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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JOSH BROLIN

« ONLY THE BRAVE » (2017)

Réalisé par Joseph Kosinski, « ONLY THE BRAVE » est basé sur des faits réels survenus en Arizona en 2007 et décrivant le quotidien d’une équipe de pompiers luttant contre les incendies de forêt et le drame qui les décima subitement, ne laissant qu’un unique survivant.ONLY

Curieux mélange de drame intimiste sur la vie de ces « hotshots », leur cercle familial, leurs problèmes matrimoniaux, leurs ambitions professionnelles et de séquences d’action, le film a beau être très bien fait, peine à passionner. À quoi cela tient-il ? Peut-être à une sorte de détachement dans la réalisation qui oscille entre plusieurs styles, à un manque de construction solide du scénario qui tient trop de la chronique, et aussi à des enjeux dont l’importance peut passer au-dessus de la tête des non-initiés. Heureusement, car cela dure tout de même plus de deux heures, le casting est impeccable. On retrouve avec bonheur Josh Brolin en capitaine viril et obnubilé par son job, Jennifer Connelly dans le rôle de sa femme, la revenante Andie McDowell dans une fugitive silhouette. Jeff Bridges, glabre, a pris un sévère coup de vieux, mais semble toujours aussi enjoué et entonne même une chanson « country » avec ardeur. C’est le jeune Miles Teller (« WHIPLASH ») qui s’en sort encore le mieux dans un personnage assez fouillé d’ex-loser qui s’épanouit enfin dans un environnement qui lui correspond.

Le côté « inspiré de faits réels » impose évidemment le respect et la scène finale de l’incendie ravageur est impressionnante, mais « ONLY THE BRAVE » ne décolle jamais et n’implique pas vraiment. On assiste à ces actes d’héroïsme avec une indifférence polie en se prenant même à penser qu’un documentaire sur le sujet serait sans doute plus intéressant.

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« OLD BOY » (2013)

OLDBOY2Dix ans après le film-choc de Chan-wook Park (également chroniqué sur « BDW2 »), Spike Lee adapte à son tour le manga japonais « OLD BOY » pour une production U.S. pas inintéressante, mais moins jusqu’au-boutiste et iconoclaste que la première version.

Pour qui a vu le film coréen, l’effet de surprise et le dépaysement sont bien évidemment très atténués et les rouages du scénario en deviennent plus apparents et artificiels. Mais le film fonctionne essentiellement grâce à la performance de Josh Brolin, acteur très sous-évalué, qui donne ici le meilleur de lui-même. Ses changements d’apparence physique sont stupéfiants : du « vendeur » bedonnant et sordide du début, à la bête humaine qu’il devient pendant vingt ans d’incarcération solitaire, jusqu’au vengeur désincarné, il traverse le film avec une intensité exceptionnelle. Certaines scènes comme la bagarre « seul contre tous » en plan-séquence laissent pantois. C’est grâce à lui qu’on se passionne pour le chemin de croix de ce personnage pourtant peu reluisant. Il est entouré d’un bon casting : Elizabeth Olsen en ex-junkie compatissante, le cabotin Sharlto Copley (« DISTRICT 9 ») en deus ex machina, le toujours impeccable Lance Reddick dans un rôle court mais marquant et le fatigant Samuel L. Jackson, vêtu comme un clown, en sadique comme échappé d’un autre film.

Quand on s’est pris le film de 2003 « en pleine poire », il est évident que ce remake ne fait pas le poids. Le scénario plus « vissé » n’a pas la même portée cauchemardesque et l’épilogue, plus sage, laisse sur une vague déception. Mais Spike Lee se sort tout de même très bien de l’expérience, « OLD BOY » se laisse regarder avec curiosité, ne serait-ce que pour le plaisir de la comparaison, et le travail de Brolin est – qu’on aime le film ou pas – proprement hallucinant.

OLDBOY

JOSH BROLIN ET ELIZABETH OLSEN

À noter qu’en clin d’œil au moment le plus choquant du film original (le héros dévorant un poulpe vivant en gros-plan), Brolin s’arrête un instant dans un restaurant pour contempler un céphalopode collé à la paroi d’un aquarium. Cela résume assez bien la différence fondamentale entre les deux films, d’ailleurs !

 

« LE VEILLEUR DE NUIT » (1997)

watch2En 1994, le danois Ole Bornedal tournait « NATTEVAGTEN » dans son pays natal avec le jeune Nikolaj Coster-Waldau en vedette. Trois ans après, le même Bornedal filmait « LE VEILLEUR DE NUIT », remake de son propre film pour le marché anglo-saxon.

Mais dès les premières séquences, on ne peut pas dire qu’il ait vraiment vendu son âme aux grands studios, car son film demeure extrêmement stylisé, aussi baroque dans la forme que dans le fond et n’a rien d’une série B de serial killer comme tant d’autres. Le scénario suit la descente aux enfers d’un étudiant (Ewan McGregor) travaillant de nuit à la morgue et piégé par un tueur de prostituées qui accumule les preuves contre lui.

