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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN GABIN

« LE PLAISIR » (1952)

Adaptant trois nouvelles de Guy de Maupassant, Max Ophüls signe avec « LE PLAISIR », un film à sketches comprenant « LE MASQUE », l’histoire d’un vieillard refusant le grand âge en portant un masque pour courir la gueuse, « LA MAISON TELLIER », ou le week-end campagnard des pensionnaires d’un bordel et « LE MODÈLE », où un jeune peintre connaît une relation tumultueuse avec sa muse.

Le premier et le dernier sont assez courts. « LE MASQUE » tient essentiellement dans la virtuosité du réalisateur qui multiplie les travellings, les plans-séquences, les mouvements de grue d’une extraordinaire fluidité, pendant un bal parisien. Le dernier n’offre pas grand intérêt, hormis le joli visage de chat de Simone Simon.

Le plat de résistance, c’est le second. Un scénario qui aurait mérité un long-métrage à lui tout seul et qui est un touchant mélange de paillardise joyeuse et d’émotion. La scène où les prostituées, soudain confrontées à la pureté et à l’innocence, se mettent à pleurer pendant un baptême, vaut à elle seule qu’on voie le film. C’est également ce sketch qui offre la plus belle distribution : Madeleine Renaud en mère-maquerelle sévère mais bienveillante, Pierre Brasseur en VRP égrillard, Ginette Leclerc, Mila Parély et Paulette Dubost en « poules ». Et bien sûr, Danielle Darrieux et Jean Gabin (partenaires la même année dans « LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE »), dans des contremplois délectables : elle en péripatéticienne avenante et lui, formidable en menuisier empressé et gourmand, tombant sous son charme, le temps d’une fête familiale. Un vrai plaisir de les voir jouer ensemble, même si c’est assez fugace tant le sketch est dense et enlevé.

Porté par la voix « off » si particulière de Jean Servais jouant Maupassant lui-même (et qui apparaît en chair et en os dans le dernier sketch), « LE PLAISIR » est une œuvre légère et profonde, d’une grande liberté de ton, qui ne cesse d’épater par sa mise-en-scène constamment en mouvement (au point de ne jamais s’attarder sur des gros-plans) et par son mélange de joie de vivre et de profonde mélancolie.

DANIELLE DARRIEUX, JEAN GABIN ET SIMONE SIMON

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« LE CHAT » (1971)

chat« LE CHAT » est-il le film le plus triste et déprimant du monde ? En tout cas, il est très certainement dans le peloton de tête ! Adapté du déjà peu joyeux Georges Simenon et pensé comme le face-à-face inédit de deux monstres sacrés vieillissants, c’est une œuvre terrible sur la fin : fin d’une époque (les jolis pavillons de Courbevoie remplacés par les buildings de la Défense), fin de l’amour à travers un vieux couple vivant dans la haine et fin de deux existences plombées par le désespoir.

Simone Signoret, seulement 50 ans, mais jouant dix de plus et Jean Gabin, 67 ans, ne sont plus Casque d’or et Pépé le Moko depuis longtemps. Par leur rigueur et leur métier, ils parviennent à faire totalement oublier leur aura de vedettes pour incarner ces deux « petits vieux » murés dans le silence et la rancœur, encerclés par les chantiers et les bulldozers qui se rapprochent de plus en plus de leur ancienne « maison du bonheur ». Entre eux, symbole de leur désamour, de l’indifférence, un chat. Le chéri de son pépé qui devient objet de haine irraisonnée pour la femme délaissée.

Pierre Granier-Deferre gère parfaitement ces deux pointures, les empêche de cabotiner et parvient à extraire de ces images sinistres, une émotion constante. Et ce, malgré un scénario un peu mince, qui s’essouffle après la disparition du chat et fait parfois du sur-place.

En ancien ouvrier anéanti par la retraite, Gabin en mode « J’en sais rien et j’m’en fous ! » est plus vrai que nature, assumant un personnage taiseux, obtus, voire franchement méchant. Mais c’est Signoret qui a le plus beau rôle : une ex-artiste de cirque boiteuse, alcoolique, malade de manque d’amour, prête à tout encaisser pour ne pas perdre son homme, aussi odieux soit-il. Certaines confrontations sont d’une violence inouïe. Vraiment deux gigantesques comédiens ! Autour d’eux, des visages familiers comme Annie Cordy ou Jacques Rispal.

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SIMONE SIGNORET ET JEAN GABIN

« LE CHAT » n’est pas à voir en période de déprime. C’est un film dépouillé, âpre et sans échappatoire et probablement un des plus lucides et cruels sur le couple et la vieillesse. La fin est juste… un gros coup de massue.

