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Archives de Catégorie: LES FILMS DE FRANCO NERO

LES 8 RECONNAISSANTS…

8 - copieDécidément nos voisins d’outre-Rhin prennent de plus en plus d’assurance par rapport aux Italiens tenants du titre de rois de l’arnaque vidéo, depuis des décennies. En vérité, il devient difficile de trouver de belles jaquettes trafiquées, des photomontages hasardeux, des escroqueries à deux lires de l’autre côté des Alpes.

C’est pourquoi on ne peut que tirer son chapeau à la sortie de « THE GR8FUL EIGHT » (prononcer « Grateful). Non seulement le titre de cette compilation de huit ‘spaghetti westerns’ ne veut strictement rien dire (« LES 8 RECONNAISSANTS » ?), mais l’éditeur a ouvertement plagié le visuel des « 8 SALOPARDS » de Quentin Tarantino, avec bien sûr le chiffre « 8 » mais aussi avec ce délicat mélange de noir & blanc et de rouge et la présence de montagnes à l’arrière-plan. Pas enneigées d’accord, mais presque !

Les huit « Gr8ful » (encore une approximation linguistique !) ne sont au nombre que de quatre : Tomás Milian, Franco Nero, Klaus Kinski et Burt Reynolds, mais sans doute a-t-on considéré qu’ils en valaient bien le double.

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« JE LA CONNAISSAIS BIEN » (1965)

STEFANIA SANDRELLI

STEFANIA SANDRELLI

Coécrit par Ettore Scola, « JE LA CONNAISSAIS BIEN », c’est un peu la réponse italienne à « DARLING CHÉRIE », film anglais sorti la même année sur un thème assez proche (et chroniqué sur « BDW2 »).CONNAISSAIS

À travers le portrait doux-amer, parfois cruel, d’une jeune paysanne installée à Rome, mélange de naïveté enfantine, de stupidité languide et d’amoralité décomplexée, le film décrit l’envers de la Dolce Vita. Ici, pas de strass, pas de stars, mais un regard un peu moralisateur sur les laissés-pour-compte du showbiz : starlettes abusées par tout le monde, passant littéralement de lit en lit, acteurs has-beens prêts à toutes les humiliations pour un petit job (numéro terrible d’Ugo Tognazzi), journalistes « macs » (Nino Manfredi, répugnant à souhait), avorteuses mondaines, gigolos minables (Jean-Claude Brialy), etc. Le panel humain étalé ici n’a rien de ragoûtant. Il faut tout le charme – il est heureusement considérable ! – de la toute jeune Stefania Sandrelli, pour qu’on s’attache à cette « pauvre fille » à la dérive, proie rêvée de cette faune abjecte détaillée sans empathie ni compassion. Avec son beau visage, son expression vacante, sa joie de vivre un peu forcée, toujours teintée de déprime, elle compose un personnage poignant et pathétique qu’on regarde s’enfoncer de scène en scène, se flétrir jusqu’à cette inévitable conclusion.

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STEFANIA SANDRELLI, FRANCO NERO ET MARIO ADORF

Le film capte parfaitement l’ambiance de l’Italie des sixties, débarrassée de son folklore glamour et malgré un scénario-mosaïque construit en vignettes, l’intérêt ne retombe jamais. À noter au sein d’un casting uniformément brillant, la brève présence de Franco Nero, un an avant « DJANGO », en employé de parking énamouré et Mario Adorf, excellent en boxeur abruti de coups, au regard d’enfant.

« JE LA CONNAISSAIS BIEN » est un beau film triste qui ne connaît pas de happy end et offre à Stefania Sandrelli un des plus jolis rôles de sa carrière.

 

DOUBLE RATION DE SPAGHETTI…

SORTIE U.S. D’UN DOUBLE BLU-RAY AVEC DES CLASSIQUES DU GENRE. ET AVEC LEE ET FRANCO !

SORTIE U.S. D’UN DOUBLE BLU-RAY AVEC DES CLASSIQUES DU GENRE. ET LE PLAISIR DE RETROUVER LEE ET FRANCO EN HD !

