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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LEE VAN CLEEF

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AUJOURD’HUI, IL AURAIT EU 95 ANS !

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« LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » (1975)

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JIM BROWN ET FRED WILLIAMSON

Comment définir cette improbable coproduction italo-hispano-américaine, sinon comme un cas rare de « blaxploitation eurowestern » ? Réalisé par Antonio Margheriti, tourné en majeure partie aux îles Canaries, « LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » part d’un scénario d’une décourageante banalité.RIDE.jpg

Bras-droit du vieux rancher Dana Andrews, Jim Brown promet à celui-ci mourant de ramener sa fortune à sa femme à Durango. Brown se retrouve bientôt avec tout le pays à ses trousses et flanqué de Fred Williamson, un gambler à la gâchette facile et d’un karatéka indien (sic !) joué par… Jim Kelly. Trois sportifs afro-américains devenus comédiens, l’un plutôt bon (Williamson), les deux autres disons… très limités. Le film est donc une longue poursuite dans le désert, menée par Lee Van Cleef, chasseur-de-primes joueur d’harmonica et Barry Sullivan vieux shérif entêté. Ça tire dans tous les sens, les chevaux en prennent pour leur grade (la SPA n’a pas dû passer souvent sur le tournage), le dialogue est d’une pauvreté absolue. Pourtant, nostalgie aidant, on aime à revoir ces colts brillants au soleil, ces chapeaux, ces cache-poussière et bien sûr la « gueule » de Van Cleef, qui compose un personnage où on retrouve sa profession de « …ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS », son instrument de musique du « TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » et ses célèbres plissements d’yeux rusés. Le rôle n’est pas très présent, il n’a aucune profondeur, sauf peut-être lors du dénouement, mais Margheriti parsème son montage d’énormes gros-plans du visage buriné de sa star, pour notre plus grande joie. Si Brown est lugubre comme toujours et arbore un affreux pantalon rouge, Williamson est plutôt drôle dans un rôle à la Joe Erin dans « VERA CRUZ », on voit des vétérans comme Harry Carey, Jr. et Hal Needham (également réalisateur de seconde équipe). À noter la présence de la belle Catherine Spaak dans un rôle hélas, épisodique mais pas dépourvu d’intérêt.

« LA CHEVAUCHÉE TERRIBLE » est un spaghetti western tardif et sans signe particulier, hormis son casting semi-américain et la BO de Jerry Goldsmith.

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LEE VAN CLEEF, JIM KELLY, CATHERINE SPAAK, FRED WILLIAMSON ET JIM BROWN

 

« LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » (1952)

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GARY COOPER

« LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » de Fred Zinnemann fait partie de ces films qui ne vieillissent pas et même s’enrichissent avec les années. C’est un western « en chambre », filmé dans un austère noir & blanc presque métallique, narré pratiquement en « temps réel » et d’une effarante misanthropie.NOON.jpg

Le scénario est resserré au maximum, concentre le suspense sur la peur grandissante de son héros, le shérif Gary Cooper, qui attend l’arrivée d’un hors-la-loi et de ses trois acolytes qui ont juré d’avoir sa peau. Dans un genre où n’importe quel pistolero est capable de descendre douze adversaires sans recharger son arme, voir Cooper suer d’angoisse à l’idée d’en affronter « seulement » quatre est déjà révolutionnaire et jette un regard lucide et critique sur le western fantasmé par Hollywood. Mais c’est le portrait des villageois qui est le plus écœurant : un à un, ils lâchent tous celui qui fut leur ami et protecteur, se terrent chez eux ou se réjouissent de sa mort prochaine. Même Grace Kelly, jeune quaker épousée le jour-même, le laisse tomber. On a beaucoup dit que c’était une transposition de l’attitude des gens de cinéma face au maccarthisme et c’est fort probable, vu l’acuité et surtout l’amertume du regard de l’auteur. Le montage est remarquable de tension, entrecoupé de plans d’horloges égrenant les minutes, d’images récurrentes de voies de chemin de fer, de rues désertes. Impossible de décrocher une seconde. Cooper est absolument magnifique, montrant la décomposition progressive de cet homme brave sentant la mort arriver.

