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Archives de Catégorie: LES FILMS DE MAX VON SYDOW

FARVÄL, MAX…

Il faudrait un livre entier pour retracer la carrière de l’acteur suédois Max Von Sydow qui vient de disparaître à l’âge de 91 ans, laissant derrière lui une œuvre de plus de 160 films tournés dans tous les pays du globe.

Personnalité singulière, au visage long et austère, au jeu minimaliste, au physique protéiforme, il a connu son âge d’or avec la douzaine de films qu’il tourna pour Ingmar Bergman, parmi lesquels l’iconique « LE SEPTIÈME SCEAU » où il affrontait la Mort aux échecs sur une plage lugubre. Alpagué par Hollywood, Von Sydow incarne le Christ dans « LA PLUS GRANDE HISTOIRE JAMAIS CONTÉE », avant d’affronter le diable dans « L’EXORCISTE », pour ensuite le devenir dans « LE BAZAAR DE L’ÉPOUVANTE ». Son parcours est impressionnant, parsemé de chefs-d’œuvre et de navets, puisqu’il ne cessait jamais de travailler, endossant toutes les nationalités, adoptant tous les accents, incapable d’être mauvais ou ridicule même dans « FLASH GORDON » ou « NEW YORK NE RÉPOND PLUS ».MVS copie

Il a traversé des décennies de cinéma, laissant sa trace dans « LES TROIS JOURS DU CONDOR » en tueur à gages français, en roi dans « CONAN LE BARBARE », il a travaillé en Italie dans « CADAVRES EXQUIS » ou « LE DÉSERT DES TARTARES », il campa plusieurs officiers nazis, côtoya Stallone dans « À NOUS LA VICTOIRE » et « JUGE DREDD », il joua même Blofeld dans « JAMAIS PLUS JAMAIS », fut dirigé par Spielberg, Woody Allen (en hommage à Bergman), John Boorman et tant d’autres. C’est vertigineux !

C’est véritablement un géant du 7ème Art qui s’en va aujourd’hui, discrètement, comme d’habitude. Dire qu’il va nous manquer est une douce litote.

 

MAX VON SYDOW : R.I.P.

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MAX VON SYDOW (1929-2020), LA MORT A GAGNÉ L’ULTIME PARTIE D’ÉCHECS AVEC UN DES PLUS GRANDS ACTEURS DU MONDE

 

« HANNAH ET SES SŒURS » (1986)

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BARBARA HERSHEY

En 1978, Woody Allen signait « INTÉRIEURS » drame intimiste autour de trois sœurs. Huit ans plus tard, il tourne « HANNAH ET SES SŒURS », qui en est une sorte de remake plus léger, mâtiné de réminiscences de « ANNIE HALL ».HANNAH.jpg

Entre drame psychologique et comédie existentielle, le film est certainement le plus « grand public » et le plus chaleureux qu’ait tourné l’auteur. C’est une œuvre foisonnante et généreuse sur la famille, l’incommunicabilité, la lâcheté des hommes, la résilience des femmes et beaucoup d’autres choses encore. Autour d’une Mia Farrow au rôle extraordinairement complexe de « sainte » crispante à force de perfection trop ostentatoire, la galerie de portraits est d’une richesse inouïe : Michael Caine joue son mari pleutre et indécis, un rôle « à la Woody Allen » (jusqu’aux lunettes !), Dianne Wiest est magnifique en sœur paumée en quête d’elle-même, Barbara Hershey troublante en éternelle étudiante. Allen est allé jusqu’à la marier à Max Von Sydow (toujours cette relation prof-élève qui le hante !), l’acteur bergmanien par excellence, incarnant un misanthrope dépressif. En parallèle, le scénario suit le périple intérieur de Woody, producteur de télé, obsédé par la mort, qui envisage le suicide, mais paradoxalement sur un ton plus léger en autodérision. On dirait le ‘Alvy’ de « ANNIE HALL » et d’ailleurs, Tony Roberts reprend à peu près son personnage du film de 1977.

Tout ce petit monde foisonne, se fait mal, culpabilise, entre deux fêtes de Thanksgiving rythmant le film. On ne peut qu’être touché par « HANNAH ET SES SŒURS », par la maîtrise de Allen à jouer de ses propres codes, à redistribuer les cartes, à oser des émotions simples. Moins cérébral et analytique que ses précédents opus, c’est une œuvre pleine de sève et d’humanité. Et on y reconnaît Maureen O’Sullivan, ex-Jane de Tarzan, jouant la mère de sa véritable fille Mia Farrow, des débutants comme Julia Louis-Dreyfus, John Turturro ou Daniel Stern, Richard Jenkins et même… Soon-Yi Previn, enfant parmi d’autres, qui deviendrait l’épouse de Woody Allen de nombreuses années plus tard. Mais ceci est une autre histoire !

