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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-PAUL BELMONDO

« ÉCHAPPEMENT LIBRE » (1964)

ECHAPPEMENTEn 1964, c’est-à-dire quatre ans après « À BOUT DE SOUFFLE », Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo se retrouvent à l’écran pour « ÉCHAPPEMENT LIBRE ». Dès leurs premiers plans ensemble, on cherche inconsciemment l’ombre de Patricia et Michel, l’alchimie naturelle qu’ils dégageaient à l’image sans jamais les retrouver, pas même un instant. Et cela finit par handicaper le film de Jean Becker.

Le sujet (un couple d’escrocs au service de gros trafiquants fait passer une voiture bourrée d’or de frontière en frontière) annonce un peu « LE CORNIAUD » avec un an d’avance, mais la comparaison s’arrête là : ce n’est pas drôle, pas très bien construit et le dialogue manque cruellement de mordant. On s’ennuie gentiment, on visite Rome, Beyrouth, Brême, etc. dans un Scope noir & blanc et on attend que ça décolle. Il faut dire que la musique jazzy omniprésente et la cacophonie d’accents divers et variés n’aident pas à la concentration !

Belmondo, en toute petite forme, joue une pâle crapule pas spécialement futée, virevoltant à vide, un loser plus fatigant que vraiment sympathique. Seberg semble éteinte, pas très à l’aise en femme fatale. Gert Fröbe est un gros méchant ricanant, on reconnaît des seconds couteaux de ‘spaghetti western’ (Roberto Camardiel, Fernando Sancho), Fernando Rey apparaît brièvement en flic… libanais et Jean-Pierre Marielle vient faire un petit tour amical en richard libidineux. À noter que Romain Gary – alors époux de Jean Seberg – fait un fugitif caméo en silhouette dans un lobby d’hôtel.

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JEAN SEBERG ET JEAN-PAUL BELMONDO

Pas grand-chose d’autre à dire sur « ÉCHAPPEMENT LIBRE », qui se laisse regarder d’un œil indifférent, par nostalgie et parce qu’on aime bien les gens qui l’ont conçu. On préfèrera définitivement se souvenir de Jean avec ses cheveux courts vendant le Herald Tribune sur les Champs Élysées et de Belmondo passant son pouce sur ses lèvres pour imiter Bogart. Les miracles, et ce film en est bien la preuve, ne se produisent qu’une fois.

 

HAPPY BIRTHDAY, JEAN-PAUL !

BELMONDO

JEAN-PAUL BELMONDO, ENCORE ET TOUJOURS UN DES ACTEURS LES PLUS UNANIMEMENT AIMÉS DU PUBLIC FRANÇAIS.

 

« L’HOMME DE RIO » (1964)

RIOPetit frère assumé de Tintin, géniteur clandestin d’Indiana Jones, « L’HOMME DE RIO » est un de ces énormes succès populaires adulés du public français, à l’instar du « CORNIAUD » ou « LA GRANDE VADROUILLE », devenu avec les années un film-culte universel et intouchable.

C’est surtout le film de transition pour Jean-Paul Belmondo qu’on sent se métamorphoser en « Bébel » à vue d’œil et entrer dans une nouvelle phase de sa carrière et de son image de cinéma. Le film ? Il est indéniablement sympathique et débordant de joie-de-vivre. Mais il a aussi terriblement vieilli. La bande-son par exemple, est un supplice : tout est postsynchronisé, les dialogues sont truffés de petites impros rajoutées a posteriori, certaines voix sont tout bonnement atroces (le petit cireur de chaussures « Sir Winston » ou le chasseur de crocos français : un cauchemar pour les tympans !). Le scénario lui-même n’est pas exempt de trous béants et de longueurs létales. Ainsi, le film s’enlise-t-il dans l’interminable séquence de la fête chez Adolfo Celi et met un temps fou à redémarrer. Malgré son sens du mouvement et une volonté de second degré à tout prix, « L’HOMME DE RIO » manque de colonne vertébrale, d’une solide mécanique narrative et ses gags tombent souvent à plat.

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FRANÇOISE DORLÉAC ET JEAN-PAUL BELMONDO

Heureusement, le jeune Belmondo emporte le morceau à lui seul ou presque. Endossant ce personnage de « beauf » râleur mais téméraire, il enchaîne les cascades périlleuses (sans fond vert, évidemment !), les envolées à la « Tac-tac badaboum » et fait pardonner bien des imperfections. Françoise Dorléac a un charme fou dans un rôle sous-écrit et illogique et Jean Servais joue les traîtres de service sans grand enthousiasme.

