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Archives de Catégorie: LES FILMS DE GARY COOPER

« LE JARDIN DU DIABLE » (1954)

JARDIN.jpg« LE JARDIN DU DIABLE » de Henry Hathaway est un des grands westerns des années 50, il s’inscrit dans les travées du « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » et use de toutes les possibilités du format Cinémascope apparu l’année précédente dans les salles.

Dans ce film âpre, à la limite de l’amertume et de la misanthropie, trois gringos  coincés au Mexique sont payés par une Américaine pour traverser le territoire apache afin d’aider son mari enseveli sous une mine. Le trajet permet de connaître ces personnages complexes : l’ex-shérif taiseux et loyal (Gary Cooper), le joueur cynique mais amical (Richard Widmark), le jeunot impulsif et tête-à-claques (Cameron Mitchell), plus un Mexicain (Victor Manuel Mendoza). Tous sont attirés par leur employeuse (Susan Hayward), femme pourtant endurcie et réfrigérante. Peu à peu, on se rend compte que le véritable centre d’intérêt du réalisateur, ce ne sont pas ces individus (il n’y a pas un seul gros-plan de tout le film !), mais le paysage lui-même, glorieusement capturé par la photo de Milton Krasner et Jorge Stahl, Jr. Les poursuites vertigineuses à flanc de montagne, le village vitrifié sous la lave, offrent autant de tableaux inoubliables, d’un romanesque inouï. Les humains n’y sont que de dérisoires insectes se déchirant sans rime ni raison. Seul Cooper semble avoir tout compris au sens de la vie, quand il conclue l’aventure par cette réplique sublime : « Si la terre était faite d’or, les hommes s’entretueraient pour une poignée de poussière ». Le seul défaut du film semble être le choix de la comédienne principale. Bonne actrice, Hayward n’a jamais été une « bombe », ni une personnalité sympathique ou sensuelle. On comprend mal qu’elle rende littéralement fous tous les hommes qui croisent sa route, au point qu’ils se bousculent pour avoir l’honneur de sacrifier leur vie pour elle. C’est l’unique point (un peu) faible d’une œuvre adulte, parfaitement ronde, d’un équilibre admirable., qui semble se bonifier avec les années.

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GARY COOPER, RICHARD WIDMARK ET SUSAN HAYWARD

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« L’HOMME DE L’OUEST » (1958)

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GARY COOPER

Adapté par Reginald Rose d’un roman de Will C. Brown, « L’HOMME DE l’OUEST » est un film assez atypique dans la filmographie d’Anthony Mann, car sous son armature de western traditionnel, il cache un drame shakespearien d’une absolue noirceur et d’un implacable nihilisme.MOW.jpg

Devenu un honnête citoyen, l’ancien hors-la-loi Gary Cooper retrouve par hasard son père adoptif (Lee J. Cobb), devenu un vieillard à demi fou entouré d’un gang de tueurs stupides et dangereux. Le scénario tient du cauchemar car ‘Link Jones’ doit affronter les fantômes de sa jeunesse et les détruire, pour espérer une rédemption. Que « Lassoo » la ville fantasmée par Cobb et qu’il rêve de dévaliser, soit devenue un désert asséché, participe de cette atmosphère lugubre où même les pics rocheux du Far-West ressemblent à des fossiles morts depuis des siècles. Pour son époque, le film est très violent et traite sans faux-semblant de viol, de fratricide, d’enfants-tueurs et des scènes comme celle où Cooper tabasse Jack Lord et déchire ses vêtements pour venger Julie London est, encore aujourd’hui, assez choquante de brutalité. Mais elle est nécessaire dans le sens qu’elle crédibilise Cooper – bien trop âgé pour le rôle – en tant qu’ancien meurtrier sanguinaire, ce qu’on avait un peu de mal à accepter jusque-là.

Julie London est magnifique en entraîneuse, otage des bandits et protégée par Cooper. Peut-être son plus beau rôle. Tous les personnages secondaires sont admirablement campés : Lord en tueur névrosé au rire de chacal, Arthur O’Connell en escroc à la petite semaine dont la survie ne tient qu’à un fil, John Dehner en « cousin » intelligent, Royal Dano et Robert J. Wilke en membres de la bande abrutis et bestiaux. Un superbe cast d’ensemble, dominé par la performance d’un Lee J. Cobb de 47 ans, lourdement grimé en vieil homme au bord de la sénilité, qu’il incarne comme un King Lear dégénéré.

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GARY COOPER, JACK LORD, LEE J. COBB ET JULIE LONDON

Démarrant comme un huis clos théâtral dans la cabane de Cobb, « L’HOMME DE L’OUEST » s’achèvera à ciel ouvert sans rien perdre de son pouvoir oppressant et de son pessimisme foncier. Après avoir été violée, Julie London ne pourra même pas se consoler auprès de l’homme dont elle est tombée amoureuse et qui s’en va retrouver sa famille. Non, décidément, « L’HOMME DE L’OUEST » n’est pas un western comme les autres !

