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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JULIANNE MOORE

« CAST A DEADLY SPELL » (1991)

CAST« CAST A DEADLY SPELL », téléfilm HBO de Martin Campbell, tire clairement son concept de « QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? » sorti trois ans plus tôt. Et quel est-il ce concept ? Un « privé » à la Bogart vit dans une Amérique figée dans les années 40, mais où évoluent des sorciers, des licornes et des gremlins ricanants. Pourquoi pas…

Pour le reste, c’est une banale enquête à la recherche d’un livre démoniaque, le Nécronomicon, où interfèrent de temps en temps des jeteurs de sorts et divers zombies ou magiciens fous. Autant le dire tout de suite, et malgré un très alléchant casting, c’est très difficile à suivre jusqu’au bout. Le scénario est languissant, le pastiche des vieux clichés du film noir ne passe pas toujours et les péripéties vues et revues mille fois endorment rapidement. Fred Ward joue un avatar de Philip Marlowe nommé Philip… Lovecraft (oui le clin d’œil est très subtil), il singe la manière de fumer de Bogart, son sourire impertinent, mais n’en possède nullement le charisme désabusé. Autour de lui, de bons acteurs comme David Warner ou Clancy Brown semblent s’ennuyer ferme, Lee Tergesen joue un travesti. La seule véritable raison de jeter un coup d’œil à cette bouillie, serait encore de découvrir une Julianne Moore de 31 ans, à la photogénie fulgurante, qui chante sensuellement sur une scène de cabaret en imitant Rita Hayworth dans « GILDA ». Mais, même si elle est plus qu’agréable à contempler, son jeu est un peu gauche et tendu et elle n’apparaît que trop rarement pour sauver le film. L’idée en valait bien une autre, mais l’écriture est tellement paresseuse, l’humour si lourdingue et la direction d’acteurs si démissionnaire, que « CAST A DEADLY SPELL » s’oublie à mesure qu’il se regarde.

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JULIANNE MOORE

À noter que le téléfilm fut exploité en France sous le titre de « DÉTECTIVE PHILIP LOVECRAFT ».

 

« AFTER THE WEDDING » (2019)

« AFTER THE WEDDING » est le 5ème film que Julianne Moore tourne avec son mari Bart Freundlich, et probablement le plus décourageant. C’est le remake d’un film danois de 2006 signé Susanne Bier, paraît-il excellent, ce que cette nouvelle version n’est certainement pas.AFTER.jpg

L’adaptation a féminisé les deux rôles principaux, rendant l’histoire bizarre, tirée par les cheveux. Les personnages font penser à ceux dont se moque Woody Allen dans certains de ses films : des bobos new-yorkais snobs férus d’art moderne et de nouvelle cuisine. Ce pourrait être drôle, mais c’est un mélodrame d’une invraisemblable lourdeur, prévisible du début à la fin, confit de clichés et aux enjeux pas très lisibles. On comprend mal, par exemple, pourquoi tout le monde semble en vouloir à Billy Crudup, le seul personnage sympathique du film, d’un mensonge fait il y a vingt ans ! Généralement bonne comédienne, Michelle Williams est très irritante en émule de Mère Teresa s’occupant d’un orphelinat en Inde, portant des châles et marchant pieds nus à Manhattan (sic !). Julianne Moore retrouve un emploi de femme dure et cassante qu’elle connaît par cœur, maladie incurable incluse. La jeune Abby Quinn est, pour rester galant, aussi mal dirigée que peu flattée par la photographie : un vrai massacre ! On ne sait trop que dire d’autre sur ce « AFTER THE WEDDING » désarmant d’élitisme bébête, plombé par son total manque d’humour. Miss Moore a tourné presque 100 films à l’heure où sont écrites ces lignes. C’est clairement trop, et pour une « GLORIA BELL » ou un « STILL ALICE » réussis, combien de films approximatifs comme celui-ci devra-t-on, fans de la première heure, subir encore ?

 

« SHORT CUTS – LES AMÉRICAINS » (1993)

SHORT.jpgInspiré des écrits de Raymond Carver, « SHORT CUTS » (oublions le stupide sous-titre français) est en quelque sorte l’œuvre-somme de Robert Altman qui, sur trois heures, signe son meilleur film « choral » et fait preuve d’une maestria narrative inouïe.

