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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MADS MIKKELSEN

« PUSHER II – DU SANG SUR LES MAINS » (2004)

PUSHER2 copie.jpgTourné huit ans après « PUSHER », « PUSHER II – DU SANG SUR LES MAINS » prend pour personnage principal un rescapé du n°1 : Tonny « loser » impénitent (Mads Mikkelsen) qui, sortant de prison, tente de se faire enrôler dans le gang de voleurs de voitures de son père qui l’a toujours méprisé.

Comme son prédécesseur, ce second opus est une tranche de vie sordide et désespérante, suivant quelques échantillons d’humanité bien peu reluisants. Tous les protagonistes, femmes et hommes, sont cocaïnés jusqu’à l’os, ce qui doit leur ramollir le cerveau puisqu’ils sont systématiquement stupides, incapables, irresponsables voire dangereux. On s’attache malgré tout à Mikkelsen, qui devient pathétique à force de se faire injurier et bousculer par tout le monde. De la junkie belliqueuse qu’il a mise enceinte, à son propre père. On sent la tension monter progressivement, malgré l’apparente apathie du pauvre type, jusqu’à cet affrontement terrible entre père et fils où subitement le film bascule dans la tragédie antique. C’est filmé « à l’arrache », avec très peu de lumière, ce qui donne une image granuleuse, ultra-réaliste et participe de la sensation de vécu de tout le film. À un détour de scène, on retrouve Zlatko Buric, le dealer yougoslave débonnaire mais implacable, découvert dans le n°1.

« PUSHER II » baigne dans une noirceur suffocante, à peine atténuée par la présence de ce bébé qui fait sortir Tonny de sa torpeur. Le dernier plan dans le bus est émouvant, ce qui en dit long sur le talent de Mikkelsen qui a réussi à humaniser sans aucun recours au pathos, ce triste individu.

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MADS MIKKELSEN ET ZLATKO BURIC

« PUSHER II » est à voir dans la continuité du film de 1996, parce que si les années ont passé, les voyous de Copenhague ont toujours les mêmes problèmes de dettes, de menaces permanentes, d’enfants à gérer et de drogues à sniffer. Pas très gai, c’est certain, mais l’aspect « documentaire » est édifiant.

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« PUSHER » (1996)

PUSHER.jpg« PUSHER » est le premier long-métrage réalisé par Nicolas Winding Refn et aussi le commencement d’une trilogie sur la pègre danoise et l’univers des deals de drogue.

Dès le début, on sent – à cause de la caméra portée, du grain très marqué de la pellicule – l’influence de « MEAN STREETS » de Martin Scorsese. Comme son aîné, Refn suit de petits malfrats de bas-étage, des ringards violents et dangereux, qui vivent de petits trafics, sans se rendre compte qu’ils sont à la merci de narcotrafiquants beaucoup plus puissants qu’eux et capables au moindre faux-pas de les réduire à néant. Le protagoniste, le toujours excellent Kim Bodnia, n’offre guère de prise à l’identification du public. C’est une brute infantile et sans affect, une vermine sans foi ni loi. Il est criblé de dettes et tombe de charybde en scylla en essayant de s’en sortir. On assiste donc à cette « course du rat » jusqu’au bout des bouts, avec une passivité non dénuée d’intérêt, tout en demeurant indifférent au sort qui l’attend. C’est bien fait, bien rythmé, d’un naturalisme à toute épreuve et l’aspect « documentaire » voulu par le réalisateur crée un style véritable. La séquence où Bodnia est torturé par ses créanciers yougoslaves est réellement éprouvante pour les nerfs. Son gros-plan final est (presque) émouvant. Autour de lui, quelques bons seconds rôles dont Zlatko Buric, en « parrain » faussement bon-enfant et Mads Mikkelsen, qui n’apparaît que dans la première moitié de l’action, en acolyte inséparable de Bodnia, aussi crétin que planche-pourrie. Avec son crâne rasé et ses tatouages, il crée un personnage totalement crédible.

Un bon film donc, que ce « PUSHER », une tranche de vie, une plongée dans un milieu qu’on découvre progressivement en réalisant que rien ne change, qu’il s’agisse de New York, Rome, Paris ou Copenhague.

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MADS MIKKELSEN ET KIM BODNIA

 

« BLEEDER » (1999)

BLEEDERS.jpg« BLEEDER » est le second long-métrage du danois Nicolas Winding Refn et probablement un de ses plus accomplis. On pense d’abord au cinéma social anglais, mais les partis-pris de mise-en-scène radicaux de l’auteur créent d’emblée un style très personnel et puissant.