Autour de Cooper, les seconds rôles sont parfaits : Katy Jurado en ex-maîtresse fière et farouche, Lloyd Bridges en adjoint planche-pourrie, Thomas Mitchell en notable faux-jeton et dans sa première apparition à l’écran, Lee Van Cleef en tueur jouant de l’harmonica sans une seule ligne de dialogue. On aperçoit même Jack Elam en ivrogne.

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KATY JURADO, LEE VAN CLEEF, ROBERT J. WILKE ET SHEB WOOLEY

« LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS » ne restaure certes pas la foi en l’humanité, mais c’est un film puissant, adulte, et âpre qui serait quasiment parfait sans la chanson lancinante et pénible qui revient régulièrement. Un presque sans-faute.

 

COOLITUDE…

En hommage à Lee Van Cleef, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire, « BDW2 » exhume une image-culte : l’unique rencontre à l’écran de deux icônes indémodables du western et des années 60 : Steve McQueen, le « king of cool » et Lee le « bad guy » suprême consacré par le spaghetti western.cool

On les voit ici se battre comme des chiffonniers dans « THE HOSTAGE », un épisode de la 2ème saison de « AU NOM DE LA LOI » où ils ont quelques échanges assez saignants.

Les deux acteurs ne se retrouveront jamais et leur seul autre point commun est d’avoir tous deux incarné un héros parmi les sept mercenaires. Mais pas dans le même film ! Steve dans « LES 7 MERCENAIRES », bien sûr, et Lee dans « LA CHEVAUCHÉE DES 7 MERCENAIRES ».

 

LONG GONE… NEVER FORGOTTEN

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AUJOURD’HUI, LEE VAN CLEEF AURAIT EU 94 ANS…

 

« QUARTER PAST ELEVEN » : Lee Van Cleef dans « Laredo »

Lee Van Cleef et Neville Brand, deux des plus belles « gueules » hollywoodiennes des années 50, ont tourné cinq fois ensemble pour le grand et le petit écran. « QUARTER PAST ELEVEN », un épisode réalisé par Irving J. Moore de la série « LAREDO » (dont le second était la vedette) marque leur dernière collaboration devant une caméra.LAREDO LVC

Inutile de s’acharner sur cette pitrerie westernienne où Brand s’échine à cuisiner un gâteau au chocolat pour l’anniversaire de son chef. Il cabotine tellement qu’on a la surréaliste impression de voir un sosie de Klaus Kinski faire une imitation ratée de Fernandel ! Attardons-nous plutôt sur la sous-intrigue impliquant Van Cleef. Celui-ci était alors revenu aux U.S.A. entre deux westerns italiens pour tourner quelques « guests » télé selon sa vieille habitude. Il arrive à Laredo à cheval, tout de noir vêtu, l’air menaçant, comme il l’a fait dans tant et tant de films au cours de sa carrière. Il veut se venger de Philip Carey (le fameux chef au gâteau) qui l’avait arrêté jadis. Rien de très remarquable là-dedans, si ce n’est que lorsque les deux hommes se retrouvent finalement face-à-face dans la grand-rue, prêts à dégainer, le duel est filmé comme un pastiche de Sergio Leone, avec gros-plan des yeux, etc. C’est très étonnant, car la trilogie eastwoodienne n’est arrivée sur les écrans américains que l’année suivante en 1967. Est-ce Van Cleef qui aurait suggéré l’idée de ces cadrages au réalisateur ? Quoi qu’il en soit, on pourra toujours sourire à l’issue de l’affrontement : effrayé par nos trois héros qui font des bruits dans son dos, Van Cleef finit par se dégonfler et prend la fuite sans demander son reste !

L’acteur enchaîna encore avec un épisode de « GUNSMOKE » avant de repartir pour l’Italie et de tourner « COLORADO » et « LE BON, LA BRUTE, LE TRUAND » qui installeront définitivement son vedettariat européen. L’épisode de « LAREDO » restera donc comme une véritable curiosité dans son parcours, une sorte d’auto-parodie précoce.

