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Archives de Catégorie: LES FILMS DE DANNY TREJO

« GONE ARE THE DAYS » (2018)

GONE.jpegPremier film de Mark Landre Gould, « GONE ARE THE DAYS » avec son casting de vieux stakhanovistes du DTV et son look fauché, a toutes les apparences d’une série B torchée à la va-vite, vaguement inspirée des thèmes de « IMPITOYABLE » d’Eastwood.

Pourtant, en s’y attardant un tant soit peu, le film vaut mieux que cela. S’il n’est pas spécialement bien filmé et photographié, il parvient néanmoins à créer une réelle empathie pour son personnage incarné corps et âme par Lance Henriksen. À 78 ans, il incarne un hors-la-loi rongé par la maladie et hanté (littéralement) par son passé, qui décide d’arracher sa fille (Meg Steedle) à la prostitution avant de passer l’arme à gauche. Le premier quart d’heure du film consiste à contempler l’acteur complètement ravagé, en caleçons crasseux, en train de cracher ses poumons, de se traîner pitoyablement en parlant à un « ami imaginaire ». Il faut toute la présence et l’humanité d’Henriksen pour rendre cela supportable. D’habitude dans les westerns, les pistoleros mordaient la poussière bien avant d’atteindre ces âges-là ! On s’attend à un ultime baroud d’honneur, un grand ‘showdown’ final, mais l’auteur ne nous en fera pas l’aumône. « GONE ARE THE DAYS » est une triste histoire de rédemption, une fable crépusculaire sur la fin des temps héroïques. C’est un des plus beaux rôles de l’acteur, un des plus fouillés et il s’y montre vraiment extraordinaire, exhibant sans vanité son visage creusé, son corps usé. Seule sa voix n’a pas changé. À ses côtés, Tom Berenger est excellent en shérif calme et intelligent, Danny Trejo apparaît brièvement en incarnation de ‘Charon’ le passeur des enfers à la sauce mexicaine. Et Steve Railsback campe un « mac » haïssable au possible, une véritable vermine.

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LANCE HENRIKSEN, MEG STEEDLE, TOM BERENGER ET STEVE RAILSBACK

De vieux mais toujours grands comédiens, réunis pour un film d’allure assez ingrate mais tournant courageusement le dos aux poncifs du genre. C’est lent, déprimant, voire pénible par instants, mais l’admirateur de Lance Henriksen ne voudra à aucun prix manquer ce western qui lui offre enfin un rôle à sa mesure.

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« DEAD AGAIN IN TOMBSTONE » (2017)

« I’m getting too old for this dyin’ shit ! », lâche Danny Trejo en ressuscitant pour la troisième fois depuis le début du film. Sequel du semi-nanar de 2013, « DEAD AGAIN IN TOMBSTONE » réalisé au Canada par un Hollandais, est une des pires sequels qu’il soit donné de voir.

À 73 ans bien tassés, l’ami Trejo a perdu beaucoup de sa superbe. Il semble encore plus petit dans son cache-poussière de cuir noir et serre ses grandes dents blanches en tirant à deux revolvers. Mais sa légendaire férocité s’est évaporée. Et l’absence de Mickey Rourke, attraction du n°1, se fait cruellement ressentir. Le scénario ? Une vague histoire de grimoire satanique piqué à « EVIL DEAD », convoité par un officier sudiste (Jake Busey, tout en rictus) et aussi le retour de ‘Guerrero’ dans sa ville natale où il retrouve sa mamita qui a l’air plus jeune que lui et sa plantureuse fille. C’est pourri de ralentis, de contrejours publicitaires et cela s’achève en film de zombies dans un showdown d’un grotesque achevé ! C’est franchement stupéfiant de n’importe quoi sans aucun contrôle, jusqu’aux décors qui semblent avoir été plantés la veille par Lapeyre.

Trejo en est, à l’heure où sont écrites ces lignes, à son 350ème film et il n’en est donc pas à un navet près vu sa cadence de tournage. ‘Guerrero’, l’envoyé de Satan est un de ses trois rôles récurrents avec Machete et Bad Ass, et très certainement le héros de western le plus improbable de l’Histoire du genre.

« DEAD AGAIN IN TOMBSTONE », suite d’un film déjà pas bien fameux n’avait aucune chance de s’élever au-dessus de sa condition de DTV fauché et d’une laideur à faire peur. Même le fan aveugle et sourd de Danny commencera à trouver qu’il exagère un peu et que, effectivement, il commence à devenir « too old for this shit ».

