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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MAX VON SYDOW

« ROBIN DES BOIS » (2010)

ROBIN2Les films de Ridley Scott gagnent souvent à être revus et la plupart du temps en ‘director’s cut’. C’est le cas de « ROBIN DES BOIS » qui s’avère plutôt agréable dans sa version de 156 minutes, même si son principal handicap semble être le scénario de Brian Helgeland.

C’est en fait une sorte de ‘prequel’ à la légende du héros immortalisé par Errol Flynn. Le cheminement d’un simple soldat des croisades usurpant l’identité d’un noble tué dans une embuscade, pour rentrer en Angleterre. Cela évoque un peu l’histoire de Martin Guerre et la première moitié est assez captivante. Mais à force de rajouter des sous-intrigues, des personnages secondaires et des flash-backs excessivement confus, on finit par perdre le fil et par se désintéresser de l’affaire. Tout ce qui concerne le passé de Robin alourdit l’ensemble et aurait pu être coupé sans grand dommage.

Heureusement, Sir Scott manie ses caméras en maestro et son film est magnifique à regarder, ses batailles sont épiques et sa distribution est absolument somptueuse : Russell Crowe est un vrai/faux Robin convaincant, même s’il semble parfois légèrement léthargique. Cate Blanchett est une Marianne endurante et combative, Max Von Sydow est égal à lui-même en vieux chevalier aveugle, Oscar Isaac (en roi Jean) et Mark Strong sont de détestables félons dignes des classiques de cape et d’épée d’antan. On ne s’attardera pas trop sur Léa Seydoux et son éternelle expression maussade.

Ambitieuse, très longue, un tantinet boursouflée, cette énième mouture de « ROBIN DES BOIS » n’est pas un ratage, elle contient même d’intéressantes réflexion sur le mythe de ce leader révolutionnaire qui ne dit pas son nom. Mais le mieux étant souvent l’ennemi du bien, on aurait aimé plus de simplicité et de retenue.

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CATE BLANCHETT, RUSSELL CROWE, MAX VON SYDOW ET OSCAR ISAAC.

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« WOLFMAN » (2010)

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EMILY BLUNT ET BENICIO DEL TORO

« WOLFMAN » est le remake du classique de 1941 : « LE LOUP-GAROU » dont il reprend les grandes lignes du scénario signé Curt Siodmak. Le film est sorti en salles dans une durée de 103 minutes et a connu un director’s cut de 119 minutes. C’est celui-ci qui est chroniqué ici.WOLFMAN2

Signée du pourtant peu emballant Joe Johnston, cette version s’avère tout à fait enthousiasmante. L’imagerie d’abord, qui retrouve la splendeur des chefs-d’œuvre Universal grâce à l’utilisation invisible des CGI et aussi à une bonne dose de poésie qui renvoie à « LA BELLE ET LA BÊTE » original. La réalisation, la photo de Shelly Johnson, la BO magnifique de Danny Elfman, les cadrages qui retrouvent la puissance des dessins de Bernie Wrightson, tout s’accorde pour créer une ambiance envoûtante, semi-rêvée, une esthétique de l’horreur très singulière. Benicio Del Toro est parfait dans le rôle de ‘Talbot’, acteur shakespearien dont le sang tzigane porte une malédiction ancestrale. Anthony Hopkins, très sobre et concentré, insuffle une belle ambiguïté à ce personnage de patriarche d’abord rassurant et progressivement de plus en plus terrifiant. L’ultime face-à-face entre père et fils est impressionnant. À leurs côtés, Emily Blunt parvient à n’être pas que décorative comme c’est trop souvent le cas dans ce genre de film et Hugo Weaving joue un flic (celui qui enquêtait sur Jack l’Éventreur !) malchanceux. Notons les brèves mais émouvantes apparitions de Geraldine Chaplin en Gitane. À noter – mais uniquement dans la version longue – le court caméo de Max Von Sydow en vieux gentleman dans un train, qui offre sa canne à pommeau d’argent à Talbot : l’incarnation du Destin ?

