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Archives de Catégorie: LES FILMS DE GENA ROWLANDS

« GLORIA » (1980)

GLORIA

GENA ROWLANDS

Des douze longs-métrages réalisés par John Cassavetes, « GLORIA » est un des moins « cassavetsiens », dans le sens qu’il s’apparente à un genre précis (le polar) et adopte des méthodes de tournage quasiment traditionnelles. Cela ne l’empêche nullement d’être un des plus attachants et des plus accessibles au grand public.GLORIA2.jpeg

Le réalisateur offre à son épouse Gena Rowlands – tout juste quinquagénaire – un des plus beaux rôles de sa vie, celui d’une ex « poule à gangsters » dure-à-cuire, obligée par les circonstances de protéger un gamin portoricain (John Adames) traqué par la mafia qui vient de massacrer toute sa famille. Sur deux heures, Cassavetes prend le temps de bien développer les caractères, de laisser de l’espace à son improbable tandem et de générer peu à peu une émotion fulgurante, non dénuée d’humour et même d’action. Le clou du film, c’est bien sûr Miss Rowlands, proprement extraordinaire et inattendue. Avec ses tenues roses bonbon, son visage marqué et sa langue acérée, elle crée une héroïne de film noir absolument unique. Il faut l’avoir vue manier le revolver, menacer des malfrats avec une sorte de délectation mauvaise ou les descendre sans la moindre hésitation. Ses scènes avec le petit garçon sont magnifiques parce qu’échappant à tout cliché, à toute édulcoration hollywoodienne. C’est vraiment l’osmose parfaite entre une grande actrice et un personnage hors-du-commun. C’est elle et elle seule qui fait de « GLORIA » un film indémodable, parfois bouleversant. La très étrange ambiguïté de l’épilogue (la séquence au cimetière de Pittsburgh est-elle réelle ou fantasmée par l’enfant ?) laisse sur un point d’interrogation à jamais sans réponse et évite ainsi toute facilité mélodramatique.

À noter que lors de son exploitation en salles, le dit épilogue fut étalonné en noir & blanc pour accentuer son irréalité. La couleur a été rétablie pour toutes ses éditions vidéo depuis. Le film connut un remake désastreux de Sidney Lumet avec Sharon Stone en 1999 et un autre plus officieux avec « LÉON » de Luc Besson.

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JOHN ADAMES ET GENA ROWLANDS

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« UN TUEUR DANS LA FOULE » (1976)

En plein boum des films-catastrophe, « UN TUEUR DANS LA FOULE » en emprunte la construction générale et les poncifs et semble même s’appuyer sur le récent succès des « DENTS DE LA MER » dont il tente d’adapter la structure (un sniper remplaçant le requin, grosso-modo !), pour signer un suspense dont la plus grosse faiblesse vient de son concept même.p673_p_v8_aa

Un match de foot, un tireur sur un toit, des flics craignant la panique, un président des U.S.A. en route pour le stade : le décor est posé. Pour le reste, ce sont de petits vignettes sur des personnages périphériques et potentielles victimes du tueur : un couple de « beaufs » en crise (David Janssen et Gena Rowlands complètement gaspillés), un pickpocket sénile (Walter Pidgeon reprenant plus ou moins son rôle de « HARRY IN YOUR POCKET »), un jeune père de famille anxieux (Beau Bridges), etc. On passe énormément de temps avec un capitaine de police incarné par un Charlton Heston très grimaçant et sans rien à jouer et un sergent des SWAT, campé par un John Cassavetes qui offre la meilleure prestation du film, dans ce qui est tout de même un contremploi. Le gros souci, est qu’il ne se passe pratiquement rien avant les dix dernières minutes ! On fait artificiellement monter la pression avec un montage en mosaïque sur le match, la stratégie policière et sur des gros-plans du flingueur, avec une musique stressante. Mais à la moindre baisse de régime, on constate que tout le monde s’agite pour rien : on n’attend au fond qu’une chose : que le bonhomme – dont on ne saura jamais rien – se décide enfin à ouvrir le feu pour qu’on sorte du ronron.

Le look a beaucoup vieilli, les deux heures semblent souvent longues et le beau casting n’a pas grand-chose à faire. « UN TUEUR DANS LA FOULE » vaut pour sa scène de panique finale très bien réalisée et montée, pour le plaisir de revoir John et Gena, même s’ils n’ont aucune scène ensemble et pour des faciès familiers comme Martin Balsam, Jack Klugman, Robert Ginty (qui vend des chapeaux à l’entrée du stade) ou Mitchell Ryan en curé.

