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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JOHN CASSAVETES

« UN TUEUR DANS LA FOULE » (1976)

En plein boum des films-catastrophe, « UN TUEUR DANS LA FOULE » en emprunte la construction générale et les poncifs et semble même s’appuyer sur le récent succès des « DENTS DE LA MER » dont il tente d’adapter la structure (un sniper remplaçant le requin, grosso-modo !), pour signer un suspense dont la plus grosse faiblesse vient de son concept même.p673_p_v8_aa

Un match de foot, un tireur sur un toit, des flics craignant la panique, un président des U.S.A. en route pour le stade : le décor est posé. Pour le reste, ce sont de petits vignettes sur des personnages périphériques et potentielles victimes du tueur : un couple de « beaufs » en crise (David Janssen et Gena Rowlands complètement gaspillés), un pickpocket sénile (Walter Pidgeon reprenant plus ou moins son rôle de « HARRY IN YOUR POCKET »), un jeune père de famille anxieux (Beau Bridges), etc. On passe énormément de temps avec un capitaine de police incarné par un Charlton Heston très grimaçant et sans rien à jouer et un sergent des SWAT, campé par un John Cassavetes qui offre la meilleure prestation du film, dans ce qui est tout de même un contremploi. Le gros souci, est qu’il ne se passe pratiquement rien avant les dix dernières minutes ! On fait artificiellement monter la pression avec un montage en mosaïque sur le match, la stratégie policière et sur des gros-plans du flingueur, avec une musique stressante. Mais à la moindre baisse de régime, on constate que tout le monde s’agite pour rien : on n’attend au fond qu’une chose : que le bonhomme – dont on ne saura jamais rien – se décide enfin à ouvrir le feu pour qu’on sorte du ronron.

Le look a beaucoup vieilli, les deux heures semblent souvent longues et le beau casting n’a pas grand-chose à faire. « UN TUEUR DANS LA FOULE » vaut pour sa scène de panique finale très bien réalisée et montée, pour le plaisir de revoir John et Gena, même s’ils n’ont aucune scène ensemble et pour des faciès familiers comme Martin Balsam, Jack Klugman, Robert Ginty (qui vend des chapeaux à l’entrée du stade) ou Mitchell Ryan en curé.

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CHARLTON HESTON, MARTIN BALSAM, DAVID JANSSEN, GENA ROWLANDS ET JOHN CASSAVETES

À noter : une version longue de 141 minutes a été montée exclusivement pour la TV avec une pléiade d’acteurs absents du montage cinéma : Joanna Pettet, Rossano Brazzi, Paul Shenar, Joseph Maher ou William Prince. L’accent était mis sur l’identité du tireur et sur les raisons du massacre.

 

« SHADOWS » (1959)

LELIA GOLDONI

LELIA GOLDONI

Premier film de John Cassavetes en tant qu’auteur-réalisateur, « SHADOWS » a été tourné en 1957 et ’58 puis « reshooté » en partie l’année suivante. Cela en fait-il l’annonciateur de la Nouvelle Vague française avec laquelle il entretient de nombreux points communs dans la forme comme dans le fond ?SHADOWS3

Semi-improvisé, tourné en 16MM à l’arrachée, truffé de faux-raccords, de dialogues à peine audibles, le film est une chronique du New York des années 50 et de cette « beat generation » désœuvrée et paumée, s’extirpant de la triste réalité par de dérisoires rêves de gloire.

On suit avec passivité mais non sans intérêt, la dérive de quelques personnages blancs et noirs dans des bars, des boîtes de nuit, des soirées alcoolisées, on assiste à leurs amours hésitantes et parfois sordides. Et puis soudain, au détour d’une scène, le véritable thème du film jaillit : le racisme. Sans que le mot ne soit jamais prononcé, sans que rien ne soit vraiment formulé. Le regard de l’amant blanc de la métisse Lelia Goldoni, quand il découvre que son frère est noir, vaut tous les pamphlets du monde.