En dépit de digressions (l’internement à l’asile) un peu longues, mais malgré tout intéressantes, « WOLFMAN » séduit par son mélange de classicisme et d’un vrai désir de raviver les vieux mythes. Les décors (qu’ils soient virtuels ou « en dur ») sont splendides et les scènes de violence d’une brutalité frisant le ‘gore’ pur et simple. Une belle surprise donc, probablement sous-estimée à sa sortie mais qui vaut largement d’être réévaluée à la hausse.

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ANTHONY HOPKINS ET MAX VON SYDOW

 

« LE VISAGE » (1958)

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MAX VON SYDOW

« LE VISAGE », situé en 1846 en Suède, est une fable noire et bouffonne sur une troupe de magiciens ambulants qui sont arrêtés par la police et emmenés chez un consul féru de surnaturel. Là, le ministre de la santé (Gunnar Björnstrand, méconnaissable une fois de plus) persuadé qu’ils ne sont que des charlatans, les met au défi de le convaincre de leurs pouvoirs.visage3

C’est un magnifique scénario sur les faux-semblants, les jeux de miroirs, sur la puissance de l’imaginaire et surtout sur la confrontation entre l’Artiste et l’homme de pouvoir cartésien qui n’a de cesse de vouloir réduire à néant tout ce qui le dépasse. Comme dans tout bon Ingmar Bergman, la mort côtoie le sexe, la folie affleure et tout le monde avance masqué. Qu’il s’agisse de Max Von Sydow, mystérieux magicien au cheveu de jais et à l’œil d’hypnotiseur qui, débarrassé de ses oripeaux, n’est qu’un cabotin prêt à tout pour quelques pièces d’or. Ou Ingrid Thulin, sa femme, qui se déguise en jeune homme ambigu. Bergman flirte avec le conte de fées dans ce début dans la forêt, éclairé de façon magique, cède à la comédie paillarde avec la gironde cuisinière en mal d’amour ou la jeune Bibi Andersson en petite bonne délurée plus dégourdie que son vantard de soupirant. Et il finit par une incursion réussie dans le film d’horreur avec la longue séquence dans le grenier où un cadavre autopsié revient à la vie et harcèle son tortionnaire : l’incrédule face à l’inexplicable !

Mais tout cela, au fond, ce n’est que du spectacle, une représentation/arnaque à tiroirs très élaborée, qui parvient à immerger dans ce scénario-gigogne aussi distrayant que fascinant. La fameuse « lanterne magique » qui marqua tant Bergman dans son enfance ? Dans un cast absolument parfait, on reconnaît (à peine) Erland Josephson en consul pusillanime. Grand plaisir de retrouver cette « troupe » quasiment théâtrale dans des rôles aussi différents de film en film. Von Sydow et Ingrid Thulin sont particulièrement remarquables à ce jeu d’ombres.

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GUNNAR BJÖRNSTRAND, INGRID THULIN ET ERLAND JOSEPHSON

À noter que le titre anglo-saxon du film : « THE MAGICIAN » semble plus approprié que le suédois (qui est également le titre français) et qui paraît peu compréhensible.

 

« AU SEUIL DE LA VIE » (1958)

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INGRID THULIN

« AU SEUIL DE LA VIE » se déroule de façon très théâtrale dans une maternité, pendant 24 heures, la plupart du temps dans une chambre où se retrouvent trois femmes : l’une épanouie et heureuse, au bord d’accoucher (Eva Dahlbeck), l’autre qui vient de faire une fausse-couche (Ingrid Thulin) et comprend que son mariage n’y survivra pas, la dernière enfin, une toute jeune future fille-mère (Bibi Andersson) qui a déjà subi un avortement sordide et se montre terrorisée par l’avenir.seuil3

