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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JUDI DENCH

« GOLDENEYE » (1995)

goldeneye« GOLDENEYE » marque les débuts de Pierce Brosnan, 42 ans, dans le rôle de James Bond 007. À première vue, il semble représenter le compromis idéal entre la virilité agressive de Sean Connery, la suavité de Roger Moore et le côté terre-à-terre d’un Timothy Dalton. De bons augures, donc.

Et d’ailleurs, il ne déçoit nullement. C’est plutôt le film lui-même qui peine à trouver son rythme de croisière : les enjeux dramatiques sont quasi-inexistants, les coups de théâtre prévisibles dès les premières séquences (Sean Bean serait-il en seconde position au générique s’il mourait réellement au bout de dix minutes ?), les seconds rôles caricaturaux à l’excès et les incursions à Moscou, Cuba ou Monaco uniquement justifiées par le besoin d’en mettre plein la vue.

C’est l’opulence des moyens mis en œuvre, le soin apporté aux scènes d’action et, il faut bien le dire, la beauté des ‘Bond girls’ Izabella Scorupco et Famke Janssen (drôle en tueuse qui fait un orgasme à chaque fois qu’elle tue quelqu’un), qui empêchent de s’ennuyer à mourir. Car franchement, savoir si les missiles atteindront leur but et si l’Angleterre « retournera à l’âge de pierre » (sic), on s’en fiche comme de notre premier Walther PPK.

Brosnan donc, est la bonne surprise du film. Il entre dans les smoking de 007 avec décontraction et détachement. Son face-à-face avec le nouveau « M » campé par une femme pour la première fois, et pas n’importe laquelle, Judi Dench, donne lieu à de savoureux échanges de vacheries. Parmi les comparses, on retrouve avec bonheur Joe Don Baker en agent de la CIA « ricain » jusqu’au bout des ongles, Alan Cumming qui en fait des tonnes en geek moscovite et dans une rapide apparition, Minnie Driver hilarante en chanteuse russe braillant « Stand by your man » comme une casserole.

« GOLDENEYE » se situe donc dans une honnête moyenne de la franchise des 007 et propose un Bond séduisant et encore jeune.

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PIERCE BROSNAN, JUDI DENCH, IZABELLA SCORUPCO ET JOE DON BAKER

 

« MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » (2016)

Inspiré d’un roman de Ransom Riggs, « MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » semble avoir été écrit pour Tim Burton. On y retrouve ses obsessions récurrentes sur les monstres, les exclus, la puissance des rêves. Malgré l’absence presque déroutante d’une BO de Danny Elfman, le film laisse la sensation d’un « ALICE AU PAYS DES MERVEILLES » revisité.miss

L’univers recréé de ces ‘freaks’ regroupés dans une école et protégés du monde extérieur par une boucle temporelle fait parfois penser à « X-MEN », mais en infiniment plus délicat et inventif. Burton manie en maître les fables enfantines, les mythes de l’horreur (joli hommage à Ray Harryhausen avec l’armée de squelettes à la fête foraine) et compose de magnifiques tableaux, comme la remise à flot de cette épave échouée au fond des mers.

Deux heures, cela paraît un peu long, mais l’univers dépeint dans le film possède sa propre logique et ne cède jamais à la surenchère ou au n’importe quoi. À part peut-être lors des apparitions de Samuel L. Jackson dans son maintenant habituel numéro de cabotinage qui devient de plus en plus exaspérant et systématique.

Heureusement, le casting est d’une belle homogénéité : le jeune Asa Butterfield dégage une naïveté attachante dans le rôle principal du voyageur temporel, Terence Stamp est excellent en grand-père « passeur », Judi Dench apparaît trop brièvement et Rupert Everett est méconnaissable. Mais le clou du film, c’est bien sûr Eva Green, qu’on est heureux de voir dans un rôle sympathique. Celui de ‘Miss Peregrine’ femme-oiseau toute de noir vêtue, fumant la pipe et protectrice des enfants « singuliers » dont elle a la charge. Elle prend toujours le même plaisir à camper des personnages excentriques et improbables et dégage cette folie douce, cet humour pince-sans-rire qui en ont fait une icône du cinéma fantastique de ces dernières années.

Peut-être pas un grand Tim Burton, car paradoxalement, il ressemble trop à… du Tim Burton, mais une œuvre bien pensée, extraordinairement bien faite et d’une poésie des plus séduisantes.

