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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MARLON BRANDO

BRANDO INÉDIT…

Un peu d’archéologie, aujourd’hui ! Marlon Brando, acteur mythique parmi les mythiques, roi du comeback, fauteur de troubles invétéré, personnage insaisissable et ingérable, n’a tourné en fait qu’une petite quarantaine de films entre 1950 et 2001.

Tous ces films sont connus, répertoriés, commentés au fil des livres le concernant, des diffusions télé et des rééditions en DVD ou Blu-ray. Ce qu’on sait moins, c’est qu’avant de débuter au cinéma avec « C’ÉTAIENT DES HOMMES » directement en tête d’affiche, Brando avait tourné deux téléfilms.

Le premier, adapté d’une histoire de Henry Kane, fait partie de la collection « ACTOR’S STUDIO ». Diffusé en 1949, « I’M NO HERO » (réalisateur inconnu) voit Brando en jeune médecin obligé d’opérer un gangster blessé, qui le menace de son arme. Ce face-à-face entre la sensation de Broadway et le second rôle Harry Bellaver durait 26 minutes.BRANDO TV

L’année suivante, Marlon apparaît dans « COME OUT FIGHTING » réalisateur anonyme également, téléfilm d’une même durée, qui aurait dû être le pilote d’une série jamais tournée. Il y incarne un boxeur nommé ‘Jimmy Brand’ aux côtés de Richard Boone (qu’il retrouvera 18 ans plus tard dans « LA NUIT DU LENDEMAIN » au cinéma), Lee Tracy, J. Edward Bromberg et Audrey Christie. Ces deux œuvres n’ont jamais refait surface depuis leur sortie. Ont-elles disparu corps et biens ? Sont-elles récupérables dans les archives d’une chaîne de TV ? On serait bien aise de les voir exhumées un jour ou l’autre. Par simple curiosité…

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« MORITURI » (1965)

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MARLON BRANDO

Ce qui séduit d’emblée dans « MORITURI », c’est que sous ses dehors de film de guerre pur et dur, il utilise tous les codes et les ambiguïtés du film d’espionnage et met en avant des protagonistes d’une complexité rarement vue dans ce genre de production.morituri3

Le « héros », Marlon Brando, est un dandy esthète et pleutre, obligé par les services secrets anglais d’aller saboter un navire allemand en se faisant passer pour un officier SS. Face à lui, le capitaine du bateau, Yul Brynner, est un alcoolique haïssant le fanatisme du Reich. Autour d’eux, tous les personnages évoluent dans cette « zone grise » chère à John LeCarré et consorts, où rien n’est ce qu’il a l’air d’être.

Porté par le noir & blanc à couper le souffle de Conrad Hall et une mise-en-scène rentre-dedans, « MORITURI » installe peu à peu un suspense insidieux et malsain, fait évoluer ses personnages par touches infinitésimales et révèle leur humanité pas toujours très reluisante. À ce petit jeu, Brando nage comme un poisson dans l’eau. Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il joue un individu qui avance masqué et dissimule ses véritables intentions. Maniéré, nasillard, retrouvant son accent du « BAL DES MAUDITS », il compose un espion-malgré-lui nuancé et impénétrable, bien loin de tout héroïsme. Brynner a rarement été meilleur. La scène où il apprend que son fils est devenu un nazi sans pitié est très surprenante et fissure son image monolithique. Difficile d’imaginer deux styles de jeu plus différents que ceux de Brando et Brynner, mais ils s’accordent étonnamment bien et se mettent en valeur l’un l’autre. Janet Margolin est très bien dans un rôle un peu plaqué, mais qu’elle défend avec fougue. Parmi les seconds rôles, on aperçoit Roy Jenson, George Takei ou Eric Braeden à leurs débuts.

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YUL BRYNNER ET JANET MARGOLIN

Film un peu sous-estimé, « MORITURI » offre une facette de la WW2 rarement exploitée, d’un point-de-vue adulte et récusant tout manichéisme. Si les nazis sont des monstres, les « marines » américains prisonniers à bord ne le sont pas moins et n’hésitent pas à violer une jeune femme à plusieurs, tout en lui crachant dessus parce qu’elle est juive. Un film intelligent et ambitieux, à redécouvrir.

 

MARLON IBÈRE…

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DISPONIBLES EN ESPAGNE, EN DVD OU BLU-RAY, QUATRE FILMS DE MARLON BRANDO DIFFICILES À DÉNICHER AILLEURS… POUR LES FANS !

