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Archives de Catégorie: LES FILMS DE CLINT EASTWOOD

« LA DERNIÈRE CIBLE » (1988)

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CLINT EASTWOOD

« LA DERNIÈRE CIBLE » est le 5ème et dernier opus de la franchise des « Dirty Harry » initiée en 1971. Il est réalisé par l’ex-cascadeur Buddy Van Horn, qui ne tourna que trois films en tant que réalisateur, tous au service de Clint Eastwood : « ÇA VA COGNER », celui qui nous préoccupe aujourd’hui et « PINK CADILLAC ». Vraiment pas des chefs-d’œuvre !CIBLE2.jpg

De toute la saga, c’est cette ultime aventure qui écope du plus mauvais scénario : un jeu morbide au sein d’une équipe de tournage de film d’horreur. Les fausses-pistes sont ridicules, l’identité de l’assassin est navrante et « LA DERNIÈRE CIBLE » est tourné en format 1.85 : 1., le seul de la série à n’être pas en Scope, ce qui accentue la sensation de visionner un épisode de série TV lambda. Si tout ce qui concerne le monde du cinéma est d’une affligeante nullité (il faut avoir vu la séquence impliquant Jim Carrey épouvantable en rock-star capricieuse !), on trouve tout de même matière à tenir jusqu’au bout. D’abord ce bon vieil Eastwood, toujours plus décontracté et économe de ses gestes, un plaisir de retrouver sa silhouette dégingandée et ses costumes démodés. Sa relation avec la ravissante Patricia Clarkson, étonnamment adulte compte tenu du contexte, puis la présence du jeune Liam Neeson en réalisateur mégalo et coléreux coiffé en catogan ajoutent un soupçon d’intérêt. Et puis çà et là, d’excellentes répliques, une amusante poursuite avec une maquette de voiture explosive, une photo intéressante de Jack N. Green. Sans oublier la BO toujours bienvenue de Lalo Schifrin.

Dommage que le scénario soit aussi catastrophique, que les seconds rôles soient, pour la plupart, aussi mal dirigés, car « LA DERNIÈRE CIBLE » n’est pas le plus mal fichu des cinq films et aurait pu faire illusion avec un véritable réalisateur aux commandes. Regrettons tout de même que l’unique confrontation entre Eastwood et Neeson se soit faite dans d’aussi banales circonstances. Adieu, lieutenant Callahan, donc ! Et sans regrets…

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PATRICIA CLARKSON, LIAM NEESON ET CLINT EASTWOOD

À noter : sur la « liste noire » de l’assassin apparaît plusieurs fois le nom de ‘Thomas Stern’, un fidèle collaborateur d’Eastwood qui gravit tous les échelons jusqu’à devenir son directeur photo attitré. Sympathique clin d’œil.

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« LE RETOUR DE L’INSPECTEUR HARRY » (1983)

SUDDENSept ans après le piteux 3ème opus des aventures de l’inspecteur Callahan, Clint Eastwood prend complètement les choses en main en réalisant lui-même « SUDDEN IMPACT » (oublions le lamentable titre français), pour redorer son blason au box-office.

Le début ressemble à « MAGNUM FORCE », à savoir une succession de vignettes décousues montrant Harry en action (c’est un véritable carnage à chaque fois qu’il met le pied hors de chez lui !) et lui offrant des répliques-qui-tuent pas piquées des vers, dont le célébrissime : « Make my day ». Ensuite, c’est Sonda Locke qui prend le relais en jouant une artiste retournant à San Paulo, où elle et sa sœur furent jadis violées par des brutes locales demeurées impunies. Sa route va bientôt croiser celle de ‘Dirty Harry’ (en repos forcé), cela va sans dire. Le scénario est un salmigondis, mêlant « film noir », polar urbain, gros comique (le chien pisseur et péteur !), il est truffé d’énormes coïncidences, d’invraisemblances ridicules. Et le discours militant pour la justice individuelle est d’une lourdeur inouïe. Les auteurs vont d’ailleurs jusqu’à exonérer l’assassin de ses crimes pourtant gratinés, via un Harry indulgent et complice. Là, pour le coup, nous sommes bien loin des laborieuses justifications bien-pensantes de « MAGNUM FORCE » ! Si un serial killer a de bonnes raisons de dégommer des méchants, Harry saura se montrer magnanime… Attitude peut-être pas très défendable mais qui, au moins, paraît sincère.