Il y avait plusieurs façons de raconter cette « journée particulière », mais nous sommes chez Ingmar Bergman. Et dans ce lieu de vie qu’est la maternité, la mort rôde, impitoyable et injuste et nul ne sera épargné. Comme toujours, l’auteur filme au plus près des visages, traquant l’émotion, le désarroi, la solitude et il a réuni un magnifique trio de comédiennes : Ingrid Thulin qui sert de pivot à l’histoire, jeune femme réservée qui ne laisse éclater son désespoir que désinhibée par les médicaments. Certains de ses gros-plans sont presque embarrassants tant ils sont intimes. Eva Dahlbeck est elle aussi étonnante en « fée du logis » rieuse et généreuse jusqu’à ce que le destin la rattrape à son tour. Bibi Andersson enfin, parfaite en fugueuse désorientée, aussi irritante qu’émouvante. Elle sera la seule à apporter un rayon de lumière au film. In extremis…

Les hommes n’ont que des rôles périphériques, mais on retrouve des fidèles du maestro suédois : Max Von Sydow en brave type souriant dans une seule scène et un très jeune Erland Josephson en mari rejeté de Thulin.

D’une sobriété sans faille, « AU SEUIL DE LA VIE » ne dévie pas d’un pouce de ce qu’il a à dire sur le sort des femmes et le peu de choix que leur offrait la société des années 50. Mais il évite le militantisme stérile en misant tout sur les visages et sur l’âme à vif de ses trois personnages.

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EVA DAHLBECK, BIBI ANDERSSON, INGRID THULIN ET MAX VON SYDOW

 

« LES COMMUNIANTS » (1963)

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GUNNAR BJÖRNSTRAND ET MAX VON SYDOW

« LES COMMUNIANTS » est une des œuvres les plus sombres, les plus désespérées et jusqu’auboutistes d’Ingmar Bergman. Décrivant une journée de la vie d’un prêtre de province, il fouille aux tréfonds de la dépression et signe un film sur le « silence de Dieu », le doute et l’incapacité à aimer.communiants3

Se déroulant pour l’essentiel dans une petite église glacée, « LES COMMUNIANTS » dresse donc le portrait de Gunnar Björnstrand, homme de Dieu veuf et vieillissant, rongé par son propre vide intérieur et son impuissance à accompagner ses paroissiens. Ainsi, quand Max Von Sydow pauvre pêcheur dépressif hanté par la bombe atomique, vient le voir, le prêtre ne peut-il que lui parler de ses propres tourments, ce qui achèvera de décider le malheureux à se suicider.

La relation à Ingrid Thulin, institutrice du village (et sa maîtresse) est tout aussi désespérante et vide de tout sens. Il ne l’aime pas, le lui dit franchement dans une séquence d’une terrible cruauté, elle ne fait que subir et encaisser. À la fin, le prêtre prêchera dans une église totalement déserte.

Comme toujours, c’est splendidement photographié par Sven Nykvist qui compose une image plus douce que d’habitude, les gros-plans de visages, souvent de profil, sont d’une précision inouïe. On ne ressent pas réellement d’empathie pour le personnage de Björnstrand, trop centré sur lui-même, mais son « chemin de croix » fascine et passionne malgré l’extrême austérité de la narration. Ingrid Thulin est bouleversante d’intensité fiévreuse et d’instabilité. On reconnaît – à peine ! – Gunnel Lindblom, jouant l’épouse enceinte et soumise du pêcheur, un rôle à des années-lumière de ceux qu’elle tenait dans « LA SOURCE » ou « LE SILENCE ». Belle palette de comédienne !

« LES COMMUNIANTS » s’inscrit parfaitement dans le courant de l’œuvre bergmanienne. Il n’est pas facile d’accès, mais mérite qu’on fasse l’effort.

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INGRID THULIN ET GUNNEL LINDBLOM

 

« LE SECRET DU RAPPORT QUILLER » (1966)

quiller2« LE SECRET DU RAPPORT QUILLER » tourné à l’époque où les 007 faisaient fureur et relançaient le film d’espionnage, est un des plus bizarroïdes fleurons du genre.

