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Archives de Catégorie: LES FILMS DE FRANCES McDORMAND

« SHORT CUTS – LES AMÉRICAINS » (1993)

SHORT.jpgInspiré des écrits de Raymond Carver, « SHORT CUTS » (oublions le stupide sous-titre français) est en quelque sorte l’œuvre-somme de Robert Altman qui, sur trois heures, signe son meilleur film « choral » et fait preuve d’une maestria narrative inouïe.

Impossible de résumer « SHORT CUTS », difficile de le classifier. C’est une mosaïque imposante sur le quotidien de quelques habitants disparates de L.A., des individus d’apparence « normale », voire banale, qui au fur et à mesure qu’on apprend à mieux les connaître, apparaissent pour ce qu’ils sont : des monstres d’égoïsme, d’égocentrisme, de veulerie, des obsédés sexuels, des frustrés, des parents incapables d’amour, des losers effrayés par la solitude, des jaloux obsessionnels, des harceleurs, etc. Non, l’Humanité dépeinte par Altman n’a pas grand-chose d’humain et le film aurait tout aussi bien s’intituler « Les nouveaux monstres ». Mais c’était déjà pris ! Les gens se croisent, se retrouvent, tout le monde est relié d’une manière directe ou indirecte et la vie va, avec ses mesquineries, ses trahisons, jusqu’à la tragédie. Car on ne sort par indemne de ces quelques jours à L.A. : un enfant meurt, deux jeunes femmes perdent également la vie, dans l’indifférence presque générale. C’est à la fois brillant et totalement déprimant et on en ressort vraiment lessivé. Dans une distribution de rêve, on retiendra surtout Jack Lemmon, d’une souriante abjection, Julianne Moore, Madeleine Stowe et Frances McDormand dont la nudité fréquemment exposée n’a pourtant rien d’affriolant (c’est dire si le film atteint sa cible !), et puis Fred Ward en mâle « all american » insupportable, Annie Ross extraordinaire en vieille chanteuse de jazz sans cœur, Tim Robbins en flic chaud-lapin, Lily Tomlin et Tom Waits en vieux couple de pochtrons, et aussi Andie McDowell… Il faudrait tous les citer et ils sont très nombreux !

Un beau morceau de cinéma donc que « SHORT CUTS », un des chefs-d’œuvre de son réalisateur dont le style singulier est arrivé à maturité. Mais il faut s’attendre à un arrière-goût amer. TRÈS amer !

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JULIANNE MOORE, JACK LEMMON ET FRANCES McDORMAND

 

« DARKMAN » (1990)

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LIAM NEESON

Étonnant à quel point « DARKMAN » ne prend pas une ride, malgré son grand âge et à l’heure des films de super-héros hypersophistiqués au niveau des CGI. Peut-être justement parce que Sam Raimi assume crânement son côté « années 50 » avec ses F/X délibérément vieillots mais toujours efficaces, son humour noir, ses brusques changements de ton.DKM.jpg

Héritier du fantôme de l’Opéra, de « The Shadow », de « L’HOMME AU MASQUE DE CIRE » (dont le scénario est un quasi-remake), et même d’Elephant man, Darkman est un savant défiguré, atrocement brûlé par des gangsters, qui invente une peau artificielle (à durée limitée) lui permettant d’entamer une vengeance élaborée. Ce n’est pas l’aspect policier qui séduit encore dans « DARKMAN » aujourd’hui, mais le soin apporté aux tenues des personnages, aux décors sortis d’une BD, une ultra-violence tempérée par un infime décalage qui nous rappelle constamment que tout cela n’est pas très sérieux. La grande idée du réalisateur est d’avoir employé deux acteurs comme Liam Neeson et Frances McDormand, réputés pour leur sérieux justement, leur crédibilité dans n’importe quelle situation. Jouant 100% au premier degré dans un environnement en délire, ils parviennent à donner chair et épaisseur non seulement à leurs personnages, mais au film tout entier. Des scènes comme celle de la fête foraine atteignent même une réelle dimension tragique, alors qu’elle est filmée comme un voyage dans un train-fantôme. C’est assez virtuose, jamais ridicule ou infantile et Neeson, qu’il apparaisse avec son vrai visage ou son maquillage monstrueux, crée un « freak » pathétique et incontrôlable des plus convaincants. On pourra tiquer (un peu) sur l’importance démesurée que prennent les malfrats dans le scénario, car ils sont tous très caricaturaux et guère passionnants. Mais cela n’ôte rien au plaisir suscité par ce film excessif et débordant d’une énergie communicative, dont on ressort bizarrement ému et troublé.

