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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LINO VENTURA

« LES TONTONS FLINGUEURS » (1963)

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LINO VENTURA

Librement adapté d’un polar d’Albert Simonin par lui-même et Michel Audiard, réalisé par Georges Lautner, « LES TONTONS FLINGUEURS » est aujourd’hui devenu plus qu’un film-culte : un vrai classique du cinéma français, dont la plupart des répliques est entrée dans le langage courant. Est-ce exagéré ? Oui et non.TONTONS.jpg

Le scénario, après une rapide mise en place (une vague guerre des gangs autour de l’héritage d’un caïd exilé revenu mourir en France) part en quenouilles, ne raconte strictement plus rien et fait s’entretuer des malfrats idiots et sentencieux, laisse la voie libre à des séquences comme celle, légendaire, de la soûlerie dans la cuisine et surtout à des comédiens en roue-libre qui s’amusent visiblement comme des fous à réciter de l’Audiard haut-de-gamme taillé à leurs mesures. Lino Ventura est égal à lui-même en dur-à-cuire rangé des voitures, forcé de reprendre du service. Son exaspération permanente crée un contraste amusant avec ses partenaires : Bernard Blier génial en faux-dur et souffre-douleur, Robert Dalban formidable en larbin anglophone, Venantino Venantini en porte-flingue loyal. Claude Rich et Francis Blanche en rajoutent un peu trop et les acteurs étrangers doublés ne sont guère convaincants. Exercice de style déconnant et sans queue ni tête, « LES TONTONS FLINGUEURS » connaît de terribles chutes de tension (toutes les scènes avec Horst Frank !), mais il est sauvé de l’ennui (et de l’oubli) par la verve audiardienne magnifiquement mise en valeur par les orfèvres que sont Blier et Ventura, qui ont su trouver le ton juste, au millimètre près. Maintenant, est-ce réellement le chef-d’œuvre intouchable qu’il est devenu à l’usure ? Probablement pas. Mais quelle importance ? Des répliques comme : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » ou : « J’ai connu une Polonaise qui en buvait au petit-déjeuner » valent bien qu’on se montre indulgent.

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FRANCIS BLANCHE, ROBERT DALBAN, JEAN LEFEBVRE, LINO VENTURA ET BERNARD BLIER

À noter vers la fin, le caméo de Paul Meurisse dans le rôle du « Monocle », signé par la même équipe.

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SPANISH LINO…

LINO SPAIN

4 FILMS AVEC LINO VENTURA TROUVABLES EN DVD ESPAGNOLS. CERTAINS INÉDITS EN FRANCE, D’AUTRES AVEC DES JAQUETTES INTÉRESSANTES.

 

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » (1959)

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LINO VENTURA

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » est un des premiers films de Lino Ventura en tête d’affiche et la signature du généralement moyen Maurice Labro ne laissait pas espérer autre chose qu’un énième film « de bagarre » poussiéreux exploitant la carrure de l’ex-catcheur. C’est pourquoi la réussite du produit ne laisse de surprendre. Il faut probablement y voir la griffe d’un Claude Sautet, omniprésent – dans l’ombre – en tant que coscénariste, premier assistant et même coréalisateur non-mentionné au générique.FAUVE

Toujours est-il qu’avec son scénario solide et rigoureux, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » offre à Ventura un rôle qu’il reprendra souvent par la suite, celui d’un ancien truand, ex-barbouze rangé des voitures et obligé par la DST de reprendre du service pour récupérer des documents secret-défense. Au-delà de l’anecdote très banale, c’est le dilemme du héros qui porte l’action : forcé de « balancer » son meilleur ami Paul Frankeur, Lino va devoir jouer sur plusieurs tableaux pour sauver son honneur, jusqu’à ce que son jeune fils soit kidnappé par le méchant Jess Hahn et que plus rien ne le retienne, comme l’indique le titre.

