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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LINO VENTURA

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » (1959)

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LINO VENTURA

« LE FAUVE EST LÂCHÉ » est un des premiers films de Lino Ventura en tête d’affiche et la signature du généralement moyen Maurice Labro ne laissait pas espérer autre chose qu’un énième film « de bagarre » poussiéreux exploitant la carrure de l’ex-catcheur. C’est pourquoi la réussite du produit ne laisse de surprendre. Il faut probablement y voir la griffe d’un Claude Sautet, omniprésent – dans l’ombre – en tant que coscénariste, premier assistant et même coréalisateur non-mentionné au générique.FAUVE

Toujours est-il qu’avec son scénario solide et rigoureux, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » offre à Ventura un rôle qu’il reprendra souvent par la suite, celui d’un ancien truand, ex-barbouze rangé des voitures et obligé par la DST de reprendre du service pour récupérer des documents secret-défense. Au-delà de l’anecdote très banale, c’est le dilemme du héros qui porte l’action : forcé de « balancer » son meilleur ami Paul Frankeur, Lino va devoir jouer sur plusieurs tableaux pour sauver son honneur, jusqu’à ce que son jeune fils soit kidnappé par le méchant Jess Hahn et que plus rien ne le retienne, comme l’indique le titre.

Difficile de savoir qui a tourné quoi, mais les scènes de parlotte sans intérêt alternent avec d’excellentes séquences d’action, comme celle d’Étretat où Lino est coincé dans une grotte à marée montante. L’acteur est parfait. Le coup de sang qu’il pique au téléphone, en menaçant ses ennemis, est même une des meilleures choses qu’il ait faites à l’écran. Autour de lui, de bons acteurs comme Frankeur crédible en vieux malfrat loyal, François Chaumette en factotum des services d’espionnage, l’inquiétant Eugène Deckers en homme-de-main et de jolies actrices comme Estella Blain ou Nadine Alari. Bien dialogué par Frédéric Dard, vigoureusement mis en scène et monté pratiquement sans temps mort, « LE FAUVE EST LÂCHÉ » porte en lui les prémices de la carrière de Ventura et tient étonnamment bien la distance quand on le revoit aujourd’hui. Du bon cinoche d’action hexagonal, porté par un Lino de 40 ans qui assure vaillamment lui-même toutes les cascades. Une excellente surprise ! L’année suivante, l’acteur retrouvera « officiellement » Claude Sautet pour « CLASSE TOUS RISQUES ».

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ESTELLA BLAIN, LINO VENTURA ET PAUL FRANKEUR

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VAS-Y, POULET !

Lino Ventura, l’air très fâché et encore plus déterminé à en découdre, vide le barillet de son Magnum sur un voyou hurlant de douleur. Et il n’hésite pas à lui tirer non seulement dans le dos, mais aussi en pleine tête ! On le savait pas commode, le Lino… mais à ce point ! L’autre a dû beaucoup l’énerver.SBIRRO

Autour de cette scène centrale déjà bien violente, des images en noir & blanc : des malfrats armés, d’autres types flingués et dégustant les bastos, une prise d’otage. Qu’est-ce à dire ? Un thriller italien situé pendant « les années de plomb » dans lequel Lino jouerait un tueur impitoyable, un ‘vigilante’, un superflic à la Dirty Harry ? Eh bien, pas du tout. Le nom du réalisateur, Pierre (écrit en énorme !) Granier-Deferre (écrit en tout petit) indique qu’il s’agit d’une production française. Et la traduction du titre italien donne quelque chose comme « VAS-Y, POULET ». On en conclue donc – et ce malgré l’absence complète de Patrick Dewaere sur l’illustration – qu’il s’agit d’une sortie DVD transalpine de « ADIEU POULET ». Il fallait le deviner !

