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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MADS MIKKELSEN

« BLEEDER » (1999)

BLEEDERS.jpg« BLEEDER » est le second long-métrage du danois Nicolas Winding Refn et probablement un de ses plus accomplis. On pense d’abord au cinéma social anglais, mais les partis-pris de mise-en-scène radicaux de l’auteur créent d’emblée un style très personnel et puissant.

L’emploi systématique des focales courtes, les couleurs primaires, les extérieurs dépourvus de toute figuration – ou presque – font de Copenhague une sorte de ville-fantôme de cauchemar, théâtre du drame qui se noue au sein d’une bande de paumés asociaux incapables de faire face à la réalité et à l’âge adulte. La tension s’installe en quelques plans et ne fait que croître, sans qu’on n’en comprenne totalement les raisons. Mais le malaise est là, la violence n’attend qu’une étincelle pour éclater. Refn bénéficie d’une troupe de comédiens exceptionnelle : Kim Bodnia (qui sera le flic de la série TV « BRON/BROEN ») en loser apathique prêt à exploser à tout moment, Levino Jensen inquiétant à souhait en raciste dangereux. Et surtout Mads Mikkelsen, tout jeune, mais déjà égal à lui-même dans un personnage d’adolescent attardé refusant le monde réel en s’immergeant dans le cinéma, jusqu’à n’avoir plus aucune vie sociale. Sa relation avec une jeune serveuse magnifiquement incarnée par Liv Corfixen est touchante et apporte un maigre souffle d’espoir sur tout le film.

« BLEEDER » est une œuvre maîtrisée, techniquement parfaite, plantée dans des décors minuscules, suffocants et traversée d’éclairs de violence fulgurants qui laissent sans voix. Quelques échanges dialogués sont vraiment formidables (« Pourquoi tu ne parles que de cinéma ? ») et l’humanité fruste et primitive des protagonistes finit par les rendre attachants. Malgré eux. Malgré tout. À découvrir.

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MADS MIKKELSEN, RIKKE LOUISE ANDERSSON, KIM BODNIA ET LIV CORFIXEN

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« AT ETERNITY’S GATE » (2018)

Coproduction anglo-franco-suisse, « AT ETERNITY’S GATE » de Julian Schnabel revient sur la période où Vincent Van Gogh vécut à Arles puis à Auvers-sur-Oise. Le cinéma a souvent exploré la vie du peintre hollandais qui arbora les visages de Kirk Douglas, Jacques Dutronc ou Tim Roth.GATE.jpg

À 64 ans, Willem Dafoe est bien trop âgé pour incarner celui qui mourut à 37 ans, mais sa prestation est tellement intense et habitée, qu’il emporte l’adhésion en quelques plans. C’est grâce à lui et à son implication qu’on parvient à supporter les partis-pris radicaux de la réalisation : caméra portée nauséeuse, plans subjectifs, montage chaotique, censés nous faire voir le monde par les yeux (fatigués) de Vincent. L’idée en vaut une autre, mais le systématisme du procédé finit par irriter voire exaspérer et appauvrit un film qui aurait gagné à plus de sobriété et moins d’effets redondants. Reste que les gros-plans du visage exalté de Dafoe sont souvent saisissants et que la fin révèle une autre version de sa mort tout à fait inédite et fascinante. Autour de l’acteur dont la seule présence crée un parallèle avec le Christ, surtout quand il en parle avec le prêtre joué par le toujours remarquable Mads Mikkelsen dans une séquence, un cast en grande partie français, et des personnages dont on peine parfois à saisir la finalité. À quoi sert le monologue de Niels Arestrup, ex-militaire tatoué, par exemple ? Pourquoi Emmanuelle Seigner – difficilement reconnaissable – a-t-elle un rôle aussi peu développé ? Tout comme Mathieu Amalric en Dr. Gachet ? Seul s’en sort l’excellent Rupert Friend en Théo effacé et calme et surtout le décidément parfait Oscar Isaac qui compose un Gauguin loin de toute caricature.