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BARBARA HERSHEY, MAX VON SYDOW, DANIEL STERN, MICHAEL CAINE, WOODY ALLEN, DIANNE WIEST ET MIA FARROW

Avec le recul, « HANNAH ET SES SŒURS » apparaît comme le film-charnière entre la légèreté (relative) des films précédents et la gravité de ceux à venir. Un film essentiel, de toute façon.

 

« LES ÉMIGRANTS » (1971)

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LIV ULLMANN

« LES ÉMIGRANTS » de Jan Troell, il faut en être prévenu, est une véritable épreuve d’endurance. Non parce qu’il est mauvais – loin de là – mais parce que la vision de la misère, des souffrances humaines, de la maladie, des humiliations, n’a rien de réjouissant et que l’auteur ne nous épargne rien.ÉMIGRANTS.jpg

Situé vers 1850 dans la campagne suédoise, le film suit le destin d’un couple de paysans, Max Von Sydow et Liv Ullmann, « empruntés » à Ingmar Bergman, qui décident d’émigrer aux Amériques. Par la minutie de sa mise-en-scène, la longueur de chaque séquence, Troell donne presque la sensation de suivre l’action en « temps réel » et, sur plus de trois heures, cela peut devenir pénible, voire douloureux. Les échecs successifs du couple, les grossesses à répétition, la mort d’une fillette, la sècheresse… Tout les pousse à quitter leur terre natale pour cette Amérique qu’ils idéalisent et sur laquelle ils portent tous leurs espoirs. On souffre avec eux, le summum étant atteint lors de la traversée en mer, où on finit par se sentir physiquement malade ! Le film est d’une sobriété visuelle confinant à l’austérité, Troell interdit tout romanesque, toute simplification « hollywoodienne ». On finit par s’attacher à ces personnages frustes et taiseux : Von Sydow remarquable en brave homme entêté, Ullmann émouvante en mère nourricière endurante, Eddie Axberg très bien en rêveur ou Monica Zetterlund en femme de mauvaise réputation.

Tant d’années après, « LES ÉMIGRANTS » émeut toujours et peut-être davantage, au regard de l’actualité du 21ème  siècle. C’est une œuvre sincère et puissante, de celles qui dépeignent les « gens de peu » avec une empathie jamais manichéenne et leur rendent leur humanité.

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LIV ULLMANN ET MAX VON SYDOW

À noter : le film connut une suite l’année suivante, « LE NOUVEAU MONDE » encore plus longue !

 

« SHUTTER ISLAND » (2010)

SHUTTER.jpgInspiré d’un roman de Dennis Lehane, « SHUTTER ISLAND » évoque très fortement la logique narrative du superbe « ANGEL HEART » d’Alan Parker, sans en avoir tout à fait la puissance sur la durée.

Car Martin Scorsese, selon sa bonne habitude, fait long. Trop long en l’occurrence. Si la première moitié fonctionne parfaitement et s’avère angoissante, déstabilisante, la seconde – dès qu’on commence à subodorer vraiment de quoi il retourne – devient laborieuse, voire redondante. Ainsi, le flash-back final donne-t-il envie de s’écrier : « Ça va, Marty ! On avait compris ». Malgré un abus flagrant d’écrans verts et de CGI dans les décors et les effets de lumière, « SHUTTER ISLAND » a ses bons moments, heureusement. Ainsi le face-à-face entre Leonardo Di Caprio et Patricia Clarkson dans la grotte ou la poursuite nocturne dans le pavillon des fous dangereux. De beaux morceaux de bravoure qui font d’autant plus regretter la complaisance du reste et la lourdeur d’un scénario qui enfonce plusieurs fois le clou, ne laissant aucune place à l’ambiguïté ou l’incertitude. Di Caprio, qui ressemble étonnamment à Orson Welles jeune, est bien en marshal s’enfonçant dans une enquête abyssale, mais il ne possède pas la fêlure du Mickey Rourke de « ANGEL HEART », par exemple. Les seconds rôles sont tous remarquables, à commencer par Mark Ruffalo, Ben Kingsley ou Max Von Sydow dans des rôles à facettes. Michelle Williams capte l’attention dans ses courtes mais spectaculaires apparitions. À noter la présence fugitive d’Elias Koteas qui arbore exactement le même sourire que Robert De Niro, ce qui est plus que troublant dans un film signé Scorsese.

