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Archives de Catégorie: LES FILMS DE L.Q. JONES

« CASINO » (1995)

CASINO2« CASINO » contient tout ce qu’on aime dans le cinéma de Martin Scorsese : l’univers mafieux, un montage virtuose, une bande-son qui fait passer les presque trois heures en un éclair, des personnages hauts-en-couleur. Son seul défaut en fait, est d’être sorti cinq ans après « LES AFFRANCHIS » et d’en être une sorte d’avatar relocalisé à Las Vegas.

Le film décrit les années 80 dans la ville des jeux, la mainmise des gangsters italiens, la corruption, la drogue, etc. à travers le parcours d’un ‘gambler’ (Robert De Niro) devenu directeur du Tangiers, qui épouse une prostituée obnubilée par l’argent (Sharon Stone) et doit gérer son « meilleur ami », Joe Pesci, un tueur psychopathe aussi incontrôlable qu’insatiable.

Comme le film de 1991, « CASINO » est bâti sur le mouvement de balancier : grandeur et décadence. Il affiche d’abord la richesse, l’impunité, l’amoralité récompensée pour finir en déchéance sordide. Scorsese manie les voix « off » en maestro, donnant la parole à plusieurs protagonistes selon les scènes, ce qui permet des accélérations dans le scénario qui évitent tout « ventre mou ». Ses personnages sont encore plus ignobles, indéfendables que ceux des « AFFRANCHIS » où subsistaient quelques vestiges d’Humanité.

De Niro d’une sobriété sans faille campe un individu froid et paranoïaque, jamais attachant, mais qui semble presque sympathique comparé à Pesci, monstrueux dans son emploi préféré. Ces retrouvailles entre les deux acteurs et le retour de Pesci (maladroitement rajeuni par des perruques et des liftings) à sa routine de maniaque dangereux, accentuent hélas, la sensation de redite. Sharon Stone trouve le rôle de sa carrière : elle est époustouflante dans les scènes d’engueulade ou d’ivresse, éclipsant même ses partenaires masculins. Parmi les seconds rôles : James Woods parfait en « mac » visqueux et pleutre, L.Q. Jones excellent en shérif faussement péquenaud.

CASINO

SHARON STONE, ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET FRANK VINCENT

« CASINO » est un film incontestablement brillant à tous points-de-vue, tellement riche visuellement et thématiquement qu’il supporte plusieurs visions. Manque juste un petit quelque chose en plus pour le qualifier de chef-d’œuvre. Un peu d’empathie pour ses personnages, peut-être ? Une once de chaleur humaine dans ce ramassis de vermines ? Mais n’est-ce pas justement le talent du réalisateur de créer des fresques clinquantes et démesurées pour montrer la pègre telle qu’elle est réellement, dépourvue du masque flatteur du sentimentalisme hollywoodien ?

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« LE TEMPS DE LA COLÈRE » (1956)

temps2Tourné entre deux chefs-d’œuvre de Richard Fleischer : « BANDIDO CABALLERO » et « LES VIKINGS », « LE TEMPS DE LA COLÈRE » est un très solide film de guerre situé dans le Pacifique pendant la WW2.

En 90 minutes et des poussières, le scénario ultra-compact parvient à raconter le parcours d’un riche planteur sudiste (Robert Wagner) hautain et arrogant, qui sur le terrain, découvre qui il est réellement. Un héros, mais aussi un être humain faillible, qui tremble après chaque combat. Il apprendra à connaître et à respecter les ouvriers qu’il méprisait dans le civil et reviendra métamorphosé au pays.

Les flash-backs sont très simplement mais habilement insérés dans ce récit guerrier, tous les seconds rôles sont croqués en quelques répliques (L.Q. Jones, Brad Dexter) et le film ne connaît aucun temps mort. Mais ce qui en ressort vraiment, c’est le personnage hallucinant joué par Broderick Crawford, sorte de « colonel Kurtz » implicitement homosexuel (il partage sa hutte avec ses deux « mignons » : Frank Gorshin et Skip Homeier et féminise le prénom de Wagner qui devient ‘Frances’ au lieu de ‘Francis’), lâche et totalement hors-contrôle. Le rôle n’est pas très développé, mais suffisamment pour, à la fois faire froid dans le dos à chacune de ses interventions et montrer ce que la guerre peut faire d’un individu aux nerfs fragiles. Wagner n’a jamais été meilleur, d’une réelle intensité dramatique, Buddy Ebsen est excellent en soldat loyal et chaleureux.