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CHARLTON HESTON, MARTIN BALSAM, DAVID JANSSEN, GENA ROWLANDS ET JOHN CASSAVETES

À noter : une version longue de 141 minutes a été montée exclusivement pour la TV avec une pléiade d’acteurs absents du montage cinéma : Joanna Pettet, Rossano Brazzi, Paul Shenar, Joseph Maher ou William Prince. L’accent était mis sur l’identité du tireur et sur les raisons du massacre.

 

« SEULS SONT LES INDOMPTÉS » (1962)

LONELY2Le tandem Dalton Trumbo-Kirk Douglas venait de triompher avec « SPARTACUS ». En changeant complètement d’univers, « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » reprend quelques thèmes du célèbre péplum : à l’instar du gladiateur, le cowboy incarné par Douglas est un rebelle insoumis se dressant seul contre l’oppression (ici, le monde « moderne » et sa technologie) et prêt à aller jusqu’au bout de son combat à la fois glorieux et dérisoire.

Le scénario est d’ailleurs très (trop ?) chargé en symboles. Douglas est le fossile vivant de l’époque héroïque du Far-West et le cheval représente son mode vie. Traqués par des voitures de police, des hélicoptères, des avions, ils viendront à bout des épreuves mais rencontreront leur destin (attention : SPOILER !) dans la collision avec un poids-lourd transportant… des cuvettes de W-C.

Si le personnage de ‘Jack Burns’ est extrêmement attachant et permet à un Douglas très sobre de donner une de ses plus sympathiques prestations, les autres protagonistes sont caricaturaux : le shérif Walter Matthau et son adjoint abruti forment un tandem comique un peu fastidieux, George Kennedy joue un sadique bestial. Seule Gena Rowlands parvient à approfondir son rôle de femme lucide et bien implantée dans son époque, tiraillée entre deux hommes. Ses scènes avec Douglas sont vraiment très bien écrites et interprétées.

Bien filmé en Scope noir & blanc, âpre et physique, « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » apparaît comme un ancêtre du premier « RAMBO » à bien des points-de-vue. Il n’est donc pas étonnant que Douglas ait été le premier choix pour jouer le colonel dans le film de Kotcheff vingt ans plus tard.

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KIRK DOUGLAS, BILL RAISCH, GENA ROWLANDS ET GEORGE KENNEDY

À noter, le bref face-à-face entre Burns et un puma. Séquence muette rendue encore plus signifiante de nos jours, quand on sait que le « lion des montagnes » est maintenant une race éteinte.

Malgré quelques scories et coquetteries narratives un peu lourdes (la progression très en amont du camion fatal, qui ne sert finalement pas à grand-chose), « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » demeure un joli post-western. La dernière séquence est bouleversante.

 

« LA PORTE DES SECRETS » (2005)

PORTE« LA PORTE DES SECRETS » est un suspense mâtiné de « ghost story » baignant dans une ambiance décatie de vieux Sud, entre New Orleans et Savannah, dans des décors de bayou comme figés au 19ème siècle.

Le choix des extérieurs, la photo en clair-obscur, l’intensité de la direction d’acteurs hissent le film au-dessus du tout-venant du genre et créent une atmosphère saisissante de superstition « Hoo Doo ». La peur naît des croyances ancestrales, des non-dits, de ce qu’on a peur de voir apparaître, et non pas d’effets faciles vus et revus cent fois. C’est la grande qualité du scénario, qui suit Kate Hudson, jeune infirmière compatissante engagée par un vieux couple (Gena Rowlands et John Hurt) pour s’occuper du mari victime d’un AVC. Mais elle découvre peu à peu des secrets enfouis, un passé de violence et se met à croire à la magie noire.

Classique dans son déroulement, « LA PORTE DES SECRETS » nous gratifie d’un « twist » final étonnant et réjouissant, balayant toutes les fausses-pistes dans lesquelles on a foncé tête baissée pendant tout ce qui a précédé. C’est le plus grand plaisir de ce film soigné et certainement sous-évalué.

Mme Rowlands est exceptionnelle dans ce personnage de « grande dame » bourrue et de plus en plus terrifiante, Hurt apporte tout son (considérable) métier à un rôle quasi-muet où toutes les émotions – et Dieu sait qu’elles sont fortes ! – passent à travers le regard.

KATE HUDSON, GENA ROWLANDS ET JOHN HURT

KATE HUDSON, GENA ROWLANDS ET JOHN HURT

Sans être un grand film, « LA PORTE DES SECRETS » contient suffisamment de morceaux de bravoure horrifiques pour immerger complètement dans son univers poisseux et finir par nous faire croire – à l’instar de l’héroïne – à la possession et aux fantômes. Le film doit beaucoup à la prestation hyper-tendue et subtile de Kate Hudson qui ne fait probablement pas la carrière qu’elle mérite.

