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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MAX VON SYDOW

« SHUTTER ISLAND » (2010)

SHUTTER.jpgInspiré d’un roman de Dennis Lehane, « SHUTTER ISLAND » évoque très fortement la logique narrative du superbe « ANGEL HEART » d’Alan Parker, sans en avoir tout à fait la puissance sur la durée.

Car Martin Scorsese, selon sa bonne habitude, fait long. Trop long en l’occurrence. Si la première moitié fonctionne parfaitement et s’avère angoissante, déstabilisante, la seconde – dès qu’on commence à subodorer vraiment de quoi il retourne – devient laborieuse, voire redondante. Ainsi, le flash-back final donne-t-il envie de s’écrier : « Ça va, Marty ! On avait compris ». Malgré un abus flagrant d’écrans verts et de CGI dans les décors et les effets de lumière, « SHUTTER ISLAND » a ses bons moments, heureusement. Ainsi le face-à-face entre Leonardo Di Caprio et Patricia Clarkson dans la grotte ou la poursuite nocturne dans le pavillon des fous dangereux. De beaux morceaux de bravoure qui font d’autant plus regretter la complaisance du reste et la lourdeur d’un scénario qui enfonce plusieurs fois le clou, ne laissant aucune place à l’ambiguïté ou l’incertitude. Di Caprio, qui ressemble étonnamment à Orson Welles jeune, est bien en marshal s’enfonçant dans une enquête abyssale, mais il ne possède pas la fêlure du Mickey Rourke de « ANGEL HEART », par exemple. Les seconds rôles sont tous remarquables, à commencer par Mark Ruffalo, Ben Kingsley ou Max Von Sydow dans des rôles à facettes. Michelle Williams capte l’attention dans ses courtes mais spectaculaires apparitions. À noter la présence fugitive d’Elias Koteas qui arbore exactement le même sourire que Robert De Niro, ce qui est plus que troublant dans un film signé Scorsese.

Beaucoup trop long, trop explicatif et trop ostensiblement virtuose, « SHUTTER ISLAND » se visionne avec curiosité, mais laisse malgré tout une sensation de radotage pas très agréable. On avait pigé, Marty !

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MARK RUFFALO, LEONARDO DI CAPRIO, MICHELLE WILLIAMS ET ELIAS KOTEAS

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« LE LIEN » (1971)

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BIBI ANDERSSON ET ELLIOTT GOULD

« LE LIEN » est un film relativement peu connu d’Ingmar Bergman, le premier qu’il tourna en grande partie en langue anglaise. Le scénario évoque lointainement celui de « LA FEMME INFIDÈLE » de Chabrol – sorti deux ans plus tôt – et décrit étape par étape un adultère terriblement banal, du commencement jusqu’à la fin… ouverte.TOUCH2

Bibi Andersson, mère de famille sans histoire, épouse d’un médecin (Max Von Sydow), tombe amoureuse d’un archéologue américain un peu fantasque (Elliott Gould) séjournant en Suède. Rien d’extraordinaire, une observation acérée du quotidien, des comportements humains face à une passion maladroitement exprimée, parfois difficile à comprendre. L’homme est compliqué, caractériel, héritier d’une histoire familiale tourmentée (la Shoah) et la situation va progressivement s’envenimer, quitter la zone de confort de la jeune femme pour l’entraîner vers des territoires inconnus. Comme toujours chez Bergman, tout réside dans le détail, les gros-plans éclairés par Sven Nykvist décortiquent la moindre amorce d’émotion sur les visages des comédiens. Sensuelle, juvénile, parfois impalpable, Bibi Andersson porte le film sur les épaules avec une intensité de chaque instant. La scène d’ouverture, près du lit de mort de sa mère à l’hôpital, est d’une simplicité, d’une frontalité qui en décuplent l’effet. Von Sydow tient parfaitement le rôle peu gratifiant du cocu complaisant. Gould, alors en plein dans sa période de gloire aux U.S.A., est très inattendu dans ce rôle d’individu troublé, imprévisible, égoïste. Le trio fonctionne vraiment très bien sans qu’aucun protagoniste ne tire la couverture à lui.

Hormis quelques choix musicaux franchement bizarres, une ou deux redondances, « LE LIEN » prend une place singulière mais logique dans l’œuvre d’Ingmar Bergman.

