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Archives de Catégorie: LES FILMS DE CHRISTOPHER WALKEN

« MAN ON FIRE » (2004)

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DENZEL WASHINGTON ET DAKOTA FANNING

« MAN ON FIRE » n’est pas un polar comme les autres. Si le thème semble classique au premier abord, il est complètement transcendé par le traitement visuel de Tony Scott. On connaît son goût des effets, ralentis, arrêts sur image, surimpressions, qui ont souvent galvaudé son œuvre. Mais ici, le montage éclaté n’a rien d’une vaine coquetterie, il devient l’identité même du film et substitue l’émotion viscérale et l’esthétique à une narration fluide et consensuelle.FIRE.jpg

C’est une des plus franches réussites de Scott et un des plus beaux rôles de Denzel Washington, qu’on se délecte de voir passer de l’ex-tueur alcoolique au Terminator transfiguré par la haine. Ce rôle de garde-du-corps réapprenant à aimer la vie à travers une fillette qu’il est chargé de protéger lui colle à la peau. Il faut dire que la gamine est interprétée par l’incroyable Dakota Fanning aux déconcertantes expressions d’adulte. Leurs scènes ensemble génèrent une émotion brute assez rare à capter à l’image.

Les décors de Mexico sont exploités à fond, en esquivant habilement les plans touristiques, le scénario de Brian Helgeland est d’une redoutable efficacité et les enjeux dramatiques ne font que s’amplifier au fur et à mesure. Malgré un rôle « à ellipses », la petite Fanning domine le casting, mais celui-ci est néanmoins composé de bons acteurs comme Christopher Walken en ex-collègue rangé des voitures, Mickey Rourke – qui ne fait que passer – en avocat pourri, Radha Mitchell en mère désemparée et Giancarlo Giannini en flic. Mélange étonnamment harmonieux de mélodrame sentimental, de blockbuster ultra-violent et portrait intime d’un homme rongé par ses péchés, « MAN ON FIRE » est un film attachant et fascinant par bien des aspects. Tony Scott tourna encore quatre films jusqu’à sa mort, dont trois avec Washington, sans jamais retrouver cet état de grâce.

À noter que le roman de A.J. Quinnell fut déjà adapté en 1987, sous le même titre, dans un film réalisé par… Élie Chouraqui avec Scott Glenn et Jade Malle dans les rôles principaux. Peu mémorable, en revanche.

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DAKOTA FANNING, DENZEL WASHINGTON ET RADHA MITCHELL

 

« TRUE ROMANCE » (1993)

TRUE ROMANCE.jpgÉcrit par un jeune Quentin Tarantino, réalisé par Tony Scott, et malgré ses défauts (nombreux) et ses qualités (réelles), « TRUE ROMANCE » symbolise aujourd’hui tout un cinéma des années 90, empreint de mythologie Rock’n roll, de contre-culture. Ça ne raconte au fond, qu’un deal de cocaïne qui tourne mal à Hollywood. Les personnages, sortes de Bonnie & Clyde modernisés sont des idiots aussi naïfs que dangereux, gavés de comic books et de films de kung-fu.

Ce n’est pas le scénario qui sauve en partie le film. Car on y trouve déjà tous les tics de Tarantino. La plupart des « morceaux de bravoure » sont bâtis exactement sur le même schéma : à savoir un individu intimidant ou torturant un autre pour le faire parler. Et ce n’est pas la dernière fois que l’auteur se contentera de cela pour faire avancer ses histoires. Heureusement, Scott embrasse sans complexe les aspects artificiels et flashy du matériau. La photo de Jeff Kimball est quasi-publicitaire, la BO d’Hans Zimmer truffée d’idées originales et le casting est magnifique. Outre le gentil mais fadasse Christian Slater et la charmante Patricia Arquette plutôt attachante, on retrouve le gratin des nineties : Dennis Hopper en père héroïque. Son face-à-face avec Christopher Walken mérite à lui seul qu’on voie le film. Quels acteurs ! Brad Pitt apparaît en junkie totalement abruti, Chris Penn et Tom Sizemore sont survoltés en flics des Stups, James Gandolfini est extraordinairement menaçant en hitman, Gary Oldman savoureux en mac dégénéré, Val Kilmer est quasiment invisible en Elvis imaginaire et il y en a beaucoup d’autres. Un vrai défilé !

Deux heures c’est un peu long pour ne pas raconter grand-chose de passionnant, mais Tony Scott connaît son job et sait compenser les complaisances du scénario et le manque d’épaisseur des protagonistes par son sens du visuel. « TRUE ROMANCE » se laisse donc revoir sans déplaisir, même si les années commencent à peser lourdement sur son vieux charme rétro.

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JAMES GANDOLFINI, PATRICIA ARQUETTE, DENNIS HOPPER ET BRAD PITT

 

« ANNIE HALL » (1977)

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DIANE KEATON

Woody Allen a juste 40 ans quand il tourne « ANNIE HALL » et, très symboliquement, c’est le premier film de sa maturité de réalisateur, après cinq longs-métrages « d’échauffement ».annie

Sous ses dehors de comédie sentimentale, « ANNIE HALL » est la très autobiographique autopsie d’une relation amoureuse, depuis la rencontre jusqu’à la rupture et même un peu au-delà. Chronologiquement déconstruit en puzzle (Allen a souvent admis que le film trouva sa structure au montage après de nombreuses coupes), le film – même s’il demeure un des plus drôles de l’auteur – n’en dégage pas moins une poignante mélancolie. Celle des occasions manquées, des regrets, du passé dont on n’arrive pas à s’extirper. Tous les thèmes alleniens sont déjà présents, à commencer par le « pygmalionisme » : Woody, stand-up comedian connu, rencontre Diane Keaton (dont le véritable nom est… Hall, rappelons-le !), jeune femme fantasque et naïve du Wisconsin, qu’il va entreprendre d’instruire et de transformer en pure névrosée new-yorkaise, jusqu’à ce que la charmante farfelue du début, se mue progressivement en intellectuelle gavée de psychanalyse qui finit par s’émanciper. Allen utilise des méthodes de narration rares à l’époque : les apartés face-caméra, les dialogues « imaginaires » avec des passants dans la rue pour exprimer ses sentiments intimes, la présence de personnages du présent dans leur propre passé, etc. C’est brillant de bout en bout, souvent à hoqueter de rire (toute la séquence dans la famille WASP des Hall), souvent bouleversant (le manque d’Annie qui se fait cruellement ressentir quand Alvy sort avec d’autres femmes qui font pâle figure en comparaison) et la fin laisse un arrière-goût déroutant, d’une infinie tristesse. « ANNIE HALL » est une œuvre parfaitement ronde et indémodable, dont le charme agit toujours malgré les re-visions multiples. C’est un des plus jolis rôles d’une Diane Keaton radieuse et, dans un casting très riche, on retiendra Christopher Walken en frère de celle-ci, un fou-à-lier suicidaire, Carol Kane en première épouse, Tony Roberts en éternel « meilleur copain » et, dans des silhouettes : Jeff Goldblum dans une party à L.A. et Sigourney Weaver (impossible à identifier) dans un plan très large à la fin du film.

« ANNIE HALL » est un chef-d’œuvre, à voir et à revoir, à savourer, car – comme l’explique la voix « off » finale – on a besoin des œufs !

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WOODY ALLEN ET DIANE KEATON

 

« BIENVENUE DANS LA JUNGLE » (2003)

RUNDOWN2« BIENVENUE DANS LA JUNGLE » est le second long-métrage réalisé par l’acteur Peter Berg, promis à une belle carrière et le premier film où Dwayne Johnson prend officiellement le relais d’Arnold Schwarzenegger dans un cinéma de distraction, puisque celui-ci vient carrément lui souhaiter de « bien s’amuser », le temps d’un sympathique caméo au début, en le croisant dans une boîte de nuit.

Inspiré à la fois de « À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT » et de « MIDNIGHT RUN », ce mélange d’aventures exotiques et de comédie à gros sabots se laisse regarder, c’est indéniable. Mais le scénario est faible et le tandem créé par Johnson et le très exaspérant Seann William Scott est plombé par l’inexpérience du premier et le cabotinage du second. Reste que les paysages d’Amazonie sont beaux, que Christopher Walken semble énormément s’amuser en horrible capitaliste. Il a deux ou trois monologues « walkéniens » qui lui ont sans doute fait accepter le rôle. La réplique : « Ils ont piqué ma dent », est savoureuse.

Dommage que les bagarres « câblées » aient pris un sévère coup de vieux, que les F/X hallucinogènes soient d’une telle laideur, car de temps en temps, passent un vrai enthousiasme, une envie de s’amuser sans complexe. Mais c’est définitivement trop idiot pour tenir longtemps en haleine. Heureusement, « The Rock » a de la présence et dégage une certaine humanité dans ce personnage de chasseur-de-primes rêvant d’ouvrir un restaurant (encore un détail piqué à « MIDNIGHT RUN » !) et Rosario Dawson est bien belle en passionaria peu patiente.

À voir d’un œil distrait donc, ce « BIENVENUE DANS LA JUNGLE » à l’écriture trop bâclée et au montage trop épileptique, en partie sauvé par sa distribution et aussi par sa bonne humeur.

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DWAYNE JOHNSON, ROSARIO DAWSON ET CHRISTOPHER WALKEN

 

« THE PROPHECY » (1995)

PROPHECY« THE PROPHECY » est l’unique réalisation du scénariste Gregory Widen. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas opté pour la voie la plus facile !

Son film relate une « guerre au paradis » entre les anges déchus, le diable, avec des âmes pour enjeu et pour simplifier encore les choses, un (presque) prêtre devenu flic !

Dès les premières séquences, on sent que ça va être difficile d’adhérer. On n’y comprend pas grand-chose, les points-de-vue sont trop nombreux, et le ton est solennel, mêlant sans complexe une bouillie biblique avec la culture amérindienne. C’est souvent franchement ridicule, parfois intrigant, parfois presque drôle tant c’est décalé, mais c’est tellement décousu, confus et bordélique, qu’on se désintéresse vite de l’histoire pour se focaliser sur un joli casting d’acteurs qu’on aime généralement beaucoup. Ils ne sont hélas, pas au top de leur forme, en particulier Christopher Walken dans le rôle de l’archange Gabriel, sorte de vampire vêtu de noir, à l’odorat de chien de chasse, qui déploie toute sa panoplie de tics et de trucs : clins d’œil complices, cris intempestifs, apartés drolatiques, etc. Autour de lui, Elias Koteas incarne un flic sans aucun relief, Virginia Madsen est comme toujours d’une photogénie à brûler la pellicule et Viggo Mortensen apparaît vers la fin en Lucifer soupe-au-lait.

Un Scope bien utilisé, de beaux extérieurs de l’Arizona, quelques bagarres sanglantes peuvent aider à faire passer la pilule. Mais « THE PROPHECY » demeure un film sans queue (fourchue ou pas) ni tête qui ne trouve jamais la juste tonalité.

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VIGGO MORTENSEN, ELIAS KOTEAS, CHRISTOPHER WALKEN ET VIRGINIA MADSEN

À noter que le film donna naissance à… quatre sequels sorties en 1998, 2000 et 2005 (pour les deux derniers en date). Rien que des DTV. Walken n’apparaît que dans les deux premiers films.

 

« LE LIVRE DE LA JUNGLE » (2016)

45 ans après son célèbre dessin-animé, Disney en produit un remake « live » (enfin – plus ou moins ! Le terme reste à définir) du classique « LE LIVRE DE LA JUNGLE », inspiré de l’œuvre de Rudyard Kipling.

Intégralement tourné en studio devant des fonds verts, le film est indéniablement une prouesse technique. L’interaction entre le petit Neel Sethi jouant Mowgli et les animaux en CGI est quasi-parfaite et certaines séquences, comme l’affrontement final dans la forêt en flammes, sont à couper le souffle.jungle

Reste maintenant à savoir quelle tolérance on peut avoir pour ces images créées par ordinateur. De là dépendra l’immersion ou non, dans ce sympathique film pour enfants. Car outre des scènes d’action pensées pour le 3-D et qui font un peu trop « bande-démo », il faut également tenir compte du décalage entre l’ultra-réalisme des bêtes sauvages (fauves, serpents, loups, etc.) et le fait qu’ils s’expriment dans un anglais châtié ! Si la question ne se posait pas dans le film de 1967, il en est tout autre ici.

Pour un public plus adulte, le vrai plaisir viendra plutôt des voix familières qu’on reconnaît et qui apportent énormément au spectacle : Bill Murray très drôle en ‘Baloo’, l’ours flemmard, Idris Elba dont la voix profonde épouse parfaitement le personnage du tigre balafré et haineux, Scarlett Johansson qui a féminisé le python Kaa dans une seule scène. Mention à Christopher Walken extraordinaire en orang-outang géant. La présentation du personnage, délicieux pastiche de la première apparition de Kurtz dans « APOCALYPSE NOW », est un des meilleurs moments du film !

À noter qu’aujourd’hui, on peut poser un regard légèrement différent sur le tigre Shere Khan, obsédé par sa haine des humains et par l’élimination de Mowgli avant qu’il n’atteigne l’âge adulte. Vu le nombre sans cesse croissant de races en voie d’extinction et la disparition progressive des forêts, a-t-il vraiment tort, le bougre ?

 

« MEURTRE EN SUSPENS » (1995)

NICK2« MEURTRE EN SUSPENS » fait partie de ces thrillers à « high concept » qui ont un mal fou à surpasser leur ‘pitch’ de départ et à tenir la distance sur une durée de long-métrage.

Quelle est la « grande idée » ? Un quidam (un Johnny Depp à lunettes) arrive à L.A. avec sa fille. Celle-ci est aussitôt kidnappée par deux individus (Christopher Walken et Roma Maffia) qui lui donnent une heure et demie pour assassiner une femme sénateur (Marsha Mason) descendue dans un hôtel pour un meeting électoral. Le point de départ est stressant, mais très vite, les invraisemblances s’amoncèlent, les impasses scénaristiques aussi, les personnages adoptent un comportement illogique et le plan « machiavélique » des méchants prend l’eau de toutes parts.

L’attention est pourtant soutenue bon an, mal an, grâce à une narration en « temps réel », même si on déplore les chichis incessants de mise-en-scène de John Badham et sa caméra « bougée » des plus irritantes. Le tout jeune Depp remplit bien son contrat sans faire d’étincelles, Walken en fait des tonnes dans un rôle très mal écrit de tueur plus ou moins compétent selon les scènes. On apprécie un bon cast de seconds rôles : Peter Strauss en traître, Charles S. Dutton en cireur de chaussures qui fait office de « comic relief » et le toujours odieux G.D. Spradlin en commanditaire taciturne.

« MEURTRE EN SUSPENS » a pas mal vieilli dans sa forme, il tire ce qu’il peut d’un scénario qui supporte mal l’examen minutieux, et galvaude une idée somme toute originale qui aurait pu aboutir à un polar beaucoup plus sombre et jusqu’auboutiste.

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JOHNNY DEPP, CHRISTOPHER WALKEN ET MARSHA MASON