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Archives de Catégorie: LES FILMS DE KIRK DOUGLAS

QUELQUES TRACES…

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QUATRE AFFICHES SÉLECTIONNÉES AU HASARD, AU MILIEU D’UNE FILMOGRAPHIE PHÉNOMÉNALE… HAPPY BIRTHDAY, KIRK ! 

 

HOMMAGE : UN HOMME À RESPECTER…

kdrip2Kirk Douglas fête aujourd’hui ses cent printemps ! C’est une des personnalités les plus paradoxales et insaisissables du vieil Hollywood. Sa carrière démarra dans les années 40 pour s’achever dans les années 2000. Il fut à son pinacle dans les fifties et « SPARTACUS » fut en quelque sorte son chant du cygne de superstar. Sa carrière déclina doucement les années suivantes avec, çà et là, de belles fulgurances.

Haï et respecté, admiré et moqué, Douglas fut non seulement un acteur culotté, n’hésitant jamais à remettre son image en question, mais aussi un producteur despotique, courageux et un réalisateur qui ne se jugea pas lui-même suffisamment talentueux pour persister dans cette voie.

À l’instar de son ami et rival Burt Lancaster, Douglas était réputé pour faire souffrir ses réalisateurs, pour les virer sans hésitation au moindre « différend artistique » et pour tirer la couverture à lui à la moindre occasion. Certains le considéraient comme « l’être le plus vulgaire qu’ils aient jamais croisé », d’autres comme un « gentleman ».kdrip3

Fils d’émigrés russes, Kirk Douglas est l’incarnation du self-made-man américain. Très jeune, il a remodelé son visage, s’est imposé dans des rôles de ‘tough guys’ alors que les agents de casting le destinaient à jouer les jeunes premiers. Il a crevé l’écran dès ses premiers films par sa rage authentique, une collection de névroses qui ont fait de ses personnages dans « CHAMPION », « HISTOIRE DE DÉTECTIVE » ou « LES ENSORCELÉS » des êtres de chair et de sang, faillibles, ambitieux jusqu’à la folie, odieux mais aussi pathétiques.

Douglas n’a jamais hésité à jouer les salauds, les cyniques, à s’enlaidir, à montrer ses failles. À la sortie d’une projection de « LA VIE PASSIONNÉE DE VINCENT VAN GOGH », John Wayne choqué, le lui reprocha. Pourquoi jouer de telles « lavettes » quand le public veut des héros ?

kdrip4Ses rares rôles entièrement positifs comme le colonel des « SENTIERS DE LA GLOIRE » ou le rebelle de « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » gardent tout de même leurs zones d’ombre. Mais Douglas ne fut jamais meilleur qu’en « son of a bitch » : le guerrier borgne des « VIKINGS », l’officier violeur dans « PREMIÈRE VICTOIRE », l’avocat militaire sans scrupule dans « VILLE SANS PITIÉ », ou le hors-la-loi rouquin dans « LE REPTILE » un de ses rôles les plus emblématiques. Il a su surprendre parfois en acceptant des emplois plus quotidiens, dans « LIAISONS SECRÈTES » en époux adultère ou « L’ARRANGEMENT », son interprétation la plus subtile et introspective, dirigé par Elia Kazan qui avait fait appel à lui après la défection de Brando.kd-rip-5

Sa fin de carrière l’a vu céder de plus en plus au cabotinage, à la grimace facile et – de lifting en lifting – on l’a vu devenir une caricature de lui-même, le lot commun de certaines vedettes à la trop longue carrière. On oubliera donc « SATURNE 3 », « CACTUS JACK » ou « UNE FOIS NE SUFFIT PAS » !

Kirk Douglas fut une grande figure du western avec ses rôles dans « L’HOMME QUI N’A PAS D’ÉTOILE », « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », « LE DERNIER TRAIN DE GUN HILL », il fut un producteur téméraire, un découvreur de talents (Kubrick), il écrivit avec « LE FILS DU CHIFFONNIER » une autobiographie exceptionnelle aux réelles qualités littéraires. Il fut aussi un des très rares players hollywoodiens à revendiquer ouvertement ses racines juives.

Son fils Michael a pris la relève en devenant lui aussi un éminent acteur/producteur.

Aujourd’hui, en parcourant la filmographie de Kirk, on se dit qu’un titre lui correspond idéalement. Celui d’un nanar qu’il tourna en Allemagne dans les années 70, pourtant : « UN HOMME À RESPECTER ». Alors, respect !

 

HAPPY FIRST CENTURY, KIRK !

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KIRK DOUGLAS, LE TOUT DERNIER DES GÉANTS, FÊTE AUJOURD’HUI SON PREMIER SIÈCLE DE PRÉSENCE SUR TERRE !

