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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MARLON BRANDO

« LA NUIT DU LENDEMAIN » (1969)

NIGHT.jpgDernier film de la longue traversée du désert de Marlon Brando avant son comeback inespéré trois ans plus tard, « LA NUIT DU LENDEMAIN » de l’anglais Hubert Cornfield, est un des pires fleurons de sa filmographie, qui compte un nombre conséquent de navets, oubliés pour la plupart.

Tourné au Touquet, le film conte le kidnapping d’une jeune fille riche (Pamela Franklin) par une bande de bras-cassés incompétents et névrosés : un faux chauffeur emperruqué (Brando), une junkie affublée d’à peu près le même postiche blond que lui (Rita Moreno), son mollasson de frère (Jess Hahn) et un psychopathe sadique (Richard Boone) qui n’attend qu’une occasion pour les trahir. L’essentiel du scénario est confiné dans une maison du bord de mer où se planquent les malfaiteurs avec leur otage. Que dire ? C’est d’une lenteur mortifère, si on ne devait garder que les séquences réellement utiles à l’avancée du récit, le film durerait à peine vingt minutes. Les dialogues – visiblement tous improvisés – sont d’une pauvreté et d’une bêtise sans nom. Les colères de Brando tombent comme des cheveux (factices) sur la soupe et Boone qui paraît s’amuser beaucoup, fait rigoureusement n’importe quoi. Il paraîtrait que le tournage fut un cauchemar et que Boone remplaça Cornfield après que celui-ci ait été éjecté par Brando. C’est bien possible, tant le résultat est décousu, sans queue ni tête. Quant au « twist » final qui ose nous refaire le coup du « tout cela n’était qu’un rêve », on a peine à y croire !

Rien à sauver, pas même une idée ou une ambiance. C’est le zéro et l’infini. À noter que l’acteur Al Lettieri qui tient un petit rôle de pilote, est également crédité comme « producteur associé ». Il retrouvera Brando deux ans plus tard dans « LE PARRAIN » où il jouera ‘Sollozzo’ son plus redoutable rival.

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MARLON BRANDO ET RITA MORENO

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« LE DERNIER TANGO À PARIS » (1972)

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MARLON BRANDO

Dans notre série des « films qu’on ne devrait jamais revoir », « LE DERNIER TANGO À PARIS » de Bernardo Bertolucci s’impose dès les premières séquences comme une pièce de choix.TANGO2.jpg

Scandale inouï à sa sortie, symbole d’un cinéma d’auteur sans tabou, auréolé du vieux spectre de la Nouvelle Vague, ce drame intimiste conte quelques jours de la vie de Marlon Brando, Américain exilé à Paris, dont la femme vient de se suicider, le laissant désemparé. Il rencontre une jeune femme (Maria Schneider) avec laquelle il entame une relation uniquement basée sur le sexe, qu’ils vont mener jusqu’au paroxysme. Un thème intéressant, un presque huis clos entre une star hollywoodienne dans le creux de la vague et une débutante française gauche et inégale. Le film doit presque tout à la fascination exercée par le visage « mythique » de Brando, qui hypnotise visiblement le réalisateur et son chef-opérateur Vittorio Storaro. Par moments, cela vire au documentaire sur l’acteur qui prend le pas sur son personnage et se démasque avec une impudeur dérangeante. Flapi, nasillard, mûrissant, l’ex-Stanley Kowalski vampirise complètement le film, détourne le scénario, alternant les instants de dérive obscène et les colères fulgurantes. Une grande interprétation ? Difficile à dire, mais une expérience unique, incontestablement. Face à lui, sa jeune partenaire fait son possible, mais ne peut compter que sur sa fraîcheur et sa spontanéité.

Si les scènes dans l’appartement peuvent faire encore illusion de temps en temps (à condition d’oublier les épouvantables dialogues improvisés, d’une terrible indigence), tout le reste est insupportable, en particulier les interventions grotesques de Jean-Pierre Léaud, véritable clin d’œil vivant aux modèles français de Bertolucci.

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MARIA SCHNEIDER ET MARLON BRANDO

« LE DERNIER TANGO À PARIS » a vieilli. Beaucoup vieilli. Il reste aujourd’hui le témoin d’une époque révolue, l’empreinte d’un acteur qui marqua son temps. Mais quelques plans magnifiques, une image chatoyante et des vues de Paris inoubliables ne rendent hélas, pas le film plus défendable 45 ans après sa sortie. Après, que ce soit une date dans l’Histoire du 7ème  Art, c’est un fait.