La mise-en-scène est claustrophobique, tournant autour des trois ou quatre mêmes décors, dont un institut médico-légal presque kubrickien. Ce ne sont que gros-plans de visages en semi-pénombre, intérieurs en clair-obscur, angoisse diffuse mais constante. Peu à peu, on se laisse engluer dans cette atmosphère suffocante et paranoïaque, quasi-irréelle par moments, sensation accentuée par le jeu de Nick Nolte, extraordinaire en flic excessivement bizarre, qui semble se débattre dans les limbes d’une réalité parallèle. Certains « close-ups » de son visage raviné filent carrément le frisson ! McGregor n’a jamais crevé l’écran mais il est toujours naturel et sympathique. Josh Brolin est très bien en « mauvais génie » cynique et nocif, et on a également droit à Patricia Arquette, John C. Reilly et Brad Dourif (la « fausse piste » idéale !) dans des personnages moins développés.

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NICK NOLTE, PATRICIA ARQUETTE, JOHN C. REILLY ET JOSH BROLIN

Bonne surprise donc que ce « VEILLEUR DE NUIT » déconcertant et ne cédant jamais aux clichés du thriller U.S. Le réalisateur a su préserver un style et une spécificité dans un cadre extrêmement balisé. À redécouvrir donc, ne serait-ce que pour l’hallucinant numéro de Nolte qu’on a rarement vu aussi inquiétant.

 

« AVE CÉSAR ! » (2016)

Malgré quelques années relativement décevantes, on attend toujours le prochain film des frères Coen avec l’espoir de retrouver la verve de « FARGO » ou « THE BARBER ». Autant le dire tout de suite, avec « AVE CÉSAR ! », ce ne sera pas pour cette fois.AVE

Ce n’est pas que le film soit raté, loin de là, c’est plutôt qu’il paraît manquer de centre de gravité, d’un scénario solide, même dans l’absurde comme le fut « THE BIG LEBOWSKI », par exemple. L’humour pince-sans-rire et passéiste des brothers est bien présent, le travail de reconstitution du Hollywood des années 5O est parfait, surtout dans la recréation de films bibliques, de westerns de série B ou de ‘musicals’ nautiques. Et comme souvent, la plupart des protagonistes sont des imbéciles heureux à la crétinerie hilarante. Mais c’est tellement « second degré », que lorsqu’arrive le mot « FIN » on a l’étrange sensation que le film n’a pas encore vraiment démarré. Reste heureusement un casting en béton-armé : Josh Brolin impeccable en ‘producer’ paternaliste à la main leste, George Clooney irrésistible en star à l’incommensurable bêtise, Tilda Swinton étonnante en sœurs jumelles chroniqueuses et rivales, Scarlett Johansson en avatar d’Esther Williams. À noter la fugitive présence des anciens rivaux de « HIGHLANDER » : Christophe(r) Lambert et Clancy Brown. Abonnée à l’univers des Coen, Frances McDormand apparaît brièvement en vieille monteuse racornie, qui s’étrangle avec sa moviola.

« AVE CÉSAR ! » est donc un plaisir pour l’œil, un amuse-gueule inconsistant mais goûteux, qui provoque des éclats de rire et offre un regard à la fois caustique et attendri sur l’Usine à Rêves et sur un cinéma disparu.

 

« EVEREST » (2015)

« EVEREST » est la reconstitution d’une expédition qui tourna à la catastrophe et coûta la vie à plusieurs alpinistes professionnels et amateurs en 1996.EVEREST

L’angle adopté est celui du « documentaire » le plus précis possible, mais un aspect quasi-religieux s’immisce progressivement : cette année-là, le Mont Everest était littéralement envahi de touristes, jusqu’à créer des embouteillages. Quand la tempête vient balayer ces « marchands du temple », difficile de ne pas faire un parallèle biblique !

Doté d’un casting assez impressionnant, le film se laisse voir sans aucun problème. Les « fonds verts » sont absolument indécelables, l’implication physique des comédiens sur les lieux de l’action est évidente et donne tout son intérêt à l’aventure. Et quand un des protagonistes demande : « Pourquoi s’inflige-t-on cela ? », on ne peut que compatir ! Le scénario très simple et linéaire n’est qu’un long et douloureux chemin de croix dans un froid glacial. Comme dans les westerns c’est souvent l’eau qui vient à manquer, ici c’est l’oxygène, denrée rare et source de survie. L’action est entrecoupée de séquences un peu maladroites et redondantes focalisées sur les épouses des aventuriers (Keira Knightley et Robin Wright) restées au pays.

Jason Clarke est parfait en guide (trop) humain et passionné, Josh Brolin excellent en Texan dépressif mais endurant, Jake Gylllenhaal sympathique en guide baba-cool. On a plaisir à retrouver le minois d’Emily Watson.

