RSS

Archives de Catégorie: LES FILMS DE LEE MARVIN

LE FOULARD DE LIBERTY…

Il existe enfin une explication logique au foulard un brin absurde que Lee Marvin porte sur le visage lors de sa première apparition dans « L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE » de John Ford. Cela a toujours semblé illogique, puisque foulard ou pas, tout le monde sait bien que c’est lui qui a attaqué la diligence transportant James Stewart et lui également qui a frappé celui-ci avec sa cravache. Alors pourquoi se masquer ainsi ?

LEE

LEE MARVIN, SALEMENT AMOCHÉ PENDANT UNE BAGARRE MAL RÉGLÉE DANS « ROUTE 66 »

Eh bien, tout simplement parce que le pauvre Lee était complètement défiguré ! Il sortait du tournage de « MON PETIT CHOU », un épisode de la série « ROUTE 66 » réalisé par son ami Sam Peckinpah. Il jouait, comme souvent, un odieux individu qu’un des deux héros de la série, Martin Milner, finissait par affronter mano a mano. Si Marvin était déjà connu pour être un cascadeur hors-pair et se passait de doublure, il n’en était pas de même pour Milner. Aussi le jeune acteur envoya-t-il involontairement son poing en pleine figure à Lee. Résultat : un nez cassé, du sang partout (c’est un film de Bloody Sam, après tout) et deux yeux au beurre noir. Peckinpah fit ce qu’il put pour terminer l’épisode avec Marvin en silhouette ou à contrejour, mais c’est avec cette gueule abimée qu’il débarqua sur le plateau de papy Ford, qui trouva lui aussi une solution pour filmer Marvin sans vraiment le montrer. Il ne se démasque qu’à la fin de la scène, mais en plan large.

LEE2

QUELQUES JOURS PLUS TARD, AVEC SON FOULARD CACHE-MISÈRE

Un mystère résolu !

Publicités
 

« OURAGAN SUR LE CAINE » (1954)

caine

HUMPHREY BOGART

Adapté d’un roman de Herman Wouk, réalisé par Edward Dmytryk, « OURAGAN SUR LE CAINE » a laissé un grand souvenir dans la mémoire du cinéphile, même si en le revoyant aujourd’hui, il semble que seule l’extraordinaire prestation d’Humphrey Bogart et à un degré moindre, de José Ferrer, mérite réellement cet enthousiasme rétrospectif.caine2

La première demi-heure, mettant en scène le jeune premier Robert Francis et sa fiancée May Wynn est insupportable, les deux comédiens étant aussi incompétents et tête-à-claques l’un que l’autre. Leurs misères sentimentales avec future belle-mère au milieu, semblent provenir d’un autre film. Et pas des meilleurs. La mise en train du scénario à bord du ‘Caine’ est fastidieuse, inutile. Heureusement, l’heure qui suit voit arriver Bogart jouant le nouveau capitaine. Petit, chétif, le visage ravagé, le regard fuyant, il compose un ‘Queeg’ absolument saisissant. Sous ses airs de « Capitaine Bligh » tyrannique, c’est pauvre type miné par les combats, démoli et pathétique qui craque à la moindre pression. Il a des moments oscarisables, des expressions qu’on ne lui connaissait pas. Face à lui, peu font le poids, hormis Fred McMurray en officier faux-jeton et « fouteur de merde » d’une lâcheté à toute épreuve. Son ultime face-à-face avec Ferrer, jouant l’avocat du mutin Van Johnson, est d’une tension inouïe.

Mais ce film lourd, empesé, beaucoup trop long et plombé par une terrible musique « patriotique », vaut principalement pour la séquence du procès (qui fit l’objet d’une pièce de théâtre à elle toute seule)  et bien sûr, pour le témoignage de Bogart, qu’on voit littéralement se décomposer sous nos yeux, jusqu’à n’être plus qu’une pauvre chose apeurée et ridicule, sous le regard consterné de ses pairs. C’est d’une virtuosité hors-pair. Parmi les seconds rôles, on reconnaît Lee Marvin en marin nommé ‘Meatball’ (« Boulette de viande ») qui change de tenue et de pilosité à chaque apparition et son acolyte Claude Akins. Ils forment une sorte de tandem comique tout au long du film, le temps de courtes saynètes. Marvin a tout de même SON moment, quand il dépose au procès, tout propre et rasé de frais dans son bel uniforme.