 

« LE VILAIN AMÉRICAIN » (1963)

UGLY.jpgOn peut rejeter en bloc « LE VILAIN AMÉRICAIN » de George Englund en n’y voyant qu’un pensum didactique, une leçon de géopolitique soporifique et se demander ce qui a bien pu attirer Marlon Brando dans ce rôle d’ambassadeur naïf et imbu de lui-même, pas spécialement compétent et assez tête-à-claques. À part, probablement, le discours du film.

Mais on peut aussi, avec un peu de patience, apprécier le courage d’un scénario refusant le manichéisme anticommuniste et les amalgames et démontant avec une grande lisibilité les rouages d’un univers opaque où les révolutionnaires, les occidentaux bien-pensants ne sont que les pions aveugles et crédules de grandes puissances qui les manœuvrent à loisir. Le film est trop long, infiniment trop bavard, mais certains face-à-face entre Brando (qui arbore le patronyme ô, combien symbolique de « MacWhite » !)  et Eiji Okada (dont l’anglais est plus intelligible que le français dans « HIROSHIMA, MON AMOUR » trois ans plus tôt), amis puis ennemis, sont passionnants bien que théâtraux et la Thaïlande offre de beaux extérieurs.

Brando est inhabituel en politicien arrogant, sûr de lui et de ses certitudes. Son charisme physique atténué par une petite moustache ridicule, il compose un personnage complexe, impuissant, berné du début à la fin. Il se laisse voler la vedette par Okada, excellent en leader passionné et lucide, inconscient de n’être qu’une marionnette. Autour d’eux quelques bons comédiens comme Pat Hingle, Jocelyn Brando (sœur de…) ou Arthur Hill. Difficile de recommander chaudement un film comme « LE VILAIN AMÉRICAIN », souvent fastidieux et balourd, mais il mérite tout de même un coup d’œil pour ce qu’il a à dire sur l’ingérence U.S., la guerre froide ou le colonialisme en général. Et éventuellement pour Brando qui endosse crânement le caractère peu sympathique de cet ambassadeur inepte.

À noter qu’il serait certainement intéressant de voir « LE VILAIN AMÉRICAIN » en double-programme avec un autre film de Brando : « QUEIMADA » tourné six ans plus tard et qui présente plusieurs analogies avec celui d’Englund.

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EIJI OKADA ET MARLON BRANDO

 

« QUEIMADA ! » (1969)

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MARLON BRANDO

« QUEIMADA » est le premier film que Gillo Pontecorvo tourna après le succès de son chef-d’œuvre « LA BATAILLE D’ALGER » (1966). Et dès le beau générique-début, dès les premières notes de la sublime BO d’Ennio Morricone, il est clair qu’il n’a perdu aucune de ses convictions politiques en passant de l’Algérie aux Antilles.BURN.jpg

L’île de Queimada (« brûlée ») est gouvernée par les Portugais qui exploitent depuis des siècles un peuple d’esclaves venu d’Afrique. L’Angleterre envoie un espion (Marlon Brando) pour déstabiliser le gouvernement et placer un homme de paille à la tête de l’île. Brando repère un jeune cueilleur de canne (Evaristo Márquez) qu’il va transformer en leader révolutionnaire en le manipulant avec un art consommé. Le scénario se découpe en deux parties : le soulèvement des esclaves qui, incapables de gouverner, finissent par déposer les armes et regagnent les plantations puis – dix ans après – une nouvelle révolution pendant laquelle Brando, devenu à présent un vulgaire employé au service des compagnies sucrières, va devoir détruire sa « créature » à laquelle il s’est pourtant attaché.

Filmé « à l’arrache », parfois alourdi par un dialogue enfonçant des portes ouvertes ou cédant au prêchi-prêcha, « QUEIMADA » n’en demeure pas moins une œuvre fascinante et souvent enthousiasmante, qui donne à réfléchir sur l’ingérence des grandes puissances dans certaines contrées commercialement cruciales : la mécanique mise à nu à coups de métaphores et d’images-choc est pour une fois, d’une clarté cristalline ! On pense parfois à « VIVA ZAPATA ! » dont on retrouve certaines situations (le moment-clé où le « général » comprend qu’il va devoir céder les rênes de Queimada à d’autres blancs aussi peu fiables que les précédents). À l’époque, Brando tenait le rôle du ‘peone’ promu leader. Qu’il joue ici l’âme damnée, rôle tenu par Joseph Wiseman chez Kazan, ajoute de la saveur et de l’ironie au film tout entier.BURN2

L’acteur, alors dans le creux de la vague, trouve un de ses meilleurs rôles. Sobre et subtil, il compose un ‘Walker’ d’une phénoménale ambiguïté, à la fois tireur de ficelles machiavélique et pantin docile d’un pouvoir qu’il méprise. Son amitié avec ‘José Dolores’ est émouvante, condamnée à l’avance. L’épilogue sur le quai « boucle » le personnage de magistrale façon. Brando habite chaque séquence sans recourir à ses « trucs » habituels. Face à lui, l’acteur-amateur Evaristo Márquez est physiquement idéal pour le rôle, malgré un jeu un peu raide, mais tout de même efficace. Passons sur le choix de Renato Salvatori en « mulâtre » promu président. Son fond de teint de spaghetti western est plus distractif qu’autre chose et rend le personnage incohérent.

