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Archives de Catégorie: LES FILMS DE LOUIS JOUVET

« LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE » (1948)

SEULS.jpegÉcrit par Henri Jeanson, qui était plus dialoguiste que scénariste à proprement parler, « LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE » est un très curieux film signé Henri Decoin, une rêverie poétique et drôle sur le couple et les jeux de l’amour.

La première scène, éblouissante, donne le ton : Louis Jouvet et Renée Devillers rejouent 18 ans après, leur première rencontre sur les lieux mêmes où elle se produisit. La mise en abyme commence d’emblée et se poursuit en marivaudage un brin pervers, où l’épouse pousse son mari adoré dans les bras d’une jeune fille qui l’idolâtre (Dany Robin) dans une espèce de test qui tournera mal. Cela se passe dans le milieu musical parisien de l’après-guerre, un monde totalement disparu qui semble par moments aussi peu familier que le Moyen-Âge. Jeanson s’octroie des piques répétées contre la presse à scandale, la critique et les snobs, qui ne sont pas ce qu’il y a de plus réussi dans le film. Comme l’histoire elle-même peine à avancer et s’égare souvent dans les péripéties de seconds rôles sans intérêt (le frère agaçant joué par Philippe Nicaud, l’ami fidèle du couple mal développé), on se concentre sur les comédiens et tout particulièrement Jouvet, magnifique comme d’habitude, en égocentrique charmant balloté par les événements et gentiment manipulé par une Renée Devillers mutine et ambiguë. On pourra trouver les jeunes comédiens – dont la très gauche Dany Robin – moins performants. À noter le surprenant et assez dérangeant personnage du père de celle-ci, vieillard cauteleux et avide de renommée, campé par le cabotin Fernand René.

Malgré certaines longueurs, le film se laisse voir avec plaisir, surtout pour le couple vedette et des répliques-qui-tuent dont Jeanson avait le secret.

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LOUIS JOUVET ET RENÉE DEVILLERS

À noter : le film, qui finit tragiquement, était sorti comme « LA BELLE ÉQUIPE », avec une fin alternative beaucoup plus heureuse. On peut la voir dans le Blu-ray récemment restauré. Les deux se valent, mais celle de Decoin donne une autre dimension à l’histoire…

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« MIQUETTE ET SA MÈRE » (1950)

MIQUETTEAdapté d’une pièce de théâtre et remake d’un film de 1934, « MIQUETTE ET SA MÈRE » est aussi incongru dans la filmographie de Henri-Georges Clouzot que le sera « LA FÊTE À HENRIETTE » deux ans plus tard dans celle de Julien Duvivier.

En effet, le sombre et cynique Clouzot se laisse ici aller à une fantaisie débridée, un pastiche des vieux mélodrames poussiéreux narré en tableaux séparés par des cartons aux textes souvent hilarants. Le sujet ? Une jeune et naïve provinciale (Danièle Delorme) est convoitée par le riche oncle (Saturnin Fabre) de son benêt de fiancé (Bourvil) et part pour Paris afin de devenir actrice sous la houlette d’un vieux cabotin (Louis Jouvet) constamment fauché. Ce n’est qu’une succession de malentendus, de chassé-croisés, de fâcheries et de réconciliations.

C’est extrêmement déroutant au début, puis peu à peu, par la grâce des comédiens, par la modernité de l’humour, on se laisse prendre et on finit par trouver cela charmant, idiot mais tout à fait plaisant. Ainsi, les apartés que fait Fabre au spectateur, gênantes au début, finissent-elles par devenir de purs régals. Clouzot s’efface complètement et laisse évoluer ses acteurs. Jouvet est extraordinaire en histrion vieillissant et emphatique. Il faut avoir vu avec quelle verve – et en roulant les « R » – il s’efforce à se montrer exécrable comédien sur scène ! La mise en abyme est savoureuse. Delorme évolue avec malice au milieu des monstres sacrés, Bourvil joue les gentils crétins comme il en avait alors l’habitude et des visages familiers comme Pauline Carton ou Louis Seigner complètent le tableau.

C’est donc une œuvrette très particulière que « MIQUETTE ET SA MÈRE », où cinéma et théâtre se télescopent joyeusement (la représentation finale avec les moyens du bord est décrite avec un mélange de tendresse et de cruauté), à voir sans idées préconçues.

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BOURVIL, DANIÈLE DELORME ET LOUIS JOUVET

À noter que c’est Michel Simon qui tenait le rôle joué ici par Jouvet en ’34, et que les deux hommes – qui se haïssaient dans la vie – furent partenaires dans « DRÔLE DE DRAME » et « LA FIN DU JOUR ».

 

HAPPY BIRTHDAY, LOUIS !

JOUVET

LOUIS JOUVET (1887-1951), GÉANT DU THÉÂTRE, 33 FILMS SEULEMENT MAIS UNE EMPREINTE INEFFAÇABLE DANS LE CINÉMA FRANÇAIS.

 

« COPIE CONFORME » (1947)

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LOUIS JOUVET

Sur le thème inépuisable du double, « COPIE CONFORME » est surtout et essentiellement un écrin au talent protéiforme de Louis Jouvet qui, alors âgé de 60 ans, s’en donne à cœur-joie dans la composition et la caricature.COPIE

L’acteur joue un grand photographe, qui sous cette facette respectable, est aussi un cambrioleur Fregoli et un chef de bande. Il engage un petit VRP au chômage qui est son parfait sosie, pour lui servir d’alibi, les soirs où il va commettre ses forfaits.

L’idée est simple et propice à tous les développements. Les auteurs s’en sortent plutôt bien et le mélange de « film noir » et de pure comédie, fonctionne bon an mal an. Il faut dire que Jouvet donne énormément de sa personne : on l’a rarement vu aussi cabotin, qu’il joue le pauvre ‘Dupon’, un raté timoré à l’allure débraillée et au strabisme comique ou qu’il incarne ‘Ismora’, sorte d’avatar de son rôle dans « UN CARNET DE BAL » de Duvivier. Même s’il en fait beaucoup, Jouvet parvient à différencier si nettement les deux rôles, que ses « face-à-face » sont totalement crédibles et font oublier qu’on a affaire au même interprète. Le film n’est qu’un festival Jouvet, mais on remarque tout de même de bons seconds rôles comme Suzy Delair dans son emploi habituel de chanteuse à la langue bien pendue et à la vulgarité roborative et même un tout jeune Jean Carmet en sbire d’Ismora.

« COPIE CONFORME » est une gentille comédie teintée de noirceur (la triste existence de Dupon et son désir de mourir), qu’on revoit avec indulgence et plaisir parce qu’il permet au talent de M. Jouvet de s’exprimer sans garde-fou. Et aussi parce que Henri Jeanson était un sacré dialoguiste !

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LOUIS JOUVET, SUZY DELAIR ET JEAN CARMET

 

« LA MAISON DU MALTAIS » (1938)

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MARCEL DALIO

Le roman « LA MAISON DU MALTAIS », déjà adapté dans les années 20, était un matériau parfait pour l’excellent conteur qu’était Pierre Chenal. C’est un mélodrame dans toute l’acceptation du terme, qui se joue entre Sfax et Paris. L’histoire d’amour fou entre un gentil rêveur arabe (Dalio) et une prostituée. Tous deux cherchent une issue à leur misère, mais à la suite d’un imbroglio, elle fuit en France, épouse un riche savant (Pierre Renoir) et lui fait croire que l’enfant qu’elle porte est le sien. Jusqu’à ce que Dalio débarque à son tour…MAISON

Dans ce monde frelaté et irréel, l’homme est un loup pour l’homme et le poète est impitoyablement piétiné et humilié. On délaisse son identité comme on se débarrasse de vieilles frusques, en espérant que le nouvel habit fasse le moine. Mais le hasard et les coïncidences (nombreuses) rattrapent toujours ceux qui espèrent échapper à leur passé. C’est très bien filmé et photographié, les décors de studio sont superbes et le film bénéficie d’un cast éblouissant jusqu’au plus petit rôle : si Dalio surjoue un peu et s’est fait une drôle de tête avec ses sourcils épilés, Viviane Romance est remarquable et parfois virtuose, comme dans cette scène où, devenue une grande bourgeoise parisienne, elle réendosse sa défroque de petite pute inculte pour duper son ancien amant. Louis Jouvet – malgré une seconde place au générique – n’a qu’un petit rôle de maître chanteur cynique à souhait : génial comme toujours ! Il fonctionne très bien en tandem avec Florence Marly jouant sa secrétaire blasée. Jany Holt est très émouvante en prostituée tuberculeuse mourant à petit feu et Fréhel étonnante en grosse logeuse sans cœur.

Sans être un grand film, « LA MAISON DU MALTAIS » se laisse regarder avec plaisir. C’est de la belle ouvrage, du cinéma populaire mais jamais racoleur, empreint d’une certaine poésie sans affèterie.

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LOUIS JOUVET, VIVIANE ROMANCE ET JANY HOLT

À noter : le DVD exploité en France présente une copie dans un état pitoyable (image et son) et le film mériterait une restauration soignée pour trouver une seconde jeunesse à l’instar de certains Duvivier.

 

« ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT » (1949)

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FILM NOIR À LA FRANÇAISE

« ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT », c’est avant tout un superbe scénario, qui extirpe le maximum d’un postulat de départ tiré par les cheveux (une énième histoire de sosies, qu’un prologue maladroit tente de faire gober) et un écrin pour un Louis Jouvet au sommet de sa forme, dans un de ces rôles de flics qu’il savait mettre en relief comme personne. L’acteur avait déjà tenu un double rôle dans « COPIE CONFORME » deux ans plus tôt, auquel il est d’ailleurs fait allusion dans le fameux prologue.entre

Flic émérite donc, Jouvet prend la place d’un malfrat assassiné la nuit même et enquête, en quelque sorte, sur… sa propre mort. Belle idée fort bien développée, malgré quelques « impasses » scénaristiques un brin paresseuses : un seul personnage semble remarquer que le nouveau « Vidauban » n’a pas la même voix que d’habitude !

Le film avance vite, il est tourné à la manière d’un ‘film noir’ U.S. et s’offre le luxe de longs passages uniquement visuels, plutôt rares à l’époque. On prend un réel plaisir à voir Jouvet avancer à l’aveuglette, constamment sur le fil, au milieu d’un monde qui n’est pas le sien. L’acteur déclame génialement des répliques taillées pour lui (« On ne doit pas perdre la tête, surtout quand on n’en a pas ») et sait même se montrer sensible et émouvant lors de son coup de foudre avec une très belle et mystérieuse Madeleine Robinson. Leur relation n’est d’ailleurs pas sans évoquer celle de Bogart et Mary Astor dans « LE FAUCON MALTAIS ».

Le cast féminin entourant Jouvet est exceptionnellement homogène, que d’excellentes comédiennes au naturel confondant. Monique Mélinand en « bonniche » à la langue bien pendue, Gisèle Casadesus en garce vindicative, Yvette Étiévant en prostituée vendant ses charmes sous un tunnel sinistre.

« ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT » est un remarquable polar noir, bourré d’humour qui fait passer l’intrigue policière somme toute banale, derrière une étude de caractères passionnante.

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LOUIS JOUVET ET MADELEINE ROBINSON

À noter que les notes sifflotées par ‘Vidauban’ avant son assassinat dans le tunnel, ne sont pas sans évoquer l’air du « Cheyenne » dans « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » !

 

« KNOCK » (1951)

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LOUIS JOUVET

En 1933, pour sa seconde apparition à l’écran, Louis Jouvet coréalisait et interprétait « KNOCK, OU LE TRIOMPHE DE LA MÉDECINE », d’après la pièce satirique de Jules Romains qu’il avait lui-même créée sur scène dix ans plus tôt. 18 ans plus tard, il en tournait un remake : « KNOCK », où il reprenait le personnage et était également crédité comme « directeur artistique ». Et dans une étrange symétrie, ce fut son avant-dernier film !KNOCK3

« KNOCK », c’est une charge virulente contre la médecine « moderne » (l’action se déroule en 1923), les charlatans âpres au gain, qui inventent des maladies à leurs patients pour les rendre dépendants. Le Dr. Knock est une sorte de « gourou » qui met littéralement tout un village au lit et s’enrichit sur son dos avec un cynisme consommé et une extraordinaire connaissance de la nature humaine.

À peine transposé en scénario, le film se compose de « tableaux » dialogués, de face-à-face entre Jouvet, ses « malades », son ex-collègue, le pharmacien, etc. Cela a beau être bavard à l’extrême et très répétitif, le film vaut le coup d’œil pour admirer l’acteur dans ses œuvres. Avec sa silhouette noire d’oiseau de proie, son œil inquisiteur derrière ses lunettes, sa savoureuse diction, il crève l’écran. Combien de comédiens de 63 ans pourraient affirmer : « J’ai 40 ans », sans perdre un iota de leur crédibilité ?

Jouvet est très bien entouré par Pierre Renoir, la toujours délectable Jane Marken, un Jean Carmet replet en ivrogne de service et même Louis De Funès, qui apparaît deux secondes en patient hirsute qui se flatte d’avoir « perdu 100 grammes ».

À voir pour ce véritable « festival Louis Jouvet » donc, et pour quelques répliques entrées dans les annales comme : « Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? ».

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LOUIS DE FUNÈS, LOUIS JOUVET ET JEAN CARMET