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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEFF BRIDGES

« CONTRE TOUTE ATTENTE » (1984)

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JAMES WOODS ET RACHEL WARD

Du classique de Jacques Tourneur : « LA GRIFFE DU PASSÉ » (1947), Taylor Hackford n’a gardé qu’une vague ossature narrative pour ce presque remake où Jane Greer, l’héroïne originale tient un rôle secondaire.ODDS.jpg

« CONTRE TOUTE ATTENTE » est un film très bizarre, où le réalisateur probablement conscient que le scénario n’est guère passionnant (l’histoire d’une héritière fugueuse convoitée par son ex-amant et recherchée par sa belle-mère), se permet des digressions touristiques et musicales complètement incongrues, des plages d’inaction interminables et un final où tout le monde s’explique arme à la main et tente de clarifier le scénario pour le spectateur, sans grand succès, d’ailleurs. Il y a une bonne demi-heure en trop dans ce film, des dialogues d’une totale platitude et des personnages stupides et sans grand intérêt. Mais curieusement, « CONTRE TOUTE ATTENTE »(titre bien choisi, finalement) ne manque pas de charme : les paysages mexicains sont dignes d’un dépliant pour vacances de luxe, la chanson de Phil Collins est encore dans toutes les mémoires, et il se produit une réelle tension érotique entre Jeff Bridges en footballeur aisément manipulable, Rachel Ward peu expressive mais d’une beauté à couper le souffle et James Woods bien énervé comme d’habitude en malfrat sans aucun scrupule. Deux « beautiful people » au sommet de leur séduction physique et un ‘bad guy’ d’anthologie. Un trio qui aide à avaler jusqu’au bout ce pseudo film noir languide et soporifique. Richard Widmark apparaître en pourri de compétition (Robert Mitchum, protagoniste du film de 1947 a-t-il refusé de tourner celui-ci ?) et les seconds rôles sont plutôt bien castés dans l’ensemble.

Au bout du compte, ce n’est pas grand-chose, « CONTRE TOUTE ATTENTE », mais on peut le voir comme un voyage exotique et sensuel qui se déroule sans moment vraiment fort et s’achève de façon décevante au possible. Pour la sublime Rachel, disons…

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JEFF BRIDGES, RICHARD WIDMARK ET RACHEL WARD

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« TRUE GRIT » (2010)

TRUEPlus de 40 ans après « 100 DOLLARS POUR UN SHÉRIF » qui valut son Oscar à John Wayne, les frères Coen adaptent à leur sauce le roman de Charles Portis dans « TRUE GRIT » qui, malgré tous ses changements et différences de tonalité, demeure malgré tout un remake du classique d’Henry Hathaway. La seule façon de juger cette version est de tenter de ne jamais la comparer à celle de 1969, même si certaines séquences sont rigoureusement identiques.

L’approche visuelle des Coen rejette le pittoresque, les belles lumières, pour présenter un Ouest sinistre, pelé et glacial, peuplé d’hommes crasseux et peu ragoutants. Même ‘Rooster Cogburn’ incarné par Jeff Bridges n’a aucunement l’aura « bigger than life » qu’on connaissait. C’est un vieil ivrogne, un moulin-à-paroles au caractère de cochon, mais à l’indéniable courage. Sa relation avec la jeune Hailee Steinfeld maintient l’intérêt et sa progression est gérée avec finesse. Globalement, les personnages sont moins caricaturaux que dans le premier film, on pense surtout à Matt Damon jouant le Ranger, vantard et trop sûr de lui, mais qui évolue au fil de l’aventure. Les hors-la-loi sont campés par d’excellents acteurs comme Josh Brolin, Barry Pepper ou Domhnall Gleeson, qui leur donnent un beau relief.

On peut se questionner sur la nécessité de ce remake, dont le seul véritable apport est une tonalité beaucoup plus sombre et un épilogue d’une infinie tristesse. La fin des héros de l’Ouest est cafardeuse, solitaire, d’une ringardise achevée et la petite héroïne ne sera pas sortie indemne de son épopée initiatique. Les Coen ont toujours cette maîtrise du récit et de la caméra qui les font sortir du rang, quel que soit le projet. Pour conclure, disons que s’il avait réellement existé, Cogburn aurait certainement ressemblé à Bridges, mais que celui de Wayne demeure malgré tout le plus légendaire. Est-il nécessaire de ressortir une fois de plus la citation de John Ford au sujet des légendes et de la réalité ?