Impossible de résumer « SHORT CUTS », difficile de le classifier. C’est une mosaïque imposante sur le quotidien de quelques habitants disparates de L.A., des individus d’apparence « normale », voire banale, qui au fur et à mesure qu’on apprend à mieux les connaître, apparaissent pour ce qu’ils sont : des monstres d’égoïsme, d’égocentrisme, de veulerie, des obsédés sexuels, des frustrés, des parents incapables d’amour, des losers effrayés par la solitude, des jaloux obsessionnels, des harceleurs, etc. Non, l’Humanité dépeinte par Altman n’a pas grand-chose d’humain et le film aurait tout aussi bien s’intituler « Les nouveaux monstres ». Mais c’était déjà pris ! Les gens se croisent, se retrouvent, tout le monde est relié d’une manière directe ou indirecte et la vie va, avec ses mesquineries, ses trahisons, jusqu’à la tragédie. Car on ne sort par indemne de ces quelques jours à L.A. : un enfant meurt, deux jeunes femmes perdent également la vie, dans l’indifférence presque générale. C’est à la fois brillant et totalement déprimant et on en ressort vraiment lessivé. Dans une distribution de rêve, on retiendra surtout Jack Lemmon, d’une souriante abjection, Julianne Moore, Madeleine Stowe et Frances McDormand dont la nudité fréquemment exposée n’a pourtant rien d’affriolant (c’est dire si le film atteint sa cible !), et puis Fred Ward en mâle « all american » insupportable, Annie Ross extraordinaire en vieille chanteuse de jazz sans cœur, Tim Robbins en flic chaud-lapin, Lily Tomlin et Tom Waits en vieux couple de pochtrons, et aussi Andie McDowell… Il faudrait tous les citer et ils sont très nombreux !

Un beau morceau de cinéma donc que « SHORT CUTS », un des chefs-d’œuvre de son réalisateur dont le style singulier est arrivé à maturité. Mais il faut s’attendre à un arrière-goût amer. TRÈS amer !

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JULIANNE MOORE, JACK LEMMON ET FRANCES McDORMAND

 

« GLORIA BELL » (2018)

« GLORIA BELL » est le remake de « GLORIA » un film réalisé en 2013 par le chilien Sebastián Lelio qui reprend la caméra pour une adaptation U.S. produite par Julianne Moore qui tient également le rôle-titre.GLORIA.jpg

À 58 ans, l’actrice trouve une des plus belles occasions de sortir de sa routine de femme névrosée et/ou hystérique ou condamnée par la maladie, pour incarner Gloria, une divorcée à la dérive, dont les enfants adultes s’éloignent d’elle, qui se perd dans les clubs pour célibataires où elle danse à s’en étourdir. Le film est d’un grand réalisme pour ce qui est des relations hommes-femmes. Le prince charmant n’existe pas, et quand Gloria rencontre John Turturro et que l’espoir renaît, c’est pour se rendre compte qu’il n’est qu’un pauvre type faible et indécis, tellement englué dans son passé familial, qu’il ne cesse de se défiler lamentablement. Un constat pas bien joyeux, mais qui ancre le film dans une réalité concrète. On est heureux de retrouver Julianne Moore dans un personnage fouillé et subtil où elle ne cède jamais au « grand numéro ». On est surpris de la retrouver aussi impliquée, admiratif de la voir assumer tout naturellement les scènes de nudité, et de renouer enfin avec l’actrice de « VANYA, 42ème  RUE », « MAGNOLIA » ou « LOIN DU PARADIS », qui s’était un peu diluée ces dernières années. Elle porte « GLORIA BELL » sur les épaules avec une énergie vitale impressionnante, épaulée par un Turturro magistral, et des apparitions de visages connus comme Holland Taylor parfaite dans le rôle de sa mère, Jeanne Tripplehorn et Barbara Sukowa ou encore Sean Astin.

« GLORIA BELL » est un beau portrait de femme d’aujourd’hui, une œuvre un peu déprimante et ne laissant aucune place au rêve. Il décrit le monde tel qu’il est, les rapports humains pour ce qu’ils sont et s’achève sur Gloria qui danse et danse encore, malgré tout.

 

« CHLOÉ » (2009)

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AMANDA SEYFRIED

« CHLOÉ » est le remake canadien du film français « NATHALIE… » (2003) et il est réalisé par le très inégal Atom Egoyan qui s’aventure dans le mélodrame érotisant, doté d’un casting trois étoiles qu’on est un peu surpris de trouver dans ce genre de produit.CHLOE

De fait, pendant ses deux premiers tiers, « CHLOÉ » présente des personnages de « bobos » quinquagénaires, une gynécologue (Julianne Moore) et son mari prof de fac (Liam Neeson). Persuadée qu’il la trompe, elle engage une prostituée (Amanda Seyfried) pour séduire l’époux et venir ensuite au rapport avec moult détails à l’appui. C’est d’une perversité gentillette, d’un érotisme soft un brin désuet, et il faut tout le charisme des interprètes pour rester éveillé. Julianne Moore fait son possible d’un rôle ingrat de femme jalouse, peu sûre d’elle et toujours au bord de l’implosion. Neeson n’est pas gâté par son personnage falot de grand mollasson qui a un faible prononcé pour les jolies étudiantes. Heureusement, il y a Amanda Seyfried qui tient le rôle-titre avec une infinité de nuances allant de l’innocence enfantine à la tueuse dont l’arme principale est son corps. Quand survient le « twist » qui relance à la fois le scénario et l’intérêt, tout se focalise sur elle et le film prend enfin son envol. Beaucoup trop tard hélas, pour qu’on garde une opinion positive de l’ensemble. Il y a quelque chose d’impalpable dans « CHLOÉ », d’irréel. Peut-être est-ce dû aux extérieurs de Toronto, à la fois dépaysants et impersonnels, à ces gros-plans de visages pas toujours très flatteurs, ou à cette ambiance de perversion tous-publics qui fait parfois sourire. Malgré tout ce qu’il y aurait à redire sur « CHLOÉ », il faut tout de même le voir pour Amanda Seyfried qui parvient à se montrer voluptueuse et inquiétante dans le même temps et finit son parcours dans un plan magnifique qui donnerait presque envie de réévaluer le film tout entier. Presque !

