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Archives de Catégorie: LES FILMS DE KATE WINSLET

« LA VIE DE DAVID GALE » (2003)

VIEDu réalisateur de « MIDNIGHT EXPRESS », « MISSISSIPI BURNING » (son chef-d’œuvre) ou « ANGEL HEART », on attend toujours quelque chose de provocateur et de très soigné au niveau visuel.

De fait, avec « LA VIE DE DAVID GALE », on n’est pas déçu. C’est un pamphlet anti-peine de mort, qui évite le prêchi-prêcha grâce à un scénario tortueux et complexe dans sa construction, tellement vissé et re-vissé qu’il en devient parfois mécanique et laisse sur la désagréable sensation d’être manœuvré au gré des envies de l’auteur. Malgré cela, on reste scotché par l’accumulation de fausses-pistes, de chausse-trappes, de coups de théâtre et par le côté jusqu’auboutiste des protagonistes dont la foi en leur noble combat confine au fanatisme pur et simple.

C’est long mais jamais lent, il y a quelques coquetteries stylistiques pas indispensables, mais cela reste un très bon suspense viscéral et malin, sans temps mort. Le cast est impeccable : de Kate Winslet parfaite en reporter cassante et rentre-dedans à Kevin Spacey égal à lui-même en condamné énigmatique, en passant par la toujours magnifique Laura Linney et les excellents Leon Rippy, avocaillon texan ambigu, Rhona Mitra en étudiante sexy et machiavélique ou Matt Craven en vrai-faux méchant. On aperçoit une toute jeune Melissa McCarthy en « gothique » profiteuse.

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KATE WINSLET, KEVIN SPACEY, RHONA MITRA ET MELISSA McCARTHY

Les face-à-face entre Spacey et Winslet au pénitencier font penser au « SILENCE DES AGNEAUX », même si le contexte n’a rien à voir. Curieusement, le concept même du scénario évoque le « pitch » ressassé par Richard E. Grant dans plusieurs scènes de « THE PLAYER » de Robert Altman.

C’est le dernier film d’Alan Parker, qui n’a plus tourné depuis une bonne décennie. Dommage…

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« ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND » (2004)

ETERNAL« ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND » est ce qu’on pourrait définir comme un film d’auteur à ‘high concept’. L’autopsie d’une rupture douloureuse traitée de façon extravagante, à la manière d’un film de SF. Autrement dit, un peu comme si Terry Gilliam avait tourné un remake de « ANNIE HALL ».

L’idée de départ est bonne : une société s’engage à effacer tous les souvenirs qu’on peut avoir d’une personne (ou d’un animal) à la suite d’un divorce ou d’un deuil, afin de rendre la chose plus tolérable. Quand Kate Winslet et Jim Carrey ne se supportent plus, elle subit « l’intervention » la première, bientôt suivie de son ex. Mais au cours de l’opération, il change d’avis et c’est une véritable course-poursuite dans son cerveau qui va se développer, pour préserver des bribes de mémoire.

On entre progressivement dans le film, rendu confus par une narration éclatée, une bande-son perturbante et une mise-en-scène à l’arrache. Il y a de belles idées, comme ces décors ou individus qui s’évaporent sous nos yeux à mesure que les souvenirs se gomment. Mais rapidement, le scénario piétine, se répète, les situations deviennent plus redondantes qu’obsédantes et on finit par se dire que ce qui aurait fait un superbe court-métrage finit par donner un long-métrage un brin complaisant.

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JIM CARREY ET KATE WINSLET

Carrey est à peu près sobre dans un rôle de solitaire introverti, ce qui est une bonne nouvelle. Winslet se sort bien d’un rôle d’emmerdeuse de compétition aux cheveux bleus (ou oranges). On retrouve autour d’eux des pointures comme Tom Wilkinson, Mark Ruffalo ou Kirsten Dunst légèrement sous-employés.

Œuvre poétique et inventive, « ETERNAL SUNSHINE… » n’est pas un film « tous publics », il demande patience et concentration. À voir pour quelques belles envolées émotionnelles et pour l’énergie de Kate Winslet.

 

« STEVE JOBS » (2015)

KATE WINSLET ET MICHAEL FASSBENDER

KATE WINSLET ET MICHAEL FASSBENDER

À première vue, le biopic d’un génie informatique du 20ème siècle n’a rien d’immédiatement attractif, si on n’est pas un geek assidu. Mais c’est tout à l’honneur du scénariste Aaron Sorkin d’avoir trouvé une approche inédite pour brosser le portrait en creux de « STEVE JOBS ».JOBS

Sur deux heures, le film se divise en trois parties distinctes : partant d’une présentation au public en 1984 du nouveau « mac », il décrit deux autres événements du même style en faisant des sauts dans le temps. Et c’est dans le laps de temps précédant les « cérémonies » qu’on découvre Jobs et son entourage professionnel et familial. Dans l’hystérie, les conflits, l’urgence. Michael Fassbender complètement impliqué dans son rôle, rend avec acuité le génie tourmenté de cet homme difficile, à l’affect gravement perturbé et lui donne une belle texture humaine, tout en demeurant parfaitement odieux et exaspérant. Belle performance, soutenue par la toujours magnifique Kate Winslet jouant son assistante dévouée et ployant sous le poids des responsabilités ou Jeff Daniels excellent dans le rôle de son ex-patron débordé par la personnalité volatile de Jobs.

Axé sur la relation complexe et conflictuelle entre Jobs et sa fille Lisa qu’il n’a jamais reconnue, de ses cinq ans jusqu’à l’âge presque adulte, « STEVE JOBS » est un film brillant, sans temps mort, extrêmement bavard et foisonnant ce qui fait parfois perdre le fil de certaines confrontations (le face-à-face entre Fassbender et Daniels sur deux périodes de temps en même temps, par exemple !), mais laisse sur une sensation de nervosité permanente et addictive.

À noter le rendu de l’image que Danny Boyle fait évoluer du 16MM au HD au fil des époques. Idée discrète mais hautement efficace.

 

« LES JARDINS DU ROI » (2014)

« LES JARDINS DU ROI » est le second et dernier film d’Alan Rickman – récemment disparu – en tant que réalisateur. Le genre d’histoire dont devrait se repaître le cinéma hexagonal, puisqu’il s’agit de la création du parc de Versailles sous Louis XIV, mais qui s’accommode tout à fait d’une production britannique où tous les protagonistes français parlent un anglais châtié.JARDINS

Focalisé sur un tandem de jardiniers, le responsable Le Nôtre (Mattias Schoenaerts) et la surdouée Mme De Barra (Kate Winslet), le film manque parfois de centre de gravité, d’un sens de la progression bien marqué, mais il se laisse regarder grâce à la présence toujours aussi intense et concrète de Miss Winslet qui parvient à donner vie à son personnage par quelques regards et froncements de sourcils. Vraiment une grande actrice ! Son partenaire paraît un peu falot en comparaison, d’autant qu’il partage la moitié de ses scènes avec une autre excellente comédienne et redoutable voleuse de scènes : Helen McCrory, jouant son épouse intrigante et dépravée. C’est Rickman lui-même qui incarne le Roi, avec un séduisant mélange de fatuité languide et de profonde tristesse.

Si « LES JARDINS DU ROI » ne décolle jamais vraiment, si les flash-backs sur le passé de l’héroïne paraissent superflus et un peu lourds, on peut tout de même se régaler de plusieurs scènes très réussies comme ce face-à-face entre Mme De Barra et le Roi à la cour, où la « jardinière » a un joli monologue sur la condition féminine par le biais d’une métaphore sur la vie des fleurs.

Un moment agréable donc, légèrement superficiel, mais qui vaut le coup d’œil par affection pour le très regretté Alan Rickman et pour le complétiste de la décidément grande Kate Winslet.

 

« THE HOLIDAY » (2006)

HOLIDAY2« THE HOLIDAY » est en quelque sorte le fantasme ultime de l’amateur de comédies romantiques made-in-America, puisque sur une durée hypertrophiée de 138 minutes, il offre quasiment deux films en un. Le sujet (deux jeunes femmes en pleine rupture échangent leurs maisons entre L.A. et les environs de Londres) a été étudié pour. Encore faudrait-il que les deux films soient du même niveau.

Le plus développé est hélas, catastrophique. Cameron Diaz, monteuse de bandes-annonces à Hollywood (sic !) se retrouve dans un petit cottage mal chauffé et tombe amoureuse d’un jeune veuf (Jude Law) beau comme un dieu, papa de deux adorables fillettes. Elle, généralement drôle et pétillante, est ici insupportable : grimaçante, piaillante, sautillante, trépignante, elle offre une piteuse caricature d’elle-même et également des pires heures de Meg Ryan pour qui le rôle semble avoir été écrit. Lui, échappé d’une pub pour parfum, irritant de narcissisme. Leur moitié de film est un catalogue de tout ce qu’il ne faut pas faire dans le genre et le scénario se réduit à des va-et-vient sans justification.

La partie L.A. est plus sympathique. Non pas grâce au pénible Jack Black, mais par le charme naturel de Kate Winslet et surtout pour sa relation avec son voisin, un vieux scénariste légendaire qui se prend d’amitié pour elle. Là se trouve le cœur du film et ses meilleurs moments : Eli Wallach, dans son plus joli rôle de fin de carrière, est formidable d’humanité et de malice, dans un personnage calqué sur Billy Wilder et Frank Capra, fossile vivant de l’Âge d’Or du cinéma. Il a les plus jolies répliques du film et le voir recevoir une standing ovation de toute la profession prend – maintenant qu’il n’est plus là – une dimension émotionnelle supplémentaire. Une bien belle sortie de scène. Winslet, une fois n’est pas coutume, force parfois son jeu, mais contrairement à Diaz, demeure authentique et attachante.

KATE WINSLET, ELI WALLACH, CAMERON DIAZ ET JUDE LAW

KATE WINSLET, ELI WALLACH, CAMERON DIAZ ET JUDE LAW

On notera çà et là des clins d’œil inattendus à Ennio Morricone (cité plusieurs fois et gentiment démarqué dans la musique du film) et à Dustin Hoffman qui apparaît fugitivement dans un caméo plutôt amusant.

Tout n’est donc pas à jeter dans « THE HOLIDAY » et l’amateur y trouvera certainement son bonheur. Les autres se contenteront des apparitions d’Eli Wallach. Ce qui n’est déjà pas si mal…

 

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« MILDRED PIERCE » (2011)

MILDRED2En 1945, Michael Curtiz adaptait « LE ROMAN DE MILDRED PIERCE » de James M. Cain sur une durée de 111 minutes et confrontait Joan Crawford et sa « fille » Ann Blyth. Presque 70 ans plus tard, Todd Haynes tourne « MILDRED PIERCE » pour HBO et prend trois fois plus de temps pour narrer par le menu cette histoire d’une relation d’amour-haine virulente et destructrice entre une mère prolétaire et sa fille qui la méprise.

En développant cette histoire somme toute intimiste sur une durée de saga, les auteurs fouillent les personnages jusqu’aux tréfonds et leur redonnent toute leur complexité. Si Crawford jouait une mère-courage héroïque, Kate Winslet n’est pas aussi simple : courageuse et pleine de ressources, elle est aussi arriviste, passive-agressive, pas très perspicace. Quant à ‘Veda’, sa fille, magnifiquement incarnée par Morgan Turner (ado) et Evan Rachel Wood (adulte), c’est un fascinant personnage de « serpent venimeux » calculatrice, une véritable sociopathe imbue d’elle-même, qui hait cette mère parce qu’elle lui fait honte, parce qu’elle est née pauvre, parce qu’elle l’enlise dans la médiocrité. Une relation faite de non-dits, de faux-semblants, de coups bas, qui culminera dans le dernier épisode de façon aussi brutale que viscérale.

Les trois actrices sont absolument fabuleuses, créant une tension qui se maintient malgré le rythme très lent des cinq épisodes et le nombre de sous-intrigues. Tous les acteurs sont d’ailleurs au diapason, de Guy Pearce en gigolo désinvolte à Mare Winningham et Melissa Leo en copines fidèles de Mildred, en passant par Brian F. O’Byrne en ex-mari falot. À noter deux mémorables apparitions de Hope Davis en femme du monde snob et cassante, symbolisant à elle seule le mépris de sa caste.

« MILDRED PIERCE » n’est pas vraiment une minisérie, c’est un long film de presque six heures découpé en chapitres, une œuvre esthétiquement parfaite (la reconstitution de la grande dépression est incroyable, surtout pour un téléfilm), à la photo léchée, aux décors somptueux d’une rare minutie. La durée restitue en fait la sensation d’être immergé dans un roman volumineux et de se laisser embarquer. Un bel accomplissement télévisuel.

MILDRED

KATE WINSLET ET GUY PEARCE

 

« LAST DAYS OF SUMMER » (2013)

Par un de ces grands mystères de l’exploitation cinématographique, « LAST DAYS OF SUMMER » est le titre… français de « LABOR DAY ». Aucun des deux titres n’est d’ailleurs tout à fait à la hauteur du film, mais l’important n’est pas là.

LABOR DAYL’important, c’est que Jason Reitman a signé un très beau film d’amour et d’espoir, un récit initiatique subtil esquivant soigneusement tous les clichés inhérents à ce genre d’histoire. Il y a quelque chose d’eastwoodien dans « LABOR DAY ». Pas l’Eastwood westernien ou l’archi-noir des dernières années. Celui de « UN MONDE PARFAIT » et surtout de « SUR LA ROUTE DE MADISON » dont on perçoit fréquemment les échos plus ou moins lointains.

Taulard évadé, Josh Brolin s’introduit chez Kate Winslet une femme dépressive vivant seule avec son fils adolescent. Sans réelle menace, l’homme va le temps d’un long week-end se rendre indispensable, devenir une figure paternelle pour le gamin et l’amour de sa vie pour sa mère. Le sujet est ténu, l’équilibre fragile, mais tout fonctionne à merveille. Il faut dire que les deux acteurs sont devenus de véritables « pointures » : Winslet, de plus en plus intériorisée, l’émotion à fleur de peau, Brolin qui s’affirme de film en film comme un des grands de sa génération, avec en prime une présence physique digne des « gueules » des années 60 ou 70. Un magnifique duo donc, parfaitement assorti. Le jeune Gattlin Griffith est à la hauteur et on aperçoit quelques seconds rôles de beau calibre comme Brooke Smith, J.K. Simmons, James Van Der Beek (excellent en flic perspicace) ou Tobey Maguire dans un bref caméo.

On peut donc se laisser happer par « LABOR DAY », s’attacher à ses personnages, admirer l’intelligence avec laquelle a été traité ce sujet tout de même très banal, et se dire qu’après les passionnants « IN THE AIR » et « YOUNG ADULT », Jason Reitman est définitivement un réalisateur à suivre de près.

JOSH BROLIN ET KATE WINSLET

JOSH BROLIN ET KATE WINSLET