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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MAURICE RONET

« LA FEMME INFIDÈLE » (1969)

FEMMEEntre 1969 et 1970, Claude Chabrol a tourné d’affilée trois de ses meilleurs films : « LA FEMME INFIDÈLE », « QUE LA BÊTE MEURE » et « LE BOUCHER ».

Le premier est une sorte de pur concentré de Chabrol : un drame feutré, ironique et inquiétant, suivant Michel Bouquet, petit bourgeois auto-satisfait au sourire débonnaire qui, découvrant que sa femme le trompe, va se métamorphoser en meurtrier méthodique. Parce qu’il est fou d’amour pour elle ? Ou pour préserver sa jolie bulle confortable, sa vie de famille versaillaise qui le rend si fier ? Bouquet est vraiment l’interprète rêvé pour ce personnage opaque et contradictoire, glacial et émotif, dont on cherche constamment et sans vraiment s’en rendre compte, à percer le mystère. Le film se déroule à son rythme lancinant, alignant les banalités, les non-dits, la routine vide de sens, pour mieux nous engluer dans sa toile. La sensation d’enfermement et d’inéluctable est joliment renforcée par la BO de Pierre Jansen, obsédante et omniprésente.

Stéphane Audran est évidemment parfaite en épouse adultère à la languide sensualité, cherchant ailleurs le plaisir que lui refuse un mari à la libido endormie. Apparaissant dans seulement deux scènes, Maurice Ronet vole la vedette à tout le monde en amant désinvolte et pas bien malin. Son face-à-face avec Bouquet venu lui rendre visite « en voisin » est aussi savoureux qu’inquiétant : le climax du film. Une séquence qui se suffit presque à elle-même.

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STÉPHANE AUDRAN, MICHEL BOUQUET ET MAURICE RONET

On pourra bien sûr reprocher à Chabrol sa photo tristounette, ses intérieurs hideux et des clins d’œil un brin complaisants (Bouquet passant en voiture devant un cinéma passant « LES BICHES », son film précédent), mais « LA FEMME INFIDÈLE » n’en demeure pas moins un petit chef-d’œuvre dans le créneau très spécifique du réalisateur.

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« LA SÉDUCTION » (1973)

SEDUZIONEConnu pour ses polars milanais d’influence melvillienne, Fernando Di Leo signe avec « LA SÉDUCTION » un film à cent lieux de ses préoccupations habituelles : un mélodrame érotique directement inspiré par « LOLITA » et se déroulant – sans qu’on sache très bien pourquoi, d’ailleurs – en Sicile.

Maurice Ronet, peu convaincant Sicilien, rentre au pays à la mort de son père. Il retrouve Lisa Gastoni, veuve depuis peu, son amour de jeunesse. Mais celle-ci a une fille de quinze ans sexuellement TRÈS précoce, qui va littéralement « allumer » le pauvre Ronet et mettre le feu aux poudres.

Le scénario se déroule lentement, insistant sur un érotisme assez pesant, des plans-séquences censés montrer la montée irrépressible du désir chez les protagonistes. On s’ennuie gentiment, il faut bien l’avouer, mais le film n’est pas désagréable, d’autant plus qu’on attend toujours plus ou moins consciemment qu’il arrive quelque chose de grave, qui ne survient finalement que dans les ultimes secondes. Mais c’est un plaisir de retrouver Ronet dans un rôle de séducteur hésitant et indolent, aussi veule qu’il est sympathique. Face à lui, la très sensuelle et mûrissante Gastoni n’hésite pas à en faire des tonnes dans le tourment extériorisé et l’ado Jenny Tamburini joue un avatar un peu godiche mais affriolante de l’héroïne de Nabokov. On peut se montrer plus réticent envers le versant « comique » du film, représenté par l’irritant Pino Caruso, en espèce de faux playboy mythomane, qui prend énormément de place pour pas grand-chose.

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MAURICE RONET, JENNY TAMBURI ET LISA GASTONI

Film peu connu, « LA SÉDUCTION » mérite d’être vu pour son ambiance ensoleillée, pour la beauté des femmes italiennes et pour la classe naturelle de Ronet, qui parvient, avec cette distance ironique et crispée, à se sortir d’à peu près toutes les situations.

