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Archives de Catégorie: LES FILMS DE FRANCES McDORMAND

« MISSISSIPPI BURNING » (1988)

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GENE HACKMAN ET WILLEM DAFOE

« MISSISSIPPI BURNING » est sans hésitation le meilleur film d’Alan Parker, il est aussi un des pamphlets antiracistes les moins pesants et didactiques de mémoire de cinéphile. Sans oublier – grâce à la photo splendide de Peter Biziou – qu’il ne délaisse jamais la forme pour se contenter de son discours politique. MB2.jpg

Film politique donc, mais aussi et surtout thriller ultra-efficace, portrait d’hommes dignes et humains confrontés à la bestialité et à la bêtise, « MISSISSIPPI BURNING » se situe en 1964 dans le sud des U.S.A. et suit l’enquête compliquée d’agents du FBI à la recherche d’activistes des droits civils assassinés par le KKK. Confrontés aux mœurs locales, aux lynchages, au shérif corrompu, à la haine ordinaire, le jeune et discipliné Willem Dafoe et Gene Hackman, son bras-droit sanguin et prêt à plier tous les règlements, vont parvenir à s’entendre et à venir à bout de leur job qui laissera, de toute façon, un arrière-goût amer. Magnifiquement conduit, filmé, monté, laissant filtrer des éclairs d’humanisme et même de tendresse (la relation entre Hackman et Frances McDormand, épouse d’un des lyncheurs, plus sensible que la moyenne), le film immerge dans une Amérique d’il y a plus d’un demi-siècle, mais dont Parker laisse à entendre qu’elle n’a peut-être pas autant changé que cela. Les scènes de violence sont stylisées mais choquantes de réalisme, les gros-plans sur des visages boursouflés, couperosés, perlés de sueur, offrent un portrait repoussant du « redneck » sudiste. Hackman trouve un de ses plus beaux rôles dans une carrière qui n’en a pas été avare, Dafoe se tire superbement d’un personnage plus ingrat. McDormand est d’une finesse inouïe. Quant aux salauds, ils ont les traits de Michael Rooker, Brad Dourif, R. Lee Ermey, Pruitt Taylor Vince ou Gailard Sartain, c’est dire s’ils sont crédibles et haïssables à souhait !

C’est du grand cinéma engagé qui a quelque chose à dire et le dit sans rien asséner, mais avec une force de conviction de bulldozer. Un pur chef-d’œuvre qui se laisse revoir sans la moindre lassitude.

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GENE HACKMAN, WILLEM DAFOE, LOU WALKER ET FRANCES McDORMAND

 

« MILLER’S CROSSING » (1990)

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MARCIA GAY HARDEN ET GABRIEL BYRNE

« MILLER’S CROSSING » est le troisième long-métrage de frères Coen, qui explorent le film de gangsters à la Dashiell Hammett avec un peu moins d’humour que d’habitude et un scénario tortueux et sophistiqué.MILLER3

Dans le New York des années 30, Gabriel Byrne joue l’homme-de-main d’un caïd irlandais (Albert Finney) qui entame un dangereux double – voire triple – jeu avec le rival de son boss, un mafieux italien irascible (Jon Polito). Dans le rôle de sa vie, Byrne incarne un « fouteur de merde » professionnel, impassible et méthodique, qui se prend plusieurs raclées mémorables, mais parvient peu à peu à ses fins en montant finement les gangsters les uns contre les autres. Pourquoi ? Pour l’amour de Marcia Gay Harden ? Par ambition personnelle ? Par loyauté envers Finney ? Difficile à dire et l’intéressé lui-même ne saurait sûrement pas l’expliquer. Mais le suivre dans ses déambulations, ses manœuvres, ses trahisons et ses mensonges élaborés est un véritable plaisir. Fidèle à lui-même, Joel Coen multiplie les images frappantes : les feutres mous volent au vent, les mitraillettes crachent des croix de feu, la forêt aux teintes automnales sert de cimetière. C’est excessivement froid et cynique, le scénario réclame une attention de chaque seconde et les motivations du « héros » demeurent obscures jusqu’au dénouement. À cause de cette mécanique parfaitement huilée, de ces personnages hauts-en-couleur mais délibérément caricaturaux, « MILLER’S CROSSING » n’est pas le plus attachant des films des deux frères. Mais pour une fois, les protagonistes ne sont pas tous stupides et la photo de Barry Sonnenfeld est doucement rétro. Sans oublier la BO de Carter Burwell à la poignante nostalgie quelque peu décalée.

Autour d’un Byrne impeccable, on se plaît à retrouver John Turturro en magouilleur couard et planche-pourrie et dans de rapides apparitions Steve Buscemi et même Frances McDormand en secrétaire de mairie allumeuse.

