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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JULIANNE MOORE

« BIENVENUE À SUBURBICON » (2017)

« BIENVENUE À SUBURBICON » est un vieux scénario des frères Coen, retravaillé par George Clooney. Et cela se sent dès les premières images : d’un côté, une histoire de machination familiale foireuse à la « FARGO » et de l’autre un manifeste antiraciste basé sur des événements réels qui se sont déroulés dans une petite ville de banlieue dans les années 50, ahurissants documents d’archives à l’appui.SUBURBICON.jpg

Pas sûr que le mélange des deux se fasse toujours harmonieusement car l’humour noir des Coen est un peu asphyxié par l’indignation suscitée par le quasi-lynchage d’une famille noire récemment installée dans un pavillon et rejetée par toute une communauté haineuse. Malgré cela, « BIENVENUE À SUBURBICON » est un film extrêmement plaisant, porté par le jeune et excellent Noah Jupe, enfant-martyr d’une famille monstrueuse aux allures de braves et honnêtes banlieusards. Matt Damon – qui se mue de rôle en rôle en très bon acteur de composition – est parfait en pater familias hypocrite et sans cœur, Julianne Moore dans un double-rôle offre une version cauchemardesque de la maman idéale américaine (on n’oubliera pas de sitôt la scène « d’amour » avec raquette de ping-pong comme accessoire !), Oscar Isaac apparaît peu, mais fait un hilarant numéro d’agent d’assurances pourri jusqu’à l’os et trop sûr de lui. Tous les seconds rôles sont impeccables.

Un peu bancal par instants, tiraillé entre deux styles narratifs diamétralement opposés, « SUBURBICON » vaut largement le coup d’œil pour des scènes étonnantes de violence, même psychologique : il faut avoir vu Damon, dans la meilleure scène film, menacer son fils de mort, en dévorant un sandwich qui… MAIS NE SPOILONS PAS ! Pour qui aime la petite musique aigrelette de « SANG POUR SANG » ou « FARGO », ce film (la réalisation la plus accomplie de Clooney, soit dit entre parenthèses) offrira des moments délectables et bien tordus. Et si on est tenté de penser que l’Amérique « c’était mieux avant », « SUBURBICON » est là pour nous rappeler que… pas du tout !

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« KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » (2017)

Trois ans après le premier film, « KINGSMAN : LE CERCLE D’OR » réunit la même équipe pour une seconde aventure d’Eggsy, le super agent secret juvénile, élite d’une société secrète d’espionnage. On s’en réjouit, vu l’excellent souvenir qu’on garde du n°1. Mais on aurait dû se méfier, car souvent succès engendre surenchère et à ce petit jeu de la superproduction bien des films ont perdu leur âme.K2

C’est hélas, le cas de ce second opus, enseveli dès la première séquence d’action sous des monceaux de CGI pas toujours très heureux et tué dans l’œuf par un scénario indigent, recyclant maladroitement les données établies trois ans auparavant. C’est donc – mais on commence à prendre l’habitude – trop long, trop répétitif, dépourvu de la moindre petite surprise et définitivement anéanti par de très mauvaises idées comme les épouvantables apparitions d’Elton John, summum de bêtise tombant complètement à plat. On n’écoutera plus jamais ses chansons de la même façon, après ça !

Alors oui, Taron Egerton est toujours bien sympathique dans le rôle principal, Colin Firth éborgné, fait un comeback bienvenu, Halle Berry est inattendue en geek rêvant d’action. Mais Julianne Moore est à côté de la plaque en narcotrafiquante foldingue s’efforçant de surpasser Samuel L. Jackson dans le cabotinage en roue-libre, Jeff Bridges, la diction de plus en plus pâteuse, passe en voisin en chef des barbouzes U.S. et Channing Tatum ne fait guère de progrès. Mark Strong apparaît moins figé que de coutume dans son personnage de ‘Merlin’.

On doit aux comédiens les rares instants de plaisir d’un film franchement redondant et inutile, où on cherche vainement l’humour et l’originalité du film de 2014, en n’y trouvant que débauche d’effets spéciaux numériques et rabâchage fatigué. Le même syndrome en fait, que tous ces films de super-héros Marvel ou DC qui pensent pouvoir compenser l’absence de scénario solide par des images spectaculaires.

 

« MAGGIE A UN PLAN » (2015)

Typique de ces productions « à festivals », « MAGGIE A UN PLAN » renvoie dès ses premières images au cinéma du Woody Allen des seventies, jusqu’à la fugace participation de Wallace Shawn, symbole de la comédie new-yorkaise de cette période.