« OURAGAN SUR LE CAINE » vaut donc d’être vu pour Bogart, c’est incontestable, mais tout ce qui concerne Robert Francis est à jeter aux orties. Et cela occupe hélas, beaucoup, beaucoup de temps !

caine3

JOSÉ FERRER, VAN JOHNSON, ROBERT FRANCIS, FRED McMURRAY, LEE MARVIN ET CLAUDE AKINS

 
Image

LES 95 ANS DU GRAND LEE…

LEE85

 

« A FIST OF FIVE » : Lee Marvin dans « Les incorruptibles »

FIST

LEE MARVIN

Épisode de la 4ème saison de « LES INCORRUPTIBLES », « A FIST OF FIVE » possède un générique largement digne d’un long-métrage de cinéma et un nombre très inhabituel de personnages principaux dans le court laps de temps d’une cinquantaine de minutes. Il fallait la stature d’Ida Lupino pour réaliser l’exploit de concentrer autant d’événements et de destins croisés et, de fait, elle signe un des plus mémorables épisodes de la série.

Lee Marvin, flic brutal et aigri, est licencié pour violence excessive. Il réunit ses frères, parmi lesquels James Caan et Roy Thinnes, pour kidnapper un caïd du trafic d’héroïne (Frank DeKova) et demander une rançon à ses associés. Mais contre toute attente, ceux-ci refusent de payer ! Le scénario est solide, les protagonistes sont très bien dessinés, évitant même le manichéisme : DeKova sous ses dehors d’affreux gangster, est fou amoureux de sa femme infirme (Phyllis Coates) et rêve de prendre sa retraite en Italie. Sympathique peut-être pas, mais plus humain en tout cas que Marvin, qui n’hésite pas à mouiller ses propres frères, quitte à les sacrifier pour 150 000 $. L’acteur, qui apparaissait pour la troisième fois dans « LES INCORRUPTIBLES » est égal à lui-même : se mouvant comme un fauve aux abois, arrogant et imprévisible. Du grand Marvin ! Parmi les seconds rôles, on retrouve également la jeune Marianna Hill en fiancée du cadet pressée « de se marier ». Presque un film donc, ce « FIST OF FIVE » mené de main de maître par Mme Lupino et qui s’achève dans les égouts, par la fuite désespérée des survivants de la fratrie.

FIST 2

ROY THINNES, MARIANNA HILL, JAMES CAAN ET LEE MARVIN

À noter que c’est dans ce téléfilm que Robert Stack – toujours aussi rieur – balance une de ses répliques les plus définitives : à un voyou qui lui propose une tranche de melon, il répond « Je ne mange pas avec les porcs ».

 

« CHASSE À MORT » (1981)

HUNT2

ANDREW STEVENS ET LEE MARVIN

Lee Marvin et Charles Bronson, deux acteurs mythiques de films d’action qui débutèrent dans le même film en 1951, qui se croisèrent plusieurs fois sur les plateaux de cinéma et de TV, furent réunis une ultime fois pour « CHASSE À MORT », alors que leurs carrières respectives suivaient une courbe descendante comparable.HUNT

