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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-PAUL BELMONDO

« LA SIRÈNE DU MISSISSIPI » (1969)

SIRÈNEÉcrit et réalisé par François Truffaut, d’après un roman de William Irish, « LA SIRÈNE DU MISSISSIPI » sous son ossature de polar exotique est un film sur l’amour fou, absolu, suicidaire, incarné par ce jeune planteur de l’île de la Réunion (Jean-Paul Belmondo) grugé par une voleuse professionnelle (Catherine Deneuve) qui le dépouille et l’humilie avant de disparaître.

Le film s’ouvre curieusement sur un rappel de l’histoire de l’île, l’auteur prend son temps pour nous faire visiter les lieux, laisse les personnages se raconter, révéler leurs failles, jusqu’à l’arnaque. La seconde partie du scénario, située à Nice, se focalise sur la relation complexe, ambiguë et nocive liant les deux amants maudits, de plus en plus isolés de la société et prêts à aller jusqu’au bout des bouts. C’est passionnant par l’étude de caractères, surtout celui de Deneuve, dont Truffaut exploite intelligemment les caractéristiques : le mystère, la distance, la froideur, pour en faire une sorte d’icone presque inhumaine par instants. À contremploi, Belmondo est excellent en brave type littéralement fou d’amour, aveuglé par l’adoration, un emploi qu’il tint fréquemment à ses débuts. Cela n’empêche pas quelques affrontements bien saignants, tempérés par de jolis moments (la déclaration d’amour devant le feu de cheminée) et un échange de répliques final que l’auteur reprendra mot pour mot dans « LE DERNIER MÉTRO » (« C’est une joie… et une souffrance »). Si les seconds rôles, souvent tenus par des amateurs, ne marquent pas les esprits, Michel Bouquet se distingue en détective privé crispant et entêté.

Sans être un chef-d’œuvre, « LA SIRÈNE DU MISSISSIPI » est parsemé de belles scènes, de jolis dialogues, et parvient à toucher du doigt ce qu’une passion absolue peut avoir d’irrationnel et d’irrésistible. Si la dernière partie est un peu longuette, le voyage en vaut tout de même la peine.

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CATHERINE DENEUVE ET JEAN-PAUL BELMONDO

 

« À BOUT DE SOUFFLE » (1960)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET JEAN SEBERG

Premier long-métrage écrit et réalisé par Jean-Luc Godard, film-phare de la Nouvelle Vague naissante, « À BOUT DE SOUFFLE » a tout du film que – 60 ans après – on devrait en toute logique, haïr. Mais il n’en est rien. C’est même tout le contraire.SOUFFLE

C’est tourné « à l’arrache » dans un noir & blanc sur-ex ou sous-ex de Raoul Coutard, suivant à la trace Jean-Paul Belmondo, pâle voyou voleur de voitures qui vient d’abattre un motard à Marseille et traîne à Paris pour rester aux côtés de Jean Seberg, vendeuse du Herald Tribune sur les Champs-Élysées. Le scénario semble improvisé la plupart du temps, ellipsant des moments importants, dilatant des scènes apparemment anodines (le long face à face dans la chambre d’hôtel, l’interview de l’écrivain joué par Jean-Pierre Melville à Orly) et plaçant ses deux personnages sous une loupe insistante et magnifiante. Quelque chose de magique se produit, qu’on le veuille ou non, dû en grande partie à l’extraordinaire alchimie entre les deux jeunes acteurs : lui à la fois enfantin et désespéré, royalement désinvolte, imitant les tics de Bogart avec la clope au bec, achetant constamment le journal partout où il va et téléphonant sans arrêt à un certain « Antonio » qui n’est jamais là. Elle, innocente et perverse, ravissante, au charme intoxicant. À l’image, ils font des étincelles et rendent le film absolument fascinant. Mais il y a aussi le Paris des années 60, un monde disparu dans la nuit des temps, avec ses grosses voitures, son argot et une sorte de liberté qui irradie de la moindre image. Véritable OVNI souvent imité, jamais égalé, « À BOUT DE SOUFFLE » est, avec « LE MÉPRIS », le seul film de Godard que même ses détracteurs les plus acharnés peuvent aimer. C’est l’instantané d’une époque, l’autopsie d’une histoire d’amour instinctive, animale, qui s’achève par une trahison brutale et par la réplique : « Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? », entrée dans l’anthologie. À goûter en laissant ses préjugés au vestiaire. Le voyage en vaut la peine.