À noter : pour le pinailleur à l’œil affuté. Lors de la bagarre entre Cooper et Lord, le premier est le plus souvent doublé par un cascadeur. Mais celui-ci n’a pas du tout la morphologie si particulière de «  Coop », ni la même coiffure et on voit clairement les efforts de son collègue doublant Jack Lord, pour dissimuler son visage avec son bras ou autre. À la fois touchant et un peu déconcentrant !

 

« LE SOUFFLE SAUVAGE » (1953)

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ANTHONY QUINN

« LE SOUFFLE SAUVAGE » est le dernier des trois films que Barbara Stanwyck tourna avec Gary Cooper. Et pas le plus mémorable, hélas. « L’HOMME DE LA RUE » et « BOULE DE FEU » avaient laissé le souvenir d’un couple pétillant, idéalement assorti. Ce film, tourné douze ans après, paraît bien terne et sans réel attrait.SOUFFLE.jpg

Hugo Fregonese s’inspire du « TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE » et du récent « SALAIRE DE LA PEUR » pour ce mélodrame mâtiné de film d’aventures exotiques. Les deux stars se retrouvent en Amérique du Sud après des années de séparation. Elle est devenue l’épouse d’Anthony Quinn, un riche pétrolier et vieil ami de Cooper. Celui-ci est engagé par Quinn et la venimeuse Barbara commence à semer la zizanie. Le scénario semble constamment hésiter à privilégier la love story tourmentée ou le western moderne. Comme il ne parvient jamais à se décider, on s’ennuie assez rapidement et comme les deux stars, un peu fatiguées, ne donnent visiblement pas leur maximum, ils se laissent piquer la vedette par Quinn, excellent dans un de ces emplois où il excelle : le fier-à-bras envahissant et trop collant, dissimulant l’âme d’un lâche. Il faut le voir embrasser maladroitement sa femme, alors que celle-ci, manifestement dégoûtée par son seul contact, tente de le tenir à distance. Leurs scènes valent à elles seules de voir le film.

Malgré les attaques de bandidos, quelques fusillades bien réglées et le charme ironique de Ruth Roman dans un rôle d’aventurière amoureuse de ‘Coop’, « LE SOUFFLE SAUVAGE », alourdi par la pénible chanson de Frankie Lane, ne décolle pas et ne trouve jamais sa jute tonalité. Cooper est trop absent pour rendre son personnage crédible, Stanwyck ne fait que répéter l’archétype créé dans « ASSURANCE SUR LA MORT » et leur tandem magique d’antan n’est plus qu’un lointain souvenir. À voir pour Anthony Quinn donc, qui électrise l’écran à chaque apparition.

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GARY COOPER, ANTHONY QUINN ET BARBARA STANWYCK

 

« LA COLLINE DES POTENCES » (1959)

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GARY COOPER

« LA COLLINE DES POTENCES » (traduction très approximative du titre original : « L’ARBRE DES PENDUS ») est l’ultime western tourné par un Gary Cooper de 58 ans aux traits marqués. Pilier du genre depuis le temps du Muet, il fait ses adieux dans ce film réalisé par le solide Delmer Daves, qui n’assura paraît-il que la moitié du tournage avant d’être remplacé par Karl Malden, un des acteurs du film.TREE

Situé dans le Montana en 1873, en pleine ruée vers l’or, le scénario trace le portrait en creux d’un médecin/pistolero énigmatique et ombrageux (Cooper) qui s’installe dans une ville-champignon où il retrouve de vieux ennemis (Malden et le rebouteux George C. Scott) et tombe amoureux d’une jeune femme (Maria Schell) qu’il sauve de la cécité. La grande originalité de ce western sans héros est le traitement du personnage central, un homme dur, violent et peu sympathique, refusant de se laisser approcher par qui que ce soit à cause d’un passé traumatisant. Cooper est très inhabituel dans ce qui n’est pas très loin d’un contremploi et il se montre à la fois intimidant et au final très attachant. Mais on ne décèle plus aucune trace de son style habituel, fait de fausse gaucherie et d’autodérision. Autour de lui, un cast magnifique : Malden plus haïssable qu’il n’a jamais été en prospecteur exubérant et obsédé sexuel, Scott en fanatique religieux porté sur le whisky et la toujours lumineuse et émouvante Maria Schell qui a plusieurs face-à-face poignants avec son sauveur récalcitrant.

Daves – comme dans tous ses grands westerns – met la nature sauvage en valeur, n’oublie jamais de situer ses personnages au cœur du paysage grandiose de l’Ouest, mais sa vision de l’Humanité est sombre : le puritanisme, l’hypocrisie et la loi du Lynch ne sont jamais très loin. « LA COLLINE DES POTENCES » est un drame teinté d’amertume, d’une noirceur qui n’est éclairée que par une fin étonnamment optimiste, que le reste du récit ne laissait guère espérer.

