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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEFF BRIDGES

« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

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« ONLY THE BRAVE » (2017)

Réalisé par Joseph Kosinski, « ONLY THE BRAVE » est basé sur des faits réels survenus en Arizona en 2007 et décrivant le quotidien d’une équipe de pompiers luttant contre les incendies de forêt et le drame qui les décima subitement, ne laissant qu’un unique survivant.ONLY

Curieux mélange de drame intimiste sur la vie de ces « hotshots », leur cercle familial, leurs problèmes matrimoniaux, leurs ambitions professionnelles et de séquences d’action, le film a beau être très bien fait, peine à passionner. À quoi cela tient-il ? Peut-être à une sorte de détachement dans la réalisation qui oscille entre plusieurs styles, à un manque de construction solide du scénario qui tient trop de la chronique, et aussi à des enjeux dont l’importance peut passer au-dessus de la tête des non-initiés. Heureusement, car cela dure tout de même plus de deux heures, le casting est impeccable. On retrouve avec bonheur Josh Brolin en capitaine viril et obnubilé par son job, Jennifer Connelly dans le rôle de sa femme, la revenante Andie McDowell dans une fugitive silhouette. Jeff Bridges, glabre, a pris un sévère coup de vieux, mais semble toujours aussi enjoué et entonne même une chanson « country » avec ardeur. C’est le jeune Miles Teller (« WHIPLASH ») qui s’en sort encore le mieux dans un personnage assez fouillé d’ex-loser qui s’épanouit enfin dans un environnement qui lui correspond.

Le côté « inspiré de faits réels » impose évidemment le respect et la scène finale de l’incendie ravageur est impressionnante, mais « ONLY THE BRAVE » ne décolle jamais et n’implique pas vraiment. On assiste à ces actes d’héroïsme avec une indifférence polie en se prenant même à penser qu’un documentaire sur le sujet serait sans doute plus intéressant.

 

« WILD BILL » (1995)

WILDInspiré d’un livre et d’une pièce de théâtre, « WILD BILL » est la tentative de biopic d’une légende de l’Ouest : « Wild » Bill Hickcok. Dès le début, Walter Hill adopte des partis-pris déconcertants : cadrages bizarroïdes, alternance de couleur et de noir & blanc, photo ultra-stylisée au rendu quasi-onirique, succession de flash-backs reliés par une voix « off ».

Jeff Bridges est parfaitement casté dans le rôle-titre, celui d’un pistolero au bout du rouleau, rongé par l’alcool et la syphilis, semblant flotter constamment dans des vapeurs d’opium. De fait, il apparaît comme le fantôme de lui-même, un ectoplasme revisitant les moments forts de sa vie avant que celle-ci ne s’achève à une table de poker. Le concept en vaut un autre et a au moins le mérite de l’originalité. Mais Hill va trop loin. Le scénario manque de colonne vertébrale, tout le monde bavarde énormément et les choix esthétiques sont très discutables : ainsi, les scènes de jeunesse avec Diane Lane sont absolument hideuses avec leur rendu vidéo et sans aucune raison d’être. L’ennui s’installe peu à peu, malgré la prestation vraiment intéressante de Bridges, à la fois odieux, humain et pitoyable. Il assure dans les scènes de ‘gunfight’ très bien réglées et rend son Hickcok concret et tangible. Autour de lui, d’excellents acteurs sous-employés comme Ellen Barkin en Calamity Jane liquéfiée d’amour pour Bill, John Hurt en sidekick boiteux, Keith Carradine en Buffalo Bill clownesque, Bruce Dern en vengeur en fauteuil roulant, et un très mauvais (David Arquette) qu’on voit hélas, beaucoup trop dans le rôle de l’assassin de ‘Wild Bill’.

C’est un faux western confiné et dépourvu de toute ampleur, un film trop conceptuel pour son propre bien où on ne retrouve que par flashes le savoir-faire habituel de Walter Hill. À voir éventuellement pour Bridges donc, qui aurait mérité un meilleur écrin et pour la précision des décors de Deadwood, cloaque boueux et enfumé. Mais globalement, on en ressort dépité.

