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Archives de Catégorie: LES FILMS DE CLAUDIA CARDINALE

« LA SCOUMOUNE » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

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ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on retrouve également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !

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« LE MAUVAIS CHEMIN » (1961)

VIACCIA2« LE MAUVAIS CHEMIN » se situe à Florence à la fin du 19ème siècle. Jean-Paul Belmondo est un jeune paysan rêveur qui tombe amoureux fou de Claudia Cardinale, une prostituée de la ville, pour qui il va jusqu’à voler sa propre famille et se faire renier par son père.

Malgré un sous-texte politique, trop ou pas suffisamment développé qui parasite le scénario plus qu’autre chose, le film de Mauro Bolognini n’est au fond qu’une histoire d’amour fou, impossible, aussi pure que sordide, condamnée par un environnement de misère et de désespoir. La reconstitution d’époque est exceptionnelle, comme ce fut souvent le cas dans le cinéma italien de cette période, les seconds rôles sont bien dessinés, en particulier l’oncle abject et avaricieux joué par Paul Frankeur et son dragon de maîtresse, mais tout l’intérêt se focalise sur ‘Gigho’, magnifiquement incarné par le Belmondo des grandes années. Taciturne, hypersensible, aussi fort physiquement qu’il est friable mentalement, c’est un vrai personnage de tragédie, qui ne trouve sa place nulle part. Face à lui, dans un de ses plus beaux rôles, Cardinale compose une ‘Bianca’ aussi odieuse qu’attachante, corrompue jusqu’à l’os par la vie qu’elle a menée depuis son enfance et détruisant ce qu’elle aime. Le couple – qu’on reverra dans « CARTOUCHE » et « LA SCOUMOUNE », est vraiment bien assorti et leur alchimie est évidente.

À leurs côtés, Pietro Germi est excellent en père intraitable mais prêt aux pires bassesses pour garder sa terre (la scène terrible où il veut « vendre » sa belle-fille), Romolo Valli apparaît en anarchiste et Gina Sammarco est une maquerelle plus vraie que nature.

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JEAN-PAUL BELMONDO ET CLAUDIA CARDINALE

Rude, âpre, sans un seul rayon de soleil, « LE MAUVAIS CHEMIN » est un vrai bijou de l’âge d’or du cinéma italien, d’une noirceur suffocante, qui renvoie dos-à-dos toutes les classes sociales sans exception. Le seul être « différent » finira seul dans la boue, comme un chien errant.

 

HAPPY BIRTHDAY, CLAUDIA !

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CLAUDIA CARDINALE, DE FELLINI À HERZOG EN PASSANT PAR VISCONTI, BROOKS OU LEONE UNE FABULEUSE CARRIÈRE DE 120 FILMS.

 

« LE RUFFIAN » (1983)

ruffianJosé Giovanni et Lino Ventura étaient amis et figurent ensemble au générique de neuf films. Parfois le premier n’était qu’auteur, parfois également réalisateur. « LE RUFFIAN » marque leur ultime collaboration et il ressemble déjà au testament d’un cinéma français révolu, à un post-scriptum.

Visiblement, on a voulu produire une sorte de remake des « AVENTURIERS », mâtiné d’échos des « GRANDES GUEULES » et du « RAPACE ». Mais quand la mayonnaise ne prend pas, il n’y a rien à faire. « LE RUFFIAN » ressemble à une photocopie de médiocre qualité.

Malgré les paysages canadiens filmés en Scope, un scénario de film d’aventures westernien, la présence de Ventura, le film ne décolle jamais. À 64 ans, l’acteur est-il trop âgé pour jouer les baroudeurs rêveurs, les grands enfants refusant de vieillir ? Probablement. Et son duo avec Bernard Giraudeau (bien trop jeune, pour le coup) n’est pas crédible une seconde, ne génère aucune alchimie. Le personnage campé par le second n’est qu’un pâle ersatz du Delon des « AVENTURIERS » cloué dans un fauteuil roulant et Béatrix van Til ne fera pas oublier Joanna Shimkus. Même Claudia Cardinale n’écope que d’un rôle secondaire sans aucune épaisseur ou scène à défendre. L’irritant Pierre Frag reprend le rôle généralement dévolu à Charles Gérard aux côtés de Ventura ou Belmondo.

Alourdi par un dialogue naïf, une sorte de truculence surjouée (on éclate de rire et on se tombe dans les bras à la moindre occasion), « LE RUFFIAN » est une œuvrette superficielle s’adressant aux nostalgiques du cinéma des années 60 et tout spécialement de celui de Robert Enrico. Giovanni n’a jamais eu la « patte » de celui-ci et s’avère incapable d’insuffler le moindre souffle d’aventure ou d’épopée. Même la BO d’Ennio Morricone fait plutôt penser aux spaghetti westerns des frères De Angelis !

À voir pour le complétiste du grand Lino éventuellement, qui trouve là son tout dernier rôle d’homme d’action.

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LINO VENTURA ET CLAUDIA CARDINALE

 

« UN BALCON SUR LA MER » (2010)

« UN BALCON SUR LA MER » est un film à la fois simple dans sa forme et ambitieux dans son fond, qui suit le retour aux sources d’un agent immobilier d’Aix-en-Provence (Jean Dujardin) dans les années 80, qui retrouve son amour d’enfance (Marie-Josée Croze). Ils vivaient à Oran et ne se sont pas revus depuis vingt ans, quand leurs familles furent forcées de quitter l’Algérie. Tout ce passé occulté remonte alors à la surface.BALCON

Le scénario est bien troussé autour du mystère entourant l’identité de la jeune femme et les raisons de sa présence dans le midi. La réalisation de Nicole Garcia est ample et assurée. Les flash-backs sont très émouvants et servent à densifier les protagonistes. L’enquête intime que poursuit Dujardin va mener à une révélation stupéfiante. C’est un film romanesque, d’une nostalgie poignante, traînant dans son sillage des cohortes de fantômes. Quel dommage alors que la sous-intrigue « policière » impliquant un Toni Servillo très sous-employé en escroc sympathique, prenne autant de place, allant jusqu’à changer de point-de-vue et à diluer l’émotion ressentie jusque-là. Heureusement, le retour en Algérie à la fin redresse la barre et laisse sur la note juste.