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JON POLITO, GABRIEL BYRNE ET JOHN TURTURRO

 

« SANG POUR SANG » (1984)

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DAN HEDAYA ET JOHN GETZ

Premier long-métrage des frères Coen, Joel et Ethan, « SANG POUR SANG » fut célébré à sa sortie comme un cult movie instantané. 35 ans après, le film n’a étonnamment rien perdu de sa noirceur grinçante et de sa placide virtuosité esthétique.BLOOD.jpg

Les frangins connaissent par cœur les codes du ‘film noir’ et le leur évoque les romans de James M. Cain mais aussi de mémorables séries B comme « DÉTOUR ». Le scénario est excessivement simple : un couple adultère, un mari qui paie un privé pour supprimer femme et amant, un mort qui refuse de rendre l’âme. Quelques éléments familiers, un peu de gore, pas mal d’humour pince-sans-rire et le style Coen naît sous nos yeux. C’est encore embryonnaire, bien sûr, mais la maîtrise est déjà là, l’image est déjà stylisée et… il y a la débutante de 24 ans Frances McDormand, qui hantera toute l’œuvre des auteurs. « SANG POUR SANG » est lent, il s’attarde sur d’infimes détails, jamais gratuits, il déborde de trouvailles visuelles (les poissons morts sur le bureau, les trouées de lumière provoquées par les balles) et contemple ses personnages avec intérêt mais sans la moindre empathie ou compassion. Ils sont tous aussi bêtes, névrosés, inopérants les uns que les autres, ce qui sera une constante dans les films à venir des Coen.

La jeune McDormand, à peine reconnaissable, avec son sourire naïf et ses traits lisses, est naturellement attachante. John Getz est un parfait antihéros dépassé par les évènements. Mais ce sont les vétérans qui se taillent la part du lion : Dan Hedaya,  magnifique en mari jaloux, obnubilé, increvable et surtout M. Emmet Walsh dans le rôle de sa vie, en « privé » texan obèse, suant et ricanant constamment en quête d’un mauvais coup, bien sordide si possible. Un grand numéro dans l’ignominie auto-satisfaite !

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FRANCES McDORMAND ET M. EMMET WALSH

À noter que le film sortit dans une durée de 99 minutes. Il fut retravaillé par les auteurs en 1998 et ressortit dans une version légèrement modifiée de 96 minutes.

 

« PEUR PRIMALE » (1996)

PEUR.jpgAdaptation d’un best-seller, « PEUR PRIMALE » de Gregory Hoblit est un honnête suspense psychologique doublé d’un « courtroom drama » comme seuls les Américains savent les faire. C’est une sombre histoire de manipulations à plusieurs niveaux, impliquant des prêtres pédophiles, des procureurs ripoux et des enfants de chœur schizophrènes.

Si on est rapidement accroché par la complexité du scénario et par l’extraordinaire richesse du casting, on s’aperçoit peu à peu de la mécanique trop voyante du récit, de certaines impasses narratives et de digressions pas toujours justifiées. Le film est, de plus, plombé par la contreperformance de Richard Gere, acteur généralement plus que moyen, qui est ici à son pire : clignements de paupières, sourires charmeurs, souvent hors-propos, tics de jeu répétés ad nauseam. Il rend son personnage agaçant, voire tête-à-claques, empêchant toute identification. C’est donc tout naturellement Ed Norton qui rafle la mise dans un rôle en or d’adolescent bègue et lent d’esprit luttant – apparemment – avec d’effrayants démons. Autour d’eux, c’est un défilé : Frances McDormand en psy crédule, Alfre Woodard en juge, Laura Linney – qu’on a connue plus inspirée – en procureure ambitieuse, Steven Bauer excellent en gangster, Maura Tierney, John Mahoney, Terry O’Quinn, etc. Ils sont le vrai « plus » du film, avec la photo subtile et discrètement inventive du grand Michael Chapman.

« PRIMAL FEAR » fonctionne sur le même schéma que « JUSTE CAUSE » de Arne Glimcher, sorti l’année précédente, et ne doit surtout pas être « spoilé » pour pouvoir s’en délecter au maximum. S’il fait illusion à première vision, « PEUR PRIMALE » supporte assez mal une revisite plus approfondie. Sans doute certaines pilules seraient-elles mieux passé avec un autre acteur que Richard Gere, mais celui-ci vampirise son rôle et le film tout entier. Dommage.

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LAURA LINNEY, TERRY O’QUINN, RICHARD GERE ET EDWARD NORTON

 

« BURN AFTER READING » (2008)

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FRANCES McDORMAND

Coréalisé par Joel et Ethan Coen, « BURN AFTER READING » est une sorte de film-somme, un vrai concentré de leur humour si particulier et de leurs scénarios en apparence policiers, mais complètement gangrénés par l’absurde et le non-sens.untitled

L’histoire fait se croiser un agent de la CIA dépressif après son renvoi (John Malkovich), la gérante d’un club de fitness obsédée par la chirurgie esthétique (Frances McDormand) et son collègue débile mental (Brad Pitt), un obsédé sexuel à la libido en folie (George Clooney), sa maîtresse glaciale (Tilda Swinton) qui est aussi l’épouse de Malkovich. Sans oublier J.K. Simmons, boss de la CIA indolent et adepte des méthodes radicales et définitives. Tous ces personnages ont un point commun : ils sont irrémédiablement stupides, crétins, imbus d’eux-mêmes, incompétents, sans scrupules et… à mourir de rire. Si on capte le « mood » du film, « BURN AFTER READING » est une véritable friandise. Les acteurs sont tous au diapason, avec une mention à la géniale McDormand en virago vulgaire et sans filtre, Pitt extraordinaire en prof de gym décervelé mais enjoué et Malkovich qui, au fond, n’est jamais meilleur que dans ses emplois comiques.