 

« THE LONELY HOURS » : Gena Rowlands dans « The Alfred Hitchcock hour »

HITCH ROWLANDS

GENA ROWLANDS

« THE LONELY HOURS » est un épisode de la 1ère saison de « THE ALFRED HITCHCOCK HOUR » réalisé par l’honnête technicien Jack Smight.

Le scénario ressemble à une ébauche du futur film à succès « LA MAIN SUR LE BERCEAU » tourné trente ans plus tard : une femme (Nancy Kelly) loue une chambre dans la maison d’un jeune couple et s’intéresse de très près au dernier né qu’elle finit par kidnapper. Son propre enfant étant mort-né, elle s’est persuadée que ce bébé est le sien.

HITCH ROWLANDS2

NANCY KELLY

Par son sujet même, le téléfilm est très tendu et met mal à l’aise, d’autant plus que – bien qu’à 40 ans, elle soit manifestement trop âgée pour son rôle – Nancy Kelly est absolument remarquable et joue la folie avec réalisme et sobriété. La scène où elle perd les pédales parce que le bébé se met à pleurer, fait froid dans le dos. Face à elle, dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, Gena Rowlands joue la mère de famille combative et perspicace.

De bons seconds rôles, exclusivement féminins, parmi lesquels Juanita Moore (« MIRAGE DE LA VIE ») et l’ineffable Jesslyn Fax sorte de sœur jumelle d’Hitchcock, jouant une logeuse.

Un bon épisode donc, qui lorgne d’avantage sur le drame psychologique que sur le thriller pur et dur, à voir pour la rayonnante Miss Rowlands et pour l’intensité fiévreuse de la moins connue Nancy Kelly.

 

« SHADOWS » (1959)

LELIA GOLDONI

LELIA GOLDONI

Premier film de John Cassavetes en tant qu’auteur-réalisateur, « SHADOWS » a été tourné en 1957 et ’58 puis « reshooté » en partie l’année suivante. Cela en fait-il l’annonciateur de la Nouvelle Vague française avec laquelle il entretient de nombreux points communs dans la forme comme dans le fond ?SHADOWS3

Semi-improvisé, tourné en 16MM à l’arrachée, truffé de faux-raccords, de dialogues à peine audibles, le film est une chronique du New York des années 50 et de cette « beat generation » désœuvrée et paumée, s’extirpant de la triste réalité par de dérisoires rêves de gloire.

On suit avec passivité mais non sans intérêt, la dérive de quelques personnages blancs et noirs dans des bars, des boîtes de nuit, des soirées alcoolisées, on assiste à leurs amours hésitantes et parfois sordides. Et puis soudain, au détour d’une scène, le véritable thème du film jaillit : le racisme. Sans que le mot ne soit jamais prononcé, sans que rien ne soit vraiment formulé. Le regard de l’amant blanc de la métisse Lelia Goldoni, quand il découvre que son frère est noir, vaut tous les pamphlets du monde.

Qu’il s’agisse de cette comédienne magnifique, hypersensible, de Ben Carruthers ou de Tom Reese (généralement un ‘tough guy’ de westerns) ou Rupert Crosse, tous jouent sous leur véritable patronyme des individus pénibles et têtes-à-claques auxquels on finit par s’attacher profondément, presque malgré soi.

Il faut aimer le noir & blanc granuleux, le cinéma expérimental, les scénarios déstructurés et les comédiens plus ou moins amateurs pour goûter pleinement « SHADOWS ». Mais on y trouve déjà tout le génie débraillé de Cassavetes, sa rage de filmer, son amour lucide des autres. Et on sent encore l’influence de ce premier film aujourd’hui dans le cinéma indépendant d’Amérique et d’ailleurs.

LELIA GOLDONI ET BEN CARRUTHERS

LELIA GOLDONI ET BEN CARRUTHERS

À noter : Cassavetes apparaît quelques secondes dans un ‘caméo’ devant un cinéma passant « ET DIEU CRÉA LA FEMME » et Gena Rowlands peut être identifiée (avec de bons réflexes) dans une boîte de nuit, en profil perdu.

 

PETITS CAMÉOS EN FAMILLE…

LE SAVIEZ-VOUS ? JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS APPARAISSENT QUELQUES SECONDES DANS « SHADOWS », LE PREMIER FILM DE JOHN...

LE SAVIEZ-VOUS ? JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS APPARAISSENT QUELQUES SECONDES DANS « SHADOWS », LE PREMIER FILM DE JOHN…