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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LINO VENTURA

« LE BATEAU D’ÉMILE » (1962)

EMILE.jpgÀ l’exception de deux ou trois films avec Gabin et de « UN TAXI POUR TOBROUK », on ne peut pas dire que la filmo de Denys de la Patellière brille de mille feux. Inspiré de Georges Simenon, dialogué par Michel Audiard, « LE BATEAU D’ÉMILE » est un de ses plus mauvais films et, un des rares, où Lino Ventura soit totalement à côté de la plaque.

À l’article de la mort, Michel Simon revient à La Rochelle après 40 ans, accueilli par son richissime frère Pierre Brasseur. Il veut léguer sa fortune à son fils illégitime (Ventura) qu’il n’a jamais vu. Pêcheur porté sur la bouteille et vivant avec une prostituée (Annie Girardot), le coléreux Lino va devoir affronter les magouilles de la grande bourgeoisie. Il ne se passe rigoureusement RIEN dans ce film. Ce n’est pas du mélo, mais pas non plus de la franche comédie. La direction d’acteurs est catastrophique : outre Ventura, qui s’égare dans d’interminables scènes d’ivresse (pas son fort), Simon cabotine tellement qu’il en devient embarrassant à contempler, Brasseur s’en sort à peu près. Il retrouve d’ailleurs Edith Scob, qui jouait déjà sa fille dans le classique « LES YEUX SANS VISAGE » deux ans plus tôt. La seule qui semble s’amuser est Annie Girardot, qui n’a jamais semblé plus fraîche et enjouée et apporte un semblant de vie à ce monument d’ennui. Le dialogue d’Audiard est d’une platitude inhabituelle, à peine si on sourit à une ou deux saillies de Brasseur, le scénario est flasque, dépourvu de ressort ou d’enjeu et « LE BATEAU D’ÉMILE » paraît s’achever au beau milieu du récit, sans que rien ne soit résolu, comme s’il manquait une bobine : la plus importante ! Méga déception donc, que ce film réunissant pourtant de grands noms du cinéma hexagonal, à oublier au plus vite.

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LINO VENTURA, ANNIE GIRARDOT, EDITH SCOB ET MICHEL SIMON

 

« LA GIFLE » (1974)

GIFLE.jpgOn ne peut pas dire qu’un film Gaumont sur la jeunesse française des seventies, réalisé par Claude Pinoteau excite automatiquement la curiosité du cinéphile. Mais « LA GIFLE », malgré de nombreux défauts, sort tout de même du lot : dialogues de Jean-Loup Dabadie alors en pleine période Claude Sautet, débuts d’Isabelle Adjani encore bien loin de l’image qu’elle développera par la suite, beau casting de vétérans : Lino Ventura, Annie Girardot, Nicole Courcel.

Cette chronique familiale dépeint la relation conflictuelle entre un prof intraitable (Lino, évidemment) et son ado de fille pas facile non plus. Portes qui claquent, baffes, drames quotidiens, fugues, etc. Rien d’attirant a priori, d’autant que visuellement le film n’est pas très recherché. Mais on a rarement vu Ventura aussi naturel qu’ici. Son portrait d’homme apparemment solide comme un roc, mais complètement démuni devant les femmes quelles qu’elles soient, est émouvant et l’acteur baisse sa garde comme rarement il l’a fait. Son couple d’ex avec Girardot est concret, crédible, mature, ce qui n’exclue pas les coups de sang et les malentendus. C’est Ventura qui porte « LA GIFLE » sur les épaules et empêche toute mièvrerie. Courcel apparaît dans le premier tiers, en nouvelle compagne distante à la beauté sereine et culpabilisante. Parmi les petits rôles, de futures têtes d’affiche comme Nathalie Baye et des figurants nommés Richard Berry, André Dussollier. Seul le numéro trop répétitif de Francis Perrin, parfois drôle, détone un peu au milieu d’un ensemble homogène.