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LIAM NEESON ET FRANCES McDORMAND

À noter que des proches de Sam Raimi comme Joel & Ethan Coen, John Landis et Bruce Campbell son acteur des « EVIL DEAD » apparaissent dans des caméos, tout comme Jenny Agutter en médecin spécialiste des grands brûlés, non-mentionnée au générique. Le film connut deux sequels sorties directement en vidéo et mettant en vedette le gangster joué par Larry Drake, seul revenant du premier film.

 

« MISSISSIPPI BURNING » (1988)

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GENE HACKMAN ET WILLEM DAFOE

« MISSISSIPPI BURNING » est sans hésitation le meilleur film d’Alan Parker, il est aussi un des pamphlets antiracistes les moins pesants et didactiques de mémoire de cinéphile. Sans oublier – grâce à la photo splendide de Peter Biziou – qu’il ne délaisse jamais la forme pour se contenter de son discours politique. MB2.jpg

Film politique donc, mais aussi et surtout thriller ultra-efficace, portrait d’hommes dignes et humains confrontés à la bestialité et à la bêtise, « MISSISSIPPI BURNING » se situe en 1964 dans le sud des U.S.A. et suit l’enquête compliquée d’agents du FBI à la recherche d’activistes des droits civils assassinés par le KKK. Confrontés aux mœurs locales, aux lynchages, au shérif corrompu, à la haine ordinaire, le jeune et discipliné Willem Dafoe et Gene Hackman, son bras-droit sanguin et prêt à plier tous les règlements, vont parvenir à s’entendre et à venir à bout de leur job qui laissera, de toute façon, un arrière-goût amer. Magnifiquement conduit, filmé, monté, laissant filtrer des éclairs d’humanisme et même de tendresse (la relation entre Hackman et Frances McDormand, épouse d’un des lyncheurs, plus sensible que la moyenne), le film immerge dans une Amérique d’il y a plus d’un demi-siècle, mais dont Parker laisse à entendre qu’elle n’a peut-être pas autant changé que cela. Les scènes de violence sont stylisées mais choquantes de réalisme, les gros-plans sur des visages boursouflés, couperosés, perlés de sueur, offrent un portrait repoussant du « redneck » sudiste. Hackman trouve un de ses plus beaux rôles dans une carrière qui n’en a pas été avare, Dafoe se tire superbement d’un personnage plus ingrat. McDormand est d’une finesse inouïe. Quant aux salauds, ils ont les traits de Michael Rooker, Brad Dourif, R. Lee Ermey, Pruitt Taylor Vince ou Gailard Sartain, c’est dire s’ils sont crédibles et haïssables à souhait !

C’est du grand cinéma engagé qui a quelque chose à dire et le dit sans rien asséner, mais avec une force de conviction de bulldozer. Un pur chef-d’œuvre qui se laisse revoir sans la moindre lassitude.

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GENE HACKMAN, WILLEM DAFOE, LOU WALKER ET FRANCES McDORMAND

 

« MILLER’S CROSSING » (1990)

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MARCIA GAY HARDEN ET GABRIEL BYRNE

« MILLER’S CROSSING » est le troisième long-métrage de frères Coen, qui explorent le film de gangsters à la Dashiell Hammett avec un peu moins d’humour que d’habitude et un scénario tortueux et sophistiqué.MILLER3

Dans le New York des années 30, Gabriel Byrne joue l’homme-de-main d’un caïd irlandais (Albert Finney) qui entame un dangereux double – voire triple – jeu avec le rival de son boss, un mafieux italien irascible (Jon Polito). Dans le rôle de sa vie, Byrne incarne un « fouteur de merde » professionnel, impassible et méthodique, qui se prend plusieurs raclées mémorables, mais parvient peu à peu à ses fins en montant finement les gangsters les uns contre les autres. Pourquoi ? Pour l’amour de Marcia Gay Harden ? Par ambition personnelle ? Par loyauté envers Finney ? Difficile à dire et l’intéressé lui-même ne saurait sûrement pas l’expliquer. Mais le suivre dans ses déambulations, ses manœuvres, ses trahisons et ses mensonges élaborés est un véritable plaisir. Fidèle à lui-même, Joel Coen multiplie les images frappantes : les feutres mous volent au vent, les mitraillettes crachent des croix de feu, la forêt aux teintes automnales sert de cimetière. C’est excessivement froid et cynique, le scénario réclame une attention de chaque seconde et les motivations du « héros » demeurent obscures jusqu’au dénouement. À cause de cette mécanique parfaitement huilée, de ces personnages hauts-en-couleur mais délibérément caricaturaux, « MILLER’S CROSSING » n’est pas le plus attachant des films des deux frères. Mais pour une fois, les protagonistes ne sont pas tous stupides et la photo de Barry Sonnenfeld est doucement rétro. Sans oublier la BO de Carter Burwell à la poignante nostalgie quelque peu décalée.