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JEFF BRIDGES, DAVID ARQUETTE, ELLEN BARKIN ET KEITH CARRADINE

 

« ÉTAT SECOND » (1993)

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JEFF BRIDGES

Le premier quart d’heure de « ÉTAT SECOND » est une pure merveille. On découvre peu à peu, pas à pas, les conséquences d’un crash aérien en suivant les traces d’un survivant (Jeff Bridges) qui semble guider quelques passagers hébétés, tel Moïse dans le désert. L’utilisation de la bande-son, le montage sont remarquables.fearless3

Pour parler en acronymes, Peter Weir décrit le PTS (Post traumatic stress) d’une NDE (Near death experience). Complètement métamorphosé par l’accident, l’architecte Bridges pense d’abord qu’il est mort et revenu en fantôme et qu’il est donc devenu invulnérable. Après s’être pris pour Moïse, il devient christique pour aider une jeune femme (Rosie Perez) qui a perdu son bébé, à retrouver le goût de vivre. Tout cela au détriment de sa propre famille qu’il délaisse tout à son « trip » mental qui le mène aux confins de la folie.

Excellent choix que Bridges pour ce rôle complexe qui marche littéralement « à côté de ses pompes ». Il joue cela avec une telle foi, une telle intensité qu’il finit par nous faire croire à ses pouvoirs surnaturels. Le flash-back dans l’avion où – juste avant le crash – il accepte subitement dans une illumination l’idée de mourir, est ce qu’il a fait de plus émouvant et profond à l’écran. Autour de lui, un beau casting : Rosie Perez à fleur de peau, étonnante malgré une voix suraiguë très crispante, Isabella Rossellini en épouse dépassée par les événements, John Turturro en psy timoré, Tom Hulce et Benicio Del Toro.

« ÉTAT SECOND » n’est pas exempt de longueurs et de lourdeurs (l’interminable séquence du centre commercial la veille de Noël qui casse sérieusement le rythme), il semble parfois faire du sur-place, mais le sujet est vraiment passionnant et original et on reste scotché à l’écran, attendant avec appréhension le moment où le rêve s’achèvera et où la mort reprendra ses droits. À voir donc, ne serait ce que pour Bridges qu’on a rarement vu aussi impliqué et identifié à un personnage. Et pour quelques scènes vraiment émouvantes, comme cette visite inopinée à la première femme de sa vie, alors qu’il est encore sous le choc.

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ISABELLA ROSSELLINI, JEFF BRIDGES ET ROSIE PEREZ

 

« COMANCHERIA » (2016)

Dès les premiers plans de « COMANCHERIA » à la photo légèrement surexposée, on se trouve replongé dans l’ambiance des polars ruraux et ‘hard boiled’ des seventies. Le film s’inscrit ensuite dans les travées d’œuvres plus récentes comme « UN MONDE PARFAIT » ou « NO COUNTRY FOR OLD MEN ». Étonnant d’ailleurs, de constater que ce cinéma si typiquement américain, enraciné dans le passé (le western n’est jamais très loin), est signé par un Écossais !hell

Le scénario suit deux tandems masculins : des frères (Chris Pine et Ben Foster) lancés dans une succession de hold-ups au Texas et des « Rangers » vieillissants (Jeff Bridges et Gil Birmingham) à leurs trousses.

Les frangins évoquent les personnages mythifiés de Jesse et Frank James, des hors-la-loi en guerre contre les banques qui spolient les pauvres et volent leurs maisons et leurs terres. Bridges synthétise les vieux héros de légende à la John Wayne, un pied dans la tombe, mais encore d’attaque.

Le charme du film provient de la caractérisation des protagonistes. Foster est excellent en psychopathe sympathique, prêt à tout pour son frérot, Chris Pine n’a jamais été meilleur qu’en brave type poussé au crime par l’injustice. Les scènes entre les rangers – dépeints comme un vieux couple ronchon – sont très drôles et bien écrites.

« COMANCHERIA », sans jamais s’imposer comme un « film d’action », est lent, mais bien équilibré, laissant la place au suspense, à l’humour, à l’émotion et même à quelques digressions instructives : on y apprend ainsi que le mot « Comanche » signifie « Ennemis pour toujours ». Information qui éclaire la dernière séquence et lui donne tout son sens. On y voit des hommes littéralement fossilisés dans le passé des pionniers, des femmes rêches et endurcies et on y ressent l’omniprésence des armes à feu.