Qu’il s’agisse de cette comédienne magnifique, hypersensible, de Ben Carruthers ou de Tom Reese (généralement un ‘tough guy’ de westerns) ou Rupert Crosse, tous jouent sous leur véritable patronyme des individus pénibles et têtes-à-claques auxquels on finit par s’attacher profondément, presque malgré soi.

Il faut aimer le noir & blanc granuleux, le cinéma expérimental, les scénarios déstructurés et les comédiens plus ou moins amateurs pour goûter pleinement « SHADOWS ». Mais on y trouve déjà tout le génie débraillé de Cassavetes, sa rage de filmer, son amour lucide des autres. Et on sent encore l’influence de ce premier film aujourd’hui dans le cinéma indépendant d’Amérique et d’ailleurs.

LELIA GOLDONI ET BEN CARRUTHERS

LELIA GOLDONI ET BEN CARRUTHERS

À noter : Cassavetes apparaît quelques secondes dans un ‘caméo’ devant un cinéma passant « ET DIEU CRÉA LA FEMME » et Gena Rowlands peut être identifiée (avec de bons réflexes) dans une boîte de nuit, en profil perdu.

 

« LA BALLADE DES SANS-ESPOIR » (1961)

STELLA STEVENS

STELLA STEVENS

« LA BALLADE DES SANS-ESPOIR » est le second long-métrage réalisé par John Cassavetes et même si la forme est légèrement plus policée que sans ses œuvres à venir, on y décèle déjà ses obsessions, l’acuité de son regard et ce mélange de cruauté et de générosité.BALLAD3

Le scénario, très peu structuré, suit d’abord un petit groupe de jazz sympathique et sans-le-sou, dont le leader Bobby Darin est un compositeur arrogant et refusant toute compromission. Mais l’arrivée d’une jeune paumée (Stella Stevens) va tout remettre en question, montrer Darin pour ce qu’il est réellement : un lâche velléitaire, et faire exploser cette bande de potes.

Les errances de bar en bar, les soûleries qui n’en finissent pas, les bagarres d’ivrognes qui tournent au vinaigre, annoncent déjà « HUSBANDS » et ces personnages pathétiques, à la dérive, sont bien des créatures cassavetsiennes. Le film ne magnifie pas ces paumés, ne cède jamais au pittoresque facile de la vie de bohème et ‘Jess’ est une de ces blondes « perdues » qu’incarnera plus tard Gena Rowlands. Mais Stella Stevens est réellement exceptionnelle dans ce rôle difficile qu’elle joue comme une sorte de fantôme de Marilyn, naïve et impudique, talentueuse mais si peu sûre d’elle-même qu’une simple critique la fait sombrer aux tréfonds de la déprime. Ce qu’elle fait ici est largement oscarisable.

Darin – qui ressemble étonnamment à… Coluche – s’en sort plutôt bien, mais ne possède pas le charisme frelaté et la séduction indispensables à son rôle. On aperçoit des acteurs familiers du réalisateur comme Seymour Cassel ou Val Avery. Sans oublier Nick Dennis en barman grec à la grande gueule.

BOBBY DARIN ET STELLA STEVENS

BOBBY DARIN ET STELLA STEVENS

« LA BALLADE DES SANS-ESPOIR » est un beau film lucide et désespéré, montrant les choses telles qu’elles sont, sans aucun vernis hollywoodien et faisant aimer des individus souvent lamentables et peu sympathiques, tout simplement parce qu’ils sont humains. Mais cela a toujours été le génie particulier de John Cassavetes. Un bien beau film…

 

PETITS CAMÉOS EN FAMILLE…

LE SAVIEZ-VOUS ? JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS APPARAISSENT QUELQUES SECONDES DANS « SHADOWS », LE PREMIER FILM DE JOHN...