Greta Gerwig, jeune intello quaker (sic !) veut « faire un bébé toute seule », demande son sperme à un ami marchand de cornichons mais rencontre le même jour Ethan Hawke, homme marié et père de famille dont elle tombe amoureuse. Après trois ans de déceptions, elle veut le restituer à son ex-femme (Julianne Moore).

Le sujet est très anecdotique, les personnages ne sont pas spécialement attachants, d’autant plus que Gerwig ne possède en rien l’excentricité charmante d’une Annie Hall et joue sur une partition complètement réaliste. La réalisation de Rebecca Miller manque de légèreté et tout simplement de point-de-vue et tout cela demeure plutôt pesant, pas souvent drôle et d’une banalité absolue.

On peut trouver un certain plaisir à voir jouer le toujours fiable Hawke dans un rôle de pauvre type manipulé et surtout Julianne Moore dans son emploi maintenant habituel de névrosée cérébrale et « au bord de la crise de nerfs ». Affublée d’un accent danois, d’un prénom impossible (‘Georgette’ !), elle compose un personnage crispant mais intéressant et parvient à éclipser ses partenaires.

« MAGGIE A UN PLAN » est un curieux produit, qui ne semble jamais ancré dans le 21ème siècle et noie son marivaudage urbain sous des tonnes de dialogues plus ou moins passionnants et se repose beaucoup trop sur le charme de ses vedettes. Pas vraiment désagréable, mais cela n’est au fond qu’un cinéma pour « bobos » quadragénaires nombrilistes pour lesquels on ne ressent pas forcément une grande empathie.

 

« FREE LOVE » (2015)

Inspiré de faits réels survenus dans le New Jersey au début des années 2000, « FREE LOVE » (oui, c’est le titre français !) commence plus ou moins comme un polar – l’héroïne est flic, puis évolue en mélodrame sur l’histoire d’amour entre deux lesbiennes à la différence d’âge prononcée, pour s’achever… en pamphlet engagé sur les droits des couples pacsés et le mariage homosexuel.FREE

C’est écrit et filmé le plus platement possible, on pense plutôt à un téléfilm HBO qu’à un long-métrage de cinéma. Ça n’a strictement aucun intérêt cinématographique, tant le « message » militant prend toute la place et finit par devenir contreproductif. La description manichéenne des personnages (les affreux vieillards rétrogrades présidant la commission) ne fait qu’enfoncer le clou.

De bons comédiens tentent d’insuffler un peu de vie : Julianne Moore, qu’on vient de voir rongée par la maladie d’Alzheimer dans « STILL ALICE », est ici rattrapée par un cancer des poumons. Elle traduit fort bien la dégradation physique de son personnage, mais cela tourne un peu à la démonstration gratuite. Ellen Page ne brille pas particulièrement mais se montre crédible. Le couple s’avère tout de même improbable. Steve Carell surjoue à fond dans un rôle d’activiste gay portant kippa comme échappé d’une grosse comédie. Seul ressort vraiment Michael Shannon en coéquipier effacé et généreux de Julianne Moore, un contremploi après tous les psychopathes qu’il a campé récemment.

Que dire d’autre ? « FREE LOVE » est probablement plus parlant si on est concerné au premier chef par la cause qu’il défend. Mais son manque de vision, d’humour (ne parlons pas des tentatives laborieuses de Carell), de style, finit par aboutir à un produit aseptisé et illustratif.

 

« ÉVOLUTION » (2001)

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DAVID DUCHOVNY ET ORLANDO JONES

Cherchant manifestement à capitaliser sur son succès avec les « GHOSTBUSTERS », Ivan Reitman reforme une équipe farfelue confrontée cette fois non pas à des ectoplasmes, mais à un organisme extraterrestre évoluant à une vitesse effarante.EVOLUTION

On retrouve le mélange de science-fiction et de comédie débridée de « TREMORS » dans ce « ÉVOLUTION » un peu brouillon mais excessivement sympathique. Bien sûr, il ne faut pas avoir le palais trop délicat car les gags font volontiers dans le scato, le dialogue n’est pas des plus raffinés non plus et le cabotinage éhonté d’Orlando Jones (qui semble avoir digéré tous les maniérismes de Jeff Goldblum dont il est une version « afro-américaine ») peut finir par agacer à la longue. Mais les F/X sont étonnamment réussis et n’ont pas trop vieilli, les créatures sont magnifiquement conçues et il règne tout au long de la projection une bonne humeur potache très contagieuse.

