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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEAN-PAUL BELMONDO

« WEEK-END À ZUYDCOOTE » (1964)

WEEK2Adapté du roman de Robert Merle, « WEEK-END À ZUYDCOOTE » est un des meilleurs films de Henri Verneuil, un des seuls où le spectaculaire n’étouffe jamais l’humain et où la technique demeure invisible et entièrement au service du scénario.

En 1940, pendant la bataille de Dunkerque, le film suit les deux derniers jours d’un simple soldat, Jean-Paul Belmondo, qui veut absolument partir pour l’Angleterre, mais qui se retrouve coincé là, sous les bombes au milieu des ruines et des cadavres. Des heures d’errance, de chaos, de remise en question. Jeune homme pacifiste et légèrement cynique, il sera obligé de voir l’horreur en face, de tuer pour la première fois et il tombera même amoureux, le temps d’une romance absurde. Très bien filmé en Scope, porté par une BO très hollywoodienne de Maurice Jarre, « WEEK-END À ZUYCOOTE », comme les meilleurs films de guerre, touche à l’universel. Sur ces quelques kilomètres de plage sont condensés la bêtise, l’héroïsme, la lâcheté et la grandeur de l’homme. Et son dérisoire surtout, puisqu’il suffit d’une explosion pour qu’il n’en reste plus rien qu’un corps disloqué et anonyme dans les dunes.

Belmondo est parfaitement dirigé, d’une sobriété et d’une intériorité jamais prises en défaut. Il traverse les images enfumées, enflammées, comme un mort en sursis, un innocent qui a vu l’enfer. ‘Maillat’ demeure un de ses plus beaux accomplissements. À ses côtés, de fabuleux seconds rôles comme Jean-Pierre Marielle en « abbé » patient, François Périer en bon copain « popote », Georges Géret formidable avec son FM toujours prêt à l’emploi. Et puis Catherine Spaak dans un personnage étonnant de jolie tête-à-claques (d’ailleurs elle s’en prend une bonne), sans oublier Marie Dubois dans une brève mais émouvante apparition.

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CATHERINE SPAAK, JEAN-PAUL BELMONDO, JEAN-PIERRE MARIELLE ET GEORGES GÉRET

À l’heure où le « DUNKERQUE » de Christopher Nolan triomphe sur les écrans, il est bon de revoir ce chef-d’œuvre du genre qui n’a pas pris une ride et dont l’ampleur et la perfection technique laissent pantois.

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« LES DISTRACTIONS » (1960)

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JEAN-PAUL BELMONDO

En pleine Nouvelle Vague, un an après « À BOUT DE SOUFFLE », Jacques Dupont signe avec « LES DISTRACTIONS » une sorte de chronique existentialiste, teintée de polar. Il reprend Jean-Paul Belmondo, le héros de Jean-Luc Godard, pour en faire un reporter cynique et indolent, pas si éloigné du mythique ‘Laszlo Kovacs’.DISTRACTIONS

Belmondo retrouve Claude Brasseur, qu’il connut en Algérie, et qui fuit la police après avoir tué un motard (Belmondo était poursuivi pour la même raison dans le Godard !). Il décide de l’aider à se cacher, mais, comme tout ce qu’il fait dans la vie – aventures amoureuses comprises, il le fait à moitié, sans s’impliquer, la tête ailleurs. Alors son « meilleur ami » reprend sa cavale courant vers son issue tragique.

C’est le portrait d’un jeune type amoral, indifférent aux autres, une tête-à-claques sympathique et odieuse à la fois, qui comprendra trop tard le mal qu’il peut faire aux autres, alors qu’il ne fait que « frimer ». Centré sur la prestation assurée du jeune Belmondo, le film est loin d’être inintéressant, même s’il perd trop de temps à décrire les misères sentimentales d’Alexandra Stewart dans un rôle insupportable de pleurnicheuse. Sa beauté solaire heureusement, rattrape les choses ! On reconnaît également Mireille Darc en copine loyale, un jeune Brasseur impeccable en désaxé vulnérable, Sylva Koscina en starlette peu farouche et même – le temps d’un bref caméo – Claude Chabrol qui venait de diriger Belmondo dans « À DOUBLE TOUR ».

