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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JEFF BRIDGES

« LE SEPTIÈME FILS » (2014)

Tourné par un réalisateur russe au Canada, « LE SEPTIÈME FILS » est une curieuse bouillabaisse d’Heroic Fantasy, qui par ses thèmes archi-rabâchés et l’aspect un brin vieillot de ses F/X renvoie à des films déjà anciens comme « CŒUR DE DRAGON ».7TH

L’attraction vient évidemment de la réunion au générique de deux vétérans qu’on adore comme Jeff Bridges et Julianne Moore. Le premier joue un tueur de sorcières avec un cabotinage millimétré et une diction singulière évoquant à la fois le Sean Connery de « HIGHLANDER » et son propre Rooster Cogburn. La seconde s’amuse à camper une très méchante reine des sorcières au plumage aussi noir que son âme. Mais la direction d’acteurs très (trop) sage et la mise-en-scène à peu près dépourvue de folie éteignent ces deux grands acteurs qui ne semblent pas être à 100% de leurs capacités. Ils doivent de plus s’effacer derrière les deux jeunes premiers aussi pâles et transparents l’un que l’autre, qui achèvent de dévitaliser le film tout entier. C’est donc avec une indifférence quasi-totale qu’on suit les péripéties de ce « SEPTIÈME FILS », qu’on compte les monstres de CGI aussi peu convaincants les uns que les autres et qu’on finit par se demander à quel public cela s’adresse : c’est trop violent pour les petits enfants et trop infantile pour les adultes ! Quel souvenir positif garder de tout cela ? Une séquence bien fichue de traversée d’une forêt hantée en pleine nuit et les tenues extravagantes de Julianne Moore qui méritait tout de même mieux que ce rôle de « méchante » de répertoire brossé sans nuance. Dommage…

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« UNE FILLE NOMMÉE LOLLY MADONNA » (1973)

LOLLY - copieIl est parfois – pas très souvent – des films qu’on prend de plein-fouet, sans qu’on s’y attende et qui restent imprimés à jamais dans la mémoire. « UNE FILLE NOMMÉE LOLLY MADONNA » est incontestablement de ceux-là.

Cela démarre très lentement, sur une tonalité de semi-farce « redneck », avec la présentation de deux familles de ploucs, pas dégénérés mais pas loin, qui se font des coups pendables comme dans la BD « LES RIVAUX DE PAINFUL GULCH ». Mais peu à peu, l’humeur s’assombrit, les actes qu’on commet deviennent irréparables et les escarmouches se transforment en guerre totale.

Car c’est bien de cela que parle le film : de la guerre. À partir d’un malentendu, les auteurs démontent le mécanisme de la haine, des représailles et de la mort qui finit par tout emporter. Et personne n’est épargné : le père tue son aîné à coups de pieds, les mères prennent des balles perdues, les vierges sont violées, les pacificateurs exécutés. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne.

Le film est littéralement hanté par deux femmes-fantômes : l’une, ‘Lolly Madonna’ qui n’a jamais existé et l’autre, l’ex-épouse de Jeff Bridges dont la mort a détruit tout ce qui maintenait le clan soudé. Et ces spectres s’avèrent plus forts que les femmes de chair et de sang, tout particulièrement la jolie Season Hubley, témoin horrifié de l’engrenage de violence.

JEFF BRIDGES, SEASON HUBLEY, ROD STEIGER, GARY BUSEY ET ROBERT RYAN

JEFF BRIDGES, SEASON HUBLEY, ROD STEIGER, GARY BUSEY ET ROBERT RYAN

Cette tragédie implacable se déroule dans une Amérique pouilleuse, misérable, dépeuplée, rarement montrée au cinéma. Et c’est un extraordinaire casting qui porte cette histoire : le jeune Bridges sort du rang dans un personnage complexe, Ed Lauter trouve le rôle de sa vie en pécore mythomane aux rêves de grandeur, Rod Steiger (affublé d’un faux-nez busqué) est étonnant en patriarche brutal, véritable bête humaine muré dans sa folie et Robert Ryan a une « gueule » magnifique en chef de clan taciturne et insensible. Tous les seconds rôles, de Gary Busey à Scott Wilson, en passant par Randy Quaid en simplet, sont du même niveau.

C’est avec « LE CONVOI SAUVAGE », le meilleur film de l’inégal Richard C. Sarafian, un chef-d’œuvre qui mériterait d’être édité en France, où il ne fit qu’une carrière météorique. Du grand cinéma américain des seventies.

 

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« LE CANARDEUR » (1974)

CLINT EASTWOOD

CLINT EASTWOOD

« THUNDERBOLT AND LIGHTFOOT » (une fois de plus, oublions le titre français outrageusement hors-sujet) est un film ardu à appréhender dans le parcours de Michael Cimino dont c’est le premier film, moins dans celui de Clint Eastwood puisqu’il annonce timidement certaines œuvres de sa filmo comme « BRONCO BILLY » ou « HONKYTONK MAN » dans la tonalité.

CANARD2Ça démarre comme un ‘road movie’ semi-humoristique, au rythme indolent d’une chanson « country », puis l’aspect policier prend de plus en plus de place avec l’organisation du braquage. Cimino n’hésite jamais à alterner les humeurs, voguant avec bonheur de la pure comédie (le personnage de Geoffrey Lewis) au drame franchement noir (la haine aveugle que voue George Kennedy au jeune Jeff Bridges), en injectant çà et là un sous-texte crypto-gay déconcertant.

Si on accepte la lenteur, les digressions, les « comme par hasard » du scénario, on prend un vrai plaisir à ce film généreux et tendre, dans lequel la dure réalité ne manque jamais de se rappeler à notre bon souvenir. C’était la première fois qu’on voyait Eastwood jouer un tel personnage, ne s’appuyant jamais sur ses vieux « trucs », ses mimiques familières, mais jouant de façon un peu oblique un taciturne effacé et affable, un laissé-pour-compte du Rêve Américain, estropié par la guerre, qui sillonne le pays à la recherche d’aventures et de rencontres. Son amitié légèrement ambiguë avec Bridges cimente l’ensemble et le jeune acteur bouffe littéralement l’écran dans un rôle en or de hâbleur vantard et sympathique qui redonne un souffle de vie à l’homme usé et désillusionné interprété par son aîné. Dans certaines scènes visiblement semi-improvisées, on voit clairement l’amusement d’Eastwood devant les débordements du « jeunot ».

George Kennedy est excellent en brute épaisse psychopathe et on aperçoit dans des tout petits rôles des débutants comme Bill McKinney en fou furieux ou Gary Busey.

JEFF BRIDGES, CLINT EASTWOOD ET GEORGE KENNEDY

JEFF BRIDGES, CLINT EASTWOOD ET GEORGE KENNEDY

En voyant « THUNDERBOLT AND LIGHTFOOT », on peine à imaginer qu’à peine quelques années plus tard, Cimino tournerait des œuvres de l’ampleur de « VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER » et « LA PORTE DU PARADIS », mais on peut déceler dans sa mise-en-scène (la façon de disposer les personnages dans l’immensité des paysages, par exemple) les prémisses de son style. Un film modeste, imparfait, mais très attachant, qui montre une Amérique profonde figée dans le passé, à l’image de cette école devenue musée, qui clôt l’aventure d’ironique façon.

 

HAPPY BIRTHDAY, JEFF !

BRIDGES

JEFF BRIDGES, DU JEUNE PREMIER HIPPIE AU VÉTÉRAN UNANIMEMENT RESPECTÉ, UN PARCOURS EXEMPLAIRE