« EVEREST » est un bon film efficace et carré, qui prend aux tripes mais ne marquera probablement pas la mémoire. Techniquement parlant, un bel accomplissement en tout cas.

 

« SICARIO » (2015)

SICARIODes œuvres puissantes comme « INCENDIES » et « PRISONERS » ont donné envie de suivre le parcours du réalisateur canadien Denis Villeneuve. Aussi est-ce avec un bon a priori qu’on aborde « SICARIO ».

À raison. Ce scénario sec, efficace, parfois osé dans sa construction, détaille les manœuvres d’un agent de la CIA (Josh Brolin) chargé d’éliminer un caïd des cartels mexicains et qui enrôle une bleusaille du FBI (Emily Blunt) comme alibi légal aux côtés d’un tueur-à-gages (Benicio Del Toro) qui a un gros contentieux avec l’homme à abattre.

Comme jadis la série « 24 HEURES CHRONO », c’est un film sur la fin qui justifie les moyens, sur une guerre particulièrement atroce qu’il faut faire en utilisant les méthodes de l’adversaire, sur la perte de l’innocence et des idéaux. Et bien sûr, sur le dragon qu’on devient soi-même à trop combattre le dragon.

Le rythme est très singulier, lent et oppressant avec des fulgurances de violence, des ellipses brutales et même des changements brusques de point-de-vue extrêmement déstabilisants. Mais de fait, l’attention est toujours en éveil et le ronron ne s’installe jamais. La photo de Roger Deakins (qui fit des merveilles pour les frères Coen) est magnifique, naturelle et lyrique à la fois, la BO de Jóhann Jóhannsson discrète mais omniprésente apporte beaucoup à l’atmosphère stressante.

BENICIO DEL TORO ET EMILY BLUNT

BENICIO DEL TORO ET EMILY BLUNT

Si Emily Blunt est très bien, elle joue sur une même tonalité et manque un peu de présence. Brolin est formidable en « barbouze » excentrique et madrée, souriant et planche-pourrie. Mais le film appartient à Del Toro, magnifique en assassin carbonisé de l’intérieur, au sadisme placide, inexplicable mélange de croque-mitaine et d’ange-gardien. Un beau personnage !

« SICARIO » est un film fort, maîtrisé, dont les thématiques se développent progressivement pour aboutir à un superbe face-à-face entre l’héroïne et le tueur à l’aube dans une chambre d’hôtel. De la belle ouvrage…

 

« AMERICAN GANGSTER » (2007)

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

Si « AMERICAN GANGSTER » avait été produit pendant les événements qu’il décrit – grosso-modo de 1968 à 1975 – il aurait probablement été réalisé par Sidney Lumet, celui de « SERPICO » et du « PRINCE DE NEW YORK ». On dirait d’ailleurs que Ridley Scott s’est inspiré du style sec et sans fioriture de celui-ci, à l’opposé du sien, pour s’approprier ce sujet.AMERICAN G3

Le scénario, tiré de faits réels, suit en parallèle l’ascension d’un malfrat noir de Brooklyn (Denzel Washington) qui profite de la guerre au Vietnam pour faire entrer des tonnes d’héroïne aux U.S.A. et d’un flic incorruptible (Russell Crowe) qui se rapproche lentement de lui au fil d’une longue enquête de terrain. Les deux hommes ne se rencontreront qu’à la fin du film, pour un face-à-face inattendu voire très surprenant.

La version longue de presque trois heures est copieuse, ultra-documentée, un peu handicapée par une photo délibérément réaliste à mille lieux des habituelles recherches esthétiques du réalisateur. Celui-ci décrit deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, mais également froids et impavides. Jouant sur une même tonalité, les deux vedettes s’annulent parfois et ne parviennent pas à réellement donner vie à leurs rôles. Rois de l’underplay, ils offrent un affrontement feutré, en demi-teintes, à l’image du film lui-même, à peu près dépourvu de morceaux de bravoure, mais suivant sa ligne avec un sérieux qui impose le respect. Mais à ce jeu-là, il est certain qu’on jubile beaucoup moins que devant « SCARFACE » ou « HEAT ».

Côté seconds rôles, c’est un véritable régal : Josh Brolin incroyable en ripou flamboyant, Ruby Dee géniale en mère effarée du caïd, Carla Gugino très bien en épouse déçue du flic et dans de toute petites apparitions Norman Reedus (« WALKING DEAD ») en flic et Idris Elba (« LUTHER ») en ‘pimp’ trop sûr de lui.

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

Il manque clairement un petit quelque chose à « AMERICAN GANGSTER » pour s’inscrire dans le panthéon des grands polars contemporains, voire dans les grandes réussites de Ridley Scott, mais il demeure un bon film solide et rigoureux, qu’on aurait peut-être aimé un brin plus ludique.