RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE CLAUDIA CARDINALE

« LE RUFFIAN » (1983)

ruffianJosé Giovanni et Lino Ventura étaient amis et figurent ensemble au générique de neuf films. Parfois le premier n’était qu’auteur, parfois également réalisateur. « LE RUFFIAN » marque leur ultime collaboration et il ressemble déjà au testament d’un cinéma français révolu, à un post-scriptum.

Visiblement, on a voulu produire une sorte de remake des « AVENTURIERS », mâtiné d’échos des « GRANDES GUEULES » et du « RAPACE ». Mais quand la mayonnaise ne prend pas, il n’y a rien à faire. « LE RUFFIAN » ressemble à une photocopie de médiocre qualité.

Malgré les paysages canadiens filmés en Scope, un scénario de film d’aventures westernien, la présence de Ventura, le film ne décolle jamais. À 64 ans, l’acteur est-il trop âgé pour jouer les baroudeurs rêveurs, les grands enfants refusant de vieillir ? Probablement. Et son duo avec Bernard Giraudeau (bien trop jeune, pour le coup) n’est pas crédible une seconde, ne génère aucune alchimie. Le personnage campé par le second n’est qu’un pâle ersatz du Delon des « AVENTURIERS » cloué dans un fauteuil roulant et Béatrix van Til ne fera pas oublier Joanna Shimkus. Même Claudia Cardinale n’écope que d’un rôle secondaire sans aucune épaisseur ou scène à défendre. L’irritant Pierre Frag reprend le rôle généralement dévolu à Charles Gérard aux côtés de Ventura ou Belmondo.

Alourdi par un dialogue naïf, une sorte de truculence surjouée (on éclate de rire et on se tombe dans les bras à la moindre occasion), « LE RUFFIAN » est une œuvrette superficielle s’adressant aux nostalgiques du cinéma des années 60 et tout spécialement de celui de Robert Enrico. Giovanni n’a jamais eu la « patte » de celui-ci et s’avère incapable d’insuffler le moindre souffle d’aventure ou d’épopée. Même la BO d’Ennio Morricone fait plutôt penser aux spaghetti westerns des frères De Angelis !

À voir pour le complétiste du grand Lino éventuellement, qui trouve là son tout dernier rôle d’homme d’action.

ruffian2

LINO VENTURA ET CLAUDIA CARDINALE

 

« UN BALCON SUR LA MER » (2010)

« UN BALCON SUR LA MER » est un film à la fois simple dans sa forme et ambitieux dans son fond, qui suit le retour aux sources d’un agent immobilier d’Aix-en-Provence (Jean Dujardin) dans les années 80, qui retrouve son amour d’enfance (Marie-Josée Croze). Ils vivaient à Oran et ne se sont pas revus depuis vingt ans, quand leurs familles furent forcées de quitter l’Algérie. Tout ce passé occulté remonte alors à la surface.BALCON

Le scénario est bien troussé autour du mystère entourant l’identité de la jeune femme et les raisons de sa présence dans le midi. La réalisation de Nicole Garcia est ample et assurée. Les flash-backs sont très émouvants et servent à densifier les protagonistes. L’enquête intime que poursuit Dujardin va mener à une révélation stupéfiante. C’est un film romanesque, d’une nostalgie poignante, traînant dans son sillage des cohortes de fantômes. Quel dommage alors que la sous-intrigue « policière » impliquant un Toni Servillo très sous-employé en escroc sympathique, prenne autant de place, allant jusqu’à changer de point-de-vue et à diluer l’émotion ressentie jusque-là. Heureusement, le retour en Algérie à la fin redresse la barre et laisse sur la note juste.

Sobre et impliqué, Dujardin tient parfaitement son rôle. Croze porte en elle toute l’ambiguïté de ce personnage à facettes, prête à toutes les impostures pour exister. Servillo virevolte d’une scène à l’autre dans une sorte de « guest » sans épaisseur. Les seconds rôles sont à peine esquissés, ce qui est un peu regrettable concernant l’épouse jouée par Sandrine Kiberlain, difficile à cerner. À noter une belle apparition de Claudia Cardinale dans le rôle de la mère un peu « confuse » de Dujardin.