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JEAN SEBERG ET JEAN-PAUL BELMONDO

 

« CARTOUCHE » (1962)

CARTOUCHE.jpgInspiré d’un personnage réel du 18ème siècle, « CARTOUCHE » de Philippe de Broca semble s’inscrire au début dans les travées d’un « FANFAN LA TULIPE », avant de changer de tonalité en route et de s’assombrir jusqu’au drame à la déroutante noirceur.

Le film s’ouvre sur une exécution en place publique, ce qui met la puce à l’oreille, mais la suite mettant en scène le jeune Jean-Paul Belmondo, sorte de Robin des Bois mâtiné de Zorro, entouré de Jean Rochefort et Jess Hahn, bientôt rejoints par la radieuse Claudia Cardinale, laisse espérer un film d’aventures teinté de burlesque. D’ailleurs, Noël Roquevert semble être l’incarnation du gendarme de Guignol. Mais à partir du moment où Cartouche perd son insouciance en devenant chef d’une bande de voleurs, le ton bascule et le héros avec. Le gaillard frondeur et insouciant du début devient peu à peu un individu imprévisible, pas toujours très sympathique, avec des tendances à la dépression. La seconde moitié du film, comme hantée par le spectre de la mort et de l’échec, devient par moment suffocante. Belmondo traduit très bien le double visage de cet anti-héros cyclothymique et irresponsable, ne se laissant jamais aller à ses tics habituels de jeu. Par amour obsessionnel, il va tout perdre, préfigurant ses rôles de « faibles » dans « HO ! » ou « LA SIRÈNE DU MISSISSIPPI ». Autour de lui, outre ceux déjà cités, d’excellents seconds rôles comme Marcel Dalio extraordinaire en « roi des voleurs » visqueux et abject comme il l’a rarement été, Odile Versois en grande dame tentée par le « bad boy ». Ajoutons à cela une BO entraînante de Georges Delerue, et le spectacle fonctionne, malgré – il faut bien le dire – un scénario pas très solide, qui semble avancer par à-coups, sans structure très rigoureuse et connaissant plusieurs coups de mou préjudiciables en cours de route.

À voir, de toute façon, parce que ce film n’est pas tout à fait ce qu’il semble être, et dément les souvenirs plus bondissants qu’on pouvait en avoir.

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JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, JEAN ROCHEFORT ET ODILE VERSOIS

 

« LÉON MORIN, PRÊTRE » (1961)

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JEAN-PAUL BELMONDO

Adapté par Jean-Pierre Melville du roman de Béatrix Beck, « LÉON MORIN, PRÊTRE » peut apparaître au premier abord comme une interminable conversation à épisodes entre un jeune prêtre (Jean-Paul Belmondo) et une ancienne communiste (Emmanuelle Riva) au sujet de la foi et de l’existence de Dieu.LEON

Rien de bien affriolant, a priori. Mais le film se déroule pendant l’occupation dans un village et, si on lit le scénario comme l’histoire d’un grand amour impossible, on peut oublier les tunnels dialogués, les échanges sur des thèmes pas forcément passionnants pour tout le monde. Alors l’œuvre prend chair, et entre les lignes, se dessinent deux personnages extrêmement forts : elle, sensuelle, douce mais insolente et provocatrice, lui brusque, déterminé et volontiers moqueur. Le couple pourtant bien improbable formé par la cérébrale Riva et le juvénile et charismatique Belmondo apparaît rapidement comme une évidence. Leurs échanges cimentent le film. Melville parvient à faire exister le contexte historique et l’atmosphère complexe de ces années-là sans jamais s’appesantir, ce qui enracine le sujet dans une réalité nourrie par une multitude de détails quotidiens et de personnages secondaires intrigants. On retiendra Irène Tunc, dans un rôle de « collabo » décomplexée. Howard Vernon, protagoniste du « SILENCE DE LA MER » du même Melville, apparaît le temps d’une séquence quasi-comique, en officier nazi à monocle. Un clin d’œil un peu bizarre, à vrai dire !

