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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LINO VENTURA

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AUJOURD’HUI, IL AURAIT EU 100 ANS !

LINO 100

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« UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » (1978)

Le thème du quidam confondu avec quelqu’un d’autre et entraîné dans un engrenage criminel est éminemment hitchcockien et semblait être du goût de Lino Ventura qui a souvent tourné ce genre de scénario dans la seconde partie de sa carrière. Mais cette fois, les auteurs Jean-Claude Carrière et Tonino Guerra ont opté pour une approche radicale, quasi-abstraite, sans jamais éclaircir le mystère « policier » et signent un cauchemar paranoïaque. La réalisation solide, voire rigide de Jacques Deray contrebalance cet aspect auteuriste et fait de « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » un des fleurons de sa filmographie.EPAULE.jpg

Les extérieurs de Barcelone sont parfaitement choisis, les décors à la fois grandioses et miteux, la présence de personnages étranges, menaçants à chaque coin de rue, accentuent le contremploi de Ventura à la fois égal à lui-même et fondamentalement différent. À presque 60 ans, l’acteur délaisse sa défroque de solitaire taiseux et solide comme un roc, pour jouer un type banal, paumé, balloté par les évènements, presque… fragile. C’est d’ailleurs un des seuls films où on remarque qu’il n’était pas très grand. L’air perdu, incertain, il ne cesse de répéter des répliques du style : « Mais qu’est-ce qu’il se passe, à la fin ? », et s’enfonce dans ce labyrinthe qui le mène à sa perte, sans qu’il ne sache jamais pourquoi. Une belle prestation, soutenue par de brillants partenaires comme Nicole Garcia lumineuse, Jean Bouise ambigu, Paul Crauchet superbe en « fou » donnant son titre au film, Laura Betti ou Claudine Auger.

Avec son « McGuffin » (une mallette), sa lenteur parfois excessive (la fin, qui traîne inutilement en longueur), « UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE » tient à la fois du film d’espionnage et du polar cérébral. Son dernier plan met toute l’histoire en perspective et montre ce pauvre « Roland Fériaud » pour ce qu’il est : un pauvre pantin impuissant fracassé par des puissances occultes sans visage et sans âme. Imparfait mais indéniablement passionnant.

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NICOLE GARCIA, LINO VENTURA ET PAUL CRAUCHET

 

« LES TONTONS FLINGUEURS » (1963)

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LINO VENTURA

Librement adapté d’un polar d’Albert Simonin par lui-même et Michel Audiard, réalisé par Georges Lautner, « LES TONTONS FLINGUEURS » est aujourd’hui devenu plus qu’un film-culte : un vrai classique du cinéma français, dont la plupart des répliques est entrée dans le langage courant. Est-ce exagéré ? Oui et non.TONTONS.jpg

Le scénario, après une rapide mise en place (une vague guerre des gangs autour de l’héritage d’un caïd exilé revenu mourir en France) part en quenouilles, ne raconte strictement plus rien et fait s’entretuer des malfrats idiots et sentencieux, laisse la voie libre à des séquences comme celle, légendaire, de la soûlerie dans la cuisine et surtout à des comédiens en roue-libre qui s’amusent visiblement comme des fous à réciter de l’Audiard haut-de-gamme taillé à leurs mesures. Lino Ventura est égal à lui-même en dur-à-cuire rangé des voitures, forcé de reprendre du service. Son exaspération permanente crée un contraste amusant avec ses partenaires : Bernard Blier génial en faux-dur et souffre-douleur, Robert Dalban formidable en larbin anglophone, Venantino Venantini en porte-flingue loyal. Claude Rich et Francis Blanche en rajoutent un peu trop et les acteurs étrangers doublés ne sont guère convaincants. Exercice de style déconnant et sans queue ni tête, « LES TONTONS FLINGUEURS » connaît de terribles chutes de tension (toutes les scènes avec Horst Frank !), mais il est sauvé de l’ennui (et de l’oubli) par la verve audiardienne magnifiquement mise en valeur par les orfèvres que sont Blier et Ventura, qui ont su trouver le ton juste, au millimètre près. Maintenant, est-ce réellement le chef-d’œuvre intouchable qu’il est devenu à l’usure ? Probablement pas. Mais quelle importance ? Des répliques comme : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » ou : « J’ai connu une Polonaise qui en buvait au petit-déjeuner » valent bien qu’on se montre indulgent.

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FRANCIS BLANCHE, ROBERT DALBAN, JEAN LEFEBVRE, LINO VENTURA ET BERNARD BLIER

À noter vers la fin, le caméo de Paul Meurisse dans le rôle du « Monocle », signé par la même équipe.

 

SPANISH LINO…

LINO SPAIN

4 FILMS AVEC LINO VENTURA TROUVABLES EN DVD ESPAGNOLS. CERTAINS INÉDITS EN FRANCE, D’AUTRES AVEC DES JAQUETTES INTÉRESSANTES.