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JAKE BUSEY ET DANNY TREJO

 

« HIDDEN » (1987)

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CLAUDIA CHRISTIAN

« HIDDEN » a trente ans. Et même s’il est clairement marqué par l’esthétique de son époque et par ses influences (« TERMINATOR », « ALIEN » et la vogue des ‘buddy movies’ policiers à la Walter Hill), on est tout surpris de découvrir qu’il n’a pas pris une ride, qu’il fonctionne comme au premier jour et qu’on y prend toujours le même plaisir.HIDDEN2

Cela démarre comme une chasse au serial killer à L.A. : un flic (Michael Nouri) s’associe à un agent du FBI (Kyle McLachlan) pour se rendre compte que le tueur est multiple, qu’il change sans arrêt d’apparence physique et qu’on nage en pleine science-fiction. Le scénario est très malin, puisque bénéficiant d’un budget manifestement pas très opulent, il déguise le fantastique en polar urbain. Les rares F/X sont tout à fait efficaces et l’histoire est tellement bien agencée que le film ne connaît aucun temps mort, pas le moindre instant de réflexion qui aurait laissé le loisir de trouver tout cela complètement absurde.

Dans un personnage décalé et bizarroïde, McLachlan semble faire ses gammes pour son rôle de ‘Cooper’ dans « TWIN PEAKS ». Il excelle dans l’impassibilité bienveillante, la fausse naïveté et apporte au film un second degré bienvenu qui compense le manque total d’intérêt de son partenaire Nouri, qui semble tourner un autre film. Dans une jolie pléiade de seconds rôles, on reconnaît Clu Culager, Ed O’Ross, James Luisi et la très atomique Claudia Christian en strip-teaseuse « possédée » qui crève l’écran. Le fan à l’œil affuté saura repérer le jeune Danny Trejo en prisonnier dans un unique plan, avant qu’il ne se fasse exploser par l’alien.

« HIDDEN » est un petit chef-d’œuvre dans son genre, une série B jouissive et intelligente à l’humour discret et qui jette un regard caustique sur l’American Way of Life : le hors-la-loi extra-terrestre aime les voitures de sports, le hard rock, les filles aux gros seins et les flingues. Jack Sholder nous laisse entendre qu’il n’aura aucun mal à s’intégrer à la société humaine !

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MICHAEL NOURI, KYLE McLACHLAN ET DANNY TREJO

 

« LES AILES DE L’ENFER » (1997)

CONAIR2D’abord et avant tout, éliminons toute ambiguïté : ‘Con Air’ n’a pas du tout en v.o. le sens qu’il prend en français et le titre original de « LES AILES DE L’ENFER » ne fait nullement allusion à l’expression faciale de Nicolas Cage.

Ceci établi, le film de Simon West est une sorte de concentré de blockbuster bâti sur une seule idée : un avion rempli à ras-bord de serial killers qui tentent de s’évader et voient leur projet contrarié par un ex-Texas ranger qui vient de purger huit ans de pénitencier. Une fois ce postulat plutôt rigolo établi, le scénario se contente d’articuler ses quelques péripéties autour d’explosions dantesques, de fusillades assourdissantes et de bastons sauvages. Le tout monté avec des plans dépassant rarement les trois secondes. C’est d’une crétinerie abyssale, on dirait que les auteurs cherchent à agglomérer tous les clichés plutôt que de les esquiver. Mais force est de reconnaître qu’on s’amuse assez, grâce à la brochette de « tronches » réunies pour l’occasion : outre les futurs abonnés aux DTV que sont Cage (qui s’est fait le look de Van Damme dans « CHASSE À L’HOMME » et joue à peu près aussi subtilement que lui), John Cusack ou Danny Trejo, on est gâté avec Steve Buscemi en émule d’Hannibal Lecter, Ving Rhames en brute épaisse, Colm Meaney drôle en enfoiré de la DEA et surtout John Malkovich qui s’éclate visiblement à jouer un taré surnommé « le virus ». Voir tous ces monstres côte à côte crée une certaine jubilation.

Si on parvient à supporter l’air hébété et les extensions capillaires de Cage, « LES AILES DE L’ENFER » procurent deux heures de spectacle décomplexé, qui ne sait hélas pas s’arrêter : la destruction de Las Vegas en guise d’épilogue semble vraiment de trop, comme une pièce rajoutée après-coup qui rend le film tout entier bourratif et un brin écœurant. Pour le reste, si on sait ce qu’on regarde et qu’on ne s’attend à rien de sérieux ou d’inventif, on peut débrancher son cerveau et rire de bon cœur.

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STEVE BUSCEMI, NICOLAS CAGE, JOHN CUSACK ET JOHN MALKOVICH

 

« REACH ME » (2014)

REACHClairement influencé par « SHORT CUTS » de Robert Altman et par la mode des films « choraux », mais aussi, encore et toujours par Tarantino (ce couple de tueurs ! ), John Herzfeld signe avec « REACH ME » un film dont la seule surprise est sa date de tournage : on jurerait qu’il a été produit vingt ans plus tôt !

