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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JUDI DENCH

« LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » (2017)

Tout le monde a gardé en mémoire le classique de Sidney Lumet sorti en 1974, aussi une nouvelle version de « LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS » ne s’imposait-elle pas urgemment. En se souvenant de la discutable composition d’Albert Finney en Hercule Poirot, on peut toutefois se dire que Kenneth Branagh – également réalisateur – pouvait améliorer le score.ORIENT.jpg

Son Poirot est plus jeune, moins empâté, moins clownesque, on le voit même se battre et manier le revolver ! Pas très convaincant, à vrai dire. Si cette nouvelle adaptation d’Agatha Christie vaut le coup d’œil, ce sera pour l’effort accompli d’insuffler du spectacle dans ce qui n’est fondamentalement qu’un huis clos ludique mais immobile. Branagh utilise intelligemment les CGI pour les décors et les paysages, ne recule devant aucun mouvement de caméra audacieux et parvient à glisser dans le scénario une avalanche, un déraillement et même un prologue autour du mur des lamentations dans le seul but de définir le nouveau Poirot. Celui-ci, plus humain, moins asexué (il a eu jadis, un grand amour dont il garde la photo) et légèrement dépressif, est plus intéressant que ce qu’avaient fait Finney, le cabotin Peter Ustinov ou David Suchet du même personnage. Mais il perd en pittoresque ce qu’il gagne en profondeur. Autour de lui, un cast de jeunes comédiens sans aucun intérêt (Tom Bateman, Josh Gad) et heureusement, des vétérans en bonne forme comme Michelle Pfeiffer excellente et jouant enfin son âge, Johnny Depp en infâme crapule, Penélope Cruz en bigote au physique ingrat (sic !), Judi Dench au regard toujours aussi perçant, Willem Dafoe en faux fasciste allemand ou l’inoxydable Derek Jacobi en majordome.

Point déplaisant donc, ce whodunit éventé donc chacun connaît le fin-mot, ce qui annihile tout espoir de surprise ou de coup de théâtre. C’est une variation virtuose autour d’un sujet archi-connu et surtout, une remise au goût du jour d’un personnage emblématique qui n’a malgré tout, jamais vraiment trouvé son interprète idéal. Quelqu’un devrait essayer Toby Jones, un de ces jours…

 

« CONFIDENT ROYAL » (2017)

Inspiré de faits réels découverts en… 2010, « CONFIDENT ROYAL » détaille l’amitié entre l’octogénaire reine Victoria et un serviteur hindou – et musulman – qu’elle engage comme professeur de langues. Comment ne pas penser à « LA DAME DE WINDSOR » de John Madden (1997) où Judi Dench incarnait déjà cette même reine et créait également le scandale en s’amourachant d’un Écossais à son service ?ABDUL.jpg

Stephen Frears a du métier, il dirige parfaitement une belle distribution de grands comédiens anglais comme Olivia Williams, Michael Gambon ou Eddie Izzard excellent en héritier de la couronne odieux. Mais c’est le face-à-face entre Dench, encore « vieillie » artificiellement malgré ses 83 ans et le jeune Ali Fazal, qui constitue le cœur et la raison d’être de ce film plaisant mais un peu languissant. Elle se confirme définitivement comme un des monstres sacrés de sa génération. Il faut voir avec quelle économie de moyens elle passe de la vieillarde moribonde du début à la grande souveraine ressuscitée de la seconde partie. Lui est amusant, un brin uniforme, mais s’accorde parfaitement à sa brillante partenaire. Le scénario introduit la problématique du clash de religions, du racisme, des castes, plus que jamais d’actualité, qui évite au film de n’être qu’une énième reconstitution d’époque sans âme ni résonnance. « CONFIDENT ROYAL » est agréable le temps qu’il dure, arrache quelques sourires, voire des larmes pour les plus sensibles, mais il demeure en surface quand il s’agit d’expliciter l’extraordinaire relation d’amour – car c’est bien de cela qu’il s’agit – entre cette vieille femme au bout du rouleau et ce jeune homme ambitieux et rusé. À voir toutefois, pour ne pas rater Judi Dench dans ses œuvres.

 

« DEMAIN NE MEURT JAMAIS » (1997)

demainSecond 007 avec Pierce Brosnan, « DEMAIN NE MEURT JAMAIS » est signé par l’ex-monteur canadien Roger Spottiswoode, devenu – après son excellent « UNDER FIRE » – un bien inégal réalisateur. Passé la surprise du précédent, de découvrir un nouveau et plutôt convaincant James Bond, on retombe directement dans la routine des films avec Roger Moore et c’est bien regrettable.