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MAX VON SYDOW, ELLIOTT GOULD ET BIBI ANDERSSON

 

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ

 

« LA MORT EN DIRECT » (1980)

DIRECTAdapté d’un roman par David Rayfiel scénariste habituel de Sydney Pollack et tourné en anglais en Écosse par Bertrand Tavernier, « LA MORT EN DIRECT » est un curieux film d’anticipation à l’ambiance mortifère, dont le thème annonce bien des décennies en avance la télé-réalité et ses inévitables dérives.

Alors qu’elle est mourante, Romy Schneider est filmée à son insu 24 heures sur 24 par un reporter (Harvey Keitel) à qui on a greffé une caméra à la place de l’œil. Jusqu’où iront le cynisme et le voyeurisme du producteur (Harry Dean Stanton) ? Et le double-jeu de plus en plus intenable de Keitel ?

Un sujet fort, bien mis en place, mais un traitement qui peut laisser perplexe, voire décourager alors même qu’on est passionné par l’issue de l’aventure. L’image est volontairement désaturée, triste, les paysages sont glacés et inhospitaliers, le rythme est d’une lenteur éprouvante, surtout quand arrive le dénouement. On est donc partagé entre l’admiration pour un scénario quasiment visionnaire sur l’avenir des médias et une réelle difficulté à s’émouvoir du destin d’une Romy Schneider comme désincarnée, pas toujours bien mise en valeur. Keitel est égal à lui-même dans un rôle peu sympathique. N’apparaissant que très tard en ex-époux vivant en ermite dans une maison isolée, Max Von Sydow domine le film et semble traîner dans son sillage l’ombre d’Ingmar Bergman.

« LA MORT EN DIRECT » est donc un film indéniablement original et d’une intelligence aiguë, parfois plombé par un dialogue trop abondant et explicatif qui en atténue la portée et étouffe toute émotion spontanée. À voir tout de même pour les talents réunis, pour un ‘twist’ final pas spécialement bien amené, mais inattendu et d’une noirceur sans égal.

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ROMY SCHNEIDER, HARVEY KEITEL ET MAX VON SYDOW

 

« ROBIN DES BOIS » (2010)

ROBIN2Les films de Ridley Scott gagnent souvent à être revus et la plupart du temps en ‘director’s cut’. C’est le cas de « ROBIN DES BOIS » qui s’avère plutôt agréable dans sa version de 156 minutes, même si son principal handicap semble être le scénario de Brian Helgeland.

C’est en fait une sorte de ‘prequel’ à la légende du héros immortalisé par Errol Flynn. Le cheminement d’un simple soldat des croisades usurpant l’identité d’un noble tué dans une embuscade, pour rentrer en Angleterre. Cela évoque un peu l’histoire de Martin Guerre et la première moitié est assez captivante. Mais à force de rajouter des sous-intrigues, des personnages secondaires et des flash-backs excessivement confus, on finit par perdre le fil et par se désintéresser de l’affaire. Tout ce qui concerne le passé de Robin alourdit l’ensemble et aurait pu être coupé sans grand dommage.

Heureusement, Sir Scott manie ses caméras en maestro et son film est magnifique à regarder, ses batailles sont épiques et sa distribution est absolument somptueuse : Russell Crowe est un vrai/faux Robin convaincant, même s’il semble parfois légèrement léthargique. Cate Blanchett est une Marianne endurante et combative, Max Von Sydow est égal à lui-même en vieux chevalier aveugle, Oscar Isaac (en roi Jean) et Mark Strong sont de détestables félons dignes des classiques de cape et d’épée d’antan. On ne s’attardera pas trop sur Léa Seydoux et son éternelle expression maussade.

Ambitieuse, très longue, un tantinet boursouflée, cette énième mouture de « ROBIN DES BOIS » n’est pas un ratage, elle contient même d’intéressantes réflexion sur le mythe de ce leader révolutionnaire qui ne dit pas son nom. Mais le mieux étant souvent l’ennemi du bien, on aurait aimé plus de simplicité et de retenue.

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CATE BLANCHETT, RUSSELL CROWE, MAX VON SYDOW ET OSCAR ISAAC.