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HAILEE STEINFELD, JEFF BRIDGES, MATT DAMON, JOSH BROLIN ET BARRY PEPPER

 

« IRON MAN » (2008)

« IRON MAN » n’a jamais été un des super-héros les plus palpitants de Stan Lee. Milliardaire – comme Bruce Wayne – et marchand d’armes, il cherche la rédemption en devenant un justicier engoncé dans une armure rouge et dorée lançant des rayons et capable de voler dans l’espace.IRONMAN.jpg

Confier la réalisation de cette transposition cinéma au pataud Jon Favrau n’était peut-être pas la meilleure idée imaginable. Le bonhomme est un honnête faiseur, mais manque de style et de panache. Il y a quelque chose de profondément lourd et inerte dans ces deux heures pourtant mouvementées et pétaradantes, un vice-de-forme indécelable à l’œil nu qui laisse l’impression que « IRON MAN » fait du sur-place, se répéte jusqu’à ce que l’intérêt se soit complètement évaporé. Ce n’est pas dû à Robert Downey, Jr. plutôt bien dans le rôle-titre, même s’il semble parfois indifférent et pas tout à fait là. Jeff Bridges n’est pas non plus à son top-niveau en méchant au crâne rasé et la pauvre Gwyneth Paltrow est toujours, et quoi qu’elle fasse, d’une fadeur invraisemblable. Rien à signaler du côté des petits rôles sans la moindre épaisseur.

On peut sauver les séquences en Afghanistan un peu plus vivantes que le reste, mais « IRON MAN » ressemble au pilote d’une série télé au budget pharaonique qui a cru bon de se passer des services d’un vrai scénariste. À ce jour, le film a déjà connu deux sequels et le personnage de Stark apparaît dans les films des « AVENGERS ».

À noter le caméo rituel de Stan Lee entouré de jolies filles et l’apparition de Samuel L. Jackson dans un rapide épilogue après le générique de fin.

 

« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

 

« ONLY THE BRAVE » (2017)

Réalisé par Joseph Kosinski, « ONLY THE BRAVE » est basé sur des faits réels survenus en Arizona en 2007 et décrivant le quotidien d’une équipe de pompiers luttant contre les incendies de forêt et le drame qui les décima subitement, ne laissant qu’un unique survivant.ONLY

Curieux mélange de drame intimiste sur la vie de ces « hotshots », leur cercle familial, leurs problèmes matrimoniaux, leurs ambitions professionnelles et de séquences d’action, le film a beau être très bien fait, peine à passionner. À quoi cela tient-il ? Peut-être à une sorte de détachement dans la réalisation qui oscille entre plusieurs styles, à un manque de construction solide du scénario qui tient trop de la chronique, et aussi à des enjeux dont l’importance peut passer au-dessus de la tête des non-initiés. Heureusement, car cela dure tout de même plus de deux heures, le casting est impeccable. On retrouve avec bonheur Josh Brolin en capitaine viril et obnubilé par son job, Jennifer Connelly dans le rôle de sa femme, la revenante Andie McDowell dans une fugitive silhouette. Jeff Bridges, glabre, a pris un sévère coup de vieux, mais semble toujours aussi enjoué et entonne même une chanson « country » avec ardeur. C’est le jeune Miles Teller (« WHIPLASH ») qui s’en sort encore le mieux dans un personnage assez fouillé d’ex-loser qui s’épanouit enfin dans un environnement qui lui correspond.

Le côté « inspiré de faits réels » impose évidemment le respect et la scène finale de l’incendie ravageur est impressionnante, mais « ONLY THE BRAVE » ne décolle jamais et n’implique pas vraiment. On assiste à ces actes d’héroïsme avec une indifférence polie en se prenant même à penser qu’un documentaire sur le sujet serait sans doute plus intéressant.

 

« WILD BILL » (1995)

WILDInspiré d’un livre et d’une pièce de théâtre, « WILD BILL » est la tentative de biopic d’une légende de l’Ouest : « Wild » Bill Hickcok. Dès le début, Walter Hill adopte des partis-pris déconcertants : cadrages bizarroïdes, alternance de couleur et de noir & blanc, photo ultra-stylisée au rendu quasi-onirique, succession de flash-backs reliés par une voix « off ».