L’emploi systématique des focales courtes, les couleurs primaires, les extérieurs dépourvus de toute figuration – ou presque – font de Copenhague une sorte de ville-fantôme de cauchemar, théâtre du drame qui se noue au sein d’une bande de paumés asociaux incapables de faire face à la réalité et à l’âge adulte. La tension s’installe en quelques plans et ne fait que croître, sans qu’on n’en comprenne totalement les raisons. Mais le malaise est là, la violence n’attend qu’une étincelle pour éclater. Refn bénéficie d’une troupe de comédiens exceptionnelle : Kim Bodnia (qui sera le flic de la série TV « BRON/BROEN ») en loser apathique prêt à exploser à tout moment, Levino Jensen inquiétant à souhait en raciste dangereux. Et surtout Mads Mikkelsen, tout jeune, mais déjà égal à lui-même dans un personnage d’adolescent attardé refusant le monde réel en s’immergeant dans le cinéma, jusqu’à n’avoir plus aucune vie sociale. Sa relation avec une jeune serveuse magnifiquement incarnée par Liv Corfixen est touchante et apporte un maigre souffle d’espoir sur tout le film.

« BLEEDER » est une œuvre maîtrisée, techniquement parfaite, plantée dans des décors minuscules, suffocants et traversée d’éclairs de violence fulgurants qui laissent sans voix. Quelques échanges dialogués sont vraiment formidables (« Pourquoi tu ne parles que de cinéma ? ») et l’humanité fruste et primitive des protagonistes finit par les rendre attachants. Malgré eux. Malgré tout. À découvrir.

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MADS MIKKELSEN, RIKKE LOUISE ANDERSSON, KIM BODNIA ET LIV CORFIXEN

 

« AT ETERNITY’S GATE » (2018)

Coproduction anglo-franco-suisse, « AT ETERNITY’S GATE » de Julian Schnabel revient sur la période où Vincent Van Gogh vécut à Arles puis à Auvers-sur-Oise. Le cinéma a souvent exploré la vie du peintre hollandais qui arbora les visages de Kirk Douglas, Jacques Dutronc ou Tim Roth.GATE.jpg

À 64 ans, Willem Dafoe est bien trop âgé pour incarner celui qui mourut à 37 ans, mais sa prestation est tellement intense et habitée, qu’il emporte l’adhésion en quelques plans. C’est grâce à lui et à son implication qu’on parvient à supporter les partis-pris radicaux de la réalisation : caméra portée nauséeuse, plans subjectifs, montage chaotique, censés nous faire voir le monde par les yeux (fatigués) de Vincent. L’idée en vaut une autre, mais le systématisme du procédé finit par irriter voire exaspérer et appauvrit un film qui aurait gagné à plus de sobriété et moins d’effets redondants. Reste que les gros-plans du visage exalté de Dafoe sont souvent saisissants et que la fin révèle une autre version de sa mort tout à fait inédite et fascinante. Autour de l’acteur dont la seule présence crée un parallèle avec le Christ, surtout quand il en parle avec le prêtre joué par le toujours remarquable Mads Mikkelsen dans une séquence, un cast en grande partie français, et des personnages dont on peine parfois à saisir la finalité. À quoi sert le monologue de Niels Arestrup, ex-militaire tatoué, par exemple ? Pourquoi Emmanuelle Seigner – difficilement reconnaissable – a-t-elle un rôle aussi peu développé ? Tout comme Mathieu Amalric en Dr. Gachet ? Seul s’en sort l’excellent Rupert Friend en Théo effacé et calme et surtout le décidément parfait Oscar Isaac qui compose un Gauguin loin de toute caricature.

Passionnant sur le fond, décevant sur la forme, « AT ETERNITY’S GATE » se laisse regarder si on est fasciné par l’œuvre et le destin de Van Gogh. Et pour Willem Dafoe dont c’est un des plus beaux accomplissements.

 

« POLAR » (2019)

Adapté d’une BD Dark Horse et réalisé par le Suédois Jonas Åkerlund, « POLAR » est une production allemande qu’il faut voir pour plusieurs raisons, tout en étant prévenu de son gros vice-de-forme.POLAR.png

En effet, la première moitié, tournée comme un jeu vidéo hideux et strident, une sorte d’avatar de « SUICIDE SQUAD », est quasiment insupportable. La bande de tueurs dégénérés traquant un assassin légendaire qu’ils sont chargés d’éliminer, contient quelques-uns des plus mauvais acteurs vus sur un écran depuis pas mal de temps. Les CGI sont affreux, le rythme est inutilement syncopé, bref on n’a qu’une envie : zapper et oublier tout cela au plus vite ! Mais on peut parvenir à résister grâce à la présence de Mads Mikkelsen, magistral dans le rôle de « Black Kaiser », un ‘hitman’ impassible, au bord de la retraite. Et tant mieux, car à partir du moment où il est débusqué par la bande d’idiots dans sa cabane du Montana, le film change brusquement de style et se mue en thriller hard boiled ultra-stylisé à la « JOHN WICK ». Après une séance de torture particulièrement atroce, Mikkelsen ressuscite en héros mythique. L’affrontement dans le manoir où il massacre une centaine de gardes renvoie instantanément aux films de sabre japonais de la grande époque et le tueur devient une sorte de samouraï scarifié très impressionnant. Film bicéphale donc, que ce « POLAR », que cette seconde moitié sauvage, proche de la barbarie, sauve complètement du naufrage annoncé dans la première. Avec son jeu intériorisé, sa « gueule » ravagée, Mikkelsen écrase tout autour de lui, mais il est bien entouré par la jeune Vanessa Hudgens dans un rôle à facettes, par Matt Lucas en méchant aussi immonde et caricatural qu’il est menaçant. On reconnaît – difficilement – Richard Dreyfuss dans une séquence, en vieux flingueur rangé des voitures.

Deux films en un donc, un nanar à fuir ventre à terre, et un super thriller baroque et haletant. À tenter en tout cas… L’épilogue ouvre la porte à une suite dont l’éventualité est plutôt accrocheuse.

 

 

« DOCTOR STRANGE » (2016)

À l’origine, les super-héros apparaissaient dans des magazines bon-marché d’une vingtaine de pages, destinés aux ados américains. Les scénarios étaient simples, les conflits se résolvaient dans d’épiques bastons en plein ciel, à coups de rayons d’énergie ou plus prosaïquement de tatane dans la gueule. Et les boutonneux en redemandaient.STRANGE

Le problème, un demi-siècle plus tard, c’est qu’au fond, rien n’a changé. Même dans « DOCTOR STRANGE » inspiré de la BD de Stan Lee et Steve Ditko, et qui se voudrait « mystique », c’est rigoureusement la même chose. Un postulat de départ absurde (un neurochirurgien accidenté se rend à Katmandou où il devient le roi des sorciers chargé de protéger le monde des forces du Mal), des échanges de dialogues assommants, un humour balourd, pour aboutir… à des bastons dantesques. Car au fond, les films de super-héros ne sont faits que de cela. C’est leur ADN. Même ici, quand deux corps astraux désincarnés s’affrontent, c’est à coups de poing dans la gueule !

Bien sûr, c’est admirablement confectionné, les CGI sont impeccables, les idées sont puisées dans pas mal de films dont « INCEPTION », et le cast est sérieux : Benedict Cumberbatch qui s’est fait une spécialité des rôles de surdoués arrogants joue le Dr. Strange, Mads Mikkelsen les deux yeux au beurre noir est un super-villain vindicatif, Rachel McAdam est jolie même si elle n’a strictement rien à faire et Tilda Swinton a le faux crâne chauve le moins convaincant depuis David Carradine dans les flash-backs de « KUNG FU ».

Ni meilleur ni pire que les autres opus de la tentaculaire franchise Marvel, « DOCTOR STRANGE » peut éventuellement se laisser regarder, mais l’orgie permanente de combats et de F/X délirants finit par ne plus imprimer la mémoire. Comme une très longue pub…

 

« LE ROI ARTHUR » (2004)

kingPas étonnant qu’Antoine Fuqua ait tourné un remake des « 7 MERCENAIRES », vu que douze ans plus tôt, il s’y essayait déjà de façon détournée avec « LE ROI ARTHUR », transposition du scénario du film de John Sturges (et donc de Kurosawa) dans un univers médiéval.

Cela se veut une version « historique » (on ne ricane pas, s’il vous plaît) du mythe des chevaliers de la Table Ronde et le film redistribue sans complexe les cartes de la légende, qu’il s’agisse de l’épée plantée dans le roc, le temps d’un bref flash-back ou du triangle amoureux formé par Arthur, Guenièvre et Lancelot.

Ce n’est jamais très passionnant, d’autant que la photo monochrome tirant systématiquement sur le cyan, finit par lasser l’œil et que le dialogue emphatique fait plus que friser le ridicule. Pourtant, le film vaut d’être vu, ne serait-ce que pour ses séquences de bataille bien maîtrisées, particulièrement une sur un lac gelé, et pour son casting de tout premier ordre qui maintient l’intérêt.

Clive Owen est un Arthur monolithique mais fait preuve d’une belle prestance en armure et une épée à la main (non, il n’est pas fait mention d’Excalibur), Keira Knightley connaît son heure de gloire quand, le visage peint en bleu (clin d’œil à « BRAVEHEART » ?) elle balance des flèches enflammées sur l’ennemi : go, Keira ! Go ! Stellan Skarsgård et Til Schweiger forment un monstrueux duo père-fils de barbares sanguinaires, parfois presque drôle tant ils sont bêtes et méchants. Mads Mikkelsen, à peine identifiable sous sa tignasse, est superbe avec son faucon dressé sur le poing. Il s’est fait un look de samouraï pour la bataille finale qui renvoie au chef-d’œuvre japonais de 1954. Ray Winstone et Ray Stevenson assurent en brutes truculentes, etc. Une vraie fête pour l’amateur d’acteurs « à tronches » ! Là encore, l’influence des « 7 MERCENAIRES » ?

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KEIRA KNIGHTLEY, CLIVE OWEN ET MADS MIKKELSEN

« LE ROI ARTHUR » manque de consistance, se prend parfois trop au sérieux et perd souvent le fil de son récit. Mais il y a là-dedans une volonté d’aventure épique pas si fréquente par les temps qui courent et qui annonce une série comme « GAME OF THRONES ». Et puis, répétons-le, la brochette de comédiens vaut vraiment le détour. Pourquoi pas, donc !

À noter que Mads Mikkelsen et Hugh Dancy, qui joue un autre chevalier, seront les têtes d’affiche de la série TV « HANNIBAL » dix ans plus tard.