 

« AVEC DJANGO VINT LA MORT »…

SORTIE BLU-RATY EN JUILLET ET EN ALLEMAGNE DE « L’HOMME, L’ORGUEIL ET LA VENGEANCE » QUI, RAPPELONS-LE N’EST PAS UN WESTERN ET OÙ NERO NE JOUE PAS DJANGO !

SORTIE BLU-RAY EN ALLEMAGNE DE « L’HOMME, L’ORGUEIL ET LA VENGEANCE » QUI, RAPPELONS-LE N’EST PAS UN WESTERN ET OÙ NERO NE JOUE PAS DJANGO !

 

« UN COIN TRANQUILLE À LA CAMPAGNE » (1968)

COIN2Il y a du bien beau linge au générique de « UN COIN TRANQUILLE À LA CAMPAGNE » : Elio Petri à la réalisation, Luciano Vincenzoni et Tonino Guerra au scénario, Ennio Morricone à la BO. Excusez du peu !

Le film démarre comme une satire assez lourdingue du « monde moderne » (c’est-à-dire celui croquignolet de 1968 à Milan), sur une musique « contemporaine » du grand Ennio. Et tout ce qu’on peut en dire, c’est que si on devait choisir un CD de l’éclectique maestro à emporter sur une île déserte, ce ne serait sûrement pas celui-ci ! Ensuite nous suivons un Franco Nero barbu et hirsute, peintre à la mode, capricieux et casse-pied dans sa nouvelle maison de campagne non loin de Venise. Et le film bifurque tout doucement vers la « ghost story » : une jeune femme aux mœurs très libre fut tuée ici pendant la WW2. Nero devient obsédé par celle-ci et enquête sur sa mort.

Que drôle de chose que ce film ! Tourné entre deux grandes réussites de Petri : « À CHACUN SON DÛ » et le génial « ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON », il semble maladroit, naïf dans son approche du surnaturel et même dans sa satire de l’art contemporain. À cause du jeu limité et systématiquement exorbité de Nero, on n’est jamais vraiment inquiet, jamais concerné. Et les apparitions évanescentes de Vanessa Redgrave en imprésario sexy n’arrangent rien. Il y a avait là certainement matière à faire un film angoissant à la façon de « NE VOUS RETOURNEZ PAS », mais Petri a opté pour une approche « arty » qui finit par lasser et devenir franchement irritante.

Et quand arrive le « message » final, pendant l’épilogue, on suppose que tout cela ne menait qu’à une chose : la folie du peintre qui, maintenant qu’il est interné en HP, devient enfin productif. Beaucoup d’agitation pour pas grand-chose…

VANESSA REDGRAVE ET FRANCO NERO

VANESSA REDGRAVE ET FRANCO NERO

 

« COMPAÑEROS » (1970)

TOMAS MILIAN ET FRANCO NERO

TOMAS MILIAN ET FRANCO NERO

« COMPAÑEROS » est un beau ‘Zapata western’ truculent et lyrique, dans la droite lignée de « EL CHUNCHO » (l’humour en plus) et annonçant par bien des aspects « IL ÉTAIT UNE FOIS… LA RÉVOLUTION » de Leone.

Sergio Corbucci plonge dans un Mexique ravagé par la révolution toutes sortes d’idéalistes, d’opportunistes, de mercenaires, les jette les uns contre les autres sans chercher à vraiment prendre parti. Tout le monde a ses raisons, du traîne-savate subitement catapulté chef de guerre (un Tomás Milian complètement déchaîné) au marchand d’armes suédois (Franco Nero au physique de gravure de mode et à l’œil de velours) en passant par le vieux professeur pacifiste (Fernando Rey) dont les idéaux ont du mal à se faire entendre au milieu des explosions.COMPAN3

Le scénario est riche et foisonnant, un peu longuet aussi dès qu’il s’agit de Rey et de ses disciples, mais la mise-en-scène de Corbucci est plus ample et ambitieuse qu’elle n’a été avant ce film ou même après et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique d’Ennio Morricone dans ce genre de film. Elle devient un des personnages centraux et demeure dans les oreilles alors même que les images commencent à s’estomper.