Passionnant sur le fond, décevant sur la forme, « AT ETERNITY’S GATE » se laisse regarder si on est fasciné par l’œuvre et le destin de Van Gogh. Et pour Willem Dafoe dont c’est un des plus beaux accomplissements.

 

« POLAR » (2019)

Adapté d’une BD Dark Horse et réalisé par le Suédois Jonas Åkerlund, « POLAR » est une production allemande qu’il faut voir pour plusieurs raisons, tout en étant prévenu de son gros vice-de-forme.POLAR.png

En effet, la première moitié, tournée comme un jeu vidéo hideux et strident, une sorte d’avatar de « SUICIDE SQUAD », est quasiment insupportable. La bande de tueurs dégénérés traquant un assassin légendaire qu’ils sont chargés d’éliminer, contient quelques-uns des plus mauvais acteurs vus sur un écran depuis pas mal de temps. Les CGI sont affreux, le rythme est inutilement syncopé, bref on n’a qu’une envie : zapper et oublier tout cela au plus vite ! Mais on peut parvenir à résister grâce à la présence de Mads Mikkelsen, magistral dans le rôle de « Black Kaiser », un ‘hitman’ impassible, au bord de la retraite. Et tant mieux, car à partir du moment où il est débusqué par la bande d’idiots dans sa cabane du Montana, le film change brusquement de style et se mue en thriller hard boiled ultra-stylisé à la « JOHN WICK ». Après une séance de torture particulièrement atroce, Mikkelsen ressuscite en héros mythique. L’affrontement dans le manoir où il massacre une centaine de gardes renvoie instantanément aux films de sabre japonais de la grande époque et le tueur devient une sorte de samouraï scarifié très impressionnant. Film bicéphale donc, que ce « POLAR », que cette seconde moitié sauvage, proche de la barbarie, sauve complètement du naufrage annoncé dans la première. Avec son jeu intériorisé, sa « gueule » ravagée, Mikkelsen écrase tout autour de lui, mais il est bien entouré par la jeune Vanessa Hudgens dans un rôle à facettes, par Matt Lucas en méchant aussi immonde et caricatural qu’il est menaçant. On reconnaît – difficilement – Richard Dreyfuss dans une séquence, en vieux flingueur rangé des voitures.

Deux films en un donc, un nanar à fuir ventre à terre, et un super thriller baroque et haletant. À tenter en tout cas… L’épilogue ouvre la porte à une suite dont l’éventualité est plutôt accrocheuse.

 

 

« DOCTOR STRANGE » (2016)

À l’origine, les super-héros apparaissaient dans des magazines bon-marché d’une vingtaine de pages, destinés aux ados américains. Les scénarios étaient simples, les conflits se résolvaient dans d’épiques bastons en plein ciel, à coups de rayons d’énergie ou plus prosaïquement de tatane dans la gueule. Et les boutonneux en redemandaient.STRANGE

Le problème, un demi-siècle plus tard, c’est qu’au fond, rien n’a changé. Même dans « DOCTOR STRANGE » inspiré de la BD de Stan Lee et Steve Ditko, et qui se voudrait « mystique », c’est rigoureusement la même chose. Un postulat de départ absurde (un neurochirurgien accidenté se rend à Katmandou où il devient le roi des sorciers chargé de protéger le monde des forces du Mal), des échanges de dialogues assommants, un humour balourd, pour aboutir… à des bastons dantesques. Car au fond, les films de super-héros ne sont faits que de cela. C’est leur ADN. Même ici, quand deux corps astraux désincarnés s’affrontent, c’est à coups de poing dans la gueule !

