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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JOSH BROLIN

« LE VEILLEUR DE NUIT » (1997)

watch2En 1994, le danois Ole Bornedal tournait « NATTEVAGTEN » dans son pays natal avec le jeune Nikolaj Coster-Waldau en vedette. Trois ans après, le même Bornedal filmait « LE VEILLEUR DE NUIT », remake de son propre film pour le marché anglo-saxon.

Mais dès les premières séquences, on ne peut pas dire qu’il ait vraiment vendu son âme aux grands studios, car son film demeure extrêmement stylisé, aussi baroque dans la forme que dans le fond et n’a rien d’une série B de serial killer comme tant d’autres. Le scénario suit la descente aux enfers d’un étudiant (Ewan McGregor) travaillant de nuit à la morgue et piégé par un tueur de prostituées qui accumule les preuves contre lui.

La mise-en-scène est claustrophobique, tournant autour des trois ou quatre mêmes décors, dont un institut médico-légal presque kubrickien. Ce ne sont que gros-plans de visages en semi-pénombre, intérieurs en clair-obscur, angoisse diffuse mais constante. Peu à peu, on se laisse engluer dans cette atmosphère suffocante et paranoïaque, quasi-irréelle par moments, sensation accentuée par le jeu de Nick Nolte, extraordinaire en flic excessivement bizarre, qui semble se débattre dans les limbes d’une réalité parallèle. Certains « close-ups » de son visage raviné filent carrément le frisson ! McGregor n’a jamais crevé l’écran mais il est toujours naturel et sympathique. Josh Brolin est très bien en « mauvais génie » cynique et nocif, et on a également droit à Patricia Arquette, John C. Reilly et Brad Dourif (la « fausse piste » idéale !) dans des personnages moins développés.

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NICK NOLTE, PATRICIA ARQUETTE, JOHN C. REILLY ET JOSH BROLIN

Bonne surprise donc que ce « VEILLEUR DE NUIT » déconcertant et ne cédant jamais aux clichés du thriller U.S. Le réalisateur a su préserver un style et une spécificité dans un cadre extrêmement balisé. À redécouvrir donc, ne serait-ce que pour l’hallucinant numéro de Nolte qu’on a rarement vu aussi inquiétant.

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« AVE CÉSAR ! » (2016)

Malgré quelques années relativement décevantes, on attend toujours le prochain film des frères Coen avec l’espoir de retrouver la verve de « FARGO » ou « THE BARBER ». Autant le dire tout de suite, avec « AVE CÉSAR ! », ce ne sera pas pour cette fois.AVE

Ce n’est pas que le film soit raté, loin de là, c’est plutôt qu’il paraît manquer de centre de gravité, d’un scénario solide, même dans l’absurde comme le fut « THE BIG LEBOWSKI », par exemple. L’humour pince-sans-rire et passéiste des brothers est bien présent, le travail de reconstitution du Hollywood des années 5O est parfait, surtout dans la recréation de films bibliques, de westerns de série B ou de ‘musicals’ nautiques. Et comme souvent, la plupart des protagonistes sont des imbéciles heureux à la crétinerie hilarante. Mais c’est tellement « second degré », que lorsqu’arrive le mot « FIN » on a l’étrange sensation que le film n’a pas encore vraiment démarré. Reste heureusement un casting en béton-armé : Josh Brolin impeccable en ‘producer’ paternaliste à la main leste, George Clooney irrésistible en star à l’incommensurable bêtise, Tilda Swinton étonnante en sœurs jumelles chroniqueuses et rivales, Scarlett Johansson en avatar d’Esther Williams. À noter la fugitive présence des anciens rivaux de « HIGHLANDER » : Christophe(r) Lambert et Clancy Brown. Abonnée à l’univers des Coen, Frances McDormand apparaît brièvement en vieille monteuse racornie, qui s’étrangle avec sa moviola.

« AVE CÉSAR ! » est donc un plaisir pour l’œil, un amuse-gueule inconsistant mais goûteux, qui provoque des éclats de rire et offre un regard à la fois caustique et attendri sur l’Usine à Rêves et sur un cinéma disparu.

 

« EVEREST » (2015)

« EVEREST » est la reconstitution d’une expédition qui tourna à la catastrophe et coûta la vie à plusieurs alpinistes professionnels et amateurs en 1996.EVEREST

L’angle adopté est celui du « documentaire » le plus précis possible, mais un aspect quasi-religieux s’immisce progressivement : cette année-là, le Mont Everest était littéralement envahi de touristes, jusqu’à créer des embouteillages. Quand la tempête vient balayer ces « marchands du temple », difficile de ne pas faire un parallèle biblique !

Doté d’un casting assez impressionnant, le film se laisse voir sans aucun problème. Les « fonds verts » sont absolument indécelables, l’implication physique des comédiens sur les lieux de l’action est évidente et donne tout son intérêt à l’aventure. Et quand un des protagonistes demande : « Pourquoi s’inflige-t-on cela ? », on ne peut que compatir ! Le scénario très simple et linéaire n’est qu’un long et douloureux chemin de croix dans un froid glacial. Comme dans les westerns c’est souvent l’eau qui vient à manquer, ici c’est l’oxygène, denrée rare et source de survie. L’action est entrecoupée de séquences un peu maladroites et redondantes focalisées sur les épouses des aventuriers (Keira Knightley et Robin Wright) restées au pays.