Ici pas de bagarres, ni de poursuites (ou si peu…), pas de voyages à travers le monde : on reste à Berlin, pas de super-héros ou de maîtres du monde en puissance. Non, on suit l’enquête statique d’un Américain (George Segal) cherchant à démasquer un réseau de néonazis. Capturé, il est torturé, puis relâché, il couche avec une plantureuse Allemande (Senta Berger) et se refait capturer, etc. etc.

On a la curieuse sensation de faire du sur-place, les décors sont austères, quasi-abstraits par moments, mais ce qui rend le film presque absurde sont les dialogues brillants mais complètement décalés de Harold Pinter. La longue séquence où Max Von Sydow questionne un Segal drogué au penthotal atteint des cimes dans la stylisation et semble annoncer l’esprit de la série « LE PRISONNIER ». Quant à l’ultime face-à-face entre les deux amants dans l’école, il donne l’occasion à Pinter d’exercer son génie de l’ambiguïté et du non-dit. Après le mot « FIN », on se demande un peu ce qu’on vient de regarder : certainement pas un énième avatar de John LeCarré ou Ian Fleming, mais plutôt un exercice de style ironique et légèrement abscons dont l’esprit est parfaitement incarné par le jeu nonchalant et excentrique d’un Segal au diapason. Parmi les seconds rôles, on aperçoit George Sanders et Alec Guinness en chef des services secrets qui s’est fait la tête de… De Gaulle !

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MAX VON SYDOW, GEORGE SEGAL, ALEC GUINNESS ET SENTA BERGER

Si le look général a pas mal vieilli, « LE SECRET DU RAPPORT QUILLER » n’en reste pas moins une vraie curiosité dont l’humour pince-sans-rire et truffé de sous-entendus plus ou moins lisibles, fait tout le prix. Agréable BO de John Barry pour arrondir les angles…

 

« LE TRÔNE DE FER » : saison 6 (2016)

La saison 6 de « GAME OF THRONES » sert de conclusion à un premier cycle entamé il y a cinq ans et referme la plupart des portes laissées ouvertes, règlant à peu près tous les comptes et se débarrassant plus ou moins brutalement de quelques personnages détestables installés depuis plusieurs années.game6

Ce n’est pas la saison la plus structurée ni la plus maîtrisée narrativement parlant. Des sous-intrigues comme celle de ‘Bran’ le jeune infirme ou d’Arya, la sœur cadette enrôlée par une étrange secte d’assassins, semblent n’aller nulle part, jusqu’à leurs justifications finales. Mais pendant neuf épisodes, elles ralentissent l’action. Tyrion (Peter Dinklage) protagoniste principal des épisodes précédents, n’a pas grand-chose à défendre cette année et passe son temps à boire et à faire des bons mots avec son copain l’eunuque. Cela crée un manque assez dommageable.

En revanche, c’est au niveau du grand spectacle qu’on est gâté, avec les deux derniers épisodes « BATTLE OF BASTARDS » et « THE WINDS OF WINTER » déjà anthologiques, dont le premier contient une des plus hallucinantes scènes de bataille jamais filmées. Au fil des ans, « GAMES OF THRONES » est d’ailleurs devenue une série sur la guerre et sur la folie des hommes, laissant peu à peu la grande Histoire prendre le pas sur les petites. La dernière image, celle d’une gigantesque flotte de vaisseaux progressant sur l’océan, survolée par trois dragons, laisse deviner ce qui nous attend pour la suite.

Dans un casting toujours aussi inspiré, dominé par l’infâme ‘Ramsay’ (Iwan Rheon, hallucinant), on a le plaisir – bref mais intact – de retrouver deux vétérans : Ian McShane et l’inoxydable Max Von Sydow.

À la fin du 10ème épisode, les cartes sont à nouveau redistribuées et le décor replanté. Ne reste plus qu’à attendre les dix prochains…