Bref, un film passionnant et maîtrisé de bout en bout par ce vieux « pro » de Fleischer, à ranger dans les vrais classiques du film de guerre hollywoodien, de ceux qui racontent en parallèle la petite et la grande Histoire.

temps

ROBERT WAGNER, FRANK GORSHIN, BRODERICK CRAWFORD, SKIP HOMEIER, L.Q. JONES, TERRY MOORE ET BRAD DEXTER

À noter que la BO signée Hugo Friedhofer est une variante du mythique « Dies Irae » (jour de colère) immortalisé pour le cinéphile par le générique-début de « SHINING » et qui justifie le titre français.

 

« SIX WEEKS TO BENT FORK » : James Gregory dans « Rawhide »

RAWHIDE GREGORY

CLINT EASTWOOD

« SIX WEEKS TO BENT FORK » est un épisode de la 8ème et ultime saison de « RAWHIDE », réalisé par Thomas Carr.

Clint Eastwood a six semaines pour conduire un troupeau jusqu’à la ville de Bent Fork, avec à la clé une somme confortable. Mais s’il a le moindre retard, le deal est annulé. Le propriétaire lui impose son « segundo », le vieux cowboy James Gregory, un dur-à-cuire déplaisant qui en a assez de jouer les seconds couteaux. Quand Clint se brise accidentellement des côtes, il est forcé de céder le commandement à Gregory qui le méprise. Mais quand il s’agit d’affronter un shérif ripou (R.G. Armstrong, who else ?), c’est le gentil ‘Rowdy’ qui se montrera le plus courageux, faisant comprendre à son rival qu’il ne sera jamais à la tête d’un convoi.

L’épisode est très « bétail » et concentré sur le quotidien des vachers. On reconnaît L.Q. Jones amusant en idiot superstitieux, parmi les récurrents. Mais ce qui fait l’intérêt (relatif) du film, c’est de voir qu’Eastwood, à 35 ans, est encore considéré comme un « kid » et qu’en le voyant affirmer son autorité, ‘Wishbone’ déclarera : « On dirait qu’il commence à avoir du poil aux pattes ! ». Pour l’acteur qui tourna cette demi-saison entre deux films de Leone, on conçoit que cette régression ait pu être irritante. Il traîne dans l’épisode – comme dans la plupart des films de cette saison, d’ailleurs – une expression maussade, voire agacée et ne décroche pas un sourire.

RAWHIDE GREGORY2

JAMES GREGORY, L.Q. JONES ET CLINT EASTWOOD

 

« DIX HOMMES POUR L’ENFER » (1955)

PEGGIE CASTLE, RICHARD CONTE ET CHARLES BRONSON

PEGGIE CASTLE, RICHARD CONTE ET CHARLES BRONSON

Les années 50 nous ont donné des chefs-d’œuvre anti-guerre comme « ATTACK ! », « CÔTE 465 » ou « LES SENTIERS DE LA GLOIRE ». Il ne faut pas s’attendre à quelque chose du même acabit avec « DIX HOMMES POUR L’ENFER », un film situé pendant la guerre de Corée et focalisé sur quelques G.I.s et soldats anglais cherchant à retrouver le gros des troupes en circulant en tank à découvert et au milieu des champs de mines.10H

On sent que le budget est serré, les extérieurs ne donnent jamais l’impression d’être coréens. Pas une seconde ! Et cela n’aide pas à se passionner pour l’aventure. Si on ajoute une musique mélodramatique, des invraisemblances énormes (Aaron Spelling saute sur une mine et ne récolte qu’une petite blessure anodine… au bras !), une love story franchement ridicule entre le stoïque lieutenant Richard Conte et Peggie Castle, une infirmière à l’impeccable mise-en-plis, on comprendra que la seule raison de jeter un coup d’œil curieux à ce film tient dans sa distribution de seconds rôles étonnamment riche : le sergent costaud et amical est joué par un Charles Bronson presque chaleureux, parlant de sa femme et de ses deux filles qui l’attendent au pays, Chuck Connors est le radio, Strother Martin est blessé avant même le générique-début et se fait transporter pendant le reste de l’action. Mais c’est L.Q. Jones qui se taille la part du lion dans un personnage de troufion rigolard et blagueur qui prend une place extrêmement importante au cours du film, allant jusqu’à éclipser l’ennuyeux Conte.