 

« SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’ÉVENTREUR » (1965)

ANTHONY QUAYLE, JUDI DENCH ET DONALD HOUSTON

ANTHONY QUAYLE, JUDI DENCH ET DONALD HOUSTON

« SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’ÉVENTREUR » (titre français moins joli mais beaucoup plus explicite que l’original) apparaît aujourd’hui comme l’aïeul de films comme « MEURTRE PAR DÉCRET » ou « FROM HELL ».STUDY

N’importe qui connaît par cœur ces plans de Whitechapel embrumé, ces prostituées à l’accent cockney qui hurlent quand la lame scintille dans la nuit, ces sifflets de ‘bobbies’ crevant le silence, etc. La seule nouveauté ici est que le « ripper » est confronté à un personnage de fiction, Sherlock Holmes himself qui non seulement découvrira son identité, mais préfèrera la garder pour lui.

Si on est séduit par l’image soignée, un brin désuète et par un scénario linéaire truffé de fausses-pistes, on peine à se passionner vraiment, tant on a vu et revu cette histoire sous tous les angles possibles et imaginables au cours des décennies. L’enquête est bien menée, le tandem John Neville/Donald Houston tout à fait conforme en Holmes et Watson de répertoire et les seconds rôles sont bien croqués, mais on n’arrive pas à se défaire de la sensation qu’on a déjà vu le film, même si ce n’est pas le cas.

Le vrai plaisir vient donc d’un excellent casting d’arrière-plan : Frank Finlay est un excellent Lestrade particulièrement obtus, un rôle qu’il reprendra d’ailleurs tel quel dans le quasi-remake « MEURTRE PAR DÉCRET » cité plus haut. On reconnaît une Judi Dench à peine trentenaire en fille du sévère légiste Anthony Quayle, Adrienne Corri formidable en ex-prostituée défigurée, Robert Morley très drôle en frère constamment indigné de Holmes et Barbara Windsor en pétulante péripatéticienne. Que du beau monde donc, qui évolue dans une mise-en-scène fluide et élégante et fait de ce film un plaisir réel sinon très novateur.

JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, ADRIENNE CORRI ET PETER CARSTEN

JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, ADRIENNE CORRI ET PETER CARSTEN

 

« INDIAN PALACE : SUITE ROYALE » (2015)

en 2011, « INDIAN PALACE » avait été une plaisante surprise dans la catégorie des comédies sur (et pour) le 3ème âge. Son succès – essentiellement dû à l’excellence de ses comédiens – a généré une sequel quatre ans plus tard : « INDIAN PALACE : SUITE ROYALE », concocté par la même équipe et… pour un résultat bien différent.INDIAN

C’est vraiment la « resucée » dans toute sa splendeur : scénario poussif, recyclant les éléments du premier film, acteurs visiblement en vacances, imagerie de carte postale et humour pachydermique. Tout ce qui fonctionnait est bêtement revisité dans une auto-caricature exaspérante. Et surtout, il faut encaisser l’insoutenable numéro de cabotinage de Dev Patel, sorte de Jerry Lewis indien, qui vampirise le film et rend les quiproquos du script encore plus lourds et infantiles qu’ils ne sont déjà.

Malgré les efforts d’une Maggie Smith délectable comme toujours, l’émotion dégagée par Judi Dench quoi qu’elle fasse, on se dit qu’elles auraient sans doute mieux à faire de leur temps. Le reste de la distribution cabotine aimablement. Nouveau venu, Richard Gere joue les sex-symbols sexagénaires en retrait, comme un touriste en visite sur le tournage.

Si on veut absolument rester positif, on reconnaîtra la beauté des extérieurs, une photo souvent magnifique et une certaine joie de vivre dans les séquences chorégraphiées. Mais c’est vraiment chercher la petite bête. Cette « SUITE ROYALE » laisse exactement la même sensation de désolation et de consternation hébétée que les deux longs-métrages tirés de la série « SEX & THE CITY » il y a quelques années : le fond du panier.

 

FROM THE UNITED KINGDOM…

À LA RENTRÉE EN ANGLETERRE, DEUX NOUVEAUXFILMS AVEC JUDI DENCH ET DES CLASSIQUES DU FILLM NOIR...

À LA RENTRÉE EN ANGLETERRE, DEUX NOUVEAUX FILMS AVEC JUDI DENCH ET DES CLASSIQUES DU FILLM NOIR…

 

« CHAMBRE AVEC VUE » (1985)

ROOM2Inspiré d’un roman d’E.M. Forster, « CHAMBRE AVEC VUE » est une de ces « miniatures » anglaises dont James Ivory fut le maître incontesté. D’une précision inouïe dans la reconstitution d’époque, jusqu’au moindre détail, enveloppé dans une photo sublime, il brosse un portrait caustique de son époque au travers d’une histoire d’amour contrariée.