Récemment re-monté dans sa durée initiale (de 108 à 132 minutes), « QUEIMADA » retrouve toute sa force primale, sa violence et sa cruelle lucidité. Un chef-d’œuvre imparfait mais encore plein de sève et vibrant de colère.

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EVARISTO MARQUEZ

 

« DON JUAN DE MARCO » (1994)

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MARLON BRANDO

Écrit et réalisé par Jeremy Leven et donc, pouvant être qualifié de « film d’auteur », « DON JUAN DE MARCO » est un drôle d’objet, un scénario bâti sur une seule idée et qui – comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire – tombe rapidement en panne de carburant dramatique pour ne faire que ressasser son maigre pitch.JUAN3

Marlon Brando, psy au bord de la retraite, doit soigner un jeune homme (Johnny Depp) mythomane et suicidaire. Mais il se laisse entraîner dans son univers romanesque, au point de changer profondément ses habitudes et de raviver sa libido. C’est en somme un éloge naïf de la folie comme refuge aux agressions du monde, une poétisation de la schizophrénie. Cela ne manque pas de charme, la photo est belle, les comédiens semblent prendre un vrai plaisir dans leurs longues séquences dialoguées. Mais le film tourne sérieusement en rond et une fois qu’on a compris le principe (alternance de séances de psy et séquences « rêvées » dans des contrées exotiques), la seconde moitié s’enlise et paraît interminable. S’il faut voir « DON JUAN DE MARCO », ce sera surtout parce que c’était la première fois depuis 22 ans et « LE DERNIER TANGO À PARIS », que Brando tenait véritablement le premier rôle d’un film. Obèse, coiffé d’une perruque blonde, marmonnant ses répliques comme jamais en zozotant, il déploie malgré tout un charme irrésistible, mélange d’autodérision et de nostalgie qui apporte de l’émotion au récit. Depp est exactement égal à lui-même, n’évitant pas toujours le ridicule avec son costume de Zorro et son accent hispanique. Faye Dunaway forme un couple crédible avec Brando et les seconds rôles sont bien castés.

Plaisir d’acteurs donc, plaisir de revoir un Brando de 70 ans rejouer la comédie après des années de n’importe quoi et d’auto-parodie. C’est peu, mais selon l’humeur du moment, il n’est pas interdit de trouver tout cela charmant et d’en apprécier les couleurs chatoyantes.

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JOHNNY DEPP, MARLON BRANDO ET FAYE DUNAWAY

 

« PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » (1990)

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MARLON BRANDO

La grande – et seule – idée de « PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » tient en deux mots : Marlon Brando. La raison d’être du projet tenait dans la présence de l’acteur mythique et dans son auto-parodie du rôle de ‘Don Corleone’ dans « LE PARRAIN ».FRESHMAN

Le scénario alambiqué et, à vrai dire, pas très passionnant, tourne autour d’une grosse arnaque au trafic d’animaux en voie d’extinction, dans lequel trempent un mafioso italien et un escroc allemand (Maximilian Schell). Le tout est vu au travers des yeux naïfs d’un étudiant en cinéma (Matthew Broderick) fraîchement débarqué du Vermont à New York.

La réalisation d’Andrew Bergman est proprette et sans aspérité, les clins d’œil à l’œuvre de Coppola sont légion (dans la gestuelle des personnages, la présence de comédiens comme Bruno Kirby ou Gianni Russo, les extraits du « PARRAIN, 2ème PARTIE » à la fac, etc.), mais si le film se laisse aussi bien regarder, malgré ses faiblesses aveuglantes, c’est uniquement grâce à l’extraordinaire travail de Brando et à la mise en abyme qu’il crée à lui seul. 18 ans après « LE PARRAIN », il retrouve sa tête et ses maniérismes pour jouer « l’homme qui inspira le film » ! Les face-à-face dans le café avec Broderick sont de purs régals de gourmet. L’énorme silhouette de Brando, son timing impeccable en comédie, ne l’empêchent pas d’insuffler de petites touches d’émotion qui « cueillent » complètement le spectateur. Ainsi, la scène dans le dortoir du campus est-elle étonnamment touchante et authentique. De bons seconds rôles complètent le plaisir : Penelope Ann Miller en « mafia princess » sexy, Paul Benedict en prof de cinéma tête-à-claques, Kirby en neveu escroc ou B.D. Wong en vétérinaire gay. Tout le monde semble beaucoup s’amuser. Bien qu’il ne soit au fond qu’une inoffensive comédie référentielle, sans réel intérêt, « PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » peut se voir comme un appendice sympathique et chaleureux à la trilogie de Coppola et en cela, vaut la peine d’être vu. Et, répétons-le, Brando est génial !