Un film à resituer dans son époque donc, un spectacle dépaysant et bon-enfant, qui aurait mérité un dialogue plus sophistiqué, un montage plus serré. Mais Philippe De Broca a néanmoins capté avec des années d’avance l’esprit du « blockbuster » à l’américaine et littéralement refaçonné Belmondo pour les décennies à venir.

 

« HO ! » (1968)

JOANNA SHIMKUS ET JEAN-PAUL BELMONDO

JOANNA SHIMKUS ET JEAN-PAUL BELMONDO

Inspiré d’une Série Noire de José Giovanni, « HO ! » n’a pourtant rien d’un polar pur et dur à la française. C’est une sorte de rêverie sur la mythologie du gangster de cinéma, au travers du destin d’un petit truand mythomane et infantile qui tente de se bâtir une réputation à la Mesrine.HO

Le scénario est décousu, progresse par à-coups. La séquence de l’évasion, très ingénieuse en soi et même assez jouissive, dure beaucoup trop longtemps et déséquilibre le film. La relation entre ‘Ho’ et Paul Crauchet, un journaliste qui vante ses exploits dans la presse, intervient trop tard dans l’action. Et le personnage de la top-model (Joanna Shimkus) semble plaqué, jamais véritablement intégré à l’histoire.

Mais le film possède tout de même son petit charme. On y retrouve la « petite musique » de Robert Enrico, sa poésie, son léger décalage qui aident à gober bien des imperfections. « HO ! » tient entièrement sur les épaules de Jean-Paul Belmondo dans un rôle-charnière de son parcours d’acteur. On retrouve au début, les vestiges du petit voyou désinvolte de « À BOUT DE SOUFFFLE », tout en devinant peu à peu sa panoplie de star tous-terrains, de gangster ‘bigger than life’ de « LA SCOUMOUNE », par exemple. Il endosse sobrement ce rôle difficile de loser (« J’ai pas la classe », finit-il par admettre vers la fin), qui commence en larbin docile, évolue en Arsène Lupin « guignolo » et finit en tueur « à l’Américaine ». Mais le dénouement nous rappelle que ‘Ho’ n’est ni James Cagney, ni Bogart. Ce n’est que ce demi-sel sympathique et frimeur, aimable et pathétique qui ne sera même pas capable de mourir avec panache.

C’est donc quasiment un contremploi pour l’acteur qui s’en sort très bien et parvient à être véritablement attachant, sans jamais se laisser aller à ses vieux tics, même quand il est déguisé en clochard et aurait pu en faire des tonnes.

ÉVASION PAR CLOCHARDISATION !

ÉVASION PAR CLOCHARDISATION !

Sans être une des grandes réussites d’Enrico, ce film paraît aujourd’hui sous-estimé et probablement mal compris en son temps. C’est une jolie balade dans les coulisses du polar, jouant élégamment avec les mythes et les fantasmes entourant les bandits et hors-la-loi.

À noter le caméo d’Alain Delon dans la scène de l’aéroport, qui manque se faire écraser par la voiture de Joanna Shimkus (sa partenaire dans « LES AVENTURIERS » du même réalisateur) et trébuche sur un trottoir.

 

« ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ » (1988)

JEAN-PAUL BELMONDO

JEAN-PAUL BELMONDO

Comme beaucoup des films tardifs de Claude Lelouch, « ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ » est un torrent d’images, d’émotions, de souvenirs personnels, d’obsessions récurrentes, de tics de mise-en-scène à la fois fascinant et bourratif.ITINÉRAIRE

Si on peut être imperméable aux chansons (très) envahissantes, aux impros pas toujours opportunes, à certaines redondances et à des idées peu convaincantes (le « fantôme » de Lio), impossible en revanche de ne pas être sensible à la mythification en règle du personnage de Jean-Paul Belmondo. À 55 ans, le corps toujours athlétique mais le visage buriné, tanné, mangé de barbe poivre-et-sel, l’acteur se présente comme un impossible morphing entre Indiana Jones, Hemingway et Michel Simon. Moyennement crédible en business man bourreau de travail, mais idéal en baroudeur fatigué, l’acteur s’installe dans un rôle taillé sur-mesure et occupe l’espace avec une indiscutable présence. Le film contient les plus beaux gros-plans de sa carrière et deux ou trois instants de grâce comme ce face-à-face avec Richard Anconina dans une chambre d’hôtel devenu « culte », et bien sûr cette confrontation étonnante avec un lion malade dans la savane africaine.

Le scénario est finement inspiré de « CYRANO DE BERGERAC » (que Belmondo jouait alors au théâtre) et Lelouch l’a d’ailleurs entouré de ses partenaires de prédilection sur les planches.

Même s’il manque parfois de consistance, le film n’est au fond qu’un écrin à celui qui fut une des plus grandes stars du cinéma français. Un écrin fait d’une mosaïque de paysages exotiques, de scènes de comédie, de grands sentiments. Il ne faut pas chercher à trop analyser un tel film, mais plutôt à profiter de ce qu’il a de meilleur à offrir. Même s’il a tourné une douzaine de films par la suite, celui-ci demeurera le testament d’acteur de Belmondo, ne serait-ce que pour ces quelques instants précieux où enfin il « tombe le masque » du clown cascadeur pour laisser entrevoir l’homme. On pense bien sûr au tout dernier gros-plan devant la vidéo de sa famille, sur la chanson de Jacques Brel.

 

L’ASPHALTE QUI CUIT !

CLASSE BEBELC’est – une fois encore ! – d’Italie que nous vient ce petit plaisir dominical : un polar apparemment inédit avec Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura, intitulé « L’ASPHALTE QUI CUIT » !

Au physique des acteurs, on suppose qu’il s’agit d’un film des années 70, au décor, on dira qu’il se passe à New York. Belmondo semble jouer un dur-à-cuire en smoking à la 007, tandis que Ventura un peu en retrait, a tout l’air d’un tueur.

Le nom de Claude Sautet en bas, nous indique qu’il s’agit en fait de l’affiche d’une ressortie de « CLASSE TOUS RISQUES », le grand classique du début des sixties, où Belmondo – bien plus juvénile que sur cette affiche – jouait un chauffeur discret et sympathique et Ventura tenait la tête d’affiche en braqueur en cavale.

Évidemment, pas de smoking, pas de gros flingue, pas de voiture de police made-in-U.S.A. et… pas de New York !

 

« MODERATO CANTABILE » (1960)

MODERATO2Invitée aussi improbable qu’inédite sur « BDW2 » : Marguerite Duras ! Auteur du scénario de « MODERATO CANTABILE » d’après son propre roman. Dès le début, on est tenté de se gausser du dialogue littéraire et ampoulé, du jeu catatonique et délibérément hébété des comédiens, du rythme soporifique imposé par l’homme de théâtre Peter Brook… Et puis, sans s’en rendre compte, on se retrouve littéralement piégé par le film. Pris dans sa toile d’araignée délicate et mortifère : la photo sublime d’Armand Thirard, les cadrages en Scope qui font de chaque plan une photo d’art, l’ambiance hivernale avec ses squelettes d’arbres, ses cafés… Cette atmosphère de faits-divers provincial. De quoi parle « MODERATO CANTABILE » ? D’une rencontre larvée entre une bourgeoise engluée dans son ennui et un jeune homme employé de l’usine de son mari. Une non-histoire d’amour fiévreuse et inassouvie, triste et froide. Si Jeanne Moreau est parfaitement à sa place dans ce personnage passif et alangui, tentée par l’aventure, c’est Jean-Paul Belmondo qui surprend dans un rôle qu’auraient normalement dû tenir les jeunes premiers « intellos » de l’époque, Laurent Terzieff ou Sami Frey. Au lieu de cela, l’énergie contenue, l’humour étouffé, l’étrange douceur de Belmondo, donnent à cet inconnu introverti et timide, un supplément d’âme qui déteint sur tout le film. Le duo fonctionne justement par son manque d’harmonie. Étrangement séduisant malgré tout ce qu’il peut avoir d’irritant et de superficiel, ce film utilise magnifiquement les extérieurs de la région de Bordeaux et finit par générer une sorte de « suspense » impalpable, comme dans cette longue et embarrassante séquence de dîner bourgeois. À voir pour la photo donc, pour le piano obsédant d’Antonio Diabelli et pour ce Belmondo juvénile, à peine sorti de « À BOUT DE SOUFFLE » et « CLASSE TOUS RISQUES », en plein état de grâce.

JEAN-PAUL BELMONDO ET JEANNE MOREAU

JEAN-PAUL BELMONDO ET JEANNE MOREAU