Le scénario est très littéraire, les images du Paris des années soixante fascinent et malgré quelques digressions pas toujours utiles, « LES DISTRACTIONS » est une bonne surprise qui confirme que Belmondo a donné le meilleur de lui-même à ses débuts. Pour mémoire, avant ce film, il avait enchaîné « À BOUT DE SOUFFLE », « CLASSE TOUS RISQUES » et « MODERATO CANTABILE ». Difficile de faire mieux et plus éclectique comme rampe de lancement !

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ALEXANDRA STEWART, MIREILLE DARC ET CLAUDE BRASSEUR

 

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » (1958)

TAIS2S’il existe une raison – et une seule – de jeter aujourd’hui un coup d’œil distrait à « SOIS BELLE ET TAIS-TOI », c’est parce qu’il recèle la première rencontre à l’écran d’Alain Delon (23 ans) et Jean-Paul Belmondo (25 ans), alors seconds rôles inexpérimentés et quasi-débutants.

Pour le reste, Marc Allégret signe un avatar de Série Noire autour d’un gang de trafiquants de bijoux et de braqueurs, utilisant des « mômes » jouant aux caïds pour passer leur marchandise. Pourquoi pas ? Bien sûr… Mais le problème c’est que le film est entaché de comédie débile et d’une lourdeur terrible, représentée par un Darry Cowl en roue-libre complète, jouant (improvisant serait plus juste) un flic zézayant et incompétent qui prend une place anormale dans le scénario, alors qu’il n’est que le coéquipier du héros, le fade Henri Vidal. Celui-ci épouse Mylène Demongeot, délinquante mineure associée à la bande de petits voyous. Un salmigondis laborieux au possible, paresseusement filmé, faiblement dialogué dans un argot d’époque (« Ferme ton capot, toi ! »).

Si Demongeot parvient à être charmante et même touchante, si Roger Hanin est à peu près crédible en malfrat surnommé ‘Charlemagne’, si on retrouve avec plaisir Robert Dalban en commissaire atrabilaire, les futures stars des sixties sont vraiment au stade embryonnaire : Delon en petit frimeur à l’intelligence plus que limitée qui se fait bousculer ou tabasser à la première occasion et se laisse manipuler par sa fiancée. Et Belmondo en sympathique benêt serviable et pas bien malin non plus. On est très très loin de leur mythologie future ! Mais les apercevoir (ils n’ont pas de très grands rôles) côte à côte avec leurs têtes de gamins, vaut tout de même le déplacement.

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MYLÈNE DEMONGEOT, HENRI VIDAL, JEAN-PAUL BELMONDO ET ALAIN DELON

« SOIS BELLE ET TAIS-TOI » est donc à regarder d’un œil d’archéologue complétiste à l’extrême rigueur, mais sans plus. Si on aurait eu du mal à deviner l’avenir glorieux des deux compères, on s’étonne en revanche que Mylène Demongeot n’ait pas mené une carrière plus importante. Elle avait vraiment quelque chose.

 

« L’ALPAGUEUR » (1976)

ALPAGUEUR2« L’ALPAGUEUR » est une tentative de Philippe Labro « d’américaniser » le personnage de Jean-Paul Belmondo, en lui faisant jouer un chasseur-de-primes œuvrant pour les services secrets en s’attaquant illégalement à la pègre. L’idée en vaut une autre, mais le scénario est bizarrement construit, il perd un temps fou à lever plusieurs lièvres en même temps, s’efforce de les faire s’entrecroiser et surtout, perd complètement de vue le véritable adversaire du héros, un serial killer surnommé « l’Épervier » qu’on ne voit que trop peu et qui peine à s’imposer comme protagoniste central. C’est d’autant plus déplorable que c’est Bruno Cremer qui lui prête ses traits inquiétants et qu’il est formidable dans ce rôle glauque et ambigu à souhait, qu’il joue tout en nuances. Face à lui, Belmondo plus routinier semble rejouer des scènes vues dans d’autres films (les séquences en prison renvoient à « HO ! » ou « LA SCOUMOUNE ») en dur-à-cuire fregoli aux ‘one liners’ obscures (« Café, pousse-café, cigare »).

On trouve de drôles de partis-pris dans ce film : tous les intérieurs sont décrépits, presque en ruine. Situations et dialogues sont truffés de sous-entendus crypto-gays. On reconnaît les influences des auteurs, du « FLINGUEUR » de Winner au « GUET-APENS » de Peckinpah. « L’ALPAGUEUR » n’est hélas, pas aussi rigoureux : les seconds rôles sont uniformément faibles et sans réalité aucune, les dialogues (signés du parolier Jacques Lanzmann) sont émaillés de bons-mots incongrus et les blagounettes bien lourdingues de Belmondo tombent pour la plupart à plat, tant elles semblent appartenir à un autre film.