 

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » (1959)

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LINO VENTURA

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » est un des premiers films de Lino Ventura en tête d’affiche et la signature du généralement moyen Maurice Labro ne laissait pas espérer autre chose qu’un énième film « de bagarre » poussiéreux exploitant la carrure de l’ex-catcheur. C’est pourquoi la réussite du produit ne laisse de surprendre. Il faut probablement y voir la griffe d’un Claude Sautet, omniprésent – dans l’ombre – en tant que coscénariste, premier assistant et même coréalisateur non-mentionné au générique.FAUVE

Toujours est-il qu’avec son scénario solide et rigoureux, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » offre à Ventura un rôle qu’il reprendra souvent par la suite, celui d’un ancien truand, ex-barbouze rangé des voitures et obligé par la DST de reprendre du service pour récupérer des documents secret-défense. Au-delà de l’anecdote très banale, c’est le dilemme du héros qui porte l’action : forcé de « balancer » son meilleur ami Paul Frankeur, Lino va devoir jouer sur plusieurs tableaux pour sauver son honneur, jusqu’à ce que son jeune fils soit kidnappé par le méchant Jess Hahn et que plus rien ne le retienne, comme l’indique le titre.

Difficile de savoir qui a tourné quoi, mais les scènes de parlotte sans intérêt alternent avec d’excellentes séquences d’action, comme celle d’Étretat où Lino est coincé dans une grotte à marée montante. L’acteur est parfait. Le coup de sang qu’il pique au téléphone, en menaçant ses ennemis, est même une des meilleures choses qu’il ait faites à l’écran. Autour de lui, de bons acteurs comme Frankeur crédible en vieux malfrat loyal, François Chaumette en factotum des services d’espionnage, l’inquiétant Eugène Deckers en homme-de-main et de jolies actrices comme Estella Blain ou Nadine Alari. Bien dialogué par Frédéric Dard, vigoureusement mis en scène et monté pratiquement sans temps mort, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » porte en lui les prémices de la carrière de Ventura et tient étonnamment bien la distance quand on le revoit aujourd’hui. Du bon cinoche d’action hexagonal, porté par un Lino de 40 ans qui assure vaillamment lui-même toutes les cascades. Une excellente surprise ! L’année suivante, l’acteur retrouvera « officiellement » Claude Sautet pour « CLASSE TOUS RISQUES ».

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ESTELLA BLAIN, LINO VENTURA ET PAUL FRANKEUR

 

VAS-Y, POULET !

Lino Ventura, l’air très fâché et encore plus déterminé à en découdre, vide le barillet de son Magnum sur un voyou hurlant de douleur. Et il n’hésite pas à lui tirer non seulement dans le dos, mais aussi en pleine tête ! On le savait pas commode, le Lino… mais à ce point ! L’autre a dû beaucoup l’énerver.SBIRRO

Autour de cette scène centrale déjà bien violente, des images en noir & blanc : des malfrats armés, d’autres types flingués et dégustant les bastos, une prise d’otage. Qu’est-ce à dire ? Un thriller italien situé pendant « les années de plomb » dans lequel Lino jouerait un tueur impitoyable, un ‘vigilante’, un superflic à la Dirty Harry ? Eh bien, pas du tout. Le nom du réalisateur, Pierre (écrit en énorme !) Granier-Deferre (écrit en tout petit) indique qu’il s’agit d’une production française. Et la traduction du titre italien donne quelque chose comme « VAS-Y, POULET ». On en conclue donc – et ce malgré l’absence complète de Patrick Dewaere sur l’illustration – qu’il s’agit d’une sortie DVD transalpine de « ADIEU POULET ». Il fallait le deviner !

 

« L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » (1957)

STEVE3Écrit par Frédéric Dard, réalisé par Raymond Bailly qui ne signa que trois longs-métrages, « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » semble d’abord osciller entre la comédie policière et le mélodrame, avant de délaisser l’humour. Pourtant, le postulat rappelle fortement celui du très drôle « FRIC-FRAC » (1939) en beaucoup moins inventif, hélas. Le pâle Philippe Lemaire, employé de banque, est manipulé par l’escroc Armand Mestral et par sa complice Jeanne Moreau, qui le séduit afin de braquer l’établissement où il travaille. Le scénario tient à peu près debout dans la première moitié, mais ensuite se délite complètement dans une succession d’illogismes (pourquoi les braqueurs continuent-ils à travailler avec Lemaire après le hold-up raté ?) et de changements de ton de plus en plus difficiles à avaler. La mise-en-scène étant d’une platitude à toute épreuve, les décors de studio s’avérant d’une laideur constante et le dialogue n’offrant – malgré la signature de Dard – aucune saveur particulière, on a du mal à rester jusqu’au dénouement.

Reste la curiosité de revoir de futures stars du cinéma hexagonal à leurs débuts : Jeanne Moreau, au jeu étonnamment moderne, qui détone au milieu de ses partenaires globalement médiocres et Lino Ventura égal à lui-même en homme-de-main maître-chanteur, au rôle excessivement mal défini : selon les scènes, il apparaît presque ridicule avec son petit chapeau et son appareil-photo, soit inquiétant en gorille distributeur de baffes. On reconnaît Anouk Ferjac en fiancée et collègue de notre « héros », qui disparaît subitement du film sans autre forme de procès. Quant à Mestral avec sa voix « suave » et sa petite moustache, il ne possède pas une once du charisme indispensable à ce genre de personnage. Il est la grosse erreur de distribution du film.

On peut jeter un coup d’œil à « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » par curiosité cinéphile, mais pas plus. On peut aussi tout à fait s’en passer !

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PHILIPPE LEMAIRE, JEANNE MOREAU ET LINO VENTURA