 

« WOLFMAN » (2010)

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EMILY BLUNT ET BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » est le remake du classique de 1941 : « LE LOUP-GAROU » dont il reprend les grandes lignes du scénario signé Curt Siodmak. Le film est sorti en salles dans une durée de 103 minutes et a connu un director’s cut de 119 minutes. C’est celui-ci qui est chroniqué ici.WOLFMAN2

Signée du pourtant peu emballant Joe Johnston, cette version s’avère tout à fait enthousiasmante. L’imagerie d’abord, qui retrouve la splendeur des chefs-d’œuvre Universal grâce à l’utilisation invisible des CGI et aussi à une bonne dose de poésie qui renvoie à « LA BELLE ET LA BÊTE » original. La réalisation, la photo de Shelly Johnson, la BO magnifique de Danny Elfman, les cadrages qui retrouvent la puissance des dessins de Bernie Wrightson, tout s’accorde pour créer une ambiance envoûtante, semi-rêvée, une esthétique de l’horreur très singulière. Benicio Del Toro est parfait dans le rôle de ‘Talbot’, acteur shakespearien dont le sang tzigane porte une malédiction ancestrale. Anthony Hopkins, très sobre et concentré, insuffle une belle ambiguïté à ce personnage de patriarche d’abord rassurant et progressivement de plus en plus terrifiant. L’ultime face-à-face entre père et fils est impressionnant. À leurs côtés, Emily Blunt parvient à n’être pas que décorative comme c’est trop souvent le cas dans ce genre de film et Hugo Weaving joue un flic (celui qui enquêtait sur Jack l’Éventreur !) malchanceux. Notons les brèves mais émouvantes apparitions de Geraldine Chaplin en Gitane. À noter – mais uniquement dans la version longue – le court caméo de Max Von Sydow en vieux gentleman dans un train, qui offre sa canne à pommeau d’argent à Talbot : l’incarnation du Destin ?

En dépit de digressions (l’internement à l’asile) un peu longues, mais malgré tout intéressantes, « WOLFMAN » séduit par son mélange de classicisme et d’un vrai désir de raviver les vieux mythes. Les décors (qu’ils soient virtuels ou « en dur ») sont splendides et les scènes de violence d’une brutalité frisant le ‘gore’ pur et simple. Une belle surprise donc, probablement sous-estimée à sa sortie mais qui vaut largement d’être réévaluée à la hausse.

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ANTHONY HOPKINS ET MAX VON SYDOW

 

« LE VISAGE » (1958)

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MAX VON SYDOW

« LE VISAGE », situé en 1846 en Suède, est une fable noire et bouffonne sur une troupe de magiciens ambulants qui sont arrêtés par la police et emmenés chez un consul féru de surnaturel. Là, le ministre de la santé (Gunnar Björnstrand, méconnaissable une fois de plus) persuadé qu’ils ne sont que des charlatans, les met au défi de le convaincre de leurs pouvoirs.visage3

C’est un magnifique scénario sur les faux-semblants, les jeux de miroirs, sur la puissance de l’imaginaire et surtout sur la confrontation entre l’Artiste et l’homme de pouvoir cartésien qui n’a de cesse de vouloir réduire à néant tout ce qui le dépasse. Comme dans tout bon Ingmar Bergman, la mort côtoie le sexe, la folie affleure et tout le monde avance masqué. Qu’il s’agisse de Max Von Sydow, mystérieux magicien au cheveu de jais et à l’œil d’hypnotiseur qui, débarrassé de ses oripeaux, n’est qu’un cabotin prêt à tout pour quelques pièces d’or. Ou Ingrid Thulin, sa femme, qui se déguise en jeune homme ambigu. Bergman flirte avec le conte de fées dans ce début dans la forêt, éclairé de façon magique, cède à la comédie paillarde avec la gironde cuisinière en mal d’amour ou la jeune Bibi Andersson en petite bonne délurée plus dégourdie que son vantard de soupirant. Et il finit par une incursion réussie dans le film d’horreur avec la longue séquence dans le grenier où un cadavre autopsié revient à la vie et harcèle son tortionnaire : l’incrédule face à l’inexplicable !

Mais tout cela, au fond, ce n’est que du spectacle, une représentation/arnaque à tiroirs très élaborée, qui parvient à immerger dans ce scénario-gigogne aussi distrayant que fascinant. La fameuse « lanterne magique » qui marqua tant Bergman dans son enfance ? Dans un cast absolument parfait, on reconnaît (à peine) Erland Josephson en consul pusillanime. Grand plaisir de retrouver cette « troupe » quasiment théâtrale dans des rôles aussi différents de film en film. Von Sydow et Ingrid Thulin sont particulièrement remarquables à ce jeu d’ombres.

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GUNNAR BJÖRNSTRAND, INGRID THULIN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter que le titre anglo-saxon du film : « THE MAGICIAN » semble plus approprié que le suédois (qui est également le titre français) et qui paraît peu compréhensible.