 

« LA GRANDE ILLUSION » (1937)

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PIERRE FRESNAY ET JEAN GABIN

Que dire encore d’un film adulé par les cinéphiles du monde entier depuis 80 ans ? Qu’ajouter aux dithyrambes, que répéter une fois de plus ? Oui, « LA GRANDE ILLUSION » est un des plus beaux films du monde. Oui, il parvient à dégoûter de la guerre – de n’importe quelle guerre – en ne montrant pas un seul champ de bataille, en ne dépeignant jamais « l’ennemi » comme un monstre sanguinaire. Et il parle des barrières sociales infranchissables entre les hommes, tout en démontrant dans le même temps leur fraternité.grande2

Le scénario est divisé en trois parties bien distinctes : la première dans un camp de prisonniers somme toute sympathique et civilisé, qui frise souvent la comédie. C’est bien dialogué, enlevé, les protagonistes sont croqués avec une extraordinaire économie de moyens et aucun manichéisme. À peine déplorera-t-on le personnage de titi parisien surjoué par un Carette fatigant et beaucoup trop présent. La seconde marque un changement de prison et une tonalité plus sombre, plus hivernale et se conclue par le quasi-suicide de l’officier français qui n’a plus sa place dans le monde qui se dessine. Et la troisième, la plus simple, la plus émouvante, isole deux évadés dissemblables dans une ferme allemande où l’amour parvient à renaître sur les décombres.

C’est admirable de bout en bout, d’une finesse de trait et d’une acuité inouïes. Et c’est porté par une distribution magnifique : Pierre Fresnay, inoubliable ‘Boëldieu’ snob et cassant mais héroïque jusque dans sa lucidité. Eric von Stroheim dans le rôle de sa vie, Dalio, Dita Parlo, il faudrait tous les citer. Mais le film est dominé sans aucun effet de manche par un Jean Gabin grandiose. Prolo à l’esprit simple et au courage bouleversant, brute sensible, il est un ‘Maréchal’ irremplaçable et trouve un de ses plus beaux rôles. Ses face-à-face avec Fresnay sont anthologiques.

« LA GRANDE ILLUSION » est de ces films qu’on peut revoir indéfiniment parce qu’on trouve toujours quelque chose à découvrir, à comprendre et parce qu’il s’applique encore à notre monde d’aujourd’hui, même s’il parle de la guerre 14-18 et fut tourné juste avant celle de 39-45.

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ERICH VON STROHEIM, DITA PARLO ET JEAN GABIN

 

« LA BANDERA » (1935)

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JEAN GABIN

On n’est pas obligé de se passionner pour les faits d’armes de la Légion Étrangère pour tomber sous le charme intoxicant de « LA BANDERA ».BANDERA

Le film commence par un meurtre qu’on devine plus qu’on ne voit. L’assassin (Jean Gabin) fuit en Espagne. Acculé, il s’engage dans la Légion, mais un soldat (Robert Le Vigan) lui colle aux basques. Est-il un mouchard ? Un flic ?

Le scénario, compact et elliptique, suit la marche à la mort de ces deux hommes liés pour toujours : le voyou brut-de-pomme et paranoïaque et sa Némésis, qui incarne à la fois sa soif de rédemption et le destin. Admirablement dialogué par Charles Spaak, cadré avec l’habituelle modernité de Julien Duvivier, ici au sommet de son art visuel, « LA BANDERA » est une œuvre inexplicablement envoûtante, où tout le monde semble exilé dans un purgatoire surchauffé et attend une forme de délivrance, quelle qu’elle soit. En plein dans sa grande période, Gabin donne chair à ce personnage tourmenté et pas franchement sympathique, obsédé par l’idée de mourir « en homme ». Face à lui, Le Vigan est magnifique avec son regard illuminé et son sourire inquiétant. Quel duo ! Parmi les seconds rôles : Aimos en « bon copain » titi parisien, Pierre Renoir excellent en capitaine scarifié par les combats. Annabella n’est guère convaincante en prostituée arabe. On aperçoit fugitivement la débutante Viviane Romance qui tente d’aider Gabin affamé à Barcelone.

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JEAN GABIN, ROBERT LE VIGAN ET ANNABELLA

Un film unique dans son genre à la fois réaliste et cauchemardesque. La dernière partie, dans le fort minuscule encerclé par les rebelles est d’un jusqu’auboutisme étonnant, d’un désespoir sec et sans rémission. Et quand on meurt, c’est d’une balle perdue, en une seconde, sans grand discours. En homme, peut-être, mais pas en héros.

GABIN ET VIVIANE ROMANCE AVANT « LA BELLE ÉQUIPE ».