Bien sûr, c’est admirablement confectionné, les CGI sont impeccables, les idées sont puisées dans pas mal de films dont « INCEPTION », et le cast est sérieux : Benedict Cumberbatch qui s’est fait une spécialité des rôles de surdoués arrogants joue le Dr. Strange, Mads Mikkelsen les deux yeux au beurre noir est un super-villain vindicatif, Rachel McAdam est jolie même si elle n’a strictement rien à faire et Tilda Swinton a le faux crâne chauve le moins convaincant depuis David Carradine dans les flash-backs de « KUNG FU ».

Ni meilleur ni pire que les autres opus de la tentaculaire franchise Marvel, « DOCTOR STRANGE » peut éventuellement se laisser regarder, mais l’orgie permanente de combats et de F/X délirants finit par ne plus imprimer la mémoire. Comme une très longue pub…

 

« LE ROI ARTHUR » (2004)

kingPas étonnant qu’Antoine Fuqua ait tourné un remake des « 7 MERCENAIRES », vu que douze ans plus tôt, il s’y essayait déjà de façon détournée avec « LE ROI ARTHUR », transposition du scénario du film de John Sturges (et donc de Kurosawa) dans un univers médiéval.

Cela se veut une version « historique » (on ne ricane pas, s’il vous plaît) du mythe des chevaliers de la Table Ronde et le film redistribue sans complexe les cartes de la légende, qu’il s’agisse de l’épée plantée dans le roc, le temps d’un bref flash-back ou du triangle amoureux formé par Arthur, Guenièvre et Lancelot.

Ce n’est jamais très passionnant, d’autant que la photo monochrome tirant systématiquement sur le cyan, finit par lasser l’œil et que le dialogue emphatique fait plus que friser le ridicule. Pourtant, le film vaut d’être vu, ne serait-ce que pour ses séquences de bataille bien maîtrisées, particulièrement une sur un lac gelé, et pour son casting de tout premier ordre qui maintient l’intérêt.

Clive Owen est un Arthur monolithique mais fait preuve d’une belle prestance en armure et une épée à la main (non, il n’est pas fait mention d’Excalibur), Keira Knightley connaît son heure de gloire quand, le visage peint en bleu (clin d’œil à « BRAVEHEART » ?) elle balance des flèches enflammées sur l’ennemi : go, Keira ! Go ! Stellan Skarsgård et Til Schweiger forment un monstrueux duo père-fils de barbares sanguinaires, parfois presque drôle tant ils sont bêtes et méchants. Mads Mikkelsen, à peine identifiable sous sa tignasse, est superbe avec son faucon dressé sur le poing. Il s’est fait un look de samouraï pour la bataille finale qui renvoie au chef-d’œuvre japonais de 1954. Ray Winstone et Ray Stevenson assurent en brutes truculentes, etc. Une vraie fête pour l’amateur d’acteurs « à tronches » ! Là encore, l’influence des « 7 MERCENAIRES » ?

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KEIRA KNIGHTLEY, CLIVE OWEN ET MADS MIKKELSEN

« LE ROI ARTHUR » manque de consistance, se prend parfois trop au sérieux et perd souvent le fil de son récit. Mais il y a là-dedans une volonté d’aventure épique pas si fréquente par les temps qui courent et qui annonce une série comme « GAME OF THRONES ». Et puis, répétons-le, la brochette de comédiens vaut vraiment le détour. Pourquoi pas, donc !

À noter que Mads Mikkelsen et Hugh Dancy, qui joue un autre chevalier, seront les têtes d’affiche de la série TV « HANNIBAL » dix ans plus tard.