Il y a quelque chose de tangible et de touchant dans ce film d’apparence ripolinée et scolaire, qui échappe à l’analyse. Le plaisir de revoir de grands acteurs disant un bon texte, la vision d’une France révolue (45 ans déjà !)  et d’une jeunesse jugée par le regard forcément déformant d’une autre génération. Toujours est-il que « LA GIFLE » se laisse revoir avec plaisir, ne serait-ce que pour le bonheur des scènes réunissant Girardot et Ventura, qui semblaient nés pour se donner la réplique. Le dernier échange de regards à travers la vitre d’une cabine téléphonique, semble sorti tout droit d’un Lelouch. Un bon, précisons.

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ISABELLE ADJANI, ANNIE GIRARDOT ET LINO VENTURA

 

« DERNIER DOMICILE CONNU » (1970)

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MARLÈNE JOBERT ET LINO VENTURA

Adapté d’une Série Noire U.S. de Joseph Harrington, « DERNIER DOMICILE CONNU », le meilleur film réalisé par José Giovanni, mérite qu’on passe le cap d’un premier quart d’heure mal fichu voire calamiteux, à la photo grisâtre et aux scènes d’action frisant l’amateurisme.CONNU

Heureusement, la présence de Lino Ventura en flic intègre et la BO inoubliable de François de Roubaix aident à patienter jusqu’à l’arrivée de Marlène Jobert. Celle-ci joue une jeune fliquette novice, nouvelle coéquipière d’un Ventura rétrogradé et amer. Ensemble, ils vont devoir débusquer le témoin d’un meurtre, en cavale depuis cinq ans, et ils n’ont qu’une semaine pour y parvenir. L’intérêt principal de ce polar réaliste, c’est la description minutieuse du travail de fourmi d’une enquête policière dans les années 60 : les flics manquent de moyens, ils vont à pied d’un endroit à l’autre, d’un témoin au suivant, tombent sur des culs-de-sac, passent des nuits à lire des registres, etc. L’autre pôle d’attraction, c’est l’extraordinaire alchimie entre Ventura, désabusé et lucide et Jobert enthousiaste et idéaliste. À son contact, il devient chaleureux et elle apprend à la dure les ficelles du métier… Jusqu’au dénouement qui la laisse écœurée, lessivée. « DERNIER DOMICILE CONNU » est un bon film, esthétiquement assez laid, pourri de coups de zoom, parfois gâché par des petits rôles incompétents, mais qui fascine par sa linéarité, par cette quête insensée, cette chasse au fantôme, qui s’achèvera de bien terrible façon, laissant les flics « qui ne font qu’obéir aux ordres », face à leurs responsabilités.

À revoir donc, en sachant qu’il a vieilli, qu’il semble parfois bâclé ou mal dialogué. Mais pour les scènes de Paul Crauchet, génial en témoin bizarrement « poétique », pour la trogne d’un Michel Constantin terrifiant, pour sa musique obsédante, et surtout pour un magnifique face à face dans l’appartement de Ventura estropié par un passage à tabac et une Jobert douce et attentive, « DERNIER DOMICILE CONNU » a gagné sa place dans les classiques du polar hexagonal.

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LINO VENTURA, PHILIPPE MARCH ET MICHEL CONSTANTIN

 
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AUJOURD’HUI, IL AURAIT EU 100 ANS !

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« UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » (1978)

Le thème du quidam confondu avec quelqu’un d’autre et entraîné dans un engrenage criminel est éminemment hitchcockien et semblait être du goût de Lino Ventura qui a souvent tourné ce genre de scénario dans la seconde partie de sa carrière. Mais cette fois, les auteurs Jean-Claude Carrière et Tonino Guerra ont opté pour une approche radicale, quasi-abstraite, sans jamais éclaircir le mystère « policier » et signent un cauchemar paranoïaque. La réalisation solide, voire rigide de Jacques Deray contrebalance cet aspect auteuriste et fait de « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » un des fleurons de sa filmographie.EPAULE.jpg