Difficile de savoir qui a tourné quoi, mais les scènes de parlotte sans intérêt alternent avec d’excellentes séquences d’action, comme celle d’Étretat où Lino est coincé dans une grotte à marée montante. L’acteur est parfait. Le coup de sang qu’il pique au téléphone, en menaçant ses ennemis, est même une des meilleures choses qu’il ait faites à l’écran. Autour de lui, de bons acteurs comme Frankeur crédible en vieux malfrat loyal, François Chaumette en factotum des services d’espionnage, l’inquiétant Eugène Deckers en homme-de-main et de jolies actrices comme Estella Blain ou Nadine Alari. Bien dialogué par Frédéric Dard, vigoureusement mis en scène et monté pratiquement sans temps mort, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » porte en lui les prémices de la carrière de Ventura et tient étonnamment bien la distance quand on le revoit aujourd’hui. Du bon cinoche d’action hexagonal, porté par un Lino de 40 ans qui assure vaillamment lui-même toutes les cascades. Une excellente surprise ! L’année suivante, l’acteur retrouvera « officiellement » Claude Sautet pour « CLASSE TOUS RISQUES ».

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ESTELLA BLAIN, LINO VENTURA ET PAUL FRANKEUR

 

VAS-Y, POULET !

Lino Ventura, l’air très fâché et encore plus déterminé à en découdre, vide le barillet de son Magnum sur un voyou hurlant de douleur. Et il n’hésite pas à lui tirer non seulement dans le dos, mais aussi en pleine tête ! On le savait pas commode, le Lino… mais à ce point ! L’autre a dû beaucoup l’énerver.SBIRRO

Autour de cette scène centrale déjà bien violente, des images en noir & blanc : des malfrats armés, d’autres types flingués et dégustant les bastos, une prise d’otage. Qu’est-ce à dire ? Un thriller italien situé pendant « les années de plomb » dans lequel Lino jouerait un tueur impitoyable, un ‘vigilante’, un superflic à la Dirty Harry ? Eh bien, pas du tout. Le nom du réalisateur, Pierre (écrit en énorme !) Granier-Deferre (écrit en tout petit) indique qu’il s’agit d’une production française. Et la traduction du titre italien donne quelque chose comme « VAS-Y, POULET ». On en conclue donc – et ce malgré l’absence complète de Patrick Dewaere sur l’illustration – qu’il s’agit d’une sortie DVD transalpine de « ADIEU POULET ». Il fallait le deviner !

 

« L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » (1957)

STEVE3Écrit par Frédéric Dard, réalisé par Raymond Bailly qui ne signa que trois longs-métrages, « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » semble d’abord osciller entre la comédie policière et le mélodrame, avant de délaisser l’humour. Pourtant, le postulat rappelle fortement celui du très drôle « FRIC-FRAC » (1939) en beaucoup moins inventif, hélas. Le pâle Philippe Lemaire, employé de banque, est manipulé par l’escroc Armand Mestral et par sa complice Jeanne Moreau, qui le séduit afin de braquer l’établissement où il travaille. Le scénario tient à peu près debout dans la première moitié, mais ensuite se délite complètement dans une succession d’illogismes (pourquoi les braqueurs continuent-ils à travailler avec Lemaire après le hold-up raté ?) et de changements de ton de plus en plus difficiles à avaler. La mise-en-scène étant d’une platitude à toute épreuve, les décors de studio s’avérant d’une laideur constante et le dialogue n’offrant – malgré la signature de Dard – aucune saveur particulière, on a du mal à rester jusqu’au dénouement.

Reste la curiosité de revoir de futures stars du cinéma hexagonal à leurs débuts : Jeanne Moreau, au jeu étonnamment moderne, qui détone au milieu de ses partenaires globalement médiocres et Lino Ventura égal à lui-même en homme-de-main maître-chanteur, au rôle excessivement mal défini : selon les scènes, il apparaît presque ridicule avec son petit chapeau et son appareil-photo, soit inquiétant en gorille distributeur de baffes. On reconnaît Anouk Ferjac en fiancée et collègue de notre « héros », qui disparaît subitement du film sans autre forme de procès. Quant à Mestral avec sa voix « suave » et sa petite moustache, il ne possède pas une once du charisme indispensable à ce genre de personnage. Il est la grosse erreur de distribution du film.

On peut jeter un coup d’œil à « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » par curiosité cinéphile, mais pas plus. On peut aussi tout à fait s’en passer !

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PHILIPPE LEMAIRE, JEANNE MOREAU ET LINO VENTURA

 

« ADIEU POULET » (1975)

pouletSitué à Rouen, au cœur de la France giscardienne, « ADIEU POULET » est une sorte de fable politico-policière où un flic incorruptible affronte seul ou presque, un politicard local au bras long.