Un joli film qui entraîne doucement dans un monde révolu et démontre finement pourquoi on ne se remet jamais vraiment de son enfance…

 

« LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » (1970)

GERARD2Produit par le Luxembourg, réalisé par un Polonais, interprété par un casting anglo-italo-américain et inspiré de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, « LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » est un pudding multinational dont l’absurdité saute aux yeux dès les premières images.

Malgré une profusion de moyens et une reconstitution historique soignée, nous nageons dans la grosse comédie burlesque. Le scénario se veut picaresque et suit un brigadier français vantard et crétin à qui Napoléon confie un message pour le général Masséna qui n’est en fait qu’un leurre pour tromper l’ennemi, au cas où Gérard serait capturé. Le reste n’est qu’une succession de rencontres, de duels ridicules, de quiproquos affligeants. Peter McEnery passe tout le film à donner des regards-caméra, à faire des apartés sans arracher le moindre sourire.

Que dire ? C’est quasiment irregardable et on passe de la consternation incrédule à l’endormissement le plus profond. Y a-t-il quelque chose auquel se raccrocher ? La beauté de Claudia Cardinale à son zénith, jouant une guerrière ibère farouche, même si la fantaisie débridée n’est pas vraiment sa tasse de thé. Et puis surtout Eli Wallach qui incarne rien moins que… Napoléon. Affublé d’un faux-nez aquilin et d’un maquillage bizarrement blafard, il cède au cabotinage le plus décomplexé – exercice qui ne l’a jamais effrayé – mais n’apparaît pas suffisamment pour sauver les meubles. De toute façon, c’était une cause perdue. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Paolo Stoppa en vieil oncle aveugle et Jack Hawkins en brigand des grands chemins.

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

Pas grand-chose à recommander donc dans ces « AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » fait de bric et de broc sans jamais trouver sa colonne vertébrale et, pire que tout, sans parvenir une seule fois à amuser. Triste spectacle…

 

« BELLO, ONESTO, EMIGRATO AUSTRALIA SPOSEREBBE COMPAESANA ILLIBATA » (1971)

CLAUDIA CARDINALE ET ALBERTO SORDI

CLAUDIA CARDINALE ET ALBERTO SORDI

« BELLO, ONESTO, EMIGRATO AUSTRALIA SPOSEREBBE COMPAESANA ILLIBATA » (ouf !) est une comédie all’italiana délocalisée en Australie, qui tient à la fois du vaudeville, du mélodrame et du ‘road movie’. Et c’est – contre toute attente – une charmante réussite.BELLO3

L’éclectique Luigi Zampa décrit une situation ultra-spécifique : la misère sexuelle des émigrés italiens dans les petites cités minières australiennes. Alberto Sordi, sympathique porte-poisse épileptique et vieux garçon fait venir d’Italie une belle prostituée (ça, il ne le sait pas) jouée par Claudia Cardinale et se fait passer pour le meilleur ami du fiancé, la jugeant « trop belle pour lui », comme dirait Bertrand Blier. S’ensuit un long trajet à travers le bush, la jungle, en voiture, à pied, en train, où il espère la conquérir et lui avouer sa véritable identité.

C’est simple, constamment en mouvement, drôle et triste à la fois. Sordi est génial jouant dans une même situation du gros comique et du pathos, avec une facilité déconcertante. Son ‘Amadeo’ est incroyablement attachant, pathétique et naïf. Il arbore un sourire benêt à la Stan Laurel et fait durer le malentendu de départ au-delà du raisonnable. Cardinale, sexy à damner un saint dans ses petites robes courtes, n’a peut-être jamais été aussi animée que dans ce rôle de fille des rues illettrée mais maniant le cran d’arrêt en professionnelle. Avec son sourire radieux, ses colères dévastatrices, elle offre un parfait contrepoids à Sordi et leur tandem est un bonheur à contempler.

C’est un très joli film sur les laissés-pour-compte, sur les rencontres improbables qui peuvent changer une existence, sur l’amour qui – comme au cinéma – triomphe de tout. Et quand à la fin, le couple impensable arrive dans sa bicoque au milieu de nulle part, on a envie d’applaudir comme s’ils avaient débarqué à Xanadu. Un film très méconnu à découvrir absolument.