Tout tourne autour d’un livre écrit par un auteur mystérieux (Tom Berenger) capable de changer la vie de ses lecteurs et de modifier leur vision du monde. À partir de là, c’est une construction en mosaïque, faisant évoluer divers groupes de personnages qui finissent par se retrouver tous au même endroit, au même moment à la fin de l’histoire. Vu, revu, rabâché, tout cela ne présente pas grand intérêt à vrai dire et ce petit côté désuet, hors du temps, n’aide pas à accrocher le spectateur.

Cependant, parce que Herzfeld sait filmer et qu’il a réuni une brochette d’acteurs qu’on aime, « REACH ME » se laisse regarder, sans passion excessive mais sans trop de difficulté non plus. Kyra Sedgwick et Lauren Cohan (« WALKING DEAD ») sont bien séduisantes, Sylvester Stallone dans un rôle à la Lancaster dans « LE GRAND CHANTAGE » semble s’amuser beaucoup et son dernier face-à-face avec un Berenger en bonne forme, vaut vraiment le coup d’œil. Thomas Jane est très bien en flic-cowboy addict à la violence, Danny Aiello est un prêtre alcoolo, et parmi les petits rôles on a le bonheur de retrouver Danny Trejo – le temps qu’il se fasse descendre – et Sally Kellerman dans une fugace figuration. Clin d’œil à Altman ?

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THOMAS JANE, SYLVESTER STALLONE ET TOM BERENGER

Il ne faut rien attendre de ce film complètement creux et déconnecté de son époque, dont l’apparente maestria tourne à vide, mais pour tuer le temps et pour revoir des visages familiers, on peut lui consacrer 90 minutes de sa vie, sans trop de regret.

 

BUSY DANNY…

Tiens ! Cela faisait un moment qu’on ne parlait plus de l’ami Danny Trejo. Et pourtant, on ne peut pas dire que le bonhomme soit inactif. À 73 ans bien sonnés, il a aujourd’hui à sa filmographie pas moins que 330 titres ! Sans compter les pubs télé pour des tacos et autres, les courts-métrages de copains, etc.TREJO

Si 2016 fut une année un peu au ralenti (seulement 18 films tournés), Danny semble se rattraper en 2017. Au moins d’avril, il en est déjà à 25 tournages ! Alors bien sûr, il n’y a pas que des chefs-d’œuvre et la plupart ne sortiront probablement même pas en DVD ou en Blu-ray. Mais certains font surface comme ce petit bijou que semble être « L’ATTAQUE DU REQUIN À TROIS TÊTES ». Apparemment pas de nouveau « BAD ASS » à l’horizon, peut-être un prochain « MACHETE », si Danny parvient à caser tout ça dans son agenda. Adelante, compañero !

 
 

« THE SALTON SEA » (2002)

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VAL KILMER

« THE SALTON SEA » reprend à son compte tous les clichés, codes et poncifs du ‘film noir’ des années 40 et les transpose sans complexe dans l’univers des narcotrafiquants du L.A. des années 2000.SALTON

On retrouve donc la voix « off », la construction en flash-back, la quête d’identité de l’antihéros à la dérive, le thème de la vengeance et celui de la corruption, tout cela dans un décor ensoleillé aux couleurs clinquantes. Les auteurs décrivent un environnement sordide de junkies délirants, de dealers sadiques, de filles perdues et attendent (attention : SPOILER !) très longtemps avant de révéler la véritable identité et les motivations de Val Kilmer, d’abord présenté comme un drogué abruti et une « balance » sans foi ni loi. L’acteur, dans un de ses derniers bons rôles, est d’ailleurs excellent dans ce personnage à facettes, auquel il apporte une bonne dose d’empathie et d’émotion.

D.J. Caruso l’a très bien entouré d’une pléiade de seconds rôles comme Peter Sarsgaard en junkie affectueux, Doug Hutchison et Anthony LaPlaglia parfaits en ripoux infâmes, Deborah Kara Unger ambiguë à souhait, Luis Guzmán en tabasseur de femmes, Danny Trejo en porte-flingue dont la virilité est exposée à… un blaireau affamé et même les vétérans Shirley Knight et R. Lee Ermey dans de fugitifs caméos. Mais le clou du film, c’est Vincent D’Onofrio ahurissant en dealer totalement cinglé, dont le nez a dû être amputé par abus de cocaïne. Aussi clownesque que terrifiant, il électrise toutes les scènes où il apparaît !

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DEBORAH KARA UNGER ET VINCENT D’ONOFRIO

« THE SALTON SEA » est trop maniéré et esthétisant pour enthousiasmer vraiment, mais son scénario très peaufiné accroche indéniablement l’intérêt et la photo d’Amir Mokri flatte l’œil. À tenter…