Par plusieurs détails pourtant, « L’ALPAGUEUR » retient tout de même l’attention. Sa froideur, la sinistrose systématique de ses repérages, ses choix bizarroïdes (l’absence totale de personnages féminins, le tueur rêvant d’acheter une île déserte, son étrange amitié avec le jeune voyou Patrick Fierry) et au bout du compte, un ton qui n’appartient qu’à lui. Dommage vraiment, qu’à trop se perdre dans des sous-intrigues fastidieuses, Labro n’ait pas fait de son film un face-à-face au sommet entre un super-mercenaire et un monstrueux tueur en série. Ses deux acteurs avaient la carrure pour hisser le scénario vers le haut. À part une bagarre à bord d’un avion bien insuffisante, ils n’en ont pas eu l’occasion.

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BRUNO CREMER ET JEAN-PAUL BELMONDO

 

« LA SCOUMOUNE » (1972)

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MICHEL CONSTANTIN

En 1961, José Giovanni adaptait sa propre Série Noire « L’EXCOMMUNIÉ » (beau titre !) pour l’excellent « UN NOMMÉ LA ROCCA » réalisé par Jean Becker. Onze ans plus tard, il en tourne lui-même un remake en reprenant la même vedette, Jean-Paul Belmondo, dans le même rôle. Une curieuse démarche, d’autant plus que le premier film était tout à fait satisfaisant.SCOUMOUNE Le scénario de « LA SCOUMOUNE » commence de façon très confuse, dans les années 30, emprunte aux tics du ‘spaghetti western’, présente maladroitement ses protagonistes et n’apporte pas grande nouveauté par rapport à celui du Becker. Oui, les mœurs de la pègre de l’avant et l’après-guerre sont décrites plus crûment, le personnage de ‘Xavier’ est l’opposé de celui campé par Pierre Vaneck, mais globalement c’est exactement la même histoire, bâtie de  façon similaire. Parmi les bonus de cette mouture : des détails sur la jeunesse des trois protagonistes expliquant mieux leurs relations, la bonne idée de montrer (ou plutôt de ne pas montrer) l’occupation allemande depuis l’enceinte d’un pénitencier, quelques détails suintant d’authenticité sur les résistants et les collabos, des seconds rôles très bien dessinés.

Le juvénile et efflanqué Belmondo de 1961 a laissé place au plus massif « Bébel ». Et s’il s’efforce à la sobriété, la star ne dégage plus rien de son mystère d’antan. Il traverse le film avec une décontraction frôlant l’indifférence polie. Quelle idée aussi de jouer deux fois le même rôle quand on l’a si bien interprété la première fois ! Étonnamment, la vraie révélation, c’est Michel Constantin, très bien dirigé, qui incarne une brute épaisse au regard fou. Il fait vraiment peur par instants et joue magnifiquement sa déchéance à Pigalle. Certainement le rôle de sa vie. Claudia Cardinale, bizarrement distribuée, joue les décorations, mais elle a une très jolie scène muette où elle découvre son premier cheveu blanc. Dans un casting éblouissant, on reconnaît Gérard Depardieu en voyou arrogant, Michel Peyrelon fabuleux en malfrat dandy et efféminé et Enrique Lucero échappé d’un western de Leone en joueur d’orgue et bodyguard.

C’est parfois pompier, parfois réussi, mais extrêmement inégal. En fait, une fois le film achevé, on ne retient vraiment qu’une chose : la fabuleuse musique de François de Roubaix, mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à tout le film.

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ENRIQUE LUCERO, JEAN-PAUL BELMONDO, CLAUDIA CARDINALE, GÉRARD DEPARDIEU ET MICHEL CONSTANTIN

À noter que, outre Belmondo et Constantin (qui jouait un autre rôle) déjà présents dans « UN NOMMÉ LA ROCCA », on revoit également Jacques Rispal et Dominique Zardi qui se retrouve à nouveau à déminer la même plage !

 

« UN NOMMÉ LA ROCCA » (1961)

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JEAN-PAUL BELMONDO

« UN NOMMÉ LA ROCCA » est le premier film de Jean, fils du grand Jacques Becker, et demeure probablement son meilleur. Adapté par José Giovanni d’une de ses propres Séries Noires, c’est un polar singulier, trahissant ses origines littéraires par une construction en chapitres indépendants les uns des autres (le retour de La Rocca en France, la prison, le déminage, la fin tragique) et s’achevant dans l’amertume.ROCCA2

C’est l’histoire d’une amitié aveugle entre Jean-Paul Belmondo, jeune voyou charismatique, as de la gâchette et Pierre Vaneck tête brûlée au comportement suicidaire. La première moitié du film est bourrée de clichés du genre « gangsters et p’tites pépées », avec ses caïds en costard rayé, ses racketteurs, ses règlements de comptes, mais la seconde décolle dans une impressionnante séquence où des forçats s’engagent pour déterrer des mines de la WW2 en échange de leur liberté.

La réalisation est sobre, sans la moindre faille, ultra-efficace, utilisant à merveille les extérieurs et cadrant les visages en très gros-plans. Le film doit beaucoup à Belmondo, qu’on n’a jamais vu aussi mince, presque maigre, les traits creusés, l’air triste et absent. Il crée un beau personnage de tueur loyal et sans état d’âme. Son duo avec Vaneck fonctionne à plein. À leurs côtés, la jolie Christine Kaufmann (copro allemande oblige) ne donne pas grand relief à son rôle. On reconnaît des « tronches » d’époque comme Michel Constantin en déserteur… américain (avec accent hallucinant en bonus !), Claude Piéplu, Mario David, Jacques Rispal, etc.

Très belle surprise donc que ce « UN NOMMÉ LA ROCCA » injustement sous-estimé voire oublié, alors qu’il est vraiment un fleuron du polar français des années 60.

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MICHEL CONSTANTIN, PIERRE VANECK ET JEAN-PAUL BELMONDO

À noter : José Giovanni tournera lui-même un remake en 1972, intitulé « LA SCOUMOUNE » où Belmondo retrouvait son rôle rebaptisé ‘Borgo’. Le scénario était très proche, mais le traitement totalement différent. Demain sur « BDW2 » !

 

« LE MAUVAIS CHEMIN » (1961)

VIACCIA2« LE MAUVAIS CHEMIN » se situe à Florence à la fin du 19ème siècle. Jean-Paul Belmondo est un jeune paysan rêveur qui tombe amoureux fou de Claudia Cardinale, une prostituée de la ville, pour qui il va jusqu’à voler sa propre famille et se faire renier par son père.

Malgré un sous-texte politique, trop ou pas suffisamment développé qui parasite le scénario plus qu’autre chose, le film de Mauro Bolognini n’est au fond qu’une histoire d’amour fou, impossible, aussi pure que sordide, condamnée par un environnement de misère et de désespoir. La reconstitution d’époque est exceptionnelle, comme ce fut souvent le cas dans le cinéma italien de cette période, les seconds rôles sont bien dessinés, en particulier l’oncle abject et avaricieux joué par Paul Frankeur et son dragon de maîtresse, mais tout l’intérêt se focalise sur ‘Gigho’, magnifiquement incarné par le Belmondo des grandes années. Taciturne, hypersensible, aussi fort physiquement qu’il est friable mentalement, c’est un vrai personnage de tragédie, qui ne trouve sa place nulle part. Face à lui, dans un de ses plus beaux rôles, Cardinale compose une ‘Bianca’ aussi odieuse qu’attachante, corrompue jusqu’à l’os par la vie qu’elle a menée depuis son enfance et détruisant ce qu’elle aime. Le couple – qu’on reverra dans « CARTOUCHE » et « LA SCOUMOUNE », est vraiment bien assorti et leur alchimie est évidente.

À leurs côtés, Pietro Germi est excellent en père intraitable mais prêt aux pires bassesses pour garder sa terre (la scène terrible où il veut « vendre » sa belle-fille), Romolo Valli apparaît en anarchiste et Gina Sammarco est une maquerelle plus vraie que nature.

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JEAN-PAUL BELMONDO ET CLAUDIA CARDINALE

Rude, âpre, sans un seul rayon de soleil, « LE MAUVAIS CHEMIN » est un vrai bijou de l’âge d’or du cinéma italien, d’une noirceur suffocante, qui renvoie dos-à-dos toutes les classes sociales sans exception. Le seul être « différent » finira seul dans la boue, comme un chien errant.