RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-PAUL BELMONDO

« UN HOMME QUI ME PLAÎT » (1969)

PLAIT

ANNIE GIRARDOT

Tourné dans la foulée de « UN HOMME ET UNE FEMME » et « VIVRE POUR VIVRE », « UN HOMME QUI ME PLAÎT » traite plus ou moins des mêmes thématiques chères à Claude Lelouch : la (brève) rencontre amoureuse et fortuite d’une femme et d’un homme pas forcément disponibles, l’adultère et la lâcheté masculine.PLAIT2

La vedette française d’une production américaine (Annie Girardot) séjournant à L.A. rencontre le musicien du film (Jean-Paul Belmondo). Profitant d’un trou dans leur emploi du temps, ils vont vivre pendant une semaine, une sorte de passion-express, tout en traversant l’Amérique en avion et en voiture.

Le sujet est léger, les personnages sont des nantis sans gros souci apparent et le ‘road movie’ n’est justifié que par un désir de montrer les paysages mythiques américains. Cela devrait être creux et irritant, mais quelque chose se passe, comme dans « VIVRE POUR VIVRE », et on finit par s’attacher à ce couple improbable et éphémère et à se laisser séduire par cet « amour de vacances » vécu plus sérieusement par un des partenaires que par l’autre. La caméra mobile de Lelouch fait merveille, le charisme des vedettes est à son maximum et la BO de Francis Lai ajoute au charme rétro de l’ensemble.

Bien sûr, comme d’habitude, les scènes improvisées semblent forcées voire pénibles (la longue scène de séduction par téléphone où Belmondo fait croire à un incendie dans l’hôtel), bien sûr certains des morceaux de bravoure (la poursuite fantasmée de la voiture par des Indiens) ne servent strictement à rien qu’à faire preuve de virtuosité. Mais ce qui fonctionne parfaitement, c’est la réalité et le quotidien qui s’immiscent progressivement dans cette parenthèse enchantée et viennent empoisonner ces jours heureux.

Girardot est touchante, complexe. Sa dernière expression à l’aéroport est tout simplement sublime. Belmondo belmondise sans excès et laisse, par instants, deviner l’homme sous la star. Parmi les petits rôles, on reconnaît une jeune Farrah Fawcett en starlette et Marcel Bozzuffi, impressionnant en époux trompé au visage fermé (sa façon de dire de façon complètement factuelle : « Je ne t’aime plus », au milieu d’un bavardage anodin est exceptionnelle). On aperçoit Richard Basehart dans son propre rôle.

PLAIT3

ANNIE GIRARDOT, JEAN-PAUL BELMONDO ET MARCEL BOZZUFFI

Lelouch se répète déjà dans « UN HOMME QUI ME PLAÎT », mais avec les années, son film a acquis une belle patine, une émotion où se mêlent souvenirs et nostalgie.

Publicités
 

« LE VOLEUR » (1967)

VOLEUR

JEAN-PAUL BELMONDO ET JULIEN GUIOMAR

Adapté d’un roman du peu prolifique auteur Georges Darien, « LE VOLEUR » dresse le portrait d’un jeune cambrioleur dans le Paris des années 1900, un solitaire issu d’un milieu bourgeois qui ne trouve un sens à son existence qu’en accomplissant ses larcins.VOLEUR3

C’est une œuvre existentielle, portée par Jean-Paul Belmondo en total contremploi. Belle idée de Louis Malle de l’avoir choisi pour incarner ce criminel élégant, non-violent, dégoûté par la société, tenté par l’anarchisme, mais fondamentalement désespéré et voué à la guillotine. Parfaitement dirigé, l’acteur ne décroche qu’un ou deux sourires au cours du film, observe plutôt qu’il ne réagit, laisse les rôles « flamboyants » à ses partenaires comme Julien Guiomar excellent en abbé-voleur et Charles Denner en maestro de la cambriole qui reconnaît « l’odeur de l’or ».

La reconstitution historique est sobre, le rythme maintenu sur deux heures. La voix « off » apporte beaucoup d’ironie amère à l’ensemble et le dialogue est constamment savoureux et cynique. Autour de Belmondo dans une de ses plus belles prestations, un magnifique casting féminin : la délicieuse Geneviève Bujold en cousine espiègle, la toute jeune Marlène Jobert en prostituée joyeuse, Françoise Fabian en modiste, Bernadette Lafont en soubrette coquine et surtout Marie Dubois formidable en garce rousse aux griffes acérées. On aperçoit Pierre Étaix en pickpocket et Jean-Luc Bideau en huissier, le temps d’une séquence.

Œuvre sombre, énigmatique, à l’image de son personnage central, « LE VOLEUR » fascine par sa froideur désincarnée, par quelques moments marquants (l’exécution en place publique, la falsification du testament du vieil oncle agonisant) et par l’acuité avec laquelle est dessiné ce ‘Georges Randal’ : un homme carbonisé de l’intérieur, qui a grandi sans amour et ne retrouve goût à la vie qu’en dépouillant les riches. Un bien beau film, pas facile d’accès, mais qui vaut largement l’effort.