« BURN AFTER READING » ne raconte rien qu’une succession de malentendus, d’erreurs, de coïncidences ridicules. La narration est fluide, l’humour pince-sans-rire règne en maître. Si on aime l’esprit de « BIG LEBOWSKI » ou « ARIZONA JUNIOR », celui-ci est dans la droite lignée. Et surtout, surtout ne pas chercher une seconde à chercher une logique ou même un sens caché à tout cela !

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BRAD PITT, GEORGE CLOONEY ET FRANCES McDORMAND

 

« LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (2017)

Il n’est pas si courant qu’un film obtienne une totale unanimité dans les louanges de la critique internationale, qu’il ramasse des Oscars, qu’il soit un succès public et qu’il ne déçoive pas à l’arrivée. « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » (terrible titre français sans rapport avec le sujet !) réussit l’exploit. Écrit et réalisé par l’anglais Martin McDonagh à qui on doit l’inoubliable « BONS BAISERS DE BRUGES », c’est une fable profondément américaine sur le deuil, l’individualisme et la rédemption.3 BB

Le scénario est bien agencé et confronte Frances McDormand dont la fille a été assassinée, au shérif local Woody Harrelson qu’elle accuse d’incompétence. Mais rien n’est simple dans ce film. Les personnages qui apparaissent d’abord comme des archétypes caricaturaux, un peu dans la manière des frères Coen, s’avèrent peu à peu avoir une profondeur, une humanité qui ne demandent qu’à s’exprimer. Même Sam Rockwell, l’adjoint abruti et raciste saura évoluer et devenir un type bien. Bien sûr, il y a de l’humour, il est très grinçant et cynique, mais le ton est à la noirceur et à la désespérance et si espoir il y a, il naît toujours de façon inattendue et déconcertante.

La grande, l’unique McDormand trouve après « FARGO », « OLIVE KITTERIDGE » ou « PRESQUE CÉLÈBRE » un de ces personnages qui ont fait sa gloire : une femme rugueuse, solitaire, abrasive, taillée dans l’étoffe des pionnières d’antan. Elle est positivement extraordinaire et tient le film sur les épaules, laissant çà et là filtrer ses faiblesses de femme battue. Elle est très bien entourée par Harrelson en shérif intelligent, rongé par la maladie, Peter Dinklage parfait dans un rôle pourtant peu nécessaire à la progression narrative, John Hawkes excellent en ex-mari tabasseur. Mais c’est Rockwell qui ramasse tout dans son rôle de « petit blanc » borné qui s’éveille doucement à la conscience.

Une fois n’est pas coutume, écoutons donc la voix de la majorité et hurlons (de joie) avec les loups : oui, « LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE » est un film remarquable, étonnant, déroutant et même émouvant. À voir absolument.

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FRANCES McDORMAND

 

« RANGOON » (1995)

John Boorman's Beyond Rangoon (1995) with Patricia ArquetteTourné « à chaud » dans le but évident de faire connaître à un vaste public international le drame birman, « RANGOON » pâtit de ses bonnes intentions qui – on le sait depuis longtemps – n’ont jamais fait les bons films.

Entre les mains expertes de John Boorman, c’est pourtant loin d’être un ratage complet, une fois passé les quarante premières minutes. Tout ce début est en effet confit de clichés : le deuil de l’héroïne censé justifier à lui seul tout son comportement, les flash-backs/rêves sur l’enfant mort, le dialogue d’une platitude et d’un didactisme inouïs, la séquence où apparaît un avatar d’Aung San Suu Kyi d’une naïveté navrante, etc.

Mais dès que l’action se concentre en course-poursuite dans la jungle, le film décolle, trouve ses marques et confirme qu’un discours, même politique, est bien plus efficace quand il n’est pas asséné au burin, mais démontré en images et en symboles. Outre une photo magnifique de John Seale et une BO très émouvante de Hans Zimmer, « RANGOON » doit énormément à la sympathie naturelle dégagée par Patricia Arquette, qui transcende un rôle sans réelle profondeur, plombé par des répliques souvent agaçantes de vieux bon sens yankee. Sa relation au professeur U Aung Ko, jouant son propre personnage, soutient l’intérêt et génère parfois une véritable empathie. Dommage que Frances McDormand disparaisse après le premier quart d’heure ! Son apparition en sœur protectrice ne marquera pas les esprits.

À prendre et à laisser donc, dans ce « RANGOON » sincère et visuellement très beau, que l’excès de sentimentalisme hollywoodien finit par rendre souvent irritant et contre-productif.

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PATRICIA ARQUETTE ET FRANCES McDORMAND