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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MARLON BRANDO

« DON JUAN DE MARCO » (1994)

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MARLON BRANDO

Écrit et réalisé par Jeremy Leven et donc, pouvant être qualifié de « film d’auteur », « DON JUAN DE MARCO » est un drôle d’objet, un scénario bâti sur une seule idée et qui – comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire – tombe rapidement en panne de carburant dramatique pour ne faire que ressasser son maigre pitch.JUAN3

Marlon Brando, psy au bord de la retraite, doit soigner un jeune homme (Johnny Depp) mythomane et suicidaire. Mais il se laisse entraîner dans son univers romanesque, au point de changer profondément ses habitudes et de raviver sa libido. C’est en somme un éloge naïf de la folie comme refuge aux agressions du monde, une poétisation de la schizophrénie. Cela ne manque pas de charme, la photo est belle, les comédiens semblent prendre un vrai plaisir dans leurs longues séquences dialoguées. Mais le film tourne sérieusement en rond et une fois qu’on a compris le principe (alternance de séances de psy et séquences « rêvées » dans des contrées exotiques), la seconde moitié s’enlise et paraît interminable. S’il faut voir « DON JUAN DE MARCO », ce sera surtout parce que c’était la première fois depuis 22 ans et « LE DERNIER TANGO À PARIS », que Brando tenait véritablement le premier rôle d’un film. Obèse, coiffé d’une perruque blonde, marmonnant ses répliques comme jamais en zozotant, il déploie malgré tout un charme irrésistible, mélange d’autodérision et de nostalgie qui apporte de l’émotion au récit. Depp est exactement égal à lui-même, n’évitant pas toujours le ridicule avec son costume de Zorro et son accent hispanique. Faye Dunaway forme un couple crédible avec Brando et les seconds rôles sont bien castés.

Plaisir d’acteurs donc, plaisir de revoir un Brando de 70 ans rejouer la comédie après des années de n’importe quoi et d’auto-parodie. C’est peu, mais selon l’humeur du moment, il n’est pas interdit de trouver tout cela charmant et d’en apprécier les couleurs chatoyantes.

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JOHNNY DEPP, MARLON BRANDO ET FAYE DUNAWAY

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« PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » (1990)

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MARLON BRANDO

La grande – et seule – idée de « PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » tient en deux mots : Marlon Brando. La raison d’être du projet tenait dans la présence de l’acteur mythique et dans son auto-parodie du rôle de ‘Don Corleone’ dans « LE PARRAIN ».FRESHMAN

Le scénario alambiqué et, à vrai dire, pas très passionnant, tourne autour d’une grosse arnaque au trafic d’animaux en voie d’extinction, dans lequel trempent un mafioso italien et un escroc allemand (Maximilian Schell). Le tout est vu au travers des yeux naïfs d’un étudiant en cinéma (Matthew Broderick) fraîchement débarqué du Vermont à New York.

La réalisation d’Andrew Bergman est proprette et sans aspérité, les clins d’œil à l’œuvre de Coppola sont légion (dans la gestuelle des personnages, la présence de comédiens comme Bruno Kirby ou Gianni Russo, les extraits du « PARRAIN, 2ème PARTIE » à la fac, etc.), mais si le film se laisse aussi bien regarder, malgré ses faiblesses aveuglantes, c’est uniquement grâce à l’extraordinaire travail de Brando et à la mise en abyme qu’il crée à lui seul. 18 ans après « LE PARRAIN », il retrouve sa tête et ses maniérismes pour jouer « l’homme qui inspira le film » ! Les face-à-face dans le café avec Broderick sont de purs régals de gourmet. L’énorme silhouette de Brando, son timing impeccable en comédie, ne l’empêchent pas d’insuffler un peu d’émotion qui « cueillent » complètement le spectateur. Ainsi, la scène dans le dortoir du campus est-elle étonnamment touchante et authentique.

De bons seconds rôles complètent le plaisir : Penelope Ann Miller en « mafia princess » sexy, Paul Benedict en prof de cinéma tête-à-claques, Kirby en neveu escroc ou B.D. Wong en vétérinaire gay. Tout le monde semble beaucoup s’amuser.

Bien qu’il ne soit au fond qu’une inoffensive comédie référentielle, sans réel intérêt, « PREMIERS PAS DANS LA MAFIA » peut se voir comme un appendice sympathique et chaleureux à la trilogie de Coppola et en cela, vaut la peine d’être vu. Et, répétons-le, Brando est génial !