Ah oui ! Le titre signifie : « BEAU, HONNÊTE, ÉMIGRÉ EN AUSTRALIE, ÉPOUSERAIT UNE COMPATRIOTE VIERGE » !

ALBERTO SORDI ET CLAUDIA CARDINALE

ALBERTO SORDI ET CLAUDIA CARDINALE

 

« FITZCARRALDO » (1982)

FITZCARRALDO ET CARUSO...

FITZCARRALDO ET CARUSO…

« Vous êtes un conquistador de l’inutile », assène un riche homme d’affaires au rêveur Fitzcarraldo au début du film. Clin d’œil évident à « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU », tourné douze ans plus tôt par la même équipe, dans les mêmes décors. Et les deux comédiens, Klaus Kinski et Ruy Polanah faisaient déjà partie de l’aventure.FITZ

Les points communs entre les deux œuvres sont innombrables et pourtant « FITZCARRALDO » est l’exact négatif de son prédécesseur. Si Don Lope de Aguirre était obsédé par la conquête du pouvoir à n’importe quel prix, Fitzcarraldo – s’il est tout aussi illuminé – n’a qu’une idée en tête : bâtir un opéra en pleine jungle pour y faire venir son idole Caruso.

Werner Herzog a réalisé un film unique en son genre, puisqu’il contient en son sein son propre ‘making-of’. Ce qu’accomplissent les Indiens sous les ordres des intrus (faire passer un bateau d’une rivière à une autre en le hissant par-dessus une montagne), l’équipe du film l’a également fait. Et on sait, grâce à plusieurs documentaires, que le tournage fut un véritable cauchemar humain et logistique.

Avec son style semi-documentaire, sa manière de filmer reconnaissable entre mille, son montage alternant les fins de plans trop longues et les ellipses abruptes, Herzog immerge dans une allégorie sur le chemin de croix des visionnaires face au monde de l’argent. Le film pourrait tout aussi bien tourner autour d’un réalisateur face à une Major. Il est à parier que ce film a dû beaucoup « parler » à des gens comme Cimino ou Coppola, par exemple.

KLAUS KINSKI ET CLAUDIA CARDINALE

KLAUS KINSKI ET CLAUDIA CARDINALE

Dans le rôle-titre, Kinski tient un quasi-contremploi, celui d’un utopiste hypersensible, perdu dans ses délires, dans ses rêves de beauté. Pour une fois débarrassé de ses oripeaux méphistophéliques, l’acteur révèle une étonnante facette de sa personnalité. À ses côtés, des personnages bien campés par des inconnus parfaitement distribués. Et Claudia Cardinale, radieuse, incarnant son inconditionnelle et dévouée amoureuse.

Émergeant de l’ombre écrasante de « AGUIRRE », trente ans après sa sortie, « FITZCARRALDO » prend aujourd’hui toute sa dimension de fable lyrique et puissante, étonnamment optimiste. La dérisoire « victoire » finale de Kinski, cigare au bec, sur son rafiot où se joue une opéra en « live », est un moment de pure poésie. À redécouvrir.

 

« LA SALAMANDRE » (1981)

FRANCO NERO

FRANCO NERO

L’autrichien Peter Zinner fut le monteur magistral des « PROFESSIONNELS » de Brooks, des deux premiers « PARRAIN » de Coppola et de « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER » de Cimino. Il ne s’essaya qu’une fois à la réalisation avec le pudding multinational qu’est « LA SALAMANDRE », tiré d’un best-seller et comprit sans doute que ce n’était pas « son truc ».SALAM

Sur un sujet potentiellement passionnant, adapté par rien moins que Rod Serling, l’homme de la « TWILIGHT ZONE » (la préparation d’un coup d’état fasciste en Italie) réminiscent de « 7 JOURS EN MAI », le film ressemble à un long épisode de la série « LA PIOVRA » : photo ingrate, musique inadéquate, bavardages incessants. Sans compter bien sûr un casting aberrant, véritable Tour de Babel réunissant Django, Zorba, Tuco et Dracula sous une même bannière.