« LÉON MORIN, PRÊTRE » n’est pas exempt de longueurs, de redites et de petits effets visuels ou sonores un brin maladroits, mais il vaut le détour, même pour les agnostiques, pour les face à face opposant Emmanuelle Riva et Belmondo.

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EMMANUELLE RIVA, JEAN-PAUL BELMONDO ET MONIQUE BERTHO

 

« LES ACTEURS » (2000)

Les films de Bertrand Blier sont pratiquement un genre en soi. Ils ont tous (à deux ou trois exceptions près)  les mêmes qualités et les mêmes défauts : une écriture excessivement libre, poussant sa logique jusqu’à l’absurde, un dialogue acéré, mais aussi une propension à s’essouffler à mi-chemin et à perdre le public en route. « LES ACTEURS » ne fait pas exception à la règle.ACTEURS.jpg

Cela démarre par un trio de comédiens dans de savoureux avatars d’eux-mêmes : André Dussollier, Jacques Villeret et Jean-Pierre Marielle. Ils déjeunent à la Maison du Caviar et tout se met à déraper quand le serveur n’apporte pas un pot d’eau chaude réclamé par le susceptible Marielle. Ensuite, les rencontres s’enchaînent. Avec de bonnes surprises comme Sami Frey très drôle, Gérard Depardieu dans une auto-parodie décomplexée et surtout Jean Yanne fabuleux en médecin des assurances indélicat. L’épisode Pierre Arditi-Jean-Claude Brialy traîne en longueur, l’apparition d’un Alain Delon fantomatique est incongrue, pas drôle du tout, et met un peu mal à l’aise. Le dernier tiers part dans tous les sens, alterne les moments brillants et les saynètes qui tombent complètement à plat. Mais il y a des choses étonnantes malgré tout, comme Jean-Paul Belmondo jouant un abruti constamment mort de rire et se laissant insulter par Michel Serrault hors de lui. C’est surréaliste ! L’auteur ose même aller jusqu’à l’émotion brute, sans fard, avec le monologue de Maria Schneider qui lui colle à la peau ou la conclusion où Blier lui-même et Claude Brasseur parlent au téléphone à leurs célèbres pères disparus.

On ne sait pas trop si « LES ACTEURS » est une réussite ou pas. C’est trop désordonné, sans colonne vertébrale. Mais il vaut certainement le coup d’œil pour la richesse de sa distribution, son goût du délire et pour le trio Dussollier-Marielle-Villeret très savoureux. Dommage qu’ils disparaissent progressivement du scénario.

 

« BORSALINO » (1970)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

Revoir « BORSALINO » aujourd’hui, un demi-siècle après sa sortie, permet de comprendre l’importance du contexte et de la mythologie dans l’appréciation d’un film. Car objectivement, si le projet était ambitieux et excitant, si tout a été mis en œuvre pour en faire un classique (on compte tout de même Jean-Claude Carrière et Claude Sautet parmi les auteurs !), ce n’est pas la grande réussite dont on aurait pu rêver. Tous les participants ont déjà fait mieux par le passé, le scénario manque d’étoffe historique et psychologique, la mise-en-scène de Jacques Deray demeure confinée, sans parvenir à faire exister le Marseille des années 30. Et la confrontation des deux stars, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, apparaît comme superficielle et le talent des acteurs pas suffisamment mis à l’épreuve.BORSALINO.jpg

Et pourtant… Malgré ces récriminations, ces réticences légitimes, « BORSALINO » est incontestablement un film-date, l’équivalent français de « BUTCH CASSIDY & LE KID », l’unique occasion de revoir deux figures du cinéma hexagonal en pleine possession de leurs moyens, au sommet de leur considérable charisme. Sans oublier la BO de Claude Bolling, quelques bonnes répliques et d’excellents seconds rôles comme Michel Bouquet, Julien Guiomar et la très sensuelle Catherine Rouvel, qui fait office d’Etta Place pour nos Butch et Sundance phocéens.