VOLEUR2

JEAN-PAUL BELMONDO, MARLÈNE JOBERT, MARIE DUBOIS ET GENEVIÈVE BUJOLD

 

« WEEK-END À ZUYDCOOTE » (1964)

WEEK2Adapté du roman de Robert Merle, « WEEK-END À ZUYDCOOTE » est un des meilleurs films de Henri Verneuil, un des seuls où le spectaculaire n’étouffe jamais l’humain et où la technique demeure invisible et entièrement au service du scénario.

En 1940, pendant la bataille de Dunkerque, le film suit les deux derniers jours d’un simple soldat, Jean-Paul Belmondo, qui veut absolument partir pour l’Angleterre, mais qui se retrouve coincé là, sous les bombes au milieu des ruines et des cadavres. Des heures d’errance, de chaos, de remise en question. Jeune homme pacifiste et légèrement cynique, il sera obligé de voir l’horreur en face, de tuer pour la première fois et il tombera même amoureux, le temps d’une romance absurde. Très bien filmé en Scope, porté par une BO très hollywoodienne de Maurice Jarre, « WEEK-END À ZUYCOOTE », comme les meilleurs films de guerre, touche à l’universel. Sur ces quelques kilomètres de plage sont condensés la bêtise, l’héroïsme, la lâcheté et la grandeur de l’homme. Et son dérisoire surtout, puisqu’il suffit d’une explosion pour qu’il n’en reste plus rien qu’un corps disloqué et anonyme dans les dunes.

Belmondo est parfaitement dirigé, d’une sobriété et d’une intériorité jamais prises en défaut. Il traverse les images enfumées, enflammées, comme un mort en sursis, un innocent qui a vu l’enfer. ‘Maillat’ demeure un de ses plus beaux accomplissements. À ses côtés, de fabuleux seconds rôles comme Jean-Pierre Marielle en « abbé » patient, François Périer en bon copain « popote », Georges Géret formidable avec son FM toujours prêt à l’emploi. Et puis Catherine Spaak dans un personnage étonnant de jolie tête-à-claques (d’ailleurs elle s’en prend une bonne), sans oublier Marie Dubois dans une brève mais émouvante apparition.

WEEK

CATHERINE SPAAK, JEAN-PAUL BELMONDO, JEAN-PIERRE MARIELLE ET GEORGES GÉRET

À l’heure où le « DUNKERQUE » de Christopher Nolan triomphe sur les écrans, il est bon de revoir ce chef-d’œuvre du genre qui n’a pas pris une ride et dont l’ampleur et la perfection technique laissent pantois.

 

« LES DISTRACTIONS » (1960)

DISTRACTIONS2

JEAN-PAUL BELMONDO

En pleine Nouvelle Vague, un an après « À BOUT DE SOUFFLE », Jacques Dupont signe avec « LES DISTRACTIONS » une sorte de chronique existentialiste, teintée de polar. Il reprend Jean-Paul Belmondo, le héros de Jean-Luc Godard, pour en faire un reporter cynique et indolent, pas si éloigné du mythique ‘Laszlo Kovacs’.DISTRACTIONS

Belmondo retrouve Claude Brasseur, qu’il connut en Algérie, et qui fuit la police après avoir tué un motard (Belmondo était poursuivi pour la même raison dans le Godard !). Il décide de l’aider à se cacher, mais, comme tout ce qu’il fait dans la vie – aventures amoureuses comprises, il le fait à moitié, sans s’impliquer, la tête ailleurs. Alors son « meilleur ami » reprend sa cavale courant vers son issue tragique.

C’est le portrait d’un jeune type amoral, indifférent aux autres, une tête-à-claques sympathique et odieuse à la fois, qui comprendra trop tard le mal qu’il peut faire aux autres, alors qu’il ne fait que « frimer ». Centré sur la prestation assurée du jeune Belmondo, le film est loin d’être inintéressant, même s’il perd trop de temps à décrire les misères sentimentales d’Alexandra Stewart dans un rôle insupportable de pleurnicheuse. Sa beauté solaire heureusement, rattrape les choses ! On reconnaît également Mireille Darc en copine loyale, un jeune Brasseur impeccable en désaxé vulnérable, Sylva Koscina en starlette peu farouche et même – le temps d’un bref caméo – Claude Chabrol qui venait de diriger Belmondo dans « À DOUBLE TOUR ».

Le scénario est très littéraire, les images du Paris des années soixante fascinent et malgré quelques digressions pas toujours utiles, « LES DISTRACTIONS » est une bonne surprise qui confirme que Belmondo a donné le meilleur de lui-même à ses débuts. Pour mémoire, avant ce film, il avait enchaîné « À BOUT DE SOUFFLE », « CLASSE TOUS RISQUES » et « MODERATO CANTABILE ». Difficile de faire mieux et plus éclectique comme rampe de lancement !