 

« MICHAEL KOHLHAAS » (2013)

MADS MIKKELSEN

MADS MIKKELSEN

À la base et avant d’entrer dans le détail, louons une production française (franco-allemande, en fait) qui s’arrache à la déprimante morosité des comédies de mœurs ou des polars exsangues hexagonaux, dans laquelle on ne trouve ni Jean Dujardin, ni François Berléand, ni Kad Merad, et qui retrouve l’ambition de films anciens comme « LE RETOUR DE MARTIN GUERRE ».MK2

Ceci établi, « MICHAEL KOHLHAAS » n’est pas à mettre entre toutes les mains et les choix radicaux opérés pas les auteurs en rebuteront plus d’un et lasseront sans doute les meilleures volontés. Le rythme d’abord, d’une extrême lenteur, un montage qui s’attarde indéfiniment sur des trajets ou des silences et ellipse carrément les scènes d’action, les noyant dans la pénombre ou les occultant complètement. La photo, certes magnifique, mais prenant souvent le pas sur la mise-en-scène pas toujours très lisible. Pourtant le scénario, d’une belle simplicité, suit la destinée d’un éleveur de chevaux des Cévennes, victime d’une injustice et menant une véritable guerre contre la reine de Navarre. On pense à « ROB ROY », qui avait su trouver le juste équilibre entre le film d’auteur et le grand spectacle. Mais « MICHAEL KOHLHAAS » ne décolle jamais vraiment, maintient sa posture hiératique et réfrigérante et souffre d’une bonne demi-heure de trop.

Heureusement, le rôle-titre est tenu par le grand Mads Mikkelsen, au bronzage et au « mal rasé » de héros de ‘spaghetti western’, qui donne vie et énergie à son personnage, malgré un accent parfois inintelligible. L’homme a une présence épique digne du Charlton Heston des grandes années et un visage à la photogénie insolite. Autour de lui, des revenants des années 70 et 80 comme Bruno Ganz ou David Bennent (oui, « LE TAMBOUR », méconnaissable en serviteur barbu).

Sans être totalement convaincant, c’est un film respectable et austère dans le paysage cinématographique français des années 2000, mais qui n’est définitivement pas d’un accès facile. Mais répétons-le : Mads Mikkelsen est grand !

 

« HANNIBAL » : saison 2 (2014)

HANNIBAL2 2Inspirée de l’œuvre de Thomas Harris et des longs-métrages qui en furent tirés, la série « HANNIBAL » avait séduit sans vraiment convaincre pour sa première saison. La 2ème pour soignée et indéniablement originale qu’elle soit, n’emballe pas davantage.

Forts des éléments déjà mis en place, les auteurs se permettent sur 13 épisodes, une lenteur narrative excessive, frôlant parfois les limites du tolérable. Ils se complaisent dans des échanges dialogués sinueux et parfois incompréhensibles, fleurant bon la psychanalyse frelatée et pour finir, vont beaucoup trop loin dans la stylisation visuelle qui s’égare en séquences sombres, à peine lisibles et en ralentis redondants.

L’intérêt se maintient malgré tout grâce à une vraie maîtrise des scènes d’horreur et de violence, des images ‘gore’ souvent choquantes et une authentique ambiguïté dans les relations sado-maso entre Hannibal et Will Graham. Ça n’empêche hélas, pas une sensation permanente de piétinement, de suffisance et d’envie que tout cela aille un peu plus vite.

Heureusement, Mads Mikkelsen fignole son personnage de psychopathe anthropophage avec un humour très noir, aidé par son inquiétant faciès filmé comme un masque mortuaire. Hugh Dancy est convaincant dans son long chemin de croix, Laurence Fishburne se débat avec un rôle peu passionnant. Et parmi les ‘guest stars’, on est content de revoir Gillian Anderson et surtout Katharine Isabelle en patiente très atteinte de notre bon docteur.

MADS MIKKELSEN ET KATHARINE ISABELLE

MADS MIKKELSEN ET KATHARINE ISABELLE

Le concept de la série reste intéressant et les archétypes créés dans « LE SILENCE DES AGNEAUX » demeurent valides, mais il va vraiment falloir de nouvelles options narratives dans la 3ème saison, pour revitaliser tout cela. Comme les plats mitonnés par Hannibal dans chaque épisode, la série est très belle à regarder mais quelque peu difficile à digérer.