Un film maîtrisé, qui en dit plus long qu’il n’en a l’air, et prône sans prêchi-prêcha la résistance contre un « système » qui réduit les hommes à néant.

 

« LE LENDEMAIN DU CRIME » (1986)

DAYÀ ses débuts, Sidney Lumet avait dirigé plusieurs fois Henry Fonda, en particulier dans son chef-d’œuvre « 12 HOMMES EN COLÈRE », son premier film de cinéma. Il a eu beaucoup moins de chance avec Jane, la fille du grand acteur pour « LE LENDEMAIN DU CRIME ».

Ce n’est d’ailleurs pas la faute de celle-ci, puisqu’elle est parfaite, et même plus naturelle que de coutume, en comédienne has-been et alcoolique piégée dans une sordide affaire d’assassinat. Le vrai responsable est le scénario, sorte de ‘whodunit’ bancal et mal fichu, aux protagonistes improbables et aux rebondissements invraisemblables. Les rencontres se font « par hasard », on vit d’intenses love stories en 36 heures et le mystère se dénoue en quelques répliques bien lourdingues à la suite d’une tentative de noyade dans une baignoire.

Pourtant, le film avait des atouts : des repérages originaux dans L.A. avec ses façades en couleurs vives et surtout la rencontre entre Jane Fonda et Jeff Bridges. Un peu comme si la vieille star venimeuse de « YOUTH » et le ‘Dude’ Lebowski s’étaient rencontrés dans leur jeunesse ! Elle assure vaillamment le show, malgré une terrible perruque léonine à la Farrah Fawcett qu’elle arbore les trois-quarts de l’action, lui est bien mais un brin falot et surtout trop jeune pour son rôle, en ex-flic languide et cool. On reconnaît des seconds rôles qu’on aime : l’étrange Diane Salinger en héritière glaciale, Richard Foronjy en flic, Kathy Bates en voisine ou Kathleen Wilhoite en coiffeuse.

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JEFF BRIDGES, JANE FONDA ET DIANE SALINGER

Visiblement peu inspiré par ce matériau indigne de lui, Lumet signe un polar sans colonne vertébrale ni véritable enjeu. Il tire le meilleur de Miss Fonda et de ses extérieurs, mais se contrefiche clairement de son intrigue policière qu’il délaisse à la première occasion pour des digressions sympathiques mais très démobilisantes.

 

« LE SEPTIÈME FILS » (2014)

Tourné par un réalisateur russe au Canada, « LE SEPTIÈME FILS » est une curieuse bouillabaisse d’Heroic Fantasy, qui par ses thèmes archi-rabâchés et l’aspect un brin vieillot de ses F/X renvoie à des films déjà anciens comme « CŒUR DE DRAGON ».7TH

L’attraction vient évidemment de la réunion au générique de deux vétérans qu’on adore comme Jeff Bridges et Julianne Moore. Le premier joue un tueur de sorcières avec un cabotinage millimétré et une diction singulière évoquant à la fois le Sean Connery de « HIGHLANDER » et son propre Rooster Cogburn. La seconde s’amuse à camper une très méchante reine des sorcières au plumage aussi noir que son âme. Mais la direction d’acteurs très (trop) sage et la mise-en-scène à peu près dépourvue de folie éteignent ces deux grands acteurs qui ne semblent pas être à 100% de leurs capacités. Ils doivent de plus s’effacer derrière les deux jeunes premiers aussi pâles et transparents l’un que l’autre, qui achèvent de dévitaliser le film tout entier.

C’est donc avec une indifférence quasi-totale qu’on suit les péripéties de ce « SEPTIÈME FILS », qu’on compte les monstres de CGI aussi peu convaincants les uns que les autres et qu’on finit par se demander à quel public cela s’adresse : c’est trop violent pour les petits enfants et trop infantile pour les adultes ! Quel souvenir positif garder de tout cela ? Une séquence bien fichue de traversée d’une forêt hantée en pleine nuit et les tenues extravagantes de Julianne Moore qui méritait tout de même mieux que ce rôle de « méchante » de répertoire brossé sans nuance. Dommage…