RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE CLAUDIA CARDINALE

« CARTOUCHE » (1962)

CARTOUCHE.jpgInspiré d’un personnage réel du 18ème siècle, « CARTOUCHE » de Philippe de Broca semble s’inscrire au début dans les travées d’un « FANFAN LA TULIPE », avant de changer de tonalité en route et de s’assombrir jusqu’au drame à la déroutante noirceur.

Le film s’ouvre sur une exécution en place publique, ce qui met la puce à l’oreille, mais la suite mettant en scène le jeune Jean-Paul Belmondo, sorte de Robin des Bois mâtiné de Zorro, entouré de Jean Rochefort et Jess Hahn, bientôt rejoints par la radieuse Claudia Cardinale, laisse espérer un film d’aventures teinté de burlesque. D’ailleurs, Noël Roquevert semble être l’incarnation du gendarme de Guignol. Mais à partir du moment où Cartouche perd son insouciance en devenant chef d’une bande de voleurs, le ton bascule et le héros avec. Le gaillard frondeur et insouciant du début devient peu à peu un individu imprévisible, pas toujours très sympathique, avec des tendances à la dépression. La seconde moitié du film, comme hantée par le spectre de la mort et de l’échec, devient par moment suffocante. Belmondo traduit très bien le double visage de cet anti-héros cyclothymique et irresponsable, ne se laissant jamais aller à ses tics habituels de jeu. Par amour obsessionnel, il va tout perdre, préfigurant ses rôles de « faibles » dans « HO ! » ou « LA SIRÈNE DU MISSISSIPPI ». Autour de lui, outre ceux déjà cités, d’excellents seconds rôles comme Marcel Dalio extraordinaire en « roi des voleurs » visqueux et abject comme il l’a rarement été, Odile Versois en grande dame tentée par le « bad boy ». Ajoutons à cela une BO entraînante de Georges Delerue, et le spectacle fonctionne, malgré – il faut bien le dire – un scénario pas très solide, qui semble avancer par à-coups, sans structure très rigoureuse et connaissant plusieurs coups de mou préjudiciables en cours de route.

À voir, de toute façon, parce que ce film n’est pas tout à fait ce qu’il semble être, et dément les souvenirs plus bondissants qu’on pouvait en avoir.

CARTOUCHE2

JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, JEAN ROCHEFORT ET ODILE VERSOIS

 
Image

HIER, ELLE A FÊTÉ SES 80 ANS…

CC 80

 

« LA PANTHÈRE ROSE » (1963)

PINK2« LA PANTHÈRE ROSE » s’ouvre sur le générique en cartoon et la musique légendaire de Henry Mancini. C’est coloré, inventif, joyeux, irrésistible. Aussi se prend-on à regretter le félin rose dès les premières séquences en ‘live’ !

Qu’il s’agisse des hôtels de luxe, des stations de ski, des soirées luxueuses dans la jet-set, on reconnaît instantanément l’univers de Blake Edwards. Son histoire de monte-en-l’air volant les bijoux des grands de ce monde n’a aucune substance, ce n’est qu’un enchaînement de quiproquos, de tableaux de vaudeville qui fonctionne parfois et tombe trop souvent à plat. Ainsi l’interminable scène de séduction sur une peau de tigre entre David Niven et Claudia Cardinale est-elle un véritable calvaire. Même chose pour celle qui semble sortie d’un « boulevard » où Capucine doit empêcher son mari policier (Peter Sellers) de découvrir les deux hommes cachés dans sa chambre. Pas étonnant que le film dure deux heures, tant ces digressions sont étirées au-delà du raisonnable. On y perd complètement le fil du récit.

Le film reste plutôt plaisant d’abord parce qu’il annonce le plus abouti « THE PARTY » par bien des aspects, ensuite parce qu’il introduit le personnage du policier ‘Jacques Clouseau’ qui sera la vedette de cinq autres longs-métrages d’Edwards. Ces débuts sont modestes et Clouseau n’est pas encore celui qu’il deviendra dans les années 70. Déjà, il n’a aucun accent français (ce qui composera 90% de l’humour de la franchise). Il n’affiche pas cette arrogance imbécile qui le rendra si cocasse par la suite. Ici, il est essentiellement maladroit et un peu gaffeur, à vrai dire pas très drôle. Il se fait même piquer la vedette par Capucine qui elle, s’avère très amusante et sexy. Cardinale est bien jolie, mais pas vraiment à sa place en princesse hindoue, Robert Wagner joue les jeunes premiers espiègles et Niven traverse le film avec son flegme habituel mais sans trop se fatiguer.