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PENELOPE ANN MILLER, MATTHEW BRODERICK ET BRUNO KIRBY

 

« LE PARRAIN » (1972)

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AL PACINO ET MARLON BRANDO

« LE PARRAIN ». Stupéfiante destinée d’un film adapté du best-seller de Mario Puzo (pas d’une folle qualité littéraire, il faut bien le dire), rejeté par la critique à sa sortie, réalisé par un quasi-débutant, interprété par un mélange de novices et de has-beens et qui est fréquemment considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’Histoire de 7ème Art ou tout du moins dans le peloton de tête.PARRAIN3

Des ouvrages entiers sont consacrés au film, ses adeptes connaissent par cœur toutes les répliques, les patronymes du moindre figurant. Pourquoi ce phénomène unique ? D’abord et avant tout parce que Francis Ford Coppola a su transcender le matériau de base en une tragédie shakespearienne embrassant dans un même mouvement l’Histoire de l’Amérique du 20ème siècle en pleine mutation. Ensuite parce que cette saga de gangsters parle en réalité de la famille, de la corruption du pouvoir, de la transmission du Mal. Et enfin parce que portés par la grâce, le chef-opérateur (Gordon Willis), le musicien (Nino Rota) et un casting d’une justesse rarement atteinte, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a du roi Lear dans le personnage de ‘Don Corleone’, caïd sicilien sexagénaire implanté à New York dans l’immédiat après-guerre. Un chef de clan, un « caïd » mafieux impitoyable entouré de ses trois fils. Un roi à sa manière et ses héritiers, dont le successeur sera le moins susceptible a priori de saisir le sceptre. Le mot « mafia » n’est pas prononcé une seule fois, ce qui aide à envelopper le film d’une aura universelle. Le scénario avance par ellipses parfaitement maîtrisées en longs tableaux fourmillant de détails : le mariage de la fille Corleone, la guerre des gangs déclenchées par un rival, l’exil du plus jeune fils en Sicile, le déclin du vieux chef et finalement la vengeance sanglante du nouveau « parrain » qui délaisse les méthodes des anciens pour passer à un crime organisé sans règles ni garde-fou. Il y a quelque chose de très mystérieux dans l’addiction provoquée par ce film chez ses admirateurs. C’est une œuvre exceptionnellement dense, non dépourvue d’ironie sous-jacente, de répliques-culte (« Leave the gun, take the canolli », « I’ll make him an offer he can’t refuse ») et même d’émotion.

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FRANCO CITTI ET AL PACINO

À 46 ans, lourdement grimé, Marlon Brando trouve le rôle de sa vie avec ‘Don Vito’, chef magnanime et charismatique, si chaleureux et humain qu’on en oublie ce qu’il est réellement. Autour de lui, un assemblage extraordinaire : Al Pacino qu’on voit évoluer du jeune héros de la WW2 au « padrone » froid et désincarné, Robert Duvall en « consiglieri » diplomate et effacé, James Caan en fils aîné sanguin aveuglé par son tempérament, John Cazale en frère faible et pathétique, Al Lettieri en narcotrafiquant inquiétant, vivante image du futur de la pègre et Diane Keaton, Richard Conte, Richard Castellano, Sterling Hayden, il faudrait citer tout le monde.

« LE PARRAIN » dure trois heures et pour qui le revoit régulièrement, c’est un véritable piège, puisqu’il est impossible de le prendre en route sans aller jusqu’au bout. On y trouve toujours quelque chose, un détail, une attitude, un dialogue qui vient enrichir l’idée qu’on se faisait du film.

Une œuvre majeure du cinéma U.S., qui donnera naissance à deux suites dont la première tournée deux ans plus tard, tout aussi magistrale sans atteindre toutefois la séduction inaltérable et intemporelle de ce premier opus.

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DIANE KEATON, ROBERT DUVALL ET AL PACINO

 

BRANDO INÉDIT…

Un peu d’archéologie, aujourd’hui ! Marlon Brando, acteur mythique parmi les mythiques, roi du comeback, fauteur de troubles invétéré, personnage insaisissable et ingérable, n’a tourné en fait qu’une petite quarantaine de films entre 1950 et 2001.

Tous ces films sont connus, répertoriés, commentés au fil des livres le concernant, des diffusions télé et des rééditions en DVD ou Blu-ray. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant de débuter au cinéma avec « C’ÉTAIENT DES HOMMES » directement en tête d’affiche, Brando avait tourné deux téléfilms.

Le premier, adapté d’une histoire de Henry Kane, fait partie de la collection « ACTOR’S STUDIO ». Diffusé en 1949, « I’M NO HERO » (réalisateur inconnu) voit Brando en jeune médecin obligé d’opérer un gangster blessé, qui le menace de son arme. Ce face-à-face entre la sensation de Broadway et le second rôle Harry Bellaver durait 26 minutes.BRANDO TV

L’année suivante, Marlon apparaît dans « COME OUT FIGHTING » réalisateur anonyme également, téléfilm d’une même durée, qui aurait dû être le pilote d’une série jamais tournée. Il y incarne un boxeur nommé ‘Jimmy Brand’ aux côtés de Richard Boone (qu’il retrouvera 18 ans plus tard dans « LA NUIT DU LENDEMAIN » au cinéma), Lee Tracy, J. Edward Bromberg et Audrey Christie. Ces deux œuvres n’ont jamais refait surface depuis leur sortie. Ont-elles disparu corps et biens ? Sont-elles récupérables dans les archives d’une chaîne de TV ? On serait bien aise de les voir exhumées un jour ou l’autre. Par simple curiosité…