LE SAVIEZ-VOUS ? JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS APPARAISSENT QUELQUES SECONDES DANS « SHADOWS », LE PREMIER FILM DE JOHN…

 

« A MURDER CASE » : Gena Rowlands et John Cassavetes dans « Suspicion »

JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS

JOHN CASSAVETES ET GENA ROWLANDS

Écrit par les auteurs de « COLUMBO », réalisé par l’efficace John Brahm, « A MURDER CASE », épisode de la série « SUSPICION » produite et présentée par Alfred Hitchcock, développe sur 50 minutes, une intrigue classique de ‘film noir’ à la James Cain : un acteur américain exilé à Londres retrouve son ex-maîtresse aujourd’hui mariée à un richissime diamantaire. Ensemble, ils vont tenter de se débarrasser de l’encombrant vieux mari. La seule originalité du scénario vient du fait que le cocu en question est beaucoup moins commode que ne le veut généralement la tradition !

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SUR SCÈNE

Il n’y aurait pas grand-chose d’autre à dire sur ce téléfilm s’il n’était interprété par un des couples les plus mythiques du cinéma U.S., à savoir Gena Rowlands et John Cassavetes. Leur alchimie à l’image est extraordinaire et ils jouent avec une évidente délectation deux franches crapules : lui en parasite profiteur, véritable sociopathe sans aucun scrupule, un personnage qui annonce celui qu’il jouera dans « ROSEMARY’S BABY », elle en actrice entretenue attirée par le mal comme un papillon vers la flamme. Les voir côte à côte sur une scène de théâtre est une joie sans pareille pour qui les a aimés dans « OPENING NIGHT » et leurs scènes amoureuses, manifestement semi-improvisées « à la Cassavetes » font tout l’intérêt et le charme du film.

À voir absolument pour les complétistes du couple bien sûr, mais aussi pour une chute très inattendue qui nous « cueille » à froid. Un must, quoi…MURDER2

 

HAPPY BIRTHDAY, JOHN !

CASSAVETES

JOHN CASSAVETES (1929-1989), AUJOUD’HUI L’IMMENSE RÉALISATEUR A UN PEU ÉCLIPSÉ LE GRAND ACTEUR. GLOIRE AUX DEUX JOHN !

 
 

« L’HOMME QUI TUA LA PEUR » (1957)

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SIDNEY POITIER

Sorti trois ans après le classique « SUR LES QUAIS » dont il emprunte les décors naturels, un final particulièrement brutal et même une apologie plus ou moins consciente du mouchardage (Martin Ritt n’est pas Kazan), « L’HOMME QUI TUA LA PEUR » n’en a hélas, pas l’impact ni la maîtrise.

Faute d’un scénario maladroit et bancal qui consacre énormément de temps à décrire l’amitié naissante entre un jeune déserteur complexé et asocial (John Cassavetes) et un contremaître noir sympathique et intelligent (Sidney Poitier) qui le prend sous son aile, alors qu’il est malmené par une grosse brute (Jack Warden) qui le rackette sur les docks.EDGE2

De fait, il ne se passe pas grand-chose jusqu’à l’affrontement des deux extrêmes entourant le jeune homme et les scènes domestiques chez Poitier sont répétitives, agaçantes de bonne humeur forcée. Le dernier quart heureusement, vient racheter tout cela, en se calquant sur un ‘mood’ beaucoup plus âpre à la Elia Kazan.

Il est amusant de voir Cassavetes à la présence indéniable, mais très marqué par la « Méthode » Actors Studio. Le moindre de ses gestes, de ses mouvements de mains, jusqu’à sa façon de marcher sont « sous influence », de même que le jeu de Ruby Dee jouant la femme de Poitier. Celui-ci déjà très maître de son style et de son charme naturel domine en revanche le film avec sobriété et sans effort apparent.

Jack Warden est très bien en brute épaisse, incarnation du pouvoir abusif, très proche de ce que fit Lee J. Cobb dans le Kazan.

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JOHN CASSAVETES, JACK WARDEN ET SIDNEY POITIER

Le noir & blanc est beau, les décors sont bien exploités, certains moments – comme les coups de fil de Cassavetes à ses parents – sont émouvants, mais malgré ces qualités, le film peine à se hisser au niveau des classiques « sociaux » de cette époque. À noter tout de même un corps-à-corps extrêmement violent et bien réglé à coups de crochets entre Warden et Poitier.