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LIAM NEESON, AMANDA SEYFRIED ET JULIANNE MOORE

 

« BEL CANTO » (2018)

Quand on se souvient que Paul Weitz a réalisé « AMERICAN PIE », « AMERICAN DREAMZ » ou « MON BEAU-PÈRE ET NOUS », il est légitime de se montrer méfiant à l’encontre de « BEL CANTO », adaptation d’un roman d’Ann Patchett.BELCANTO.jpg

Et à juste titre ! Ce mélodrame se situe dans un pays (jamais nommé) d’Amérique du sud, où lors d’un concert privé de la cantatrice Julianne Moore, des guérilleros surgissent pour prendre tout le monde en otages. Après ces quelques minutes d’introduction, tout se fige. Il y a le huis clos de la demeure investie et quelques extérieurs montrant la police encerclant l’endroit. Entre les deux décors, les va-et-vient d’un homme de la Croix Rouge (Sebastian Koch). À l’intérieur, il ne se passe pratiquement rien. Au fil des semaines, des histoires d’amour se nouent, des liens se forment entre otages et révolutionnaires. Julianne tombe amoureuse d’un business man japonais (Ken Watanabe) qui l’idolâtre. Parmi les invités, on reconnaît (à grand peine, il faut bien le dire !) Christophe Lambert et – très fugitivement – Elsa Zylberstein. Que dire d’autre ? C’est d’un ennui compact et profond, d’un ridicule achevé aussi. Il n’y a pas le moindre soupçon de tension ou de suspense, les personnages sont dessinés sans nuance, sans finesse et le scénario tourne en rond au bout d’une demi heure. Et quand enfin arrive l’assaut final, on ne se demande qu’une chose : pourquoi ont-ils attendu aussi longtemps ? Julianne Moore, Ken Watanabe et Sebastian Koch sont de bons acteurs, rompus à toutes les situations, aussi aident-ils un peu à supporter ce pensum. Mais « BEL CANTO » est une pure catastrophe, un « misfire » comme disent les anglo-saxons, une chose sans forme et sans finalité, qu’on oubliera le plus rapidement possible.

 

« BIENVENUE À SUBURBICON » (2017)

« BIENVENUE À SUBURBICON » est un vieux scénario des frères Coen, retravaillé par George Clooney. Et cela se sent dès les premières images : d’un côté, une histoire de machination familiale foireuse à la « FARGO » et de l’autre un manifeste antiraciste basé sur des événements réels qui se sont déroulés dans une petite ville de banlieue dans les années 50, ahurissants documents d’archives à l’appui.SUBURBICON.jpg

Pas sûr que le mélange des deux se fasse toujours harmonieusement car l’humour noir des Coen est un peu asphyxié par l’indignation suscitée par le quasi-lynchage d’une famille noire récemment installée dans un pavillon et rejetée par toute une communauté haineuse. Malgré cela, « BIENVENUE À SUBURBICON » est un film extrêmement plaisant, porté par le jeune et excellent Noah Jupe, enfant-martyr d’une famille monstrueuse aux allures de braves et honnêtes banlieusards. Matt Damon – qui se mue de rôle en rôle en très bon acteur de composition – est parfait en pater familias hypocrite et sans cœur, Julianne Moore dans un double-rôle offre une version cauchemardesque de la maman idéale américaine (on n’oubliera pas de sitôt la scène « d’amour » avec raquette de ping-pong comme accessoire !), Oscar Isaac apparaît peu, mais fait un hilarant numéro d’agent d’assurances pourri jusqu’à l’os et trop sûr de lui. Tous les seconds rôles sont impeccables.

Un peu bancal par instants, tiraillé entre deux styles narratifs diamétralement opposés, « SUBURBICON » vaut largement le coup d’œil pour des scènes étonnantes de violence, même psychologique : il faut avoir vu Damon, dans la meilleure scène du film, menacer son fils de mort, en dévorant un sandwich qui… MAIS NE SPOILONS PAS ! Pour qui aime la petite musique aigrelette de « SANG POUR SANG » ou « FARGO », ce film (la réalisation la plus accomplie de Clooney, soit dit entre parenthèses) offrira des moments délectables et bien tordus. Et si on est tenté de penser que l’Amérique « c’était mieux avant », « SUBURBICON » est là pour nous rappeler que… pas du tout !