 

« RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » (1957)

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BURT LANCASTER ET KIRK DOUGLAS

Sans présenter les qualités plastiques et romanesques de « LA POURSUITE INFERNALE » de John Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL », énième version du duel mythique qui opposa le marshal Wyatt Earp et ses frères au clan des Clanton à Tombstone, a fini par l’égaler dans l’esprit des amoureux du western. John Sturges, armé d’un scénario en béton armé de Leon Uris et surtout d’un casting éblouissant signe un de ses meilleurs films.OK2

On peut trouver la mécanique trop millimétrée, le rôle de Rhonda Fleming superflu et certains décors de studio pas très heureux, mais le film balaie les réticences par l’excellent traitement de son thème principal : l’amitié entre un homme de loi psychorigide (Burt Lancaster) et un joueur tuberculeux qui tue comme il respire (Kirk Douglas). Uris bâtit cette histoire d’hommes comme une love story hollywoodienne traditionnelle : rencontre inopinée, coup de foudre, conflit, complicité grandissante, etc. D’ailleurs, l’amie de Doc Holiday est ouvertement jalouse de Earp au point de l’envoyer à la mort pour s’en débarrasser ! C’est dire que l’ambiguïté règne, mais sans insistance. Les deux acteurs sont superbes, particulièrement Douglas en âme tourmentée, suicidaire, aveuglément fidèle à ce « lawman » qu’il devrait haïr. Ses scènes avec Jo Van Fleet jouant une prostituée ni très belle, ni très jeune, sont très étonnantes dans un film de cette époque. Une relation complexe, toxique, flirtant avec le SM pur et simple. Sturges surfe avec maestria de morceaux de bravoure en séquences magnifiquement dialoguées avec une certaine raideur nullement déplaisante.

Imparfait mais puissant, devenu un vrai classique westernien après avoir été longtemps dénigré au profit du chef-d’œuvre de Ford, « RÈGLEMENT DE COMPTES À OK-CORRAL » permet à l’amateur de se délecter d’une distribution de seconds rôles extraordinaire : Dennis Hopper, Lee Van Cleef, John Ireland, Jack Elam (à peine figurant), Earl Holliman, DeForest Kelley et beaucoup d’autres. Un vrai régal, ce film.

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KIRK DOUGLAS, JO VAN FLEET ET LEE VAN CLEEF

 

« DEATH NEVER RIDES ALONE » : Lee Van Cleef dans « L’homme à la carabine »

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CHUCK CONNORS ET LEE VAN CLEEF

Dans les années 50 dans les westerns, quand trois cavaliers patibulaires arrivaient en ville, l’un deux était invariablement Lee Van Cleef. Dans « DEATH NEVER RIDES ALONE » un épisode de la 5ème saison de « L’HOMME À LA CARABINE », il monte en grade puisqu’il ne fait plus partie des trois malfaisants, mais incarne le « meilleur tireur de l’Ouest » à qui ceux-ci cherchent querelle. Réalisé par l’excellent Joseph H. Lewis, le film offre un bon rôle à Van Cleef, préfigurant quelques-uns de ses personnages dans le ‘spaghetti western’ comme « LE DERNIER JOUR DE LA COLÈRE ». Souvent filmé en très gros-plans, l’œil perçant, le sourire ironique, il cherche à remiser ses colts et à s’installer à North Fork avec l’appui de Chuck Connors dont il sauva la vie pendant la guerre. Mais évidemment, le patron du saloon se sert de sa présence pour attirer les curieux et les fines gâchettes commencent à affluer pour se mesurer à lui.

L’épisode est intéressant et s’achève par une vraie surprise : le duel entre les trois ‘gunmen’ et Connors, le shérif Paul Fix et Van Cleef qui se range à leurs côtés, n’aura… finalement pas lieu ! Les méchants moins bêtes que d’habitude se dégonfleront au dernier moment. Ce qu’on appelle un « anticlimax » ! À noter deux autres détails surprenants concernant « il cattivo » : il porte un nom très cool : ‘Johnny Darko’ et finira le film sans mordre la poussière, ce qui était très très rare à l’époque.