Jason Clarke est parfait en guide (trop) humain et passionné, Josh Brolin excellent en Texan dépressif mais endurant, Jake Gylllenhaal sympathique en guide baba-cool. On a plaisir à retrouver le minois d’Emily Watson.

« EVEREST » est un bon film efficace et carré, qui prend aux tripes mais ne marquera probablement pas la mémoire. Techniquement parlant, un bel accomplissement en tout cas.

 

« SICARIO » (2015)

SICARIODes œuvres puissantes comme « INCENDIES » et « PRISONERS » ont donné envie de suivre le parcours du réalisateur canadien Denis Villeneuve. Aussi est-ce avec un bon a priori qu’on aborde « SICARIO ».

À raison. Ce scénario sec, efficace, parfois osé dans sa construction, détaille les manœuvres d’un agent de la CIA (Josh Brolin) chargé d’éliminer un caïd des cartels mexicains et qui enrôle une bleusaille du FBI (Emily Blunt) comme alibi légal aux côtés d’un tueur-à-gages (Benicio Del Toro) qui a un gros contentieux avec l’homme à abattre.

Comme jadis la série « 24 HEURES CHRONO », c’est un film sur la fin qui justifie les moyens, sur une guerre particulièrement atroce qu’il faut faire en utilisant les méthodes de l’adversaire, sur la perte de l’innocence et des idéaux. Et bien sûr, sur le dragon qu’on devient soi-même à trop combattre le dragon.

Le rythme est très singulier, lent et oppressant avec des fulgurances de violence, des ellipses brutales et même des changements brusques de point-de-vue extrêmement déstabilisants. Mais de fait, l’attention est toujours en éveil et le ronron ne s’installe jamais. La photo de Roger Deakins (qui fit des merveilles pour les frères Coen) est magnifique, naturelle et lyrique à la fois, la BO de Jóhann Jóhannsson discrète mais omniprésente apporte beaucoup à l’atmosphère stressante.

BENICIO DEL TORO ET EMILY BLUNT

BENICIO DEL TORO ET EMILY BLUNT

Si Emily Blunt est très bien, elle joue sur une même tonalité et manque un peu de présence. Brolin est formidable en « barbouze » excentrique et madrée, souriant et planche-pourrie. Mais le film appartient à Del Toro, magnifique en assassin carbonisé de l’intérieur, au sadisme placide, inexplicable mélange de croque-mitaine et d’ange-gardien. Un beau personnage !

« SICARIO » est un film fort, maîtrisé, dont les thématiques se développent progressivement pour aboutir à un superbe face-à-face entre l’héroïne et le tueur à l’aube dans une chambre d’hôtel. De la belle ouvrage…

 

« AMERICAN GANGSTER » (2007)

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE ET DENZEL WASHINGTON

Si « AMERICAN GANGSTER » avait été produit pendant les événements qu’il décrit – grosso-modo de 1968 à 1975 – il aurait probablement été réalisé par Sidney Lumet, celui de « SERPICO » et du « PRINCE DE NEW YORK ». On dirait d’ailleurs que Ridley Scott s’est inspiré du style sec et sans fioriture de celui-ci, à l’opposé du sien, pour s’approprier ce sujet.AMERICAN G3

Le scénario, tiré de faits réels, suit en parallèle l’ascension d’un malfrat noir de Brooklyn (Denzel Washington) qui profite de la guerre au Vietnam pour faire entrer des tonnes d’héroïne aux U.S.A. et d’un flic incorruptible (Russell Crowe) qui se rapproche lentement de lui au fil d’une longue enquête de terrain. Les deux hommes ne se rencontreront qu’à la fin du film, pour un face-à-face inattendu voire très surprenant.

La version longue de presque trois heures est copieuse, ultra-documentée, un peu handicapée par une photo délibérément réaliste à mille lieux des habituelles recherches esthétiques du réalisateur. Celui-ci décrit deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, mais également froids et impavides. Jouant sur une même tonalité, les deux vedettes s’annulent parfois et ne parviennent pas à réellement donner vie à leurs rôles. Rois de l’underplay, ils offrent un affrontement feutré, en demi-teintes, à l’image du film lui-même, à peu près dépourvu de morceaux de bravoure, mais suivant sa ligne avec un sérieux qui impose le respect. Mais à ce jeu-là, il est certain qu’on jubile beaucoup moins que devant « SCARFACE » ou « HEAT ».

Côté seconds rôles, c’est un véritable régal : Josh Brolin incroyable en ripou flamboyant, Ruby Dee géniale en mère effarée du caïd, Carla Gugino très bien en épouse déçue du flic et dans de toute petites apparitions Norman Reedus (« WALKING DEAD ») en flic et Idris Elba (« LUTHER ») en ‘pimp’ trop sûr de lui.