 

« MORITURI » (1965)

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MARLON BRANDO

Ce qui séduit d’emblée dans « MORITURI », c’est que sous ses dehors de film de guerre pur et dur, il utilise tous les codes et les ambiguïtés du film d’espionnage et met en avant des protagonistes d’une complexité rarement vue dans ce genre de production.morituri3

Le « héros », Marlon Brando, est un dandy esthète et pleutre, obligé par les services secrets anglais d’aller saboter un navire allemand en se faisant passer pour un officier SS. Face à lui, le capitaine du bateau, Yul Brynner, est un alcoolique haïssant le fanatisme du Reich. Autour d’eux, tous les personnages évoluent dans cette « zone grise » chère à John LeCarré et consorts, où rien n’est ce qu’il a l’air d’être.

Porté par le noir & blanc à couper le souffle de Conrad Hall et une mise-en-scène rentre-dedans, « MORITURI » installe peu à peu un suspense insidieux et malsain, fait évoluer ses personnages par touches infinitésimales et révèle leur humanité pas toujours très reluisante. À ce petit jeu, Brando nage comme un poisson dans l’eau. Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il joue un individu qui avance masqué et dissimule ses véritables intentions. Maniéré, nasillard, retrouvant son accent du « BAL DES MAUDITS », il compose un espion-malgré-lui nuancé et impénétrable, bien loin de tout héroïsme. Brynner a rarement été meilleur. La scène où il apprend que son fils est devenu un nazi sans pitié est très surprenante et fissure son image monolithique. Difficile d’imaginer deux styles de jeu plus différents que ceux de Brando et Brynner, mais ils s’accordent étonnamment bien et se mettent en valeur l’un l’autre. Janet Margolin est très bien dans un rôle un peu plaqué, mais qu’elle défend avec fougue. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Roy Jenson, George Takei ou Eric Braeden à leurs débuts.

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YUL BRYNNER ET JANET MARGOLIN

Film un peu sous-estimé, « MORITURI » offre une facette de la WW2 rarement exploitée, d’un point-de-vue adulte et récusant tout manichéisme. Si les nazis sont des monstres, les « marines » américains prisonniers à bord ne le sont pas moins et n’hésitent pas à violer une jeune femme à plusieurs, tout en lui crachant dessus parce qu’elle est juive. Un film intelligent et ambitieux, à redécouvrir.

 

MARLON IBÈRE…

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« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » (1954)

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MARLON BRANDO

Difficile de croire, soixante ans plus tard, que ces modestes 75 minutes en noir & blanc, tournées dans un décor de studio évoquant les vieilles séries western, ont pu marquer à ce point des générations entières, devenir un des films emblématiques des fifties et « iconiser » Marlon Brando ad vitam aeternam.WILD2

« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » a – cela va sans dire – énormément vieilli. Son portrait des « blousons noirs » écumant les routes en terrorisant les bourgeois frôle le ridicule. À l’instar de Brando lui-même, gros bébé boudeur, moulé dans ses jeans et son cuir, qui évoque aujourd’hui une icône gay plutôt qu’un « sauvageon » et symbole sexuel, emploi pour lequel il avait de toute façon dix ans de trop. Mais c’est pourtant un des trois rôles, avec « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR » et « SUR LES QUAIS » qui l’ont intronisé « légende vivante » à Hollywood. Une image qui perdure encore.

Le scénario est simple, linéaire, mais échappe heureusement au manichéisme réactionnaire en mettant dos-à-dos les motards violents et incontrôlables et les villageois volontiers intolérants et pourquoi pas, lyncheurs s’il le faut. L’accent est mis sur la relation entre Brando, leader des voyous, un bel abruti morose et taciturne à vrai dire sans grand intérêt, et la jolie Mary Murphy, provinciale rêvant d’évasion. Le cabotinage constant de l’acteur-roi est assez irritant, tout comme ses postures « Actors Studio », ne laissant aucune chance au personnage de s’approfondir un tant soit peu. À 30 ans, Brando se caricature déjà lui-même ! Quelques bons seconds rôles comme Robert Keith en shérif peureux, Lee Marvin désopilant en chef de bande dégingandé au verbe fleuri qu’on voit hélas, trop peu, ou l’inquiétant Timothy Carey.

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MARY MURPHY ET LEE MARVIN

« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » n’est pas un excellent film et n’est regardable aujourd’hui que comme témoin de son temps et comme fondation d’une mythologie américaine qui mènera aux films d’Elvis Presley et finalement à « EASY RIDER » ou aux films de bikers de Roger Corman. Une date, cependant…