 
2 Commentaires

Publié par le 9 décembre 2016 dans ANNIVERSAIRES, LES FILMS DE KIRK DOUGLAS

 

« SEULS SONT LES INDOMPTÉS » (1962)

LONELY2Le tandem Dalton Trumbo-Kirk Douglas venait de triompher avec « SPARTACUS ». En changeant complètement d’univers, « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » reprend quelques thèmes du célèbre péplum : à l’instar du gladiateur, le cowboy incarné par Douglas est un rebelle insoumis se dressant seul contre l’oppression (ici, le monde « moderne » et sa technologie) et prêt à aller jusqu’au bout de son combat à la fois glorieux et dérisoire.

Le scénario est d’ailleurs très (trop ?) chargé en symboles. Douglas est le fossile vivant de l’époque héroïque du Far-West et le cheval représente son mode vie. Traqués par des voitures de police, des hélicoptères, des avions, ils viendront à bout des épreuves mais rencontreront leur destin (attention : SPOILER !) dans la collision avec un poids-lourd transportant… des cuvettes de W-C.

Si le personnage de ‘Jack Burns’ est extrêmement attachant et permet à un Douglas très sobre de donner une de ses plus sympathiques prestations, les autres protagonistes sont caricaturaux : le shérif Walter Matthau et son adjoint abruti forment un tandem comique un peu fastidieux, George Kennedy joue un sadique bestial. Seule Gena Rowlands parvient à approfondir son rôle de femme lucide et bien implantée dans son époque, tiraillée entre deux hommes. Ses scènes avec Douglas sont vraiment très bien écrites et interprétées.

Bien filmé en Scope noir & blanc, âpre et physique, « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » apparaît comme un ancêtre du premier « RAMBO » à bien des points-de-vue. Il n’est donc pas étonnant que Douglas ait été le premier choix pour jouer le colonel dans le film de Kotcheff vingt ans plus tard.

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KIRK DOUGLAS, BILL RAISCH, GENA ROWLANDS ET GEORGE KENNEDY

À noter, le bref face-à-face entre Burns et un puma. Séquence muette rendue encore plus signifiante de nos jours, quand on sait que le « lion des montagnes » est maintenant une race éteinte.

Malgré quelques scories et coquetteries narratives un peu lourdes (la progression très en amont du camion fatal, qui ne sert finalement pas à grand-chose), « SEULS SONT LES INDOMPTÉS » demeure un joli post-western. La dernière séquence est bouleversante.

 

« LES VIKINGS » (1958)

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FUNÉRAILLES VIKINGS…

Alors qu’il s’apprête à fêter ses 60 ans, « LES VIKINGS » a étonnamment peu vieilli et s’affirme encore aujourd’hui comme un grand film d’aventures pour public de tous âges et une des plus belles réussites de l’éclectique et inégal Richard Fleischer.VIKINGS

On ne peut qu’être conquis par la photo magnifique de Jack Cardiff, par les paysages nordiques superbement choisis et cadrés, par l’authenticité des costumes. Le scénario est simple et linéaire, teinté de mélodrame classique (les frères ennemis amoureux de la même femme), se construit en allers-retours entre la Norvège et l’Angleterre, précédant un climax d’une demi-heure lors de l’attaque du château du roi Aella. Bien sûr, certains menus détails font parfois tiquer, comme les perruques des Vikings vraiment peu convaincantes ou la BO de Mario Nascimbene très inspirée, mais trop invasive. Sans oublier des coupes-montage abruptes (le traître anglais joué par James Donald disparaît dès le début de la bataille finale pour ne jamais revenir !). Mais ce ne sont que broutilles comparées au plaisir enfantin que procure ce film coloré, violent et lyrique.

Kirk Douglas domine le moindre plan où il apparaît dans un personnage complexe de fils de chef égotique, défiguré par un faucon et littéralement rongé par la haine et la frustration. Ses cicatrices et son œil crevé sont très réalistes et l’acteur assume cette « laideur » avec un mélange d’aplomb et de masochisme étonnant. Face à lui, Tony Curtis semble un peu falot et ne joue que sur une seule tonalité. Janet Leigh n’a jamais été plus resplendissante et Ernest Borgnine s’en donne à cœur-joie en chef rigolard et bon-vivant.

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KIRK DOUGLAS, ERNEST BORGNINE, JANET LEIGH ET TONY CURTIS

« LES VIKINGS » est à voir et à revoir avec les mêmes yeux ébahis à chaque fois. C’est de la très belle ouvrage, méticuleusement produite et une des plus grandes prestations de Douglas, également producteur de la chose. Chapeau !

 

« DALTON TRUMBO » (2015)

TRUMBO2On a déjà vu des films sur le thème du blacklistage des 10 d’Hollywood comme l’excellent « LE PRÊTE-NOM » ou le moyen « LA LISTE NOIRE », mais aucun (hormis le peu connu « ONE OF THE HOLLYWOOD TEN » en 2000), ne s’était focalisé sur la personnalité réelle d’un des acteurs de cette terrible période de l’Histoire américaine. Avec cet hommage au grand scénariste « DALTON TRUMBO », c’est chose faite.