Comédie policière clinquante, nonchalante et paresseuse, « LA PANTHÈRE ROSE » se laisse voir comme on écoute un vieux vinyle, comme la relique d’une époque envolée. Mais pas davantage…

PINK

CLAUDIA CARDINALE, PETER SELLERS, CAPUCINE ET DAVID NIVEN

 

« HUIT ET DEMI » (1963)

OTTO

MARCELLO MASTROIANNI

« Je n’ai plus rien à dire, mais je tiens tout de même à le dire », déclare le réalisateur Marcello Mastroianni dans un éclair de lucidité, en pleine préparation de son nouveau film qu’il rechigne à démarrer.OTTO2

Véritable intrusion dans le cerveau d’un créateur à l’inspiration tarie, pollué par son passé, « HUIT ET DEMI » est une œuvre vertigineuse, aussi émouvante que grotesque, qui n’épargne rien ni personne, pas même le protagoniste, frère jumeau de Federico Fellini. Alors qu’il n’a « rien à dire », celui-ci au lieu de se taire fait de ses états d’âme le sujet-même de son film. La mise en abyme est extraordinaire, d’une complexité inouïe. En pleine crise existentielle, ‘Guido’ ne distingue plus la réalité de ses fantasmes, ni de ses bribes de souvenirs. Il est traqué par ses fantômes, hanté par ses mensonges, ses impostures. Un personnage magnifique, dans lequel Mastroianni dans un de ses plus beaux rôles, déploie toute sa classe dévoyée et lasse. Autour de lui, des femmes, rien que des femmes : son épouse amère, humiliée (Anouk Aimée), sa maîtresse dodue et vulgaire (Sandra Milo, formidable), une starlette anglaise (Barbara Steele) et une vedette souriante et solaire (Claudia Cardinale) qui n’existe probablement que dans son imagination.

C’est un film fascinant, kaléidoscopique, épuisant, sur l’impuissance et la folie du monde du show business. Certaines scènes s’impriment à jamais dans la mémoire, comme la samba de la grosse Eddra Gale sur la plage, la rêverie puérile du harem ou le cocktail final qui s’achève – et ce n’est que justice – en un grand numéro de cirque. La BO sublime de Nino Rota laissait courir l’analogie depuis les premières images.

OTTO3

ANOUK AIMÉE ET CLAUDIA CARDINALE

On ne raconte pas « HUIT ET DEMI » et on n’a nul besoin de l’analyser, comme le démontre l’insupportable personnage du critique français qui suit Guido partout et étouffe ce qui lui restait d’inspiration, tel un affreux Jiminy Cricket castrateur. C’est une œuvre parfaite, folle et angoissante comme un rêve dont on n’arrive pas à ressortir. Un des sommets de la carrière de Fellini.

OTTO4

BARBARA STEELE

 

« LA SCOUMOUNE » (1972)

SCOUMOUNE2

MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

SCOUMOUNE3

ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on revoit également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !

 

« LE MAUVAIS CHEMIN » (1961)

VIACCIA2« LE MAUVAIS CHEMIN » se situe à Florence à la fin du 19ème siècle. Jean-Paul Belmondo est un jeune paysan rêveur qui tombe amoureux fou de Claudia Cardinale, une prostituée de la ville, pour qui il va jusqu’à voler sa propre famille et se faire renier par son père.

Malgré un sous-texte politique, trop ou pas suffisamment développé qui parasite le scénario plus qu’autre chose, le film de Mauro Bolognini n’est au fond qu’une histoire d’amour fou, impossible, aussi pure que sordide, condamnée par un environnement de misère et de désespoir. La reconstitution d’époque est exceptionnelle, comme ce fut souvent le cas dans le cinéma italien de cette période, les seconds rôles sont bien dessinés, en particulier l’oncle abject et avaricieux joué par Paul Frankeur et son dragon de maîtresse, mais tout l’intérêt se focalise sur ‘Gigho’, magnifiquement incarné par le Belmondo des grandes années. Taciturne, hypersensible, aussi fort physiquement qu’il est friable mentalement, c’est un vrai personnage de tragédie, qui ne trouve sa place nulle part. Face à lui, dans un de ses plus beaux rôles, Cardinale compose une ‘Bianca’ aussi odieuse qu’attachante, corrompue jusqu’à l’os par la vie qu’elle a menée depuis son enfance et détruisant ce qu’elle aime. Le couple – qu’on reverra dans « CARTOUCHE » et « LA SCOUMOUNE », est vraiment bien assorti et leur alchimie est évidente.

À leurs côtés, Pietro Germi est excellent en père intraitable mais prêt aux pires bassesses pour garder sa terre (la scène terrible où il veut « vendre » sa belle-fille), Romolo Valli apparaît en anarchiste et Gina Sammarco est une maquerelle plus vraie que nature.

VIACCIA

JEAN-PAUL BELMONDO ET CLAUDIA CARDINALE

Rude, âpre, sans un seul rayon de soleil, « LE MAUVAIS CHEMIN » est un vrai bijou de l’âge d’or du cinéma italien, d’une noirceur suffocante, qui renvoie dos-à-dos toutes les classes sociales sans exception. Le seul être « différent » finira seul dans la boue, comme un chien errant.

 

HAPPY BIRTHDAY, CLAUDIA !

CARDINALE

CLAUDIA CARDINALE, DE FELLINI À HERZOG EN PASSANT PAR VISCONTI, BROOKS OU LEONE UNE FABULEUSE CARRIÈRE DE 120 FILMS.