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

RUSSELL CROWE, IDRIS ELBA ET DENZEL WASHINGTON

Il manque clairement un petit quelque chose à « AMERICAN GANGSTER » pour s’inscrire dans le panthéon des grands polars contemporains, voire dans les grandes réussites de Ridley Scott, mais il demeure un bon film solide et rigoureux, qu’on aurait peut-être aimé un brin plus ludique.

 

« HOLLOW MAN » (2000)

HOLLOW2L’homme invisible n’en est pas à sa première incursion cinématographique ou télévisuelle, mais le générique de « HOLLOW MAN » laissait espérer le film « définitif » sur le thème, capable de supplanter le classique de 1933 dans la mémoire collective. Hélas, et c’est le moins qu’on puisse dire, tout le monde n’était pas au top de sa forme au moment de la fabrication de la chose !

Si les F/X numériques sont absolument sidérants, et ce malgré leur grand âge (quinze ans, c’est très long dans ce domaine !), si les scènes de transformation demeurent un modèle d’inventivité et de perfection technique, tout le reste tient de la Bérézina. Le scénario d’abord, à peine digne d’un DTV confine l’action dans un labo qui devient vite suffocant et impose un dialogue d’une platitude extrême, à la limite du ridicule-qui-tue. Une fois devenu invisible, Kevin Bacon le savant mégalo, se transforme en… ado obsédé sexuel et voyeur, qui ne pense qu’à tripoter les seins de toutes les comédiennes du film passant à sa portée ! La dernière partie se réduit à une série B de croque-mitaine plus ou moins ‘gore’, en totale contradiction avec le reste du film. C’est assez consternant…

Paul Verhoeven, qu’on a connu plus inspiré, se contente de faire du sous-Cronenberg, dans des décors trop éclairés et dirige à peine ses acteurs. Ainsi l’habituellement fiable Bacon et Elizabeth Shue (atrocement mal coiffée !) n’ont jamais été aussi mauvais et de bons comédiens comme Josh Brolin, Kim Dickens ou ce vieux William Devane se contentent de rôles sous-écrits, à peine silhouettés.

KEVIN BACON, JOSH BROLIN ET ELIZABETH SHUE

KEVIN BACON, JOSH BROLIN ET ELIZABETH SHUE

Il n’y aurait pas grand-chose à recommander dans cet « HOLLOW MAN », sans ses quelques scènes magnifiques : le gorille invisible reprenant forme progressivement, couche par couche, du squelette à l’écorché jusqu’à son apparence finale ou l’image saisissante de Bacon aspergé de sang qui matérialise le haut de son corps transparent. De belles prouesses techniques vraiment, bien au-dessus d’un film qui ne les mérite pas.

 

« LAST DAYS OF SUMMER » (2013)

Par un de ces grands mystères de l’exploitation cinématographique, « LAST DAYS OF SUMMER » est le titre… français de « LABOR DAY ». Aucun des deux titres n’est d’ailleurs tout à fait à la hauteur du film, mais l’important n’est pas là.

LABOR DAYL’important, c’est que Jason Reitman a signé un très beau film d’amour et d’espoir, un récit initiatique subtil esquivant soigneusement tous les clichés inhérents à ce genre d’histoire. Il y a quelque chose d’eastwoodien dans « LABOR DAY ». Pas l’Eastwood westernien ou l’archi-noir des dernières années. Celui de « UN MONDE PARFAIT » et surtout de « SUR LA ROUTE DE MADISON » dont on perçoit fréquemment les échos plus ou moins lointains.

Taulard évadé, Josh Brolin s’introduit chez Kate Winslet une femme dépressive vivant seule avec son fils adolescent. Sans réelle menace, l’homme va le temps d’un long week-end se rendre indispensable, devenir une figure paternelle pour le gamin et l’amour de sa vie pour sa mère. Le sujet est ténu, l’équilibre fragile, mais tout fonctionne à merveille. Il faut dire que les deux acteurs sont devenus de véritables « pointures » : Winslet, de plus en plus intériorisée, l’émotion à fleur de peau, Brolin qui s’affirme de film en film comme un des grands de sa génération, avec en prime une présence physique digne des « gueules » des années 60 ou 70. Un magnifique duo donc, parfaitement assorti. Le jeune Gattlin Griffith est à la hauteur et on aperçoit quelques seconds rôles de beau calibre comme Brooke Smith, J.K. Simmons, James Van Der Beek (excellent en flic perspicace) ou Tobey Maguire dans un bref caméo.

On peut donc se laisser happer par « LABOR DAY », s’attacher à ses personnages, admirer l’intelligence avec laquelle a été traité ce sujet tout de même très banal, et se dire qu’après les passionnants « IN THE AIR » et « YOUNG ADULT », Jason Reitman est définitivement un réalisateur à suivre de près.

JOSH BROLIN ET KATE WINSLET

JOSH BROLIN ET KATE WINSLET