 

« L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » (1957)

STEVE3Écrit par Frédéric Dard, réalisé par Raymond Bailly qui ne signa que trois longs-métrages, « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » semble d’abord osciller entre la comédie policière et le mélodrame, avant de délaisser l’humour. Pourtant, le postulat rappelle fortement celui du très drôle « FRIC-FRAC » (1939) en beaucoup moins inventif, hélas. Le pâle Philippe Lemaire, employé de banque, est manipulé par l’escroc Armand Mestral et par sa complice Jeanne Moreau, qui le séduit afin de braquer l’établissement où il travaille. Le scénario tient à peu près debout dans la première moitié, mais ensuite se délite complètement dans une succession d’illogismes (pourquoi les braqueurs continuent-ils à travailler avec Lemaire après le hold-up raté ?) et de changements de ton de plus en plus difficiles à avaler. La mise-en-scène étant d’une platitude à toute épreuve, les décors de studio s’avérant d’une laideur constante et le dialogue n’offrant – malgré la signature de Dard – aucune saveur particulière, on a du mal à rester jusqu’au dénouement.

Reste la curiosité de revoir de futures stars du cinéma hexagonal à leurs débuts : Jeanne Moreau, au jeu étonnamment moderne, qui détone au milieu de ses partenaires globalement médiocres et Lino Ventura égal à lui-même en homme-de-main maître-chanteur, au rôle excessivement mal défini : selon les scènes, il apparaît presque ridicule avec son petit chapeau et son appareil-photo, soit inquiétant en gorille distributeur de baffes. On reconnaît Anouk Ferjac en fiancée et collègue de notre « héros », qui disparaît subitement du film sans autre forme de procès. Quant à Mestral avec sa voix « suave » et sa petite moustache, il ne possède pas une once du charisme indispensable à ce genre de personnage. Il est la grosse erreur de distribution du film.

On peut jeter un coup d’œil à « L’ÉTRANGE MONSIEUR STEVE » par curiosité cinéphile, mais pas plus. On peut aussi tout à fait s’en passer !

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PHILIPPE LEMAIRE, JEANNE MOREAU ET LINO VENTURA

 

« ADIEU POULET » (1975)

pouletSitué à Rouen, au cœur de la France giscardienne, « ADIEU POULET » est une sorte de fable politico-policière où un flic incorruptible affronte seul ou presque, un politicard local au bras long.

Le scénario de Francis Veber, un peu trop huilé et parfois moralisateur, a pour véritable centre d’intérêt le duo de policiers : Lino Ventura dans son vieux costume taillé sur mesure à la mimique près et le jeune Patrick Dewaere en chien fou incontrôlable. C’est une des rares fois où Ventura s’est frotté directement au gratin de la nouvelle génération d’acteurs et le résultat est des plus probants. Leurs scènes à deux – hélas, pas suffisamment nombreuses – sont des régals. On pense bien sûr à leur biture devant une assiette de poisson peu ragoutante ou à la comédie qu’ils jouent pour faire croire qu’ils « touchent » et qu’ils se haïssent. L’humour hélas, n’est pas toujours de même niveau. Ainsi des scènes comme celle des « shivas » ou de Dominique Zardi sur son brancard, frisent-elles le gros comique qui tache. Curieuses fautes de goût de la part du généralement délicat Pierre Granier-Deferre.

Autour du tandem, c’est un festival de grands comédiens dans les seconds rôles : Julien Guiomar en commissaire faux-cul, Victor Lanoux en pourri de compétition, Jacques Rispal en pauvre type poussé au désespoir, Michel Peyrelon en éboueur obséquieux, Françoise Brion en maquerelle ou Claude Rich en juge inflexible mais pas aussi malin qu’il n’en a l’air. Le haut du panier de l’époque semble s’être donné rendez-vous.