Réalisé par l’anglais Peter Hunt (« AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ » et « PAROLE D’HOMME » déjà avec Marvin), le film est basé sur des événements réels survenus dans le Yukon en 1932 et sur un scénario qui annonce très nettement celui de « RAMBO » sorti un an après. Ex-héros de la WW1 revenu sur la terre glacée de son père, Bronson est agressé par une bande de bouseux à moitié dégénérés et abat l’un deux. Il est alors traqué par Marvin, sergent de la Police Montée, lui-même talonné par une bande de chasseurs de primes incompétents. Un sujet-bateau, mais un film qui a pris de la patine avec les années et qui dégage une certaine authenticité dans ses décors, sa rudesse et son absence de sentimentalisme. Pas vraiment de face-à-face entre les deux stars vieillissantes, hélas. Ils ne se donnent la réplique que dans une brève séquence, mais on sent leur complicité à distance, à travers des lentilles de jumelles au cours de la chasse à l’homme. Le cheveu blanchi, la ride profonde, les deux ‘tough guys’ sont toujours égaux à eux-mêmes, mais on perçoit une sorte de vulnérabilité dans leur jeu, dans leur allure, un lâcher-prise, une fatigue. Bronson, même s’il parle encore moins que d’habitude, a de jolis moments où transparaissent sa solitude, son inadaptation à un 20ème siècle en pleine mutation. Tout cela par quelques mimiques imperceptibles, un jeu totalement physique. Sa relation avec le chien, au début, donne lieu à des instants très émouvants.

Autour du tandem de « chevaux de retour », on reconnaît Carl Weathers, Ed Lauter dans un rôle ignoble, le jeune Andrew Stevens qui apprend la vie à la dure et dans un personnage visiblement rajouté a posteriori, Angie Dickinson qui a une liaison avec Marvin, tombant comme un cheveu sur la soupe. Mais on est tout de même content de la revoir aux côtés de son partenaire de « À BOUT PORTANT » et « LE POINT DE NON-RETOUR » !

HUNT3

CHARLES BRONSON, ANGIE DICKINSON ET LEE MARVIN

« CHASSE À MORT » se laisse regarder sans jamais enthousiasmer vraiment, mais il a vieilli comme un bon vin et offre à ces deux acteurs irremplaçables l’occasion d’une dernière grande aventure. Rien que pour ça…

À noter : le film avait d’abord été annoncé sous le titre « ARCTIC RAMPAGE », avec Robert Aldrich comme réalisateur et Telly Savalas dans le rôle finalement tenu par Henry Beckman. Une partie de l’équipe des «  12 SALOPARDS » donc, qui ne s’est en fait jamais retrouvée. Seuls Marvin et Bronson seront attachés jusqu’au bout au projet.

 

« DUEL DANS LE PACIFIQUE » (1968)

HELL« DUEL DANS LE PACIFIQUE », c’est un peu le film de guerre ultime : deux protagonistes égarés sur une île déserte en pleine WW2, incarnés par deux comédiens ayant réellement participé aux combats : Lee Marvin et Toshirô Mifune. Deux immenses pointures, certes trop âgés pour leurs rôles, mais ce n’est clairement pas le réalisme qui intéressait John Boorman.

Avec un minimum de dialogue (il aurait même pu ne pas y en avoir du tout), il démontre sans aucun didactisme ni aucune lourdeur l’absurdité et même le ridicule de la guerre (la scène où Marvin apprend à son prisonnier à jouer à « va chercher »). Deux inconnus qui se haïssent au premier coup d’œil, cherchent à s’entretuer, à s’humilier, et finissent par unir leurs efforts pour bâtir un radeau et s’échapper ensemble. Le film aurait pu s’arrêter sur cette victoire de l’Humanité sur l’horreur et la bêtise, mais Boorman n’a rien d’un naïf ni d’un optimiste : l’amorce de camaraderie entre le ‘Yank’ et le ‘Jap’ sera vite balayée une fois qu’ils auront regagné un semblant de civilisation. La fin (la vraie, pas celle re-montée pour les U.S.A.) est d’une amertume, mais d’une lucidité terribles.

Le face-à-face des deux « monstres » ne déçoit pas une seconde : Marvin est tellement à l’aise dans ce rôle de pilote aussi malin qu’il peut être stupide parfois, qu’on dirait qu’il se contente d’être lui-même et improvise ses répliques. Et il a celle-ci, sublime adressée à Mifune qui l’a surpris : « Pendant une seconde, j’ai cru que tu étais un Jap ! ». Mifune lui tient tête avec une morgue extraordinaire et même une pointe d’humour bien cachée. Grand bonheur de les voir s’affronter, apprendre à s’estimer, tout exprimer par le langage du corps ou de furtives expressions. La puissance du film leur est due à 90%.