Sobre et impliqué, Dujardin tient parfaitement son rôle. Croze porte en elle toute l’ambiguïté de ce personnage à facettes, prête à toutes les impostures pour exister. Servillo virevolte d’une scène à l’autre dans une sorte de « guest » sans épaisseur. Les seconds rôles sont à peine esquissés, ce qui est un peu regrettable concernant l’épouse jouée par Sandrine Kiberlain, difficile à cerner. À noter une belle apparition de Claudia Cardinale dans le rôle de la mère un peu « confuse » de Dujardin.

Un joli film qui entraîne doucement dans un monde révolu et démontre finement pourquoi on ne se remet jamais vraiment de son enfance…

 

« LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » (1970)

GERARD2Produit par le Luxembourg, réalisé par un Polonais, interprété par un casting anglo-italo-américain et inspiré de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, « LES AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » est un pudding multinational dont l’absurdité saute aux yeux dès les premières images.

Malgré une profusion de moyens et une reconstitution historique soignée, nous nageons dans la grosse comédie burlesque. Le scénario se veut picaresque et suit un brigadier français vantard et crétin à qui Napoléon confie un message pour le général Masséna qui n’est en fait qu’un leurre pour tromper l’ennemi, au cas où Gérard serait capturé. Le reste n’est qu’une succession de rencontres, de duels ridicules, de quiproquos affligeants. Peter McEnery passe tout le film à donner des regards-caméra, à faire des apartés sans arracher le moindre sourire.

Que dire ? C’est quasiment irregardable et on passe de la consternation incrédule à l’endormissement le plus profond. Y a-t-il quelque chose auquel se raccrocher ? La beauté de Claudia Cardinale à son zénith, jouant une guerrière ibère farouche, même si la fantaisie débridée n’est pas vraiment sa tasse de thé. Et puis surtout Eli Wallach qui incarne rien moins que… Napoléon. Affublé d’un faux-nez aquilin et d’un maquillage bizarrement blafard, il cède au cabotinage le plus décomplexé – exercice qui ne l’a jamais effrayé – mais n’apparaît pas suffisamment pour sauver les meubles. De toute façon, c’était une cause perdue. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Paolo Stoppa en vieil oncle aveugle et Jack Hawkins en brigand des grands chemins.

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

CLAUDIA CARDINALE, PETER McENERY, ELI WALLACH ET PAOLO STOPPA

Pas grand-chose à recommander donc dans ces « AVENTURES DU BRIGADIER GÉRARD » fait de bric et de broc sans jamais trouver sa colonne vertébrale et, pire que tout, sans parvenir une seule fois à amuser. Triste spectacle…

 

« BELLO, ONESTO, EMIGRATO AUSTRALIA SPOSEREBBE COMPAESANA ILLIBATA » (1971)

CLAUDIA CARDINALE ET ALBERTO SORDI

CLAUDIA CARDINALE ET ALBERTO SORDI

« BELLO, ONESTO, EMIGRATO AUSTRALIA SPOSEREBBE COMPAESANA ILLIBATA » (ouf !) est une comédie all’italiana délocalisée en Australie, qui tient à la fois du vaudeville, du mélodrame et du ‘road movie’. Et c’est – contre toute attente – une charmante réussite.BELLO3

L’éclectique Luigi Zampa décrit une situation ultra-spécifique : la misère sexuelle des émigrés italiens dans les petites cités minières australiennes. Alberto Sordi, sympathique porte-poisse épileptique et vieux garçon fait venir d’Italie une belle prostituée (ça, il ne le sait pas) jouée par Claudia Cardinale et se fait passer pour le meilleur ami du fiancé, la jugeant « trop belle pour lui », comme dirait Bertrand Blier. S’ensuit un long trajet à travers le bush, la jungle, en voiture, à pied, en train, où il espère la conquérir et lui avouer sa véritable identité.

C’est simple, constamment en mouvement, drôle et triste à la fois. Sordi est génial jouant dans une même situation du gros comique et du pathos, avec une facilité déconcertante. Son ‘Amadeo’ est incroyablement attachant, pathétique et naïf. Il arbore un sourire benêt à la Stan Laurel et fait durer le malentendu de départ au-delà du raisonnable. Cardinale, sexy à damner un saint dans ses petites robes courtes, n’a peut-être jamais été aussi animée que dans ce rôle de fille des rues illettrée mais maniant le cran d’arrêt en professionnelle. Avec son sourire radieux, ses colères dévastatrices, elle offre un parfait contrepoids à Sordi et leur tandem est un bonheur à contempler.

C’est un très joli film sur les laissés-pour-compte, sur les rencontres improbables qui peuvent changer une existence, sur l’amour qui – comme au cinéma – triomphe de tout. Et quand à la fin, le couple impensable arrive dans sa bicoque au milieu de nulle part, on a envie d’applaudir comme s’ils avaient débarqué à Xanadu. Un film très méconnu à découvrir absolument.

Ah oui ! Le titre signifie : « BEAU, HONNÊTE, ÉMIGRÉ EN AUSTRALIE, ÉPOUSERAIT UNE COMPATRIOTE VIERGE » !

ALBERTO SORDI ET CLAUDIA CARDINALE

ALBERTO SORDI ET CLAUDIA CARDINALE