Que dire des seconds rôles absolument épouvantables de cabotinage, particulièrement Paul Drake en psychopathe de service cherchant à faire oublier le Scorpio du premier film et l’insupportable Audrie Neenan ? Pourtant, grâce à la photo sombre de Bruce Surtees (occasionnant de nombreux plans flous) et à la BO pulsante d’un Lalo Schifrin de retour dans la franchise, « SUDDEN IMPACT » se laisse regarder sans passion mais avec sympathie. À 53 ans, Eastwood apparaît un peu vieilli, le cheveu plus rare, la ride expressive. Il dégage une certaine lassitude, un laisser-aller qui apportent une autre couleur à Harry Callahan. Et lors de l’affrontement final sur le quai, on retrouve avec plaisir les obsessions du réalisateur de « UN FRISSON DANS LA NUIT » et « L’HOMME DES HAUTES PLAINES ». Alors fermons les yeux sur les manques aveuglants de ce 4ème film et aimons-le malgré tout. Car le 5ème sera bien pire !

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CLINT EASTWOOD, PAUL DRAKE ET SONDRA LOCKE

 

« L’INSPECTEUR NE RENONCE JAMAIS » (1976)

ENFORCER.jpgAprès le grand Don Siegel, l’honnête faiseur Ted Post, c’est l’ex-assistant de Clint Eastwood, James Fargo, qui tient les mannettes de la 3ème aventure de Harry Callahan : « L’INSPECTEUR NE RENONCE JAMAIS » (quel grotesque titre français !), tourné trois ans après le précédent.

Bien que cadré en Scope, le film ressemble à s’y méprendre à un épisode de la série TV « LES RUES DE SAN FRANCISCO ». Aussi peu de style, une photo plate, télévisuelle, un scénario sans aucun centre de gravité. Cette fois, une bande de viet-vets rançonne la ville et kidnappe le maire. Harry, flanqué d’une nouvelle coéquipière (Tyne Daly) va jusqu’à Alcatraz pour régler le problème, contre l’avis de sa hiérarchie. Des anciens opus, on retrouve John (« Too much linguini ») Mitchum pour la dernière fois, Harry Guardino et Albert Popwell, qui tient à chaque fois des rôles différents dans la saga, mais la seule raison valable de s’infliger cette resucée redondante et sans âme, est le tandem formé par un Eastwood grincheux, mais mieux habillé que précédemment, et Tyne Daly, future héroïne de la série « CAGNEY & LACEY », excellente en fliquette novice opiniâtre qui finit par gagner l’estime de son misogyne partenaire. Pour le reste, Bradford Dillman endosse crânement le rôle du « asshole » de service et DeVeren Bookwalter est ridicule en chef des voyous peroxydé et grimaçant. Où es-tu Andy Robinson, quand on a besoin de toi ?

Une suite sans intérêt ni raison d’être, hormis celle de capitaliser sur le succès du flic mal embouché et de sortir quelques bêtises bien réacs sur le MLF et les mouvements révolutionnaires noirs des seventies. Jerry Fielding est un bon musicien, mais Lalo Schifrin manque cruellement à l’appel. C’est, avec « LA DERNIÈRE CIBLE », le plus faible des cinq films de la franchise.

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CLINT EASTWOOD, JOHN CRAWFORD, HARRY GUARDINO, TYNE DALY ET BRADFORD DILLMAN

À noter que Callahan croise dans un bordel sordide un individu louche – et moustachu – nommé… Buchinski ! Clin d’œil insolent à son collègue et rival au box-office, Charles Bronson, dont c’est, rappelons-le, le vrai patronyme ?

 

« MAGNUM FORCE » (1973)

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CLINT EASTWOOD

Le dernier plan de « L’INSPECTEUR HARRY » bouclait en beauté la geste de ce flic-justicier. Mais le film de Don Siegel et le personnage lui-même furent taxés de fascisme par la critique U.S. Aussi Clint Eastwood jugea-t-il bon de remettre les pendules à l’heure deux ans plus tard avec « MAGNUM FORCE » écrit par John Milius et Michael Cimino et réalisé par Ted Post, spécialiste des sequels qui dirigea l’acteur à la TV et dans « PENDEZ-LES HAUT ET COURT ».MAGNUM

L’unique raison d’être du film est donc de démontrer que ‘Dirty Harry’ n’est pas ce qu’il y a de pire et que, lorsqu’il tombe sur un escadron de la mort exécutant les malfrats de sang-froid, il refuse de leur prêter main-forte, préférant demeurer au sein d’un système que pourtant il méprise. Le scénario est très bizarre, se permettant des digressions sans aucun rapport avec l’histoire (le détournement d’avion, le hold-up de supermarché) dans le seul but de montrer Eastwood en action, et s’attardant sur des fausses-pistes (le motard campé par Mitchell Ryan) vraiment grossières. Résultat, « MAGNUM FORCE » dure deux bonnes heures, le dialogue est très explicatif et Clint – beaucoup moins crispé que précédemment – passe beaucoup de temps à se justifier et à prouver qu’il n’est pas si « dirty » que ça. La preuve : il a un coéquipier noir, couche avec une Asiatique !

