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Archives de Catégorie: LES FILMS DE KLAUS KINSKI

« LE DOCTEUR JIVAGO » (1965)

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JULIE CHRISTIE

Adapté du roman-fleuve de Boris Pasternak, « LE DOCTEUR JIVAGO » de David Lean est une co-production internationale au budget pharaonique, qui reconstitue la Russie des années de la révolution en… Espagne avec une étonnante crédibilité.JIVAGO

Mélange ambitieux de film historique et de drame intimiste, le film relate ces années sanglantes à travers le regard « impartial » d’un poète et médecin (Omar Sharif) à l’âme pure, qui aime deux femmes à la fois et n’échappera à aucune des vicissitudes de la guerre. Un destin romanesque et romantique qui sied parfaitement au lyrisme méticuleux de Lean, soutenu par des décors splendides (la datcha prise dans les glaces, les intérieurs et les rues de Moscou) et surtout par la BO inspirée de Maurice Jarre, qui emporte tout sur son passage et fait oublier les petits côtés kitsch et vieillots du film. C’est un beau morceau de cinéma, truffé de séquences inoubliables et le casting est impeccable même s’il est composé d’Anglais, d’un Égyptien, d’un Américain, d’Espagnols, mais… d’aucun acteur russe ! Sharif, comédien limité et moyennement crédible physiquement, tient à peu près la route, sans faire d’étincelles, grâce à la seule intensité de son regard. Il est très bien entouré par Julie Christie magique et complexe dans le rôle de sa muse, Geraldine Chaplin en épouse stoïque, Tom Courtenay formidable en idéaliste métamorphosé en assassin sans pitié, Klaus Kinski égal à lui-même en prisonnier tourmenté enchaîné dans la longue scène du wagon. Mais c’est Rod Steiger qui rafle la mise dans un personnage répugnant d’opportuniste vicelard et malsain, à l’humanité dévoyée, le parfait négatif de Jivago, convoitant la même femme. Un de ses grands rôles. Sans oublier Alec Guinness en demi-frère impassible mais généreux qui sert de narrateur et de pont entre les époques.

Sur plus de 3 heures, « LE DOCTEUR JIVAGO » tient admirablement bien la distance et constitue encore aujourd’hui un vrai grand spectacle. Mais il faut se préparer à garder la « chanson de Lara » quelques jours dans la tête après le mot « FIN » !

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ROD STEIGER, OMAR SHARIF, KLAUS KINSKI ET GERALDINE CHAPLIN

 

« LE FOSSOYEUR » (1969)

FOSSOYEUR.jpegTourné un an après « SARTANA » par Giuliano Carnimeo (sous le pseudo de Anthony Ascott), « LE FOSSOYEUR » en est la première sequel officielle et Gianni Garko réendosse sa cape noire, pour incarner ce personnage qui s’affirme comme un mélange du Colonel Mortimer de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS » et de McGyver.

Cette fois, Sartana doit démasquer un imposteur qui a braqué une banque et dérobé 300 000 $ en se faisant passer pour lui. Aidé de son crasseux copain Frank Wolff et traqué par des chasseurs-de-primes qui ont les tronches ravagées de Klaus Kinski et Gordon Mitchell, notre héros va devoir affronter des juges et des shérifs ripoux, des gamblers malhonnêtes et une ribambelle de faux-amis. Le côté ‘whodunit’ du scénario change un peu des habituelles histoires de vengeance et la multiplicité de personnages maintient un semblant d’intérêt. Sans oublier le charisme indolent de Garko qui compose une silhouette immédiatement identifiable digne de « DJANGO » ou « SABATA ». Mais dieu ! Que les costumes et les décors sont hideux ! Que les fusillades sont monotones, que tout cela manque de nerf et de vigueur. Heureusement, on retrouve quelques « trognes » du spaghetti western comme Rick Boyd, Sal Borgese et José Torres. Et bien sûr Kinski dans un rôle très original – pour lui, tout du moins – de joueur malchanceux et décontracté, éternel ami/ennemi de Sartana et Wolff truculent en sidekick rigolard et suant. Mitchell n’apparaît que dans deux scènes totalement inutiles au déroulement d’ailleurs, en chasseur au rire diabolique et plein de dents. « LE FOSSOYEUR » accuse son âge, mais il n’a rien d’antipathique et, hormis quelques gimmick piqués çà et là, ne doit rien à Leone. Ce qui est déjà une qualité !