Les extérieurs de Barcelone sont parfaitement choisis, les décors à la fois grandioses et miteux, la présence de personnages étranges, menaçants à chaque coin de rue, accentuent le contremploi de Ventura à la fois égal à lui-même et fondamentalement différent. À presque 60 ans, l’acteur délaisse sa défroque de solitaire taiseux et solide comme un roc, pour jouer un type banal, paumé, balloté par les évènements, presque… fragile. C’est d’ailleurs un des seuls films où on remarque qu’il n’était pas très grand. L’air perdu, incertain, il ne cesse de répéter des répliques du style : « Mais qu’est-ce qu’il se passe, à la fin ? », et s’enfonce dans ce labyrinthe qui le mène à sa perte, sans qu’il ne sache jamais pourquoi. Une belle prestation, soutenue par de brillants partenaires comme Nicole Garcia lumineuse, Jean Bouise ambigu, Paul Crauchet superbe en « fou » donnant son titre au film, Laura Betti ou Claudine Auger.

Avec son « McGuffin » (une mallette), sa lenteur parfois excessive (la fin, qui traîne inutilement en longueur), « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » tient à la fois du film d’espionnage et du polar cérébral. Son dernier plan met toute l’histoire en perspective et montre ce pauvre « Roland Fériaud » pour ce qu’il est : un pauvre pantin impuissant fracassé par des puissances occultes sans visage et sans âme. Imparfait mais indéniablement passionnant.

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NICOLE GARCIA, LINO VENTURA ET PAUL CRAUCHET

 

« LES TONTONS FLINGUEURS » (1963)

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LINO VENTURA

Librement adapté d’un polar d’Albert Simonin par lui-même et Michel Audiard, réalisé par Georges Lautner, « LES TONTONS FLINGUEURS » est aujourd’hui devenu plus qu’un film-culte : un vrai classique du cinéma français, dont la plupart des répliques est entrée dans le langage courant. Est-ce exagéré ? Oui et non.TONTONS.jpg

Le scénario, après une rapide mise en place (une vague guerre des gangs autour de l’héritage d’un caïd exilé revenu mourir en France) part en quenouilles, ne raconte strictement plus rien et fait s’entretuer des malfrats idiots et sentencieux, laisse la voie libre à des séquences comme celle, légendaire, de la soûlerie dans la cuisine et surtout à des comédiens en roue-libre qui s’amusent visiblement comme des fous à réciter de l’Audiard haut-de-gamme taillé à leurs mesures. Lino Ventura est égal à lui-même en dur-à-cuire rangé des voitures, forcé de reprendre du service. Son exaspération permanente crée un contraste amusant avec ses partenaires : Bernard Blier génial en faux-dur et souffre-douleur, Robert Dalban formidable en larbin anglophone, Venantino Venantini en porte-flingue loyal. Claude Rich et Francis Blanche en rajoutent un peu trop et les acteurs étrangers doublés ne sont guère convaincants. Exercice de style déconnant et sans queue ni tête, « LES TONTONS FLINGUEURS » connaît de terribles chutes de tension (toutes les scènes avec Horst Frank !), mais il est sauvé de l’ennui (et de l’oubli) par la verve audiardienne magnifiquement mise en valeur par les orfèvres que sont Blier et Ventura, qui ont su trouver le ton juste, au millimètre près. Maintenant, est-ce réellement le chef-d’œuvre intouchable qu’il est devenu à l’usure ? Probablement pas. Mais quelle importance ? Des répliques comme : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » ou : « J’ai connu une Polonaise qui en buvait au petit-déjeuner » valent bien qu’on se montre indulgent.

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FRANCIS BLANCHE, ROBERT DALBAN, JEAN LEFEBVRE, LINO VENTURA ET BERNARD BLIER

À noter vers la fin, le caméo de Paul Meurisse dans le rôle du « Monocle », signé par la même équipe.

 

SPANISH LINO…

LINO SPAIN

4 FILMS AVEC LINO VENTURA TROUVABLES EN DVD ESPAGNOLS. CERTAINS INÉDITS EN FRANCE, D’AUTRES AVEC DES JAQUETTES INTÉRESSANTES.