Le tandem Nero-Milian, alors en pleine jeunesse et jouissant visiblement de jouer des rôles aussi haut-en-couleurs, fonctionne à plein régime. On ne peut s’empêcher de penser au tandem Coburn-Steiger dans le film de Leone tourné l’année suivante. À noter que Milian a piqué le petit tic nerveux de Mastroianni dans « DIVORCE À L’ITALIENNE », un ‘tsk’ du coin de la bouche quand il est contrarié. Nero retrouve sa mitrailleuse de « DJANGO » pour notre plus grand plaisir !

À leurs côtés, Iris Berben est une ravissante rebelle et Jack Palance est ahurissant en ‘gringo’ manchot et fumeur de « shit », entretenant une amitié amoureuse avec un faucon. Il faut l’avoir vu piquer un fou-rire en torturant Milian avec… une taupe collée sur le ventre !

On peut trouver beaucoup de raisons pour voir ou revoir « COMPAÑEROS », œuvre imparfaite mais pleine de sève et de joie-de-vivre. Mais la plus valable reste encore la sublime BO de maître Ennio. « Vamos a matar, compañeros ! »

IRIS BERBEN, JACK PALANCE, FRANCO NERO ET TOMAS MILIAN

IRIS BERBEN, JACK PALANCE, FRANCO NERO ET TOMAS MILIAN

 

« DÉTECTIVE COMME BOGART » (1980)

BOGART ET TIERNEY... OU PLUTÔT ROBERT SACCHI ET MICHELLE PHILLIPS

BOGART ET TIERNEY… OU PLUTÔT ROBERT SACCHI ET MICHELLE PHILLIPS

« DÉTECTIVE COMME BOGART », malgré les apparences, n’est pas un bête pastiche des ‘films noirs’ des années 40. C’est un hommage sincère et même émouvant à la mythologie d’Humphrey Bogart et plus largement à un cinéma hollywoodien révolu.BOGART

Le film n’existerait pas sans la présence de Robert Sacchi, un sosie de ‘Bogie’ qui l’imite également à la perfection sans jamais le caricaturer. Appelé « Sam Marlow », c’est un détective privé en imper, véritable anachronisme sur pattes dans le L.A. des années 80. Le scénario tourne autour de deux saphirs disparus et de l’enquête de Marlow qui se fraie un chemin parmi les avatars de Gene Tierney, Sidney Greenstreet (Victor Buono) ou Peter Lorre (Herbert Lom). Il croise même un ex-partenaire du vrai Bogart en la personne de George Raft et une « trogne » de l’Âge d’Or : Mike Mazurki.

Tout cela est bien sympathique, passéiste à souhait, très bien dialogué. À peine peut-on déplorer une longueur tout de même un brin excessive et une sensation d’essoufflement dans la seconde partie. Mais l’accumulation de clins d’œil est un vrai plaisir de cinéphile. Tout y passe ou presque : le début chez le chirurgien esthétique qui renvoie aux « PASSAGERS DE LA NUIT », les miroirs de « LA DAME DE SHANGHAÏ », la secrétaire imitant Marilyn, le tandem de flics échappés de « ADIEU MA JOLIE », etc.

Dans un casting hétéroclite, on aperçoit Franco Nero en milliardaire turc vêtu en bleu-ciel, la bombe Sybil Danning et surtout Michelle Phillips qui semble redonner vie et couleurs à la « LAURA » de Preminger. Sans oublier l’hilarant caméo d’Yvonne De Carlo – autre icône des grandes années – en épouse d’armateur qui ne prononce jamais un seul mot.

SYBIL DANNING, FRANCO NERO ET ROBERT SACCHI

SYBIL DANNING, FRANCO NERO ET ROBERT SACCHI

Mais répétons-le, ce curieux film inexplicablement attachant ne vaut réellement que pour l’extraordinaire travail de Robert Sacchi, qui s’est lui-même modelé pour ressusciter Bogart. Voir celui-ci dans ses oripeaux du « GRAND SOMMEIL » ou de « CASABLANCA » a quelque chose de spectral : insolite et infiniment triste à la fois.