DISTRACTIONS3

ALEXANDRA STEWART, MIREILLE DARC ET CLAUDE BRASSEUR

 

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » (1958)

TAIS2S’il existe une raison – et une seule – de jeter aujourd’hui un coup d’œil distrait à « SOIS BELLE ET TAIS-TOI », c’est parce qu’il recèle la première rencontre à l’écran d’Alain Delon (23 ans) et Jean-Paul Belmondo (25 ans), alors seconds rôles inexpérimentés et quasi-débutants.

Pour le reste, Marc Allégret signe un avatar de Série Noire autour d’un gang de trafiquants de bijoux et de braqueurs, utilisant des « mômes » jouant aux caïds pour passer leur marchandise. Pourquoi pas ? Bien sûr… Mais le problème c’est que le film est entaché de comédie débile et d’une lourdeur terrible, représentée par un Darry Cowl en roue-libre complète, jouant (improvisant serait plus juste) un flic zézayant et incompétent qui prend une place anormale dans le scénario, alors qu’il n’est que le coéquipier du héros, le fade Henri Vidal. Celui-ci épouse Mylène Demongeot, délinquante mineure associée à la bande de petits voyous. Un salmigondis laborieux au possible, paresseusement filmé, faiblement dialogué dans un argot d’époque (« Ferme ton capot, toi ! »).

Si Demongeot parvient à être charmante et même touchante, si Roger Hanin est à peu près crédible en malfrat surnommé ‘Charlemagne’, si on retrouve avec plaisir Robert Dalban en commissaire atrabilaire, les futures stars des sixties sont vraiment au stade embryonnaire : Delon en petit frimeur à l’intelligence plus que limitée qui se fait bousculer ou tabasser à la première occasion et se laisse manipuler par sa fiancée. Et Belmondo en sympathique benêt serviable et pas bien malin non plus. On est très très loin de leur mythologie future ! Mais les apercevoir (ils n’ont pas de très grands rôles) côte à côte avec leurs têtes de gamins, vaut tout de même le déplacement.

TAIS

MYLÈNE DEMONGEOT, HENRI VIDAL, JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » est donc à regarder d’un œil d’archéologue complétiste à l’extrême rigueur, mais sans plus. Si on aurait eu du mal à deviner l’avenir glorieux des deux compères, on s’étonne en revanche que Mylène Demongeot n’ait pas mené une carrière plus importante. Elle avait vraiment quelque chose.

 

« L’ALPAGUEUR » (1976)

ALPAGUEUR2« L’ALPAGUEUR » est une tentative de Philippe Labro « d’américaniser » le personnage de Jean-Paul Belmondo, en lui faisant jouer un chasseur-de-primes œuvrant pour les services secrets en s’attaquant illégalement à la pègre. L’idée en vaut une autre, mais le scénario est bizarrement construit, il perd un temps fou à lever plusieurs lièvres en même temps, s’efforce de les faire s’entrecroiser et surtout, perd complètement de vue le véritable adversaire du héros, un serial killer surnommé « l’Épervier » qu’on ne voit que trop peu et qui peine à s’imposer comme protagoniste central. C’est d’autant plus déplorable que c’est Bruno Cremer qui lui prête ses traits inquiétants et qu’il est formidable dans ce rôle glauque et ambigu à souhait, qu’il joue tout en nuances. Face à lui, Belmondo plus routinier semble rejouer des scènes vues dans d’autres films (les séquences en prison renvoient à « HO ! » ou « LA SCOUMOUNE ») en dur-à-cuire fregoli aux ‘one liners’ obscures (« Café, pousse-café, cigare »).

On trouve de drôles de partis-pris dans ce film : tous les intérieurs sont décrépits, presque en ruine. Situations et dialogues sont truffés de sous-entendus crypto-gays. On reconnaît les influences des auteurs, du « FLINGUEUR » de Winner au « GUET-APENS » de Peckinpah. « L’ALPAGUEUR » n’est hélas, pas aussi rigoureux : les seconds rôles sont uniformément faibles et sans réalité aucune, les dialogues (signés du parolier Jacques Lanzmann) sont émaillés de bons-mots incongrus et les blagounettes bien lourdingues de Belmondo tombent pour la plupart à plat, tant elles semblent appartenir à un autre film.

Par plusieurs détails pourtant, « L’ALPAGUEUR » retient tout de même l’attention. Sa froideur, la sinistrose systématique de ses repérages, ses choix bizarroïdes (l’absence totale de personnages féminins, le tueur rêvant d’acheter une île déserte, son étrange amitié avec le jeune voyou Patrick Fierry) et au bout du compte, un ton qui n’appartient qu’à lui. Dommage vraiment, qu’à trop se perdre dans des sous-intrigues fastidieuses, Labro n’ait pas fait de son film un face-à-face au sommet entre un super-mercenaire et un monstrueux tueur en série. Ses deux acteurs avaient la carrure pour hisser le scénario vers le haut. À part une bagarre à bord d’un avion bien insuffisante, ils n’en ont pas eu l’occasion.

ALPAGUEUR

BRUNO CREMER ET JEAN-PAUL BELMONDO

 

« LA SCOUMOUNE » (1972)

SCOUMOUNE2

MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

SCOUMOUNE3

ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on revoit également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !