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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LIV ULLMANN

« FACE À FACE » (1976)

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LIV ULLMANN

Avec « FACE À FACE », Ingmar Bergman se dépouille de toute velléité esthétique, de toute recherche symbolique, de toute complexité scénaristique, pour se concentrer uniquement sur son thème : la dépression nerveuse. Il prend son sujet à bras-le-corps, après un début trompeusement tranquille, où on sent toutefois couver le malaise.FAF2.jpg

Liv Ullmann est une psychiatre, qui revient habiter chez ses grands-parents qui l’ont élevée, le temps d’un job à la direction d’un hôpital. Mais ce retour en arrière, ajouté à un viol sordide, l’amènent à une tentative de suicide, puis à une désintégration violente de son état mental. Comme souvent chez l’auteur, on ne se rend pas vraiment compte à quel moment le film prend littéralement possession du spectateur et le transforme en voyeur involontaire mais incapable de détourner le regard. « FACE À FACE » est un film âpre, ingrat, honnête, qui va au fond des choses. La dernière partie cathartique, est un monologue de Liv Ullmann face-caméra qui raconte son enfance, ses traumatismes, son mal-être. L’actrice défaite, méconnaissable par moments, modifie sa voix, ses traits, sa gestuelle, passe de la petite fille martyrisée à la vieille femme inflexible. C’est une des plus hallucinantes performances d’actrice enregistrées sur pellicule, qui la hisse au niveau d’une Falconetti dans « LA PASSION DE JEANNE D’ARC » qui seule peut-être, avait atteint un tel degré d’intensité. À ses côtés, Erland Josephson en ami fidèle, tout aussi « « émotionnellement infirme » qu’elle, prêt à tout entendre et Gunnar Björnstrand, vétéran du cinéma bergmanien, en grand-père au seuil de la mort.

« FACE À FACE » n’est pas une œuvre facile, à aucun point-de-vue. On peut le rejeter en bloc tant il met mal à l’aise et oblige à regarder frontalement la condition humaine dans ce qu’elle a de plus désespérant. Mais ne serait-ce que pour constater jusqu’où peut aller une grande actrice quand elle défend un beau texte et qu’elle est dirigée, il faut absolument l’avoir vu.

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LIV ULLMANN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter : le film fut décliné à la TV suédoise en quatre parties pour une durée de 176 minutes, autrement dit avec une heure environ de matériel en plus.

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« LES ÉMIGRANTS » (1971)

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LIV ULLMANN

« LES ÉMIGRANTS » de Jan Troell, il faut en être prévenu, est une véritable épreuve d’endurance. Non parce qu’il est mauvais – loin de là – mais parce que la vision de la misère, des souffrances humaines, de la maladie, des humiliations, n’a rien de réjouissant et que l’auteur ne nous épargne rien.ÉMIGRANTS.jpg

Situé vers 1850 dans la campagne suédoise, le film suit le destin d’un couple de paysans, Max Von Sydow et Liv Ullmann, « empruntés » à Ingmar Bergman, qui décident d’émigrer aux Amériques. Par la minutie de sa mise-en-scène, la longueur de chaque séquence, Troell donne presque la sensation de suivre l’action en « temps réel » et, sur plus de trois heures, cela peut devenir pénible, voire douloureux. Les échecs successifs du couple, les grossesses à répétition, la mort d’une fillette, la sècheresse… Tout les pousse à quitter leur terre natale pour cette Amérique qu’ils idéalisent et sur laquelle ils portent tous leurs espoirs. On souffre avec eux, le summum étant atteint lors de la traversée en mer, où on finit par se sentir physiquement malade ! Le film est d’une sobriété visuelle confinant à l’austérité, Troell interdit tout romanesque, toute simplification « hollywoodienne ». On finit par s’attacher à ces personnages frustes et taiseux : Von Sydow remarquable en brave homme entêté, Ullmann émouvante en mère nourricière endurante, Eddie Axberg très bien en rêveur ou Monica Zetterlund en femme de mauvaise réputation.

Tant d’années après, « LES ÉMIGRANTS » émeut toujours et peut-être davantage, au regard de l’actualité du 21ème  siècle. C’est une œuvre sincère et puissante, de celles qui dépeignent les « gens de peu » avec une empathie jamais manichéenne et leur rendent leur humanité.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

À noter : le film connut une suite l’année suivante, « LE NOUVEAU MONDE » encore plus longue !

 

« LEONOR » (1975)

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LIV ULLMANN

Coproduction européenne réalisée par Juan Buñuel, fils de Luis, et interprétée par des comédiens français, italiens, espagnols et norvégiens, « LEONOR » est une très singulière fable médiévale sur le deuil, l’amour fou et la transgression.LEONOR2

Réalisé sobrement, sans le moindre effet, photographié sans recherche d’esthétisme par Luciano Tovoli, le film déroule son histoire sur dix ans, décrivant froidement le destin d’un châtelain (Michel Piccoli) qui ne se remet pas de la mort de sa femme (Liv Ullmann), même quand sa seconde épouse (Ornella Muti) lui donne deux fils. Obsédé par la défunte, il signe une sorte de pacte avec le diable pour qu’elle ressuscite. Quand ‘Leonor’ revient à lui, Piccoli n’hésite pas à occire Muti pour vivre pleinement son amour retrouvé. Seulement, bien sûr, celle qui est sortie du tombeau n’est plus tout à fait la même, et c’est une succube tueuse d’enfants qui commence à semer la mort dans une région déjà atteinte par la peste.

Très lent, jamais explicite, « LEONOR » envoûte indiscutablement grâce à l’âpreté des extérieurs, la BO mélancolique d’Ennio Morricone et à son duo principal : Piccoli en seigneur tourmenté, habité qui s’est fait un look à la Sean Connery et qui se montre étonnamment convaincant et Ullmann douce et inquiétante dans un rôle de prédatrice au visage angélique. Ornella Muti n’a pas grand-chose à faire, mais elle est vraiment très belle.

Œuvre complètement à part, qui évoque lointainement les films médiévaux d’Ingmar Bergman (sensation renforcée par la présence de l’égérie du maître suédois), « LEONOR » se regarde comme on vit un mauvais rêve poisseux et sans échappatoire.

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MICHEL PICCOLI ET ORNELLA MUTI

 

« LA ROSERAIE » (1989)

roseInspiré de faits réels (le meurtre atroce de vingt enfants déportés, à quelques heures de la libération), « LA ROSERAIE » est – très curieusement – une production Cannon réalisée par le hollandais Fons Rademakers.

Après qu’un vieil homme apparemment fou furieux (Maximilian Schell) ait agressé un autre vieillard dans un aéroport allemand, il se mure dans le mutisme. Son avocate (Liv Ullmann) va mener son enquête pour l’identifier et découvrir progressivement son histoire : il est le frère d’un des enfants assassinés par l’homme qu’il a attaqué.

Comme tous les sujets touchant de près ou de loin aux retombées de la Shoah, qu’il s’agisse du « CHOIX DE SOPHIE », de « MARATHON MAN » ou de « MUSIC BOX », celui-ci possédait bien des atouts pour agripper le spectateur et ne plus le lâcher. Hélas, entre le film d’investigation et le « courtroom drama », « LA ROSERAIE » est d’une immense platitude et évoque un téléfilm à l’esthétique rébarbative et à la dramaturgie molle et sans ressors. L’intérêt est plus ou moins soutenu parce qu’on a envie de connaître l’issue et les dernières scènes au procès sont très émouvantes, mais l’ensemble est long, pesant, ennuyeux.

Reste le duo d’acteurs : d’abord une radieuse Liv Ullmann de 51 ans, qui parvient à donner vie à un personnage sans réelle épaisseur. Les gros-plans sur son visage en disent plus long que des tartines de dialogue, comme l’avait si bien compris Ingmar Bergman. Face à elle, Maximilian Schell, qu’on a rarement vu meilleur qu’en homme brisé par les camps, imprévisible et d’une rare intensité. Leur seule présence justifie la vision de « LA ROSERAIE ». À noter la présence incongrue de Peter Fonda, toujours aussi peu énergique, incarnant l’ex-mari de l’héroïne.

Un sujet potentiellement fort donc, en partie amoindri par un traitement trop sage et scolaire. Dommage…

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LIV ULLMANN ET MAXIMILIAN SCHELL

 

« LA HONTE » (1968)

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MAX VON SYDOW ET LIV ULLMANN

« LA HONTE » démarre exactement comme « L’HEURE DU LOUP » sorti l’année précédente. Liv Ullmann et Max Von Sydow sont un couple vivant en autarcie sur une petite île, avec leurs chamailleries, leurs petits tracas quotidiens, leurs problèmes existentiels. On est tout prêts à les suivre pour une nouvelle introspection psychanalytique…HONTE3

Oui mais voilà, soudain c’est la guerre ! Et le conflit s’immisce dans l’univers bergmanien avec la brutalité d’un viol et fait voler en éclats le confort des images familières de Sven Nykvist et les habituels silences bergmaniens. Le scénario démontre, étape par étape, comment un musicien égocentrique, hypersensible, qui pleurniche à la moindre contrariété et s’évanouit quand il a peur, va devenir un véritable tueur prêt à tout pour survivre. Avec une délectation morbide, Bergman décrit la désagrégation du couple, miné par la trouille et la lâcheté.

C’est très étonnant d’assister à des bombardements, à des scènes de fusillade dans un film du maître suédois, mais on est tellement déstabilisé, qu’on pénètre d’autant plus dans le film, jusqu’à cette non-conclusion en pleine mer, entre rêve et réalité.

Magnifiquement cadré, comme toujours, « LA HONTE » doit beaucoup à son couple d’acteurs : Von Sydow pétri de contradictions, veule, abject même, mais totalement humain. Et Liv Ullmann qui fait tout passer dans son œil clair, de la candeur au dégoût. Le film se regarde comme un long cauchemar dont on ne voit pas l’issue, à la fois très différent des autres œuvres de Bergman et pourtant, ne pouvant être signé que par lui.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

 

« L’HEURE DU LOUP » (1968)

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MAX VON SYDOW

Un peintre célèbre mais tourmenté, sa jeune compagne naïve et aimante, une île désolée au milieu de nulle part, le vent qui souffle : « L’HEURE DU LOUP », dès ses premières images nous plonge dans l’univers d’Ingmar Bergman sans erreur possible.kinopoisk.ru

On s’attend à un film sur le couple, un huis clos étouffant et sans échappatoire. Mais s’il commence bel et bien de cette façon, le film prend une tout autre tournure quand Liv Ullmann se met à lire le journal intime de Max Von Sydow. À partir de là, les images et les actions deviennent de plus en plus oniriques, irréelles, fantasmées et c’est dans l’âme torturée de cet artiste ombrageux qu’on pénètre de force.

Si le scénario paraît hermétique, on peut le voir comme la mise à nu des rouages utilisés par le peintre pour créer : ses souvenirs, ses hantises, ses cauchemars les plus inavouables (un meurtre d’enfant particulièrement sordide, une scène de quasi-nécrophilie avec son ancienne maîtresse, un dîner entouré d’hôtes fantomatiques). Un univers malsain et fermé sur lui-même où la jeune femme tente de s’immiscer pour mieux comprendre et mieux aimer son lugubre amoureux. On s’enfonce dans ces images comme dans une mer noire et glacée, grâce au noir & blanc tranchant de Sven Nykvist.

Von Sydow est égal à lui-même, d’une absolue sobriété habitée. Ullmann est le seul rayon d’espoir et de vie dans ce monde moribond. Ingrid Thulin apparaît en spectre sensuel et inquiétant.

Sans doute pas l’œuvre la plus originale de Bergman, mais un film maîtrisé et âpre, qui laisse des traces.

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LIV ULLMANN, INGRID THULIN ET MAX VON SYDOW

 

« CRIS ET CHUCHOTEMENTS » (1972)

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LIV ULLMANN ET INGRID THULIN

Comme pour la plupart des plus grandes réussites d’Ingmar Bergman, « CRIS ET CHUCHOTEMENTS » n’exige pas qu’on le comprenne dans son entier, qu’on analyse son scénario, qu’on cherche à définir clairement les émotions qu’il suscite. Il faut simplement se laisser emporter dans ce huis clos aussi formellement magnifique qu’il est affreusement morbide et en profiter comme d’un mauvais rêve sensuel et malsain, qui continue de nous hanter après le réveil.CRIS

Trois sœurs (on pense immédiatement à Tchekov), une gouvernante, une belle maison de famille. Une des sœurs se meurt du cancer dans d’atroces souffrances (Harriet Andersson, douloureuse à contempler), l’autre plus frivole (Liv Ullmann), se souvient de sa liaison avec le médecin et quémande l’amour de son aînée (Ingrid Thulin), femme desséchée et névrosée, incapable du moindre contact humain. Entre elles, cette jeune employée à la lourde silhouette de mère-nourricière qui vient de perdre son enfant. Et bientôt, le fantôme de la malade…

C’est un film noir, blanc et rouge. Rouge par les tentures des murs et par les nombreux fondus-enchaînés qui semblent ensanglanter tout l’écran, rouge du sang des blessures qu’on s’inflige. Des cris, il y en a, et ils sont terribles : ceux d’agonie d’Harriet Andersson glaçants, et ceux proches de la folie d’Ingrid Thulin, non moins insupportables. Quant aux chuchotements, ils sont si bas, qu’ils finissent par devenir inaudibles, comme dans cet étrange face-à-face fébrile entre les sœurs survivantes où tous les sons sont perceptibles à l’exception de leurs voix.

Les quatre comédiennes sont toutes au sommet de leur art, la photo de Sven Nikvist est d’une précision inouïe, les extrêmes gros-plans de visages sont parfois insistants jusqu’au malaise. L’ultime flash-back laisse sur une sensation de vie gaspillée, de faux-semblants vraiment poignante. On repense longtemps à « CRIS ET CHUCHOTEMENTS » après le mot « FIN » et même bien au-delà.

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INGRID THULIN, LIV ULLMANN ET ERLAND JOSEPHSSON

À noter que Liv Ullmann joue également le rôle de la mère défunte dans les flash-backs sur l’enfance des sœurs, portant une perruque noire.