 

« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » (1954)

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MARLON BRANDO

Difficile de croire, soixante ans plus tard, que ces modestes 75 minutes en noir & blanc, tournées dans un décor de studio évoquant les vieilles séries western, ont pu marquer à ce point des générations entières, devenir un des films emblématiques des fifties et « iconiser » Marlon Brando ad vitam aeternam.WILD2

« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » a – cela va sans dire – énormément vieilli. Son portrait des « blousons noirs » écumant les routes en terrorisant les bourgeois frôle le ridicule. À l’instar de Brando lui-même, gros bébé boudeur, moulé dans ses jeans et son cuir, qui évoque aujourd’hui une icône gay plutôt qu’un « sauvageon » et symbole sexuel, emploi pour lequel il avait de toute façon dix ans de trop. Mais c’est pourtant un des trois rôles, avec « UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR » et « SUR LES QUAIS » qui l’ont intronisé « légende vivante » à Hollywood. Une image qui perdure encore.

Le scénario est simple, linéaire, mais échappe heureusement au manichéisme réactionnaire en mettant dos-à-dos les motards violents et incontrôlables et les villageois volontiers intolérants et pourquoi pas, lyncheurs s’il le faut. L’accent est mis sur la relation entre Brando, leader des voyous, un bel abruti morose et taciturne à vrai dire sans grand intérêt, et la jolie Mary Murphy, provinciale rêvant d’évasion. Le cabotinage constant de l’acteur-roi est assez irritant, tout comme ses postures « Actors Studio », ne laissant aucune chance au personnage de s’approfondir un tant soit peu. À 30 ans, Brando se caricature déjà lui-même ! Quelques bons seconds rôles comme Robert Keith en shérif peureux, Lee Marvin désopilant en chef de bande dégingandé au verbe fleuri qu’on voit hélas, trop peu, ou l’inquiétant Timothy Carey.

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MARY MURPHY ET LEE MARVIN

« L’ÉQUIPÉE SAUVAGE » n’est pas un excellent film et n’est regardable aujourd’hui que comme témoin de son temps et comme fondation d’une mythologie américaine qui mènera aux films d’Elvis Presley et finalement à « EASY RIDER » ou aux films de bikers de Roger Corman. Une date, cependant…

 

« MISSOURI BREAKS » (1976)

MARLON BRANDO

MARLON BRANDO

« MISSOURI BREAKS » débute comme un de ces westerns « réalistes » des seventies, participant de cette entreprise de démythification à laquelle Arthur Penn avait déjà contribué vingt ans plus tôt avec « LE GAUCHER ».

On s’installe dans ce rythme languide, on apprend à connaître ces antihéros illettrés et bruts-de-décoffrage, on admire la photo ultra-léchée, la minutie des costumes. Bref, on s’apprête à s’ennuyer agréablement pendant 120 minutes. Et puis subitement, au bout d’une demi-heure, débarque Marlon Brando. Il joue un ‘regulator’, un tueur-à-gages payé par un rancher pour le débarrasser de cette bande de hors-la-loi sympathiques qu’on vient justement de nous décrire.BREAKS3

Et là, c’est le film tout entier qui bascule. En bien et en mal. En bien, parce qu’on sort brutalement de ce ronron soporifique et en mal, parce qu’au bout de quelques minutes, on ne sait plus du tout quel genre de film on est en train de visionner. En roue-libre, Brando fait rigoureusement n’importe quoi : changeant de chapeau et de déguisement à chaque séquence (il s’habille même en grand-mère sans aucune raison valable !), il campe ce tueur excentrique, à moitié sadique, à moitié gâteux avec un j’m’enfoutisme spectaculaire. Il baragouine, chantonne, pousse des cris d’oiseau, improvise une chanson d’amour pour sa jument, prend des bains moussants en débitant un dialogue complètement abscons. C’est d’une auto-complaisance insensée, mais… force est d’admettre qu’on ne s’ennuie plus du tout dès qu’il est à l’image. Il est en quelque sorte l’atout principal d’un film qu’il contribue grandement à couler. Paradoxe ultime d’un acteur hors-norme !

Face à lui, Jack Nicholson a la sagesse de se contenir et d’opter pour une sobriété surprenante et rarissime chez lui. Il compose un personnage attachant, en retrait et n’essaie jamais de surclasser son énorme partenaire. Bel instinct. On reconnaît avec plaisir d’excellents seconds rôles d’époque comme Harry Dean Stanton, Frederic Forrest, John P. Ryan ou Randy Quaid jouant le gang de Jack.

JACK NICHOLSON ET MARLON BRANDO

JACK NICHOLSON ET MARLON BRANDO

« MISSOURI BREAKS » est de toute évidence un film qui a échappé à ses concepteurs. Ils l’ont laissé entre les mâchoires voraces d’un acteur-roi qui l’a déchiqueté, mâchouillé, digéré et recraché à sa guise. C’est aussi fascinant que vaguement écœurant, mais c’est un véritable cas d’école qui mérite d’être vu au moins une fois pour contempler ce qui arrive quand le système hollywoodien perd les pédales.

 

HAPPY BIRTHDAY, MARLON !

BRANDO

MARLON BRANDO (1924-2004), SON JEU A VIEILLI MAIS IL A PLUSIEURS CLASSIQUES À SON ACTIF ET A INFLUENCÉ DES GÉNÉRATIONS D’ACTEURS…