Les trois-quarts du film sont tellement fauchés, qu’on devine aisément que tous les dollars ont été mis sur l’attaque finale et dans le budget artificiers. C’est la seule séquence correctement mise en scène et à peu près prenante. On est presque tenté de réviser notre avis sur « DIX HOMMES POUR L’ENFER », quand juste avant le mot « FIN », L.Q. Jones sort une ultime vanne foireuse et Conte embrasse sa dulcinée en guise de conclusion. Non, décidément, cela n’a rien d’un bon film !

L.Q. JONES, CHARLES BRONSON, PEGGIE CASTLE ET CHUCK CONNORS

L.Q. JONES, CHARLES BRONSON, PEGGIE CASTLE ET CHUCK CONNORS

 

« SANTIAGO » (1956)

SANTIAGOÉtonnant à quel point un film comme « VERA CRUZ », paraît-il improvisé au jour le jour sur le tournage, a pu influencer un si grand nombre de scénaristes au fil des années. « SANTIAGO » en est un bel exemple. C’est une simple transposition des grandes lignes du chef-d’œuvre de Robert Aldrich de Mexico à Cuba avec les mêmes personnages ou presque et un duel final identique entre les deux protagonistes amis/ennemis.

Hélas – et c’est cruellement visible dès les premières scènes – Alan Ladd et Lloyd Nolan ne sont pas Gary Cooper ni Burt Lancaster. Ce sont deux acteurs également fades et dépourvus de charisme. Ils jouent laborieusement les ‘tough guys’ de façon grotesque et ne génèrent aucune alchimie. Le moteur du scénario (leur relation houleuse) étant au point mort, le film ne s’en remet évidemment pas et se traîne de traversées en bateau en bagarres interminables, sans oublier les batailles assez sanglantes pour l’époque. Au moins « VERA CRUZ » nous avait-il épargné le garçonnet rêvant de devenir soldat et de libérer son pays du joug espagnol !

Qu’y a-t-il à retenir alors de « SANTIAGO » ? La beauté de madone de Rossana Podesta en passionaria cubaine, quelques trognes comme L.Q. Jones, Frank DeKova ou Royal Dano faisant de la figuration en mercenaires crasseux. Et aussi George J. Lewis en révolutionnaire, plus connu pour avoir joué le père de Don Diego dans la série « ZORRO ». Et surtout le magnifique décor de jungle entièrement reconstitué en studio qui est pour beaucoup dans la beauté visuelle de certaines séquences.

« SANTIAGO » n’est qu’un pâle avatar, un ersatz d’un grand western picaresque, sorti seulement deux ans auparavant.

ROSSANA PODESTA, PAUL FIX, ALAN LADD, FRANK DeKOVA ET LLOYD NOLAN

ROSSANA PODESTA, PAUL FIX, ALAN LADD, FRANK DeKOVA ET LLOYD NOLAN

 

« TIMERIDER » (1982)

TIMERIDER2Franchement, il y a tout pour plaire dans « TIMERIDER » : le mélange science-fiction et western, la présence en tête d’affiche du bronsonien Fred Ward, des vieilles tronches qu’on adore comme Ed Lauter ou L.Q. Jones et les paysages grandioses du Far-West.

Alors pourquoi en ressort-on si dépité ? Peut-être parce que c’est un film des années 80 et que rares sont ceux qui ont échappé à un vieillissement accéléré. Celui-ci est loin de faire exception. Le rythme est plombant, la musique est une agression de chaque instant et le manque de moyens se fait cruellement ressentir. Très peu scénarisé, le film se résume à un postulat sympathique (un champion de moto se retrouve catapulté à l’époque de la Conquête de l’Ouest), sous-exploité par les auteurs et se résumant à une succession de poursuites et de quiproquos tirés par les cheveux. Pour se donner une vague idée de l’approximation générale, le héros ne se pose jamais vraiment la question du décalage temporel ! À vrai dire, ce n’est pas tellement plus développé qu’un bon vieil épisode de « AU CŒUR DU TEMPS ».