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PENELOPE ANN MILLER, MATTHEW BRODERICK ET BRUNO KIRBY

 

« LE PARRAIN » (1972)

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AL PACINO ET MARLON BRANDO

« LE PARRAIN ». Stupéfiante destinée d’un film adapté du best-seller de Mario Puzo (pas d’une folle qualité littéraire, il faut bien le dire), rejeté par la critique à sa sortie, réalisé par un quasi-débutant, interprété par un mélange de novices et de has-beens et qui est fréquemment considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’Histoire de 7ème Art ou tout du moins dans le peloton de tête.PARRAIN3

Des ouvrages entiers sont consacrés au film, ses adeptes connaissent par cœur toutes les répliques, les patronymes du moindre figurant. Pourquoi ce phénomène unique ? D’abord et avant tout parce que Francis Ford Coppola a su transcender le matériau de base en une tragédie shakespearienne embrassant dans un même mouvement l’Histoire de l’Amérique du 20ème siècle en pleine mutation. Ensuite parce que cette saga de gangsters parle en réalité de la famille, de la corruption du pouvoir, de la transmission du Mal. Et enfin parce que portés par la grâce, le chef-opérateur (Gordon Willis), le musicien (Nino Rota) et un casting d’une justesse rarement atteinte, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a du roi Lear dans le personnage de ‘Don Corleone’, caïd sicilien sexagénaire implanté à New York dans l’immédiat après-guerre. Un chef de clan, un « caïd » mafieux impitoyable entouré de ses trois fils. Un roi à sa manière et ses héritiers, dont le successeur sera le moins susceptible a priori de saisir le sceptre. Le mot « mafia » n’est pas prononcé une seule fois, ce qui aide à envelopper le film d’une aura universelle. Le scénario avance par ellipses parfaitement maîtrisées en longs tableaux fourmillant de détails : le mariage de la fille Corleone, la guerre des gangs déclenchées par un rival, l’exil du plus jeune fils en Sicile, le déclin du vieux chef et finalement la vengeance sanglante du nouveau « parrain » qui délaisse les méthodes des anciens pour passer à un crime organisé sans règles ni garde-fou. Il y a quelque chose de très mystérieux dans l’addiction provoquée par ce film chez ses admirateurs. C’est une œuvre exceptionnellement dense, non dépourvue d’ironie sous-jacente, de répliques-culte (« Leave the gun, take the canolli », « I’ll make him an offer he can’t refuse ») et même d’émotion.

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FRANCO CITTI ET AL PACINO

À 46 ans, lourdement grimé, Marlon Brando trouve le rôle de sa vie avec ‘Don Vito’, chef magnanime et charismatique, si chaleureux et humain qu’on en oublie ce qu’il est réellement. Autour de lui, un assemblage extraordinaire : Al Pacino qu’on voit évoluer du jeune héros de la WW2 au « padrone » froid et désincarné, Robert Duvall en « consiglieri » diplomate et effacé, James Caan en fils aîné sanguin aveuglé par son tempérament, John Cazale en frère faible et pathétique, Al Lettieri en narcotrafiquant inquiétant, vivante image du futur de la pègre et Diane Keaton, Richard Conte, Richard Castellano, Sterling Hayden, il faudrait citer tout le monde.

« LE PARRAIN » dure trois heures et pour qui le revoit régulièrement, c’est un véritable piège, puisqu’il est impossible de le prendre en route sans aller jusqu’au bout. On y trouve toujours quelque chose, un détail, une attitude, un dialogue qui vient enrichir l’idée qu’on se faisait du film.

Une œuvre majeure du cinéma U.S., qui donnera naissance à deux suites dont la première tournée deux ans plus tard, tout aussi magistrale sans atteindre toutefois la séduction inaltérable et intemporelle de ce premier opus.

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DIANE KEATON, ROBERT DUVALL ET AL PACINO