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LEE VAN CLEEF, ALIAS JOHNNY DARKO

 

« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » (1959)

RIDE« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » est un des sept westerns – tous devenus des classiques – que Budd Boetticher tourna avec Randolph Scott en vedette. Sur une durée de 72 minutes, celui-ci est un des plus simples, des plus épurés et des plus fascinants, à égalité avec « 7 HOMMES À ABATTRE » et « COMANCHE STATION ».

Tourné dans un Scope magnifique, sur une photo ocre de Charles Lawton, Jr., c’est une histoire de vengeance déguisée en traque dans le désert. L’originalité du scénario de Burt Kennedy est que le groupe de « héros » est poursuivi par une bande de hors-la-loi, mais Scott – leader des premiers – ne semble guère pressé de les distancer. Bien au contraire !

Le film est tourné en plans larges, voire très larges, le désert est constamment présent, majestueux, menaçant et les personnages ne sont que de minuscules silhouettes dérisoires au cœur du paysage immuable. Scott joue un chasseur de primes avec la chaleur d’un androïde échappé de « MONDWEST », une sorte de mort-vivant obsédé par son tragique passé. Il est très bien entouré par Pernell Roberts et James Coburn en sympathiques vagabonds. Le second est étonnant dans un emploi de benêt rigolard et naïf. Il est très touchant dans la scène où Roberts lui avoue qu’il « l’aime bien ». Karen Steele, pin-up blonde à forte poitrine n’a pas grand-chose à faire mais elle marque les esprits. N’apparaissant que dans deux ou trois séquences, Lee Van Cleef est excellent en ‘bad guy’ calme et résigné, faisant inconsciemment le lien avec le western italien dont il sera bientôt une des icônes. L’amateur de spaghetti notera plusieurs répliques (« Vous faites bien le café ») qui seront reprises par Leone, au même titre que la présence de ‘bounty hunters’ et de lynchages spectaculaires. D’ailleurs, étonnamment, Van Cleef est le seul comédien du film à bénéficier de gros-plans. Comme une prémonition ! « LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » ne souffre que d’un emploi trop fréquent de scènes filmées en « nuit américaine », qui plombent la tension et le rythme et, parfois, d’une trop grande sècheresse qui ellipse des face-à-face qu’on aurait aimés plus développés.

Mais tel qu’il est, cela demeure un très beau western austère et âpre, d’une impressionnante économie de moyens. Et le dernier plan est tout simplement génial.

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KAREN STEELE, RANDOLPH SCOTT, LEE VAN CLEEF, PERNELL ROBERTS ET JAMES COBURN

 

LE BON, LA BRUTE ET LE VERBEUX…

Cette photo montrant Clint Eastwood couché dans l’herbe, écoutant Lee Van Cleef apparemment en verve, est tirée du film de Sergio Leone : « LE BON, LA BRUTE, LE TRUAND ». On a longtemps cru qu’il s’agissait d’une photo de tournage, puisqu’elle ne correspond à aucune scène du film. En fait, l’image est extraite d’une séquence coupée au montage, comme le révèle le blog de Tom B. « WESTERN ALL’ITALIANA ».BUONO

Alors qu’ils sont en chemin pour aller chercher le trésor de ‘Bill Carson’, Blondin et Sentenza s’accordent une petite pause casse-croûte. Le premier en profite pour demander au second comment il a été mis au courant de l’existence de ce butin. Et effectivement, le film ne donne aucune explication quant à la soudaine présence du tueur ‘Sentenza’ au bagne, alors qu’il n’était apparu qu’au début du film dans deux situations pas très connectées à la suite de l’action.

S’ensuit alors une longue explication, reproduite sur le blog, qui éclaircit certains points du scénario, mais tellement longue et verbeuse qu’on comprend pourquoi Leone a jugé bon de la supprimer. L’histoire restera avec quelques « trous », peut-être, mais ne cèdera pas au verbiage et à la banalité. Leone fera de même avec « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », laissant des zones d’ombre dans le récit, mais privilégiant la fluidité et le rythme général.