Ward est mal dirigé et n’arrive pas à s’imposer comme protagoniste. Il joue un antihéros peu téméraire sans grand intérêt. Il se fait allègrement piquer la vedette par l’habituellement transparent Peter Coyote, qui s’éclate à jouer un hors-la-loi au dentier argenté, aussi bête que méchant à l’extrême limite du gros comique. Lauter est un prêtre à la gâchette facile, L.Q. un shérif vengeur et des habitués du genre comme Richard Masur et Tracey Walter font les clowns en frangins débiles. Et Belinda Bauer est bien belle à regarder…

Pour ceux qui rêvent du métissage improbable du fantastique et du western, mieux vaut oublier ce « TIMERIDER » bien désuet et se rabattre sur « RETOUR VERS LE FUTUR 3 » qui exploitera avec beaucoup plus de flair (et de dollars) un point de départ similaire.

FRED WARD, L.Q. JONES ET PETER COYOTE

FRED WARD, L.Q. JONES ET PETER COYOTE

 

« LA ROUTE DE LA VIOLENCE » (1975)

JAN-MICHAEL VINCENT

JAN-MICHAEL VINCENT

Sous ses dehors de série B « redneck » dans la lignée de « JUSTICE SAUVAGE », « MISTER MAJESTYK » ou la plupart des films de Burt Reynolds, « LA ROUTE DE LA VIOLENCE » tente d’avoir un discours documentaire et militant sur la condition des routiers indépendants rackettés par les consortiums et vivant dans la peur permanente.ROUTE2

Cinéaste intéressant, capable de très bons films comme « LOVE FIELD », Jonathan Kaplan s’efforce de ne pas se montrer pesant et didactique, même s’il n’y parvient pas toujours. Pour préserver l’aspect ludique de son scénario, il est allé chercher des « trognes » de la troupe de Peckinpah : L.Q. Jones en méchant particulièrement odieux, Slim Pickens ou R.G. Armstrong. Il a peuplé l’arrière-plan de seconds couteaux populaires tels que Dick Miller, Martin Kove ou Neil Summers et place en vedettes deux jeunes acteurs en vogue : Jan-Michael Vincent et Kay Lenz, tous deux attachants mais un peu gauches.

À force de vouloir se montrer réaliste à tout prix, de refuser le discours « vigilante » alors très en vogue, le scénario manque un peu de moments spectaculaires et jouissifs. Et il faut vraiment très longtemps au jeune camionneur persécuté pour prendre son fusil et aller se venger. Et encore, cette vengeance sera-t-elle purement symbolique et quelque peu dérisoire ! Les vrais tireurs de ficelles s’en sortent sans dommage et finiront leur soirée dans un grand restaurant. Oui, pour être réaliste, c’est réaliste ! Un peu frustrant toutefois, pour l’amateur de films d’action et de héros ‘hard boiled’.

Sympathique, bien filmé, très bien monté, « LA ROUTE DE LA VIOLENCE » est donc un film « le cul entre deux chaises », cherchant à capitaliser sur la mode des héros solitaires, héritiers des ‘westerners’ d’antan (« Les temps ont changé », dit Pickens à Vincent au début du film. « Les temps peut-être, mais pas moi ! » lui rétorque le jeunot, reprenant mot pour mot une célèbre réplique de « PAT GARRETT & BILLY THE KID »). Mais tout en demeurant plaisant à suivre et manifestement sincère dans son combat pour un monde meilleur, il laisse sur une sensation frustrante. Il aura au moins prouvé qu’il est difficile de conjuguer « NORMA RAE » et « TUEZ CHARLEY VARRICK ! » dans un même long-métrage.

L.Q. JONES, JAN-MICHAEL VINCENT ET KAY LENZ

L.Q. JONES, JAN-MICHAEL VINCENT ET KAY LENZ