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PATRICK DEWAERE, LINO VENTURA ET VICTOR LANOUX

Malgré donc une photo pas toujours très flatteuse, un dialogue légèrement « réac » sur les bords, « ADIEU POULET » est largement sauvé par l’alchimie qui s’est créée entre Dewaere et Ventura et par sa fin absolument magistrale, à la fois frustrante et extraordinairement jouissive : « Verjeat ? Il est à Montpellier, Verjeat ! ».

À noter que le nom de Ventura, Verjeat donc, est tout simplement « Javert » en verlan. Comme le policier des « MISÉRABLES » d’Hugo. Et bien sûr, Ventura incarnera Valjean quelques années plus tard…

 

« LA CAGE » (1975)

cageQuand le film commence avec Lino Ventura perché sur une grue de chantier sur une musique de Philippe Sarde et que le générique passe sur des images solarisées, on est sur-le-champ plongé dans du Claude Sautet. Ensuite, « LA CAGE » prend une tout autre orientation, mais cette entrée en matière perturbe un peu.

Convoqué dans la maison de banlieue de son ex-femme (Ingrid Thulin) qu’il n’a pas revue depuis des années, Ventura se voit enfermer dans sa cave pour une durée indéterminée. Elle ne s’est jamais remise de son départ et a l’intention de lui faire payer la note. Inspiré d’une pièce de théâtre, le scénario s’arrête hélas, là. Deux grands comédiens séparés par les barreaux d’une cage, qui s’envoient des vacheries à la figure. Pas d’urgence particulière, pas de réelle progression dans l’histoire, pratiquement pas de péripéties, peu d’évolution dans leurs rapports. On finit par ne rien attendre et de là naît l’ennui. Le dialogue étant assez basique, voire pauvret par moments, et l’alchimie entre les deux stars étant quasi-nulle (comment imaginer une seconde, même avec toute la bonne volonté du monde, que Lino ait pu être marié à l’égérie d’Ingmar Bergman ?), « LA CAGE » ne fonctionne tout simplement pas. La mise-en-scène ultra conventionnelle de Pierre Granier-Deferre qui a probablement voulu réitérer le miracle de son « CHAT » avec Gabin et Signoret, ne résout en rien le vice-de-forme initial du projet : on n’y croit pas. Point final.

Malgré le handicap de la langue, Thulin fait preuve d’intensité et d’émotion, mais elle semble vraiment échappée d’un autre cinéma. Quant à Ventura, égal à lui-même, il use et abuse de ses vieux tics et ne donne aucune profondeur à son rôle. On se prend à imaginer ce qu’aurait donné un Yves Montand par exemple, vivante incarnation du mâle français des années 70, à sa place. Le film aurait probablement gagné en subtilité. Ce qui nous ramène d’ailleurs indirectement à Sautet ! Décidément…

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INGRID THULIN ET LINO VENTURA

Un film mineur dans la carrière du réalisateur et des deux stars, dont le principal problème – malgré l’admiration qu’on peut avoir pour eux – provient du choix même des deux têtes d’affiche. Étrange…

 

« L’ARMÉE DES OMBRES » (1969)

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LINO VENTURA

Adapté de l’œuvre de Joseph Kessel, « L’ARMÉE DES OMBRES » est généralement admis aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de Jean-Pierre Melville et comme étant un des films « définitifs » sur l’occupation allemande et la résistance.armee

Thématiquement loin de ses ‘films noirs’ nourris au cinéma U.S., mais stylistiquement assez proche (photo monochrome grise-bleutée, personnages taillés dans la masse, dialogue réduit au strict nécessaire), l’auteur se raccroche plutôt à ses souvenirs personnels de la guerre et signe un film austère, solennel, d’une lenteur délibérée, totalement dépourvu d’humour, et parfois imbu de sa propre importance.

Suivant quelques mois de l’existence d’un réseau entre Marseille, Lyon et Paris, le film est constitué de longs « tableaux » d’inégale durée, dilatant certains moments comme l’exécution d’un mouchard, jusqu’à l’insoutenable et osant des ellipses assez raides. En résulte un rythme étrange, des fluctuations d’intensité, sans que jamais ne se dilue un sens de la tragédie et du sacrifice qui enrobe toute l’action.