Jeff Bridges est parfaitement casté dans le rôle-titre, celui d’un pistolero au bout du rouleau, rongé par l’alcool et la syphilis, semblant flotter constamment dans des vapeurs d’opium. De fait, il apparaît comme le fantôme de lui-même, un ectoplasme revisitant les moments forts de sa vie avant que celle-ci ne s’achève à une table de poker. Le concept en vaut un autre et a au moins le mérite de l’originalité. Mais Hill va trop loin. Le scénario manque de colonne vertébrale, tout le monde bavarde énormément et les choix esthétiques sont très discutables : ainsi, les scènes de jeunesse avec Diane Lane sont absolument hideuses avec leur rendu vidéo et sans aucune raison d’être. L’ennui s’installe peu à peu, malgré la prestation vraiment intéressante de Bridges, à la fois odieux, humain et pitoyable. Il assure dans les scènes de ‘gunfight’ très bien réglées et rend son Hickcok concret et tangible. Autour de lui, d’excellents acteurs sous-employés comme Ellen Barkin en Calamity Jane liquéfiée d’amour pour Bill, John Hurt en sidekick boiteux, Keith Carradine en Buffalo Bill clownesque, Bruce Dern en vengeur en fauteuil roulant, et un très mauvais (David Arquette) qu’on voit hélas, beaucoup trop dans le rôle de l’assassin de ‘Wild Bill’.

C’est un faux western confiné et dépourvu de toute ampleur, un film trop conceptuel pour son propre bien où on ne retrouve que par flashes le savoir-faire habituel de Walter Hill. À voir éventuellement pour Bridges donc, qui aurait mérité un meilleur écrin et pour la précision des décors de Deadwood, cloaque boueux et enfumé. Mais globalement, on en ressort dépité.

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JEFF BRIDGES, DAVID ARQUETTE, ELLEN BARKIN ET KEITH CARRADINE

 

« ÉTAT SECOND » (1993)

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JEFF BRIDGES

Le premier quart d’heure de « ÉTAT SECOND » est une pure merveille. On découvre peu à peu, pas à pas, les conséquences d’un crash aérien en suivant les traces d’un survivant (Jeff Bridges) qui semble guider quelques passagers hébétés, tel Moïse dans le désert. L’utilisation de la bande-son, le montage sont remarquables.fearless3

Pour parler en acronymes, Peter Weir décrit le PTS (Post traumatic stress) d’une NDE (Near death experience). Complètement métamorphosé par l’accident, l’architecte Bridges pense d’abord qu’il est mort et revenu en fantôme et qu’il est donc devenu invulnérable. Après s’être pris pour Moïse, il devient christique pour aider une jeune femme (Rosie Perez) qui a perdu son bébé, à retrouver le goût de vivre. Tout cela au détriment de sa propre famille qu’il délaisse tout à son « trip » mental qui le mène aux confins de la folie.

Excellent choix que Bridges pour ce rôle complexe qui marche littéralement « à côté de ses pompes ». Il joue cela avec une telle foi, une telle intensité qu’il finit par nous faire croire à ses pouvoirs surnaturels. Le flash-back dans l’avion où – juste avant le crash – il accepte subitement dans une illumination l’idée de mourir, est ce qu’il a fait de plus émouvant et profond à l’écran. Autour de lui, un beau casting : Rosie Perez à fleur de peau, étonnante malgré une voix suraiguë très crispante, Isabella Rossellini en épouse dépassée par les événements, John Turturro en psy timoré, Tom Hulce et Benicio Del Toro.

« ÉTAT SECOND » n’est pas exempt de longueurs et de lourdeurs (l’interminable séquence du centre commercial la veille de Noël qui casse sérieusement le rythme), il semble parfois faire du sur-place, mais le sujet est vraiment passionnant et original et on reste scotché à l’écran, attendant avec appréhension le moment où le rêve s’achèvera et où la mort reprendra ses droits. À voir donc, ne serait ce que pour Bridges qu’on a rarement vu aussi impliqué et identifié à un personnage. Et pour quelques scènes vraiment émouvantes, comme cette visite inopinée à la première femme de sa vie, alors qu’il est encore sous le choc.

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ISABELLA ROSSELLINI, JEFF BRIDGES ET ROSIE PEREZ