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GIANNI GARKO, KLAUS KINSKI ET GORDON MITCHELL

 

« LIZ ET HELEN » (1969)

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KLAUS KINSKI

Adapté par Riccardo Freda réalisateur chéri des cinéphiles français, d’un roman d’Edgar Wallace, « LIZ ET HELEN » se veut un thriller psychologique dans la lignée des « DIABOLIQUES » de Clouzot. Mais ce n’est sûrement pas avec cette coproduction italo-allemande que Freda s’est taillé sa réputation !

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Quand sa riche femme lesbienne (Margaret Lee) se tue dans un accident de voiture suspect, l’homme d’affaires Klaus Kinski est immédiatement soupçonné. Vu sa tête, c’est un peu normal, me direz-vous. Il est harcelé par ce qui semble être le fantôme de la défunte, mais commence à croire qu’elle vit toujours et cherche à se débarrasser de lui. Ensuite, ce n’est qu’une succession de filatures, de déambulations dans Londres (parfois en caméra « volée »), de jeunes femmes dénudées, dans une ambiance de « swinging London » assez ridicule. Les 77 minutes semblent en durer le triple tant les péripéties sont mollement développées, la distribution fait le minimum syndical. En fait « LIZ ET HELEN » vaut uniquement le coup d’œil parce que c’est un des très rares films où Kinski campe un personnage à peu près « normal ». Un M. Tout le monde malmené par sa femme, bousculé par son beau-père, drogué par une maîtresse. Il passe tout le film à errer en imper blanc, à rouler dans une Rolls également blanche, à ouvrir grand les yeux, à faire des moues méprisantes en clopant et en buvant du whisky. On ne peut pas dire que ce soit son travail le plus marquant, mais au moins a-t-on le plaisir de le voir en citoyen lambda. Autrement dit, pour lui, un incroyable tour-de-force dans la composition !

Techniquement parlant, le film est à peine acceptable, pourri de plans flous, de cadrages hasardeux, de matte-paintings affreuses. Mais Margaret Lee et Annabella Incontrera sont bien belles et on est toujours content de voir des gros-plans expressionnistes du faciès torturé de M. Kinski.

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MARGARET LEE, ANNABELLA INCONTRERA ET KLAUS KINSKI

À noter que le film ressortit en France, truffé d’inserts pornographiques, sous le titre de « CHALEURS ET JOUISSANCES » !

 

« AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU » (1972)

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LA PREMIÈRE SÉQUENCE…

Dès les premières images d’une longue file de conquistadores descendant dans la brume, à flanc de montagne, aux premières notes de l’hypnotique BO de Popol Vuh, et quel que soit le nombre de fois qu’on ait pu visionner « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU », l’ensorcèlement reprend et on plonge dans ce lent cauchemar semi-éveillé.AGUIRRE

Il y a quelque chose de primitif, de sauvage dans ce film inépuisable. Après une mise en place à peu près « normale », le scénario marque le pas et laisse le radeau dériver sur l’Amazone, jusqu’à la mort lente de tous ses occupants. C’est une fable sur la folie des hommes, l’ambition aveugle, le dérisoire des conquêtes : alors qu’une poignée de soldats caparaçonnés dans une chaleur suffocante, part en quête de l’Eldorado, leur leader ‘Don Lope de Aguirre’ (Klaus Kinski) fomente des complots, assassine ses supérieurs, s’annexe les immenses territoires qu’ils traversent et achève son parcours suicidaire dans la démence mégalomane la plus totale. On peut bien sûr, comme beaucoup l’ont fait, se figurer une analogie avec l’Allemagne hitlérienne, mais Werner Herzog voit plus large que cela et parle de l’Homme tel qu’en lui-même et de ses pulsions autodestructrices. Avec sa mise en scène « à l’arrache », comme uniquement composée de plans « volés », son montage abrupt, son dialogue étrangement absurde et décalé par moments, « AGUIRRE » immerge et même submerge.