Mais il ne sont pas seuls à avoir donné le meilleur d’eux-mêmes : la BO de Lalo Schifrin est une de ses plus mémorables, enveloppant les magnifiques images de Conrad Hall. « DUEL DANS LE PACIFIQUE », film simple, maîtrisé, au symbolisme évident mais jamais mis en avant, est un chef-d’œuvre modeste et inoubliable.

HELL2

TOSHIRÔ MIFUNE ET LEE MARVIN

À noter : pendant une séquence, Mifune crie son nom qui n’est autre que ‘Kuroda’, celui qu’il portera à nouveau dans « SOLEIL ROUGE ». Marvin lui, restera anonyme. Mais il chante à plusieurs reprises au cours du film, de cette voix unique. Est-ce cela qui a donné l’idée aux producteurs de « LA KERMESSE DE L’OUEST » de lui demander de réitérer l’année suivante ?

 

« L’HOMME DU CLAN » (1974)

KLAN2

LEE MARVIN

Avant d’aborder « L’HOMME DU CLAN » à proprement parler, un petit historique s’impose : le scénario fut coécrit par Sam Fuller qui devait le réaliser. La chose aboutit finalement entre les mains plus mercenaires – et moins talentueuses – de l’Anglais Terence Young. Le film fut massacré au montage, raccourci, censuré, remonté, exploité en vidéo dans des copies affreuses depuis des décennies. Jusqu’à ce que tout récemment, les éditions Olive le sortent enfin de façon (à peu près) décente en Blu-ray.KLAN

Cela change-t-il le mauvais souvenir laissé par le film ? Eh bien, étonnamment, un peu tout de même. Retrouvant un minimum de qualité technique, « L’HOMME DU CLAN » s’avère moins désastreux qu’on aurait pu le craindre. Bien sûr, la photo et la BO sont très moches, la facture demeure assez primitive et rappelle les « exploitation films » de l’époque. Les acteurs ne sont pas tous au top de leur forme, mais il est rare qu’un film U.S. des seventies parle aussi ouvertement de l’implantation du KKK dans le Sud, du racisme, de l’ambivalance du pouvoir en place, etc. La première séquence (un viol-spectacle organisé entre deux Noirs, un débile mental et une jeune femme par une bande d’abrutis hilares et l’indulgence coupable du shérif Lee Marvin à leur égard), est une parfaite entrée en matière. Le personnage du shérif est d’ailleurs le centre d’intérêt du projet. Il symbolise à lui seul le mal qui ronge le Sud. Intelligent, apparemment honnête, il est aussi un « ripou » cynique et amoral, qu’un ultime baroud d’honneur rédempteur ne parviendra pas à sauver. L’aura héroïque de Marvin, son autorité de « tough guy » rendent son antihéros encore plus complexe et difficile à cerner. À ses côtés, Richard Burton fait n’importe quoi en planteur local boiteux mais chaud-lapin, à l’accent bizarroïde. Un rôle sacrifié par ce grand acteur, ici complètement hagard et à côté de la plaque. Cameron Mitchell est bien en adjoint répugnant. Sa scène de viol est assez dérangeante. O.J. Simpson joue un révolutionnaire « vigilante » et on reconnaît de beaux visages féminins comme Linda Evans ou Luciana Paluzzi.

« L’HOMME DU CLAN » ne sera jamais un grand film, mais quelque peu réhabilité par la HD, il apparaît soudainement qu’il ne manque pas d’intérêt, voire de culot, et qu’il offre à Marvin un très bon rôle, tout en retenue et en nuances de salaud charismatique et jamais antipathique malgré les actes méprisables qu’il commet. À noter une assez jolie séquence d’action à la fin entre les « héros » et le KKK, qui s’achève en véritable massacre. À réévaluer donc, mais pas excessivement tout de même !

KLAN3

LINDA EVANS, RICHARD BURTON, O.J. SIMPSON ET LEE MARVIN