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Archives de Catégorie: LES FILMS DE FRANCES McDORMAND

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

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« LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (2017)

Il n’est pas si courant qu’un film obtienne une totale unanimité dans les louanges de la critique internationale, qu’il ramasse des Oscars, qu’il soit un succès public et qu’il ne déçoive pas à l’arrivée. « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (terrible titre français sans rapport avec le sujet !) réussit l’exploit. Écrit et réalisé par l’anglais Martin McDonagh à qui on doit l’inoubliable « BONS BAISERS DE BRUGES », c’est une fable profondément américaine sur le deuil, l’individualisme et la rédemption.3 BB

Le scénario est bien agencé et confronte Frances McDormand dont la fille a été assassinée, au shérif local Woody Harrelson qu’elle accuse d’incompétence. Mais rien n’est simple dans ce film. Les personnages qui apparaissent d’abord comme des archétypes caricaturaux, un peu dans la manière des frères Coen, s’avèrent peu à peu avoir une profondeur, une humanité qui ne demandent qu’à s’exprimer. Même Sam Rockwell, l’adjoint abruti et raciste saura évoluer et devenir un type bien. Bien sûr, il y a de l’humour, il est très grinçant et cynique, mais le ton est à la noirceur et à la désespérance et si espoir il y a, il naît toujours de façon inattendue et déconcertante.

La grande, l’unique McDormand trouve après « FARGO », « OLIVE KITTERIDGE » ou « PRESQUE CÉLÈBRE » un de ces personnages qui ont fait sa gloire : une femme rugueuse, solitaire, abrasive, taillée dans l’étoffe des pionnières d’antan. Elle est positivement extraordinaire et tient le film sur les épaules, laissant çà et là filtrer ses faiblesses de femme battue. Elle est très bien entourée par Harrelson en shérif intelligent, rongé par la maladie, Peter Dinklage parfait dans un rôle pourtant peu nécessaire à la progression narrative, John Hawkes excellent en ex-mari tabasseur. Mais c’est Rockwell qui ramasse tout dans son rôle de « petit blanc » borné qui s’éveille doucement à la conscience.

Une fois n’est pas coutume, écoutons donc la voix de la majorité et hurlons (de joie) avec les loups : oui, « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » est un film remarquable, étonnant, déroutant et même émouvant. À voir absolument.

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FRANCES McDORMAND

 

« RANGOON » (1995)

John Boorman's Beyond Rangoon (1995) with Patricia ArquetteTourné « à chaud » dans le but évident de faire connaître à un vaste public international le drame birman, « RANGOON » pâtit de ses bonnes intentions qui – on le sait depuis longtemps – n’ont jamais fait les bons films.

Entre les mains expertes de John Boorman, c’est pourtant loin d’être un ratage complet, une fois passé les quarante premières minutes. Tout ce début est en effet confit de clichés : le deuil de l’héroïne censé justifier à lui seul tout son comportement, les flash-backs/rêves sur l’enfant mort, le dialogue d’une platitude et d’un didactisme inouïs, la séquence où apparaît un avatar d’Aung San Suu Kyi d’une naïveté navrante, etc.

Mais dès que l’action se concentre en course-poursuite dans la jungle, le film décolle, trouve ses marques et confirme qu’un discours, même politique, est bien plus efficace quand il n’est pas asséné au burin, mais démontré en images et en symboles. Outre une photo magnifique de John Seale et une BO très émouvante de Hans Zimmer, « RANGOON » doit énormément à la sympathie naturelle dégagée par Patricia Arquette, qui transcende un rôle sans réelle profondeur, plombé par des répliques souvent agaçantes de vieux bon sens yankee. Sa relation au professeur U Aung Ko, jouant son propre personnage, soutient l’intérêt et génère parfois une véritable empathie. Dommage que Frances McDormand disparaisse après le premier quart d’heure ! Son apparition en sœur protectrice ne marquera pas les esprits.

À prendre et à laisser donc, dans ce « RANGOON » sincère et visuellement très beau, que l’excès de sentimentalisme hollywoodien finit par rendre souvent irritant et contre-productif.

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PATRICIA ARQUETTE ET FRANCES McDORMAND

 

« TOUT PEUT ARRIVER » (2003)

tout2Nancy Meyers, scénariste et réalisatrice spécialisée dans les « sitcoms » pour grand écran basés sur des « high concepts », signe avec « TOUT PEUT ARRIVER » un film sans aucun point-de-vue esthétique (à part que tout doit être très éclairé, tout le temps) et à 100% au service de ses stars.

À bien y regarder, le scénario est un dialogue ininterrompu entre ses deux personnages principaux, épicé parfois d’interventions fugaces de seconds rôles sans intérêt et rythmé par des changements de décors. Le thème, il est simple : c’est « l’amour chez les seniors », pour le reste tout repose sur le métier (considérable) de Diane Keaton et Jack Nicholson.

La première, sortant de sa réserve habituelle, est surprenante en dramaturge à la fois coincée et exubérante, passant en un instant du rire aux larmes et s’offre même à 57 ans, une scène de nu inattendue (et drôle). Face à elle, le monstre Nicholson dans ses œuvres. Ventru, congestionné, le sourire auto-satisfait d’un gros matou repu, il délaisse toute vanité de star pour se montrer dans tout le ridicule de sa soixantaine fatiguée : la calvitie ébouriffée, les fesses à l’air, l’œil vague, le viagra à portée de main, il est en sur-cabotinage en roue-libre, mais force est de reconnaître qu’il est très amusant. On sourit donc souvent de leurs face-à-face drolatiques, malgré un dialogue surabondant, répétitif et parfois même superflu. Le tandem retient malgré tout l’attention et oblitère Frances McDormand en sœur délurée, le revenant Paul Michael Glaser ou la pétillante Amanda Peet. Quant à Keanu Reeves, en gentil médecin attiré par les femmes mûres, c’est à peine s’il impressionne la pellicule, comme à son habitude.

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JACK NICHOLSON ET DIANE KEATON

Si on est bien disposé, si on aime Keaton et Nicholson, on prendra un certain plaisir pépère à leurs échanges. Sinon, cette logorrhée risque d’agacer les amateurs de vrai cinéma. À voir en connaissance de cause, donc.

 

« AVE CÉSAR ! » (2016)

Malgré quelques années relativement décevantes, on attend toujours le prochain film des frères Coen avec l’espoir de retrouver la verve de « FARGO » ou « THE BARBER ». Autant le dire tout de suite, avec « AVE CÉSAR ! », ce ne sera pas pour cette fois.AVE

Ce n’est pas que le film soit raté, loin de là, c’est plutôt qu’il paraît manquer de centre de gravité, d’un scénario solide, même dans l’absurde comme le fut « THE BIG LEBOWSKI », par exemple. L’humour pince-sans-rire et passéiste des brothers est bien présent, le travail de reconstitution du Hollywood des années 5O est parfait, surtout dans la recréation de films bibliques, de westerns de série B ou de ‘musicals’ nautiques. Et comme souvent, la plupart des protagonistes sont des imbéciles heureux à la crétinerie hilarante. Mais c’est tellement « second degré », que lorsqu’arrive le mot « FIN » on a l’étrange sensation que le film n’a pas encore vraiment démarré. Reste heureusement un casting en béton-armé : Josh Brolin impeccable en ‘producer’ paternaliste à la main leste, George Clooney irrésistible en star à l’incommensurable bêtise, Tilda Swinton étonnante en sœurs jumelles chroniqueuses et rivales, Scarlett Johansson en avatar d’Esther Williams. À noter la fugitive présence des anciens rivaux de « HIGHLANDER » : Christophe(r) Lambert et Clancy Brown. Abonnée à l’univers des Coen, Frances McDormand apparaît brièvement en vieille monteuse racornie, qui s’étrangle avec sa moviola.

« AVE CÉSAR ! » est donc un plaisir pour l’œil, un amuse-gueule inconsistant mais goûteux, qui provoque des éclats de rire et offre un regard à la fois caustique et attendri sur l’Usine à Rêves et sur un cinéma disparu.