Outre la musique vraiment extraordinaire, le film doit énormément à la présence de Kinski. C’est incontestablement le rôle de sa vie, celui du traître suprême, du dictateur halluciné, véritable monstre shakespearien à la démarche biaisée, au sourire torve, constamment égaré dans les méandres de son esprit dérangé. Il est, et demeure, effrayant de vérité, très bien entouré par Ruy Guerra son exact contraire en chef trop humain, trop faible, Del Negro en moine opportuniste, Peter Berling en « empereur » obèse et émotif et par la sublime Helena Rojo dont la dernière scène donne toujours le frisson.

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KLAUS KINSKI, CECILIA RIVERA ET HELENA ROJO

« AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU » est bien plus qu’un film historique ou une épopée en costumes. C’est un des chefs-d’œuvre de l’Histoire du cinéma, un film parfaitement rond, refermé sur lui-même dans lequel on ne peut que revenir, encore et encore. Presque malgré soi.

 

« SARTANA » (1968)

SARTANA2Le titre original de « SARTANA » est « SI TU RENCONTRES SARTANA, PRIE POUR MOURIR ». Le film est signé Frank Kramer, qui est le pseudo de Gianfranco Parolini (qui vient de disparaître à l’âge de 93 ans) et celui-ci s’est largement inspiré des westerns de Leone et Corbucci pour créer une nouvelle icône du genre dont l’inspiration première est le « colonel » de « … ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS » .SARTANA.jpg

C’est truffé d’emprunts, dont certains trop voyants (la montre musicale), d’autres déjà usés jusqu’à la corde (les cigarillos et la barbe de dix jours du héros), les coups de zoom abondent et la BO de Piero Piccioni est une torture pour les oreilles. Mais – allez donc savoir pourquoi – le film demeure tout à fait visible et même par moments, assez réjouissant. Autour d’une cargaison d’or, des notables, des bandidos mexicains et une ribambelle de pistoleros se disputent, se trahissent à tour de bras et s’entretuent. À chaque affrontement, une bonne douzaine de cadavres jonche la poussière. Une sorte d’amitié se noue entre Sartana (Gianni Garko) un gambler élégant et invincible et William Berger, un tueur sans aucun scrupule. Pendant ce temps-là, le général mexicain (Fernando Sancho) mange salement du poulet en hurlant de rire et le vieux fabricant de cercueils édenté compte les points en gloussant dans un clin d’œil très appuyé à « POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS ». On retrouve donc tous les poncifs du genre, et comme c’est plutôt bien rythmé et que Garko et Berger forment un duo assez charismatique, cela se laisse regarder sans passion excessive, mais sans trop d’ennui non plus. On note parmi les troisièmes couteaux, la présence de Klaus Kinski dans un rôle minuscule de ‘sniper’ vêtu en dandy qui connaît une fin prématurée. Un peu plus qu’un caméo, bien moins qu’un second rôle !

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WILLIAM BERGER, GIANNI GARKO ET KLAUS KINSKI

« SARTANA » donna naissance à de nombreuses sequels. Quatre officielles avec Gianni Garko qui retrouve son personnage, d’autres avec… n’importe qui, ne faisant qu’utiliser le patronyme pour attirer les foules trop crédules.

 

THE GREAT ONE !

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SORTIE U.S. EN HD ET EN JUIN DU « GRAND SILENCE » ENFIN RESTAURÉ ! MOMENT TANT ATTENDU DES AFICIONADOS. BELLE JAQUETTE, EN PLUS !

 

26 ANS DÉJÀ…

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IL Y A 26 ANS DISPARAISSAIT L’UNIQUE, L’IRREMPLAÇABLE KLAUS KINSKI, À L’ÂGE DE 65 ANS. LE MOULE EST CASSÉ. HEUREUSEMENT, DIRONT CERTAINS…

 

QUATRE KLAUS IBÈRES…

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EN DVD OU BLU-RAY, 4 SORTIES ESPAGNOLES DE FILMS DE KLAUS KINSKI. À RÉSERVER AUX COMPLÉTISTES, CAR AUCUN BON FILM DANS LE LOT !