Beaucoup trop long, trop explicatif et trop ostensiblement virtuose, « SHUTTER ISLAND » se visionne avec curiosité, mais laisse malgré tout une sensation de radotage pas très agréable. On avait pigé, Marty !

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MARK RUFFALO, LEONARDO DI CAPRIO, MICHELLE WILLIAMS ET ELIAS KOTEAS

 

« LE LIEN » (1971)

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BIBI ANDERSSON ET ELLIOTT GOULD

« LE LIEN » est un film relativement peu connu d’Ingmar Bergman, le premier qu’il tourna en grande partie en langue anglaise. Le scénario évoque lointainement celui de « LA FEMME INFIDÈLE » de Chabrol – sorti deux ans plus tôt – et décrit étape par étape un adultère terriblement banal, du commencement jusqu’à la fin… ouverte.TOUCH2

Bibi Andersson, mère de famille sans histoire, épouse d’un médecin (Max Von Sydow), tombe amoureuse d’un archéologue américain un peu fantasque (Elliott Gould) séjournant en Suède. Rien d’extraordinaire, une observation acérée du quotidien, des comportements humains face à une passion maladroitement exprimée, parfois difficile à comprendre. L’homme est compliqué, caractériel, héritier d’une histoire familiale tourmentée (la Shoah) et la situation va progressivement s’envenimer, quitter la zone de confort de la jeune femme pour l’entraîner vers des territoires inconnus. Comme toujours chez Bergman, tout réside dans le détail, les gros-plans éclairés par Sven Nykvist décortiquent la moindre amorce d’émotion sur les visages des comédiens. Sensuelle, juvénile, parfois impalpable, Bibi Andersson porte le film sur les épaules avec une intensité de chaque instant. La scène d’ouverture, près du lit de mort de sa mère à l’hôpital, est d’une simplicité, d’une frontalité qui en décuplent l’effet. Von Sydow tient parfaitement le rôle peu gratifiant du cocu complaisant. Gould, alors en plein dans sa période de gloire aux U.S.A., est très inattendu dans ce rôle d’individu troublé, imprévisible, égoïste. Le trio fonctionne vraiment très bien sans qu’aucun protagoniste ne tire la couverture à lui.

Hormis quelques choix musicaux franchement bizarres, une ou deux redondances, « LE LIEN » prend une place singulière mais logique dans l’œuvre d’Ingmar Bergman.

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MAX VON SYDOW, ELLIOTT GOULD ET BIBI ANDERSSON

 

« NOM DE CODE : ÉMERAUDE » (1985)

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ED HARRIS

Écrit par Ronald Bass d’après son roman, réalisé par Jonathan Sanger (surtout connu comme producteur), « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » est un film d’espionnage situé pendant la WW2 à Paris et décrivant la mission d’un agent double (Ed Harris) envoyé par les Anglais pour faire évader (ou éventuellement tuer) un jeune officier prisonnier (Eric Stoltz) détenteur de renseignements cruciaux sur le D-Day.CODE2

Une histoire classique, cousue de clichés (ah ! Ces airs d’accordéon dans les rues de Paris !), proprement filmée et surtout photographiée par Freddie Francis. Le film tient à peu près la distance grâce à un superbe casting et par l’ambiguïté de tous les protagonistes qui semblent tous jouer double ou triple jeu. En tête, un Harris de 35 ans, déjà un peu dégarni, tout à fait crédible dans un rôle de manipulateur désinvolte et sympathique. Son histoire d’amour avec Cyrielle Clair paraît légèrement plaquée, mais ses rencontres avec le trio Horst Buchholz, Max Von Sydow et Helmut Berger valent le coup d’œil. Le premier surtout, est remarquable en officier nazi si calme et réfléchi qu’on finit par croire qu’il a basculé du « bon côté ». Von Sydow est lui aussi très bien dans un rôle moins clairement défini et Berger qui retrouve son uniforme des « DAMNÉS » campe un SS particulièrement odieux. On reconnaît également des visages familiers comme Patrick Stewart et Julie Jézéquel.

La facture conventionnelle du film et son déroulement pépère l’empêchent d’être davantage qu’un téléfilm pour grand écran, surtout que la toute fin trop hâtive et invraisemblable laisse sur une drôle d’impression de bâclage. Mais « NOM DE CODE : ÉMERAUDE » se laisse regarder sans déplaisir et contient une des prestations les moins tourmentées d’Ed Harris.

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HORST BUCHHOLZ, MAX VON SYDOW ET ERIC STOLTZ