GABIN ET VIVIANE ROMANCE AVANT « LA BELLE ÉQUIPE ».

 

« LE TUNNEL » (1933)

TUNNEL« LE TUNNEL » est un des premiers rôles principaux de Jean Gabin. Production allemande tournée en plusieurs versions et avec des castings différents, c’est une drôle de bouillabaisse multinationale dans laquelle Gabin joue un ingénieur… américain (il s’appelle ‘Alan McAllan !) qui perce un tunnel entre l’Europe et l’Amérique pendant quinze ans.

Pendant 72 minutes, on ne sait jamais très bien ce qu’on est en train de regarder : un documentaire sur le forage sous-marin, un film-catastrophe, un drame social, un mélodrame mondain… C’est tout cela à la fois, à part que rien ne s’harmonise jamais et qu’on a la sensation de voir plusieurs films en même temps. Et qu’aucun d’eux n’est particulièrement passionnant !

Âgé de 29 ans, Gabin n’a pas encore trouvé son « personnage » cinématographique. Il joue ici un patron proche de ses ouvriers, courageux et dur à l’ouvrage, mais il n’a pas grand-chose à défendre hormis la scène où il harangue ses hommes prêts à faire la grève. À ses côtés, Madeleine Renaud incarne sa femme délaissée qui passe toutes ses scènes à répéter exactement la même chose. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Robert Le Vigan en saboteur infâme.

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JEAN GABIN ET MADELEINE RENAUD

Très bien photographié, nerveusement monté, « LE TUNNEL » laisse à peu près indifférent. Ce patchwork de séquences inégales, presque sans relation les unes avec les autres est un ode héroïque à un exploit qui n’a jamais existé.

Deux ans plus tard, Gabin allait tourner « LA BANDERA » et vraiment entamer une carrière exceptionnelle abondamment évoquée sur « BDW2 ».

 

« LA BELLE ÉQUIPE » (1936)

BELLE2 - copieInvisible depuis des décennies à cause d’un conflit autour d’une fin « optimiste » imposée à Julien Duvivier et qu’il dut retourner lui-même, « LA BELLE ÉQUIPE » ressort enfin dans toute son intégrité, image et son magnifiquement restaurés.

Contemporain de l’avènement du Front Populaire, le film – au-delà de son sous-texte politique finalement assez discret – est avant tout une fable joyeuse et utopiste, qui s’achève en tragédie. Sous l’œil éternellement pessimiste du réalisateur, la joie-de-vivre, la camaraderie et les illusions d’une bande de potes ayant touché le loto, sont peu à peu réduites à néant par la sordide réalité de l’existence, personnifiée par une belle garce.

La première partie est gaie et enlevée, le petit groupe de chômeurs excessivement sympathique et solidaire. La construction de la guinguette à Nogent culmine avec la longue scène du pique-nique et la chanson de Jean Gabin : « Quand on s’promène au bord de l’eau ». La seconde moitié voit la « belle équipe » se déliter, rattrapée par la loi, par le « pognon » (l’immonde personnage du propriétaire rapace qui vient réclamer son dû), par les rivalités amoureuses et par la mort elle-même. Et ce beau rêve collectiviste d’abord proposé par les auteurs, cette soudaine richesse des « petites gens », s’écroule et se métamorphose en cauchemar.

C’est un très beau film, parfaitement équilibré, superbement joué par Gabin, au naturel confondant, par Viviane Romance dans un rôle monstrueux mais jamais caricatural, par Charles Vanel dans un personnage plus trouble de pauvre type influençable. Le jeu survolté d’Aimos a davantage vieilli et on a le bonheur de retrouver Charpin dans un petit rôle de gendarme débonnaire.

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JEAN GABIN, CHARLES VANEL ET VIVIANE ROMANCE

C’est bon de redécouvrir « LA BELLE ÉQUIPE » aujourd’hui. En le voyant avec cette fin d’une totale dureté, on se rend compte qu’au fond, elle n’est pas tellement plus satisfaisante que la version « optimiste ». Pas très bien amenée (ce revolver sortant de nulle part, les caractères des protagonistes qui changent brutalement du tout au tout pour arranger le scénario), elle est certes déprimante, mais semble un peu expédiée et trop simple. C’est bien la seule réserve qu’on pourra avoir sur ce chef-d’œuvre d’un cinéma français alors à son pinacle.

 

DUVIVIER, ENFIN !

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INTROUVABLES DEPUIS DES DÉCENNIES, DEUX DES PLUS GRANDS FILMS DE JULIEN DUVIVIER ARRIVENT EN BLU-RAY DÉBUT JUIN !