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KARL MALDEN, BEN PIAZZA, MARIA SCHELL ET GEORGE C. SCOTT

 

« LES CARREFOURS DE LA VILLE » (1931)

city2Un drôle de film que « LES CARREFOURS DE LA VILLE », sorte de mélange de comédie sentimentale et de film de gangsters traditionnel, au scénario anémique, mais rehaussé par la mise-en-scène esthétisante et dynamique de Rouben Mamoulian.

Gary Cooper, jeune et naïf cowboy de fête foraine, est amoureux de Sylvia Sidney, la fille d’un racketteur pendant la prohibition. Par amour pour elle, il entre dans le gang et monte rapidement en grade. Mais bientôt, le big boss s’entiche de la jeune femme et décide de se débarrasser de ‘Coop’.

Pendant tout le film, on s’attend au règlement de comptes final entre notre sympathique héros, qu’on nous a d’abord (longuement) présenté comme un tireur d’élite hors-pair, et les ‘bad guys’ aux trognes de brutes analphabètes. La tension monte, quelques coups de poing sont échangés, mais au final… il ne se passe rien ! Mais rien du tout ! Cooper n’utilise jamais son revolver, il parvient à se sortir des pires dangers par la ruse et le charme. La dernière séquence vire à la comédie pure et simple et achève le spectacle en queue-de-poisson totalement frustrante.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent donc, hormis le charisme des deux jeunes stars : Cooper, dont la première apparition est un gros-plan en cowboy au sourire ravageur et Sylvia Sidney au visage si particulier et au jeu très moderne. Leur alchimie à l’image est évidente et leurs scènes d’amour en deviennent touchantes et jamais mièvres. Autour d’eux, les seconds rôles ne sont que de grossières caricatures au jeu outré.

À voir éventuellement pour un magnifique noir & blanc, de jolis cadrages et pour le fan complétiste de Gary Cooper qui nage visiblement comme un poisson dans l’eau dans un rôle qui n’exige rien de lui.

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GARY COOPER ET SYLVIA SIDNEY

 

« CE BON VIEUX SAM » (1948)

GARY COOPER ET ANN SHERIDAN

GARY COOPER ET ANN SHERIDAN

« CE BON VIEUX SAM » est une inoffensive comédie à la Capra, mais signée Leo McCarey, prenant pour héros un bon samaritain compulsif, une « bonne poire », un benêt prêt à donner sa chemise à n’importe qui (ce qu’il fait d’ailleurs, littéralement, dans une scène !) et tellement généreux et couillon qu’il rend sa femme malheureuse sans même s’en apercevoir.SAM2

Autant le dire tout de suite, les auteurs ont eu bien de la chance d’avoir Gary Cooper dans le rôle-titre, car autrement le personnage n’aurait été qu’un simplet tête-à-claques irresponsable et exaspérant. Le message du film est d’ailleurs très ambivalent à son égard : un SDF agacé par son attitude va jusqu’à lui dire qu’il agit par égoïsme, pour satisfaire son ego, plutôt que par pure grandeur d’âme. Mais la gentillesse innée et le charme naturel de ‘Coop’ rendent ce discours irrecevable.

Cela se suit gentiment, sans passion excessive, pour quelques séquences cocasses (comme celle de la passagère casse-pied dans le bus) et pour l’abattage d’Ann Sheridan en « housewife » idéale : à la fois maternelle, compréhensive, stoïque et déjantée et sexy en diable. Elle forme un couple très séduisant avec Cooper et leurs scènes « conjugales » – même écourtées par la marmaille – dégagent une authentique alchimie « muy caliente ». Parmi les seconds rôles, on reconnaît une jeune Ruth Roman en vendeuse de grand magasin.

« CE BON VIEUX SAM » n’est pas indispensable, il ne paraît pas avoir exigé énormément d’efforts à ses concepteurs ou à ses interprètes et encore moins au spectateur qui suivra cela d’un œil distrait et parfois amusé. Comment ne pas aimer un film où le banquier qui vous a refusé un prêt vient sonner chez vous le soir-même, parce qu’il a des remords ? On a tous envie de vivre dans cette Amérique-là !

ANN SHERIDAN, RUTH ROMAN ET GARY COOPER

ANN SHERIDAN, RUTH ROMAN ET GARY COOPER

 

HAPPY BIRTHDAY, GARY !

GARY COOPER (1901-1961), UNE DES GRANDES ICÔNES AMÉRICAINES DONT LA CARRIÈRE COURT SUR PLUSIEURS DÉCENNIES...

GARY COOPER (1901-1961), UNE DES GRANDES ICÔNES AMÉRICAINES DONT LA CARRIÈRE COURT SUR PLUSIEURS DÉCENNIES…