Autour d’un Byrne impeccable, on se plaît à retrouver John Turturro en magouilleur couard et planche-pourrie et dans de rapides apparitions Steve Buscemi et même Frances McDormand en secrétaire de mairie allumeuse.

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JON POLITO, GABRIEL BYRNE ET JOHN TURTURRO

 

« SANG POUR SANG » (1984)

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DAN HEDAYA ET JOHN GETZ

Premier long-métrage des frères Coen, Joel et Ethan, « SANG POUR SANG » fut célébré à sa sortie comme un cult movie instantané. 35 ans après, le film n’a étonnamment rien perdu de sa noirceur grinçante et de sa placide virtuosité esthétique.BLOOD.jpg

Les frangins connaissent par cœur les codes du ‘film noir’ et le leur évoque les romans de James M. Cain mais aussi de mémorables séries B comme « DÉTOUR ». Le scénario est excessivement simple : un couple adultère, un mari qui paie un privé pour supprimer femme et amant, un mort qui refuse de rendre l’âme. Quelques éléments familiers, un peu de gore, pas mal d’humour pince-sans-rire et le style Coen naît sous nos yeux. C’est encore embryonnaire, bien sûr, mais la maîtrise est déjà là, l’image est déjà stylisée et… il y a la débutante de 24 ans Frances McDormand, qui hantera toute l’œuvre des auteurs. « SANG POUR SANG » est lent, il s’attarde sur d’infimes détails, jamais gratuits, il déborde de trouvailles visuelles (les poissons morts sur le bureau, les trouées de lumière provoquées par les balles) et contemple ses personnages avec intérêt mais sans la moindre empathie ou compassion. Ils sont tous aussi bêtes, névrosés, inopérants les uns que les autres, ce qui sera une constante dans les films à venir des Coen.

La jeune McDormand, à peine reconnaissable, avec son sourire naïf et ses traits lisses, est naturellement attachante. John Getz est un parfait antihéros dépassé par les évènements. Mais ce sont les vétérans qui se taillent la part du lion : Dan Hedaya,  magnifique en mari jaloux, obnubilé, increvable et surtout M. Emmet Walsh dans le rôle de sa vie, en « privé » texan obèse, suant et ricanant constamment en quête d’un mauvais coup, bien sordide si possible. Un grand numéro dans l’ignominie auto-satisfaite !

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FRANCES McDORMAND ET M. EMMET WALSH

À noter que le film sortit dans une durée de 99 minutes. Il fut retravaillé par les auteurs en 1998 et ressortit dans une version légèrement modifiée de 96 minutes.

 

« PEUR PRIMALE » (1996)

PEUR.jpgAdaptation d’un best-seller, « PEUR PRIMALE » de Gregory Hoblit est un honnête suspense psychologique doublé d’un « courtroom drama » comme seuls les Américains savent les faire. C’est une sombre histoire de manipulations à plusieurs niveaux, impliquant des prêtres pédophiles, des procureurs ripoux et des enfants de chœur schizophrènes.

Si on est rapidement accroché par la complexité du scénario et par l’extraordinaire richesse du casting, on s’aperçoit peu à peu de la mécanique trop voyante du récit, de certaines impasses narratives et de digressions pas toujours justifiées. Le film est, de plus, plombé par la contreperformance de Richard Gere, acteur généralement plus que moyen, qui est ici à son pire : clignements de paupières, sourires charmeurs, souvent hors-propos, tics de jeu répétés ad nauseam. Il rend son personnage agaçant, voire tête-à-claques, empêchant toute identification. C’est donc tout naturellement Ed Norton qui rafle la mise dans un rôle en or d’adolescent bègue et lent d’esprit luttant – apparemment – avec d’effrayants démons. Autour d’eux, c’est un défilé : Frances McDormand en psy crédule, Alfre Woodard en juge, Laura Linney – qu’on a connue plus inspirée – en procureure ambitieuse, Steven Bauer excellent en gangster, Maura Tierney, John Mahoney, Terry O’Quinn, etc. Ils sont le vrai « plus » du film, avec la photo subtile et discrètement inventive du grand Michael Chapman.

« PRIMAL FEAR » fonctionne sur le même schéma que « JUSTE CAUSE » de Arne Glimcher, sorti l’année précédente, et ne doit surtout pas être « spoilé » pour pouvoir s’en délecter au maximum. S’il fait illusion à première vision, « PEUR PRIMALE » supporte assez mal une revisite plus approfondie. Sans doute certaines pilules seraient-elles mieux passé avec un autre acteur que Richard Gere, mais celui-ci vampirise son rôle et le film tout entier. Dommage.

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LAURA LINNEY, TERRY O’QUINN, RICHARD GERE ET EDWARD NORTON

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND