenter de tourner un biopic de Mickey Rourke. Il suffit en fait de visionner dans la foulée « JOHNNY BELLE GUEULE », « HOMEBOY » et « THE WRESTLER » pour se faire une bonne idée de son parcours psychologique et de son évolution en tant qu’acteur.HOMEBOY3

Personnage fascinant par son autodestruction entêtée, il campe ici un boxeur au bout du rouleau, amoché par les coups, le visage émacié, la « tronche en biais », boiteux, qui vivote de combats minables en motels pouilleux. Il s’acoquine avec Christopher Walken, un grenouilleur m’as-tu-vu qui tente de l’entraîner dans un sale coup. Mais ‘Johnny Walker’ (c’est son nom) préfère remonter sur le ring, même s’il sait qu’il risque d’y mourir.

Réalisé par le chef-opérateur Michael Seresin qui mélange habilement une inspiration « cassavetsienne » et une esthétique kitsch très eighties, « HOMEBOY » ne raconte pas grand-chose, à part la dérive désespérée de quelques paumés qui s’accrochent les uns aux autres le temps d’un rêve probablement impossible, avant de disparaître dans la nuit. Selon l’humeur, on pourra trouver tout cela chichiteux et complaisant ou poignant et sincère. Car le film est tout cela à la fois.

Rourke est l’âme et la raison d’être du projet. Cowboy Marlboro déglingué, taiseux, détruit par la vie, abêti par les coups, il compose un personnage de chair et de sang avec une belle économie de moyens. Walken walkénise à fond dans un numéro de cabotinage outrancier mais qui sied bien à son rôle. Tous les personnages secondaires sont parfaitement choisis.

CHRISTOPHER WALKEN ET MICKEY ROURKE

CHRISTOPHER WALKEN ET MICKEY ROURKE

« HOMEBOY » n’a rien d’un « ROCKY » ou même d’un « FAT CITY ». L’ambiance fait penser à « MEURTRE D’UN BOOKMAKER CHINOIS », électrisé de temps à autres par des combats brutaux et sanglants. Tout comptes faits, c’est une œuvre qui a plutôt bien vieilli.