David Duchovny, spécialiste des aliens depuis « X-FILES » est tout à fait à l’aise en version ‘light’ de Mulder, Julianne Moore n’a jamais été aussi sexy et naturelle qu’en scientifique gaffeuse. Autour d’eux de bons comédiens comme Ted Levine en général borné, Dan Aykroyd (clin d’œil à « GHOSTBUSTER ») en sénateur et quelques autres têtes connues.

« ÉVOLUTION » est un bon pastiche comme le fut « GALAXY QUEST » deux ans plus tôt. On y prend le même plaisir régressif et même si le rire n’est pas toujours d’excellente qualité (le « lavement » final au shampooing mériterait l’Oscar du mauvais goût !), on y prend tout de même un vrai plaisir, d’autant plus que c’est soigneusement confectionné et truffé de bonnes idées.

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JULIANNE MOORE, DAVID DUCHOVNY, SEANN WILLIAM SCOTT ET ORLANDO JONES

 

« LE SEPTIÈME FILS » (2014)

Tourné par un réalisateur russe au Canada, « LE SEPTIÈME FILS » est une curieuse bouillabaisse d’Heroic Fantasy, qui par ses thèmes archi-rabâchés et l’aspect un brin vieillot de ses F/X renvoie à des films déjà anciens comme « CŒUR DE DRAGON ».7TH

L’attraction vient évidemment de la réunion au générique de deux vétérans qu’on adore comme Jeff Bridges et Julianne Moore. Le premier joue un tueur de sorcières avec un cabotinage millimétré et une diction singulière évoquant à la fois le Sean Connery de « HIGHLANDER » et son propre Rooster Cogburn. La seconde s’amuse à camper une très méchante reine des sorcières au plumage aussi noir que son âme. Mais la direction d’acteurs très (trop) sage et la mise-en-scène à peu près dépourvue de folie éteignent ces deux grands acteurs qui ne semblent pas être à 100% de leurs capacités. Ils doivent de plus s’effacer derrière les deux jeunes premiers aussi pâles et transparents l’un que l’autre, qui achèvent de dévitaliser le film tout entier.

C’est donc avec une indifférence quasi-totale qu’on suit les péripéties de ce « SEPTIÈME FILS », qu’on compte les monstres de CGI aussi peu convaincants les uns que les autres et qu’on finit par se demander à quel public cela s’adresse : c’est trop violent pour les petits enfants et trop infantile pour les adultes ! Quel souvenir positif garder de tout cela ? Une séquence bien fichue de traversée d’une forêt hantée en pleine nuit et les tenues extravagantes de Julianne Moore qui méritait tout de même mieux que ce rôle de « méchante » de répertoire brossé sans nuance. Dommage…

 

« CHICAGO CAB » (1997)

PAUL DILLON

PAUL DILLON

Adapté d’une pièce de théâtre par son propre auteur « CHICAGO CAB » est un curieux mais très attachant film intimiste, qui suit la journée et la nuit d’un chauffeur de taxi qui passe son réveillon de Noël dans son véhicule à transporter toutes sortes de spécimens d’Humanité pas toujours très ragoutants.HELLCAB2

On est proche du film à sketches, mais le fil rouge tient dans la personnalité de Paul Dillon, le ‘driver’. Il a une tête à jouer les loubards dans « DEATH WISH », mais c’est un homme doux et sensible, qui ressent de l’empathie pour tous ceux qui s’assoient dans son taxi, jusqu’à en être atteint aux tréfonds de son âme. Le visage marqué et expressif de l’acteur apporte énormément au film.

Pour le reste de la distribution, c’est un véritable défilé de têtes plus ou moins connues. La plupart des apparitions tiennent du « caméo » pur et simple, certains complètement anecdotiques (Laurie Metcalf qui s’envoie en l’air sans retenue avec son amant, Gillian Anderson qui ne fait que passer pendant deux minutes en « poufiasse » pas très distinguée), mais d’autres ont des rôles plus juteux à défendre : Michael Shannon complètement speedé en dealer de crack, Michael T. Ironside en collègue blasé, John Cusack qui pastiche l’inquiétant client de De Niro (joué par Scorsese) dans une scène célèbre de « TAXI DRIVER », John C. Reilly en macho tête-à-claques. Mais la palme revient à Julianne Moore qui intervient vers la fin et qui est bouleversante en jeune femme hébétée qui vient de se faire violer. Son bref dialogue avec Paul Dillon vaut à lui seul de voir le film.

« CHICAGO CAB » est donc une bonne surprise, un film certes bavard et conceptuel, pas facile d’accès, mais débordant d’émotion sans pathos et magnifiquement photographié. À découvrir.

JULIANNE MOORE ET MICHAEL SHANNON

JULIANNE MOORE ET MICHAEL SHANNON