Alors oui, bien sûr, l’image est trop éclairée, manque d’atmosphère, la bande-son est très inégale, la mort d’un des deux protagonistes à la fin est totalement grotesque. Mais que dire ? Cela fonctionne tout de même. Et chaque séquence où Belmondo et Delon apparaissent côte à côte provoque la même nostalgie, le même frisson. Difficile donc, de se faire une opinion bien tranchée sur « BORSALINO ». Quant au « duel » de stars, qui en sort vainqueur ? Belmondo se promène, désinvolte et rigolard, sans chercher à aller au-delà des apparences. Delon, plus impliqué, plus intense compose un vrai personnage de voyou ambitieux et implacable prêt à tout pour gravir l’échelle sociale. Une petite scène pourtant, nous laisse entrevoir le film qu’aurait pu être « BORSALINO » avec un tout petit supplément de profondeur : celle où, derrière une fenêtre, Delon l’air amusé et ému à la fois, regarde sa mère rire avec Belmondo qui la fait danser dans ses bras. Peut-être le plus beau moment du film. Indispensable… Malgré tout !

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ROCH SIFFREDI ET FRANÇOIS CAPELLA

 
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AUJOURD’HUI, IL A 85 ANS !

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« CASINO ROYALE » (1967)

CASINOROYALE2« CASINO ROYALE », réalisé à quatre mains dont celles de John Huston, se voudrait une folie autour de la folie 007 qui déferlait alors sur le monde à chaque sortie d’un nouveau James Bond. C’est écrit – enfin, si on veut – dans cet esprit ‘camp’ qui faisait fureur avec les séries TV « BATMAN » ou « DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX » et… cela dure plus de deux heures.

Que dire ? C’est quasiment irregardable aujourd’hui, mais ça devait déjà l’être hier. Une sorte d’énorme pudding composé de sketches disparates, reliés par une trame très vague et sans intérêt. L’humour est lourd, répétitif, les décors sont hideux. La seule raison d’endurer tout cela est la BO vintage de Burt Bacharach qui insuffle un semblant d’entrain à la chose et l’avalanche de ‘guest stars’ et de jolies filles qu’on dirait échappées d’un show de Jean-Christophe Averty.

David Niven est un Bond vieillissant et précieux, Peter Sellers incarne… on ne sait pas très bien qui, Orson Welles s’autopastiche avec verve et Woody Allen, si peu drôle qu’il en devient embarrassant, joue le neveu débile et maléfique de Bond. Heureusement, Ursula Andress, Daliah Lavi, Barbara Bouchet et Jacqueline Bisset sont ravissantes, Joanna Pettet est une Mata-Hari très craquante. Le temps de fugitifs caméos, on reconnaît George Raft avec sa pièce de « SCARFACE », William Holden en agent de la CIA, Peter O’Toole jouant de la cornemuse et même Jean-Paul Belmondo en légionnaire moustachu et jovial. Mais celle qui émerge vraiment, c’est Deborah Kerr irrésistible en châtelaine écossaise à l’accent à couper au couteau et à la libido exigeante.

« CASINO ROYALE » est le film d’une époque, dont il résume parfaitement les excès, les complaisances, la liberté aussi. On se demande tout de même comment, après avoir lu le scénario, autant de vedettes devant et derrière la caméra ont pu apposer leur signature au bas d’un contrat.

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JOANNA PETTET, DAVID NIVEN, JEAN-PAUL BELMONDO ET JACQUELINE BISSET

 

« UN HOMME QUI ME PLAÎT » (1969)

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ANNIE GIRARDOT

Tourné dans la foulée de « UN HOMME ET UNE FEMME » et « VIVRE POUR VIVRE », « UN HOMME QUI ME PLAÎT » traite plus ou moins des mêmes thématiques chères à Claude Lelouch : la (brève) rencontre amoureuse et fortuite d’une femme et d’un homme pas forcément disponibles, l’adultère et la lâcheté masculine.PLAIT2

La vedette française d’une production américaine (Annie Girardot) séjournant à L.A. rencontre le musicien du film (Jean-Paul Belmondo). Profitant d’un trou dans leur emploi du temps, ils vont vivre pendant une semaine, une sorte de passion-express, tout en traversant l’Amérique en avion et en voiture.

Le sujet est léger, les personnages sont des nantis sans gros souci apparent et le ‘road movie’ n’est justifié que par un désir de montrer les paysages mythiques américains. Cela devrait être creux et irritant, mais quelque chose se passe, comme dans « VIVRE POUR VIVRE », et on finit par s’attacher à ce couple improbable et éphémère et à se laisser séduire par cet « amour de vacances » vécu plus sérieusement par un des partenaires que par l’autre. La caméra mobile de Lelouch fait merveille, le charisme des vedettes est à son maximum et la BO de Francis Lai ajoute au charme rétro de l’ensemble.

Bien sûr, comme d’habitude, les scènes improvisées semblent forcées voire pénibles (la longue scène de séduction par téléphone où Belmondo fait croire à un incendie dans l’hôtel), bien sûr certains des morceaux de bravoure (la poursuite fantasmée de la voiture par des Indiens) ne servent strictement à rien qu’à faire preuve de virtuosité. Mais ce qui fonctionne parfaitement, c’est la réalité et le quotidien qui s’immiscent progressivement dans cette parenthèse enchantée et viennent empoisonner ces jours heureux.

Girardot est touchante, complexe. Sa dernière expression à l’aéroport est tout simplement sublime. Belmondo belmondise sans excès et laisse, par instants, deviner l’homme sous la star. Parmi les petits rôles, on reconnaît une jeune Farrah Fawcett en starlette et Marcel Bozzuffi, impressionnant en époux trompé au visage fermé (sa façon de dire de façon complètement factuelle : « Je ne t’aime plus », au milieu d’un bavardage anodin est exceptionnelle). On aperçoit Richard Basehart dans son propre rôle.

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ANNIE GIRARDOT, JEAN-PAUL BELMONDO ET MARCEL BOZZUFFI

Lelouch se répète déjà dans « UN HOMME QUI ME PLAÎT », mais avec les années, son film a acquis une belle patine, une émotion où se mêlent souvenirs et nostalgie.

 

« LE VOLEUR » (1967)

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JEAN-PAUL BELMONDO ET JULIEN GUIOMAR

Adapté d’un roman du peu prolifique auteur Georges Darien, « LE VOLEUR » dresse le portrait d’un jeune cambrioleur dans le Paris des années 1900, un solitaire issu d’un milieu bourgeois qui ne trouve un sens à son existence qu’en accomplissant ses larcins.VOLEUR3

C’est une œuvre existentielle, portée par Jean-Paul Belmondo en total contremploi. Belle idée de Louis Malle de l’avoir choisi pour incarner ce criminel élégant, non-violent, dégoûté par la société, tenté par l’anarchisme, mais fondamentalement désespéré et voué à la guillotine. Parfaitement dirigé, l’acteur ne décroche qu’un ou deux sourires au cours du film, observe plutôt qu’il ne réagit, laisse les rôles « flamboyants » à ses partenaires comme Julien Guiomar excellent en abbé-voleur et Charles Denner en maestro de la cambriole qui reconnaît « l’odeur de l’or ».

La reconstitution historique est sobre, le rythme maintenu sur deux heures. La voix « off » apporte beaucoup d’ironie amère à l’ensemble et le dialogue est constamment savoureux et cynique. Autour de Belmondo dans une de ses plus belles prestations, un magnifique casting féminin : la délicieuse Geneviève Bujold en cousine espiègle, la toute jeune Marlène Jobert en prostituée joyeuse, Françoise Fabian en modiste, Bernadette Lafont en soubrette coquine et surtout Marie Dubois formidable en garce rousse aux griffes acérées. On aperçoit Pierre Étaix en pickpocket et Jean-Luc Bideau en huissier, le temps d’une séquence.

Œuvre sombre, énigmatique, à l’image de son personnage central, « LE VOLEUR » fascine par sa froideur désincarnée, par quelques moments marquants (l’exécution en place publique, la falsification du testament du vieil oncle agonisant) et par l’acuité avec laquelle est dessiné ce ‘Georges Randal’ : un homme carbonisé de l’intérieur, qui a grandi sans amour et ne retrouve goût à la vie qu’en dépouillant les riches. Un bien beau film, pas facile d’accès, mais qui vaut largement l’effort.

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JEAN-PAUL BELMONDO, MARLÈNE JOBERT, MARIE DUBOIS ET GENEVIÈVE BUJOLD