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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JAKE GYLLENHAAL

« VELVET BUZZSAW » (2019)

Cinq ans après son intéressant « NIGHT CALL », Dan Gilroy retrouve ses acteurs Jake Gyllenhaal et Rene Russo pour « VELVET BUZZSAW », un film excessivement étrange qu’il est préférable de visionner sans rien en savoir à l’avance.VELVET

Cela démarre comme une satire féroce du monde de l’Art à L.A., avec ses critiques tout-puissants, ses galeristes magouilleurs, ses agents âpres au gain, ses artistes usurpateurs, etc. Quand Zawe Ashton, l’assistante de Russo, découvre par hasard l’œuvre d’un artiste inconnu mort dans son immeuble, elle dérobe ses toiles et décide de les exploiter. Tout ce petit monde de rapaces s’excite, le défunt devient la sensation du moment. Mais c’est oublier un peu vite qu’avant sa mort, il avait cherché à détruire son travail. Des événements bizarres et des morts violentes commencent à s’accumuler.

Le message est clair : quand les marchands du temple ne respectent plus l’Art ni l’artiste, quand les spéculateurs souillent sans scrupules l’essence même de la Création, alors… l’Art se venge ! Message intéressant, original, mais il faut bien le dire, un peu naïf et pas très subtil. Mais le déroulement est intrigant, maintenant une tonalité entre satire et film d’horreur plutôt inédite et en brossant un panorama très caustique de cet univers frelaté. Gyllenhall est très bien en critique gay précieux et tête-à-claques, Russo commence à ressembler à Katharine Hepburn, John Malkovich surjoue comme d’habitude en peintre imbu de lui-même, Toni Collette affublée d’une perruque blonde est amusante en entremetteuse « fouteuse de merde ». Un joli cast de bons acteurs qui rendent le spectacle distrayant et même captivant par moments.

À voir donc ce « VELVET BUZZSAW »(allusion au tatouage que Rene Russo arbore sur l’épaule) qui n’a rien d’un chef-d’œuvre, mais qui parvient à trouver sa petite musique et à vraiment surprendre quand sa narration bifurque vers le fantastique. À tenter.

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« BROTHERS » (2009)

En 2004 sortait « BRØDRE » un remarquable film danois. Aussi, quand cinq ans à peine plus tard s’annonce le remake américain « BROTHERS », ne le voit-on pas forcément d’un bon œil. Le nom de Jim Sheridan à la réalisation et la richesse du casting rassurent quelque peu et éveillent même une certaine curiosité. Et tant mieux ! Car le remake vaut largement l’original et si son existence ne s’imposait pas, il mérite largement le coup d’œil.BROS.jpg

Tobey Maguire, un marines, part en Afghanistan laissant sa femme (Natalie Portman) et ses deux petites filles. Porté disparu, il laisse la place à son frère le « bad boy » Jake Gyllenhaal, mal-aimé de la famille, qui va progressivement prendre avantageusement sa place. Seulement Maguire n’est pas mort et c’est un homme transformé en spectre par la détention, qui revient parmi les siens. Sujet fort, très bien développé, sans trop d’artifices mélodramatiques et évitant tous les lieux-communs. Ainsi, la fille aînée, l’extraordinaire Bailee Madison à la maturité de jeu stupéfiante, est-elle traitée avec la profondeur d’un personnage adulte, sans aucun cliché ou condescendance. Si Gyllenhaal est excellent, Portman touchante, si Sam Shepard et la toujours parfaite Mare Winningham sont de crédibles parents, la vraie surprise du film vient de l’habituellement falot Tobey Maguire, qui fait une composition époustouflante. Le changement entre l’officier serein du début et le survivant décharné et paranoïaque de la fin est à peine croyable. La scène du dîner d’anniversaire où il affronte sa fille, est d’une tension insoutenable.

À voir donc, ce remake, en surmontant l’antipathie suscitée par ce genre de produit. Il n’ôte rien à la force du film original, mais apporte quelques nuances intéressantes et parvient à impliquer émotionnellement et à atteindre l’universalité.

 

« SOURCE CODE » (2011)

Le pitch de départ de « SOURCE CODE » est à la fois sa grande force et sa principale faiblesse. Force, parce que l’idée est ingénieuse, forte et originale. Faiblesse parce qu’il faut bien l’expliquer à un moment donné et que c’est là que ça devient TRÈS confus. C’est le pauvre Jeffrey Wright qui s’y colle dans un long monologue abscons et on souffre pour lui !CODE

Réalisé par Duncan Jones, « SOURCE CODE » est une sorte d’avatar de « UN JOUR SANS FIN » à la sauce sci-fi et suspense. Le héros, un soldat campé par Jake Gyllenhaal se retrouve sans arrêt dans le même train de banlieue, pendant huit minutes d’affilée chaque fois et dans la peau de quelqu’un d’autre, pour empêcher un attentat à la bombe. À chaque « voyage », il progresse dans son enquête pour retrouver le coupable, il tombe amoureux de sa voisine Michelle Monaghan. Quand il revient dans une sorte de caisson plus ou moins étanche, il comprend peu à peu qu’il ne fait plus tout à fait partie du monde des vivants. Mais ne spoilons pas au-delà de cette phrase !

Malgré ses complications scénaristiques et une fin extrêmement embrouillée, « SOURCE CODE » fonctionne par son mouvement permanent, de bonnes scènes de paranoïa et surtout par l’énergie forcenée déployée par Gyllenhaal qui parvient à rendre tout cela à peu près crédible. Autour de lui, de bons comédiens comme Vera Farmiga en officier compassée et Wright, déjà cité, en scientifique ambitieux et odieux.

Un bon film que « SOURCE CODE », pas toujours très lisible, mais qui emporte l’adhésion par sa puissance narrative et un montage hyper-efficace.

 

« OKJA » (2017)

Joon-ho Bong, déjà responsable des remarquables « THE HOST », « MOTHER » ou « MEMORIES OF MURDER », signe avec « OKJA » (produit et diffusé par Netflix) un film totalement original, militant et d’une violence qui laisse parfois anéanti.OKJA.jpg

Cela démarre comme une jolie fable élégiaque dans la campagne coréenne, contant l’amitié entre une fillette et une énorme truie génétiquement modifiée qui lui a été confiée à la naissance. Jusqu’à ce que les horribles capitalistes U.S. viennent réclamer leur dû. À partir de là, le scénario bifurque vers le pamphlet écolo où tout le monde est mis dos-à-dos : les industriels corrompus et les « amis des bêtes ». Mais cela n’est rien comparé à la véritable descente aux enfers qui se produit pendant la longue séquence dans les abattoirs où atterrit la malheureuse ‘Okja’, réminiscent des camps de la mort et miroir à peine exagéré du calvaire que subissent quotidiennement les animaux d’élevage. À ce moment-là, « OKJA » atteint des sommet de suspense viscéral à peine soutenable et touche à une certaine grandeur dans sa description de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus noir.

Un peu long parfois, un brin naïf et trop démonstratif, le film n’en demeure pas moins un beau morceau de cinéma dérangeant et techniquement impressionnant : la créature, sorte de mélange entre un porc et un hippopotame acquiert progressivement une identité véritable, au point qu’on ne pense jamais à la prouesse des CGI. La petite Seo-Hyun Ahn est parfaite de bout en bout et les vedettes Tilda Swinton (également productrice) et Jake Gyllenhaal endossent crânement des personnages absolument abjects et délibérément caricaturaux. Combien de stars auraient accepté l’atroce scène de torture sur l’animal comme le fait ici Gyllenhaal ?

« OKJA » est une œuvre unique, qui secoue, bouscule, choque et donne à réfléchir. Pas sûr après le visionnage qu’on ait envie d’un steak avant un bon moment !

 

« LIFE : ORIGINE INCONNUE » (2017)

À la base, « LIFE : ORIGINE INCONNUE » est un pur et simple remake de « ALIEN », avec pour principale différence la nature même du tueur extra-terrestre qui n’a cette fois-ci rien d’humanoïde, ce qui le rend paradoxalement encore plus crédible et effrayant.LIFE

Sobrement mais efficacement réalisé par Daniel Espinoza, le film déroule son scénario simple et linéaire dans un joli crescendo de suspense, non sans avoir pris la peine de bien dessiner les personnages avant que ne débute le jeu de massacre. Cela crée une réelle empathie et donc une plus forte implication du spectateur. Dans cet univers en apesanteur permanente, une petite équipe de pilotes, de chercheurs et de techniciens ramène à la vie une simple cellule organique prélevée sur Mars. Minuscule et presque « mignonne » au début, elle se transforme rapidement en espèce de poulpe vorace à la force phénoménale.

Malgré de gros emprunts au film de Ridley Scott, matrice de tous les films de « monstres dans l’espace », « LIFE » est une belle réussite. Impossible de détacher les yeux de l’écran une seconde ! Les poussées d’adrénaline sont nombreuses, la trouille d’excellente qualité et les CGI tellement bien intégrés qu’on ne se rend même plus compte de leur présence.

Au sein d’un casting homogène, Jake Gyllenhaal est très bien en ex-soldat paumé qui s’est exilé dans l’espace. Rebecca Ferguson et Ryan Reynolds dans un rôle relativement bref, sont eux aussi irréprochables.

Pour pleinement apprécier « LIFE », il ne faut donc surtout pas rechercher l’originalité ou la surprise (même si le twist final est bien amené), car il s’inscrit dans une tradition de science-fiction mâtiné d’horreur qui a ressassé jusqu’à plus-soif les mêmes données. Mais pour ce qu’il est, il vaut vraiment le détour.

 

« DEMOLITION » (2015)

« DEMOLITION » est un film singulier sur le deuil, l’engourdissement des sens et des sentiments, le lent retour à la vie. Jake Gyllenhaal incarne un business man insensible, obsédé par son travail, apparemment incapable d’aimer qui, après avoir perdu sa femme dans un accident, va devoir s’arracher à sa torpeur d’une curieuse façon : en démolissant des objets, des machines, des maisons… Un peu tout ce qui le définissait lui-même, en somme.DEMOLITION

Sobrement réalisé par le canadien Jean-Marc Vallée, le film doit beaucoup à un superbe montage ultra-rapide et elliptique, qui ne s’appesantit jamais, tout en laissant l’espace aux personnages de se développer dans toute leur complexité. On s’attache immédiatement au protagoniste, campé avec une sorte d’humour désespéré par un Gyllenhaal en pleine forme. L’acteur est bien entouré par Naomi Watts en paumée empathique, Chris Cooper excellent en beau-père très patient et le jeune Judah Lewis en ado à problèmes.

« DEMOLITION » est constamment surprenant, incongru (l’intrusion de « La Bohème » d’Aznavour !), iconoclaste, et l’émotion jaillit parfois quand on ne l’attend pas. Ce sont d’ailleurs les idées les plus simples qui atteignent le plus sûrement le but : comme ces apparitions furtives de l’épouse défunte dans des miroirs de la maison ou pendant de brefs flash-backs. C’est le genre de film d’auteur fragile et délicat, pas fait pour tous les goûts, mais qui touche au cœur, pour peu qu’on soit réceptif à sa petite musique. À ranger dans la même catégorie que « IN THE AIR », sans que les sujets n’aient rien de commun. Des œuvres impressionnistes, aériennes. Un seul reproche ? La « happy end » au manège qui conclue le film avec un sentimentalisme dégoulinant qui n’a rien à voir avec tout ce qui a précédé. On frôle la trahison !

 

« NOCTURNAL ANIMALS » (2016)

Les films parlant de création, d’écriture, sont rarement accessibles à un public large et demeurent confinés dans un créneau « arty ». On pense bien sûr à « PROVIDENCE » de Resnais, « BARTON FINK » des Coen, voire pour les plus « commerciaux » : « SHINING » ou « MISERY ».NOCTURNAL

« NOCTURNAL ANIMALS » réussit l’exploit de ratisser large, tout en préservant son intégrité artistique et son ambition. Le scénario de Tom Ford suit deux lignes parallèles qui se rejoignent à la conclusion : la fin du mariage d’une galeriste à la mode (Amy Adams), qui reçoit le manuscrit de son ex-mari (Jake Gyllenhaal) qu’elle n’a pas revu depuis vingt ans. En lisant ce qui semble être un polar rural d’une violence extrême, bien loin de l’image romantique qu’elle gardait de lui, elle imagine le héros avec les traits de Gyllenhaal. Et comprend peu à peu que le roman est une transposition cathartique du mal qu’elle lui a fait jadis et qui a transformé « à la dure » sa personnalité. C’est donc l’art et en l’occurrence la littérature, comme arme de revanche, voire de vengeance. C’est toute l’originalité de ce sujet prenant, intelligent, d’une rare subtilité, qui parvient aussi bien à passionner pour son suspense « policier » très dérangeant que pour l’existence glacée et solitaire de son héroïne.

Les comédiens sont tous exceptionnels. Amy Adams, ambitieuse et égoïste (son ultime gros-plan au restaurant lui vaudrait presque l’Oscar), Gyllenhaal d’une extrême intensité, qu’il joue le jeune homme idéaliste et hypersensible dans les flash-back, ou le quidam assoiffé de vengeance du roman. Et le plaisir de retrouver Michael Shannon en shérif rongé par le cancer, Aaron Taylor-Johnson (« KICK-ASS ») méconnaissable en voyou psychopathe, sans oublier Laura Linney magnifique dans une seule séquence, en mère froidement lucide.

Il ne faut pas trop parler du contenu de « NOCTURNAL ANIMALS » pour ne pas en dévoiler les secrets. Mais c’est un film à voir absolument.