Jonathan Pryce, un magnat des médias, sorte de Trump à l’accent british, tient absolument à déclencher la 3ème guerre mondiale en dressant la Chine et le Royaume-Uni l’un contre l’autre. Envoyé à la rescousse, 007 va croiser une ex (Teri Hatcher) mariée à l’infâme, une homologue chinoise (Michelle Yeoh) qui envoie des coups de tatane, un tortionnaire à l’accent teuton (Vincent Schiavelli), un vague sosie peroxydé de Dolph Lundgren et même son vieux pote de la CIA (Joe Don Baker, qui a gardé sa chemise hawaïenne de « GOLDENEYE » et persiste à l’appeler « Jimbo ! »).

Tourné à l’ancienne, sur un rythme bien planplan, le film connaît de grosses chutes de tension dans sa seconde partie, paradoxalement lors des séquences d’action. Car au lieu de pimenter le scénario, elles le supplantent. Et se voir infliger une poursuite à moto aussi interminable, suivie de combats de kung-fu aussi inutiles, devient vite une épreuve des plus pénibles. Brosnan, étonnamment ectoplasmique, ne tient pas vraiment les promesses du précédent film. Il se balade, l’œil qui frise de rigueur, sans impressionner la pellicule. Déjà fatigué du rôle ? Ses partenaires étant aussi mollement dirigés que lui, on ne peut pas dire qu’il se fasse voler la vedette par quiconque : tout le monde est logé à la même enseigne, même Judi Dench pendant ses brèves interventions.

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MICHELLE YEOH, PIERCE BROSNAN, JOE DON BAKER ET TERI HATCHER

« DEMAIN NE MEURT JAMAIS » regorge de gadgets, de cascades, d’explosions dantesques et de repaires secrets aussi crédibles que la Bat-cave. Et il ne possède même pas la patine des premiers Connery. Est-ce ce film-là qui a particulièrement vieilli ou toute la franchise ? À suivre…

 

« GOLDENEYE » (1995)

goldeneye« GOLDENEYE » marque les débuts de Pierce Brosnan, 42 ans, dans le rôle de James Bond 007. À première vue, il semble représenter le compromis idéal entre la virilité agressive de Sean Connery, la suavité de Roger Moore et le côté terre-à-terre d’un Timothy Dalton. De bons augures, donc.

Et d’ailleurs, il ne déçoit nullement. C’est plutôt le film lui-même qui peine à trouver son rythme de croisière : les enjeux dramatiques sont quasi-inexistants, les coups de théâtre prévisibles dès les premières séquences (Sean Bean serait-il en seconde position au générique s’il mourait réellement au bout de dix minutes ?), les seconds rôles caricaturaux à l’excès et les incursions à Moscou, Cuba ou Monaco uniquement justifiées par le besoin d’en mettre plein la vue.

C’est l’opulence des moyens mis en œuvre, le soin apporté aux scènes d’action et, il faut bien le dire, la beauté des ‘Bond girls’ Izabella Scorupco et Famke Janssen (drôle en tueuse qui fait un orgasme à chaque fois qu’elle tue quelqu’un), qui empêchent de s’ennuyer à mourir. Car franchement, savoir si les missiles atteindront leur but et si l’Angleterre « retournera à l’âge de pierre » (sic), on s’en fiche comme de notre premier Walther PPK.

Brosnan donc, est la bonne surprise du film. Il entre dans les smoking de 007 avec décontraction et détachement. Son face-à-face avec le nouveau « M » campé par une femme pour la première fois, et pas n’importe laquelle, Judi Dench, donne lieu à de savoureux échanges de vacheries. Parmi les comparses, on retrouve avec bonheur Joe Don Baker en agent de la CIA « ricain » jusqu’au bout des ongles, Alan Cumming qui en fait des tonnes en geek moscovite et dans une rapide apparition, Minnie Driver hilarante en chanteuse russe braillant « Stand by your man » comme une casserole.

« GOLDENEYE » se situe donc dans une honnête moyenne de la franchise des 007 et propose un Bond séduisant et encore jeune.