Le fil rouge est la rencontre à Florence d’une jeune fille engoncée dans son milieu (Helena Bonham Carter) et d’un libre-penseur dépressif (Julian Sands), puis leurs retrouvailles inopinées dans la campagne anglaise alors qu’elle s’est fiancée à un riche oisif prétentieux (Daniel Day-Lewis).

On peut s’ennuyer poliment, comme entrer complètement dans cette histoire en demi-teintes non dépourvue d’humour et de sensualité. Outre son esthétique fascinante et délicate, le film repose sur les épaules d’un cast formidable au sommet de son art : Maggie Smith en vieille fille passive-agressive, aussi pénible qu’émouvante, Judi Dench – qui n’apparaît que dans la partie italienne – en romancière égocentrique mais peu douée, Denholm Elliott excellent en vieux monsieur généreux mais encombrant, Simon Callow en curé primesautier. La surprise vient essentiellement de Day-Lewis quasi-méconnaissable dans un personnage assez caricatural et grotesque, qu’il parvient à humaniser par quelques touches infinitésimales.

MAGGIE SMITH, HELENA BONHAM CARTER, DANIEL DAY-LEWIS ET JUDI DENCH

MAGGIE SMITH, HELENA BONHAM CARTER, DANIEL DAY-LEWIS ET JUDI DENCH

« CHAMBRE AVEC VUE » se laisse regarder avec un plaisir infini, à condition de se laisser porter par son rythme languide, rompu de temps en temps par des scènes à contrepied comme ce combat sanglant au couteau sur une place de Florence ou cette baignade où s’ébattent trois hommes dans le plus simple appareil dans un étang.

Mais répétons-le, la vraie vedette du film est son directeur de la photo, Tony Pierce-Roberts, dont chaque plan, chaque contrejour est une fête pour l’œil.

 

« CRANFORD » (2007-2009)

CRANFORDAuthentique chef-d’œuvre de la télévision britannique, « CRANFORD » se présente en 5 épisodes d’une heure tournés en 2007 d’après les romans d’Elizabeth Gaskell, suivis de deux téléfilms de 90 minutes produits deux ans plus tard et bouclant la destinée des personnages.CRANFORD2

Relatant la vie quotidienne des habitants d’une petite ville anglaise en 1840 et tout particulièrement d’un quatuor de dames d’un certain âge, veuves ou célibataires, « CRANFORD » est un travail de miniaturiste, dont le scénario admirablement tricoté est aussi précis et minutieux que les décors et costumes, d’une perfection rarement atteinte. À première vue, il ne se passe pas grand-chose à Cranford. Des petits drames anodins, des cancans, des fâcheries. Mais parfois, la mort rôde et fauche des personnages centraux. Le thème général est celui du progrès (symbolisé par le train) qui menace la douce quiétude de la région, mais aussi celui d’existences gâchées par les conventions et les préjugés.

Ce qui cimente cette magnifique minisérie aussi drôle qu’attendrissante, au message étonnamment universel, c’est la qualité de sa distribution qui réunit la « crème de la crème » des comédiens anglais, jusqu’au plus modeste rôle. L’ensemble est dominé par Judi Dench, qu’on voit passer de faire-valoir effacé et infantilisé par sa sœur, à grande dame progressiste hantée par la tragédie. Quelle actrice ! À ses côtés, on retiendra Julia McKenzie, merveilleuse vieille dame entichée de sa vache, Imelda Staunton hilarante en commère susceptible, Francesca Annis en riche châtelaine sur le déclin. On reconnaît avec bonheur de futurs piliers de « DOWNTON ABBEY » comme Jim Carter et Michelle Dockery, le superbe Philip Glenister en intendant rugueux au cœur d’or et des ‘guests’ tels que Michael Gambon, Jonathan Pryce, Tim Curry (formidable en magicien cabotin) ou Lesley Sharp hélas, sous-employée. Ils faudrait tous les citer.

« CRANFORD » est donc un accomplissement exceptionnel, à voir quand on aime les acteurs anglais, l’ambiance particulière des romans du 19ème et la finesse d’une écriture qui refuse le mélodrame facile et l’émotion frelatée. Ce qu’on appelle de la belle ouvrage.

JUDI DENCH ET IMELDA STAUNTON

JUDI DENCH ET IMELDA STAUNTON

 

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