Bien sûr, malgré sa maîtrise de l’image, Melville cède à ses péchés mignons (quelques maquettes peu convaincantes et une apparition surréaliste d’un De Gaulle en carton-pâte), mais « L’ARMÉE DES OMBRES » grâce à de magnifiques morceaux de bravoure et une interprétation hors-pair, n’a pris que peu de rides. Un gros effort a été accompli pour rendre Lino Ventura moins imposant physiquement que d’habitude, plus vulnérable. Il est remarquable de bout en bout, capable d’une dévotion enfantine envers son patron (Paul Meurisse) et d’une férocité absolue pour protéger le réseau. À ses côtés, Simone Signoret incarne une magnifique ‘Mathilde’ héroïne aux pieds d’argile, Christian Barbier et Paul Crauchet sont irremplaçables dans leurs meilleurs rôles. Meurisse et Jean-Pierre Cassel sont moins emballants. À noter une brève apparition de Serge Reggiani en barbier taiseux et un bref caméo de Nathalie Delon (« LE SAMOURAÏ ») dans une scène de bar.

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SIMONE SIGNORET, CHRISTIAN BARBIER, LINO VENTURA ET PAUL CRAUCHET

Pour sa vision transcendée mais nullement idéalisée de la résistance et de ses soldats, pour ses personnages condamnés d’avance, pour l’obsédante musique d’Éric Demarsan, « L’ARMÉE DES OMBRES » mérite largement d’être devenu un grand classique du cinéma français.

 

« LE RUFFIAN » (1983)

ruffianJosé Giovanni et Lino Ventura étaient amis et figurent ensemble au générique de neuf films. Parfois le premier n’était qu’auteur, parfois également réalisateur. « LE RUFFIAN » marque leur ultime collaboration et il ressemble déjà au testament d’un cinéma français révolu, à un post-scriptum.

Visiblement, on a voulu produire une sorte de remake des « AVENTURIERS », mâtiné d’échos des « GRANDES GUEULES » et du « RAPACE ». Mais quand la mayonnaise ne prend pas, il n’y a rien à faire. « LE RUFFIAN » ressemble à une photocopie de médiocre qualité.

Malgré les paysages canadiens filmés en Scope, un scénario de film d’aventures westernien, la présence de Ventura, le film ne décolle jamais. À 64 ans, l’acteur est-il trop âgé pour jouer les baroudeurs rêveurs, les grands enfants refusant de vieillir ? Probablement. Et son duo avec Bernard Giraudeau (bien trop jeune, pour le coup) n’est pas crédible une seconde, ne génère aucune alchimie. Le personnage campé par le second n’est qu’un pâle ersatz du Delon des « AVENTURIERS » cloué dans un fauteuil roulant et Béatrix van Til ne fera pas oublier Joanna Shimkus. Même Claudia Cardinale n’écope que d’un rôle secondaire sans aucune épaisseur ou scène à défendre. L’irritant Pierre Frag reprend le rôle généralement dévolu à Charles Gérard aux côtés de Ventura ou Belmondo.

Alourdi par un dialogue naïf, une sorte de truculence surjouée (on éclate de rire et on se tombe dans les bras à la moindre occasion), « LE RUFFIAN » est une œuvrette superficielle s’adressant aux nostalgiques du cinéma des années 60 et tout spécialement de celui de Robert Enrico. Giovanni n’a jamais eu la « patte » de celui-ci et s’avère incapable d’insuffler le moindre souffle d’aventure ou d’épopée. Même la BO d’Ennio Morricone fait plutôt penser aux spaghetti westerns des frères De Angelis !

À voir pour le complétiste du grand Lino éventuellement, qui trouve là son tout dernier rôle d’homme d’action.

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LINO VENTURA ET CLAUDIA CARDINALE