 

« LA PISCINE » (1969)

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ROMY SCHNEIDER ET ALAIN DELON

« LA PISCINE » est le premier film que Jacques Deray tourna avec Alain Delon. C’est un huis clos dans une villa de Saint-Tropez, une sorte de mélange des univers de Françoise Sagan et Patricia Highsmith, où un couple de « beautiful people » (Delon et Romy Schneider) passe son été à se prélasser au soleil et à faire l’amour, jusqu’à l’intrusion d’un vieil ami (Maurice Ronet) un fêtard pique-assiette et de sa fille (Jane Birkin).piscine2

Aux premières notes de la BO terriblement datée de Michel Legrand, on tique. Quand on apprend que Delon joue un écrivain raté devenu un publicitaire dépressif et Ronet un producteur de disques amateur de bolides, on se dit qu’on va avoir du mal à s’intéresser. Mais heureusement, il se passe quelque chose dans « LA PISCINE » qui transcende l’anecdote, densifie les protagonistes. Une sorte d’alchimie indéfinissable qui le rapproche plus ou moins consciemment de « PLEIN SOLEIL » le chef-d’œuvre de René Clément tourné neuf ans plus tôt, avec déjà Delon, Ronet, la Méditerranée et même Romy qui tenait un bref caméo. Une fois encore, la relation entre les deux hommes s’achèvera en drame car Delon ne pourra réellement exister que lorsqu’il aura éliminé son mauvais génie qui « le dépasse d’une tête et des épaules » et passe son temps à l’humilier discrètement, à lui rappeler qui est le « mâle dominant ».

Bien sûr, 45 ans c’est un âge avancé pour n’importe quel film et « LA PISCINE » a un peu vieilli : l’érotisme torride du début, un peu trop appuyé, peut prêter à sourire, mais l’essentiel est intact. Et en le revoyant aujourd’hui, on se rend compte que le personnage par qui le malheur arrive n’est pas vraiment Ronet, pervers de pacotille plus irritant que vraiment nocif, mais… sa fille. Sous ses allures de godiche maussade, c’est elle qui insuffle le poison, qui allume la mèche avec une fausse naïveté qui mènera au meurtre. Et à l’élimination de ce père qu’elle méprise. À noter que si la prestation de Birkin paraît quelque peu laborieuse en français, elle prend toute sa dimension dans la version tournée en anglais, exploitée dans le Blu-ray sorti il y a quelques années.

Certaines ambiances, comme celle de la dernière partie où l’été s’achève, sont magnifiquement retranscrites et la fin ambiguë ne manque pas de sel.

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MAURICE RONET, ROMY SCHNEIDER ET ALAIN DELON

« LA PISCINE » est surtout un film d’acteurs. Le couple Schneider-Delon crève vraiment l’écran par son évidence, transcendant des rôles pourtant pas spécialement profonds ou bien développés. On est dans la pure alchimie. Ronet est irremplaçable en salopard égoïste et charmeur. Et Paul Crauchet apparaît à la fin, en flic marseillais perspicace et placide.

Peut-être pas tout à fait un classique, mais un film sensuel, encore plein de mystères et de violence feutrée.

 

« RENDEZ-VOUS DE JUILLET » (1949)

« RENDEZ-VOUS DE JUILLET » est un film sur la jeunesse de l’après-guerre, sa joie de vivre, son indolence, ses petits drames quotidiens et son apprentissage de la vie d’adulte. C’est finement écrit et réalisé avec acuité par Jacques Becker, parfaitement distribué jusqu’au plus petit rôle.rdv

Le milieu est celui des caves de jazz enfumées, des cours de théâtre, des rêves fragiles toujours au bord d’être foulés au pied. Ces jeunes gens excentriques sont confrontés à la dureté des relations humaines, mais aussi à la tentation de la médiocrité (la description des parents est impitoyable).

Sur un rythme effréné, un scénario bâti en vignettes plus ou moins dramatiques, le film tient essentiellement à l’excellente direction d’acteurs de Becker. Ainsi, le généralement peu emballant Daniel Gélin trouve-t-il son plus joli rôle. Sa diatribe enflammée pour obliger ses amis à se secouer et à ne pas renoncer à leurs ambitions est probablement ce qu’il a fait de mieux à l’écran. Tous les débutants sont d’ailleurs impeccables : Nicole Courcel en garce arriviste mais totalement dépourvue de talent (pas facile à jouer quand on en a !), Maurice Ronet en trompettiste velléitaire, incroyablement juvénile et si éloigné de son emploi futur, Brigitte Auber rayonnante de joie-de-vivre et parmi les figurants : Françoise Arnoul, Pierre Mondy et Capucine.

« RENDEZ-VOUS DE JUILLET » est un film charmant et bien plus profond et incisif qu’il n’en a l’air. Un voyage dans un temps révolu où tous les espoirs étaient permis pour une génération pourtant déjà confrontée à la menace du chômage. À noter parmi les images marquantes : des vues d’un Paris quasi-désert, la traversée de la Seine dans un véhicule amphibie ou cette danse endiablée de Gélin et Courcel, juste avant leur séparation.