 

« LA PEAU DE TORPEDO » (1970)

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KLAUS KINSKI

Adapté d’une Série Noire de Francis Ryck, « LA PEAU DE TORPEDO » est une curieuse coproduction franco-italo-allemande traitant de la guerre menée par les services secrets français contre un réseau d’espionnage industriel international et son armada de tueurs.peau3

Mêlant le banal faits-divers (une bourgeoise tue son mari volage dont elle ignore la véritable occupation) à une succession de meurtres et de suicides au cyanure, le film peine à passionner. Le rythme est excessivement lent, le jeu des comédiens catatonique et Stéphane Audran, censée être l’héroïne, disparaît trop souvent de l’action pour qu’on puisse s’identifier un tant soit peu à son personnage. L’actrice semblant avoir la tête complètement ailleurs, n’aide pas à se passionner pour son sort qui plus est. Reste à profiter du voyage, des DS, des 4-L, des hippies (aimablement appelés « clochards »), des tissus et papiers-peints fluo à s’en décoller la rétine et de la BO de François de Roubaix, certes pas sa meilleure, mais c’est toujours ça de pris.

Dans un casting hétéroclite, on retiendra la toujours belle et hiératique Lili Palmer en chef-espionne glaciale, Michel Constantin en barbouze décontractée et magnanime. Malgré sa flatteuse seconde position au générique, Klaus Kinski n’apparaît que dans les dernières vingt minutes : en tueur précieux et amateur de beaux tissus à motifs, il réveille un peu le film in extremis et compose un personnage intrigant, à la fois menaçant et un brin ridicule. Sa mort n’a en effet rien de bien glorieux ! On ne peut que sourire lorsqu’il sonne à la porte de Lili Palmer qui demande : « Qui est-ce ? ». « James Bond », répond Klaus !

À noter un excellent face-à-face entre un Kinski paralysé par une mauvaise chute et un Constantin compatissant, le seul vrai bon moment du film.

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MICHEL CONSTANTIN, STÉPHANE AUDRAN, LILI PALMER ET KLAUS KINSKI

Connu pour ses films avec Jean Gabin et digne représentant de ce qu’on appela la « Qualité France », Jean Delannoy n’est peut-être pas tout à fait dans son élément. Sans être catastrophique, « LA PEAU DE TORPEDO » ne marqua pas le genre qu’il illustre si platement.

 

LE FAUVE DU CINÉMA !

book-kkSorti pratiquement en même temps que « REAL DEPRAVITIES », ouvrage-somme consacré à Klaus Kinski, « KLAUS KINSKI, BEAST OF CINEMA » paraît en Angleterre signé par Matthew Edwards et publié chez McFarland.

Le concept en est différent. L’auteur réunit plusieurs critiques et universitaires pour parler de quelques films sélectionnés de l’acteur. On s’étonne d’emblée de découvrir dans cette « short list » le « DOCTEUR JIVAGO », où Kinski n’apparaît que trois minutes !kk-book2

On a ensuite divers témoignages de collaborateurs. Outre celui assez intéressant de l’acteur Peter Berling qui tourna à ses côtés sur plusieurs Herzog et qui n’a que des choses aimables à dire sur lui, ça ne vole pas très haut : réalisateurs de séries B ou de TV américains qui n’ont côtoyé Kinski que quelques jours sur des œuvres mineures de sa fin de carrière, interview d’une starlette qui a dû subir ses assauts libidineux pendant le tournage d’une scène ou encore celle d’un technicien de « LE SOLDAT », où Klaus n’a qu’un caméo de dix secondes… Étonnant panel, pour le moins !

Pour finir, c’est une filmographie « critique » sélective et donc frustrante de ses films les moins obscurs. Rien de nouveau sous le soleil…

L’idée du livre n’est pas mauvaise en soi et certaines analyses sont même pertinentes, mais à 300 pages, il est beaucoup trop succinct pour couvrir le parcours délirant de l’acteur et pour cerner les raisons du « culte » qu’il suscite encore aujourd’hui comme le prouvent ces derniers ouvrages qui lui sont consacrés. À lire éventuellement en complément de « REAL DEPRAVITIES » cité plus haut…