Grâce à ce mood si singulier des années 70, aux extérieurs de San Francisco et à la présence inimitable d’Eastwood, « MAGNUM FORCE » n’est pourtant pas déplaisant et se laisse regarder tranquillement, sans surprise (non, la révélation de l’identité des vrais coupables n’en est VRAIMENT pas une !) mais avec un certain contentement paresseux. Hal Holbrook est un odieux commissaire tête-à-claques, David Soul est le chef des motards-justiciers que les auteurs ont cru bon de décrire comme des « tapettes » (était-ce nécessaire ?) et les seconds rôles sont tous pittoresques et bien campés.

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CLINT EASTWOOD ET DAVID SOUL

Pas du tout à la hauteur du premier film, bien sûr, ce n°2 est une suite acceptable, concoctée par de bons professionnels connaissant parfaitement leur job.

 

« L’INSPECTEUR HARRY » (1971)

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LE PREMIER PLAN DU FILM !

Depuis sa sortie, il y a bientôt 50 ans, « L’INSPECTEUR HARRY » de Don Siegel a servi de maître-étalon à tous les polars américains, italiens, voire français dont le héros était un flic aux méthodes de « vigilante ». Aussi, l’original a-t-il forcément perdu de sa fraîcheur, mais pas autant qu’on pouvait le craindre.HARRY.jpg

Le scénario, inspiré du célèbre cas du « Tueur du Zodiaque » est ultra-bétonné, d’une efficacité sans faille, culminant par un final cathartique. Dédié aux héros de la police de San Francisco, le film n’y va pas par quatre chemins et s’efforce de démontrer qu’avec les psychopathes, il n’y a pas 36 solutions : une bonne dose de plomb ! Quant au flic, campé par Clint Eastwood, c’est un peu le spectre des héros du Far-West légendaire : Harry n’a cure de la hiérarchie, des mandats, des lois Miranda ou autres. Lui, ce qu’il veut, c’est utiliser son Magnum .44 pour éliminer la vermine. Le look délibérément vieillot de l’acteur, contrastant avec l’environnement « hippie » de Frisco et même avec les cheveux longs du serial killer, enfonce le clou. Oui, « L’INSPECTEUR HARRY » est un film réac, mais intelligemment conçu et surtout, très bien filmé par Siegel qui évite l’ambiance série télé par l’utilisation du format Scope et d’une photo souvent très sous-exposée et granuleuse. Outre un Eastwood de 41 ans, au sommet de sa forme, le film révèle Andy Robinson, le plus haïssable et crédible tueur en série de l’Histoire du polar U.S. Après l’avoir vu assassiner des enfants, des jeunes filles, des policiers en service, impossible de ne pas espérer impatiemment sa mort. Violente, si possible !

Porté par une formidable BO de Lalo Schifrin (ah ! Ces chœurs féminins fantomatiques !), soutenu par un montage qui n’a pas pris une ride, « L’INSPECTEUR HARRY » peut se revoir aujourd’hui avec le même plaisir qu’à sa sortie et sans forcément chercher la petite bête idéologique. C’est tout simplement la confrontation de jeunes sauvageons chevelus avec… Wyatt Earp qui n’a pas du tout envie de voir son Amérique fantasmée changer de visage !

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CLINT EASTWOOD ET ANDY ROBINSON

 
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ATTENTION ! DEMAIN, IL DÉBARQUE SUR « BDW2 » ET IL APPORTE LE MAGNUM…

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DON ET CLINT… PETITS HOMMAGES ENTRE AMIS

Entre le réalisateur Don Siegel et l’acteur Clint Eastwood, une vraie relation d’amitié est née sur le plateau de « UN SHÉRIF À NEW-YORK » en 1968. Ils tournèrent plusieurs fois ensemble et Siegel apparut même dans un petit rôle de barman dans « UN FRISSON DANS LA NUIT », première réalisation d’Eastwood, tournée en 1971.HARRY HOMMAGES

Cette même année, les deux hommes se retrouvent sur le plateau de « L’INSPECTEUR HARRY » et c’est au tour de Siegel de tenir la caméra et d’adresser plusieurs clins d’œil à sa star. D’abord, dans la célébrissime séquence de l’attaque de banque vers le début du film. Lorsque Harry Callahan marche tranquillement vers le dernier survivant de la fusillade, on aperçoit à l’arrière-plan la façade d’un cinéma jouant… « PLAY MISTY FOR ME » ! Autrement dit, « UN FRISSON DANS LA NUIT ». Puis lors de la longue séquence nocturne où Harry est « baladé » par le tueur Scorpio à travers la ville, avec un sac contenant 200 000 $, Clint descend dans le métro. Il croise une dame avec un foulard lisant un magazine, qui semble bien être Maggie Johnson, sa femme à l’époque. Aucune indication au générique, mais elle ressemble énormément à Mme Eastwood, d’autant plus que le plan suivant Clint descend les marches menant aux quais et sur un mur, on peut lire en grosses lettres : « KYLE ». Prénom du fils de Maggie et Clint, alors âgé de trois ans.