Gare toutefois à la mise-en-place : la première demi-heure ressemble à un biopic scolaire et platement chronologique, on s’y amuse à reconnaître des acteurs célèbres plus ou moins ressemblants, on lit des dates sur l’écran, on s’indigne mollement. Bref, on s’apprête à s’ennuyer poliment pendant deux heures. À tort ! À partir de l’emprisonnement de Trumbo, le scénario se concentre sur sa personnalité paradoxale, ses ambiguïtés, le montre comme le génie manipulateur (la façon dont il gruge Otto Preminger et Kirk Douglas pour qu’ils remettent enfin son nom au générique de leurs films) et l’homme caustique, agressif, surdoué et combatif qu’il fut. Et le film bénéficie heureusement de la présence de Bryan Cranston proprement extraordinaire, dont l’identification confine à la réincarnation pure et simple. Il était temps que le génial acteur de « BREAKING BAD » retrouve un rôle à sa mesure, après plusieurs années décourageantes ! Ici, il écrase tout autour de lui, bouffe l’écran, donne vie à cet individu complexe et multiple constamment en ébullition. Les relations avec sa fille aînée (Elle Fanning) sont très joliment observées.

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BRYAN CRANSTON ET DEAN O’GORMAN

Le film n’est pas tendre avec certaines icônes hollywoodiennes comme John Wayne (odieux), Edward G. Robinson (pitoyable) et surtout Hedda Hopper à laquelle Helen Mirren apporte une aura méphistophélique. Ils en prennent pour leur grade ! Preminger (bien croqué) et Douglas (un Dean O’Gorman un peu freluquet) sont dépeints avec ironie certes, mais moins de férocité vengeresse. Très bien photographié, esthétiquement parfait, « DALTON TRUMBO » contient de très beaux moments de révolte et d’émotion, n’oublie jamais un humour en filigrane. Mais le cœur du projet tient tout entier dans le magnifique travail de Cranston dont la précision et la profondeur laissent pantois.

 

« LES ENSORCELÉS » (1952)

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BARRY SULLIVAN, LANA TURNER ET DICK POWELL

« LES ENSORCELÉS » est un film machiavélique dans le sens qu’il utilise tout le savoir-faire, les artifices, le glamour hollywoodiens pour étaler au grand jour ses vicissitudes et ses perversions. Le scénario, joliment construit en une trilogie de flash-backs, comme un recueil de nouvelles autour du même personnage vu par trois collaborateurs différents, n’est au fond qu’une ode au cinéma et à la passion de créer, au détriment de tout sentiment humain.BAD3

C’est avec énormément d’élégance que Vincente Minnelli – dont c’est le meilleur film – appelle un chat un chat, et fait se mouvoir des individus souvent méprisables, hypocrites voire sordides, dans un univers de faux-semblants. Ainsi la belle love story entre le mogul Kirk Douglas et la starlette alcoolique (Lana Turner) qu’il tire littéralement du ruisseau, ne dure-t-elle que le temps d’un tournage. Elle n’était qu’un leurre, un carburant pour qu’elle aille jusqu’au bout sans craquer. Douglas est-il un monstre comme le laissent entendre le scénariste, le réalisateur et l’actrice qui ont débuté avec lui et aujourd’hui le haïssent ? Ou n’est-ce qu’un homme de cinéma prêt à tous les compromis, les trahisons, les félonies, pour monter ses films ? Le scénario montre pourtant ses limites : entrepreneur et vendeur génial, grand manipulateur, il sait pousser les artistes dans leurs retranchements, mais quand lui-même saute le pas et tourne son premier film comme metteur-en-scène, il découvre sa propre médiocrité, son impuissance fondamentale.

« LES ENSORCELÉS » est une œuvre riche et complexe, dont la qualité principale est qu’aucun des trois « sketches » n’est plus faible que les autres. Minnelli ne recule devant aucun excès mélodramatique (la crise de nerfs de Turner dans sa voiture, assez impressionnante) pour plonger au cœur de cet univers factice en trompe-l’œil. C’est définitivement un des plus grands films sur Hollywood avec « SUNSET BOULEVARD ».

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KIRK DOUGLAS ET LANA TURNER

Douglas trouve un des rôles de sa vie, un ambitieux sans foi ni loi, un charmeur dont le visage avenant peut se métamorphoser en quelques secondes en un masque de haine et de fureur. Lana Turner n’a jamais été meilleure, au même titre que Dick Powell ou Barry Sullivan. Parmi les seconds rôles, on retiendra Gloria Grahame extraordinaire en épouse très « Belle du Sud » de Powell, une idiote charmante et castratrice. Leo G. Carroll et Ivan Triesault jouent de transparents avatars d’Hitchcock et Von Stroheim.

« LES ENSORCELÉS » fait partie de ces films quasi-parfaits qu’on peut revoir indéfiniment en y trouvant toujours quelque chose à découvrir et/ou à comprendre. Chef-d’œuvre.