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Archives de Catégorie: LES FILMS DE JULIANNE MOORE

« MAGGIE A UN PLAN » (2015)

Typique de ces productions « à festivals », « MAGGIE A UN PLAN » renvoie dès ses premières images au cinéma du Woody Allen des seventies, jusqu’à la fugace participation de Wallace Shawn, symbole de la comédie new-yorkaise de cette période.

Greta Gerwig, jeune intello quaker (sic !) veut « faire un bébé toute seule », demande son sperme à un ami marchand de cornichons mais rencontre le même jour Ethan Hawke, homme marié et père de famille dont elle tombe amoureuse. Après trois ans de déceptions, elle veut le restituer à son ex-femme (Julianne Moore).

Le sujet est très anecdotique, les personnages ne sont pas spécialement attachants, d’autant plus que Gerwig ne possède en rien l’excentricité charmante d’une Annie Hall et joue sur une partition complètement réaliste. La réalisation de Rebecca Miller manque de légèreté et tout simplement de point-de-vue et tout cela demeure plutôt pesant, pas souvent drôle et d’une banalité absolue.

On peut trouver un certain plaisir à voir jouer le toujours fiable Hawke dans un rôle de pauvre type manipulé et surtout Julianne Moore dans son emploi maintenant habituel de névrosée cérébrale et « au bord de la crise de nerfs ». Affublée d’un accent danois, d’un prénom impossible (‘Georgette’ !), elle compose un personnage crispant mais intéressant et parvient à éclipser ses partenaires.

« MAGGIE A UN PLAN » est un curieux produit, qui ne semble jamais ancré dans le 21ème siècle et noie son marivaudage urbain sous des tonnes de dialogues plus ou moins passionnants et se repose beaucoup trop sur le charme de ses vedettes. Pas vraiment désagréable, mais cela n’est au fond qu’un cinéma pour « bobos » quadragénaires nombrilistes pour lesquels on ne ressent pas forcément une grande empathie.

 

« FREE LOVE » (2015)

Inspiré de faits réels survenus dans le New Jersey au début des années 2000, « FREE LOVE » (oui, c’est le titre français !) commence plus ou moins comme un polar – l’héroïne est flic, puis évolue en mélodrame sur l’histoire d’amour entre deux lesbiennes à la différence d’âge prononcée, pour s’achever… en pamphlet engagé sur les droits des couples pacsés et le mariage homosexuel.FREE

C’est écrit et filmé le plus platement possible, on pense plutôt à un téléfilm HBO qu’à un long-métrage de cinéma. Ça n’a strictement aucun intérêt cinématographique, tant le « message » militant prend toute la place et finit par devenir contreproductif. La description manichéenne des personnages (les affreux vieillards rétrogrades présidant la commission) ne fait qu’enfoncer le clou.

De bons comédiens tentent d’insuffler un peu de vie : Julianne Moore, qu’on vient de voir rongée par la maladie d’Alzheimer dans « STILL ALICE », est ici rattrapée par un cancer des poumons. Elle traduit fort bien la dégradation physique de son personnage, mais cela tourne un peu à la démonstration gratuite. Ellen Page ne brille pas particulièrement mais se montre crédible. Le couple s’avère tout de même improbable. Steve Carell surjoue à fond dans un rôle d’activiste gay portant kippa comme échappé d’une grosse comédie. Seul ressort vraiment Michael Shannon en coéquipier effacé et généreux de Julianne Moore, un contremploi après tous les psychopathes qu’il a campé récemment.

Que dire d’autre ? « FREE LOVE » est probablement plus parlant si on est concerné au premier chef par la cause qu’il défend. Mais son manque de vision, d’humour (ne parlons pas des tentatives laborieuses de Carell), de style, finit par aboutir à un produit aseptisé et illustratif.

 

« ÉVOLUTION » (2001)

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DAVID DUCHOVNY ET ORLANDO JONES

Cherchant manifestement à capitaliser sur son succès avec les « GHOSTBUSTERS », Ivan Reitman reforme une équipe farfelue confrontée cette fois non pas à des ectoplasmes, mais à un organisme extraterrestre évoluant à une vitesse effarante.EVOLUTION

On retrouve le mélange de science-fiction et de comédie débridée de « TREMORS » dans ce « ÉVOLUTION » un peu brouillon mais excessivement sympathique. Bien sûr, il ne faut pas avoir le palais trop délicat car les gags font volontiers dans le scato, le dialogue n’est pas des plus raffinés non plus et le cabotinage éhonté d’Orlando Jones (qui semble avoir digéré tous les maniérismes de Jeff Goldblum dont il est une version « afro-américaine ») peut finir par agacer à la longue. Mais les F/X sont étonnamment réussis et n’ont pas trop vieilli, les créatures sont magnifiquement conçues et il règne tout au long de la projection une bonne humeur potache très contagieuse.

David Duchovny, spécialiste des aliens depuis « X-FILES » est tout à fait à l’aise en version ‘light’ de Mulder, Julianne Moore n’a jamais été aussi sexy et naturelle qu’en scientifique gaffeuse. Autour d’eux de bons comédiens comme Ted Levine en général borné, Dan Aykroyd (clin d’œil à « GHOSTBUSTER ») en sénateur et quelques autres têtes connues.

« ÉVOLUTION » est un bon pastiche comme le fut « GALAXY QUEST » deux ans plus tôt. On y prend le même plaisir régressif et même si le rire n’est pas toujours d’excellente qualité (le « lavement » final au shampooing mériterait l’Oscar du mauvais goût !), on y prend tout de même un vrai plaisir, d’autant plus que c’est soigneusement confectionné et truffé de bonnes idées.

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JULIANNE MOORE, DAVID DUCHOVNY, SEANN WILLIAM SCOTT ET ORLANDO JONES

 

« LE SEPTIÈME FILS » (2014)

Tourné par un réalisateur russe au Canada, « LE SEPTIÈME FILS » est une curieuse bouillabaisse d’Heroic Fantasy, qui par ses thèmes archi-rabâchés et l’aspect un brin vieillot de ses F/X renvoie à des films déjà anciens comme « CŒUR DE DRAGON ».7TH

L’attraction vient évidemment de la réunion au générique de deux vétérans qu’on adore comme Jeff Bridges et Julianne Moore. Le premier joue un tueur de sorcières avec un cabotinage millimétré et une diction singulière évoquant à la fois le Sean Connery de « HIGHLANDER » et son propre Rooster Cogburn. La seconde s’amuse à camper une très méchante reine des sorcières au plumage aussi noir que son âme. Mais la direction d’acteurs très (trop) sage et la mise-en-scène à peu près dépourvue de folie éteignent ces deux grands acteurs qui ne semblent pas être à 100% de leurs capacités. Ils doivent de plus s’effacer derrière les deux jeunes premiers aussi pâles et transparents l’un que l’autre, qui achèvent de dévitaliser le film tout entier.

C’est donc avec une indifférence quasi-totale qu’on suit les péripéties de ce « SEPTIÈME FILS », qu’on compte les monstres de CGI aussi peu convaincants les uns que les autres et qu’on finit par se demander à quel public cela s’adresse : c’est trop violent pour les petits enfants et trop infantile pour les adultes ! Quel souvenir positif garder de tout cela ? Une séquence bien fichue de traversée d’une forêt hantée en pleine nuit et les tenues extravagantes de Julianne Moore qui méritait tout de même mieux que ce rôle de « méchante » de répertoire brossé sans nuance. Dommage…

 

« CHICAGO CAB » (1997)

PAUL DILLON

PAUL DILLON

Adapté d’une pièce de théâtre par son propre auteur « CHICAGO CAB » est un curieux mais très attachant film intimiste, qui suit la journée et la nuit d’un chauffeur de taxi qui passe son réveillon de Noël dans son véhicule à transporter toutes sortes de spécimens d’Humanité pas toujours très ragoutants.HELLCAB2

On est proche du film à sketches, mais le fil rouge tient dans la personnalité de Paul Dillon, le ‘driver’. Il a une tête à jouer les loubards dans « DEATH WISH », mais c’est un homme doux et sensible, qui ressent de l’empathie pour tous ceux qui s’assoient dans son taxi, jusqu’à en être atteint aux tréfonds de son âme. Le visage marqué et expressif de l’acteur apporte énormément au film.

Pour le reste de la distribution, c’est un véritable défilé de têtes plus ou moins connues. La plupart des apparitions tiennent du « caméo » pur et simple, certains complètement anecdotiques (Laurie Metcalf qui s’envoie en l’air sans retenue avec son amant, Gillian Anderson qui ne fait que passer pendant deux minutes en « poufiasse » pas très distinguée), mais d’autres ont des rôles plus juteux à défendre : Michael Shannon complètement speedé en dealer de crack, Michael T. Ironside en collègue blasé, John Cusack qui pastiche l’inquiétant client de De Niro (joué par Scorsese) dans une scène célèbre de « TAXI DRIVER », John C. Reilly en macho tête-à-claques. Mais la palme revient à Julianne Moore qui intervient vers la fin et qui est bouleversante en jeune femme hébétée qui vient de se faire violer. Son bref dialogue avec Paul Dillon vaut à lui seul de voir le film.

« CHICAGO CAB » est donc une bonne surprise, un film certes bavard et conceptuel, pas facile d’accès, mais débordant d’émotion sans pathos et magnifiquement photographié. À découvrir.

JULIANNE MOORE ET MICHAEL SHANNON

JULIANNE MOORE ET MICHAEL SHANNON

 

« STILL ALICE » (2014)

« STILL ALICE » a valu à Julianne Moore un Oscar amplement mérité. C’est le genre de film que les stars féminines ont toujours adoré tourner et que les votants des Academy Awards ont toujours privilégié.STILL

Le scénario se résume à suivre pas à pas la lente détérioration d’une femme encore jeune, brillant professeur de linguistique, atteinte par un Alzheimer précoce qui lui fait progressivement perdre ses souvenirs, ses moyens et finalement sa parole. Il n’y a rien de très cinématographique là-dedans, la mise-en-scène est purement fonctionnelle et on se dit parfois que cela aurait parfaitement pu être un téléfilm HBO « de prestige » sans y changer grand-chose.

C’est d’un réalisme total et l’interprétation de la comédienne visiblement très impliquée, est d’une intensité telle qu’elle rend certains passages difficilement supportables (sa panique viscérale lorsqu’elle se perd dans sa propre maison en cherchant les W-C). Mais il faut un moral d’acier pour rester plus de cent minutes en spectateur passif de cette décomposition mentale, des souffrances de cette famille. Autour de Julianne Moore, Alec Baldwin est remarquable en époux stoïque aux réactions tout à fait réalistes et Kristen Stewart très bien en fille rebelle.

On appréciera donc « STILL ALICE » pour ce qu’il est. Une sorte de faux documentaire sur cette maladie cruelle et implacable, écrit avec sobriété et manifestement très documenté. On en ressortira forcément ébranlé et peut-être même démoralisé, mais content de voir le talent de Miss Moore enfin traité à sa juste valeur. À noter une séquence absolument extraordinaire : celle où ‘Alice’ écoute sur son ordinateur, un message qu’elle avait elle-même enregistré à son attention quand elle avait encore toute sa tête et destiné à abréger ses souffrances. Terrible…

 

« BOOGIE NIGHTS » (1997)

BOOGIESous forme de fresque scorsesienne, « BOOGIE NIGHTS » dépeint le passage des insouciantes seventies aux républicaines eighties, via l’univers de l’industrie porno à L.A. et le destin d’un jeune homme particulièrement bien doté par la Nature. Le regard de Paul Thomas Anderson pour affuté qu’il soit, n’est pas très bienveillant et s’avère même franchement moralisateur par moments. Il décrit ses personnages comme des pantins à cervelle d’oiseau, se vautrant dans la corruption et la drogue comme des pourceaux dans la fange. Et le dernier tiers, celui de la déchéance, du retour au réel, est d’une terrible âpreté. Malgré la nullité abyssale de leur « travail », qu’ils soient réalisateurs, acteurs, techniciens, ils se prennent très au sérieux, attrapent la grosse tête et s’imaginent – tels les tristes héros de la téléréalité à venir – que leur petite notoriété underground va leur apporter la gloire dans tous les domaines. Mais le scénario met un point d’honneur à récompenser les méritants (Don Cheadle rêvant d’ouvrir un commerce et futur papa sera exaucé) et châtiera les pervertis (le producteur devenant la « chienne » de son codétenu en prison). Les quelques rescapés finiront par se retrouver pour fonder une espèce de famille bizarroïde. C’est indéniablement brillant, parfois trop ostensible dans sa mise-en-scène à l’épate, faite de plans-séquences et de longs plans au steadycam. Mais la bande-son est exceptionnelle et parvient à se situer dans le temps année après année. Et le cast est vraiment haut-de-gamme. Dans le rôle de l’étalon, Mark Wahlberg est parfait, mélange de candeur et de bêtise, attachant et pathétique. Autour de lui, le gratin des acteurs des années 90 : Julianne Moore en actrice instable et maternelle jusqu’à la névrose, Philip Seymour Hoffman formidable en perchman gay transi d’amour, William H. Macy parfait en assistant perpétuellement cocufié en public. Star n°1 et quasi-symbole vivant des seventies, Burt Reynolds est magnifique en réalisateur de nanars grotesques, persuadé qu’il a en lui le potentiel d’un nouvel Orson Welles.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, MARK WAHLBERG, THOMAS JANE, BURT REYNOLDS, RICKY JAY ET JULIANNE MOORE

« BOOGIE NIGHTS » retrace la fin d’une ère, glisse un discours sur la mort annoncée d’un certain cinéma tué par l’avènement de la vidéo. Il est truffé de bonnes scènes (le deal qui tourne mal chez Alfred Molina), mais on demeure un peu extérieur, voire insatisfait. Peut-être parce que l’œil de l’auteur manque de générosité et d’empathie et qu’il nous fait contempler ces misérables individus avec une sorte de mépris amusé.