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NICOLE COURCEL, MAURICE RONET ET BRIGITTE AUBER

 

« ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD » (1958)

ascenseurQuand on se réfère à « ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD », le premier long-métrage de Louis Malle, c’est à Jeanne Moreau marchant sous la pluie, dans Paris la nuit, sur la BO jazzy de Miles Davis, qu’on pense aussitôt. Le reste généralement, paraît plus flou.

Le scénario est pourtant ingénieux et plein de chausse-trappes, le noir & blanc d’Henri Decaë capture à merveille un Paris disparu, mais le film a indéniablement vieilli : la postsynchronisation systématique, le jeu catatonique et souvent faux des comédiens, à commencer par Moreau, la sensation de répétition voire de piétinement (la séquence interminable au motel avec le couple d’Allemands !)… Il faut s’accrocher un peu pour jouir des pépites que contient tout de même le film.

Dans son emploi-fétiche d’ancien d’Indochine (ou d’Algérie, c’est selon), Maurice Ronet est égal à lui-même : magnétique, distant, impénétrable. Malgré un temps de présence relativement limité à l’écran, il crée un étrange assassin romantique et fragile. Les jeunes premiers Georges Poujouly et Yori Bertin sont beaucoup plus contestables et occupent trop l’espace. Parmi les seconds rôles on remarque Lino Ventura en commissaire ironique et entêté et un tout jeune Charles Denner jouant son bras-droit. Leur naturel fait plaisir à voir et à entendre dans cette ambiance empesée.

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CHARLES DENNER, LINO VENTURA, MAURICE RONET, FÉLIX MARTEN ET JEANNE MOREAU

À condition d’oublier les scories, les voix « off » maladroites et redondantes, « ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD » apparaît comme un OVNI, une sorte de concentré de ‘film noir’ existentiel à la James M. Cain, mélange déconcertant de série B américaine et de « nouveau roman » à la française. Bon an, mal an, Malle a réussi son pari et le film génère toujours une certaine fascination. Cinq ans plus tard, « LE FEU FOLLET » verra le réalisateur et son acteur principal au sommet de leur art.

 

« LE SCANDALE » (1967)

SCANDALE2L’affiche de « LE SCANDALE » est aussi éclectique qu’alléchante. La signature de Claude Chabrol n’est pas forcément l’assurance d’un succès, mais elle garde quelque chose de rassurant et l’idée de faire un polar à la Boileau-Narcejac dans l’univers des vignobles champenois peut intriguer.

Mais dès les premières images, le réalisateur opte pour un parti-pris d’étrangeté systématique, accentué par une musique omniprésente ajoutant un arrière-plan quasi-onirique. Les seconds rôles jouent tous de la même façon un peu décalée, à la limite du grotesque. Et Anthony Perkins, dans un rôle de gigolo capricieux et énigmatique, fait des mines, esquisse des demi-sourires à la Norman Bates et remplit avec application son emploi de fausse-piste trop évidente pour être vraie.

« LE SCANDALE » raconte tant bien que mal l’histoire d’une machination diabolique (enfin – c’était l’idée !) destinée à rendre fou Maurice Ronet, héritier alcoolique, et à le faire passer pour un serial killer. Mais Chabrol ne prend manifestement pas son sujet au sérieux. Quand surviennent les « coups de théâtre », on les avait déjà vus venir des heures à l’avance, les comédiens se caricaturent eux-mêmes : on dirait que Ronet n’a jamais reposé ce verre de whisky qu’il trimbale d’un film à l’autre. Et Perkins paraît s’ennuyer copieusement. Nous passerons sous silence la prestation « frégolienne » de Stéphane Audran dont le coming-out final tombe complètement à plat : qui ne l’avait pas reconnue ?

Seule s’en sort Yvonnes Furneaux, avec son beau visage de chatte, dans un rôle de manipulatrice âpre au gain et sensuelle. On aperçoit également Henry Jones, second rôle américain familier, jouant un acheteur yankee.

HENRY JONES, MAURICE RONET, YVONNE FURNEAUX ET ANTHONY PERKINS

HENRY JONES, MAURICE RONET, YVONNE FURNEAUX ET ANTHONY PERKINS

Ce n’est pas vraiment raté, pas totalement inintéressant. Mais tellement décalé, filmé avec si peu d’invention et de passion, qu’on suit tout cela d’un œil somnolent et tout de même un brin déçu.

 

DE NIRO : PREMIÈRE !

RARETÉ : LA PREMIÈRE FIGURATION DE ROBERT DE NIRO DANS «  3 CHAMBRES À MANHATTAN » DE CARNÉ, ENTRE ANNIE GIRARDOT ET MAURICE RONET !

RARETÉ : LA PREMIÈRE FIGURATION DE ROBERT DE NIRO DANS «  3 CHAMBRES À MANHATTAN » DE CARNÉ, ENTRE ANNIE GIRARDOT ET MAURICE RONET !