 

« FRIENDS WITH MONEY » (2006)

FRIENDS« FRIENDS WITH MONEY » s’inscrit parfaitement dans la carrière de Nicole Holofcener, sorte de Woody Allen au féminin relocalisé sur la Côte Ouest.

D’ailleurs, cet opus fait souvent penser à un des chefs-d’œuvre du maître new-yorkais : « HANNAH ET SES SŒURS ». Les quatre héroïnes ne sont pas sœurs mais copines de fac (ou tout du moins le conclue-t-on). Trois bourgeoises quadragénaires bien installées dans la vie, mères de famille, et une quatrième, moins sûre d’elle, gagnant sa vie en faisant des ménages. Construit en puzzle minimaliste, le film suit en parallèles se recoupant parfois, ces quatre parcours, dont les apparences se fendillent rapidement pour démontrer que riche ou pauvre, marié ou célibataire, avec ou sans enfant, tout le monde est logé à la même enseigne : nul n’échappe à la midlife crisis, à la dépression et aux remises en question. L’écriture est si fine, les portraits si bien croqués, que lorsque le film s’achève on a l’étrange sensation qu’il vient de commencer et qu’il aurait pu durer deux bonnes heures de plus !

Honnêtement réalisé sans plus, « FRIENDS WITH MONEY » fait la part belle à son superbe casting, la fine-fleur du cinéma indépendant U.S. : Jennifer Aniston excellente en « pauvre fille » malléable et cœur d’artichaut, Catherine Keener à fleur de peau en scénariste au bord du divorce, Frances McDormand formidable – mais quand ne l’est-elle pas ? – en femme mariée à un ‘gay’ et sombrant peu à peu dans une inquiétante clochardisation. Joan Cusack, Jason Isaacs ou Simon McBurney sont également parfaitement utilisés.

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CATHERINE KEENER, FRANCES McDORMAND, SIMON McBURNEY ET JENNIFER ANISTON

Quelle est la morale de cette tranche de vie incisive mais généreuse ? Que l’argent ne fait pas le bonheur ? Que l’amitié est fragile ? Qu’un couple ne tient souvent qu’à un fil aisément cassable ? Entre autres, oui. C’est surtout un joli panorama des névroses urbaines des années 2000, un instantané drôle et cruel, d’un pessimisme souriant, d’une intelligence aiguë.

 

« THIS MUST BE THE PLACE » (2011)

Il y a de forts échos de « PARIS, TEXAS » de Wenders et de « UNE HISTOIRE VRAIE » de Lynch, dans « THIS MUST BE THE PLACE ». Trois films où apparaît curieusement Harry Dean Stanton, ici dans un simple caméo-clin d’œil.THIS

Sean Penn, ex-rock star végétant en Irlande dans son maquillage gothique des années 80, retourne à New York pour l’enterrement de son père. Apprenant que celui-ci recherchait le nazi qui l’avait torturé à Auschwitz, Penn prend le relais et traverse les U.S.A. jusqu’en Utah pour confronter l’ancien bourreau.

Résumé ainsi, cela pourrait ressembler à un film de vengeance à peu près structuré. Mais Paolo Sorrentino opte pour un traitement erratique, digressif, frôlant parfois l’absurde et signe un ‘road movie’ initiatique qui voit ce vieil enfant mûrir à vue d’œil pendant sa quête hasardeuse. Le film doit beaucoup à Penn, acteur si décevant ces dernières années, et qui a rarement été meilleur que dans ce contremploi hallucinant de vieille star décatie, grotesque et pathétique, à la voix chevrotante, au regard embrumé, comme échappé d’un cauchemar de Tim Burton. La candeur du personnage, sa lente dérive finissent par être profondément émouvantes et tout passe par le regard de l’acteur.

À ses côtés, on retrouve avec bonheur Frances McDormand dans le rôle de son épouse irlandaise (et pompier !) tolérante et patiente. Judd Hirsch excellent en chasseur de nazis mal embouché.

Étrange, excentrique, décalé, « THIS MUST BE THE PLACE » est une œuvre à part dans laquelle il faut pénétrer sans a priori pour profiter de sa générosité, de son humour pince-sans-rire et de sa tendresse pour les laissés-pour-compte quels qu’ils soient.