Le film suit l’enquête fastidieuse à la suite d’une série de meurtres, d’un capitaine incorruptible (Franco Nero avec une petite moustache de gendarme), protégé par un mystérieux potentat (Anthony Quinn). Lui-même traqué par de puissants ennemis, Nero démasquera finalement les comploteurs. On le voit, rien de palpitant et on est bien loin du point-de-vue d’un Francesco Rosi par exemple. Ici, la narration et l’esthétique sont purement télévisuelles et on s’ennuie ferme au bout d’une demi-heure. On notera quelques énormes fautes de goût comme ce tortionnaire joué par Paul L. Smith, sosie de Bud Spencer, surjoué comme un méchant dans un vieux Laurel & Hardy.

À part ça, on passe le temps à compter les stars sous-employées comme Eli Wallach en général félon, Claudia Cardinale qui passe en voisine dans le rôle de sa femme, Christopher Lee en supérieur de Nero dont on s’étonne qu’il n’ait pas le mot « traître » tatoué sur le front, la pulpeuse Sybil Danning en call-girl amoureuse de notre héros ou ce cher Martin Balsam en coéquipier juif. De cette belle brochette, seul émerge Quinn d’une classe folle dans son rôle de tireur de ficelles omnipotent.

ELI WALLACH, CLAUDIA CARDINALE, ANTHONY QUINN, CHRISTOPHER LEE ET FRANCO NERO

ELI WALLACH, CLAUDIA CARDINALE, ANTHONY QUINN, CHRISTOPHER LEE ET FRANCO NERO

« LA SALAMANDRE » est vraiment une drôle de chose, qui aurait probablement mérité un traitement plus sérieux et moins clinquant. Seul le plaisir de voir de vieilles gloires jouer ensemble pour la première fois, en justifie encore la vision.

 

« LE PIGEON » (1958)

PIGEON2

VITTORIO GASSMAN LE MAGNIFIQUE

Classique des classiques de la comédie all’italiana, « LE PIGEON » peut apparaître comme un pastiche des films de « hold-up parfait » et particulièrement de « DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES » sorti quatre ans plus tôt.

PIGEONEn effet, le thème du casse organisé par un cerveau qui réunit autour de lui des professionnels aguerris pour percer un coffre fort, est ici détourné de façon comique. En guise de « cerveau », on n’a que Vittorio Gassman, formidable en boxeur bègue et vantard qui s’entoure d’une joyeuse bande de bras-cassés, composée de chômeurs, de vieillards séniles, de glandeurs inopérants et de couards. Et leur « coup-du-siècle » s’achèvera pitoyablement dans une cuisine au mur défoncé à manger des pâtes froides.

PIGEON4

RENATO SALVATORI ET CLAUDIA CARDINALE

C’est drôle, caustique, généreux aussi sous le sarcasme. Tous les personnages sont attachants dans leur ringardise : Marcello Mastroianni qui s’occupe seul de son bébé pendant que sa femme croupit en prison, Renato Salvatori jouant les voyous mais rêvant d’une petite vie tranquille ou Totò en cambrioleur plus très jeune et pas très fiable. Sans compter les femmes : Carla Gravina excellente en petite bonne mythomane et Claudia Cardinale incroyablement jeune et mignonne en sœur cloîtrée d’un Sicilien pure-souche.

Le film est extrêmement plaisant et comme improvisé au fil de la plume, mais cela n’empêche pas quelques grosses chutes de rythme (la longue séquence de séduction entre Gassman et Gravina, qui semble ne jamais devoir finir), une sensation d’enlisement qui paralyse le film de temps en temps.

Mais il demeure impossible de ne pas s’attacher à ces tocards bavards et débordants d’inventivité – sinon d’intelligence – qui font tout, mais vraiment tout pour n’avoir pas à sombrer dans la suprême déchéance : être obligés de travailler pour gagner leur vie ! Le dernier plan de Gassman, entraîné malgré lui vers l’usine, est un véritable délice : les méchants vont en enfer !

À noter que « LE PIGEON » connut deux suites officielles et un remake U.S., sans compter les remakes plus ou moins avoués…

PIGEON3

LES BRAS-CASSÉS EN ACTION…