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PIERCE BROSNAN, JUDI DENCH, IZABELLA SCORUPCO ET JOE DON BAKER

 

« MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » (2016)

Inspiré d’un roman de Ransom Riggs, « MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS » semble avoir été écrit pour Tim Burton. On y retrouve ses obsessions récurrentes sur les monstres, les exclus, la puissance des rêves. Malgré l’absence presque déroutante d’une BO de Danny Elfman, le film laisse la sensation d’un « ALICE AU PAYS DES MERVEILLES » revisité.miss

L’univers recréé de ces ‘freaks’ regroupés dans une école et protégés du monde extérieur par une boucle temporelle fait parfois penser à « X-MEN », mais en infiniment plus délicat et inventif. Burton manie en maître les fables enfantines, les mythes de l’horreur (joli hommage à Ray Harryhausen avec l’armée de squelettes à la fête foraine) et compose de magnifiques tableaux, comme la remise à flot de cette épave échouée au fond des mers.

Deux heures, cela paraît un peu long, mais l’univers dépeint dans le film possède sa propre logique et ne cède jamais à la surenchère ou au n’importe quoi. À part peut-être lors des apparitions de Samuel L. Jackson dans son maintenant habituel numéro de cabotinage qui devient de plus en plus exaspérant et systématique.

Heureusement, le casting est d’une belle homogénéité : le jeune Asa Butterfield dégage une naïveté attachante dans le rôle principal du voyageur temporel, Terence Stamp est excellent en grand-père « passeur », Judi Dench apparaît trop brièvement et Rupert Everett est méconnaissable. Mais le clou du film, c’est bien sûr Eva Green, qu’on est heureux de voir dans un rôle sympathique. Celui de ‘Miss Peregrine’ femme-oiseau toute de noir vêtue, fumant la pipe et protectrice des enfants « singuliers » dont elle a la charge. Elle prend toujours le même plaisir à camper des personnages excentriques et improbables et dégage cette folie douce, cet humour pince-sans-rire qui en ont fait une icône du cinéma fantastique de ces dernières années.

Peut-être pas un grand Tim Burton, car paradoxalement, il ressemble trop à… du Tim Burton, mais une œuvre bien pensée, extraordinairement bien faite et d’une poésie des plus séduisantes.

 

HAPPY BIRTHDAY, JUDI !

DENCH

JUDI DENCH, UNE DES PLUS GRANDES ACTRICES DU CINÉMA ANGLAIS, QUI CONNUT LE SUCCÈS SUR LE TARD ET ENCHAÎNE LES TOURNAGES.

 

« SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’ÉVENTREUR » (1965)

ANTHONY QUAYLE, JUDI DENCH ET DONALD HOUSTON

ANTHONY QUAYLE, JUDI DENCH ET DONALD HOUSTON

« SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’ÉVENTREUR » (titre français moins joli mais beaucoup plus explicite que l’original) apparaît aujourd’hui comme l’aïeul de films comme « MEURTRE PAR DÉCRET » ou « FROM HELL ».STUDY

N’importe qui connaît par cœur ces plans de Whitechapel embrumé, ces prostituées à l’accent cockney qui hurlent quand la lame scintille dans la nuit, ces sifflets de ‘bobbies’ crevant le silence, etc. La seule nouveauté ici est que le « ripper » est confronté à un personnage de fiction, Sherlock Holmes himself qui non seulement découvrira son identité, mais préfèrera la garder pour lui.

Si on est séduit par l’image soignée, un brin désuète et par un scénario linéaire truffé de fausses-pistes, on peine à se passionner vraiment, tant on a vu et revu cette histoire sous tous les angles possibles et imaginables au cours des décennies. L’enquête est bien menée, le tandem John Neville/Donald Houston tout à fait conforme en Holmes et Watson de répertoire et les seconds rôles sont bien croqués, mais on n’arrive pas à se défaire de la sensation qu’on a déjà vu le film, même si ce n’est pas le cas.

Le vrai plaisir vient donc d’un excellent casting d’arrière-plan : Frank Finlay est un excellent Lestrade particulièrement obtus, un rôle qu’il reprendra d’ailleurs tel quel dans le quasi-remake « MEURTRE PAR DÉCRET » cité plus haut. On reconnaît une Judi Dench à peine trentenaire en fille du sévère légiste Anthony Quayle, Adrienne Corri formidable en ex-prostituée défigurée, Robert Morley très drôle en frère constamment indigné de Holmes et Barbara Windsor en pétulante péripatéticienne. Que du beau monde donc, qui évolue dans une mise-en-scène fluide et élégante et fait de ce film un plaisir réel sinon très novateur.

JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, ADRIENNE CORRI ET PETER CARSTEN

JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, ADRIENNE CORRI ET PETER CARSTEN