Le scénario de Francis Veber, un peu trop huilé et parfois moralisateur, a pour véritable centre d’intérêt le duo de policiers : Lino Ventura dans son vieux costume taillé sur mesure à la mimique près et le jeune Patrick Dewaere en chien fou incontrôlable. C’est une des rares fois où Ventura s’est frotté directement au gratin de la nouvelle génération d’acteurs et le résultat est des plus probants. Leurs scènes à deux – hélas, pas suffisamment nombreuses – sont des régals. On pense bien sûr à leur biture devant une assiette de poisson peu ragoutante ou à la comédie qu’ils jouent pour faire croire qu’ils « touchent » et qu’ils se haïssent. L’humour hélas, n’est pas toujours de même niveau. Ainsi des scènes comme celle des « shivas » ou de Dominique Zardi sur son brancard, frisent-elles le gros comique qui tache. Curieuses fautes de goût de la part du généralement délicat Pierre Granier-Deferre.

Autour du tandem, c’est un festival de grands comédiens dans les seconds rôles : Julien Guiomar en commissaire faux-cul, Victor Lanoux en pourri de compétition, Jacques Rispal en pauvre type poussé au désespoir, Michel Peyrelon en éboueur obséquieux, Françoise Brion en maquerelle ou Claude Rich en juge inflexible mais pas aussi malin qu’il n’en a l’air. Le haut du panier de l’époque semble s’être donné rendez-vous.

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PATRICK DEWAERE, LINO VENTURA ET VICTOR LANOUX

Malgré donc une photo pas toujours très flatteuse, un dialogue légèrement « réac » sur les bords, « ADIEU POULET » est largement sauvé par l’alchimie qui s’est créée entre Dewaere et Ventura et par sa fin absolument magistrale, à la fois frustrante et extraordinairement jouissive : « Verjeat ? Il est à Montpellier, Verjeat ! ».

À noter que le nom de Ventura, Verjeat donc, est tout simplement « Javert » en verlan. Comme le policier des « MISÉRABLES » d’Hugo. Et bien sûr, Ventura incarnera Valjean quelques années plus tard…

 

« LA CAGE » (1975)

cageQuand le film commence avec Lino Ventura perché sur une grue de chantier sur une musique de Philippe Sarde et que le générique passe sur des images solarisées, on est sur-le-champ plongé dans du Claude Sautet. Ensuite, « LA CAGE » prend une tout autre orientation, mais cette entrée en matière perturbe un peu.

Convoqué dans la maison de banlieue de son ex-femme (Ingrid Thulin) qu’il n’a pas revue depuis des années, Ventura se voit enfermer dans sa cave pour une durée indéterminée. Elle ne s’est jamais remise de son départ et a l’intention de lui faire payer la note. Inspiré d’une pièce de théâtre, le scénario s’arrête hélas, là. Deux grands comédiens séparés par les barreaux d’une cage, qui s’envoient des vacheries à la figure. Pas d’urgence particulière, pas de réelle progression dans l’histoire, pratiquement pas de péripéties, peu d’évolution dans leurs rapports. On finit par ne rien attendre et de là naît l’ennui. Le dialogue étant assez basique, voire pauvret par moments, et l’alchimie entre les deux stars étant quasi-nulle (comment imaginer une seconde, même avec toute la bonne volonté du monde, que Lino ait pu être marié à l’égérie d’Ingmar Bergman ?), « LA CAGE » ne fonctionne tout simplement pas. La mise-en-scène ultra conventionnelle de Pierre Granier-Deferre qui a probablement voulu réitérer le miracle de son « CHAT » avec Gabin et Signoret, ne résout en rien le vice-de-forme initial du projet : on n’y croit pas. Point final.

Malgré le handicap de la langue, Thulin fait preuve d’intensité et d’émotion, mais elle semble vraiment échappée d’un autre cinéma. Quant à Ventura, égal à lui-même, il use et abuse de ses vieux tics et ne donne aucune profondeur à son rôle. On se prend à imaginer ce qu’aurait donné un Yves Montand par exemple, vivante incarnation du mâle français des années 70, à sa place. Le film aurait probablement gagné en subtilité. Ce qui nous ramène d’ailleurs indirectement à Sautet ! Décidément…

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INGRID THULIN ET LINO VENTURA

Un film mineur dans la carrière du réalisateur et des deux stars, dont le principal problème – malgré l’admiration qu’on peut avoir pour eux – provient du choix même des deux têtes d’affiche. Étrange…